ARTICLE
Auteur(s) : Vincent
Barrau, Mathieu Rodallec
Centre Cardiologique du Nord, Service de scanner IRM,
32, rue des moulins gémeaux, 93200 Saint Denis
Principes de l'imagerie par résonance magnétique
de diffusion en oncologie
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est capable de
différencier les tissus en fonction de la facilité
des molécules d'eau extracellulaire à diffuser dans les
milieux biologiques (figure 1).
Dans l'eau pure, la diffusion des molécules d'eau se fait sans
obstacle. Dans un tissu très cellulaire comme un tissu
tumoral, la diffusion des molécules d'eau au sein des espaces
extracellulaires est restreinte. En IRM de diffusion, un tissu très
cellulaire apparaît ainsi en hypersignal par comparaison au
parenchyme sain avoisinant.
Cette séquence est réalisée en plus des séquences
conventionnelles en un temps court (entre 20 secondes et
3 minutes) ; il n'y a pas d'injection de produit de contraste.
L'image formée est de l'ordre de l'imagerie fonctionnelle et
ressemble à une image scintigraphique (proche de celle de la
tomographie par émission de positons [TEP-TDM]). La machine
peut calculer un facteur de diffusion appelé ADC (coefficient
apparent de diffusion), qui permet de quantifier la diffusion des
molécules d'eau, un peu comme le SUV (Standard Uptake Value)
quantifie la captation de glucose. On peut techniquement choisir, à
l'acquisition, un paramètre IRM qui s'appelle facteur « b », lequel
définit la pondération de l'image en diffusion. Plus « b » est
élevé, plus l'image correspond à une image de diffusion pure – des
valeurs de b basses sont entre 50 et 400 ; au-delà de b 600,
on parle de valeur b élevée. Lorsque le facteur b est égal à zéro,
l'image est seulement pondérée T2.
À quoi peut servir l'IRM de diffusion
pour le gastro-entérologue ?
Améliorer la détection des métastases hépatiques
La détection des métastases hépatiques est fondée en IRM de
diffusion sur leur caractère très cellulaire comparé au parenchyme
sain. Les données de la littérature sont en faveur d'une
sensibilité supérieure de la diffusion par rapport aux séquences
classiques T2 [2, 3]. L'ajout d'une séquence de diffusion est
intéressant [2] lors de la réalisation d'une IRM hépatique, car
elle peut potentiellement améliorer la sensibilité et la
caractérisation des lésions hépatiques. Ainsi, l'IRM de diffusion
associée aux séquences classiques est probablement, à l'heure
actuelle, l'examen le plus sensible pour la détection des
métastases hépatiques (figure 2). L'IRM de
diffusion sensibilise ainsi la détection de métastases de petite
taille [2]. Sa résolution spatiale est meilleure que celle de la
TEP-TDM. Une seule étude préliminaire sur 24 patients [4] a
comparé la séquence de diffusion à la TEP-TDM pour la détection des
métastases hépatiques d'origine colorectale. Les sensibilités
de l'IRM de diffusion, de l'IRM hépatique sans diffusion et de la
TEP-TDM étaient respectivement de 100 %, 90 % et 60 %.
La sensibilité de la TEP-TDM était surtout basse pour les
petites lésions (sensibilité de 54 % entre 10 et 20 mm et
de 32 % pour les lésions de moins de 10 mm).
Les applications cliniques de l'IRM de diffusion sont multiples
:
- – cartographie préchirurgicale de métastases de cancer
colorectal ;
- – bilan d'extension des cancers digestifs opérables
(afin de détecter des métastases non ou mal visibles par la TDM
injectée et qui changeraient l'indication chirurgicale) ;
- – recherche de métastases hépatiques sur foie
stéatosique (où l'IRM est nécessaire dans le bilan d'extension car
nettement plus performante que le scanner).
La séquence de diffusion peut aussi aider à la caractérisation
tumorale : habituellement, plus une lésion est maligne, plus elle
est cellulaire et plus l'ADC (coefficient apparent de diffusion)
est bas : la lésion apparaît en franc hypersignal sur la séquence
de diffusion. Les kystes biliaires, les adénomes et les
hyperplasies nodulaires focales ont un coefficient d'ADC élevé et
un signal bas sur les séquences fortement pondérées en diffusion –
c'est-à-dire avec un facteur « b » élevé – et ne posent pas de
problème avec les métastases.
