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Hypertension artérielle d'origine médicamenteuse


Médecine thérapeutique. Volume 16, Numéro 2, 115-22, avril-mai-juin 2010, Mise au point

DOI : 10.1684/met.2010.0256

Résumé  

Auteur(s) : Isabelle Marie , Département de médecine interne, CHU de Rouen, 76031 Rouen cedex, France.

Résumé : Cette mise au point est consacrée à l'hypertension artérielle susceptible d'être provoquée par les médicaments. Pour le clinicien, il convient d'évoquer systématiquement cette origine chez les patients consultant pour des manifestations cliniques en rapport avec des accès hypertensifs, car l'identification de l'agent responsable permet son interruption, celle-ci étant la seule thérapeutique pouvant entraîner une régression totale ou partielle des manifestations d'hypertension artérielle parfois sévères.

Mots-clés : hypertension artérielle, iatrogénie

ARTICLE

Auteur(s) : Isabelle Marie

Département de médecine interne, CHU de Rouen, 76031 Rouen cedex, France

Différentes manifestations cliniques et biologiques peuvent être induites dans l'organisme par des agents médicamenteux. Cette pathologie iatrogène ne doit pas être méconnue par les cliniciens. De fait, la iatrogénie médicamenteuse est fréquente, et elle constitue la complication nosocomiale la plus souvent rencontrée chez les patients hospitalisés, représentant 19 % de l'ensemble des incidents nosocomiaux [1]. Parmi les effets indésirables des médicaments, des anomalies cardiovasculaires ont pu être recensées [2]. Une étude a ainsi colligé, à partir de la base de données des centres de pharmacovigilance français (1986-2001), 19 780 observations déclarées d'effets indésirables liés aux médicaments ; des manifestations vasculaires ont été relevées dans 12 % des cas [2]. De plus, dans une série suédoise, regroupant 1 574 sujets décédés d'effets indésirables iatrogènes, les manifestations cardiovasculaires (incluant des hypertensions artérielles sévères) étaient directement responsables du décès des patients dans 10 % des cas [3].

En définitive, il nous a paru intéressant de consacrer cette mise au point à l'hypertension artérielle susceptible d'être provoquée par les médicaments. Pour le clinicien, il convient d'évoquer systématiquement cette origine chez les patients consultant pour des manifestations cliniques en rapport avec des accès hypertensifs, car l'identification de l'agent responsable permet son interruption, celle-ci étant la seule thérapeutique pouvant entraîner une régression totale ou partielle des manifestations d'hypertension artérielle parfois sévères.

Les observations d'hypertension artérielle iatrogènes ont ainsi vu leur fréquence s'accroître avec l'avènement de nouveaux médicaments au fil des années ; de fait, certains médicaments peuvent directement provoquer une hypertension artérielle. De plus, la pratique quotidienne est confrontée à une population de plus en plus âgée, porteuse de nombreuses comorbidités qui engendrent, en règle générale, le recours à une polymédication [4] ; ainsi, le risque d'interactions médicamenteuses s'accroît en proportion, avec comme conséquence possible une induction d'effets indésirables, incluant l'apparition d'une hypertension artérielle liée à la réduction d'efficacité des molécules hypertensives [4].

Dans ce paragraphe, les hypertensions artérielles induites par les médicaments seront abordées. La liste de ces médicaments associés à l'hypertension artérielle est illustrée dans le tableau 1.

Hypertension artérielle induite par les anti-inflammatoires non stéroïdiens

Un nombre constamment croissant de publications a fait état d'hypertension artérielle liée à la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ainsi, différents anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent causer une hypertension artérielle, tels que : l'aspirine, le diclofénac, le flurbiprofène, l'ibuprofène, l'indométacine et le naproxène [5-7] (tableau 1).

