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Syndrome d'apnées obstructives du sommeil et troubles cognitifs chez les sujets âgés


Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement. Volume 8, Numéro 3, 163-9, septembre 2010, Revue thématique

DOI : 10.1684/pnv.2010.0219

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Fannie Onen, Hakki Onen , Service de gériatrie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, Paris, Inserm U669, Paris 14, Pôle de gériatrie, Hôpital Antoine Charial, Hospices civils de Lyon.

Résumé : La prévalence du syndrome d'apnées du sommeil (SAOS) est estimée à 25 % dans la population âgée et atteint jusqu'à 48 % chez les patients déments en institution. La somnolence diurne, les troubles cognitifs, les accidents et les chutes sont les complications les plus fréquentes perturbant la qualité de vie. Le SAOS sévère non traité est un facteur de risque indépendant d'accidents vasculaires cérébraux chez le sujet âgé. Le traitement de choix pour le SAOS est la ventilation en pression positive continue (PPC). Dans le SAOS, l'altération des fonctions cognitives concerne des domaines différents. Les mécanismes responsables évoqués incluent l'hypoxémie intermittente nocturne, la fragmentation du sommeil ou encore la diminution du débit sanguin cérébral. Les études récentes suggèrent que le SAOS pourrait aggraver les troubles cognitifs déjà présents chez le sujet âgé et que le traitement par ventilation nasale en PPC pourrait les améliorer.

Mots-clés : syndrome d'apnées obstructives du sommeil, fonctions cognitives, sujet âgé

ARTICLE

Auteur(s) : Fannie Onen1,2, Hakki Onen3

1Service de gériatrie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, Paris
2Inserm U669, Paris 14
3Pôle de gériatrie, Hôpital Antoine Charial, Hospices civils de Lyon

Points clés

  • Les stigmates cliniques du SAOS doivent être systématiquement recherchés lors des consultations mémoire.
  • Le SAOS peut induire certains troubles cognitifs et aggraver les troubles cognitifs déjà présents.
  • Le SAOS est un facteur de risque indépendant d'accidents vasculaires cérébraux chez le sujet âgé.
  • Le traitement par ventilation nasale en pression positive continue améliore la vigilance et pourrait aussi améliorer certains troubles cognitifs.

Le syndrome SAOS est caractérisé par la survenue, pendant le sommeil, d'épisodes répétés d'obstruction totale ou partielle des voies aériennes supérieures (pendant au moins 10 secondes), responsables d'interruptions complètes (apnées) ou de réductions significatives (hypopnées) de la ventilation, souvent par hypotonie des muscles dilatateurs du pharynx. L'index d'apnées-hypopnées (IAH) correspond au nombre d'apnées et d'hypopnées par heure de sommeil.

La prévalence du SAOS dans la population générale est de l'ordre de 5 % [1]. Cette prévalence augmente avec l'âge. Quand le SAOS est défini par un IAH supérieur ou égal à 15/h, la prévalence de l'affection dépasse les 20 % chez les personnes âgées de plus de 70 ans [2]. Malgré cette forte prévalence, le SAOS est sous diagnostiqué chez les sujets âgés, probablement du fait de la méconnaissance de ses particularités gériatriques par la majorité de la communauté médicale.

Sur le plan physiopathologique, lorsque l'obstruction des voies aériennes se produit, les efforts respiratoires persistent et leur amplitude augmente pour lutter contre l'absence de flux aérien. L'apnée se termine souvent par un micro éveil permettant une augmentation du tonus des muscles du pharynx, la réouverture des voies aériennes supérieures et la reprise ventilatoire. Les principaux symptômes cliniques sont les ronflements sonores et la somnolence diurne excessive qui s'observent en général dans un contexte de surcharge pondérale.

La polysomnographique est l'examen de référence pour confirmer un diagnostic suspecté sur la clinique. Selon la classification internationale des troubles du sommeil (ICSD-2), sans tenir compte des signes cliniques, le syndrome d'apnées du sommeil est retenu à partir d'un IAH égal ou supérieur à 15 par heure de sommeil [3]. Cependant, au-delà du nombre d'apnées et d'hypopnées, la sévérité du syndrome n'est réellement appréciée que par la connaissance simultanée de la désaturation du sang artériel en oxygène qu'il entraîne, de la mesure de la fragmentation du sommeil et du tableau clinique avec hypersomnolence, chutes, troubles cognitifs, troubles de l'humeur, hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux, coronaropathie et autres événements cardiovasculaires.

