Texte intégral de l'article
 
   
  Version PDF

Brèves de pharmacovigilance


Médecine. Volume 6, Numéro 2, 62-3, Février 2010, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2010.0517


Auteur(s) : Samy Babai, Hélène Brocvielle, Hervé Le Louet, Guy Sonna, Laure Thomas , CRPV Henri Mondor pharmacovigilance. - henri-mondor@hmn.aphp.fr .

Illustrations

ARTICLE

Mirtazapine et syndrome de Stevens-Johnson

Le premier cas de syndrome de Stevens-Johnson suite au traitement par un antidépresseur, le mirtazapine, a été rapporté en France. Il s'agit d'un homme de 29 ans ayant présenté 3 semaines après l'introduction de mitarzapine, une éruption prurigineuse disséminée avec des macules rouges confluant et des lésions bulleuses sur 10 à 15 % de la surface totale corporelle, ainsi que des lésions graves au niveau des muqueuses buccales et génitales. Les analyses bactériologiques et virologiques étaient négatives et une biopsie cutanée a mis en évidence une nécrose sur toute l'épaisseur de l'épiderme, confirmant le diagnostic clinique de syndrome de Stevens-Johnson. Après une semaine de traitement avec des corticostéroïdes topiques, les lésions ont régressé. Le seul traitement que prenait le patient à ce moment était la mirtazapine depuis un mois. L'imputabilité retenue pour la mirtazapine est plausible selon les critères français de pharmacovigilance. Le traitement par mirtazapine a été contre-indiqué au patient ainsi que la miansérine, la clozapine et les antidépresseurs tricycliques, en raison de leurs similitudes chimiques structurales.

Nous rappelons que les molécules telles que l'allopurinol, la carbamazépine, la lamotrigine, le phénobarbital, la phénytoïne, le sulfaméthoxazole, les oxicams et la névirapine peuvent être à l'origine de toxidermies sévères (syndrome de Stevens-Johnson ou de nécrolyse épidermique toxique).

Mots clés : allergie, antidépresseur, toxidermie

Référence :

  1. Belkahia A, Hillaire-Buys D, Dereure O, Guillot B, Raison-Peyron N Stevens-Johnson syndrome due to mirtazapine ­ first case. Allergy. 2009;64(10):1554.

Gadolinium et fibrose néphrogénique systémique

Quel risque ?

La fibrose néphrogénique systémique (FNS) est une complication rare mais grave pouvant survenir lors de l'utilisation de produits de contraste à base de sels de gadolinium. Ces produits sont administrés lors d'une imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) ou lors d'une angiographie par résonance magnétique (ARM).

Cette pathologie a été décrite pour la première fois en 2000 [1]. On dénombre à ce jour environ 330 cas au niveau international [2]. Les premiers symptômes apparaissent généralement quelques jours ou semaines après l'examen avec produits de contraste chez des patients présentant une atteinte rénale, majoritairement en insuffisance rénale sévère voire terminale (clairance de la créatininémie < 30 mL/min/1,73 m2).

La FNS se manifeste par une atteinte cutanée qui débute préférentiellement au niveau des membres inférieurs et s'étend ensuite aux membres supérieurs voire au tronc. La tête et le visage sont la plupart du temps épargnés. Les lésions cutanées se présentent habituellement de manière symétrique, et sous la forme de plaques ou de papules indurées. Elles évoluent vers une fibrose à l'origine de contractures articulaires majeures limitant la mobilité. Des lésions systémiques peuvent également être observées (atteintes hépatique, pulmonaire et cardiaque). L'évolution est fulminante dans 5 % des cas et peut conduire au décès du patient [2]. À ce jour, il n'existe aucun traitement validé.

Mots clés : insuffisance rénale, radiologie

Références :

  1. Cowper SE, Robin HS, Steinberg SM, Su LD, Gupta S, LeBoit PE. Scleromyxoedema-like cutaneous disease in renal-dialysis patients. Lancet. 2000;356:1000-1.
  2. Cowper SE. Nephrogenic Fibrosing Dermopathy 2001-2009. Sur http://www.icnsfr.org

Que faire pour limiter le risque ?

Il n'y a à ce jour aucune donnée sur l'efficacité de la mise en place de l'hémodialyse pour prévenir et traiter la FNS chez des patients non-hémodialysés. Afin de limiter les risques de survenue, de nouvelles recommandations sur l'utilisation de ces produits ont été publiées :

• Effectuer un bilan rénal complet avant tout examen, en particulier chez les patients âgés de plus de 65 ans.

• Reporter le nom et la dose du produit de contraste administré dans le dossier du patient.

• Ne pas utiliser pendant la grossesse sauf si le tableau clinique l'exige.

Par ailleurs, pour les patients présentant une insuffisance rénale sévère, ceux en attente ou ayant reçu récemment une transplantation hépatique et les nouveau-nés de moins de 4 semaines, l'utilisation des produits de contraste :

• à niveau de risque élevé (Omniscan® et Magnevist®), est contre-indiquée ;

• à niveau de risque modéré (Multihance®) ou faible (Gadovist®, Prohance®, Dotarem®), doit être réalisée à la plus petite dose possible.

Toute réadministration devra être espacée d'au moins 7 jours.

Mots clés : allergie, radiologie

Référence :

  1. Afssaps. Point d'information. Recommandations de l'agence européenne visant à limiter les risques de fibrose néphrogénique systémique liée à l'administration de produits de contraste à base de sels de gadolinium. Décembre 2009.

Urticaire aux antihistaminiques ?

Une équipe espagnole vient de publier 5 cas d'urticaire survenus au décours de la prise d'antihistaminiques anti-H1 (AAH1). Afin d'évaluer le lien de causalité, des tests ont été réalisés chez ces 5 patients concernés. Les observations sont synthétisées dans le tableau.

Mots clés : allergie, urticaire

Référence :

  1. Rodriguez Del Rio P : Urticaria Caused by Antihistamines : report of 5 cases. J Investig Allergol Clin Immunol. 2009;19:317-20.

Photoallergie et gels contenant du kétoprofène

L'autorisation de mise sur le marché de 22 spécialités contenant du gel de kétoprofène a été suspendue le 12 janvier dernier en raison d'un rapport bénéfice/risque jugé défavorable et de l'existence d'alternatives thérapeutiques. Des cas de photoallergie (réactions cutanées exagérées et/ou anormales à la lumière), souvent graves, ont été rapportés dès la commercialisation de ces gels. Le plus souvent, il s'agissait d'eczéma vésiculo-bulleux pouvant s'étendre au-delà de la zone d'application. Malgré la prise de plusieurs mesures d'information (modification du résumé des caractéristiques du produit et de la notice à deux reprises, ajout d'un pictogramme sur les conditionnements incitant les patients à ne pas s'exposer au soleil, envoi d'une lettre aux professionnels de santé), ces réactions continuaient d'être rapportées.

Mots clés : allergie

Référence :

  1. Afssaps. Communiqué de presse. Suspensions d'autorisation de mise sur le marché des gels contenant du kétoprofène. Décembre 2009.

Note :

  1. La décision du directeur de l'Afssaps concernant le Ketum gel® a cependant été invalidée depuis par le juge des référés, sur demande du laboratoire Menarini, fabricant du gel, dans l'attente d'une décision du Conseil d'État sur le fond. Cela ne change évidemment en rien les données de pharmacovigilance...


Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés