ARTICLE
Auteur(s) : Mathieu OuédraogoMathieu Ouédraogo1,
Youssouf Dembélé1, Léopold Somé2
1Institut de l'environnement
et de recherches agricoles (Inera) Station
de recherches de Farako-Bâ 01 BP 910 Bobo-Dioulasso
01 Burkina Faso
2Institut de l'environnement
et de recherches agricoles (Inera) CREAF de Kamboinsé 01
BP 476 Ouagadougou 01Burkina Faso
Depuis la fin des années 1960, le Sahel connaît une crise
climatique caractérisée par un déficit pluviométrique persistant
[1, 2] avec quelques années à pluviométrie normale ou excédentaire
[3, 4]. Par ailleurs, les modifications du régime des pluies qui
sont intervenues au cours du XXe siècle dans certaines
régions du monde [5], se sont caractérisées, au Sahel, par un
assèchement [6]. À l'instar des autres pays du Sahel, le Burkina
Faso a été touché par ces perturbations du régime pluviométrique.
Comment les paysans perçoivent-ils ces perturbations au Burkina
Faso? La notion de perception (ou de représentation) se réfère
au rapport des paysans au réel qui est nécessairement subordonné à
l'ensemble des manifestations apparentes du climat et à un ensemble
d'instruments de portée cognitive qui leur permettent de
l'appréhender.
Les conditions climatiques délimitant l'étendue des pratiques
agricoles et les changements du régime pluviométrique auront des
incidences certaines sur les écosystèmes agricoles et les
rendements moyens. Leurs impacts sur l'agriculture sont inévitables
et soulèvent la question de l'adaptation, qui constitue une urgence
pour le Burkina au regard de sa vulnérabilité vis-à-vis de
la variabilité climatique. L'adaptation au climat désigne les
modifications apportées aux systèmes écologiques, sociaux et
économiques, en réponse à des stimuli climatiques [7].
La littérature sur les changements climatiques révèle qu'il
existe de nombreux types de mesures d'adaptation en agriculture.
Le changement de cultures et de variétés, la gestion des
terres [8], la modification des techniques agricoles,
l'amélioration des techniques de gestion de l'eau font partie
de ces mesures. Quelles sont donc les stratégies d'adaptation
adoptées par les paysans vis-à-vis des changements des
précipitations au Burkina ?
L'objectif de cette étude est d'appréhender, d'une part, les
perceptions paysannes des changements des précipitations au Burkina
et, d'autre part, d'identifier et d'analyser les stratégies mises
en œuvre par les paysans pour s'adapter aux changements.
L'étude part des deux hypothèses suivantes :
- – du fait que les précipitations constituent la
principale variable climatique qui conditionne leurs activités
agricoles au Burkina Faso, les paysans perçoivent l'existence du
phénomène des changements climatiques à travers les modifications
du régime pluviométrique ;
- – les paysans adoptent des stratégies pour s'adapter et
réduire leur vulnérabilité aux conséquences de la variabilité des
précipitations qu'ils ont observée.
Cet article présente d'abord la zone d'étude, puis la
méthodologie de recherche et, enfin, les principaux résultats, afin
d'en tirer une conclusion et des recommandations pour une
adaptation aux changements et à la variabilité climatiques au
Burkina Faso.
Présentation de la zone d'étude
L'étude a été réalisée au Burkina Faso, qui est un pays sahélien
situé au cœur de l'Afrique de l'Ouest. Son économie repose sur le
secteur rural, qui emploie 86 % de la population totale et
contribue pour 40 % au Produit intérieur brut (PIB). L'agriculture
y est de subsistance, fondée sur les céréales qui occupent 88 % des
superficies cultivées et constituent l'alimentation de base de la
population. Elle est quasi exclusivement extensive et tributaire
des pluies.
Le climat du Burkina appartient au type soudano-sahélien avec
trois zones agroclimatiques distinctes (figure 1) :
- – une zone soudanienne, avec une pluviométrie annuelle
moyenne comprise entre 900 et 1 200 mm et une saison
pluvieuse de six mois ;
- – une zone soudano-sahélienne, avec une pluviométrie
annuelle moyenne comprise entre 600 et 900 mm et répartie
sur quatre à cinq mois ;
- – une zone sahélienne1, avec une pluviométrie
annuelle moyenne comprise entre 300 et 600 mm et
concentrée sur trois mois.
Le climat est caractérisé par un important déficit
pluviométrique et de fortes irrégularités spatio-temporelles des
pluies. On observe une tendance à l'aridification du climat au
Nord, à une diminution de la période de croissance végétale de
20 à 30 jours et un déplacement des isohyètes vers le Sud
par rapport aux années 1960 [9, 10].
Les sols sont en général pauvres et soumis à une forte érosion
hydrique et éolienne dans la zone sahélienne. Ils montrent des
signes d'épuisement marqués dans les zones à population dense du
Plateau central (zone centre du pays). Ces facteurs mettent en
exergue la vulnérabilité du Burkina Faso aux changements
climatiques et la nécessité d'adaptation des agriculteurs.
