ARTICLE
Auteur(s) : Isabelle Marie
Département de médecine interne, CHU de Rouen, 76031
Rouen cedex, France
Différentes manifestations cliniques et biologiques peuvent être
induites dans l'organisme par des agents médicamenteux. Cette
pathologie iatrogène ne doit pas être méconnue par les cliniciens.
De fait, la iatrogénie médicamenteuse est fréquente, et elle
constitue la complication nosocomiale la plus souvent rencontrée
chez les patients hospitalisés, représentant 19 % de
l'ensemble des incidents nosocomiaux [1]. Parmi les effets
indésirables des médicaments, des anomalies cardiovasculaires ont
pu être recensées [2]. Une étude a ainsi colligé, à partir de la
base de données des centres de pharmacovigilance français
(1986-2001), 19 780 observations déclarées d'effets
indésirables liés aux médicaments ; des manifestations
vasculaires ont été relevées dans 12 % des cas [2].
De plus, dans une série suédoise, regroupant 1 574 sujets
décédés d'effets indésirables iatrogènes, les manifestations
cardiovasculaires (incluant des hypertensions artérielles sévères)
étaient directement responsables du décès des patients dans 10 %
des cas [3].
En définitive, il nous a paru intéressant de consacrer cette
mise au point à l'hypertension artérielle susceptible d'être
provoquée par les médicaments. Pour le clinicien, il convient
d'évoquer systématiquement cette origine chez les patients
consultant pour des manifestations cliniques en rapport avec des
accès hypertensifs, car l'identification de l'agent responsable
permet son interruption, celle-ci étant la seule thérapeutique
pouvant entraîner une régression totale ou partielle des
manifestations d'hypertension artérielle parfois sévères.
Les observations d'hypertension artérielle iatrogènes ont ainsi
vu leur fréquence s'accroître avec l'avènement de nouveaux
médicaments au fil des années ; de fait, certains médicaments
peuvent directement provoquer une hypertension artérielle.
De plus, la pratique quotidienne est confrontée à une
population de plus en plus âgée, porteuse de
nombreuses comorbidités qui engendrent, en
règle générale, le recours à une polymédication [4] ; ainsi,
le risque d'interactions médicamenteuses
s'accroît en proportion, avec comme
conséquence possible une induction d'effets indésirables,
incluant l'apparition d'une hypertension artérielle liée à la
réduction d'efficacité des molécules hypertensives [4].
Dans ce paragraphe, les hypertensions artérielles induites par
les médicaments seront abordées. La liste de ces médicaments
associés à l'hypertension artérielle est illustrée dans le tableau 1.
Hypertension artérielle induite
par les anti-inflammatoires non stéroïdiens
Un nombre constamment croissant de publications a fait état
d'hypertension artérielle liée à la prise d'anti-inflammatoires non
stéroïdiens. Ainsi, différents anti-inflammatoires non stéroïdiens
peuvent causer une hypertension artérielle, tels que : l'aspirine,
le diclofénac, le flurbiprofène, l'ibuprofène, l'indométacine et le
naproxène [5-7] (tableau 1).
