ARTICLE
vir.2011.0423
Auteur(s) : Adeline Thomas, Jean-Claude Le Saux, Joanna
Ollivier, Haifa Maalouf, Monique Pommepuy, Françoise S Le Guyader
sleguyad@ifremer.fr
Ifremer, laboratoire de microbiologie-LNR,
BP 21105, 44311 Nantes cedex 03, France
Tirés à part : F. S. Le Guyader
Les huîtres sont consommées depuis très longtemps par l’homme et
constituent une source reconnue de vitamines, et de minéraux comme
le fer et le magnésium. De nos jours, si leurs consommations
restent importantes en zone côtière, les huîtres constituent un
aliment festif surtout apprécié par les personnes de plus de
50 ans [1].
La conchyliculture, un des principaux secteurs économiques du
littoral métropolitain, représente la première activité aquacole
française. En 2008, cette activité représentait un total de
2 970 entreprises distribuées sur l’ensemble du littoral.
Notre pays, premier producteur et consommateur européen d’huîtres,
représente environ 90 % de la production européenne. Les
exportations d’huîtres, majoritairement vers l’Italie, représentent
4 à 8 % de cette production contre 2 % à l’importation
(principalement des huîtres en provenance d’Irlande). En 2009, la
commercialisation des huîtres a représenté 129 800 tonnes pour
une valeur des ventes de 286 millions d’euros (
www.FranceAgriMer.fr). Leur mode de production, en zone littorale
soumise à une constante augmentation de la population, favorise le
risque de contamination par des micro-organismes d’origine
entérique humaine.
L’implication des coquillages dans des épidémies est connue
depuis plus d’un siècle, contribuant à la mise en place de normes
pour protéger le consommateur et des classements sanitaires pour la
gestion des zones de production (règlement 854/2004/EC). Les
zones conchylicoles sont classées sur la concentration d’un
indicateur bactérien de contamination fécale (Escherichia
coli) dans la chair des coquillages. Selon les valeurs obtenues
dans des échantillons collectés régulièrement, la zone de
production peut être classée en zone A (élevage et
commercialisation directe autorisée), zone B (élevage autorisé
mais commercialisation après traitement de purification) ou
zone C (élevage et commercialisation interdite, transformation
possible en industrie alimentaire par traitement thermique). Ces
critères bactériologiques ont permis de diminuer de façon
significative les épidémies d’origine bactérienne, cependant, des
épidémies de gastro-entérites virales liées principalement à la
consommation des huîtres persistent.
Les virus humains susceptibles de contaminer les coquillages, ou
tout autre aliment, sont les virus présentant un cycle de
multiplication entérique, et résistant dans l’environnement (virus
nus essentiellement). Ces virus, excrétés dans les fèces de malades
ou de porteurs sains, sont très variés et appartiennent à plusieurs
familles virales (tableau
1).
Tableau 1 Principaux virus transmis par les aliments dont
les coquillages.
