ARTICLE
agr.2011.0529
Auteur(s) : Augustin K. N. Aoudji1 augustin.aoudji@gmail.com,
Anselme Adégbidi1 ansadegbidi@yahoo.fr, Valentin
Agbo1, Jean C. Ganglo2 ganglocj@gmail.com, Philippe
Lebailly3 philippe.lebailly@ulg.ac.be
1 Université d’Abomey-Calavi
Faculté des sciences agronomiques
Département d’économie, de socio-anthropologie et de communication
pour le développement rural
01 BP 526
Cotonou
Bénin
2 Université d’Abomey-Calavi
Faculté des sciences agronomiques
Département d’aménagement et gestion de l’environnement
01 BP 526
Cotonou
Bénin
3 Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech
Unité d’économie et développement rural
Passage des Déportés, 2
5030 Gembloux
Belgique
Tirés à part : A. K. Aoudji
L’édification de marchés efficients pour la foresterie paysanne
– c’est-à-dire l’aménagement de petites parcelles boisées à
buts multiples par les petits exploitants (Harrison et al.,
2002) – constitue un défi majeur pour les décideurs (Russell
et Franzel, 2004). Cela est nécessaire pour faire de ce type de
foresterie, devenu crucial dans la satisfaction des besoins en
produits forestiers et la fourniture de services environnementaux
(Anyonge et Roshetko, 2003 ; Russell et Franzel, 2004), une
opportunité d’amélioration du revenu des paysans. En effet, la
capacité des petits exploitants à tirer un revenu de leur
production dépend de la performance du système commercialisation
(Dorward et al., 2004 ; Markelova et al.,
2009).
Pour éclairer les décideurs sur les orientations de politique à
mener, il est nécessaire de leur fournir des données sur la
performance du système de commercialisation des produits de la
foresterie paysanne. C’est dans cette optique que s’inscrit le
présent article dont l’objectif est d’évaluer les coÛts de
commercialisation et la valeur ajoutée dans le commerce des perches
de teck (Tectona grandis L.f.) au Sud-Bénin. En effet, la
plantation du teck est répandue parmi les petits exploitants de
cette région qui produisent essentiellement des perches (bois de 5
à 15 cm de diamètre), suivant une conduite en taillis, avec un
cycle de production de 3 à 5 ans (figure 1). Les
coÛts de commercialisation traduisent l’efficience avec laquelle le
système de commercialisation remplit ses fonctions au service des
producteurs et des consommateurs (Shepherd, 2007). De même, la
capacité de toute activité, y compris la commercialisation, à créer
de la valeur ajoutée est un élément important pour la société
(Lebailly et al., 2000). Cependant, les acteurs opérant dans
un système de commercialisation ne constituent pas souvent un
groupe homogène selon leur efficience (Fafchamps et Gabre-Madhin,
2006 ; Lebailly et al., 2000). Partant de ce fait, nous
avons élaboré une typologie des commerçants de perches de teck,
puis nous avons évalué les coÛts de commercialisation et la valeur
ajoutée par catégorie de commerçant, tout en comparant ces
catégories entre elles. La prise en compte de la diversité des
acteurs est déterminante dans l’efficacité des interventions visant
l’amélioration du système de commercialisation ; d’où
l’intérêt d’une typologie des commerçants. Nous supposons qu’il
existe des opportunités de réduction des coÛts de commercialisation
des perches de teck. Nous émettons aussi l’hypothèse que la
commercialisation des perches de teck est une activité créatrice de
richesse, c’est-à-dire qu’elle génère une valeur ajoutée
positive.
Méthodologie
Collecte des données
Une enquête auprès des commerçants de perches de teck a été
menée dans cinq villes du Sud-Bénin (Cotonou, Abomey-Calavi,
Porto-Novo, Sèmé-Kpodji et Ouidah). Étant donné que nous ne
disposions pas d’une base de données de ces commerçants, un
échantillonnage par grappes a été effectué, comme recommandé par
Giannelloni et Vernette (2001). L’enquête a couvert environ
15 % des quartiers tirés au hasard dans chaque ville, et un
total de 107 commerçants. Les données ont été collectées en mars et
avril 2010, à partir d’un questionnaire standardisé comportant
21 questions fermées. L’interview commence par l’identification des
fonctions remplies par le commerçant, en nous basant sur la
typologie des fonctions de commercialisation de Goossen (1998).