Des modèles expérimentaux ont été développés pour ces
médicaments et leurs métabolites actifs dans le déclenchement de
l'hypertension artérielle. En effet, des hypothèses
physiopathogéniques faisant intervenir différents mécanismes de
survenue de l'hypertension artérielle ont été émises chez les
patients recevant des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
De fait, les anti-inflammatoires non stéroïdiens
engendreraient une inhibition de la cyclo-oxygénase, qui
entraînerait une réduction de la synthèse des prostaglandines
endogènes, aboutissant, d'une part, à une réduction des effets
vasodilatateurs des prostaglandines ainsi que, d'autre part, à une
rétention hydrosodée associée à une majoration du volume
plasmatique [5-7]. Ensuite, des auteurs ont observé que
l'importance de l'élévation tensionnelle chez les patients
dépendrait du degré d'inhibition de la synthèse des prostaglandines
in vitro, qui est lui-même fonction de la nature des agents
anti-inflammatoires non stéroïdiens. De surcroît, un travail
effectué dans un modèle animal a révélé une élévation de
l'angiotensine II associée à une réduction des prostaglandines
lors des traitements par anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui
pourrait également être responsable d'hypertension artérielle [5,
8]. Par ailleurs, une affection rénale peut provoquer une
hypertension artérielle en raison du potentiel néphrotoxique des
anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Enfin, les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent
interférer avec l'action antihypertensive de certains médicaments ;
ils peuvent, par conséquent, déséquilibrer la pression artérielle
qui était normalisée, jusqu'alors, chez les patients ; dans cette
optique, il est établi que [5, 9] :
- – l'aspirine diminue l'efficacité des bêtabloquants et
de la spironolactone ;
- – le diclofénac réduit l'action de l'hydralazine ;
- – le flurbiprofène réduit l'effet des bêtabloquants, du
piroxicam, des thiazidiques et du furosémide ;
- – l'ibuprofène diminue le pouvoir des thiazidiques et
des bêtabloquants ;
- – l'indométacine constitue l'inhibiteur le plus puissant
de la production de prostaglandines au niveau systémique. Elle
diminue l'efficacité des thiazidiques, du furosémide, des
alphabêtabloquants, des inhibiteurs de l'enzyme de conversion
;
- – le sulindac inhiberait, de manière prédominante,
la synthèse de prostaglandines extrarénales. Il réduit
également l'action des thiazidiques, des diurétiques de l'anse et
de la spironolactone ;
- – les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent
provoquer un effet prohypertenseur du tramadol chez les patients
recevant cette association [10].
Par contraste, les anti-inflammatoires non stéroïdiens
n'interagissent pas avec l'effet des antihypertenseurs centraux,
dont le mode d'action est indépendant de la synthèse des
prostaglandines [11].
Tableau 1 Médicaments inducteurs d'hypertension
artérielle [13]
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Antidépresseurs : inhibiteurs de la monoamine-oxydase,
tricycliques
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Antihistaminiques
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Anti-inflammatoires non stéroïdiens
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Bêtabloquants
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Bromocriptine
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Carbamazépine et autres traitements inducteurs du cytochrome P450
(rifampicine, phénytoïne, phénobarbital, millepertuis)
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Ciclosporine
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Contraceptifs oraux
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Corticothérapie
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Disulfirame (Antabus®)
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Ergotamine
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Érythropoïétine
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Produits anesthésiants : kétamine, desflurane
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Stéroïdes anabolisants
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Sumatriptan
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Sympathomimétiques : lévodopa, décongestionnants nasaux
(phénylpropanolamine, éphédrine, phényléphrine), anorexigènes
(Dexamin®), collyres (Visine®)
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Tramadol
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Vasopressine
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Hypertension artérielle induite
par les corticoïdes
L'hypertension artérielle induite par les corticoïdes regroupe des
situations variées.
Tout d'abord, l'hypertension artérielle peut être provoquée par
les minéralocorticoïdes. Ainsi, les minéralocorticoïdes ont une
action sur la rétention hydrosodée [6, 7, 12]. Des études
complémentaires ont montré que l'activité minéralocorticoïde
observée au cours des traitements topiques ou nasaux, contenant de
la 9α-fluoroprednisolone, entraînait la survenue d'une hypertension
artérielle [6, 7, 12]. De manière intéressante, certains
auteurs ont précisé que d'autres traitements pourraient
potentialiser l'activité minéralocorticoïde, aboutissant à une
hypertension artérielle. Il s'agit des traitements prolongés
par kétoconazole qui peuvent générer une élévation des taux
sériques de la désoxycorticostérone, celle-ci ayant un effet
minéralocorticoïde [13]. Le danazol est un stéroïde qui
possède un effet androgénique et anabolisant modéré ; il est
aussi susceptible d'induire une hypertension artérielle, car il
possède une activité minéralocorticoïde, même si celle-ci est
faible [14].