Des modèles expérimentaux ont été développés pour ces médicaments et leurs métabolites actifs dans le déclenchement de l'hypertension artérielle. En effet, des hypothèses physiopathogéniques faisant intervenir différents mécanismes de survenue de l'hypertension artérielle ont été émises chez les patients recevant des anti-inflammatoires non stéroïdiens. De fait, les anti-inflammatoires non stéroïdiens engendreraient une inhibition de la cyclo-oxygénase, qui entraînerait une réduction de la synthèse des prostaglandines endogènes, aboutissant, d'une part, à une réduction des effets vasodilatateurs des prostaglandines ainsi que, d'autre part, à une rétention hydrosodée associée à une majoration du volume plasmatique [5-7]. Ensuite, des auteurs ont observé que l'importance de l'élévation tensionnelle chez les patients dépendrait du degré d'inhibition de la synthèse des prostaglandines in vitro, qui est lui-même fonction de la nature des agents anti-inflammatoires non stéroïdiens. De surcroît, un travail effectué dans un modèle animal a révélé une élévation de l'angiotensine II associée à une réduction des prostaglandines lors des traitements par anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui pourrait également être responsable d'hypertension artérielle [5, 8]. Par ailleurs, une affection rénale peut provoquer une hypertension artérielle en raison du potentiel néphrotoxique des anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Enfin, les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent interférer avec l'action antihypertensive de certains médicaments ; ils peuvent, par conséquent, déséquilibrer la pression artérielle qui était normalisée, jusqu'alors, chez les patients ; dans cette optique, il est établi que [5, 9] :

  • l'aspirine diminue l'efficacité des bêtabloquants et de la spironolactone ;
  • le diclofénac réduit l'action de l'hydralazine ;
  • le flurbiprofène réduit l'effet des bêtabloquants, du piroxicam, des thiazidiques et du furosémide ;
  • l'ibuprofène diminue le pouvoir des thiazidiques et des bêtabloquants ;
  • l'indométacine constitue l'inhibiteur le plus puissant de la production de prostaglandines au niveau systémique. Elle diminue l'efficacité des thiazidiques, du furosémide, des alphabêtabloquants, des inhibiteurs de l'enzyme de conversion ;
  • le sulindac inhiberait, de manière prédominante, la synthèse de prostaglandines extrarénales. Il réduit également l'action des thiazidiques, des diurétiques de l'anse et de la spironolactone ;
  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent provoquer un effet prohypertenseur du tramadol chez les patients recevant cette association [10].

Par contraste, les anti-inflammatoires non stéroïdiens n'interagissent pas avec l'effet des antihypertenseurs centraux, dont le mode d'action est indépendant de la synthèse des prostaglandines [11].

Tableau 1 Médicaments inducteurs d'hypertension artérielle [13]

Antidépresseurs : inhibiteurs de la monoamine-oxydase, tricycliques

Antihistaminiques

Anti-inflammatoires non stéroïdiens

Bêtabloquants

Bromocriptine

Carbamazépine et autres traitements inducteurs du cytochrome P450 (rifampicine, phénytoïne, phénobarbital, millepertuis)

Ciclosporine

Contraceptifs oraux

Corticothérapie

Disulfirame (Antabus®)

Ergotamine

Érythropoïétine

Produits anesthésiants : kétamine, desflurane

Stéroïdes anabolisants

Sumatriptan

Sympathomimétiques : lévodopa, décongestionnants nasaux (phénylpropanolamine, éphédrine, phényléphrine), anorexigènes (Dexamin®), collyres (Visine®)

Tramadol

Vasopressine

Hypertension artérielle induite par les corticoïdes

L'hypertension artérielle induite par les corticoïdes regroupe des situations variées.

Tout d'abord, l'hypertension artérielle peut être provoquée par les minéralocorticoïdes. Ainsi, les minéralocorticoïdes ont une action sur la rétention hydrosodée [6, 7, 12]. Des études complémentaires ont montré que l'activité minéralocorticoïde observée au cours des traitements topiques ou nasaux, contenant de la 9α-fluoroprednisolone, entraînait la survenue d'une hypertension artérielle [6, 7, 12]. De manière intéressante, certains auteurs ont précisé que d'autres traitements pourraient potentialiser l'activité minéralocorticoïde, aboutissant à une hypertension artérielle. Il s'agit des traitements prolongés par kétoconazole qui peuvent générer une élévation des taux sériques de la désoxycorticostérone, celle-ci ayant un effet minéralocorticoïde [13]. Le danazol est un stéroïde qui possède un effet androgénique et anabolisant modéré ; il est aussi susceptible d'induire une hypertension artérielle, car il possède une activité minéralocorticoïde, même si celle-ci est faible [14].

Ensuite, les substances contenant de l'acide glycérrhizique (e.g. : réglisse, pastis sans alcool, tabacs à chiquer, certains antiacides [polysilane réglisse Midy®], sirops antitussifs [Bonprax sirop®], tisanes diététiques) peuvent être responsables d'un syndrome associant une hypertension artérielle, une hypokaliémie. Elles réalisent un tableau clinique et biologique de pseudohyperaldostéronisme secondaire à une inhibition de la 11β-OH-déshydrogénase [15].