Ensuite, un inventaire détaillé des coÛts et des recettes relatifs
à la dernière livraison de perches a été fait, en traitant
séparément les ventes en gros et celles en détail. Le guide de
Shepherd (2007) sur la détermination des coÛts de commercialisation
a été suivi, pour identifier tous les coÛts liés à la
commercialisation des perches de teck. Les données ont été
collectées en franc CFA (XOF). Le taux de change au moment de
l’étude a été utilisé pour les conversions en dollar US (1 XOF
= 0,002 dollar US).
Traitements et analyses
Nous avons d’abord élaboré une typologie des commerçants, basée
principalement sur leurs fonctions d’échange. Ensuite, nous avons
déterminé les coÛts de commercialisation et la valeur ajoutée par
type de commerçant et par segment de marché (gros et détail). Ces
paramètres ont été calculés sur la base d’un chargement de 600
perches (unité de vente en gros), afin de permettre les
comparaisons entre commerçants. Des analyses de variance à un
facteur et des tests t de Student pour échantillons
indépendants ont été faits, pour comparer les types de commerçants
entre eux.
La comptabilité analytique a été utilisée pour la détermination
des coÛts fixes. Le coÛt total a été calculé en faisant la somme
des coÛts supportés pendant la commercialisation. La structure des
coÛts a été obtenue, en calculant le pourcentage de chaque
composante dans le coÛt total. La valeur ajoutée est la différence
entre le chiffre d’affaires et les consommations intermédiaires
(Lebailly et al., 2000 ; Tallec et Bockel, 2005).
Classiquement, elle englobe les salaires, les frais financiers, les
taxes, l’amortissement, et le résultat net d’exploitation qui
rémunère les commerçants pour les capitaux investis, le travail
familial et le management. Les méthodes de détermination de la
valeur ajoutée et de ses composantes sont exposées dans Lebailly
et al. (2000) et Tallec et Bockel (2005).
Résultats
Typologie des commerçants de perches de teck
Tous les commerçants de perches de teck interrogés sont engagés
dans la vente de détail qui constitue la base de leur activité. En
plus de cela, une partie des commerçants s’investit dans la vente
de perches de teck en gros à d’autres commerçants. À cette étape,
deux groupes de commerçants se différencient, selon les fonctions
d’échange remplies : les « grossiste-détaillants »
et les « détaillants ». Les
« grossiste-détaillants » s’approvisionnent auprès des
paysans. Ils se séparent en deux catégories, selon le mode
d’organisation du transport des perches de teck : les
« gros grossiste-détaillants » et les « petits
grossiste-détaillants ». Le transport est internalisé chez les
premiers et externalisé chez les derniers. La différence entre ces
deux types de commerçants est liée en réalité au capital engagé
dans ce commerce. En effet, le camion de transport, élément dont la
possession différencie les deux types de commerçants est un gros
investissement – 14 000 000 à
17 500 000 XOF (28 000 à 35 000
dollars US) pour un produit de seconde main. Les
« détaillants » forment aussi deux groupes, selon leur
stratégie d’approvisionnement. Le premier groupe s’approvisionne
auprès des « grossiste-détaillants », alors que le second
groupe s’approvisionne directement auprès des paysans. Pour
résumer, quatre types de commerçants de perches de teck ont été
identifiés (figure
2) : les « gros grossiste-détaillants », les
« petits grossiste-détaillants », les « détaillants
s’approvisionnant auprès des planteurs », et les
« détaillants s’approvisionnant auprès des grossistes »
qui représentent respectivement 9,35, 9,35, 64,5, et 16,8 % de
l’échantillon.
CoÛts de commercialisation
Les coÛts de commercialisation varient selon le type de
commerçant (tableaux 1 et 2). Dans le
segment de vente en gros, les « gros
grossiste-détaillants » ont des coÛts de commercialisation
plus faibles. Dans le segment du détail, les « détaillants
s’approvisionnant auprès des grossistes » présentent les plus
faibles coÛts de commercialisation, car ils n’ont pas les frais des
opérations d’exploitation, de chargement/déchargement et de
transport. Les « gros grossiste-détaillants » ont des
coÛts de commercialisation plus faibles que les « petits
grossiste-détaillants » et les « détaillants
s’approvisionnant auprès des planteurs ». L’avantage des
« gros grossiste-détaillants » est dÛ vraisemblablement à
la possession d’un plus grand capital, permettant l’internalisation
du transport, comme le montre le plus faible coÛt du transport chez
eux (tableaux 1 et 2). Les « petits
grossiste-détaillants » et les « détaillants
s’approvisionnant auprès des planteurs » présentent des coÛts
de commercialisation comparables (tableau
2). Cela s’explique par la similarité du mode opératoire de
ces deux types de commerçants dans le segment du détail :
approvisionnement auprès des paysans et externalisation du
transport du bois.
