ARTICLE
Auteur(s) : Bernard G
Barthès1, Raphaël J
Manlay1,2, Olivier Porte1
1IRD UMR 210 Eco&Sols Montpellier SupAgro
Bâtiment 12 2, place Viala 34060 Montpellier cedex 2 France
2AgroParisTech-Engref GFR « Gestion environnementale des
écosystèmes et forêts tropicales » 648, rue Jean-Francois Breton BP
7355 34086 Montpellier cedex 4 France
Écosystèmes naturels et agrosystèmes diffèrent par le degré de
fermeture des cycles biogéochimiques, du fait de leurs complexités
structurale et fonctionnelle contrastées (Odum, 1969).
La résilience des premiers est assurée par des mécanismes de
maintenance biologique. En revanche les seconds sont très ouverts ;
leur viabilité dépend du mode de gestion du sol et notamment de la
compensation des pertes en minéraux et carbone (C). La gestion
conventionnelle des agrosystèmes favorise une maintenance de
substitution, visant à conserver certaines propriétés du sol dans
des valeurs acceptables (Izac et Swift, 1994). Apports d'intrants
minéraux et travail du sol permettent ainsi de compenser les pertes
en éléments et de maintenir les propriétés physiques du sol, mais
ils peuvent avoir des conséquences agronomiques et
environnementales négatives (Tilman et al., 2002).
Face à cette stratégie, l'apport d'amendements organiques est
perçu comme une alternative durable de gestion des sols (Manlay
et al., 2007). Cependant, cette pratique est souvent limitée
par la disponibilité de la ressource et la maîtrise délicate des
dynamiques de décomposition des amendements (Kumar et Goh, 2000).
L'émergence scientifique de l'agroécologie (Altieri, 2002) répond
entre autres à la nécessité de lever ces limitations.
L'agroécologie repose sur l'hypothèse que la pérennité des
écosystèmes naturels dans un contexte local dépend de traits
structuraux et fonctionnels propres, et propose leur transfert aux
agrosystèmes via des stratégies d'imitation (Ewel, 1999).
L'amendement du sol avec des branches d'arbres, ou bois raméaux
(BR), s'inscrit ainsi dans une démarche d'imitation des écosystèmes
arborés. Cette technique, inaugurée au Canada il y a une vingtaine
d'années, consiste à enfouir dans le sol superficiel des rameaux de
faible diamètre (Lemieux, 1996). Mises au point en climat tempéré,
les recommandations portent en particulier sur l'utilisation de
rameaux de diamètre inférieur à 7 cm et leur broyage, d'où le
terme de bois raméaux fragmentés (BRF) pour désigner le matériau et
la technique. Celle-ci vise à rapprocher le statut biologique du
sol cultivé de celui du sol forestier supposé d'origine.
L'objectif du présent article est de synthétiser les résultats
expérimentaux concernant les effets d'apports de BR sur la plante
et le sol, en s'appuyant sur ceux ayant donné lieu à traitement
statistique. Ces travaux font majoritairement référence à
l'application de BRF, mais des pratiques voisines sont également
considérées, comme le mulch de branches peu fragmentées. Cette
synthèse est présentée par type de variables, concernant la plante,
puis le sol : propriétés physiques et hydriques, chimiques et
d'échange, matière organique, biologie. Elle distingue
l'enfouissement de BRF en zone tempérée, en zone tropicale, puis
les mulchs ligneux en zone tropicale (deux références seulement
évoquant des mulchs de branches, plusieurs travaux sur les mulchs
de copeaux de bois sont aussi considérés). Les résultats dits
significatifs le sont au seuil de 5 %. L'ensemble des résultats est
condensé dans le tableau 1.
Effets sur la plante cultivée
Enfouissement en zone tempérée (Canada)
Sur sol sablo-graveleux fertilisé en phosphore (P) et potassium
(K), N'dayegamiye et Dubé (1986) apportent 12,5, 25 ou
50 t/ha de matière sèche (MS) de BRF (feuillus) tous les deux
ans, avec ou sans lisier. Par rapport à ceux du témoin homologue
sans BRF, les rendements avec BRF (avec ou sans lisier) sont
inférieurs significativement la première année (blé,
- 20 à - 80 %), supérieurs parfois significativement
la deuxième année (prairie, + 20 à 190 %) puis, après un deuxième
apport de BRF, la troisième année (orge, 0 à + 10 %), et
significativement supérieurs la quatrième année (blé, + 30 à
75 %) ; en moyenne sur 4 ans, ils sont 5 à 70 %
supérieurs avec BRF. L'augmentation des rendements est expliquée
par celle de la disponibilité en azote (N).