Ensuite, les substances contenant de l'acide glycérrhizique
(e.g. : réglisse, pastis sans alcool, tabacs à chiquer, certains
antiacides [polysilane réglisse Midy®], sirops
antitussifs [Bonprax sirop®], tisanes diététiques)
peuvent être responsables d'un syndrome associant une hypertension
artérielle, une hypokaliémie. Elles réalisent un tableau clinique
et biologique de pseudohyperaldostéronisme secondaire à une
inhibition de la 11β-OH-déshydrogénase [15].
Enfin, l'association hypertension artérielle et glucocorticoïdes
est clairement établie. En effet, les glucocorticoïdes augmentent
les résistances vasculaires périphériques associées à l'apparition
d'une hypertension artérielle [16]. De fait, une étude
réalisée chez des sujets témoins traités par cortisol (à raison de
200 mg/j durant cinq à sept jours) a permis d'objectiver une
élévation de : la pression artérielle systolique de 119 à 135 mmHg,
la rétention hydrosodée (prise de poids estimée à 1,1 kg) et du
débit cardiaque évalué, en moyenne, à 1,9 L/min [17]. En outre, un
autre travail, regroupant des patients bénéficiant d'une
corticothérapie (prednisone, prednisolone, méthylprednisolone), a
aussi mentionné l'apparition d'une hypertension artérielle chez un
quart des patients [18]. Les mécanismes qui concourent à la
survenue de l'hypertension artérielle sous glucocorticoïdes sont
plurifactoriels, faisant intervenir une induction de certains
cytochromes P450 impliqués dans le métabolisme de certains
antihypertenseurs (réduisant ainsi leur efficacité), une diminution
de la synthèse d'agents vasodilatateurs (e.g. : oxyde nitrique,
prostaglandines, kinine-kallicréine) ou encore une exacerbation de
la réponse aux catécholamines endogènes [5, 19, 20].
Hypertension artérielle induite par l'érythropoïétine
L'érythropoïétine humaine recombinante est largement utilisée pour
corriger l'anémie chez les patients souffrant d'insuffisance rénale
chronique soit en prédialyse et/ou au stade de dialyse [9].
Des observations ponctuelles d'hypertension artérielle sous
érythropoïétine ont été initialement décrites. Depuis, d'autres
études ont relevé la survenue d'une hypertension artérielle ou
l'aggravation d'une hypertension artérielle préexistante sous
érythropoïétine chez environ un tiers des patients en hémodialyse
[21-27]. Ainsi, dans un travail englobant 150 patients
hémodialysés, le traitement par érythropoïétine a provoqué une
hypertension artérielle chez 48 patients (32 %) ; de manière
intéressante, les investigateurs ont souligné que 25 % de ces
48 patients n'étaient pas hypertendus avant l'initiation
du traitement par érythropoïétine [27]. Dans tous les cas,
l'évolution de l'hypertension artérielle a pu être contrôlée après
instauration d'un antihypertenseur en monothérapie chez 43 %
des patients [5].
L'hypertension artérielle induite par l'érythropoïétine est
d'intensité variable, mais elle peut entraîner une symptomatologie
sévère à type d'encéphalopathie hépatique, voire de crises
comitiales [5, 9, 27].
Des facteurs favorisant la survenue de l'hypertension artérielle
associée à l'érythropoïétine ont été identifiés, comme :
- – l'existence d'une hypertension artérielle associée à
une insuffisance rénale et préalable à l'institution du traitement
par érythropoïétine [27] ;
- – les doses plus élevées d'érythropoïétine [5] ;
- – la voie d'administration intraveineuse, qui utilise
des doses plus élevées comparées aux formes sous-cutanées [26, 28]
;
- – la sévérité de l'anémie avant la mise en route du
traitement par érythropoïétine [9] ;
- – l'augmentation rapide de l'hématocrite sous
érythropoïétine [26].