Le SAOS est accessible au traitement, y compris chez les sujets âgés. La respiration nocturne spontanée (ventilation) en pression positive continue (PPC), appliquée par masque nasal, constitue actuellement le traitement de choix des SAOS. Une pression de 4 à 12 cm d'H2O, appliquée au moyen d'un masque nasal empêche le collapsus pharyngé et permet en général la disparition des apnées et des ronflements. On considère habituellement que ce traitement doit être proposé dans les cas graves qui vont entraîner des perturbations dans la vie quotidienne (hypersomnolence, altération cognitive avec risque d'accidents et de chutes chez les sujets âgés), et lorsque le pronostic vital semble menacé (association à une hypertension artérielle pharmacorésistante, antécédent d'accident vasculaire cérébral (AVC) par exemple).

Cognition et SAS

Plusieurs arguments permettent de supposer une atteinte cognitive globale chez les patients apnéiques, mais touchant plus particulièrement l'attention et les fonctions exécutives.

Les données neuropsychologiques

Les travaux publiés sur les relations entre SAOS et déficits cognitifs ont porté essentiellement sur des populations d'âge moyen inférieur à 65 ans et leurs résultats sont parfois discordants. Une méta-analyse [4] ayant réuni 54 études évaluant les fonctions cognitives dans le SAOS a permis la comparaison au total de 1 635 patients apnéiques à 1 737 sujets contrôles âgés de moins de 65 ans. Les résultats de cette méta-analyse sont en faveur de l'existence d'un déficit important à modéré des capacités de flexibilité mentale, du rappel libre dans les épreuves de mémoire épisodique verbale et visuelle et des performances de conduite automobile. Un déficit léger à modéré est rapporté pour les capacités attentionnelles, le fonctionnement cognitif global et les scores composites des différents tests. Dans cette méta-analyse, les autres secteurs cognitifs tels que les fonctions exécutives, les capacités visuo-constructives, la vigilance et les capacités d'élaboration motrice n'ont pas été analysés en raison de la grande hétérogénéité entre les études.

Les résultats d'une étude plus récente [5], évaluant différents types de mémoire (mémoire épisodique, mémoire de travail et mémoire procédurale) chez des sujets de 50 ans d'âge moyen, ont montré une atteinte modérée de la mémoire de travail, de la mémoire procédurale et un déficit du rappel libre en mémoire épisodique. L'amélioration observée des performances par l'indiçage est en faveur d'un profil de dysfonction sous-cortico-frontale. Dans une autre étude, 46 sujets âgés de 80 ans en moyenne, sans trouble cognitif majeur (score moyen au MMSE de 28) et vivant à domicile [6], ont été explorés par une polygraphie ambulatoire et ont été suivis sur 2 ans. Les résultats ont montré une association significative entre le déclin cognitif évalué par le MMSE et la somnolence diurne évaluée par l'échelle d'Epworth. L'analyse multivariée a montré un lien négatif significatif entre la sévérité du nombre d'événements respiratoires (IAH) et le score au MMSE : plus l'IAH était élevé, plus le déclin cognitif au MMSE était marqué durant le suivi. Cependant, les résultats n'ont pas montré de lien entre le déficit cognitif et la sévérité des épisodes de désaturation. Les auteurs suggèrent un modèle de médiation par la somnolence diurne induite par les apnées pour expliquer les troubles cognitifs rencontrés chez les sujets âgés apnéiques. Ils indiquent aussi l'intérêt et le bénéfice du traitement PPC chez les patients âgés apnéiques y compris à des stades modérés de l'affection, même s'il n'y a pas d'hypoxémie majeure.