| Famille |
Genre (nom) |
Capside |
Génome |
Pathologie et incubation |
Transmission aliment |
| Adenoviridae |
Adenovirus (type 40-41) |
Icosaédrique (65-80 nm) |
ADN (35 kb) |
Gastro-entérite (modérée) |
Rare |
| Astroviridae |
Astrovirus |
Icosaédrique (28-30 nm) |
ARNsb (6,8 kb) |
Gastro-entérite (modérée) |
Rare |
| Caliciviridae |
Norovirus, Sapovirus |
Icosaédrique (27-32 nm) |
ARNsb (7,6 kb) |
Gastro-entérite aiguë (1-3 jours) |
Fréquente : coquillages, fruits rouges,
légumes |
| Hepeviridae |
Hepevirus (virus de l’hépatite E) |
Icosaédrique (32-34 nm) |
ARNsb (7,2 kb) |
Hépatite (3-8 semaines) |
Peu fréquente : viandes de porc,
coquillages |
| Picornaviridae |
Kobuvirus (virus Aichi) |
Icosaédrique (27-32 nm) |
ARNsb (8,2 kb) |
Gastro-entérite (1-2 jours) |
Peu fréquente : coquillages |
| Enterovirus |
Icosaédrique (20-30 nm) |
ARNsb (7,2 kb) |
Divers symptômes (3-10 jours) |
Rare |
| Hepatovirus (virus de
l’hepatite A) |
Icosaédrique (27-32 nm) |
ARNsb (7,4 kb) |
Hépatite (2-6 semaines) |
Peu fréquente : végétaux, coquillages |
| Reoviridae |
Rotavirus |
Icosaédrique, 3 couches (70 nm) |
ARNdb, 11 gènes (3,3-0,6 kbp) |
Gastro-entérite (1-3 jours) |
Rare |
Globalement, ces virus peuvent être classés en trois
catégories :
- –. les virus des gastro-entérites : calicivirus
(norovirus et sapovirus), astrovirus, rotavirus, adénovirus
entériques, virus Aichi ;
- –. les virus des hépatites à transmission
féco-orale : virus des hépatites A et E ;
- –. les virus se multipliant dans l’intestin mais migrant
vers d’autres organes comme le système nerveux central :
entérovirus.
Des combinaisons virus aliments peuvent être comparées selon
différents facteurs comme la gravité et la prévalence de la
maladie, la probabilité des expositions, l’impact sur le commerce,
les coÛts en matière de santé publique et la capacité de maîtriser
ces infections d’origine alimentaire. Les risques sanitaires liés à
la consommation de mollusques bivalves, légumes frais ou aliments
prêts à consommer contaminés par les norovirus et le virus de
l’hépatite A, ont été considérés comme prioritaires par de
nombreux pays [2]. Mais il convient d’apprécier la valeur des
risques : les hépatites A peuvent être graves mais sont
rares, alors que les gastro-entérites à norovirus sont fréquentes
mais le plus souvent bénignes [3].
Épidémies liées à la consommation d’huîtres
La majorité des épidémies liées à la consommation de coquillage
concerne les huîtres et donc seules ces dernières seront
considérées ici. L’analyse de ces épidémies est difficile pour de
nombreuses raisons :
- –. sous-déclaration de la part des
consommateurs ;
- –. absence d’analyse virale dans les selles de
malade ;
- –. lien à établir rapidement entre l’aliment et les cas
observés.
Seule une étroite collaboration entre les médecins, les
épidémiologistes et également les ostréiculteurs permet d’intégrer
les différents événements expliquant la présence de virus dans les
huîtres consommées. Si l’échantillon impliqué est collecté, les
techniques de détection et de quantification des virus dans les
coquillages présentent une sensibilité et une spécificité
permettant la mise en évidence du virus. Malheureusement, de
nombreuses publications concernant ce sujet, présentent uniquement
des données épidémiologiques, avec parfois l’analyse des selles des
consommateurs [4-6]. Les informations sur les coquillages impliqués
sont peu nombreuses et les conditions ayant entraîné la
contamination de la zone de production sont rarement décrites
(tableau 2). Une des
premières études analysant de manière précise les facteurs ayant
conduit à la contamination des huîtres concerne une épidémie
survenue aux États-Unis en 1993. Cette épidémie toucha des
consommateurs d’huîtres en Louisiane et dans cinq autres états. En
croisant les diverses informations, toutes les huîtres avaient été
élevées dans une même zone de production située en Louisiane.
L’enquête montra qu’un ostréiculteur, soudainement malade lorsqu’il
travaillait sur ses parcs à huîtres, avait déversé ses excréments
par-dessus bord contaminant ainsi ses propres coquillages, récoltés
quelques jours plus tard [7]. Considérant la taille de la baie de
production, la hauteur d’eau, le volume d’eau journalier filtré par
une huître (en moyenne 5 L par heure) et une excrétion d’environ
109 particules/g de selle, la démonstration fut
faite qu’un seul malade pouvait très facilement expliquer cette
contamination massive, d’autant plus que le rejet de fèces était
réalisé « directement » sur le site d’élevage [8].