En revanche, certains angiomes peuvent apparaître en hypersignal
même sur des séquences fortement pondérées en diffusion, mais sont
le plus souvent faciles à diagnostiquer sur les séquences
conventionnelles – grâce à la prise de contraste caractéristique
sur les séquences dynamiques après injection.
Au total, l'ajout d'une séquence de diffusion lors d'une
IRM hépatique est utile pour améliorer la détection
des métastases hépatiques, sans nécessiter une nouvelle
injection et sans rallonger l'examen IRM
Meilleure détection des hépatocarcinomes
Les séquences injectées restent le gold standard pour la détection
du carcinome hépato-cellulaire (CHC), mais l'ajout d'une séquence
de diffusion permettrait, d'après Xu et al., de détecter
5 à 10 % de lésions en plus des séquences injectées seules
[5]. Les CHC bien différenciés sont parfois en isosignal sur
les séquences de diffusion [2], c'est pourquoi cette séquence ne
remplace pas la séquence injectée mais en est un complément.
Améliorer la détection de la carcinose
Les progrès techniques de l'IRM permettent désormais une
exploration en imagerie de diffusion de l'ensemble de la cavité
abdominale afin de détecter la carcinose.
Les implants péritonéaux, puisqu'hypercellulaires, sont en
hypersignal sur les séquences de diffusion, ce qui permet en
pratique clinique de sensibiliser la détection de la carcinose.
L'acquisition doit être réalisée avec un protocole rigoureux :
distension des anses digestives, valeurs élevées du facteur b. Low
et al. [6] ont montré que la diffusion augmente de façon
significative la sensibilité et la spécificité de détection de la
carcinose lors d'un examen IRM. La sensibilité de détection des
implants péritonéaux – sur 255 implants prouvés par chirurgie
– était de 84 % et 90 % (deux lecteurs radiologues pour cette
étude) pour la séquence de diffusion associée aux séquences
standard versus une sensibilité de 52 % à 73 % pour les séquences
standard IRM seules.
L'IRM permet, comme la TEP-TDM, de détecter certains implants
péritonéaux qui passent inaperçus en TDM injectée.
La résolution spatiale de l'IRM est toutefois supérieure à
celle de la TEP-TDM (figure 5) et
permettra probablement de détecter des lésions plus petites comme
le laisse penser notre expérience actuelle.
Dans le cadre d'une élévation des marqueurs tumoraux, l'IRM de
diffusion peut détecter des implants péritonéaux et des métastases
hépatiques non visualisés par les autres techniques.
Améliorer la détection des métastases osseuses
Tanenaka et al. [7] ont comparé l'IRM de diffusion corps
entier, la TEP-TDM et la scintigraphie osseuse dans la détection
des métastases osseuses dans le cadre du cancer du poumon non à
petites cellules.
L'IRM corps entier, associée à des séquences de diffusion, avait
une sensibilité de 96 %, une spécificité de 90 % versus
respectivement 96 % et 85 % pour la TEP-TDM, et 96 % et 83 % pour
la scintigraphie osseuse. Tanenaka conclut que la technique d'IRM
de diffusion est au moins équivalente à celle de la scintigraphie
et de la TEP-TDM pour la détection des métastases osseuses.
Autres applications en oncologie médicale
De multiples applications potentielles de cette technique sont en
cours d'investigation. En pathologie pancréatique (figure 4), l'IRM de
diffusion pourrait aider à la détection tumorale des lésions
endocrines, mais aussi à celle des adénocarcinomes mal visibles en
TDM. Ichikawa et al. [8], dans une étude préliminaire, ont
évalué l'IRM de diffusion sur 46 patients : la sensibilité et
la spécificité de l'IRM de la diffusion étaient de 96 % et 98 %
pour le diagnostic de cancer du pancréas.
En pathologie urologique et gynécologique, l'IRM de diffusion
fait partie du protocole IRM d'exploration des cancers de prostate
où elle permet de mieux détecter les tumeurs que les séquences
anatomiques. L'extension locale du cancer de l'endomètre est aussi
mieux appréciée par cette technique.
Évaluation de la réponse thérapeutique
L'évaluation de la réponse thérapeutique (figure 3) après radio
et chimiothérapie est une application potentielle majeure de la
diffusion. Actuellement, cette évaluation est fondée sur les
critères RECIST (Response Evaluation Criteria In Solid Tumors)
(mesure du plus grand axe des lésions) qui ne permettent pas
toujours d'évaluer les modifications précoces des tumeurs sous
traitement – notamment des traitements antiangiogéniques.
