ARTICLE
Auteur(s) : Fannie Onen1,2,
Hakki Onen3
1Service de gériatrie, Hôpital Bichat-Claude
Bernard, APHP, Paris
2Inserm U669, Paris 14
3Pôle de gériatrie, Hôpital Antoine Charial,
Hospices civils de Lyon
Points clés
- • Les stigmates cliniques du SAOS doivent être
systématiquement recherchés lors des consultations mémoire.
- • Le SAOS peut induire certains troubles cognitifs et
aggraver les troubles cognitifs déjà présents.
- • Le SAOS est un facteur de risque indépendant
d'accidents vasculaires cérébraux chez le sujet âgé.
- • Le traitement par ventilation nasale en pression
positive continue améliore la vigilance et pourrait aussi améliorer
certains troubles cognitifs.
Le syndrome SAOS est caractérisé par la survenue, pendant le
sommeil, d'épisodes répétés d'obstruction totale ou partielle des
voies aériennes supérieures (pendant au moins 10 secondes),
responsables d'interruptions complètes (apnées) ou de réductions
significatives (hypopnées) de la ventilation, souvent par hypotonie
des muscles dilatateurs du pharynx. L'index d'apnées-hypopnées
(IAH) correspond au nombre d'apnées et d'hypopnées par heure de
sommeil.
La prévalence du SAOS dans la population générale est de l'ordre
de 5 % [1]. Cette prévalence augmente avec l'âge. Quand le SAOS est
défini par un IAH supérieur ou égal à 15/h, la prévalence de
l'affection dépasse les 20 % chez les personnes âgées de plus de
70 ans [2]. Malgré cette forte prévalence, le SAOS est sous
diagnostiqué chez les sujets âgés, probablement du fait de la
méconnaissance de ses particularités gériatriques par la majorité
de la communauté médicale.
Sur le plan physiopathologique, lorsque l'obstruction des voies
aériennes se produit, les efforts respiratoires persistent et leur
amplitude augmente pour lutter contre l'absence de flux aérien.
L'apnée se termine souvent par un micro éveil permettant une
augmentation du tonus des muscles du pharynx, la réouverture des
voies aériennes supérieures et la reprise ventilatoire.
Les principaux symptômes cliniques sont les ronflements
sonores et la somnolence diurne excessive qui s'observent en
général dans un contexte de surcharge pondérale.
La polysomnographique est l'examen de référence pour confirmer
un diagnostic suspecté sur la clinique. Selon la classification
internationale des troubles du sommeil (ICSD-2), sans tenir compte
des signes cliniques, le syndrome d'apnées du sommeil est retenu à
partir d'un IAH égal ou supérieur à 15 par heure de sommeil
[3]. Cependant, au-delà du nombre d'apnées et d'hypopnées, la
sévérité du syndrome n'est réellement appréciée que par la
connaissance simultanée de la désaturation du sang artériel en
oxygène qu'il entraîne, de la mesure de la fragmentation du sommeil
et du tableau clinique avec hypersomnolence, chutes, troubles
cognitifs, troubles de l'humeur, hypertension artérielle, accidents
vasculaires cérébraux, coronaropathie et autres événements
cardiovasculaires.
Le SAOS est accessible au traitement, y compris chez les sujets
âgés. La respiration nocturne spontanée (ventilation) en
pression positive continue (PPC), appliquée par masque nasal,
constitue actuellement le traitement de choix des SAOS. Une
pression de 4 à 12 cm d'H2O, appliquée au
moyen d'un masque nasal empêche le collapsus pharyngé et permet en
général la disparition des apnées et des ronflements. On considère
habituellement que ce traitement doit être proposé dans les cas
graves qui vont entraîner des perturbations dans la vie quotidienne
(hypersomnolence, altération cognitive avec risque d'accidents et
de chutes chez les sujets âgés), et lorsque le pronostic vital
semble menacé (association à une hypertension artérielle
pharmacorésistante, antécédent d'accident vasculaire cérébral (AVC)
par exemple).