Méthodologie de l'étude
Cadre théorique
Cette recherche repose sur une mise en perspective des relations
entre, d'une part, la perception des changements
des précipitations et les caractéristiques socio-économiques
des exploitations, leur environnement physique et institutionnel,
et, d'autre part, les stratégies d'adaptation aux changements des
précipitations et les variables précédentes. Pour ce faire, l'étude
part du constat que des stratégies adaptatives aux changements des
précipitations ne seront appliquées par les paysans que s'ils
perçoivent clairement l'existence du phénomène. Une perception
faussée peut conduire à des comportements inappropriés en termes
d'adaptation. Les perceptions paysannes des changements des
précipitations sont influencées par le rythme des changements [11]
auxquels les écosystèmes agricoles sont exposés. Tout comme les
perceptions, l'adaptation sera influencée par les caractéristiques
socio-économiques et par l'environnement physique et institutionnel
des paysans [8].
La mise en perspective entre les différentes variables s'est
faite à l'aide des méthodes de l'inférence statistique et des
régressions, qui permettent d'analyser les déterminants de la
perception des changements des précipitations et de l'adoption des
stratégies d'adaptation. Plusieurs approches théoriques et
empiriques permettent de caractériser les facteurs influençant les
décisions des producteurs dans l'adoption des technologies en
agriculture [12]. La plupart des études d'adoption sont fondées sur
les caractéristiques socio-économiques des exploitants, les
caractéristiques des exploitations, les facteurs institutionnels et
les perceptions paysannes des technologies [13-16].
Les décisions d'adoption des stratégies d'adaptation au
changement du régime pluviométrique peuvent être modélisées à
l'aide du modèle Logit. Cette méthode permet de modéliser une
décision dichotomique, l'objectif étant de prédire une valeur
comprise entre 0 et 1. Le modèle Logit est donné par
:
où variable dépendante prenant la valeur 1 si adoption
et 0 sinon, vecteur des paramètres à estimer, probabilité que
le producteur i adopte la stratégie d'adaptation.
L'évaluation du modèle s'est faite à partir des tests de
vraisemblance (la moins double logvraisemblance) et le niveau
d'adéquation. Les paramètres des régressions sont testés par
la statistique de Wald qui se distribue selon la loi Chi2 à un
degré de liberté.
Collecte et analyse des données
L'unité d'étude est l'exploitation agricole, car c'est à ce niveau
que se prennent les décisions techniques et de gestion, relatives à
l'adaptation aux changements des précipitations. Ainsi,
1 530 exploitations agricoles reparties sur
51 départements (soit 30 exploitations par département)
ont été enquêtées. Les sites ont été choisis à partir d'un
échantillonnage stratifié et raisonné en fonction du découpage
administratif et du zonage agroclimatique du pays, afin de
capter la variabilité spatiale du climat. La figure 2 présente la
distribution des sites d'étude.
Les données ont été collectées en juillet-août 2003, à partir
d'un questionnaire structuré comportant à la fois des questions
fermées et des questions ouvertes. Les questions fermées se
rapportent aux caractéristiques des exploitations, à leurs systèmes
de production et à leur environnement socio-institutionnel pour
l'année 2002. Les questions ouvertes portent sur les
perceptions paysannes et les stratégies d'adaptation aux
changements des précipitations. Les perceptions des
changements des précipitations relèvent du passé vécu des paysans.
Les questionnaires ont été administrés à passage unique, dans
les langues locales, par des agents d'agriculture.
Les données ont été analysées à partir des statistiques
descriptives, de l'inférence statistique et des régressions
logistiques à l'aide du logiciel SPSS.
Limites de l'étude
Cette étude présente des limites liées à la taille de
l'échantillon, aux types de questions posées et au mode
d'administration du questionnaire.
Par rapport à la taille de l'échantillon, l'étude couvre tout le
pays et permet, de ce fait, de révéler les différences de
perception et d'adaptation entre les zones agro-climatiques.
Cependant, ceci n'a pas permis une analyse très détaillée par
site.
Le questionnaire a été administré par des agents d'agriculture
en différentes langues locales en fonction du site. L'effet
enquêteur et l'effet répondant peuvent créer un biais dans les
informations recueillies.
Le questionnaire utilisé n'était pas spécifiquement élaboré pour
une étude d'adoption mais plutôt pour une étude d'impact des
changements climatiques sur la production agricole. Ceci n'a pas
permis de collecter des informations détaillées sur toutes les
caractéristiques intrinsèques à chaque stratégie d'adaptation.
Malgré ces limites, la présente recherche a permis d'obtenir des
résultats intéressants que nous présenterons dans la section
suivante.
Résultats et discussions
Caractéristiques socio-économiques des exploitations
L'échantillon d'étude est constitué à 98 % d'hommes.
Les exploitants sont en majorité sans niveau d'instruction
(73,5 %). L'échantillon est composé principalement de 58 % de
musulmans, 23 % de chrétiens et 17 % d'animistes. L'agriculture
constitue la principale activité pour 98,4 % des exploitants de
l'échantillon. Environ 74 % des exploitants disposent de terres
personnelles. La majorité de l'échantillon (85 %) pratique une
agriculture pluviale stricte. Près de 83,7 % des exploitants
bénéficient des services d'encadrement et de vulgarisation portant
sur des thèmes de production végétale. Seulement 25 % reçoivent des
informations sur le climat. L'information climatique concerne les
relevés des quantités d'eau tombées, et non les prévisions qui sont
plus utiles pour l'agriculteur dans la planification de ses
activités. Les exploitants ont un faible accès au crédit.