Malgré la publication d'un certain nombre de travaux sur l'atteinte cognitive associée au SAOS, il n'y a pas de consensus pour définir un profil cognitif particulier chez les sujets apnéiques. Une étude récemment publiée a été réalisée chez des sujets âgés apnéiques (âge moyen de 68 ans), sélectionnés en très bon état de santé et non symptomatiques pour le SAOS [7]. L'objectif était d'étudier la relation entre le SAOS et les performances cognitives. Les auteurs ont trouvé que l'impact du SAOS sur les fonctions cognitives était significatif, mais faible. Il s'agissait essentiellement d'une atteinte des performances dans les épreuves de rappel libre en mémoire épisodique. Dans cette étude, il est important de souligner qu'aucune information n'était fournie sur la mesure de la fragmentation du sommeil puisqu'il s'agissait d'une polygraphie ventilatoire sans enregistrement du sommeil et que les patients apnéiques n'avaient pas d'hypoxie sévère. En fait, ces deux paramètres sont incontournables pour évaluer la sévérité du SAOS et le retentissement du SAOS sur le fonctionnement diurne comme sur les performances cognitives. Au total, chez les sujets âgés apnéiques, ne présentant pas de comorbidité cardiovasculaire ou neurologique et sans symptômes cliniques pour le SAOS, il existait une atteinte cognitive faible mais significative. Bien évidemment, cette population très sélectionnée, indemne de toute pathologie gériatrique habituelle, n'est pas représentative de la population générale âgée. Les résultats de cette étude ne peuvent donc pas être généralisés pour prendre les décisions thérapeutiques dans le SAOS chez les sujets âgés.

Ainsi, en l'absence de marqueur « spécifique » de l'atteinte cognitive induite par le SAOS sévère, il apparaît utile d'évaluer les fonctions exécutives, les capacités attentionnelles, mais aussi les autres sphères de la cognition, le fonctionnement global ainsi que la somnolence diurne [8].

Existe-t-il un lien entre SAOS et maladie d'Alzheimer ?

Depuis plusieurs années, l'existence d'un lien entre apnées du sommeil et démences est suspecté sur deux arguments : la présence d'altérations cognitives chez certains apnéiques et la prévalence élevée des apnées du sommeil chez les patients déments. En institution, chez les patients présentant une démence, la prévalence du SAOS se situe entre 38 à 48 % [9]. Une association importante entre les SAOS dont l'IAH est supérieur à 20/h et les démences les plus sévères est signalée.

Plusieurs arguments plaident pour l'existence d'un lien entre MA et SAOS. Les facteurs de risque vasculaire et les pathologies cardiovasculaires favorisent l'apparition de la MA et aggravent le déclin cognitif [10]. Le SAOS pourrait contribuer à l'altération cognitive chez les patients atteints de la MA par l'intermédiaire de ses complications cardio-cérébro-vasculaires. En outre, l'allèle epsilon 4 de l'apolipoprotéine E (Apo-E4) est un facteur de risque des formes sporadiques de MA et augmente également le risque de maladies cardiovasculaires et de SAOS [11]. Dans une étude longitudinale menée chez 791 sujets âgés de 32 à 68 ans, la probabilité de présenter un SAOS (IAH ≥ 15/h) était significativement plus élevée chez les porteurs du gène Apo-E4 (12 % versus 7 % ; p = 0,03) indépendamment de l'âge, du sexe, du BMI et de l'origine ethnique [12]. Chez les porteurs de l'allèle Apo-E4, l'augmentation de l'IAH est associée à une altération des performances mnésiques, surtout en rappel libre [13]. Dans une étude plus récente, Spira et al. [14] ont montré que l'efficience globale (mesurée à l'aide du MMSE) et la flexibilité mentale (évaluée par le trail making test-B) étaient altérées chez les femmes apnéiques porteuses de l'allèle Apo-E4. L'interprétation de ces résultats est toutefois difficile lorsque l'on sait que le génotype Apo-E4 est reconnu à la fois comme un facteur de risque pour le SAOS et pour la MA.