Tableau 1 Structure des coÛts de commercialisation, en
francs CFA (XOF), dans le marché de gros, pour un chargement de 600
perches (entre parenthèses, se trouve le pourcentage de chaque
composante dans le total).
Structure of marketing costs in the wholesale market, for a
consignment of 600 poles (bracketed figures are the percentages of
each item in the total).
| CoÛts |
Type de commerçant* |
| GGD |
PGD |
| Transport |
38 265 (32,9) a** |
82 000 (48,7) b |
| Manutentions |
40 400 (34,8) a |
47 750 (28,4) a |
| Pots-de-vin |
24 061 (20,7) a |
25 124 (14,9) a |
| Commission du courtier |
3 500 (3,0) |
4 500 (2,7) |
| Télécommunication |
200 (0,2) |
1 100 (0,7) |
| Voyage du commerçant |
1 300 (1,1) |
3 095 (1,8) |
| Frais financiers (intérêts seulement) |
533 (0,5) |
250 (0,1) |
| Taxes |
5 144 (4,4) |
2 062 (1,2) |
| Dépenses d’agrément |
2 854 (2,5) |
2 417 (1,4) |
| Total |
116 258 a |
168 298 b |
*GGD et PGD : respectivement « gros
grossiste-détaillant » et « petit
grossiste-détaillant ».
** Les chiffres suivis d’une même lettre sur une
ligne donnée ne sont pas différents au seuil de 5 % (test
t de Student).
1 euro = 655, 96 F CFA.
Tableau 2 Structure des coÛts de commercialisation, en
francs CFA (XOF), dans le marché de détail, pour un chargement de
600 perches (entre parenthèses, se trouve le pourcentage de chaque
composante dans le total).
Structure of marketing costs in the retail market, for a
consignment of 600 poles (bracketed figures are the percentages of
each item in the total).
| CoÛts |
Type de commerçant* |
| GGD |
PGD |
DAP |
DAG |
| Transport |
38 265 (27,1) a** |
82000 (44,0) b |
78 841 (42,7) b |
0 (0,0) |
| Manutentions |
45 600 (32,3) a,b |
53 750 (28,8) a |
40 058 (21,7) b |
5 139 (21,1) c |
| Pots-de-vin |
24 061 (17,1) a |
25 124 (13,5) a |
24 639 (13,3) a |
1 019 (4,2) b |
| Commission du courtier |
3 500 (2,5) |
4 500 (2,4) |
3 696 (2,0) |
0 (0,0) |
| Télécommunication |
200 (0,1) |
1 100 (0,6) |
343 (0,2) |
1 417 (5,8) |
| Voyage du commerçant |
1 300 (0,9) |
3 095 (1,7) |
945 (0,5) |
1 667 (6,8) |
| Vente et gardiennage |
14 725 (10,4) |
8 800 (4,7) |
11 896 (6,4) |
1 944 (8,0) |
| Location du dépôt de vente |
4 200 (3,0) |
2 990 (1,6) |
8 594 (4,7) |
3 500 (14,4) |
| Frais financiers (intérêts seulement) |
533 (0,4) |
250 (0,1) |
502 (0,3) |
933 (3,8) |
| Taxes |
5 144 (3,6) |
2 062 (1,1) |
7 768 (4,2) |
4 046 (16,6) |
| Dépenses d’agrément |
2 854 (2,0) |
2 417 (1,3) |
5 978 (3,2) |
3 819 (15,7) |
| Équipement du dépôt |
609 (0,4) |
316 (0,2) |
1 449 (0,8) |
870 (3,6) |
| Total |
140 992 a |
186 404 b |
184 710 b |
24 355 c |
* GGD, PGD, DAP, et DAG : respectivement
« gros grossiste-détaillant », « petit
grossiste-détaillant », « détaillant s’approvisionnant
auprès des planteurs » et « détaillant s’approvisionnant
auprès des grossistes ».