Tableau 2 Exemple d’épidémies liées aux huîtres.
| Cause |
Paysa |
Nombre de malade |
Virus identifiés |
Facteur identifié comme cause de
contamination |
Références |
|
|
|
| Selles |
Coquillages |
| |
| Accident |
États-Unis |
132 |
NoV GI, GII |
NoV GI |
Rejet bateau |
[8] |
| Évènement climatique |
France |
127 |
NoV GI, GII |
NoV GI, GII |
Inondation et débordement de station
d’épuration |
[9] |
| Italie (France) |
202 |
| France |
205 |
NoV GI, GII, AiV, AV, EV, RV |
NoV GI, GII, AiV, AV, EV, RV |
Inondation et débordement de station
d’épuration |
[10] |
Non-respect
Zone production |
Japon |
- |
NoV GI |
NoV GI et GII |
Pêche récréative, zone contaminée |
[45] |
|
| Singapour |
305 |
NoV GII |
NoV GII |
Zone de mauvaise qualité sanitaire |
[16] |
|
| Danemark |
356 |
NoV, EV |
NoV, EV |
Coquillage d’importation, fraude suspectée |
[15] |
|
| Suède |
30 |
NoV GI |
NoV GI, GII |
Retrempage dans zone portuaire |
[14] |
|
| France |
34 |
NoV GII, SaV, AiV |
NoV GI, GII, SaV |
Fraude (zone insalubre) |
[17] |
Échec
Transformation |
Australie (Japon) |
83 |
NoV GI, GII |
NoV GII |
Coquillages congelés destinés à la cuisson |
[19] |
|
| Nouvelle-Zélande (Corée) |
115 |
NoV GI, GII |
NoV GI, GII |
Coquillages congelés destinés à la cuisson |
[20] |
|
| États-Unis |
177 |
NoV GII |
NoV |
Coquillages congelés destinés à la cuisson |
[46] |
|
| États-Unis (palourdes – Chine) |
5 |
NoV |
NoV GII, VHA |
Coquillages congelés destinés à la cuisson |
[18] |
NoV : norovirus ; AiV : virus Aichi ;
AV : astrovirus ; EV : entérovirus ; RV :
rotavirus ; SaV : sapovirus ; G :
génogroupes.
a Pays de survenue de l’épidémie et producteur
des coquillages impliqués, sauf mention contraire entre parenthèse
indiquant le pays producteur.
En effet, le plus souvent, la contamination se fait lors d’un
problème technique sur le réseau d’assainissement ou dans les
stations d’épuration. Le rejet accidentel d’eaux usées peut
conduire alors à des contaminations massives des zones de
production conchylicole. Ainsi, une même zone de production dans le
sud de la France a été impliquée à deux reprises dans des foyers de
gastro-entérites suite à des pluies très importantes pendant les
premiers mois de l’année. Au cours de cette période de l’année,
l’épidémie hivernale de gastro-entérite aiguë sévit dans la
population et les eaux usées sont fortement chargées en particules
virales. Dès lors, des évènements pluviométriques importants
occasionnant divers dysfonctionnements sur les réseaux
d’assainissement entraînent des rejets pouvant dégrader la qualité
sanitaire des coquillages élevés à proximité. Le premier accident,
survenu en décembre 2002, a entraîné une contamination massive
des coquillages avec de multiples souches de norovirus, retrouvées
dans les selles des consommateurs français et italiens (une partie
de la production ayant été exportée) [9]. Quatre ans plus tard,
39 foyers épidémiques ont été déclarés associés à la
consommation d’huîtres produites dans cette même zone. Certains
patients étaient contaminés par six souches de virus
différents : norovirus, virus Aichi, astrovirus, rotavirus et
entérovirus. Ces mêmes virus étaient retrouvés dans certains lots
de coquillages consommés et dans la zone de production. L’enquête
environnementale montra que des pluies importantes, jamais
observées sur le bassin versant depuis plusieurs dizaines d’années
(230 mm sur trois jours), entraînèrent des dysfonctionnements des
réseaux d’assainissement collectifs littoraux. Malgré les alertes
et les avis donnés, les ostréiculteurs mirent sur le marché des
coquillages contaminés [10]. Dans des conditions similaires, une
crue du Mississipi dévasta des stations d’épuration et fut
probablement à l’origine d’une contamination par le virus de
l’hépatite A d’huîtres produites en Louisiane. Dans les
semaines suivantes, la consommation de ces huîtres entraîna des cas
cliniques dans plusieurs états [11]. Sans considérer les
conséquences économiques liées à la fermeture des zones de
production, ces différents exemples montrent l’importance des
coquillages dans la transmission de souches virales entre les pays
et le risque de multi-infections chez les consommateurs.