Sur sol sableux fertilisé en PK, Beauchemin et al. (1990)
observent un rendement en pomme de terre plus faible les deux
années suivant l'apport de 25 tMS/ha de BRF de feuillus et
conifères que sans BRF (- 50 puis - 25 %).
L'utilisation de conifères semble en cause. Mais les rendements
sont significativement plus élevés avec apport complémentaire de N
que sans BRF. Le compostage des BRF ne modifie pas leur
effet.
Sur sol limono-argileux, Larochelle (1994) constate que le
rendement en orge diminue de 13 à 34 % l'année de l'apport de
BRF (15 ou 30 tMS/ha) mais qu'un complément azoté peut
compenser la baisse.
Pour une culture fertilisée de pomme de terre sur sol sableux
après prairie, Tremblay et Beauchamp (1998) notent que l'apport de
BRF n'a pas d'effet sur les pathogènes responsables de la galle
commune et de la rhizoctonie.
Beauchemin et al. (1992b) constatent que les extraits
hydrosolubles de BRF frais de feuillus et résineux réduisent la
germination du cresson ; l'effet est accru lorsque les BRF sont
broyés, mais très atténué après compostage.
Tableau 1 Synthèse des travaux cités.
Table 1. Synthesis of the cited references.
|
Réf.
|
Climat, texture
|
Modalité différant du témoin
|
Apports ligneux (tMS/ha)*
|
Rendement1
|
Physique et chimie du sol
|
Matière organique et biologie du sol
|
|
Cult.1
|
Cult.2
|
Cult.4
|
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1,2
|
Tempéré, sableux
|
BRF enfoui
|
12,5, 25 ou 50/2 ans
|
-
|
(+)5
|
+
|
CEC= à 4 ans, agrégation= à 9 ans
|
%C+ et +, N= et +, C/N+ et = à 4 et
9 ans
|
|
|
BRF enfoui avec N
|
12,5, 25 ou 50/2 ans
|
-
|
+ 6
|
+
|
CEC= à 4 ans, agrégation= à 9 ans
|
%C+, N= et C/N+ à 4 et 9 ans
|
|
3,4
|
Tempéré, sableux
|
BRF enfoui
|
25 (1 fois)
|
-
|
(-)
|
nd
|
Minéralisation N - ; humidité an2+
|
|
|
|
BRF enfoui avec N
|
25 (1 fois)
|
+
|
+
|
nd
|
Minéralisation N - ; humidité an2+
|
|
|
5
|
Tempéré,
|
BRF enfoui
|
15 ou 30 (1 fois)
|
(-)
|
nd
|
nd
|
%nitrate -
|
Mésofaune + ou (+)
|
|
limono-argileux
|
BRF enfoui avec N
|
15 (1 fois)
|
=
|
nd
|
nd
|
|
Mésofaune + ou (+)
|
|
6
|
Tempéré, sablo-limoneux
|
BRF enfoui
|
150** (1 fois)
|
nd
|
nd
|
nd
|
%nitrate an1-, an2= ;Humidité +, agrégation an2+
|
%C et N an1=, an2+ ; champignons + ;
|
|
|
|
|
|
|
|
|
autres microbes an1+, an2=
|
|
7
|
Tempéré, sableux
|
BRF enfoui
|
37.5** /an ou /2 ans
|
nd
|
nd
|
nd
|
%Pass an1-, an2(-) ; pH= ;Humidité an1=, an2+
|
Champignons an1+, an2= ; autres microbes = ;
|
|
|
|
|
|
|
|
|
%C an1=, an2+, C/N=
|
|
8
|
Tropical subhumide,
|
BRF enfoui
|
16 à 26 (1 fois)
|
+ 3
|
nd
|
nd
|
|
|
|
argileux
|
BRF enfoui avec N
|
16 à 26 (1 fois)
|
+
|
nd
|
nd
|
|
|
|
9
|
Tropical sec,
|
BRF enfoui
|
8, 16 ou 31 (1 fois)
|
- 4
|
+
|
nd
|
CEC+, %Kéch+, %Pass-, humidité +
|
%C(+) et N+ à la récolte 2
|
|
sableux
|
|
|
|
|
|
et densité - à la récolte 2
|
|
|
10
|
Tropical subhumide2
|
BRF enfoui
|
11 (1 fois)
|
+
|
nd
|
nd
|
pH= et CEC(-)
|
%C(+)
|
|
11
|
Tropical humide,
|
BRF enfoui
|
5 /an
|
=
|
=
|
nd
|
%Pass= après 3 mois
|
|
|
argilo-sableux
|
sans NP
|
|
|
|
|
|
|
|
12
|
Tropical sec, sabl.