** Les chiffres suivis d’une même lettre sur une
ligne donnée ne sont pas différents au seuil de 5 % (Anova et
plus petite différence significative).
1 euro = 655, 96 F CFA.
La structure des coÛts de commercialisation pour la vente en
gros comprend les manutentions, le transport, les pots-de-vin aux
agents de l’État, la commission du courtier intervenant dans les
transactions avec les planteurs, les frais de téléphone et de
voyage du commerçant, les intérêts financiers, les taxes, et les
frais d’agrément (tableau 1). En plus de
ces composantes, la structure des coÛts de commercialisation dans
le segment du détail comprend la vente et le gardiennage, la
location du dépôt de vente, et l’équipement de ce dépôt (tableau 2). Les trois dernières composantes sont
absentes de la structure des coÛts dans le marché de gros (tableau 1). En effet, la vente en gros consiste
à s’approvisionner auprès des planteurs et à livrer directement le
bois au dépôt du détaillant. Ainsi, elle n’implique pas des coÛts
de vente et de gardiennage, de location et d’équipement du dépôt.
Par ailleurs, une partie des coÛts de manutention (tri et
classement) est à la charge des « détaillants
s’approvisionnant auprès des grossistes ». Les composantes les
plus importantes dans la structure des coÛts de commercialisation,
par rapport à leur pourcentage sont le transport, les manutentions,
et les pots-de-vin aux agents de l’État. Ces composantes totalisent
ensemble 88 à 92 % des coÛts de commercialisation dans le
marché de gros. Leur poids est aussi élevé dans le marché du détail
(77-86 % des coÛts de commercialisation), sauf pour les
« détaillants s’approvisionnant auprès des grossistes »
(25 %). La particularité chez ces derniers est due à l’absence
du coÛt du transport et de certaines manutentions.
Le transport des perches de teck du bord plantation au dépôt de
vente se fait avec des camions de capacité 15 tonnes, contenant de
300 à 800 perches. Les coÛts de transport sont absents chez les
« détaillants s’approvisionnant auprès des grossistes »
(tableau 2), car les perches leur sont
livrées au dépôt de vente. Les « gros
grossiste-détaillants » tirent avantage de la possession de
leur propre moyen de transport, et supportent des coÛts de
transport plus faibles, quel que soit le segment considéré (tableaux 1 et 2).
Les pots-de-vin aux agents de l’État avoisinent
25 000 XOF (50 dollars US) par chargement de 600
perches, excepté pour les « détaillants s’approvisionnant
auprès des grossistes » chez qui cette rente est plus faible
(tableaux 1 et 2). Les pots-de-vin sont
perçus aux postes de contrôle durant le transport du bois, et lors
des procédures d’obtention du permis de coupe, du laissez-passer,
de l’agrément et d’autres formalités administratives. Ces frais
sont considérés à tort comme des taxes par certains
commerçants.
Valeur ajoutée et ses composantes
La valeur ajoutée est positive dans les deux segments de marché
(tableaux 3 et 4). La commercialisation
des perches de teck est donc une activité créatrice de richesse.
Chez les « gros grossiste-détaillants » le transport,
étant internalisé, se décompose en coÛt de gasoil, maintenance,
salaire du conducteur, assurance, et amortissement ; les trois
derniers éléments étant inclus dans la valeur ajoutée. La valeur
ajoutée varie selon le type de commerçant dans les deux segments de
marché (tableaux 3 et 4). Ces variations
reflètent les différences dans les fonctions de commercialisation
remplies entre types de commerçants. Ainsi, les « gros
grossiste-détaillants » produisent la plus grande valeur
ajoutée dans les deux segments de marché.
Tableau 3 Compte de production-exploitation des
commerçants dans le marché de gros, pour un chargement de 600
perches, en francs CFA (XOF).