Enfin, l'association hypertension artérielle et glucocorticoïdes est clairement établie. En effet, les glucocorticoïdes augmentent les résistances vasculaires périphériques associées à l'apparition d'une hypertension artérielle [16]. De fait, une étude réalisée chez des sujets témoins traités par cortisol (à raison de 200 mg/j durant cinq à sept jours) a permis d'objectiver une élévation de : la pression artérielle systolique de 119 à 135 mmHg, la rétention hydrosodée (prise de poids estimée à 1,1 kg) et du débit cardiaque évalué, en moyenne, à 1,9 L/min [17]. En outre, un autre travail, regroupant des patients bénéficiant d'une corticothérapie (prednisone, prednisolone, méthylprednisolone), a aussi mentionné l'apparition d'une hypertension artérielle chez un quart des patients [18]. Les mécanismes qui concourent à la survenue de l'hypertension artérielle sous glucocorticoïdes sont plurifactoriels, faisant intervenir une induction de certains cytochromes P450 impliqués dans le métabolisme de certains antihypertenseurs (réduisant ainsi leur efficacité), une diminution de la synthèse d'agents vasodilatateurs (e.g. : oxyde nitrique, prostaglandines, kinine-kallicréine) ou encore une exacerbation de la réponse aux catécholamines endogènes [5, 19, 20].

Hypertension artérielle induite par l'érythropoïétine

L'érythropoïétine humaine recombinante est largement utilisée pour corriger l'anémie chez les patients souffrant d'insuffisance rénale chronique soit en prédialyse et/ou au stade de dialyse [9]. Des observations ponctuelles d'hypertension artérielle sous érythropoïétine ont été initialement décrites. Depuis, d'autres études ont relevé la survenue d'une hypertension artérielle ou l'aggravation d'une hypertension artérielle préexistante sous érythropoïétine chez environ un tiers des patients en hémodialyse [21-27]. Ainsi, dans un travail englobant 150 patients hémodialysés, le traitement par érythropoïétine a provoqué une hypertension artérielle chez 48 patients (32 %) ; de manière intéressante, les investigateurs ont souligné que 25 % de ces 48 patients n'étaient pas hypertendus avant l'initiation du traitement par érythropoïétine [27]. Dans tous les cas, l'évolution de l'hypertension artérielle a pu être contrôlée après instauration d'un antihypertenseur en monothérapie chez 43 % des patients [5].

L'hypertension artérielle induite par l'érythropoïétine est d'intensité variable, mais elle peut entraîner une symptomatologie sévère à type d'encéphalopathie hépatique, voire de crises comitiales [5, 9, 27].

Des facteurs favorisant la survenue de l'hypertension artérielle associée à l'érythropoïétine ont été identifiés, comme :

  • l'existence d'une hypertension artérielle associée à une insuffisance rénale et préalable à l'institution du traitement par érythropoïétine [27] ;
  • les doses plus élevées d'érythropoïétine [5] ;
  • la voie d'administration intraveineuse, qui utilise des doses plus élevées comparées aux formes sous-cutanées [26, 28] ;
  • la sévérité de l'anémie avant la mise en route du traitement par érythropoïétine [9] ;
  • l'augmentation rapide de l'hématocrite sous érythropoïétine [26].

La physiopathologie de l'hypertension artérielle sous érythropoïétine demeure mal connue. Néanmoins, plusieurs équipes ont évoqué le rôle prépondérant sous érythropoïétine :

  • d'une élévation de la résistance vasculaire systémique [29] ;
  • d'un dysfonctionnement du système nerveux autonome [30] ;
  • d'un effet vasoconstricteur de l'érythropoïétine, associé à une prolifération des cellules musculaires lisses de la paroi vasculaire et au remodelage des parois artérielles [31-33] ;
  • d'une augmentation de la viscosité sanguine [34] ;
  • et d'une stimulation du système de l'endothéline. De fait, des séries ont décelé une augmentation des taux plasmatiques d'endothéline chez les patients recevant de l'érythropoïétine par voie intraveineuse [35]. De plus, dans des modèles murins, les taux plasmatiques élevés d'endothéline-1 ont été détectés au sein de l'aorte thoracique chez des animaux traités par érythropoïétine (100 U/kg par voie sous-cutanée, trois fois par semaine) [36].