|
Mulch de rameaux
|
1 ou 2 (1 fois)
|
(+)
|
(+)
|
nd
|
|
|
|
13
|
Tropical humide,sablo-argileux
|
Mulch de copeaux
|
Non indiqué
|
+
|
nd
|
nd
|
Humidité =, densité -, érosion -, %Pass= à 1 an
|
%C+ à 1 an
|
|
|
|
|
|
|
|
CEC+, %nitrate+, pH=
|
|
14
|
Tropical humide,
|
Mulch de copeaux
|
50 /an
|
(+)
|
+
|
nd
|
Humidité +, densité =
|
Stocks C+ et N(+) à 2 ans
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|
sablo-argileux
|
|
|
|
|
|
et infiltration + an1 ;
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|
|
|
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|
|
|
CEC+, stock Pass(-) et pH+ an2
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|
|
15
|
Tropical humide,
|
Mulch de copeaux
|
49 an1, 19 an2
|
+
|
+
|
nd
|
pH=, %Kéch=, %Caéch+
|
%C et N an1(+), an2+
|
|
limono-argileux
|
et fumier sans NK
|
|
|
|
|
et %Mgéch+ an1 et an2
|
|
Enfouissement en zone tropicale
En Côte d'Ivoire (pluviosité annuelle moyenne – PAM :
1 150 mm), sur sol argileux après jachère, Aman (1996)
étudie l'effet de l'enfouissement de 16 à 26 tMS/ha de
BRF de cinq essences, avec ou sans engrais NPK, sur les rendements
en maïs de l'année. Par rapport aux témoins sans BRF, les
rendements augmentent significativement avec BRF (+ 100 à
200 %) sauf avec Acacia auriculiformis sans engrais (+ 20 %).
À Saint-Domingue (PAM : 800-1 200 mm), Gómez (2003)
observe aussi une augmentation significative du rendement en maïs
après enfouissement de 11 tMS/ha de BRF (40-56 %).
Au contraire, sur sol sableux après oignons au Sénégal (PAM :
700 mm), Soumare et al. (2002) notent une baisse souvent
significative des rendements en tomate (- 2 à - 11
%) et des teneurs en N et P des feuilles après apport de 8 à
31 tMS/ha de BRF de Casuarina equisetifolia. Mais les
rendements de la seconde culture suivant l'apport sont
significativement plus élevés que ceux du témoin (40-60 %).
De plus, les rendements augmentent quand l'apport passe de
8 à 16 tMS/ha de BRF, mais les auteurs n'expliquent pas
pourquoi ils sont plus faibles avec 31 qu'avec
8 tMS/ha.
Au Kenya (PAM : 1 800 mm), sur sol argilo-sableux
fertilisé en K après maïs-haricot sans aucun apport, Kwabiah
et al. (2003) observent durant deux années
que l'enfouissement de 5 tMS/ha/an de BRF conduit en
général à des rendements en maïs qui ne diffèrent pas de ceux
obtenus avec engrais minéral NP, sauf avec BRF de légumineuses, qui
donnent de moins bons résultats.
Mulch en zone tropicale
Sur sol sableux du Niger (PAM : 500 mm) en culture continue de
mil, Wezel et Böcker (1999) montrent qu'un mulch de 1 et
2 tMS/ha de branches de Guiera senegalensis permet une
augmentation de 70-80 % (non significative) du rendement des deux
cultures suivantes.
Sur sol limono-argileux du Vietnam (PAM : 1 800 mm), Hoang
Fagerström et al. (2001) mesurent un rendement en riz pluvial
plus élevé avec mulch de BRF de Tephrosia candida (légumineuse)
qu'en couloir avec Tephrosia ou qu'après jachère améliorée à
Tephrosia.