Traders’ production-trading account in the wholesale market for
a consignment of 600 poles.
| Éléments |
Type de commerçant* |
| GGD |
PGD |
| Perches de teck |
71 250 a*** |
73 500 a |
| Transport |
0 |
82 000 |
| Carburant |
21 238 |
0 |
| Maintenance du camion |
583 |
0 |
| Autres** |
7 854 |
11 112 |
| Consommations intermédiaires |
100 925 a |
166 612 b |
| Salaires |
45 733 |
47 750 |
| Pots-de-vin |
24 061 |
25 124 |
| Frais financiers (intérêts et assurance) |
1 367 |
250 |
| Taxes locales |
2 708 |
0 |
| Taxes nationales |
2 991 |
2 062 |
| Amortissement |
9 722 |
0 |
| Résultat net d’exploitation |
85 492 |
35 702 |
| Valeur ajoutée brute |
172 075 a |
110 888 b |
| Chiffre d’affaires |
273 000 a |
277 500 a |
*GGD et PGD : respectivement « gros
grossiste-détaillant » et « petit
grossiste-détaillant ».
** Cela comprend la commission du courtier, le voyage
du commerçant, les télécommunications et les dépenses
d’agrément.
*** Les chiffres suivis d’une même lettre sur une
ligne donnée ne sont pas différents au seuil de 5 % (test
t de Student).
Note : les consommations intermédiaires découlent de la
somme des coÛts d’achat des perches de teck, le transport, le
carburant, la maintenance du camion, et des autres frais. La valeur
ajoutée brute est la différence entre le chiffre d’affaires et les
consommations intermédiaires. Elle est décomposée en salaires,
pots-de-vin, frais financiers, taxes, amortissement et résultat net
d’exploitation.
1 euro = 655, 96 F CFA.
Tableau 4 Compte de production-exploitation des
commerçants dans le marché de détail, pour un chargement de 600
perches, en francs CFA (XOF).
Traders’ production-trading account in the retail market for a
consignment of 600 poles.
| Éléments |
Type de commerçant* |
| GGD |
PGD |
DAP |
DAG |
| Perches de teck |
71 250 a*** |
73 500 a |
69 928 a |
268 333 b |
| Transport |
0 |
82 000 |
78 841 |
0 |
| Carburant |
21 238 |
0 |
0 |
0 |
| Maintenance du camion |
583 |
0 |
0 |
0 |
| Autres** |
12054 |
14 102 |
19 557 |
10 403 |
| Consommations intermédiaires |
105 125 a |
169 602 b |
168 325 b |
278 736 c |
| Salaires |
65 658 |
62 550 |
51 954 |
7 083 |
| Pots-de-vin |
24 061 |
25 124 |
24 639 |
1 019 |
| Frais financiers (intérêts et assurance) |
1 367 |
250 |
502 |
933 |
| Taxes locales |
2 708 |
0 |
2 667 |
787 |
| Taxes nationales |
2 991 |
2 062 |
5 101 |
3 259 |
| Amortissement |
10 331 |
316 |
1 449 |
870 |
| Résultat net d’exploitation |
176 158 a |
131 596 b |
127 971 b |
93 034 c |
| Valeur ajoutée brute |
283 275 a |
221 898 b |
214 284 b |
106 986 c |
| Chiffre d’affaires |
388 400 a |
391 500 a |
382 609 a |
385 722 a |
* GGD, PGD, DAP, et DAG : respectivement
« gros grossiste-détaillant », « petit
grossiste-détaillant », « détaillant s’approvisionnant
auprès des planteurs » et « détaillant s’approvisionnant
auprès des grossistes ».
** Cela comprend la commission du courtier, le voyage
du commerçant, les télécommunications, la location du dépôt, et les
dépenses d’agrément.
*** Les chiffres suivis d’une même lettre sur une
ligne donnée ne sont pas différents au seuil de 5 % (Anova et
plus petite différence significative).
Note : les consommations intermédiaires découlent de la
somme des coÛts d’achat des perches de teck, le transport, le
carburant, la maintenance du camion, et des autres frais. La valeur
ajoutée brute est la différence entre le chiffre d’affaires et les
consommations intermédiaires. Elle est décomposée en salaires,
pots-de-vin, frais financiers, taxes, amortissement et résultat net
d’exploitation.
1 euro = 655, 96 F CFA.
Le résultat net d’exploitation (RNE) est positif chez tous les
types de commerçants, mais il existe des différences d’une
catégorie à l’autre (tableaux 3 et 4).
Le RNE représente généralement la plus grande part de la valeur
ajoutée (entre 32 et 50 % dans le segment de vente en gros, et
entre 59 et 87 % dans celui du détail). La commercialisation
des perches de teck génère des emplois, et les ouvriers sont les
deuxièmes plus gros bénéficiaires de la valeur ajoutée. Les
salaires représentent 27-43 % de la valeur ajoutée dans le
segment de gros, et 7-28 % dans celui du détail. Le reste de
la valeur ajoutée est réparti entre les pots-de-vin, les frais
financiers, les taxes aux niveaux local et national, et
l’amortissement.
