Auteur(s) : Renaud David, Emmanuel Mulin, Elsa Leone, Philippe Robert, Centre mémoire de ressources et de recherche, CHU Nice, Université de Nice Sophia-Antipolis.
Résumé : Les symptômes psychologiques et comportementaux (SPCD) sont fréquemment associés aux troubles cognitifs et à la perte d’autonomie au cours de la maladie d’Alzheimer. Un diagnostic précoce de ces symptômes est important dans la mesure où ils majorent le déclin cognitif, entraînent une institutionnalisation plus rapide et retentissent négativement sur l’entourage du patient. Ils sont plus ou moins facilement diagnostiqués suivant le type de symptômes présentés par le patient, c’est une des raisons pour lesquelles l’interrogatoire de l’accompagnant habituel du patient est important. Leur fréquence augmente avec l’aggravation des troubles cognitifs, mais ils sont parfois observables avant même les premiers troubles mnésiques. Les symptômes les plus fréquemment retrouvés sont l’apathie, la dépression et l’anxiété. Le repérage systématique de ces symptômes pendant la consultation, à l’aide d’un entretien structuré avec le patient et son accompagnant, doit permettre d’améliorer leur prise en charge thérapeutique. Le traitement de ces troubles doit comporter en priorité une approche non médicamenteuse. En cas d’échec, le recours à un traitement médicamenteux vient en seconde intention, en veillant à minimiser la prescription de molécules à action anticholinergique. Les traitements médicamenteux ne doivent pas être utilisés en prévention des symptômes neuropsychiatriques. Les traitements spécifiques de la maladie d’Alzheimer (inhibiteurs d’acétylcholinestérase et mémantine) ont un effet modéré sur les symptômes comportementaux et agissent à long terme. La prescription de psychotropes, et en particulier les antipsychotiques, doit être limitée, de courte durée et régulièrement réévaluée.
Mots-clés : symptÔmes psychologiques et comportementaux, maladie d'Alzheimer, démence
Illustrations
Figure 1 Prévalence des symptômes psychologiques et
comportementaux, évalués à l'aide de l'Inventaire
Neuropsychiatrique (NPI), suivant le score au MMSE (d'après
[1]).
Idées délirantes*
Font référence à la présence d’interprétations erronées de la part
du patient, telles que l’impression d’être abandonné par sa
famille, d’être volé, qu’on veut lui faire du mal, que des hôtes
indésirables vivent sous son toit , etc.
Hallucinations*
- Impression d’entendre des voix, impression de voir des choses que
les autres ne voient pas
- Impression de sensations inhabituelles : odeurs, goûts dans
la bouche, sensations corporelles (choses qui rampent sous la peau
ou touchent le patient)
Agitation*/agressivité*
L’agitation peu se manifester par une opposition dans les soins ou
un manque de coopération, un refus de prendre les traitements, des
cris, des insultes, voire des coups à l’égard de l’entourage.
Dépression/dysphorie
Les principaux signes à rechercher sont :
une tristesse de l’humeur ;
un négativisme (découragement, sensation d’être un raté,
sensation d’être un fardeau), un pessimisme ;
- Énervement, sautes d’humeur, brusques accès de colère
- Comportement grincheux, irritable, difficile à vivre, cherche les
disputes
Comportement moteur aberrant*
- Tourne en rond dans la maison sans but apparent, est incapable de
rester en place, a la « bougeotte »
- Activités et gestes répétitifs (tripoter des objets)
- Mettre et enlever ses vêtements sans cesse
Troubles du sommeil*
- Difficultés d’endormissement
- Réveils nocturnes, réveils matinaux précoces
- Déambulation nocturne, activités nocturnes inappropriées
(s’habiller, projet de sortir)
- Somnolence diurne excessive
Troubles de l’appétit
- Perte ou augmentation de l’appétit
- Amaigrissement ou prise de poids
- Changement dans le comportement alimentaire (trop d’aliments dans
la bouche, nourriture répétitive et stéréotypée)
* Troubles du comportement dits perturbateurs (avec
l’opposition, les cris) pour lesquels des recommandations de bonne
pratique ont été publiées en 2009 [4].
Tableau 1 Les principaux signes cliniques pour
chaque symptôme.
Approches
Techniques
Cible recherchée
Cognitive
Stimulation cognitive
Rééducation cognitive
Cognition, autonomie, bien-être de l’accompagnant
Psychosociale
Réminiscence
Psychothérapie
Art thérapie
Thérapie assistée avec un animal (chien)
Dépression, comportements, qualité de vie, bien-être de
l’accompagnant
Adaptation à l‘environnement
Rééducation à l’orientation
Autonomie, cognition, qualité de vie
Sensorielle
Musicothérapie
Luminothérapie
Aromathérapie
Snoezelen
Dépression, comportements, qualité de vie, sommeil
Motrice
Gymnastique
Cognition, comportements
Tableau 2 Approches thérapeutiques non
médicamenteuses.
Spécialité
Classe thérapeutique
DCI
Nom commercial
Neurologie
Antiparkinsonien
Trihexyphénidyle
Tropatépine
Bipéridine
Artane®, Parkinane®
Lepticur®
Akineton®
Antimigraineux
Flunirazine
Sibelium®
Psychiatrie
Antidépresseur tricyclique
Clomipraine
Anafranil®
Neuroleptiques phénothiaziniques
Thioridazine
Loxapine
Melleril®
Loxapac®
Antipsychotique atypique
Clozapine
Olanzapine
Leponex®
Zyprexa®
Hypnotique
Méprobamate + acétaprométazine
Noctran®
Mépronizine®
Gastro-entérologie
Antiémétiques
Métoclopramide
Métopimazine
Primpéran®
Vogalène®
Urologie
Antispasmodique dans l’instabilité vésicale
Oxybutynine
Trospium
Toltérodine
Solifénacine
Ditropan®
Céris®
Détrusitol®
Vésicare
Pneumologie
Antitussifs anti-H1
Pimétixène
Oxomémazine
Calmixène®
Toplexil®
Bronchodilatateurs anticholinergiques
Ipratropium
Tiotropium
Atrovent®
Spiriva®
Cardiologie
Troubles du rythme
Disopyramide
Rythmodan®
Allergologie
Antihistaminiques phenothiaziniques
Prométhazine
Alimémazine
Phenergan®
Théralène®
Anti-H1
Hydroxyzine
Dexchlorphéniramine cyproheptadine
Atarax®
Polaramine®
Autres
Antispasmodiques anticholinergiques
Atropine
Tiémonium
Scopolamine
Visceralgine®
Tableau 3 Médicaments ayant une action
anticholinergique (liste non exhaustive).
DCI
Spécialité/dosage
Demi-vie
Alprazolam
Xanax®/cp à 0,25 et 0,50mg
10-20 h
Clotiazépam
Veratran®/cp à 5 et 10mg
4 h
Lorazépam
Temesta®/cp à 1 et 2,5mg
10-20 h
Oxazépam
Seresta®/cp à 10 et 50mg
8 h
Tableau 4 Anxiolytiques à demi-vie courte et sans
métabolite actif (d’après [4]).