Les autres travaux recensés concernent des mulchs de copeaux de
bois d'origine probablement non raméale. Sur sol sablo-argileux du
Nigeria (PAM : 1 800 mm) cultivé en ananas avec apport
d'engrais NPK, Obiefuna (1991) note que le rendement est
significativement plus élevé avec copeaux qu'avec balle de riz
(+ 12 à 43 %) ou sans mulch (+ 64 à 87 %).
Sur sol sablo-argileux du Nigeria (PAM : 2 500 mm) sous
bananier avec apport d'engrais NK, Salau et al. (1992)
montrent qu'un mulch de 50 tMS/ha de copeaux permet
d'augmenter les récoltes successives de 26 et 40 %
(significatif la seconde année) par rapport au témoin sans mulch ;
avec mulch de paille l'augmentation est plus forte (65-82 %) et
significative dès la première récolte.
Sur Andosol limono-argileux d'Hawaii (PAM : 2 500 mm)
après canne à sucre, Miyasaka et al. (2001) observent que le
rendement d'une culture de taro fertilisée en P est
significativement plus élevé avec mulch de copeaux (50 et
20 tMS/ha en années 1 et 2) ou d'ensilage (20 puis
28 tMS/ha) contenant un peu de fumier (< 2%) qu'avec
fertilisation minérale (apport de N équivalent), surtout la seconde
année (+ 100 %) ; mais cette augmentation ne compense pas
celle des coûts de production. Plusieurs types de pourritures ont
un développement significativement plus important avec mulch
qu'avec engrais, en relation probable avec l'humidité accrue du
sol.
Résumé des effets sur la plante cultivée
La figure 1
présente une synthèse sur les variations de rendement en fonction
de l'apport de BRF. L'enfouissement de BRF dans les sols à texture
légère, surtout testé en milieu tempéré, provoque une baisse du
rendement de la première culture. Cette baisse est expliquée par
une immobilisation de l'azote par la microflore, qui peut être
compensée par des apports de N minéral ou organique. En revanche,
le rendement des cultures suivantes est souvent supérieur à celui
du témoin. L'enfouissement de BRF dans des sols moins sableux ou
leur apport en mulch (même sur sol sableux) ont un effet positif
sur le rendement dès la première culture ; ce résultat, obtenu en
conditions tropicales, doit être confirmé en climat tempéré.
L'intérêt de BRF riches en N (légumineuses) n'est pas avéré.
Effets sur les propriétés physiques et hydriques
du sol
Enfouissement en zone tempérée (Canada)
Sur sol sablo-limoneux, Lalande et al. (1998) relèvent une
augmentation significative de l'humidité dans l'horizon
0-15 cm les deux années suivant l'apport de BRF.
La seconde année après enfouissement de BRF en sol sableux,
Beauchemin et al. (1990) et Tremblay et Beauchamp (1998)
notent aussi une humidité dans l'horizon 0-20 cm
significativement plus élevée que sans apport organique ; les
seconds ont aussi mesuré l'humidité la première année, sans
observer de différence entre traitements.
Lalande et al. (1998) observent également une augmentation
significative du taux de macroagrégats (> 0,25 mm)
stables dans l'horizon 0-15 cm la seconde année suivant
l'apport de BRF. Mais après neuf années d'apports biennaux de BRF
avec ou sans apport azoté sur sol sableux cultivé en céréales,
N'dayegamiye et Angers (1993) n'observent aucun effet significatif
sur la macroagrégation dans l'horizon 0-15 cm ; ils suggèrent
que celle-ci est peu affectée par l'humine stable produite par
décomposition des BRF.
Enfouissement en zone tropicale
À la deuxième récolte suivant les apports dans un sol sableux du
Sénégal (PAM : 700 mm), Soumare et al. (2002) notent
l'augmentation significative de la capacité de rétention en eau
avec BRF par rapport aux témoins avec engrais ou sans apport
(+ 21 à 24 %) et la diminution significative de la
densité apparente par rapport au témoin sans apport
(- 8 à - 13 %).