La population moyenne de l'exploitation est de
11 personnes. L'âge moyen des exploitants est de 49 ans,
avec une expérience moyenne en agriculture d'environ 15 ans.
Les exploitations sont moyennement équipées – 69 % d'entre
elles ont au moins une charrue ; 52 % possèdent une charrette.
Perceptions paysannes des changements
des précipitations
Cette partie analyse les perceptions des changements des
précipitations à partir des réponses des paysans aux questions
suivantes : « avez-vous constaté des changements dans les
précipitations au cours des 20 dernières années, au niveau de
votre exploitation agricole ? Si oui, en quoi consistent ces
changements ? » Nous avons recensé les différentes réponses et
avons fait une typologie des manifestations des changements
observés. À titre d'exemple, lorsqu'un paysan dit : « Avant, il
pleuvait beaucoup mais [que] maintenant, il pleut moins », cela est
traduit comme une baisse des précipitations ; « Avant, on n'avait
5 à 6 mois de pluies mais maintenant on n'en a que
4 à 3 mois », cela est traduit comme une diminution de la
durée de la saison des pluies . Sur la base des différentes
réponses, nous avons constitué les types de changements
climatiques.
L'analyse des données montre que les paysans perçoivent
clairement les changements des précipitations. Environ 76 % des
paysans de l'échantillon estiment que les précipitations ont changé
– soit 86 % en zone sahélienne, 75,5 % en zone soudano-sahélienne
et 69,4 % en zone soudanienne. On constate que la perception du
climat est corrélée avec la zone agroclimatique (r = -0,127 ; p
< 0,001). Les principales manifestations des changements
sont : une baisse des précipitations, un dérèglement de la saison
des pluies, une plus grande irrégularité des pluies et une plus
grande fréquence de poches de sécheresse durant le cycle de
végétation (figure 3).
La baisse des précipitations est perçue par 28,2 % des paysans
en zone sahélienne, 45,6 % en zone soudano-sahélienne et 23 % en
zone soudanienne. Cette perception semble s'expliquer par des
facteurs non climatiques, car, de toute évidence, elle devrait être
plus élevée en zone sahélienne. La forte démographie qui
caractérise la zone soudano-sahélienne entraîne une pression
sur les terres agricoles. Cela engendre une dégradation des sols
qui rend plus perceptible la baisse des précipitations.
Le dérèglement de la saison des pluies est perçu par 24,7 % des
paysans. Ce phénomène se manifeste par une diminution de la
durée de la saison des pluies, un début tardif ou/et un arrêt
précoce des pluies. Cette perception est sensiblement la même dans
tout le pays.
L'irrégularité des précipitations est moins perçue en zone
sahélienne. Elle constitue une constante du climat sahélien, d'où
la faible perception de son évolution dans le temps.
La perception de la fréquence des poches de sécheresse est plus
élevée en zone soudanienne. Cette zone est plus sensible aux poches
de sécheresse, du fait des variétés et des cultures à cycle long
qui les exposent plus aux poches de sécheresse, d'où la forte
perception observée. Elle reste cependant la zone la moins exposée
aux déficits hydriques.
De rares cas de fortes pluies, de vents forts et d'inondations
ont été rapportés en zones soudanienne et soudano-sahélienne.
Au Sahel, les changements climatiques entraînent une
détérioration de l'environnement [17]. Ainsi, les paysans
perçoivent les changements des précipitations à travers ses effets
directs sur les sols et le couvert végétal (déforestation). Cette
représentation concerne 36 % des exploitants en zone sahélienne et
explique la faiblesse relative de la perception de la baisse des
précipitations dans cette zone.
Les perceptions paysannes des changements du climat corroborent
les observations météorologiques et la littérature sur la crise
climatique au Sahel. Par exemple, la baisse des précipitations
perçue par les paysans a été rapportée par
plusieurs auteurs en des termes différents : déficit
pluviométrique persistant [1-4] ; assèchement du Sahel [6].
Cependant, le retour des précipitations observées à partir des
années 1990 au Burkina ne semble pas beaucoup marquer l'esprit des
paysans. Ce « gap » de perception du climat tient à une
différence d'appréhension et de temporalité des acteurs.
La perception des changements des précipitations par ses
effets directs sur les sols et le couvert végétal peut se
comprendre à travers les liens qui existent entre, d'une part, la
dégradation des terres et les changements climatiques et, d'autre
part, la dégradation des forêts et les changements climatiques.
L'appauvrissement de la flore est le premier constat d'une
sécheresse prolongée qui a affecté tout le Sahel [18].
La sécheresse figure parmi les variations climatiques au Sahel
qui jouent un rôle très important dans le processus de dégradation
des terres. L'aridité expose les sols aux processus d'érosion
éolienne et hydrique entraînant le départ de la partie arable et
fertile des sols, ralentit les processus biologiques au niveau des
sols et entraîne notablement une baisse de leur productivité.