Comme indiqué en introduction, des normes sanitaires existent au
sein de l’Union européenne et des autres pays producteurs. Ainsi,
les huîtres élevées dans des sites de qualité bactériologique
médiocre (zones B) sont purifiées avant commercialisation,
technique éliminant efficacement les bactéries. Cependant, les
virus persistant, ces huîtres sont souvent impliquées dans des
épidémies [12, 13]. Par ailleurs, le non-respect de cette
réglementation peut également être à l’origine d’épidémies. Ce fut
le cas pour des huîtres ré-immergées dans une zone insalubre en
Suède [14] et aussi vraisemblablement au Danemark [15]. Parfois,
l’épidémie est liée à la consommation d’huîtres collectées dans des
zones interdites (zone C) [16]. Dans un cas documenté en
Bretagne, l’ostréiculteur impliqué complétait sa production en
achetant illégalement des huîtres péchées dans une zone insalubre
[17]. Ces épidémies illustrent le danger d’outrepasser les
règlements et de réfuter l’utilité du classement des zones de
production.
Certains coquillages sont commercialisés, le plus souvent
congelés, pour subir un traitement thermique dans l’industrie
agroalimentaire. Cependant, des procédures de préparation non
rigoureuses ont été à l’origine d’épidémies. Par exemple, des
palourdes produites et cuites (sans information sur le degré de
cuisson) en Chine et exportées congelées aux États-Unis ont
entraîné des cas de gastro-entérites [18]. En Australie et en
Nouvelle-Zélande, des huîtres importées congelées du Japon ou de
Corée ont induit de nombreux cas de gastro-entérites, même après
cuisson [19, 20]. Des tellines, importées et congelées du
Pérou et cuisinées dans la paella, ont occasionné par deux fois des
épidémies d’hépatite A en Espagne [21, 22]. Ces divers
exemples montrent l’extrême résistance de ces virus entériques qui
restent toujours infectieux après des étapes de cuisson et/ou de
congélation.
Les norovirus, agent majeur de gastro-entérites
Le genre Norovirus appartient à la famille des
Caliciviridae. Ces petits virus ronds, non enveloppés,
possèdent un génome à ARN d’environ 7 700 bases, comportant
trois cadres de lecture (ORF). L’ORF1 code les protéines non
structurales, l’ORF2 l’unique protéine de capside VP1 et l’ORF3 une
protéine mineure intervenant dans la stabilité de la capside [23].
Comme nombre de virus à ARN, les norovirus sont très divers
génétiquement et en l’absence de système de multiplication in
vitro, ils sont classés par comparaison des séquences de l’ORF2
codant la protéine de capside [24]. À l’heure actuelle, ils sont
répartis en cinq génogroupes (G) comprenant au moins
33 génotypes ou clusters (figure 1).
Les souches infectant l’homme appartiennent aux GI, II et IV.
Depuis quelques années, les souches appartenant au GII sont
détectées majoritairement et représentent 70 à 80 % des
souches identifiées dans les cas cliniques [25].
La sensibilité à l’infection est liée à deux mécanismes.