Mulch en zone tropicale
Sur sol sablo-argileux du Nigeria cultivé en ananas (PAM : 1
800 mm), Obiefuna (1991) note qu'un an après les apports, la
densité apparente dans l'horizon 0-20 cm est significativement
moins élevée avec copeaux qu'avec balle de riz (- 6 %) ou sans
mulch (- 8 %). Les mulchs affectent peu la capacité de
rétention bien qu'ils augmentent l'humidité à la capacité au champ
et au point de flétrissement. En revanche, l'érosion est
significativement moindre avec copeaux qu'avec balle de riz
(- 53 %) ou sans mulch (- 69 %).
Sur une situation voisine sous bananier (PAM : 2 500 mm),
Salau et al. (1992) constatent que l'infiltration est
significativement plus importante avec copeaux qu'avec paille ou
sans mulch, les différences diminuant au fil des mois. Sur l'année,
l'humidité du sol est plus forte avec paille qu'avec copeaux (effet
attribué à une meilleure couverture du sol), et avec copeaux que
sans mulch. En revanche la densité apparente dans l'horizon
0-10 cm ne diffère pas entre traitements. De plus, la
température du sol à 5 cm de profondeur varie moins sous
copeaux que sous paille, et sous paille que sans mulch.
Sur sol sablo-argileux encroûté du Burkina Faso portant une
savane herbacée (PAM : 500 mm), Mando (1997) note, deux ans après
l'installation d'un mulch, que la porosité dans l'horizon
0-5 cm est peu affectée par sa présence ou sa nature (herbacée
et/ou ligneuse). Mais, en général, la conductivité hydraulique et
l'humidité du sol diminuent et la compacité augmente du mulch
ligno-herbacé au mulch herbacé puis au mulch ligneux, surtout en
présence de termites ; en l'absence de termites, les différences
entre traitements sont souvent faibles.
Résumé des effets sur les propriétés physiques
et hydriques du sol
L'apport de BRF améliore généralement les propriétés physiques et
hydriques du sol par rapport aux témoins sans apport organique :
infiltration, humidité, porosité et stabilité structurale plus
élevées, compacité plus faible, température plus stable ; en mulch,
les apports ligneux contribuent aussi à diminuer l'érosion. Mais
l'intérêt des mulchs ligneux par rapport aux mulchs herbacés n'est
pas net, plutôt favorable en termes de porosité et d'érosion, mais
incertain ou négatif en termes d'infiltration et d'humidité du sol.
Dans les zones tropicales sèches, l'effet des apports est très
influencé par la présence des termites.
Effets sur les propriétés chimiques et d'échange
du sol
Enfouissement en zone tempérée (Canada)
Sur sol sableux cultivé en pomme de terre recevant P et K minéraux,
Beauchemin et al. (1992a) notent la moindre minéralisation de
N organique du sol et l'utilisation accrue de N de l'engrais par la
culture avec BRF ; l'immobilisation de N minéral est plus élevée
avec BRF frais que composté.
Sur sol limono-argileux cultivé en orge, Larochelle (1994)
constate la diminution de la teneur en nitrate
(NO3-) dans l'horizon 0-15 cm avec
apport de BRF sans complément azoté.
Sur sol sablo-limoneux cultivé en oignon puis blé avec
fertilisation complète, Lalande et al. (1998) observent une
teneur en NO3- dans l'horizon 0-15 cm
significativement inférieure après enfouissement de 150 tMS/ha
de BRF (feuillus) ; cet effet disparaît la seconde année.
La corrélation négative (significative) entre teneur en
NO3- et nombre de colonies microbiennes
témoigne de leur rôle dans l'immobilisation de N.
Les travaux de N'dayegamiye et Dubé (1986) sur sol
sablo-graveleux cultivé en blé puis prairie et ceux de Beauchemin
et al. (1990) sur sol sableux cultivé en pomme de terre
montrent que l'immobilisation de N est moins nette durant la
seconde culture suivant l'apport de BRF, comme l'atteste
l'augmentation des rendements et des prélèvements de N par les
cultures. Par ailleurs, après quatre années de culture comportant
deux apports de BRF, N'dayegamiye et Dubé (1986) ne constatent pas
d'effet significatif sur la capacité d'échange cationique (CEC) du
sol.
Sur sol sableux cultivé en pomme de terre avec fertilisation
complète après prairie, Tremblay et Beauchamp (1998) notent que
l'apport de 37,5 tMS/ha de BRF s'accompagne d'une diminution
significative de teneur en P assimilable (Pass) dans
l'horizon 0-20 cm, qu'ils attribuent à son immobilisation par
la microflore. Cette diminution perdure l'année suivante, avec ou
sans second apport, mais n'est plus significative. Par ailleurs, le
pH du sol n'est pas modifié.