Les effets d'un inhibiteur de l'acétylcholinestérase (donépézil) sur les apnées du sommeil ont été testés chez 23 malades présentant une forme légère à modérée de la MA [15]. Il s'agissait d'un essai randomisé en double insu, contrôlé versus placebo. Dans les deux groupes, les patients ont bénéficié, à l'état de base et à trois mois, d'une polysomnographie et d'une évaluation cognitive au moyen de l'échelle ADAS-Cog. Dans le groupe traité par le donépézil (5 mg par jour le premier mois, puis 10 mg par jour le deuxième et le troisième mois) on observait une amélioration de l'IAH ainsi que la SaO2 par rapport à l'état de base et par rapport au groupe placebo. Le traitement avait également permis une amélioration significative de l'état cognitif. L'action cholinergique du donépézil sur la commande respiratoire peut être évoquée à l'origine de ces résultats. Cependant, ce sont surtout les apnées obstructives qui ont été améliorées par le donépézil. Cette étude ne portant que sur un faible échantillon ne permet toutefois pas d'en déduire des conclusions définitives. D'une manière générale, le SAOS apparaît néanmoins comme un facteur de risque d'aggravation du statut cognitif chez les sujets atteints de MA.

Existe-t-il un lien entre SAOS et AVC ?

Ces dernières années, les relations entre SAOS et AVC ont reçu une attention particulière. Une étude prospective a définitivement confirmé le bénéfice, sur les maladies cardiovasculaires et les AVC, de la ventilation en PPC chez les apnéiques sévères [16]. Cinq groupes de patients ont été évalués annuellement pendant 10 ans. Il s'agissait de 264 volontaires sains, 372 ronfleurs simples, 403 apnéiques légers à modérés non traités et 235 patients apnéiques sévères non traités et 372 patients apnéiques traités appariés pour l'âge et le body mass index (BMI). Les décès par infarctus du myocarde (IDM) ou AVC, les IDM et des AVC de même que les pontages coronariens, étaient plus fréquents chez les patients apnéiques sévères non traités que dans les autres groupes, y compris les patients apnéiques sévères traités. Le risque relatif d'événement cardiovasculaire non fatal, dont les AVC, était de 3,17 pour le groupe d'apnéiques sévères non traités par rapport aux sujets contrôles sains.

Plus tard, l'équipe de Munoz [17] a analysé 394 personnes âgées de 70 à 100 ans. Sur une période de six ans, 20 de ces sujets ont été victimes d'un AVC ischémique. C'était en majorité des hommes et tous souffraient d'apnées du sommeil sévères. Dans cette étude, les personnes âgées avec un SAOS sévère (IAH ≥ 30/h) avaient eu un risque 2,52 fois plus élevé de présenter un accident vasculaire cérébral ischémique que les personnes âgées qui ne souffraient que d'une forme légère de la maladie ou qui n'en souffraient pas du tout. Ce risque était indépendant des facteurs confondants tels que l'hypertension artérielle, la fibrillation auriculaire, le diabète de type 2, le BMI, le sexe, le tabagisme et le taux de cholestérol.

L'ensemble de ces travaux montre clairement que le SAOS est un facteur de risque indépendant d'AVC chez les sujets âgés.

Par quels mécanismes le SAOS peut-il induire des troubles cognitifs ?

Bien qu'elles ne fassent pas l'unanimité, plusieurs théories tentent d'expliquer les mécanismes physiopathologiques des altérations cognitives liées au SAOS. Il s'agit essentiellement des phénomènes d'hypoxie, de la fragmentation du sommeil et de la diminution du débit sanguin cérébral. Les théories portant sur l'inflammation et/ou la réserve cognitive ont été moins étudiées.

