ARTICLE
Auteur(s) : Caroline
Baclet-Roussel1,2, Joël Ankri2,
Anne-Marie Ergis1
1Laboratoire de psychopathologie
et de neuropsychologie cliniques EA 4057, Institut
de psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne
Billancourt
2Laboratoire Santé et vieillissement, EA 2506,
UVSQ, Centre de gérontologie, Hôpital Sainte Périne, APHP,
Paris
La pratique de l’imagerie cérébrale dans le champ de la maladie
d’Alzheimer a longtemps été limitée au scanner encéphalique avec
pour objectif de contribuer au diagnostic en permettant d’exclure
d’autres causes de démences. Avec l’émergence de l’imagerie par
résonance magnétique (IRM), la contribution de cet examen au
diagnostic des maladies neurodégénératives est devenue essentielle.
En effet, dans ses dernières recommandations concernant le
diagnostic de la maladie d’Alzheimer (MA) et des maladies
apparentées, la Haute autorité de santé (HAS) [1] préconise de
façon systématique la pratique d’une IRM. Cette imagerie n’a pas
uniquement pour objectif l’élimination d’autres causes pouvant
expliquer la symptomatologie, mais de permettre d’objectiver une
atrophie avec une cible spécifique : la région hippocampique.
Porter précocement le diagnostic de MA, avant l’apparition du
syndrome démentiel, est devenu un enjeu de première ligne et les
travaux se sont concentrés, depuis une quinzaine d’années, sur les
sujets âgés présentant un tableau de Mild cognitive impairment
(MCI) (Trouble cognitif léger). Bien qu’actuellement très
controversé, le concept de MCI, tel que Petersen l’a défini en 1995
[2] puis révisé en 2004 [3], a permis de synthétiser et clarifier
les différentes tentatives de classification des modifications
cognitives qui surviennent dans la « zone intermédiaire » entre
vieillissement cérébral normal et pathologique. La définition,
qu’il a proposée, purement clinique, comporte : 1) une plainte
cognitive exprimée par le sujet ou rapportée par une personne de
son entourage, traduisant une baisse subjective du fonctionnement
de sa mémoire ; 2) cette baisse doit être objectivée par un déficit
à des tests de mémoire, déficit défini par un score inférieur à
1,5 écart type en dessous de la moyenne obtenue par des sujets
d’âge et de niveau culturel comparables ; 3) cette altération de la
mémoire doit rester isolée et, en particulier, le fonctionnement
cognitif global doit être strictement préservé ; 4) il en est de
même pour les activités de la vie quotidienne puisque les critères
précisent que leur intégrité est requise, même s’il est stipulé
qu’une discrète diminution dans ce champ peut être observée.
Il est maintenant bien reconnu qu’un déclin des fonctions
cognitives est objectivable plusieurs années avant que les sujets
ne répondent aux critères internationaux de MA probable [4].
De même, le développement des techniques d’imagerie cérébrale
a permis de mettre en évidence des modifications cérébrales
précoces, structurelles et fonctionnelles, liées à l’évolution des
pathologies neurodégénératives. La réunion d’un groupe
d’experts sur le MCI qui s’est tenue en 2003 [5] a proposé une
extension des critères de Petersen, différenciant ainsi des
sous-types de MCI en fonction de la présentation clinique : les MCI
« domaine unique » pour lesquels le déficit peut concerner la
mémoire (MCI amnésique) ou un autre secteur cognitif (MCI non
amnésique) et les MCI « multidomaines » avec ou sans troubles de la
mémoire à long-terme.
Le risque pour les sujets MCI d’évoluer vers une maladie
d’Alzheimer est élevé : le taux de conversion annuel des MCI vers
la MA est d’environ 25 à 30 % selon les études et le processus
concerne en majorité les MCI de type amnésique [6, 7]. Néanmoins,
ce chiffre est probablement surestimé car un certain nombre de
travaux incluent dans leurs groupes de MCI des patients répondant
déjà aux critères de MA très débutante probable. Par ailleurs, s’il
existe également un risque de progression vers un autre type de
démence, il faut rappeler qu’une certaine proportion de sujets MCI
reste stable, certains recouvrant même des performances normales
[8].
Les diverses techniques d’imagerie dont on dispose à l’heure
actuelle se définissent en fonction du type de signal enregistré.