Certains changements dans les paysages reflètent le changement
climatique global [19].
Adaptation aux changements des précipitations
Cette section analyse les stratégies d'adaptation mises en œuvre
par les paysans par rapport aux changements des précipitations à
travers la réponse à la question suivante : « quels ajustements
avez-vous faits dans votre système de production agricole afin de
vous adapter aux changements des précipitations que vous avez
observés ? » L'adaptation se rapporte aux stratégies adoptées par
les paysans, dans le cadre de leurs activités, pour faire face aux
changements climatiques. Ainsi, face aux changements des
précipitations, 89 % des exploitants de l'échantillon ayant perçu
les changements ont adopté des stratégies pour s'adapter au
phénomène (95 % en zone sahélienne, 90 % en zone soudano-sahélienne
et 82 % en zone soudanienne). Les stratégies d'adaptation
recensées au cours de notre étude sont présentées dans le tableau 1.
Adaptation variétale
Pratiquée par environ 42,5 % des exploitants de l'échantillon, elle
consiste en l'utilisation de variétés nouvelles ou améliorées,
généralement précoces et à potentiel de rendement acceptable.
Les variétés à cycle court s'adaptent au raccourcissement de
la saison des pluies. Ces variétés sont plus adoptées en zone
soudano-sahélienne du fait de la plus grande vulnérabilité de cette
zone aux facteurs climatiques. L'importance de l'adaptation
variétale en zone soudano-sahélienne s'explique par des facteurs
non climatiques, telles que la pression démographique, qui a imposé
la nécessité d'intensifier la production agricole dans cette
zone. Ceci s'est traduit par une multiplication des projets de
développement dans cette zone, qui ont entraîné une large diffusion
des technologies agricoles dont les variétés améliorées.
Tableau 1 Adoption des stratégies d'adaptation
aux changements des précipitations au Burkina (en %).
|
Type d'adaptation
|
Zone agro climatique
|
Pays
|
|
Sahélienne
|
Soudano-sahélienne
|
Soudanienne
|
|
Nouvelles variétés
|
38,60
|
47,27
|
35,83
|
42,54
|
|
Techniques de conservation des eaux et des sols
(CES)
|
38,60
|
36,91
|
19,69
|
33,04
|
|
Fumure organique
|
39,04
|
27,82
|
12,99
|
26,65
|
|
Modification de la date de semis
|
17,98
|
20,73
|
22,83
|
20,64
|
|
Reboisement
|
7,02
|
4,91
|
15,35
|
7,95
|
|
Labour avant semis
|
17,11
|
2,73
|
5,51
|
6,59
|
|
Utilisation des bas-fonds
|
1,32
|
6,91
|
6,3
|
5,52
|
|
Diversification des activités
|
0,44
|
4,91
|
0,79
|
2,81
|
|
Irrigation
|
0,88
|
1,45
|
4,33
|
2,03
|
|
Agroforesterie
|
4,82
|
0,18
|
1,57
|
1,55
|
|
Mécanisation/équipement
|
0,44
|
2,55
|
---
|
1,45
|
|
Prière
|
0,88
|
1,27
|
1,97
|
1,36
|
|
Autres mesures d'adaptation
|
7,89
|
9,82
|
3,15
|
7,75
|
|
Total
|
94,74
|
89,82
|
81,50
|
88,86
|
|
Nombre total des exploitations
|
228
|
550
|
254
|
1032
|
L'utilisation des techniques de conservation
des eaux et des sols (CES)
Ces techniques permettent de conserver les eaux et les sols et de
restaurer la fertilité des sols (digues, diguettes,
cordons pierreux, zaï2, demi-lunes, paillage).
Environ 33 % des exploitants de l'échantillon utilisent
ces techniques comme stratégies d'adaptation aux changements
des précipitations – soit 38,6 % en zone sahélienne, 36,9 % en zone
soudano-sahélienne et 19,7 % en zone soudanienne. L'utilisation des
techniques de CES croît avec la vulnérabilité du milieu.
La zone soudanienne qui est la plus arrosée connaît une faible
utilisation de ces techniques. L'utilisation de ces techniques
dépend des caractéristiques du paysage. Les digues sont
utilisées en traitement de ravines, tandis que le choix de la
diguette ou du cordon pierreux dépend de la toposéquence. On
observe des associations de techniques de CES afin de profiter des
effets cumulés de chacune d'elles (cas de zaï + cordons pierreux ou
diguettes). Certaines techniques sont endogènes aux populations
locales (cas du zaï). Elles ont fait l'objet d'évaluation par la
recherche qui les a adaptées en les améliorant. Plusieurs études
ont montré l'efficacité des techniques de CES. Les cordons pierreux
(figure 4)
et le zaï (figure 5) peuvent
induire respectivement une augmentation des rendements de 60 % et
25 % par rapport au champ sans aménagement [21]. L'effet de ces
aménagements est particulièrement intéressant quant la pluviométrie
est déficitaire [22].