Hypertension artérielle induite par la ciclosporine

Isolée en 1969 à partir d'un champignon (Tolypoladium inflatum), la ciclosporine est un polypeptide cyclique constitué de 11 acides aminés lipophiles [37]. Grâce à ses propriétés immunosuppressives, la ciclosporine a un rôle majeur dans le succès des transplantations d'organes et la prise en charge thérapeutique d'un nombre croissant d'affections dysimmunitaires. Les effets secondaires de la ciclosporine sont nombreux et bien connus [5, 37], à l'instar des manifestations cutanéomuqueuses, digestives, neurologiques, métaboliques qui sont fréquentes et ne nécessitent que rarement l'interruption du traitement [5, 37].

En revanche, la néphrotoxicité et l'hypertension artérielle représentent les principaux paramètres limitants du traitement par ciclosporine pouvant justifier son arrêt [37].

L'incidence de l'hypertension artérielle induite par la ciclosporine paraît être plus élevée chez les patients jeunes et chez les transplantés cardiaques et rénaux. En effet, elle est estimée à 90 % chez les transplantés cardiaques (contre 20 % d'entre eux avant l'introduction du traitement) [5]. De même, chez les patients transplantés rénaux, la prévalence de l'hypertension artérielle est mesurée à 71 % chez les patients sous ciclosporine et à 49 % chez ceux traités par azathioprine [38]. De surcroît, chez les sujets ayant bénéficié d'une greffe de moelle osseuse, la prévalence de l'hypertension artérielle est de 57 % chez les malades sous ciclosporine, comparés à 4 % seulement chez les patients recevant du méthotrexate [38].

Il a été établi que le risque de survenue d'une hypertension artérielle sous ciclosporine était signalé plus particulièrement pour les doses élevées (> 6 mg/kg par jour) et sous traitement prolongé [39, 40]. De fait, la réduction des doses de ciclosporine permet habituellement de diminuer efficacement l'hypertension artérielle chez plus de la moitié des patients [37]. Ainsi, dans une étude incluant 122 patients porteurs de psoriasis traités par ciclosporine, le traitement par ciclosporine a dû être interrompu en raison de l'apparition d'une hypertension artérielle sévère dans 19 % des cas [37]. Au vu de la sévérité de l'hypertension artérielle aux traitements antihypertenseurs, il est, en règle générale, nécessaire d'associer plusieurs molécules pour obtenir un meilleur contrôle tensionnel ; surtout, des travaux ont souligné que les inhibiteurs calciques pourraient être les molécules les plus efficaces dans cette indication [5].

L'hypertension artérielle peut, en partie, être expliquée par l'effet néphrotoxique potentiel de la ciclosporine même si elle peut apparaître sans changement détectable de la fonction rénale. Par ailleurs, d'autres mécanismes sembleraient impliqués dans l'apparition de l'hypertension artérielle sous ciclosporine, e.g. :

  • l'activation du système sympathique [5] ;
  • les propriétés vasoconstrictrices intrinsèques de la ciclosporine, en particulier au niveau de l'artériole glomérulaire afférente, entraînant une diminution du flux sanguin et du débit de la filtration glomérulaire.

En définitive, afin d’obtenir une meilleure tolérance de la ciclosporine, la majorité des équipes préconisent de surveiller la pression artérielle de ces malades de façon régulière : toutes les deux semaines après le début du traitement durant les deux premiers mois, puis tous les mois. Si la pression artérielle diastolique est supérieure à 95 mmHg à deux reprises à 15 jours d'intervalle, la dose de ciclosporine doit être diminuée ou un traitement antihypertenseur doit être ajouté (inhibiteurs calciques +++). Si après deux semaines, l'hypertension artérielle persiste, la ciclosporine doit être interrompue [7, 37].

Hypertension artérielle induite par les contraceptifs oraux

Les contraceptifs oraux augmentent de manière modérée les valeurs moyennes des pressions artérielles diastolique et systolique [9]. De fait, dans un travail italien comportant 94 femmes porteuses d'hypertension artérielle suivies durant trois ans, les investigateurs ont constaté que les valeurs de la pression artérielle systolique étaient plus élevées le jour (plus de 8,7 mmHg) et la nuit (plus de 6,3 mmHg) dans le groupe recevant une contraception estroprogestative par rapport à celui n'en ayant pas [6, 41]. Surtout, le risque de développer une hypertension artérielle est principalement lié au traitement par éthinylestradiol à posologies élevées (> 50 microgrammes) [42]. En définitive, l'incidence de l'hypertension artérielle liée aux contraceptifs oraux est évaluée à 5 % chez les femmes utilisant une contraception estroprogestative contenant au moins 50 microgrammes d'estrogènes [5].