Cognition et SAS
Plusieurs arguments permettent de supposer une atteinte cognitive
globale chez les patients apnéiques, mais touchant plus
particulièrement l'attention et les fonctions exécutives.
Les données neuropsychologiques
Les travaux publiés sur les relations entre SAOS et déficits
cognitifs ont porté essentiellement sur des populations d'âge moyen
inférieur à 65 ans et leurs résultats sont parfois
discordants. Une méta-analyse [4] ayant réuni 54 études
évaluant les fonctions cognitives dans le SAOS a permis la
comparaison au total de 1 635 patients apnéiques à 1
737 sujets contrôles âgés de moins de 65 ans.
Les résultats de cette méta-analyse sont en faveur de
l'existence d'un déficit important à modéré des capacités de
flexibilité mentale, du rappel libre dans les épreuves de mémoire
épisodique verbale et visuelle et des performances de conduite
automobile. Un déficit léger à modéré est rapporté pour les
capacités attentionnelles, le fonctionnement cognitif global et les
scores composites des différents tests. Dans cette méta-analyse,
les autres secteurs cognitifs tels que les fonctions exécutives,
les capacités visuo-constructives, la vigilance et les
capacités d'élaboration motrice n'ont pas été analysés en raison de
la grande hétérogénéité entre les études.
Les résultats d'une étude plus récente [5], évaluant différents
types de mémoire (mémoire épisodique, mémoire de travail et mémoire
procédurale) chez des sujets de 50 ans d'âge moyen, ont montré
une atteinte modérée de la mémoire de travail, de la mémoire
procédurale et un déficit du rappel libre en mémoire épisodique.
L'amélioration observée des performances par l'indiçage est en
faveur d'un profil de dysfonction sous-cortico-frontale. Dans une
autre étude, 46 sujets âgés de 80 ans en moyenne, sans
trouble cognitif majeur (score moyen au MMSE de 28) et vivant à
domicile [6], ont été explorés par une polygraphie ambulatoire et
ont été suivis sur 2 ans. Les résultats ont montré une
association significative entre le déclin cognitif évalué par le
MMSE et la somnolence diurne évaluée par l'échelle d'Epworth.
L'analyse multivariée a montré un lien négatif significatif entre
la sévérité du nombre d'événements respiratoires (IAH) et le score
au MMSE : plus l'IAH était élevé, plus le déclin cognitif
au MMSE était marqué durant le suivi. Cependant,
les résultats n'ont pas montré de lien entre le déficit
cognitif et la sévérité des épisodes de désaturation.
Les auteurs suggèrent un modèle de médiation par la somnolence
diurne induite par les apnées pour expliquer les troubles cognitifs
rencontrés chez les sujets âgés apnéiques. Ils indiquent aussi
l'intérêt et le bénéfice du traitement PPC chez les patients âgés
apnéiques y compris à des stades modérés de l'affection, même s'il
n'y a pas d'hypoxémie majeure.
Malgré la publication d'un certain nombre de travaux sur
l'atteinte cognitive associée au SAOS, il n'y a pas de consensus
pour définir un profil cognitif particulier chez les sujets
apnéiques. Une étude récemment publiée a été réalisée chez des
sujets âgés apnéiques (âge moyen de 68 ans), sélectionnés en
très bon état de santé et non symptomatiques pour le SAOS [7].
L'objectif était d'étudier la relation entre le SAOS et les
performances cognitives. Les auteurs ont trouvé que l'impact
du SAOS sur les fonctions cognitives était significatif, mais
faible. Il s'agissait essentiellement d'une atteinte des
performances dans les épreuves de rappel libre en mémoire
épisodique. Dans cette étude, il est important de souligner
qu'aucune information n'était fournie sur la mesure de la
fragmentation du sommeil puisqu'il s'agissait d'une polygraphie
ventilatoire sans enregistrement du sommeil et que les patients
apnéiques n'avaient pas d'hypoxie sévère. En fait, ces deux
paramètres sont incontournables pour évaluer la sévérité du SAOS et
le retentissement du SAOS sur le fonctionnement diurne comme sur
les performances cognitives. Au total, chez les sujets âgés
apnéiques, ne présentant pas de comorbidité cardiovasculaire ou
neurologique et sans symptômes cliniques pour le SAOS, il existait
une atteinte cognitive faible mais significative. Bien évidemment,
cette population très sélectionnée, indemne de toute pathologie
gériatrique habituelle, n'est pas représentative de la population
générale âgée. Les résultats de cette étude ne peuvent donc
pas être généralisés pour prendre les décisions thérapeutiques dans
le SAOS chez les sujets âgés.