Utilisation de la fumure organique
Elle consiste en un apport de fumier et/ou de compost. Certains
paysans parquent les animaux dans leurs champs pour profiter des
déjections. Les taux d'adoption de la fumure organique varient
inversement avec le gradient des précipitations (39 % en zone
sahélienne, 28 % en zone soudano-sahélienne et 13 % en zone
soudanienne). Le faible usage de la fumure en zone soudanienne
s'explique par la richesse relative des sols et l'utilisation des
engrais minéraux en culture cotonnière. L'arrière-effet de la
fertilisation minérale du coton pour d'autres cultures diminue le
recours à la fumure organique dans les soles céréalières.
Les sécheresses et la baisse des pluies ont engendré une perte
du couvert végétal, entraînant une baisse de la fertilité des sols.
La dégradation des sols est plus ressentie par les paysans
dans un contexte de crise climatique. C'est pourquoi la fumure
organique qui est utilisée en réponse à la baisse de la fertilité
est considérée par certains paysans comme une stratégie
d'adaptation au changement des précipitations.
Modification de la date de semis
La date d'installation des pluies et la durée de la saison
pluvieuse sont deux paramètres essentiels pour l'agriculture
pluviale, car ils déterminent, d'une part, la date de semis et donc
la position des cycles culturaux, et, d'autre part, la durée de la
période pendant laquelle les cultures peuvent bénéficier des
précipitations [23]. Suite au dérèglement de la saison des pluies,
les paysans modifient les dates de semis afin de réaliser le cycle
des cultures pendant une période favorable. Cette stratégie
d'esquive permet aux cultures de réduire ou d'annuler les effets du
stress hydrique. Les semis précoces permettent d'éviter les
effets des arrêts précoces des pluies. Environ 20,7 % des
exploitants enquêtés utilisent cette stratégie (soit 17,1 % en zone
sahélienne, 20,3 % en zone soudano-sahélienne et 22,8 % en zone
soudanienne). La modification de la date de semis varie
inversement avec le gradient pluviométrique. Elle est beaucoup
pratiquée en zone soudanienne, à cause de la flexibilité de la
saison des pluies.
Utilisation des bas-fonds
Les paysans utilisent de plus en plus les bas-fonds. Cela s'observe
même dans les zones où ils n'étaient pas utilisés. La culture
de sorgho se développe dans des bas-fonds traditionnellement
rizicoles, car les inondations se font rares. On assiste à
l'aménagement communautaire de bas-fonds pour la riziculture en
saison pluvieuse et le maraîchage en saison sèche.
Autres stratégies d'adaptation
D'autres stratégies d'adaptation sont faiblement utilisées par les
paysans. Ce sont : la diversification des cultures et des
activités, l'irrigation, l'agroforesterie, la fréquence de la
prière. Des confessions religieuses organisent des prières
pour demander la pluie en cas de sécheresse. Certains clans
auraient la capacité de faire tomber la pluie. Les activités
agricoles (semis, récoltes) sont rythmées par des rites
traditionnels chez certaines tribus.
En somme, les principales stratégies d'adaptation aux
changements des précipitations mises en œuvre par les paysans
burkinabé s'intègrent dans les options d'adaptation rencontrées
dans la littérature. La modification des dates de plantation
et des variétés cultivées, le déplacement des cultures (cas de
l'utilisation des bas-fonds), une meilleure gestion des terres
(lutte contre l'érosion et protection des sols par le boisement,
etc.) constituent, selon le GIEC, des mesures d'adaptation aux
changements climatiques pour le secteur de l'agriculture [8]. En
effet, l'utilisation de plantes à cycle court et l'utilisation des
bas-fonds sont des stratégies d'adaptations aux variations
saisonnières des pluies au Burkina Faso [24]. Pour de nombreux
auteurs, il est évident que la diminution de la pluviométrie a
entraîné l'adoption par les paysans de variétés de cycles plus
courts que les cultivars traditionnels [25, 24]. Au Burkina Faso,
le cycle des variétés de sorgho utilisées par les paysans serait
même passé de 120-150 jours à 70-90 jours durant les
15 dernières années [26] dans certaines zones
agroclimatiques.
Facteurs d'adoption des stratégies d'adaptation
aux changements des précipitations
Cette partie analyse les facteurs d'adoption des stratégies
d'adaptation aux changements climatiques. L'adoption d'un processus
d'innovation a été caractérisée comme l'acceptation, avec le temps,
d'un élément spécifique par des individus (ou des unités
d'adoption) liés à des canaux de transmission spécifiques [27].
Dans notre étude, cela pourrait être une nouvelle variété, une
techniques de CES ou une procédure de gestion (modification de la
date de semis), adoptée par un paysan pour s'adapter aux
changements climatiques. Une grande partie de la recherche en
matière d'adoption s'est concentrée sur l'adoptant afin de
déterminer quelles variables pouvaient contribuer à l'adoption ou
au rejet d'une innovation. La décision d'adopter les
stratégies d'adaptation aux changements des précipitations a
été modélisée avec le modèle Logit. Quatre modèles d'adoption ont
été estimés respectivement pour l'adoption des nouvelles variétés
(variété), l'utilisation des techniques de CES (CES), l'adoption de
la fumure organique (fumure), l'adoption de la stratégie de
modification des dates de semis (date-semis).