La physiopathologie de l'hypertension artérielle sous
érythropoïétine demeure mal connue. Néanmoins, plusieurs équipes
ont évoqué le rôle prépondérant sous érythropoïétine :
- – d'une élévation de la résistance vasculaire systémique
[29] ;
- – d'un dysfonctionnement du système nerveux autonome
[30] ;
- – d'un effet vasoconstricteur de l'érythropoïétine,
associé à une prolifération des cellules musculaires lisses de la
paroi vasculaire et au remodelage des parois artérielles [31-33]
;
- – d'une augmentation de la viscosité sanguine [34]
;
- – et d'une stimulation du système de l'endothéline.
De fait, des séries ont décelé une augmentation des taux
plasmatiques d'endothéline chez les patients recevant de
l'érythropoïétine par voie intraveineuse [35]. De plus, dans
des modèles murins, les taux plasmatiques élevés d'endothéline-1
ont été détectés au sein de l'aorte thoracique chez des animaux
traités par érythropoïétine (100 U/kg par voie sous-cutanée,
trois fois par semaine) [36].
Hypertension artérielle induite
par la ciclosporine
Isolée en 1969 à partir d'un champignon
(Tolypoladium inflatum), la ciclosporine est un polypeptide
cyclique constitué de 11 acides aminés lipophiles [37]. Grâce à ses
propriétés immunosuppressives, la ciclosporine a un rôle majeur
dans le succès des transplantations d'organes et la prise en charge
thérapeutique d'un nombre croissant d'affections dysimmunitaires.
Les effets secondaires de la ciclosporine sont nombreux et
bien connus [5, 37], à l'instar des manifestations
cutanéomuqueuses, digestives, neurologiques, métaboliques qui sont
fréquentes et ne nécessitent que rarement l'interruption du
traitement [5, 37].
En revanche, la néphrotoxicité et l'hypertension artérielle
représentent les principaux paramètres limitants du traitement par
ciclosporine pouvant justifier son arrêt [37].
L'incidence de l'hypertension artérielle induite par la
ciclosporine paraît être plus élevée chez les patients jeunes et
chez les transplantés cardiaques et rénaux. En effet, elle est
estimée à 90 % chez les transplantés cardiaques (contre 20 %
d'entre eux avant l'introduction du traitement) [5]. De même,
chez les patients transplantés rénaux, la prévalence de
l'hypertension artérielle est mesurée à 71 % chez les patients sous
ciclosporine et à 49 % chez ceux traités par azathioprine [38].
De surcroît, chez les sujets ayant bénéficié d'une greffe de
moelle osseuse, la prévalence de l'hypertension artérielle est de
57 % chez les malades sous ciclosporine, comparés à 4 % seulement
chez les patients recevant du méthotrexate [38].
Il a été établi que le risque de survenue d'une hypertension
artérielle sous ciclosporine était signalé plus particulièrement
pour les doses élevées (> 6 mg/kg par jour) et sous
traitement prolongé [39, 40]. De fait, la réduction
des doses de ciclosporine permet habituellement de diminuer
efficacement l'hypertension artérielle chez plus de la moitié des
patients [37]. Ainsi, dans une étude incluant 122 patients porteurs
de psoriasis traités par ciclosporine, le traitement par
ciclosporine a dû être interrompu en raison de l'apparition d'une
hypertension artérielle sévère dans 19 % des cas [37]. Au vu de la
sévérité de l'hypertension artérielle aux traitements
antihypertenseurs, il est, en règle générale, nécessaire d'associer
plusieurs molécules pour obtenir un meilleur contrôle tensionnel ;
surtout, des travaux ont souligné que les inhibiteurs calciques
pourraient être les molécules les plus efficaces dans cette
indication [5].