Ainsi, en l'absence de marqueur « spécifique » de l'atteinte
cognitive induite par le SAOS sévère, il apparaît utile d'évaluer
les fonctions exécutives, les capacités attentionnelles, mais aussi
les autres sphères de la cognition, le fonctionnement global ainsi
que la somnolence diurne [8].
Existe-t-il un lien entre SAOS et maladie
d'Alzheimer ?
Depuis plusieurs années, l'existence d'un lien entre apnées du
sommeil et démences est suspecté sur deux arguments : la présence
d'altérations cognitives chez certains apnéiques et la prévalence
élevée des apnées du sommeil chez les patients déments. En
institution, chez les patients présentant une démence, la
prévalence du SAOS se situe entre 38 à 48 % [9]. Une
association importante entre les SAOS dont l'IAH est supérieur à
20/h et les démences les plus sévères est signalée.
Plusieurs arguments plaident pour l'existence d'un lien entre MA
et SAOS. Les facteurs de risque vasculaire et les pathologies
cardiovasculaires favorisent l'apparition de la MA et aggravent le
déclin cognitif [10]. Le SAOS pourrait contribuer à
l'altération cognitive chez les patients atteints de la MA par
l'intermédiaire de ses complications cardio-cérébro-vasculaires. En
outre, l'allèle epsilon 4 de l'apolipoprotéine E (Apo-E4) est
un facteur de risque des formes sporadiques de MA et augmente
également le risque de maladies cardiovasculaires et de SAOS [11].
Dans une étude longitudinale menée chez 791 sujets âgés de
32 à 68 ans, la probabilité de présenter un SAOS (IAH ≥
15/h) était significativement plus élevée chez les porteurs du gène
Apo-E4 (12 % versus 7 % ; p = 0,03) indépendamment de l'âge, du
sexe, du BMI et de l'origine ethnique [12]. Chez les porteurs de
l'allèle Apo-E4, l'augmentation de l'IAH est associée à une
altération des performances mnésiques, surtout en rappel libre
[13]. Dans une étude plus récente, Spira et al. [14] ont
montré que l'efficience globale (mesurée à l'aide du MMSE) et la
flexibilité mentale (évaluée par le trail making test-B) étaient
altérées chez les femmes apnéiques porteuses de l'allèle Apo-E4.
L'interprétation de ces résultats est toutefois difficile lorsque
l'on sait que le génotype Apo-E4 est reconnu à la fois comme un
facteur de risque pour le SAOS et pour la MA.
Les effets d'un inhibiteur de l'acétylcholinestérase (donépézil)
sur les apnées du sommeil ont été testés chez 23 malades
présentant une forme légère à modérée de la MA [15].
Il s'agissait d'un essai randomisé en double insu, contrôlé
versus placebo. Dans les deux groupes, les patients ont bénéficié,
à l'état de base et à trois mois, d'une polysomnographie et d'une
évaluation cognitive au moyen de l'échelle ADAS-Cog. Dans le groupe
traité par le donépézil (5 mg par jour le premier mois, puis
10 mg par jour le deuxième et le troisième mois) on observait
une amélioration de l'IAH ainsi que la SaO2 par rapport
à l'état de base et par rapport au groupe placebo.
Le traitement avait également permis une amélioration
significative de l'état cognitif. L'action cholinergique du
donépézil sur la commande respiratoire peut être évoquée à
l'origine de ces résultats. Cependant, ce sont surtout les apnées
obstructives qui ont été améliorées par le donépézil. Cette étude
ne portant que sur un faible échantillon ne permet toutefois pas
d'en déduire des conclusions définitives. D'une manière générale,
le SAOS apparaît néanmoins comme un facteur de risque d'aggravation
du statut cognitif chez les sujets atteints de MA.