D’abord, l’immunité protectrice est brève et spécifique du
génotype, n’induisant pas de protection croisée [23]. Ensuite, la
sensibilité dépend de facteurs génétiques liés aux antigènes des
groupes sanguins expliquant la symptomatologie différente observée
lors d’études chez les volontaires ou lors d’épidémies. Certaines
personnes infectées peuvent excréter du virus sans présenter de
symptômes [26]. L’infection et le développement des signes
cliniques dépendent de la souche et du groupe sanguin de
l’individu, car ces virus reconnaissent les carbohydrates des
antigènes tissulaires de type ABH et Lewis, ligands
nécessaires à l’infection [27, 28]. Chez les personnes
sensibles, la dose infectieuse de quelques particules virales place
ces virus parmi les micro-organismes les plus infectieux. Pour la
souche Norwalk, prototype du GI, moins de dix particules virales
peuvent déclencher l’apparition des symptômes chez les individus
sensibles [29].
Première cause de gastro-entérite aiguë chez l’homme toutes
classes d’âges confondues, les norovirus sont les principaux
responsables du pic hivernal de gastro-entérite [30]. Les
symptômes, relativement mineurs, se caractérisent par le
déclenchement soudain d’un ou de plusieurs épisodes de vomissements
violents, puis par une diarrhée accompagnée de douleurs
abdominales, nausées et, plus rarement, de fièvre [31]. La période
d’incubation est relativement brève (12 à 72 heures, en moyenne
24 heures). Les signes cliniques persistent pendant environ deux à
quatre jours au plus, mais l’excrétion virale peut se poursuivre
pendant quelques semaines après la disparition des symptômes. Par
RT-PCR en temps réel, seul outil capable de quantifier ces virus,
entre 108 et 1012 copies d’ARN par
gramme de selle ont été dénombrés lors des symptômes, puis entre
104 et 106 copies d’ARN par gramme de
selle pendant environ deux à quatre semaines après la disparition
de ceux-ci [26]. Cette excrétion virale élevée et relativement
longue, explique la transmission fréquente de personne à personne,
mais aussi la contamination possible des aliments lors de leur
préparation par des employés apparemment guéris d’une
gastro-entérite [3].
Rejet dans l’environnement
Comme présenté ci-dessus, le nombre de particules virales
rejetées par la population est très important durant les épidémies
hivernales et les quantités de virus arrivant dans les stations
d’épuration peuvent être élevées. Par exemple, tous les
échantillons d’eaux en entrée et sortie de station d’épuration ont
été trouvés positif en norovirus aux Pays-Bas et au Japon
[32, 33], et environ 80 % en Italie [34]. Malgré la
diversité des technologies de traitement des eaux usées et des
méthodes de concentration et de quantification des particules
virales, les différentes études s’accordent pour montrer un rejet
important de particules. Des concentrations de 103 à
104 et 105 à 107 copies de
génome de norovirus par litre ont été, respectivement, trouvées
dans les eaux traitées en période estivale et hivernale
[35, 36]. L’élimination lors des traitements épuratoires
dépend de divers facteurs, comme les concentrations virales des
eaux brutes, de leur temps de séjour, de la température, de la
radiation solaire, de l’adsorption et de la destruction enzymatique
[37]. De nombreux points inconnus demeurent, car les mécanismes
d’épuration sont complexes et difficiles à élucider,
particulièrement pour les virus non cultivables. Après rejet, les
norovirus s’agrègent entre eux ou sur des particules, ce qui
augmente vraisemblablement leur résistance aux différents
traitements d’épuration (chlore, UV, ozone). Ces phénomènes
expliquent les quantités importantes détectées dans les eaux en
sortie de station d’épuration. À l’heure actuelle, seules les
stations utilisant un traitement final par ultrafiltration semblent
éliminer efficacement ces virus entériques [35, 36].
Dans les eaux de surface, les norovirus sont détectés moins
fréquemment en raison de la dilution et/ou des mécanismes de
sédimentation. Ils sont retrouvés dans 6 à 50 % des
échantillons selon les études avec des concentrations variant entre
102 à 104 copies de génome de norovirus
par litre d’eau [38-40].