Ensuite, l'analyse de la littérature Medline permet de trouver 30 articles environ concernant l'imputabilité de la contraception estroprogestative dans l'apparition d'une hypertension artérielle chez les patients sous contraceptifs oraux. Chez 68 297 femmes (âgées de 25 à 42 ans), une équipe a mentionné que le risque de développer une hypertension artérielle était supérieur dans le groupe des femmes sous contraception estroprogestative (OR : 1,8 ; IC 95 % : [1,5-2,3]), comparé aux femmes anciennes utilisatrices de contraception estroprogestative (OR : 1,5 ; IC 95 % : [1,2-1,8]) ou n'ayant jamais reçu de contraception estroprogestative (OR : 1,1 ; IC 95 % : [0,9-1,2]) [41]. Une autre étude (n = 171) a individualisé trois groupes de patientes : le premier sous contraception estroprogestative, le deuxième bénéficiant d'autres méthodes contraceptives et le troisième n'utilisant aucune méthode contraceptive. De manière pertinente, les auteurs ont constaté chez les femmes sous contraception estroprogestative, comparées aux deux autres groupes, une augmentation significative : des valeurs de la pression diastolique moyenne (100,3 vs 93 vs 93,5 mmHg, respectivement), de la fréquence de l'hypertension artérielle sévère supérieure à 160 mmHg (21,2 vs 19,2 vs 12,7 %, respectivement). Des facteurs favorisant la survenue de l'hypertension artérielle ont été mentionnés tels que la présence de facteurs de risque cardiovasculaire, des antécédents personnels d'hypertension artérielle et un âge supérieur à 35 ans [5].

Par ailleurs, chez la femme ménopausée, la thérapie estrogénique substitutive élèverait moins fréquemment la pression artérielle [5, 43]. De fait, les auteurs ont évalué l'action de l'hormonothérapie transdermique sur la pression artérielle chez 24 femmes hypertendues ménopausées ; lors des suivis systématiques à trois et à six mois, ils n'ont pas noté de variation significative de la pression artérielle entre les patientes recevant l'association estradiol (25 μg)-noresthirone (125 μg) et les patientes ne bénéficiant pas de l'hormonothérapie transdermique [43].

Le mécanisme d'action des estrogènes sur le développement de l'hypertension artérielle porte principalement sur l'activation du système rénine-angiotensine-aldostérone, avec production accrue d'angiotensinogène, et à un moindre degré sur une rétention hydrosodée (par l'interaction avec les récepteurs minéralocorticoïdes) [44]. Plus récemment, une équipe a invoqué le rôle de la contraception estroprogestative sur la diminution de la vasodilatation endothélium-dépendante médiée par l'oxyde nitrique [45].

Hypertension artérielle induite par les antidépresseurs

Il s'agit principalement des inhibiteurs de la monoamine-oxydase ; l'un des mécanismes incriminés dans la genèse de cette hypertension artérielle est lié au retard du métabolisme des amines sympathomimétiques qu'ils induisent [46]. Dans deux études, une hypertension artérielle a été observée chez 1 % des patients traités par les inhibiteurs de la monoamine-oxydase [46]. Chez ces patients, les accès hypertensifs seraient favorisés par l'ingestion d'aliments riches en tyramine ; en effet, le catabolisme de la tyramine est diminué par les inhibiteurs de la monoamine-oxydase, provoquant une libération importante de noradrénaline au niveau des terminaisons nerveuses [47].

En outre, des tableaux de pseudophéochromocytomes (associant une hypertension artérielle paroxystique, une tachycardie, des palpitations, des flushs et une hypersudation) peuvent être provoqués à l'occasion d'interactions entre les inhibiteurs de la monoamine-oxydase et des agents sympathomimétiques, la lévodopa, mais aussi la prise d'aminotryptiline, le métoclopramide, l'ergotamine, le glucagon [48-53]. Ils se distinguent des phéochromocytomes par l'élévation isolée ou prépondérante de la noradrénaline et de ses métabolites (avec un ratio adrénaline/noradrénaline inférieur à 0,25), témoignant d'un relargage d'origine présynaptique.

Par ailleurs, l'hypertension artérielle a été très rarement décrite chez les patients traités par tricycliques. Dans un travail comportant 114 patients sous tricycliques, la prévalence de l'hypertension artérielle a été appréciée à 5,2 % chez les patients traités par tricycliques [54]. Les tricycliques favorisent l'action de la noradrénaline en inhibant sa recapture au niveau des terminaisons nerveuses [9].