L'IRM de diffusion pourrait permettre une évaluation plus
précoce, afin d'adapter plus rapidement la thérapeutique.
La plupart des études sur la réponse thérapeutique aux agents
anticancéreux montrent une élévation précoce de l'ADC, bien avant
que les modifications morphologiques n'apparaissent [9].
Des études préliminaires ont concerné les métastases hépatiques
des cancers colorectaux, le cancer du rectum. Une étude récente
[10] portant sur 87 patients traités par chimiothérapie pour
métastases hépatiques d'un cancer du côlon a montré que le
coefficient de diffusion s'élevait dès le troisième et le septième
jour chez les patients répondeurs, alors qu'il n'était pas modifié
chez les patients non répondeurs.
La plupart des études sur la réponse thérapeutique aux agents
anticancéreux montrent une élévation précoce du coefficient
apparent de diffusion, bien avant que les modifications
morphologiques n'apparaissent
Application corps entier
L'IRM corps entier est une technique d'imagerie émergente dans le
bilan d'extension en oncologie. La séquence de diffusion corps
entier permet d'augmenter de façon significative la sensibilité de
la détection tumorale. Laurent et al. [11] ont comparé l'IRM
de diffusion à la TEP TDM pour la détection des métastases de
mélanome sur 35 patients (120 lésions). La sensibilité et
la spécificité de l'IRM corps entier avec séquence de diffusion
étaient de 82 % et de 97 %, celle de la TEP-TDM de 72 % et 92 %.
La diffusion a détecté 14 lésions (20 %) supplémentaires
par rapport aux séquences IRM standard. L'IRM de diffusion était la
technique la plus précise pour la détection des métastases
hépatiques, osseuses, sous-cutanées et intrapéritonéales.
Application en dehors du domaine de l'oncologie
: maladie de Crohn – appréciation de l'atteinte
inflammatoire de la maladie
La séquence de diffusion peut être utile dans l'exploration IRM
d'une maladie de Crohn.
Le coefficient de diffusion est diminué en cas d'atteinte
inflammatoire [12] lié à une restriction de diffusion. Lors d'une
entéro-IRM réalisée pour exploration d'une maladie inflammatoire
chronique intestinale (MICI), la séquence de diffusion permet
d'augmenter la sensibilité de l'IRM pour la détection des atteintes
inflammatoires, alors que les séquences conventionnelles peuvent
être normales (c'est le cas dans les colites ou iléites
superficielles) (figure
6). En un seul examen, l'entéro-IRM donne des informations
anatomiques sur les sténoses, mais aussi des informations
fonctionnelles sur le caractère inflammatoire. La séquence de
diffusion serait utile pour évaluer l'activité de la maladie [13].
À l'heure actuelle, la séquence de diffusion permet déjà
d'augmenter la sensibilité de la détection des atteintes
inflammatoires du grêle. Dans le futur, elle servira peut-être à
évaluer les patients traités par anti-TNF.
Le coefficient de diffusion est diminué en cas
d'atteinte inflammatoire
Take home messages
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) de diffusion est une
technique d'imagerie fondée sur la détection de l'hypercellularité
des tumeurs.
Cette séquence IRM est réalisée en plus des séquences
conventionnelles lors d'une IRM abdominale classique, elle ne
nécessite pas d'injection. Elle améliore la détection des
métastases hépatiques, de la carcinose et des métastases
osseuses.
Les voies d'applications prometteuses en cours d'investigation
sont : l'exploration corps entier pour les bilans d'extension
tumoraux, l'évaluation thérapeutique précoce.
Conflit d'intérêts
aucun.
Références
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11 Laurent V, Trausch G, Bruot O, Olivier P,
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Advantages of multicontrast MRI examination including a
diffusion-weighted sequence in comparison with PET-CT. Eur J Radiol
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12 Oto A, Zhu F, Kulkarni K, Karczmar GS,
Turner JR, Rubin D. Evaluation of diffusion-weighted MR
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Crohn's disease. Acad Radiol 2009 ; 16 : 597-603.
13 Kiryu S, Dodanuki K, Takao H, Watanabe M,
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diffusion-weighted imaging for the assessment of inflammatory
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