Existe-t-il un lien entre SAOS et AVC ?
Ces dernières années, les relations entre SAOS et AVC ont reçu une
attention particulière. Une étude prospective a définitivement
confirmé le bénéfice, sur les maladies cardiovasculaires et les
AVC, de la ventilation en PPC chez les apnéiques sévères [16]. Cinq
groupes de patients ont été évalués annuellement pendant
10 ans. Il s'agissait de 264 volontaires sains,
372 ronfleurs simples, 403 apnéiques légers à modérés non
traités et 235 patients apnéiques sévères non traités et
372 patients apnéiques traités appariés pour l'âge et le body
mass index (BMI). Les décès par infarctus du myocarde (IDM) ou
AVC, les IDM et des AVC de même que les pontages coronariens,
étaient plus fréquents chez les patients apnéiques sévères non
traités que dans les autres groupes, y compris les patients
apnéiques sévères traités. Le risque relatif d'événement
cardiovasculaire non fatal, dont les AVC, était de 3,17 pour
le groupe d'apnéiques sévères non traités par rapport aux sujets
contrôles sains.
Plus tard, l'équipe de Munoz [17] a analysé 394 personnes
âgées de 70 à 100 ans. Sur une période de six ans,
20 de ces sujets ont été victimes d'un AVC ischémique. C'était
en majorité des hommes et tous souffraient d'apnées du sommeil
sévères. Dans cette étude, les personnes âgées avec un SAOS sévère
(IAH ≥ 30/h) avaient eu un risque 2,52 fois plus élevé de présenter
un accident vasculaire cérébral ischémique que les personnes âgées
qui ne souffraient que d'une forme légère de la maladie ou qui n'en
souffraient pas du tout. Ce risque était indépendant des
facteurs confondants tels que l'hypertension artérielle, la
fibrillation auriculaire, le diabète de type 2, le BMI, le sexe, le
tabagisme et le taux de cholestérol.
L'ensemble de ces travaux montre clairement que le SAOS est un
facteur de risque indépendant d'AVC chez les sujets âgés.
Par quels mécanismes le SAOS peut-il induire
des troubles cognitifs ?
Bien qu'elles ne fassent pas l'unanimité, plusieurs théories
tentent d'expliquer les mécanismes physiopathologiques des
altérations cognitives liées au SAOS. Il s'agit
essentiellement des phénomènes d'hypoxie, de la fragmentation du
sommeil et de la diminution du débit sanguin cérébral.
Les théories portant sur l'inflammation et/ou la réserve
cognitive ont été moins étudiées.
Les travaux qui ont évalué à la fois l'hypoxie, la fragmentation
du sommeil et la somnolence diurne ne permettent pas d'arriver à un
consensus pour incriminer la responsabilité du phénomène
d'hypoxémie nocturne provoquant des altérations hémodynamiques
intracérébrales plutôt que celle de la fragmentation du sommeil,
entraînant une baisse de la vigilance et de la somnolence diurne.
Findley et al. [18] ont rapporté, chez des patients apnéiques
âgés présentant un niveau d'hypoxémie sévère, un déficit cognitif
plus important que chez les patients apnéiques sans hypoxémie
sévère. Ils ont également montré que la sévérité du déficit
cognitif était corrélée avec la sévérité de l'hypoxémie, mais pas
avec la fragmentation du sommeil. Dans une autre étude [19], les
patients apnéiques (n = 31) présentant une hypoxémie nocturne
avaient un déficit des capacités attentionnelles et une altération
de la vigilance par comparaison aux sujets contrôles (n = 10).