Enfouissement en zone tropicale
Après deux cultures de tomate suivant une application de BRF dans
un sol sableux du Sénégal (PAM : 700 mm), Soumare et al.
(2002) observent l'augmentation de la CEC et de la teneur en K
échangeable (Kéch) et la diminution de la teneur en
Pass, toutes significatives. Les données sur les
rendements et les teneurs en N et P des feuilles suggèrent une
immobilisation de N et P par la microflore du sol pendant la
première culture, puis une minéralisation les rendant disponibles
pour la seconde culture.
Ces résultats sont contredits par ceux de Kwabiah et al.
(2003) sur sol argilo-sableux du Kenya (PAM : 1 800 mm) cultivé en
maïs, dans lequel la teneur en Pass est corrélée
positivement à la quantité de P apporté par les BRF. Quelques mois
après l'apport ligneux, le sol contient autant de Pass
qu'après apport minéral de 25 kgP/ha.
Mulch en zone tropicale
Les travaux mentionnés concernent des mulchs de copeaux d'origine
probablement non raméale. Sur sol sablo-argileux du Nigeria (PAM :
1 800 mm) portant une culture d'ananas fertilisée,
Obiefuna (1991) observe dans l'horizon 0-20 cm une CEC
similaire après mulch de copeaux ou de balle de riz,
significativement plus élevée que sans mulch. La teneur en
NO3- est significativement supérieure avec
mulch (mais la densité apparente est plus faible, et les
différences de stock ne semblent pas significatives).
La teneur en Pass est significativement plus élevée
avec balle de riz qu'avec copeaux, les autres différences n'étant
pas significatives.
Sur une situation voisine (PAM : 2 500 mm), deux ans
après plantation de bananier fertilisé en N et P, Salau et al.
(1992) observent que, dans l'horizon 0-15 cm, la CEC est
similaire après mulch de copeaux ou de paille, et significativement
plus élevée que sans mulch ; le pH est significativement supérieur
et le stock de Pass tend à être moindre avec copeaux
qu'avec paille ou sans mulch.
Sur Andosol limono-argileux d'Hawaii cultivé en taro avec apport
de P (PAM : 2 500 mm), Miyasaka et al. (2001) n'observent
pas d'effet des traitements (mulch de copeaux ou d'ensilage, ou
engrais) sur le pH et la teneur en Kéch lors des deux
premières récoltes, mais les teneurs en calcium et magnésium
échangeables sont significativement supérieures avec mulch
(+ 100 %).
Résumé des effets sur les propriétés chimiques
et d'échange du sol
L'enfouissement de BRF en zone tempérée, testé sur des sols à
texture légère, conduit à l'immobilisation de N et P, surtout
l'année de l'apport. Mais pH et CEC ne semblent pas affectés. En
zone tropicale, les apports ligneux ou herbacés ont peu d'effet sur
NO3- et Pass, surtout lorsque les
stocks (kg/ha) plutôt que les teneurs (g/kg) sont considérés. En
revanche, pH et CEC tendent à être plus élevés après apport ligneux
que sans apport organique ou même qu'après apport herbacé.
Effets sur la matière organique du sol
Enfouissement en zone tempérée (Canada)
Après quatre ans de culture de céréales ou prairie et deux apports
de BRF sur sol sablo-graveleux fertilisé en P et K, N'dayegamiye et
Dubé (1986) constatent en général avec BRF des augmentations
significatives de la teneur en C total (Ct ; + 20 à 70
%) et du rapport C/N du sol (+ 12 à 24 %), tandis que la
teneur en N total (Nt) ne varie pas significativement (+
8 à 40 %). Ils notent que l'apport conjoint de lisier
favorise la décomposition et l'humification des BRF.
Sur sol sablo-limoneux cultivé en oignon puis blé fertilisé,
Lalande et al. (1998) observent avec BRF des augmentations
significatives des teneurs en Ct (+ 17 %) et
Nt (+ 11 %) dans l'horizon 0-15 cm la deuxième
année, mais pas la première.