Discussion et conclusion
Quatre types de commerçants opèrent dans le système de
commercialisation. Les possibilités de réduction des coÛts de
manutention sont minces ; car ils concernent des opérations
essentielles : récolte du bois, chargement, déchargement, tri
et classement des bois. Ces opérations mobilisent une main-d’œuvre
non qualifiée et s’accompagnent d’une distribution de salaires dans
le compte d’exploitation, d’où l’impact social positif de
l’activité commerciale. Le transport et les pots-de-vin sont les
composantes offrant plus d’opportunités de réduction des coÛts de
commercialisation. Le transport représente souvent un élément clé
dans les coÛts de commercialisation des produits agricoles en
Afrique au Sud du Sahara (Fafchamps et Gabre-Madhin, 2006 ;
Jatau, 2008). En dehors de l’effet de la distance, les coÛts de
transport sont influencés par la qualité des routes (Shepherd,
2007). Par conséquent, toute amélioration des infrastructures de
transport en milieu rural peut contribuer à la réduction des coÛts
de transport. Cependant, il paraît difficile de viser
l’amélioration des conditions de transport dans le seul cadre de la
commercialisation du bois. Cela pourrait s’inscrire dans une
politique globale de soutien à la commercialisation des produits
agricoles. L’ampleur du coÛt du transport s’explique aussi par
l’état souvent vétuste des camions ; d’où des pannes
fréquentes et des coÛts de maintenance élevés. Cela traduit une
insuffisance de capital et pose la question de l’accès au crédit
pour les agents économiques. Cette question s’inscrit dans le cadre
global des politiques de soutien à l’entrepreneuriat.
L’importance des pots-de-vin versés aux agents de l’État découle
du fait que le commerce du bois est sujet à des lois auxquelles peu
de commerçants se conforment. Les pots-de-vin pénalisent le système
de commercialisation, car ce coÛt n’est pas la contrepartie d’un
service. En outre, il constitue une contrainte majeure à la
foresterie paysanne, compte tenu de son effet négatif sur le revenu
des planteurs. En effet, le prix du bois sur pied étant une valeur
résiduelle (Burns et al., 1999), toute rente perçue lors de
la commercialisation amenuise le revenu des paysans. Pour réduire
ce type de comportement, nous nous accordons avec Siebert et Elwert
(2004) sur la nécessité d’entreprendre des réformes dans le secteur
forestier, et d’améliorer le fonctionnement de l’administration
forestière.
Le commerce des perches de teck génère une valeur ajoutée
positive. Cette valeur ajoutée est limitée essentiellement au
transfert du bois jusqu’au dépôt de vente ; car il n’y a pas
de transformation véritable en dehors d’un équarrissage manuel.
Toutefois, les possibilités de transformation sont limitées, vu le
faible diamètre des bois. L’activité des commerçants – premiers
bénéficiaires de la valeur ajoutée – est profitable, ce qui est un
résultat intéressant. En effet, cette profitabilité est une
condition pour que les commerçants continuent de remplir leurs
fonctions au bénéfice des paysans et des consommateurs (Shepherd,
2007).
Dans un même segment, on note des différences significatives
entre types de commerçants suivant les coÛts de commercialisation,
la valeur ajoutée, et le résultat net d’exploitation. La
coexistence d’agents d’efficience variable dans un marché
signifierait que les gros commerçants bénéficient de rente, et ne
tirent pas avantage de leur plus grande productivité, pour éliminer
les agents moins performants (Fafchamps et al., 2005).
Toutefois, dans le contexte béninois, la disparition des petits
détaillants (81,3 % de l’échantillon) est peu souhaitable. En
effet, outre l’auto-emploi, leur activité génère des emplois à
travers les opérations de manutention. Ce rôle social est important
dans un pays où le chômage et le sous-emploi sont élevés.
Remerciements
Les auteurs remercient la Commission universitaire pour le
développement (Belgique), pour avoir financé cette étude, à travers
le Projet interuniversitaire ciblé (PIC) « Contribution au
développement d’une filière de teck au départ des forêts privées du
Sud-Bénin (Département Atlantique) ».
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