L'hypertension artérielle peut, en partie, être expliquée par
l'effet néphrotoxique potentiel de la ciclosporine même si elle
peut apparaître sans changement détectable de la fonction rénale.
Par ailleurs, d'autres mécanismes sembleraient impliqués dans
l'apparition de l'hypertension artérielle sous ciclosporine, e.g.
:
- – l'activation du système sympathique [5] ;
- – les propriétés vasoconstrictrices intrinsèques de la
ciclosporine, en particulier au niveau de l'artériole glomérulaire
afférente, entraînant une diminution du flux sanguin et du débit de
la filtration glomérulaire.
En définitive, afin d’obtenir une meilleure tolérance de la
ciclosporine, la majorité des équipes préconisent de surveiller la
pression artérielle de ces malades de façon régulière : toutes les
deux semaines après le début du traitement durant les deux premiers
mois, puis tous les mois. Si la pression artérielle diastolique est
supérieure à 95 mmHg à deux reprises à 15 jours
d'intervalle, la dose de ciclosporine doit être diminuée ou un
traitement antihypertenseur doit être ajouté (inhibiteurs calciques
+++). Si après deux semaines, l'hypertension artérielle persiste,
la ciclosporine doit être interrompue [7, 37].
Hypertension artérielle induite par les contraceptifs
oraux
Les contraceptifs oraux augmentent de manière modérée les valeurs
moyennes des pressions artérielles diastolique et systolique [9].
De fait, dans un travail italien comportant 94 femmes
porteuses d'hypertension artérielle suivies durant trois ans, les
investigateurs ont constaté que les valeurs de la pression
artérielle systolique étaient plus élevées le jour (plus de 8,7
mmHg) et la nuit (plus de 6,3 mmHg) dans le groupe
recevant une contraception estroprogestative par rapport à celui
n'en ayant pas [6, 41]. Surtout, le risque de développer
une hypertension artérielle est principalement lié au
traitement par éthinylestradiol à posologies élevées
(> 50 microgrammes) [42]. En définitive, l'incidence
de l'hypertension artérielle liée aux contraceptifs oraux
est évaluée à 5 % chez les femmes utilisant une contraception
estroprogestative contenant au moins 50 microgrammes
d'estrogènes [5].
Ensuite, l'analyse de la littérature Medline permet de trouver
30 articles environ concernant l'imputabilité de la contraception
estroprogestative dans l'apparition d'une hypertension artérielle
chez les patients sous contraceptifs oraux. Chez 68 297 femmes
(âgées de 25 à 42 ans), une équipe a mentionné que le risque
de développer une hypertension artérielle était supérieur dans le
groupe des femmes sous contraception estroprogestative (OR : 1,8 ;
IC 95 % : [1,5-2,3]), comparé aux femmes anciennes utilisatrices de
contraception estroprogestative (OR : 1,5 ; IC 95 % : [1,2-1,8]) ou
n'ayant jamais reçu de contraception estroprogestative (OR : 1,1 ;
IC 95 % : [0,9-1,2]) [41]. Une autre étude (n = 171) a
individualisé trois groupes de patientes : le premier sous
contraception estroprogestative, le deuxième bénéficiant d'autres
méthodes contraceptives et le troisième n'utilisant aucune méthode
contraceptive. De manière pertinente, les auteurs ont constaté
chez les femmes sous contraception estroprogestative, comparées aux
deux autres groupes, une augmentation significative : des valeurs
de la pression diastolique moyenne (100,3 vs 93 vs 93,5 mmHg,
respectivement), de la fréquence de l'hypertension artérielle
sévère supérieure à 160 mmHg (21,2 vs 19,2 vs 12,7 %,
respectivement). Des facteurs favorisant la survenue de
l'hypertension artérielle ont été mentionnés tels que la présence
de facteurs de risque cardiovasculaire, des antécédents personnels
d'hypertension artérielle et un âge supérieur à 35 ans
[5].