Sur sol sableux cultivé en pomme de terre avec fertilisation
complète, Tremblay et Beauchamp (1998) constatent que la teneur en
Ct dans l'horizon 0-20 cm n'est pas affectée par
l'apport de BRF la première année ; l'année suivante, avec ou sans
second apport, elle est significativement supérieure avec BRF
(+ 10 % en moyenne) ; le rapport C/N n'est pas affecté.
Après neuf années d'apports biennaux de BRF avec ou sans apports
complémentaires de N sur sol sableux cultivé en céréales,
N'dayegamiye et Angers (1993) observent que la teneur en
Ct dans l'horizon 0-15 cm est significativement
supérieure avec BRF (+ 16 à 37 %). Sans apport azoté, la
teneur en Nt est significativement supérieure avec BRF
(+ 9 à 27 %), mais pas le rapport C/N (0 à + 10 %) ; avec
apport azoté, le rapport C/N est significativement supérieur avec
BRF (+ 6 à 18 %) mais pas la teneur en Nt
(- 8 à + 25 %). Avec BRF, les quantités respectives de C
dans les fractions lourdes et légères augmentent de 17 et 38 %
et la teneur en humine de 38 %, mais la teneur en acides humiques
n'est pas affectée ; 80 % des différences entre traitements sont
imputables aux fractions lourdes et humine.
Enfouissement en zone tropicale
Dans un sol sableux du Sénégal (PAM : 700 mm), lors de la
deuxième récolte suivant l'enfouissement d'apports organiques,
Soumare et al. (2002) notent que la teneur en Ct
avec BRF est significativement plus faible qu'avec apport annuel
d'engrais ternaire ou de litière compostée (- 40 %), mais ne
diffère pas statistiquement de celle mesurée sans apport (quoique
40 % supérieure). En revanche, la teneur en Nt avec BRF
est significativement plus élevée en général qu'avec litière
compostée (+ 100 %) ou sans apport (+ 1 000 %), mais ne diffère pas
de celle mesurée après apport annuel d'engrais (quoique 20 %
supérieure). L'effet des BRF est donc plus marqué ici sur N que sur
C. Les différences de stocks de Ct et Nt
entre traitements semblent équivalentes aux différences de teneurs.
Mulch en zone tropicale
Les travaux mentionnés concernent des mulchs de copeaux d'origine
probablement non raméale. Plus d'un an après des apports en mulch
sur sol sablo-argileux du Nigeria cultivé en ananas fertilisé (PAM
: 1 800 mm), Obiefuna (1991) relève que la teneur en
Ct dans l'horizon 0-20 cm est significativement
plus élevée avec balle de riz que copeaux (+ 11 %) et avec
copeaux que sans mulch (+ 5 %) ; toutefois, la densité
apparente étant plus faible avec copeaux, les stocks de
Ct avec copeaux ou sans mulch sont peu différents
(± 2 %).
Dans une situation voisine sous bananier (PAM :
2 500 mm), Salau et al. (1992) constatent que le
stock de Ct dans l'horizon 0-15 cm est
significativement plus élevé avec copeaux (+ 30 %) ou paille
(+ 40 %) que sans mulch deux ans après la plantation, mais les
différences entre traitements ne sont pas significatives avant
cette date ; sur la période, les différences de stocks de
Nt ne sont jamais significatives. Les traitements
n'ont pas d'effet significatif sur la densité apparente et
affectent donc similairement teneurs et stocks.
Sur Andosol limono-argileux d'Hawaii cultivé en taro avec
engrais phosphaté (PAM : 2 500 mm), Miyasaka et al.
(2001) observent, lors de la récolte qui suit le deuxième apport,
que les teneurs en C organique et Nt sont
significativement plus importantes avec mulch de copeaux ou
d'ensilage qu'avec apport de N minéral (respectivement + 17 et + 8
% pour C, significativement plus élevé avec copeaux qu'avec
ensilage ; + 8 et + 4 % pour N) ; mais il n'y a pas de différence
significative entre traitements lors de la récolte qui suit le
premier apport.