Les virus arrivent alors en zones littorales où ils vont
éventuellement sédimenter et/ou être dilués. Les conditions
physicochimiques (rayonnement solaire, salinité, température, pH de
l’eau de mer) ont également un impact sur leur devenir.
Contamination des huîtres
Pour leurs activités physiologiques, les huîtres filtrent de
grandes quantités d’eau de mer. La sélection pré-ingestive est une
fonction essentielle permettant de rejeter les particules
indésirables sous forme de pseudofèces. Le manteau intervient dans
la nutrition en participant au premier tri des particules
extérieures mais la première étape de sélection, basée sur la
taille des particules, s’effectue réellement au niveau des
branchies. Les cellules ciliaires et à mucus des branchies
attirent, sélectionnent, capturent et conduisent les particules
vers les palpes et la bouche. Les particules sélectionnées pour
l’ingestion sont acheminées sous l’action de l’épithélium cilié
vers les tissus digestifs constitué par l’œsophage, l’estomac et la
glande digestive. Ensuite, les débris sont éliminés via
l’intestin, le rectum et l’anus.
Pendant longtemps, l’huître a été considérée comme simple filtre
passif ou piège ionique, concentrant passivement les particules
virales par des liaisons non spécifiques. La contamination rapide
et surtout la persistance des norovirus dans les huîtres, à la
différence des autres micro-organismes, soulevaient l’hypothèse de
ligands pouvant expliquer ces observations.
Les premiers travaux réalisés avec des pseudoparticules virales
(VLP) du virus de Norwalk (GI) sur des coupes de tissus d’huîtres
ont montré une fixation ciblée sur les organes digestifs. Des
accumulations en aquarium avec des VLP ou du virus ont confirmé
cette distribution [41]. Comme mentionné ci-dessus, chez l’homme,
les norovirus reconnaissent les carbohydrates des antigènes des
groupes sanguins [28, 42]. Basé sur ces données, différents
essais ont été réalisés sur des coupes de tissus d’huîtres en
utilisant des salives humaines, des anticorps ou des lectines.
Leurs résultats ont montré que la souche Norwalk (GI.1) se fixe sur
un ligand type antigène A-like, très proche de
l’antigène humain [41]. La diversité génétique des norovirus se
traduit par leur capacité à se fixer aux antigènes tissulaires de
groupes sanguins ce qui induit une différence quant à leur devenir
dans les huîtres. En effet, une souche de norovirus GII.4 se
fixe sur les branchies et le manteau, via un acide sialique
en liaison α2,3 tandis que la fixation dans les tissus digestifs
implique à la fois l’acide sialique et
l’antigène A-like humain [43]. Par ailleurs, ces
ligands varient selon la saison avec une expression maximale
pendant les mois d’hiver et le printemps, favorisant ainsi
vraisemblablement la concentration des norovirus par les huîtres
[44].
Conclusion
Les agents pathogènes les plus souvent impliqués dans les
épidémies liées à la consommation d’huître sont les norovirus. Les
méthodes permettant leur détection dans les aliments, dont les
coquillages, connaissent un développement important grâce à
l’apport des techniques de détection par biologie moléculaire. Dans
un futur proche, la standardisation de ces méthodes permettra
vraisemblablement la mise en place d’une réglementation spécifique
sur les virus entériques impliquant des contrôles ciblés sur les
zones de production et/ou les produits mis sur le marché.
Cependant, la contamination des huîtres dépend de nombreux facteurs
inhérents aux conditions de production, climatiques,
épidémiologiques et du coquillage lui-même. Afin de prévenir la
mise sur le marché de coquillages contaminés, il est donc important
de comprendre les différents mécanismes entrant dans ces divers
phénomènes et de supprimer et/ou limiter les sources de
contamination humaine en zone littorale. À terme, la qualité des
produits conchylicoles mis sur le marché sera améliorée et la santé
du consommateur mieux protégée.
Conflits d’intérêts: aucun.
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