ARTICLE
Auteur(s) : EJ Rakotonirina1, P
Andrianjaka1, RA Rakotoarivelo2, RM
Ramanampamonjy2, MJD Randria2, JDM
Rakotomanga1
1Institut national de santé publique
et communautaire Befelatanana BP 176 Antananarivo 101
Madagascar juliorakotonirina@yahoo.fr anjakapatricia@yahoo.fr
2Centre hospitalier universitaire Joseph-Raseta
Befelatanana Antananarivo Madagascar rakotoarivelo.rivo@yahoo.fr
rado.ramana@moov.mg rmamyjeandedieu@yahoo.fr rktjdm@yahoo.fr
Actuellement, les schistosomiases, toutes formes confondues,
représentent la deuxième endémie parasitaire après le paludisme.
Dans le monde, la population exposée est estimée à
650 millions d'individus à travers 74 pays dont
20 millions doivent faire face à des conséquences graves [1].
Malgré ces chiffres alarmants, la bilharziose fait encore partie
des maladies transmissibles négligées affectant des sujets vivant
dans les pays pauvres [2].
À Madagascar, la bilharziose est une maladie endémique. Elle y
existe sous deux formes cliniques :
- – la bilharziose urinaire à Schistosoma haematobium :
1,5 million de personnes sont concernées et près de 500 000
sont cliniquement atteintes, en particulier dans la région ouest et
le nord du pays ;
- – la bilharziose intestinale à Schistosoma mansoni,
menaçant 2,5 millions de personnes dont deux millions sont
infectés. Elle sévit à l'est, au sud et dans les hautes terres de
l'Île [3].
Cliniquement, la symptomatologie de la schistosomiase
intestinale peut passer inaperçue ou ignorée par la population.
La gravité de la bilharziose intestinale réside principalement
sur les complications hépatospléniques évoluant dans le cadre d'une
hypertension portale (HTP) ou d'une défaillance hépatique. Cette
atteinte hépatosplénique constitue une entité pathologique
particulière et originale, avec un pronostic redoutable [4].
La présente étude a été menée pour :
- – estimer la fraction étiologique du S. mansoni sur
l'hépatomégalie (HM), la splénomégalie (SM) et
l'hépatosplénomégalie (HSM) avec ou sans signe de HTP ;
- – déterminer le profil des sujets à risque de développer
ces complications parmi ceux atteints par la schistosomiase
intestinale.
Méthodologie
L'étude a été réalisée au centre hospitalier universitaire
Joseph-Raseta-Befelatanana d'Antananarivo (CHU-JRB). Il est le
principal hôpital de référence et offre le maximum de services pour
les examens cliniques et paracliniques. L'enquête a été menée dans
les services de maladies infectieuses et de gastroentérologie.
Il s'agit d'une étude analytique comportant trois approches :
une approche transversale, une approche longitudinale de type
cohorte rétrospective et une approche « cas-témoins ».
Les dossiers des malades admis dans les deux services, du
1er janvier 2005 au 31 juillet 2008, ont été exploités.
La conception du protocole, la collecte des données et la
rédaction des résultats ont été effectuées entre mars et septembre
2008.
Ont été inclus les dossiers des malades présentant une HM, une
SM, une HSM ou un syndrome d'HTP. Les dossiers incomplets au
plan clinique ou biologique ont été exclus. Tous les dossiers
répondant aux critères d'inclusion ont été exploités d'une manière
exhaustive. Une fiche standardisée a été utilisée pour collecter
les données.
L'étiologie bilharzienne a été retenue sur la positivité de la
sérologie pour la bilharziose par la technique Elisa [5].
Les cas non-bilharzioses ont été définis par la négativation
ou la non-réalisation de la sérologie bilharzienne mais associée à
la découverte d'une autre étiologie.
Analyse statistique
L'analyse statistique a été effectuée à plusieurs niveaux : une
description, une analyse longitudinale et une analyse « cas-témoins
». Pour cette dernière forme d'analyse, un cas est défini comme
étant un sujet ayant une sérologie positive, et un témoin
correspond à un sujet non bilharzien apparié au cas selon la forme
clinique et l'âge ± 2 ans.