Il n'y avait pas de lien entre l'état cognitif, la
fragmentation du sommeil et l'IAH. Greenberg et al. [20] ont
également observé que les patients apnéiques (n = 14) présentant
une hypoxémie et une somnolence diurne, avaient des performances
cognitives significativement déficitaires par comparaison avec
celles des sujets ayant une somnolence diurne sans événements
respiratoires nocturnes (n = 10) et celles des sujets contrôles (n
= 14). Les auteurs suggèrent que les déficits cognitifs
secondaires à l'hypoxie lors des événements respiratoires nocturnes
sont plus sévères que les troubles cognitifs en lien avec la
somnolence diurne seule. Pour d'autres auteurs l'atteinte de la
mémoire spatiale et temporelle, observée chez des patients
apnéiques (n = 28) comparés aux contrôles non apnéiques (n = 29)
était corrélée avec la fragmentation du sommeil, plus qu'avec le
niveau d'hypoxie [21].
Le sommeil, par lui-même, affecte le débit sanguin cérébral qui
est particulièrement diminué au cours du sommeil lent (stades 1,
2 et 3) alors qu'il est augmenté au cours du sommeil
paradoxal. Chez les patients apnéiques, il existe, de plus, une
accélération du débit sanguin cérébral avec une élévation
brutale à la fin de l'apnée, suivie d'un ralentissement
au-dessous du niveau de base d'environ 25 % qui survient à un
moment où l'hypoxémie est la plus sévère et où la pression
artérielle est maximale. L'alternance
vasodilatation/vasoconstriction contribue aussi à l'instabilité du
système vasculaire. La dépression intrathoracique qui
accompagne l'apnée obstructive peut être majeure et peut atteindre
- 70 à - 80 cm H2O. Elle provoque une augmentation
du volume veineux central et donc de la pression intracérébrale
[22].
Dans une autre étude récente, réalisée chez 39 patients
apnéiques avec un âge moyen de 47,6 ans, Hansel et al.
[23] ont dosé les cytokines inflammatoires périphériques. Une
corrélation positive a été mise en évidence entre les taux de
TNF-R1 (récepteur soluble de la TNF-alpha) et la sévérité du SAOS.
Les auteurs suggèrent le possible rôle des marqueurs de
l'inflammation chronique tels que la TNF-R1 dans l'atteinte
cognitive liée au SAOS et soulignent les liens entre la
perturbation des taux de TNF-alpha périphérique et les
perturbations cognitives dans la maladie d'Alzheimer, ainsi que
dans la démence par infarctus multiples sous-corticaux. Avant de
formuler des conclusions définitives, d'autres études doivent
confirmer ces données. En outre, il serait intéressant de
quantifier les taux de TNF-R1 sous traitement par PPC.
Enfin, pour certains auteurs, la présence d'une réserve
cognitive importante, liée à un niveau d'intelligence élevé
(quotient intellectuel > 90e percentile), serait un
élément protecteur contre les complications
neuropsychologiques du SAOS [24]. Les patients d'intelligence
élevée, comparés aux contrôles non apnéiques de même niveau
d'intelligence, avaient des scores aux tests cognitifs avant et
après traitement par PPC qui ne différeraient pas
significativement. En revanche, les patients apnéiques
d'intelligence moyenne comparés aux contrôles non apnéiques
présentaient des perturbations cognitives avant le traitement par
PPC. Après le traitement, ces perturbations cognitives étaient
corrigées significativement.
Apport de la neuro-imagerie
Le SAOS est responsable de perturbations systémiques intenses
pendant le sommeil en lien avec les épisodes de désaturation
répétés et les modifications fonctionnelles et anatomiques
brutales. Les études récentes en spectroscopie par résonance
magnétique chez les apnéiques, ont montré une réduction du pic de
NAA-Cho au niveau de la substance blanche des régions frontales
[25]. Des anomalies frontales (réduction de la consommation de
FDG) ont également été mises en évidence en tomographie par
émission de positons (TEP) chez des sujets apnéiques demeurant
somnolents sous traitement par PPC [26]. Les études d'IRM
réalisées chez des sujets apnéiques ont révélé l'existence de
lésions étendues de la substance blanche, en particulier au niveau
du cortex frontal, des structures limbiques, du pont, des
projections cérébelleuses afférentes et efférentes [27], ainsi que
des infarctus lacunaires silencieux sous-corticaux [28].
Bien que le lien de causalité de ces lésions avec le SAOS reste
à démontrer chez l'homme, les résultats de travaux effectués chez
l'animal plaident plutôt en faveur d'un mécanisme lié à l'hypoxie.