Dans les modèles retenus, le taux d'adoption de chaque stratégie
d'adaptation est expliqué par des variables de perception des
changements des précipitations, des variables géographiques et des
variables socio-économiques couramment utilisées en étude
d'adoption des innovations agricoles.
Les variables de perception sont des variables dichotomiques qui
prennent la valeur 1, si le paysan perçoit le phénomène de
changement des précipitations, et 0 sinon. Au titre de ces
variables, nous avons : la perception de la baisse des
précipitations (précipitation), la perception du raccourcissement
de la saison humide (saison), la perception du début tardif des
pluies (tardif), la perception de l'arrêt précoce des pluies
(précoce), la perception de l'irrégularité des pluies
(irrégularité), la perception de la fréquence de sécheresse
(sécheresse). L'effet attendu de ces variables est positif.
Les variables géographiques se réfèrent à l'appartenance à une
zone agroclimatique du Burkina3 ([sahel] pour la zone
sahélienne et [soudan] pour la zone soudanienne). L'effet attendu
est fonction de la vulnérabilité de la zone (positif pour la zone
sahélienne et négatif pour la zone soudanienne). Les variables
socio-économiques sont : le sexe, le niveau d'instruction
(instruction), la pratique de la religion traditionnelle
(religion), la pratique de l'agriculture comme activité principale
(agriculture), la pratique de l'élevage (élevage), le niveau
d'équipement (équipement), l'âge de l'exploitant (âge), la taille
du ménage (population), la superficie de la plus grande parcelle
unique (superficie), le statut de propriétaire des terres
(tenure), l'accès à l'encadrement/vulgarisation (encadrement)
et l'accès au crédit formel (crédit). L'effet de ces variables
varie selon la stratégie adoptée. L'encadrement et le crédit
devraient avoir un effet positif car ils devraient stimuler
l'adoption des stratégies adaptatives.
Les résultats des régressions sont présentés dans les tableaux 2 et 3.
L'évaluation du modèle à travers la moins double
logvraisemblance et le niveau d'adéquation montre que les
estimations sont globalement significatives pour les quatre
modèles. Les pourcentages de bonne prédiction varient entre
73 et 83 % selon les modèles.
Les variables précipitation, précoce, irrégularité, sécheresse
affectent positivement l'adoption des variétés améliorées, des
technologies de CES, de la fumure organique et de modifications des
dates de semis.
La variable saison affecte négativement l'adoption des
technologies de CES et la fumure organique, et positivement
l'adoption de la variété améliorée et de la modification des dates
de semis. La variable tardif influe positivement sur
l'utilisation de la fumure organique et la modification de la date
de semis, et négativement sur l'adoption des variétés améliorées et
des technologies de CES.
Les statistiques de Wald montrent que les coefficients des
variables précipitation, tardif, précoce sont hautement
significatifs dans l'adoption des variétés, des technologies de CES
et de la modification des dates de semis. Ceci montre que ces trois
stratégies sont des réponses ciblées aux changements des
précipitations. Ils ne sont pas significatifs pour l'adoption
de la fumure qui semble être une réponse indirecte aux changements
des précipitations.
La variable sahel favorise l'adoption de toutes les stratégies,
tandis que la variable soudan défavorise l'adoption des variétés,
des techniques de CES et de la fumure. La zone soudanienne
étant moins vulnérable aux changements des précipitations, elle
favorise l'adoption de la gestion du calendrier de semis, du fait
de la flexibilité de la saison des pluies dans cette zone.
La superficie affecte négativement l'adoption des variétés
nouvelles, des technologies de CES et les dates de semis. En effet,
les paysans manquent de moyens financiers et matériels pour
investir sur de grandes superficies.
L'encadrement affecte positivement l'adoption des variétés
nouvelles et négativement celle des technologies de CES, de la
fumure et de la date de semis. En effet, le principal canal de
diffusion des variétés est le service de la vulgarisation, tandis
que celui des technologies de CES reste les projets et les
organisations non gouvernementales de développement.
Le crédit a un effet positif sur l'adoption des variétés et la
modification de la date de semis. La mise en œuvre de ces deux
stratégies nécessite l'acquisition de semences améliorées qui se
fait surtout à crédit à travers les coopératives et des projets de
développement. La possibilité de disposer des engrais à crédit
défavorise les investissements en techniques de CES et en fumure
organique d'où l'effet négatif du crédit sur l'adoption des
technologies de CES et de la fumure organique.
La variable tenure affecte négativement l'adoption des
techniques de CES et de la fumure, ce qui est contraire à
l'hypothèse communément admise selon laquelle, la crainte de se
voir déposséder d'une terre empruntée une fois valorisée limiterait
les investissements sur cette terre. Les terres facilement
accessibles étant les moins productives, l'emprunteur est obligé
d'améliorer la qualité de ces terres à travers des aménagements de
CES.
En somme, les facteurs les plus déterminants de l'adoption des
stratégies adaptatives aux changements des précipitations sont les
variables de perception qui sont significatives dans tous les
modèles de cette étude.
