Les auteurs norvégiens et américains ont repris l’ensemble des données
du programme norvégien de dépistage (1996-2005).
À partir des 40 075 cas de cancer du sein enregistrés, ils ont quantifié les
résultats du programme de dépistage norvégien, en faisant des comparaisons historiques
(avant-après programme) et transversales (dépistées-non dépistées). La totalité
du suivi représente 31 613 529 années-femmes (moyenne de suivi des cancers du
sein de 2,2 ans). Le taux de mortalité a diminué chez les femmes de 50 à 69
ans de 7,2 pour 100 000 années-femmes dans le groupe dépisté, soit une diminution
relative de 28 %, alors qu’il était de 4,8 personnesannées (soit 18 %) dans
le groupe non dépisté, par comparaison à des groupes comparables avant le programme
de dépistage, ce qui laisse donc comme « efficacité » du programme une différence
– non significative – de 10 % de mortalité (2,4 décès par an pour 100 000 dépistages,
p = 0,13). L’essentiel du «gain» obtenu est donc le fait, d’une part, des progrès
de la prise en charge multidisciplinaire des cancers du sein, d’autre part,
de l’évolution historique naturelle de cette pathologie. HG Welsh commente cette
étude en l’extrapolant aux données américaines : pour obtenir cet éventuel «
bénéfice » peut-être seulement dû au hasard, environ 1 000 femmes dépistées
sur 2 500 seront victimes d’un « faux positif » qui les conduira 1 fois sur
2 à une biopsie négative ; environ 5 à 15 sur 2 500 seront traitées inutilement.
Là aussi, la décision de dépister ou non ne peut relever que d’une information
complète de la patiente, lui permettant un choix éclairé. En aucun cas, le nombre
de mammographies ne peut refléter la qualité d’un système de santé.
1. Kalager M, Zelen M, Langmark F, Adami HO. Effect of Screening Mammography
on Breast- Cancer Mortality in Norway. N Engl J Med. 2010;363:1203-10.
2. Welch HG. Screening Mammography – A Long Run for a Short Slide? N Engl
J Med. 363;13:1277-8.
Les questions que se pose la rédaction
• Les baisses de mortalité dues au dépistage, annoncées il y a quelques années
comme de l’ordre de 25 %, ne sont plus d’actualité. 10 % ? Une partie de l’étude
norvégienne semble plus pessimiste encore, comme le souligne Welsh, puisque
la réduction de mortalité chez les femmes de plus de 70 ans, non invitées au
dépistage, n’était que de 8 % par rapport au groupe dépisté.
• Il y a de nombreux points faibles dans cette étude : durée insuffisante, contamination
possible entre les groupes comparés, incitation (indirectement liée au dépistage)
de se faire traiter plus tôt, etc. Mais il est plus que probable que le contexte
a considérablement changé entre les années 1990, début des essais randomisés
dans ce domaine, et aujourd’hui, où les études observationnelles du type de
celle-ci reflètent mieux la réalité actuelle. Il est sans doute temps, comme
le conclut Welsh, de rééquilibrer les messages de santé destinés à nos patientes.
Mots clés : cancer du sein, dépistage, mammographie
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