Un très grand nombre de recherches dans le domaine du MCI, parmi
les plus récentes, sont réalisées au moyen d’imagerie par résonance
magnétique (IRM). Il est donc intéressant de faire le point
sur l’avancée des travaux, cette technique devenant un outil
diagnostique de plus en plus puissant. D’autres méthodes d’imagerie
fournissent des indices importants pour la compréhension des
modifications cérébrales lors de l’installation et de l’évolution
de pathologies neurodégénératives, notamment celles qui utilisent
des traceurs radioactifs afin d’étudier le métabolisme et le débit
sanguin cérébral (tomographie par émission de positons (TEP ou
PET-scan) ; tomographie monophonique, (TMP ou SPECT)), ou encore
pour visualiser certaines lésions caractéristiques comme les
plaques bêta-amyloïdes (PIB). Cette synthèse se limite toutefois à
une revue des travaux réalisés en IRM. Malgré cette limitation, une
telle revue de la littérature se heurte à un certain nombre
d’obstacles en raison de la variété des méthodologies utilisées
dans les recherches. Les principales différences constatées
entre les travaux concernent la puissance des appareils d’imagerie
employés, le mode de traitement des données, les critères utilisés
et les tests neuropsychologiques pratiqués afin de définir le type
de MCI des sujets participant aux études. Autant de différences
rencontrées dans les travaux publiés qui rendent difficile la
comparaison de leurs résultats.
L’IRM repose sur les propriétés magnétiques que possèdent les
noyaux des atomes et s’intéresse spécialement aux atomes
d’hydrogènes puisqu’ils sont en abondance dans le corps en général
et dans le cerveau en particulier. Cinq grands types d’IRM sont
utilisés, selon ce que cette technique s’attache à décrire : l’IRM
morphologique détermine le volume de différentes régions, l’IRM
fonctionnelle caractérise l’activation de régions spécifiques au
cours de la réalisation de certains types de tâches, l’IRM de
diffusion évalue les modifications de la microstructure cérébrale à
travers les mesures de diffusion de l’eau, l’IRM de perfusion
étudie le débit sanguin cérébral et enfin la spectroscopie IRM
détermine la présence et la concentration d’un certain nombre de
métabolites (tableau 1).
IRM structurelle ou morphologique
IRM, vieillissement normal et risque d’évolution vers
le MCI
La quasi-totalité des études morphométriques réalisées depuis plus
de 15 ans conclut à une diminution du volume du cerveau
accompagnée d’une augmentation de volume du liquide
céphalorachidien au cours du vieillissement normal [9, 10].
Progressivement, les travaux se sont centrés sur les régions
temporales qui jouent un rôle clé dans le fonctionnement mnésique
et des corrélations ont été retrouvées entre la diminution du
volume hippocampique et l’âge [11, 12]. L’atrophie semble toucher
de façon plus importante la tête des hippocampes, mais certains
travaux suggèrent que cette perte de volume n’est pas linéaire au
cours du vieillissement et décrivent une accélération du processus
à partir de l’âge de 80 ans environ [13]. L’ensemble des
études concluent également à une forte corrélation entre l’atrophie
de la région préfrontale et l’âge [14].
Certaines modifications morphologiques semblent cependant
annoncer une évolution pathologique. Des travaux ont ainsi pu
montrer une réduction significative du volume des lobes temporaux
médians antérieurs et du gyrus angulaire gauche chez des personnes
exemptes de tout symptôme cognitif, mais qui seront diagnostiquées
MCI de type amnésique 4 ans plus tard en moyenne [15]. Plus
récemment, ces résultats ont été confirmés par une étude de Duara
et al. [16] qui a mis en évidence une corrélation entre
l’augmentation de l’atrophie de la région temporale et le déclin
cognitif des sujets âgés allant de normaux à MCI amnésiques puis
déments de type Alzheimer. La mesure de l’atrophie temporale
médiane constituerait donc un outil important permettant de
distinguer les sujets âgés sans trouble cognitif des sujets
présentant un MCI amnésique débutant.
Tableau 1 Synthèse des techniques d’IRM et
résultats cités dans cette revue.Table 1. Overview of the principal
MRI technics and results referenced in this review.