L'adaptation aux changements des précipitations rencontre des
contraintes qui résident dans la capacité des acteurs à mettre en
œuvre des solutions appropriées. Cette capacité est conditionnée
par des facteurs tels que la richesse, les moyens techniques,
l'éducation, l'information, les compétences et l'accès aux
ressources [7]. Les différentes stratégies d'adaptation
recensées au Burkina demandent des intrants spécifiques pour leur
mise en œuvre. La confection de digues, de diguettes et de
cordons pierreux nécessite des équipements de transports pour le
ramassage des pierres et des moellons. L'adaptation variétale
nécessite des semences améliorées qui sont généralement plus chères
que les semences locales. L'acquisition d'intrants et d'équipements
agricoles constitue un goulot d'étranglement à l'adaptation aux
changements climatiques dans un contexte de pauvreté rurale doublée
de l'absence de systèmes de financement adaptés aux petits paysans
à faibles revenus. Par ailleurs, les paysans relèvent un manque
d'information sur les stratégies d'adaptation aux changements des
précipitations et un problème de maîtrise technique de ces
stratégies quand ils sont informés. La détermination des
courbes de niveaux pour la réalisation de cordons pierreux, le
respect de l'itinéraire technique accompagnant une nouvelle variété
sont des techniques à maîtriser par les paysans dans le cadre de
l'adaptation.
Tableau 2 Résultats des régressions logistiques:
adoption des variétés et des techniques
de conservation des eaux et des sols (CES).
|
Variétés nouvelles
|
Techniques de CES
|
|
Variables
|
Coefficient
|
|
Wald
|
Coefficient
|
|
Wald
|
|
Précipitation
|
1,245
|
|
70,179
|
0,783
|
|
26,808
|
|
Saison
|
2,083
|
|
58,668
|
-0,158
|
|
0,333
|
|
Tardif
|
-1,064
|
|
15,639
|
-1,011
|
|
11,717
|
|
Précoce
|
2,08
|
|
62,539
|
0,971
|
|
14,199
|
|
Irrégularité
|
0,221
|
|
1,331
|
0,123
|
|
0,36
|
|
Sécheresse
|
0,563
|
**
|
6,222
|
0,144
|
|
0,315
|
|
Sahel
|
0,836
|
|
17,352
|
0,501
|
|
6,946
|
|
Soudan
|
0,267
|
|
2,455
|
-0,646
|
|
11,697
|
|
Sexe
|
0,547
|
|
0,904
|
0,083
|
|
0,028
|
|
Instruction
|
0,11
|
|
0,486
|
-0,307
|
*
|
3,138
|
|
Religion
|
0,194
|
|
1,073
|
-0,074
|
|
0,143
|
|
Agriculture
|
0,925
|
**
|
4,12
|
-0,15
|
|
0,183
|
|
Élevage
|
-0,599
|
|
2,406
|
-0,173
|
|
0,185
|
|
Équipement
|
0,523
|
|
10,972
|
-0,269
|
*
|
2,884
|
|
Âge
|
0,003
|
|
0,293
|
0,006
|
|
1,26
|
|
Population
|
0,025
|
**
|
4,097
|
0,022
|
*
|
3,065
|
|
Superficie
|
-0,045
|
**
|
4,459
|
-0,013
|
|
0,318
|
|
Tenure
|
0,297
|
*
|
3,386
|
-0,045
|
|
0,077
|
|
Encadrement
|
0,011
|
|
0,003
|
-0,622
|
|
10,792
|
|
Crédit
|
0,198
|
|
0,815
|
-0,535
|
**
|
4,101
|
|
Constante
|
-3,417
|
|
15,618
|
-0,747
|
|
1,003
|
|
Nombre d'observations Pourcentage correct
|
1229
|
|
|
1229
|
|
|
|
73,72
|
|
|
75,35
|
|
|
Tableau 3 Résultats des régressions logistiques :
adoption de la fumure et de date
de semis.