Par ailleurs, chez la femme ménopausée, la thérapie estrogénique
substitutive élèverait moins fréquemment la pression artérielle [5,
43]. De fait, les auteurs ont évalué l'action de
l'hormonothérapie transdermique sur la pression artérielle chez 24
femmes hypertendues ménopausées ; lors des suivis systématiques à
trois et à six mois, ils n'ont pas noté de variation significative
de la pression artérielle entre les patientes recevant
l'association estradiol (25 μg)-noresthirone (125 μg) et
les patientes ne bénéficiant pas de l'hormonothérapie transdermique
[43].
Le mécanisme d'action des estrogènes sur le développement de
l'hypertension artérielle porte principalement sur l'activation du
système rénine-angiotensine-aldostérone, avec production accrue
d'angiotensinogène, et à un moindre degré sur une rétention
hydrosodée (par l'interaction avec les récepteurs
minéralocorticoïdes) [44]. Plus récemment, une équipe a invoqué le
rôle de la contraception estroprogestative sur la diminution de
la vasodilatation endothélium-dépendante médiée par l'oxyde
nitrique [45].
Hypertension artérielle induite
par les antidépresseurs
Il s'agit principalement des inhibiteurs de la monoamine-oxydase ;
l'un des mécanismes incriminés dans la genèse de cette hypertension
artérielle est lié au retard du métabolisme des amines
sympathomimétiques qu'ils induisent [46]. Dans deux études, une
hypertension artérielle a été observée chez 1 % des patients
traités par les inhibiteurs de la monoamine-oxydase [46]. Chez ces
patients, les accès hypertensifs seraient favorisés par l'ingestion
d'aliments riches en tyramine ; en effet, le catabolisme de la
tyramine est diminué par les inhibiteurs de la monoamine-oxydase,
provoquant une libération importante de noradrénaline au niveau des
terminaisons nerveuses [47].
En outre, des tableaux de pseudophéochromocytomes (associant une
hypertension artérielle paroxystique, une tachycardie, des
palpitations, des flushs et une hypersudation) peuvent être
provoqués à l'occasion d'interactions entre les inhibiteurs de la
monoamine-oxydase et des agents sympathomimétiques, la lévodopa,
mais aussi la prise d'aminotryptiline, le métoclopramide,
l'ergotamine, le glucagon [48-53]. Ils se distinguent des
phéochromocytomes par l'élévation isolée ou prépondérante de la
noradrénaline et de ses métabolites (avec un ratio
adrénaline/noradrénaline inférieur à 0,25), témoignant d'un
relargage d'origine présynaptique.
Par ailleurs, l'hypertension artérielle a été très rarement
décrite chez les patients traités par tricycliques. Dans un travail
comportant 114 patients sous tricycliques, la prévalence de
l'hypertension artérielle a été appréciée à 5,2 % chez les patients
traités par tricycliques [54]. Les tricycliques favorisent
l'action de la noradrénaline en inhibant sa recapture au niveau des
terminaisons nerveuses [9].
Hypertension artérielle induite
par les bêtabloquants
Des observations ponctuelles d'hypertension artérielle ont été
rapportées sous traitement par bêtabloquants. De fait, les
bêtabloquants peuvent générer, exceptionnellement, une élévation
brutale de la pression artérielle, liée à la sécrétion de
catécholamines non contrôlée par le blocage des récepteurs
bêta-adrénergiques et la stimulation excessive de récepteurs
alpha-adrénergiques [55]. Surtout, des équipes ont souligné que cet
effet indésirable serait plus fréquent à l'occasion d'interactions
entre les bêtabloquants et les vasoconstricteurs périphériques et
des anesthésiques locaux [5, 7].
Hypertension artérielle induite
par la carbamazépine
Des cas d'hypertension artérielle ont été décrits chez les patients
hypertendus traités, pour lesquels un traitement par carbamazépine
avait été récemment introduit [4, 5]. Chez ces patients,
l'interruption de la carbamazépine a toujours permis une réduction
significative des valeurs de la pression artérielle [4, 5].