Les analyses ont été effectuées avec les logiciels Épi-Info™ et
SPSS. Le test du Chi2 de Pearson a été utilisé pour
comparer les proportions, et le test t de Student pour comparer
deux moyennes. Le risque relatif (RR) et le rapport des côtes
ou « odds ratio (OR) » ont été calculés pour mesurer l'association
entre un facteur et la bilharziose compliquée. Le seuil de
signification choisi a été fixé à 0,05.
Résultats
Description
Parmi les 7 308 dossiers des patients hospitalisés pendant
cette période dans les deux services, 269 (4 %) ont été inclus.
L'âge moyen (± écart-type) a été de 47,8 ans
(± 16,4), et l'âge médian a été de 47 ans avec comme âges
extrêmes : 17 et 84 ans. Le sex-ratio a été de 1,3.
La différence d'âge entre les femmes et les hommes n'a pas été
significative (47,2 vs 48,5 ans ; p > 0,05).
De 2005 à 2008, la prévalence hospitalière de l'ensemble de ces
cas semble diminuer en dent de scie, car la visualisation
longitudinale a montré qu'il y a eu davantage de malades admis en
2005 (figure
1).
L'HM a représenté 55,4 % des cas, la SM 18,9 %, l'HTP 18,6 % et
l'HSM 18,6 %. La proportion des hommes est élevée chez les cas de
SM (68,6 %), d'HSM (68,4 %) et d'HTP (60 %), mais elle est de 49,0
% chez les cas d'HM.
Parmi les 269 dossiers enrôlés, 75 (27,9 %) ont bénéficié d'une
sérologie de la bilharziose et elle est positive chez 58 patients.
Pour l'ensemble de l'échantillon, la sérologie de la bilharziose a
été positive dans 21,6 % des cas. Pour ces bilharziens
sérologiques, le sex-ratio est de 1,9, et 67,3 % avaient
30 ans ou plus.
Les principales complications de la bilharziose rencontrées ont
été la SM (n = 22), l'HTP (n = 22).
Les tranches les plus touchées l'ont été en fonction des
complications :
- – pour l'HM, une prévalence de 28,6 % entre 40 et
49 ans ;
- – pour l'HSM, 57,1 % entre 30 et 40 ans ;
- – la prévalence de la SM est plus basse chez les sujets
âgés de 50 à 59 ans (4,5 %), par rapport à celle des autres
complications.
Les sujets dont la sérologie a été positive sont
significativement plus jeunes que ceux négatifs (37,8 vs
50,5 ans, p < 0,001).
Fraction étiologique de la bilharziose
selon les signes cliniques
L'étude par stratification selon les signes a montré que la
fraction étiologique de la bilharziose a été respectivement de 76,
79, 58 et 4,9 % chez les sujets présentant de la SM, de l'HTP, de
l'HSM et de l'HM. La bilharziose paraît moins en cause dans le
cadre des HM isolées (figure 2).
Analyse
L'analyse longitudinale de type cohorte rétrospective a permis
d'identifier que les proportions des sujets ayant une sérologie
positive ont été significativement plus élevées chez les sujets
ayant un antécédent de dysenterie (RR : 2,9 [1,5-4,4]) et chez les
sujets dont la profession les met en contact fréquent avec l'eau
(RR : 2,6 [1,7-4,1]).
L'analyse de type cas-témoin a montré que la proportion des cas
travaillant fréquemment en contact avec l'eau a été
significativement plus élevée (OR : 5,9 [2,3-15,2]). Bien qu'elle
ne soit pas significative, l'antécédent de dysenterie a constitué
aussi un facteur déterminant de la bilharziose compliquée (OR : 1,5
[0,7-3,1]) (tableau 1). Il importe
de signaler que, quelle que soit la résidence, les sujets inclus
dans cette étude ont le même risque de développer une bilharziose
compliquée (OR : 0,9 [0,4-1,9]) (tableau
2).