En effet, l'hypoxie intermittente chronique provoque, chez le rat,
une somnolence et un stress oxydatif dans les régions frontobasales
et le tronc cérébral [29].
Les effets du traitement du SAOS par PPC
sur la cognition
Plusieurs travaux réalisés chez des patients non déments jeunes
[30, 31] et âgés [32] ont montré un effet bénéfique de la
ventilation en PPC sur la cognition (attention, vigilance,
fonctions exécutives, mémoire épisodique, performances motrices, et
capacités visuo-constructives). Cependant, d'autres auteurs n'ont
pas trouvé d'amélioration significative des fonctions cognitives
étudiées (attention, vigilance, mémoire visuelle, coordination
motrice) avec la PPC [33]. La divergence des résultats d'une
étude à l'autre est essentiellement liée aux différences
méthodologiques telles que la durée du traitement,
l'observance pour la PPC, la sévérité initiale du SAOS, les
domaines cognitifs explorés, les tests cognitifs utilisés et
l'investissement des patients dans la prise en charge du SAOS.
L'adhésion des patients âgés au traitement par PPC ne semble pas
inférieure à celle des patients plus jeunes [34] à condition
d'initier la PPC dans des conditions optimales de titration, en
commençant par des niveaux de pression moins élevés que ceux qui
sont utilisés habituellement chez les sujets jeunes pour la même
sévérité de SAOS. De plus, selon les mêmes auteurs, le
traitement par PPC peut aussi être proposé aux patients présentant
une MA, à condition que les déficits cognitifs soient au stade
léger. Ainsi, récemment, chez les malades présentant une forme
légère de la MA et un SAOS (index d'apnées et d'hypopnées [IAH] ≥
10 par heure), Ancoli-Israel et al. [35] ont montré que la
ventilation par PPC pouvait améliorer les fonctions cognitives
évaluées par un score composite. Cependant, les tests cognitifs
analysés séparément ne montraient pas de changement significatif
après trois semaines de traitement par PPC (n = 27) par comparaison
avec un groupe PPC-placebo (n = 25). L'inclusion de formes légères
de SAS dans cet essai clinique n'était probablement pas optimale
pour mettre en évidence un bénéfice de la PPC sur les fonctions
cognitives. La PPC pourrait améliorer la cognition en
corrigeant l'hypoxie et la fragmentation du sommeil. Sur la base
des données dont nous disposons aujourd'hui, divers arguments
plaident ainsi en faveur d'un bénéfice potentiel de la ventilation
en PPC sur les fonctions cognitives chez les sujets âgés présentant
un SAS.
Conclusion
Le SAOS est une affection hautement prévalente chez les sujets
âgés. Plusieurs études ont montré l'existence d'altérations
cognitives chez les patients présentant un SAOS.
Les principales hypothèses retenues à l'origine de ces
altérations sont l'hypoxie, la fragmentation du sommeil, les
phénomènes inflammatoires et la diminution du débit sanguin
cérébral induits par les apnées. L'amélioration des perturbations
cognitives après le traitement des apnées par une ventilation en
PPC ne fait toutefois pas l'unanimité. Le SAOS apparaît, par
ailleurs, comme un facteur de risque d'AVC, plus particulièrement
chez les sujets âgés.
Le SAOS semble être observé fréquemment chez les patients
atteints de la maladie d'Alzheimer. Pour certains auteurs, le
traitement du SAOS par une PPC chez ces malades améliore les
fonctions cognitives et, à l'inverse, le traitement de la MA par
inhibiteurs de l'ACh améliore les paramètres respiratoires,
notamment l'IAH.
Une meilleure compréhension des liens entre SAOS et
fonctionnement cognitif pourrait permettre d'envisager des
stratégies préventives. En attendant le développement des futures
études, les cliniciens devraient inclure l'évaluation du sommeil et
le repérage des stigmates de SAOS par l'interrogatoire lors de
l'évaluation cognitive chez les sujets âgés.
Conflit d'intérêts
aucun.
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