Hypertension artérielle induite par les bêtabloquants

Des observations ponctuelles d'hypertension artérielle ont été rapportées sous traitement par bêtabloquants. De fait, les bêtabloquants peuvent générer, exceptionnellement, une élévation brutale de la pression artérielle, liée à la sécrétion de catécholamines non contrôlée par le blocage des récepteurs bêta-adrénergiques et la stimulation excessive de récepteurs alpha-adrénergiques [55]. Surtout, des équipes ont souligné que cet effet indésirable serait plus fréquent à l'occasion d'interactions entre les bêtabloquants et les vasoconstricteurs périphériques et des anesthésiques locaux [5, 7].

Hypertension artérielle induite par la carbamazépine

Des cas d'hypertension artérielle ont été décrits chez les patients hypertendus traités, pour lesquels un traitement par carbamazépine avait été récemment introduit [4, 5]. Chez ces patients, l'interruption de la carbamazépine a toujours permis une réduction significative des valeurs de la pression artérielle [4, 5]. Des hypothèses ont été émises pour justifier l'aggravation de l'hypertension artérielle chez ces sujets hypertendus traités. De fait, la majorité des investigateurs incriminent le rôle inducteur de la carbamazépine sur différentes isoformes du cytochrome P450 : 3A4, 2C9 et 1A2 [4, 5] ; ainsi, de nombreux traitements antihypertenseurs qui sont métabolisés par le cytochrome P450 (e.g. inhibiteurs calciques, diurétiques de l'anse, certains alphabêtabloquants ou encore les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II) auraient une demi-vie réduite, aboutissant, par conséquent, à une diminution de l'effet de ces traitements [4, 5].

Par ailleurs, des observations anecdotiques d'hypertension artérielle, apparue de novo, à l'occasion de l'introduction de carbamazépine ont été notées [56, 57]. Ces données suggèrent ainsi que l'induction du cytochrome P450 n'est pas le seul mécanisme physiopathologique en jeu.

Hypertension artérielle induite par les sympathomimétiques

De nombreux agents sympathomimétiques, utilisés sous des formes diverses, peuvent induire la survenue d'hypertension artérielle, tels que :
  • les décongestionnants nasaux (phénylpropanolamine, éphédrine, pseudoéphédrine, phényléphrine, oxymétazoline). Concernant la phénylpropanolamine, le risque d'hypertension artérielle est accru lorsque cette molécule est associée à la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et à la consommation d'aliments riches en tyramine (e.g. : fromages fermentés, caviar) [5, 9, 58] ;
  • les collyres contenant de l'adrénaline (Visine®) [5, 9, 58] ;
  • la lévodopa (Modopar®, Sinemet®) [5, 9, 58] ;
  • les anorexigènes contenant des amphétamines (Dexamine®).

Ces molécules sympathomimétiques possèdent une activité alpha-agoniste, qui serait à l'origine de l'augmentation des valeurs de la pression artérielle [59, 60].

Hypertension artérielle induite par d'autres molécules

D'autres molécules peuvent provoquer une hypertension artérielle. Il s'agit :
  • du sumatriptan. L'avantage théorique de cette molécule serait d'avoir un effet vasoconstricteur sélectif au niveau des récepteurs sérotoninergiques des vaisseaux méningés. Cependant, des études sur des modèles animaux et chez l'homme ont montré que l'action vasoconstrictrice du sumatriptan s'exerce également au niveau des autres artères périphériques. De fait, une injection de 6 mg de sumatriptan génère une augmentation de la pression artérielle de 20 % [61] ; les autres complications cardiovasculaires du sumatriptan injectable sont représentées par des infarctus du myocarde, des troubles du rythme cardiaque (fibrillation auriculaire, arythmie ventriculaire) ;
  • des dérivés de l'ergot de seigle [5, 9].

Conclusion

À l'image de Janus Bifrons, médicaments et environnement ont une face cachée. L'éclairer permet au clinicien, dans le domaine de l'hypertension artérielle, de voir se dessiner l'ombre d'un agent responsable. Dans tous les cas, une enquête minutieuse et exhaustive à la recherche des facteurs médicamenteux et/ou toxiques doit être réalisée chez les patients consultant pour une hypertension artérielle de survenue récente ou s'aggravant rapidement. En effet, l'identification de l'agent responsable médicamenteux et/ou toxique permettra son interruption, qui pourra entraîner une régression totale et rapide de l'ensemble des manifestations cliniques chez les patients [96].

Remerciements et autres mentions.

Financement : aucun ; conflit d’intérêts : aucun.

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