|
Fumure organique
|
Date de semis
|
|
Variables
|
Coefficient
|
|
Wald
|
Coefficient
|
|
Wald
|
|
Précipitation
|
0,249
|
|
2,12
|
1,211
|
|
44,182
|
|
Saison
|
-0,445
|
|
1,825
|
1,886
|
|
58,359
|
|
Tardif
|
1,822
|
|
52,084
|
0,638
|
**
|
5,646
|
|
Précoce
|
0,269
|
|
1,047
|
1,598
|
|
37,844
|
|
Irrégularité
|
0,533
|
**
|
5,855
|
0,088
|
|
0,148
|
|
Sécheresse
|
0,025
|
|
0,009
|
0,066
|
|
0,053
|
|
Sahel
|
1,025
|
|
26,463
|
0,125
|
|
0,256
|
|
Soudan
|
-0,807
|
|
14,182
|
0,042
|
|
0,043
|
|
Sexe
|
0,217
|
|
0,159
|
-0,415
|
|
0,508
|
|
Instruction
|
0,153
|
|
0,703
|
-0,219
|
|
1,306
|
|
Religion
|
0,143
|
|
0,447
|
0,085
|
|
0,142
|
|
Agriculture
|
0,476
|
|
1,228
|
-0,826
|
**
|
4,119
|
|
Élevage
|
-0,09
|
|
0,041
|
0,063
|
|
0,02
|
|
Équipement
|
-0,275
|
|
2,618
|
-0,082
|
|
0,184
|
|
Âge
|
0,01
|
|
2,64
|
-0,03
|
|
15,922
|
|
Population
|
-0,001
|
|
0,006
|
0,026
|
*
|
3,039
|
|
Superficie
|
0,013
|
|
0,28
|
-0,002
|
|
0,01
|
|
Tenure
|
-0,332
|
*
|
3,711
|
-0,134
|
|
0,503
|
|
Encadrement
|
-0,347
|
*
|
2,763
|
-0,321
|
|
1,844
|
|
Crédit
|
-0,751
|
**
|
5,36
|
0,422
|
*
|
3,092
|
|
Constante
|
-2,204
|
|
6,65
|
0,072
|
|
0,006
|
|
Nombre d'observations Pourcentage correct
|
1229
|
|
|
1229
|
|
|
|
81,04
|
|
|
83,08
|
|
|
Conclusion et recommandations
La présente étude a permis de confirmer l'assertion selon laquelle
la connaissance du climat tient une place importante parmi les
savoir-faire développés par les populations pour s'adapter aux
contraintes du milieu au Sahel. Elle a montré que les paysans
perçoivent clairement les changements climatiques opérés au niveau
des précipitations. Les perceptions paysannes corroborent les
observations météorologiques et la littérature sur la crise
climatique au Sahel. La baisse des précipitations, le
dérèglement de la saison des pluies, l'irrégularité des pluies et
la fréquence de poches de sécheresse relevés par les paysans
constituent des manifestations scientifiquement acceptées de la
crise climatique au Sahel. Ces perceptions sont plus
importantes dans les zones les plus vulnérables (zone
sahélienne et zone soudano-sahélienne).
Les paysans ont adopté une gamme variée de stratégies
d'adaptation aux changements des précipitations dont les plus
répandues sont : l'adaptation variétale, l'utilisation des
techniques de CES, l'utilisation de la fumure organique, la
modification des dates de semis. Les stratégies d'adaptation
sont plus adoptées dans les zones les plus vulnérables (sahélienne
et soudano-sahélienne). La nature de l'adaptation diffère
également selon les zones : l'adaptation variétale est plus
utilisée en zone soudano-sahélienne, le zaï en zone sahélienne et
l'exploitation des bas-fonds en zone soudanienne.
Les principaux déterminants de l'adoption des stratégies sont
les variables de perception. Cependant, l'accès à
l'encadrement/vulgarisation, au crédit et l'éducation ont un effet
significatif dans l'adoption des stratégies. Des contraintes
matérielles, financières, techniques et des contraintes d'accès à
l'information limitent les capacités d'adaptation aux changements
des précipitations au Burkina.
En somme, la capacité d'un paysan à s'adapter aux changements
des précipitations dépend de sa perception du phénomène, de la
nécessité d'apporter des solutions et des possibilités qui lui sont
offertes.
Dans une perspective d'adaptation aux changements climatiques,
des recherches doivent être menées afin d'améliorer les stratégies
existantes ou développer de nouvelles stratégies. Pour ce faire,
une bonne connaissance des stratégies endogènes, notamment celles
ayant permis aux populations de surmonter la crise climatique des
années 1970 et 1980 au Sahel, constitue un bon point de départ.
Des mesures d'accompagnement (formation, encadrement,
financement) doivent être prises pour faciliter l'adaptation. Cela
constitue un préalable au développement durablede l'agriculture
nationale, car les variabilités climatiques resteront une constante
structurelle du climat au Burkina Faso.
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séries pluviométriques de longue durée en Afrique de l'Ouest et
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www.fao.org/docrep/005/Y2781F/y2781f03.htm#bm03.4
1 Dans notre étude, la zone sahélienne se
réfère au zonage agroclimatique du Burkina, tandis que le Sahel se
rapporte à l'ensemble des pays du Sahel. Le Sahel désigne une
bande de territoires (allant du Sénégal au Soudan) marquant la
transition, à la fois floristique et climatique, entre le domaine
saharien, au Nord, et les savanes du domaine soudanien.
2 Le zaï est une technique qui consiste à
creuser des cuvettes de 20 à 40 cm de diamètre et de
10 à 15 cm de profondeur. La terre excavée est
déposée en croissant vers l'aval du creux et cela aide à capter les
eaux de ruissellement. La collecte de l'eau est favorisée par
l'impluvium constitué par les parties encroûtées restantes [20].
Les graines sont semées dans le trou
3 La variable zone agroclimatique au
Burkina Faso a trois modalités (zone sahélienne, zone
soudano-sahélienne, zone soudanienne). Dans un modèle à variable
dichotomique, on ne peut définir que n-1 variables pour n
modalités. Ainsi, nous avons deux zones retenues dans le modèle
(zone sahélienne et zone soudanienne). La zone soudano-sahélienne
sert de référence.
|