Résumé des effets sur la matière organique
du sol
La figure 2
présente une synthèse sur les variations de teneur en C du sol en
fonction de l'apport de BRF. Par rapport aux témoins sans apport
organique ou sans aucun apport, les BRF déterminent une
augmentation de la teneur en C du sol, faible l'année de l'apport
(0 à≤ 10 % en général), le plus souvent significative l'année
suivante (10 à 40 %) et au-delà (20 à 70 % avec apports
renouvelés). L'augmentation de la teneur en Nt du sol
est imperceptible l'année de l'apport, faible la deuxième année (0
à 10 % en général), parfois significative au-delà (10 à 40 %
avec apports renouvelés). Les variations de stocks de C et N
sont moins nettes, du fait d'une densité apparente souvent
inférieure avec BRF. L'augmentation du rapport C/N ne devient
significative qu'à partir de la quatrième année (10 à 20 % avec
apports renouvelés). L'humification des BRF est favorisée par des
apports azotés simultanés. L'intérêt des BRF par rapport aux
apports herbacés ou azotés n'est pas avéré.
Effets sur l'activité biologique du sol
Enfouissement en zone tempérée (Canada)
Dans la couche 0-20 cm d'un sol sableux sous pomme de terre
fertilisée, Tremblay et Beauchamp (1998) notent que 6 et
12 mois après apport de BRF la population de champignons a
respectivement triplé et doublé par rapport au témoin, mais n'est
plus affectée significativement ensuite (avec ou sans second
apport). Les populations de bactéries et d'actinomycètes ne
sont pas affectées significativement. La biomasse microbienne
est plus élevée avec BRF, mais la différence n'est significative
qu'à certaines périodes.
Dans la couche 0-15 cm d'un sol sablo-limoneux cultivé en
oignon puis blé fertilisé, Lalande et al. (1998) observent que
les populations de bactéries, actinomycètes et surtout champignons
sont significativement plus importantes avec BRF l'année de
l'apport (+ 140, 163 et 2 300 %, respectivement) ; l'année
suivante, la différence est significative pour les champignons
seulement (+ 48, 21 et 700 %, respectivement). De fortes
variations sont observées entre dates, avec des maxima 2 mois
après apport. L'activité phosphatase alcaline n'est pas affectée
l'année de l'apport, mais, l'année suivante, elle est
significativement plus élevée avec BRF.
Dans la couche 0-5 cm d'un sol limono-argileux cultivé en
orge, Larochelle (1994) observe que la mésofaune est plus abondante
avec BRF (jusqu'à 23 fois), en particulier les acariens et
collemboles (fongivores et leurs prédateurs), avec des variations
sensibles selon les essences utilisées, le diamètre des rameaux, la
taille des copeaux, l'apport éventuel de N, etc.
Enfouissement ou mulch en zone tropicale
Les travaux de Mando (1997) au Burkina Faso soulignent l'importance
des termites dans l'évolution du sol après mulch organique.
Résumé des effets sur l'activité biologique
du sol
Les travaux réalisés au Canada montrent que l'enfouissement de BRF
stimule le développement des populations de champignons, d'insectes
qui leur sont liés, et, à un moindre niveau, de bactéries et
d'actinomycètes, surtout l'année de l'apport. Ce sujet a été
peu étudié en zone tropicale.
Conclusion
L'apport de BRF enrichit le sol en matière organique et en
nutriments, ce qui stimule l'activité biologique, notamment
fongique ; cette stimulation améliore ensuite la disponibilité des
nutriments pour les plantes. Mais les BRF peuvent provoquer une
immobilisation de N, voire de P, l'année du premier apport, donc
une baisse du rendement, observée surtout en cas d'enfouissement en
sol sableux sous climat tempéré ; cette immobilisation peut être
limitée en cas d'apport azoté simultané. Cependant, le rendement
est très généralement accru l'année suivante, même en cas de nouvel
apport ligneux. Par ailleurs, surtout en mulch, les BRF ont un
effet favorable sur les propriétés physiques et hydriques du sol.
De nombreux facteurs modulent ces effets, dans des proportions
mal connues : espèces utilisées, diamètre des rameaux, dimension
des fragments, dose, etc. Il semble néanmoins que
l'utilisation de légumineuses n'ait pas d'effet particulièrement
favorable.
Enfin, les BRF n'ont pas d'intérêt clairement décisif par
rapport aux apports herbacés (propriétés physico-hydriques ou
organiques du sol) ou azotés (statut organique du sol,
rendement).
Remerciements
Les auteurs remercient Gilles Lemieux et Benoît Noël pour la mise à
disposition de leurs fonds documentaires. Ce travail a été
soutenu financièrement par l'Institut de recherche pour le
développement (IRD) et par l'Institut des sciences et industries du
vivant et de l'environnement (AgroParisTech).
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