Tableau 1 Facteurs associés à une bilharziose en
analyse longitudinale.Table 1. Factors associated with
schistosomiasis according to a longitudinal analysis.
|
Bilharziose
|
RR [IC 95 %]
|
|
Oui (n = 58)
|
Non (n = 211)
|
|
Antécédent de dysenterie
|
|
|
|
|
Oui
|
24
|
29
|
2,9 [1,5-4,4]
|
|
Non
|
34
|
182
|
|
|
Contact fréquent avec l'eau
|
|
|
|
|
Oui
|
24
|
33
|
2,6 [1,7-4,1]
|
|
Non
|
34
|
178
|
|
Tableau 2 Facteurs associés au développement de la
bilharziose compliquée par une analyse type « cas-témoins ».Table
2. [[Titre anglais à venir]].
|
Cas (n = 58)
|
Témoins (n = 58)
|
OR [IC 95 %]
|
|
Genre
|
|
|
0,6 [0,3-1,4]
|
|
Masculin
|
38
|
44
|
|
|
Féminin
|
20
|
14
|
|
|
Résidence
|
|
|
0,9 [0,4-1,9]
|
|
Antananarivo ville
|
22
|
23
|
|
|
Autres
|
36
|
35
|
|
|
Contact avec l'eau
|
|
|
5,9 [2,3-15,2]
|
|
Oui
|
26
|
7
|
|
|
Non
|
32
|
51
|
|
|
Antécédent dysenterie
|
|
|
1,5 [0,7-3,1]
|
|
Oui
|
24
|
19
|
|
|
Non
|
34
|
39
|
|
Discussion
Dans la présente étude, les problèmes hépatospléniques, quelle
qu'en soit la cause, affectent beaucoup plus les hommes que les
femmes. La prédominance masculine dans les affections
hépatiques diagnostiquées en milieu hospitalier pourrait être liée
à la différence d'accessibilité des soins selon le genre. En cas de
maladie, des études ont rapporté que la société s'occuperait plus
des hommes que des femmes [6, 7].
La prévalence de l'HSM, de l'HM, de la SM et de l'HTP semble
diminuer dans le temps. Deux hypothèses pourraient expliquer cette
situation : soit le programme national de lutte contre la
bilharziose, entrepris par le ministère chargé de la Santé, s'avère
efficace et joue sur la diminution de l'incidence de chacune de ces
pathologies [8] ; soit les malades sont davantage pris en charge
dans les formations sanitaires de référence récemment créées [9,
10].
Les symptômes compliqués ont été rencontrés principalement chez
les sujets de plus de 45 ans, cela correspond à la
constatation de Maia [11]. Plusieurs hypothèses pourraient
expliquer ce fait :
- – les patients ignorent la maladie, et ne viennent en
consultation dans des formations sanitaires qu'au stade des
complications ;
- – la maladie est paucisymptomatique pendant longtemps
;
- – les sujets ont choisi d'autres alternatives de soins,
comme les tradipraticiens, avant de venir à l'hôpital au moment des
complications.
La SM, l'HM, l'HSM et l'HTP sont d'étiologies multiples, d'ordre
infectieux, toxique, cardiaque, tumoral, etc. Dans notre étude, la
bilharziose a été responsable de 21,6 % de ces cas. Cette
prévalence peut être sous-estimée, car 72,1 % des malades ont été
classés non bilharziens en cas d'évidence d'une autre étiologie
(mais dans ce cas l'association possible à un portage bilharzien
n'est pas envisagée) ou devant la négativité de la sérologie
bilharzienne. Lowenthal a montré la possibilité de l'association de
la bilharziose à d'autre maladie responsable de la HSM [12]. En
Afrique, la prévalence de la bilharziose chez des sujets présentant
une HSM est variable selon les pays. Elle est de 11,9 à 30 % en
Zambie [12], comme dans notre étude, et de 0,01 % au Ghana
[13].