Des hypothèses ont été émises pour justifier l'aggravation de
l'hypertension artérielle chez ces sujets hypertendus traités.
De fait, la majorité des investigateurs incriminent le rôle
inducteur de la carbamazépine sur différentes isoformes du
cytochrome P450 : 3A4, 2C9 et 1A2 [4, 5] ; ainsi, de nombreux
traitements antihypertenseurs qui sont métabolisés par le
cytochrome P450 (e.g. inhibiteurs calciques, diurétiques de l'anse,
certains alphabêtabloquants ou encore les antagonistes des
récepteurs de l'angiotensine II) auraient une demi-vie réduite,
aboutissant, par conséquent, à une diminution de l'effet de ces
traitements [4, 5].
Par ailleurs, des observations anecdotiques d'hypertension
artérielle, apparue de novo, à l'occasion de l'introduction de
carbamazépine ont été notées [56, 57]. Ces données suggèrent
ainsi que l'induction du cytochrome P450 n'est pas le seul
mécanisme physiopathologique en jeu.
Hypertension artérielle induite
par les sympathomimétiques
De nombreux agents sympathomimétiques, utilisés sous des formes
diverses, peuvent induire la survenue d'hypertension artérielle,
tels que :
- – les décongestionnants nasaux (phénylpropanolamine,
éphédrine, pseudoéphédrine, phényléphrine, oxymétazoline).
Concernant la phénylpropanolamine, le risque d'hypertension
artérielle est accru lorsque cette molécule est associée à la prise
d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et à la consommation
d'aliments riches en tyramine (e.g. : fromages fermentés, caviar)
[5, 9, 58] ;
- – les collyres contenant de l'adrénaline
(Visine®) [5, 9, 58] ;
- – la lévodopa (Modopar®, Sinemet®)
[5, 9, 58] ;
- – les anorexigènes contenant des amphétamines
(Dexamine®).
Ces molécules sympathomimétiques possèdent une activité
alpha-agoniste, qui serait à l'origine de l'augmentation des
valeurs de la pression artérielle [59, 60].
Hypertension artérielle induite par d'autres
molécules
D'autres molécules peuvent provoquer une hypertension artérielle.
Il s'agit :
- – du sumatriptan. L'avantage théorique de cette molécule
serait d'avoir un effet vasoconstricteur sélectif au niveau des
récepteurs sérotoninergiques des vaisseaux méningés. Cependant, des
études sur des modèles animaux et chez l'homme ont montré que
l'action vasoconstrictrice du sumatriptan s'exerce également au
niveau des autres artères périphériques. De fait, une
injection de 6 mg de sumatriptan génère une augmentation de la
pression artérielle de 20 % [61] ; les autres complications
cardiovasculaires du sumatriptan injectable sont représentées par
des infarctus du myocarde, des troubles du rythme cardiaque
(fibrillation auriculaire, arythmie ventriculaire) ;
- – des dérivés de l'ergot de seigle [5, 9].
Conclusion
À l'image de Janus Bifrons, médicaments et environnement ont une
face cachée. L'éclairer permet au clinicien, dans le domaine de
l'hypertension artérielle, de voir se dessiner l'ombre d'un agent
responsable. Dans tous les cas, une enquête minutieuse et
exhaustive à la recherche des facteurs médicamenteux et/ou toxiques
doit être réalisée chez les patients consultant pour une
hypertension artérielle de survenue récente ou s'aggravant
rapidement. En effet, l'identification de l'agent responsable
médicamenteux et/ou toxique permettra son interruption, qui pourra
entraîner une régression totale et rapide de l'ensemble des
manifestations cliniques chez les patients [96].
Remerciements et autres mentions.
Financement : aucun ; conflit d’intérêts : aucun.
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