Dépistage du cancer du sein : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?


Publiée dans la revue : Médecine. Novembre 2010. Volume 6Numéro 9,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

Les auteurs norvégiens et américains ont repris l’ensemble des données du programme norvégien de dépistage (1996-2005).

À partir des 40 075 cas de cancer du sein enregistrés, ils ont quantifié les résultats du programme de dépistage norvégien, en faisant des comparaisons historiques (avant-après programme) et transversales (dépistées-non dépistées). La totalité du suivi représente 31 613 529 années-femmes (moyenne de suivi des cancers du sein de 2,2 ans). Le taux de mortalité a diminué chez les femmes de 50 à 69 ans de 7,2 pour 100 000 années-femmes dans le groupe dépisté, soit une diminution relative de 28 %, alors qu’il était de 4,8 personnesannées (soit 18 %) dans le groupe non dépisté, par comparaison à des groupes comparables avant le programme de dépistage, ce qui laisse donc comme « efficacité » du programme une différence – non significative – de 10 % de mortalité (2,4 décès par an pour 100 000 dépistages, p = 0,13). L’essentiel du «gain» obtenu est donc le fait, d’une part, des progrès de la prise en charge multidisciplinaire des cancers du sein, d’autre part, de l’évolution historique naturelle de cette pathologie. HG Welsh commente cette étude en l’extrapolant aux données américaines : pour obtenir cet éventuel « bénéfice » peut-être seulement dû au hasard, environ 1 000 femmes dépistées sur 2 500 seront victimes d’un « faux positif » qui les conduira 1 fois sur 2 à une biopsie négative ; environ 5 à 15 sur 2 500 seront traitées inutilement. Là aussi, la décision de dépister ou non ne peut relever que d’une information complète de la patiente, lui permettant un choix éclairé. En aucun cas, le nombre de mammographies ne peut refléter la qualité d’un système de santé.

1. Kalager M, Zelen M, Langmark F, Adami HO. Effect of Screening Mammography on Breast- Cancer Mortality in Norway. N Engl J Med. 2010;363:1203-10.
2. Welch HG. Screening Mammography – A Long Run for a Short Slide? N Engl J Med. 363;13:1277-8.

Les questions que se pose la rédaction
• Les baisses de mortalité dues au dépistage, annoncées il y a quelques années comme de l’ordre de 25 %, ne sont plus d’actualité. 10 % ? Une partie de l’étude norvégienne semble plus pessimiste encore, comme le souligne Welsh, puisque la réduction de mortalité chez les femmes de plus de 70 ans, non invitées au dépistage, n’était que de 8 % par rapport au groupe dépisté.
• Il y a de nombreux points faibles dans cette étude : durée insuffisante, contamination possible entre les groupes comparés, incitation (indirectement liée au dépistage) de se faire traiter plus tôt, etc. Mais il est plus que probable que le contexte a considérablement changé entre les années 1990, début des essais randomisés dans ce domaine, et aujourd’hui, où les études observationnelles du type de celle-ci reflètent mieux la réalité actuelle. Il est sans doute temps, comme le conclut Welsh, de rééquilibrer les messages de santé destinés à nos patientes.

Mots clés : cancer du sein, dépistage, mammographie


 

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