La bilharziose a été la principale étiologie de la SM (76 %), de
l'HTP (79 %) et de l'HSM (58 %). Une étude similaire réalisée par
Wilson a établi l'association entre la bilharziose et ces trois
symptômes [14]. La recherche de la bilharziose doit être
systématique devant la présence d'une HSM ou d'une SM, ou d'une HTP
dans les pays à haute transmission bilharzienne
Concernant l'HM isolée, la fraction étiologique en relation avec
la schistosomiase est très basse, moins de 5 %, et identique à
celle observée dans des études similaires [15-17]. Au travers de
ces données, on peut en déduire que la bilharziose ne constitue pas
une étiologie prépondérante de l'HM en milieu tropical. En revanche
dans le cas d'une HM associée à une SM, la schistosomiase apparaît
comme une étiologie prépondérante.
La probabilité d'avoir une sérologie bilharzienne positive chez
un sujet présentant une SM ou une HTP est très élevée, dépassant
les 75 %.
Une des limites de cette étude est l'absence d'analyse de
l'évolution et de l'issue des sujets inclus à l'étude. En effet, il
est impossible d'estimer la létalité de ces pathologies à partir
des données disponibles. Toutefois, en se référant à une étude
réalisée par K. Andrew sur l'histoirenaturelle des varices
œsophagiennes et le pronostic des sujets présentant une SM ou une
HSM évoluant vers une HTP [16], la schistosomiase serait à
l'origine d'une létalité importante.
La prédominance masculine des sujets atteints par la
schistosomiase a été notée par plusieurs auteurs. Elle est de
l'ordre de 64 % au Burkina Faso selon Poda étudiant le profil
épidémiologique et parasitologique de la bilharziose [18]. Cela
expliquerait que les hommes, plus impliqués dans les activités
agricoles soient davantage exposés à l'infestation, par rapport aux
femmes. Toutefois, les activités de lessive effectuées dans des
eaux infestées par des cercaires constituent pour les femmes un
autre mode prépondérant de transmission [19, 20].
Dans notre étude les sujets présentant les complications
bilharziennes sont âgés de plus de 30 ans. À Bangui, les
sujets avec des problèmes hépatospléniques d'origine bilharzienne
sont âgés de 25 à 44 ans [21]. Une étude effectuée au Sénégal
a montré que 18 sujets sur les 527 infestés présentaient plusieurs
signes associés, sous forme d'HM, de SM, d'anémie, d'ictère et de
syndrome dysentérique. Ces sujets sont constitués surtout
d'enfants de 5 à 14 ans [22].
Les deux principaux facteurs associés de manière significative à
l'évolution de la bilharziose vers les complications sont
constitués par « l'antécédent de syndrome dysentérique » et « la
profession mettant les sujets en contact fréquent avec l'eau ».
L'automédication orientée seulement vers le syndrome dysentérique
et l'infestation répétée pourraient expliquer davantage ces
constats.
La résidence « urbaine vs rurale » n'est pas associée à
l'apparition de bilharziose compliquée. En effet, les citadins ne
sont pas à l'abri de la bilharziose. Ils peuvent être infectés
lors des séjours dans une zone endémique. Les eaux douces dans
la ville d'Antananarivo seraient des sources de contamination par
les bilharzies [23].
Conclusion
Selon l'OMS, la schistosomiase représente la deuxième endémie
parasitaire après lepaludisme, alors qu'elle fait partie
desmaladies transmissibles négligées et affectant des sujets vivant
dans les pays pauvres.
L'étude rétrospective, réalisée au centre hospitalier
universitaire Joseph-Raseta-Befelatanana dans le service de
maladies infectieuses et parasitaires et le service de
gastroentérologie du 1er janvier 2005 au 31 juillet
2008, a permis d'évoquer l'association importante de l'infection
bilharzienne aux pathologies hépatospléniques.
Les sujets présentant de la dysenterie et les sujets dont les
activités professionnelles les mettent en contact fréquent avec
l'eau ont un risque élevé de développer une bilharziose compliquée.
Une implication du système de santé à tous les niveaux doit être
amplifiée.Remerciements et autres mentions
Financement : aucun ; conflit d'intérêt :
aucun.
Références
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Hepatosplenomegaly is associated with low regulatory and Th2
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