Les travaux qui ont évalué à la fois l'hypoxie, la fragmentation du sommeil et la somnolence diurne ne permettent pas d'arriver à un consensus pour incriminer la responsabilité du phénomène d'hypoxémie nocturne provoquant des altérations hémodynamiques intracérébrales plutôt que celle de la fragmentation du sommeil, entraînant une baisse de la vigilance et de la somnolence diurne. Findley et al. [18] ont rapporté, chez des patients apnéiques âgés présentant un niveau d'hypoxémie sévère, un déficit cognitif plus important que chez les patients apnéiques sans hypoxémie sévère. Ils ont également montré que la sévérité du déficit cognitif était corrélée avec la sévérité de l'hypoxémie, mais pas avec la fragmentation du sommeil. Dans une autre étude [19], les patients apnéiques (n = 31) présentant une hypoxémie nocturne avaient un déficit des capacités attentionnelles et une altération de la vigilance par comparaison aux sujets contrôles (n = 10). Il n'y avait pas de lien entre l'état cognitif, la fragmentation du sommeil et l'IAH. Greenberg et al. [20] ont également observé que les patients apnéiques (n = 14) présentant une hypoxémie et une somnolence diurne, avaient des performances cognitives significativement déficitaires par comparaison avec celles des sujets ayant une somnolence diurne sans événements respiratoires nocturnes (n = 10) et celles des sujets contrôles (n = 14). Les auteurs suggèrent que les déficits cognitifs secondaires à l'hypoxie lors des événements respiratoires nocturnes sont plus sévères que les troubles cognitifs en lien avec la somnolence diurne seule. Pour d'autres auteurs l'atteinte de la mémoire spatiale et temporelle, observée chez des patients apnéiques (n = 28) comparés aux contrôles non apnéiques (n = 29) était corrélée avec la fragmentation du sommeil, plus qu'avec le niveau d'hypoxie [21].

Le sommeil, par lui-même, affecte le débit sanguin cérébral qui est particulièrement diminué au cours du sommeil lent (stades 1, 2 et 3) alors qu'il est augmenté au cours du sommeil paradoxal. Chez les patients apnéiques, il existe, de plus, une accélération du débit sanguin cérébral avec une élévation brutale à la fin de l'apnée, suivie d'un ralentissement au-dessous du niveau de base d'environ 25 % qui survient à un moment où l'hypoxémie est la plus sévère et où la pression artérielle est maximale. L'alternance vasodilatation/vasoconstriction contribue aussi à l'instabilité du système vasculaire. La dépression intrathoracique qui accompagne l'apnée obstructive peut être majeure et peut atteindre - 70 à - 80 cm H2O. Elle provoque une augmentation du volume veineux central et donc de la pression intracérébrale [22].

Dans une autre étude récente, réalisée chez 39 patients apnéiques avec un âge moyen de 47,6 ans, Hansel et al. [23] ont dosé les cytokines inflammatoires périphériques. Une corrélation positive a été mise en évidence entre les taux de TNF-R1 (récepteur soluble de la TNF-alpha) et la sévérité du SAOS. Les auteurs suggèrent le possible rôle des marqueurs de l'inflammation chronique tels que la TNF-R1 dans l'atteinte cognitive liée au SAOS et soulignent les liens entre la perturbation des taux de TNF-alpha périphérique et les perturbations cognitives dans la maladie d'Alzheimer, ainsi que dans la démence par infarctus multiples sous-corticaux. Avant de formuler des conclusions définitives, d'autres études doivent confirmer ces données. En outre, il serait intéressant de quantifier les taux de TNF-R1 sous traitement par PPC.

Enfin, pour certains auteurs, la présence d'une réserve cognitive importante, liée à un niveau d'intelligence élevé (quotient intellectuel > 90e percentile), serait un élément protecteur contre les complications neuropsychologiques du SAOS [24]. Les patients d'intelligence élevée, comparés aux contrôles non apnéiques de même niveau d'intelligence, avaient des scores aux tests cognitifs avant et après traitement par PPC qui ne différeraient pas significativement. En revanche, les patients apnéiques d'intelligence moyenne comparés aux contrôles non apnéiques présentaient des perturbations cognitives avant le traitement par PPC. Après le traitement, ces perturbations cognitives étaient corrigées significativement.

Apport de la neuro-imagerie

Le SAOS est responsable de perturbations systémiques intenses pendant le sommeil en lien avec les épisodes de désaturation répétés et les modifications fonctionnelles et anatomiques brutales. Les études récentes en spectroscopie par résonance magnétique chez les apnéiques, ont montré une réduction du pic de NAA-Cho au niveau de la substance blanche des régions frontales [25]. Des anomalies frontales (réduction de la consommation de FDG) ont également été mises en évidence en tomographie par émission de positons (TEP) chez des sujets apnéiques demeurant somnolents sous traitement par PPC [26]. Les études d'IRM réalisées chez des sujets apnéiques ont révélé l'existence de lésions étendues de la substance blanche, en particulier au niveau du cortex frontal, des structures limbiques, du pont, des projections cérébelleuses afférentes et efférentes [27], ainsi que des infarctus lacunaires silencieux sous-corticaux [28].

Bien que le lien de causalité de ces lésions avec le SAOS reste à démontrer chez l'homme, les résultats de travaux effectués chez l'animal plaident plutôt en faveur d'un mécanisme lié à l'hypoxie. En effet, l'hypoxie intermittente chronique provoque, chez le rat, une somnolence et un stress oxydatif dans les régions frontobasales et le tronc cérébral [29].

Les effets du traitement du SAOS par PPC sur la cognition

Plusieurs travaux réalisés chez des patients non déments jeunes [30, 31] et âgés [32] ont montré un effet bénéfique de la ventilation en PPC sur la cognition (attention, vigilance, fonctions exécutives, mémoire épisodique, performances motrices, et capacités visuo-constructives). Cependant, d'autres auteurs n'ont pas trouvé d'amélioration significative des fonctions cognitives étudiées (attention, vigilance, mémoire visuelle, coordination motrice) avec la PPC [33]. La divergence des résultats d'une étude à l'autre est essentiellement liée aux différences méthodologiques telles que la durée du traitement, l'observance pour la PPC, la sévérité initiale du SAOS, les domaines cognitifs explorés, les tests cognitifs utilisés et l'investissement des patients dans la prise en charge du SAOS.

L'adhésion des patients âgés au traitement par PPC ne semble pas inférieure à celle des patients plus jeunes [34] à condition d'initier la PPC dans des conditions optimales de titration, en commençant par des niveaux de pression moins élevés que ceux qui sont utilisés habituellement chez les sujets jeunes pour la même sévérité de SAOS. De plus, selon les mêmes auteurs, le traitement par PPC peut aussi être proposé aux patients présentant une MA, à condition que les déficits cognitifs soient au stade léger. Ainsi, récemment, chez les malades présentant une forme légère de la MA et un SAOS (index d'apnées et d'hypopnées [IAH] ≥ 10 par heure), Ancoli-Israel et al. [35] ont montré que la ventilation par PPC pouvait améliorer les fonctions cognitives évaluées par un score composite. Cependant, les tests cognitifs analysés séparément ne montraient pas de changement significatif après trois semaines de traitement par PPC (n = 27) par comparaison avec un groupe PPC-placebo (n = 25). L'inclusion de formes légères de SAS dans cet essai clinique n'était probablement pas optimale pour mettre en évidence un bénéfice de la PPC sur les fonctions cognitives. La PPC pourrait améliorer la cognition en corrigeant l'hypoxie et la fragmentation du sommeil. Sur la base des données dont nous disposons aujourd'hui, divers arguments plaident ainsi en faveur d'un bénéfice potentiel de la ventilation en PPC sur les fonctions cognitives chez les sujets âgés présentant un SAS.

Conclusion

Le SAOS est une affection hautement prévalente chez les sujets âgés. Plusieurs études ont montré l'existence d'altérations cognitives chez les patients présentant un SAOS. Les principales hypothèses retenues à l'origine de ces altérations sont l'hypoxie, la fragmentation du sommeil, les phénomènes inflammatoires et la diminution du débit sanguin cérébral induits par les apnées. L'amélioration des perturbations cognitives après le traitement des apnées par une ventilation en PPC ne fait toutefois pas l'unanimité. Le SAOS apparaît, par ailleurs, comme un facteur de risque d'AVC, plus particulièrement chez les sujets âgés.

Le SAOS semble être observé fréquemment chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Pour certains auteurs, le traitement du SAOS par une PPC chez ces malades améliore les fonctions cognitives et, à l'inverse, le traitement de la MA par inhibiteurs de l'ACh améliore les paramètres respiratoires, notamment l'IAH.

Une meilleure compréhension des liens entre SAOS et fonctionnement cognitif pourrait permettre d'envisager des stratégies préventives. En attendant le développement des futures études, les cliniciens devraient inclure l'évaluation du sommeil et le repérage des stigmates de SAOS par l'interrogatoire lors de l'évaluation cognitive chez les sujets âgés.

Conflit d'intérêts

aucun.

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