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Type d’IRM
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Principe
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Méthodes et mesures
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MCI vs sujets âgés sains
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Pronostic de conversion vers MA
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IRM structurale
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Mesures de volume établies par établissement du rapport entre
mesures du cortex et de la substance blanche
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Mesures manuelles : Région d’intérêt
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Atrophie : Gyrus hippocampique Hippocampe Cortex entorhinal
Amincissement de l’épaisseur corticale : régions temporales
médianes Augmentation de volume : ventricules et corne
temporale
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Diminution de volume du cortex entorhinal Atrophie hippocampique :
région latérale supérieure
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Mesures automatisées : - Morphométrie par voxel - Épaisseur
corticale
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Diminution de l’épaisseur corticale : - temporale latérale gauche -
temporale médiane droite
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Rythme d’augmentation du volume ventriculaire
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IRM fonctionnelle
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Description des « activations » cérébrales au cours de tâches
motrices, sensorielles ou cognitives
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Effet BOLD
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Hyperactivation des zones temporo-médianes chez les MCI légers
Hypoactivation des zones temporo-médianes chez les MCI modérés
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Hypoactivation des régions temporo-médianes
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IRM de diffusion
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Evaluation de l’intégrité des microstructures par mesure de la
diffusion de l’eau (traceur endogène)
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Imagerie pondérée en diffusion Coefficient apparent de diffusion
(ADC)
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Augmentation de l’ADC dans les lobes temporaux
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Imagerie en tenseur de diffusion - coefficient apparent de
diffusion (ADC) - fraction d’anisotropie (FA) - taux relatif
d’anisotropie (TRA)
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Augmentation de l’ADC de la SB des lobes temporaux
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IRM de perfusion
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Mesure des paramètres de microvascularisation : débit et volume
sanguin cérébral, temps de transit moyen
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Utilisation d’un traceur exogène (produit de contraste =
gadolinium)
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Hypoperfusion du lobe pariétal inférieur
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Hypoperfusion prononcée des cortex cingulaire, temporal médian, et
hippocampique
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Utilisation d’un traceur endogène (marquage de spins : traceur =
sang saturé)
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Spectroscopie par résonance magnétique
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Etude de la composition moléculaire des tissus
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Quantification de métabolites - N-acétyl-aspartate (NAA) - créatine
(Cr) - myo-inositol (ml)
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Diminution du NAA dans les hippocampes Augmentation du ml dans les
hippocampes
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Baisse du rapport de concentration NAA/Cr dans le gyrus cingulaire
et hippocampes Augmentation du rapport ml/Cr hippocampique
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IRM et MCI
La caractérisation des modifications cérébrales chez les sujets
MCI, en particulier de type amnésique, est le centre de nombreux
travaux au sein desquels l’IRM prend une place grandissante depuis
quelques années.
Études en « régions d’intérêt »
Les études réalisées en « régions d’intérêt » portent pour la
plupart sur les modifications volumétriques des régions temporales
médianes. Elles montrent, chez les MCI, une atrophie similaire à
celle qui est observée chez les patients présentant une démence de
type Alzheimer, bien que moins étendue et moins prononcée. Cette
atrophie concerne principalement le gyrus hippocampique,
l’hippocampe lui-même et l’amygdale. La localisation de ces
anomalies se superpose au modèle de progression des lésions
intracérébrales décrites dans la maladie d’Alzheimer [17, 18], ce
qui suggère un lien entre les données neuropathologiques et celles
de la neuro-imagerie. Les données de travaux comme ceux de
Pennanen [19] confirment que les premières lésions mises en
évidence dans la MA se situent dans le cortex entorhinal, étayant
ainsi l’hypothèse que les troubles cognitifs du MCI constituent le
stade préclinique de la MA.
Très récemment, dans la lignée de ces résultats, une étude menée
par Desikan [20] confirme que c’est la mesure du volume du cortex
entorhinal qui permet de prédire le mieux la progression vers une
MA. En revanche, la baisse du volume hippocampique permet de
distinguer les sujets MCI des sujets âgés normaux [21].
D’autres structures cérébrales ont aussi fait l’objet d’études
dans le cadre du MCI.
Des travaux ont en effet porté sur les ventricules cérébraux et
la corne temporale [22]. Les mesures volumétriques ont montré
une augmentation significative de ces structures chez les patients
présentant une MA par rapport aux normaux et MCI dans des travaux
qui ne font pas de distinction concernant les sous-types de
MCI.
Un certain nombre de travaux [23, 24], au moyen de l’IRM avec
traitement automatisé, ont révélé un amincissement de l’épaisseur
du cortex chez des MCI avec troubles isolés de la mémoire, par
rapport à des sujets âgés normaux. Cette diminution de l’épaisseur
corticale est particulièrement marquée dans la région temporale
médiane, à proximité de l’emplacement du cortex entorhinal.
Cependant, des différences apparaissent aussi au niveau d’autres
régions (zones associatives préfrontales, partie supérieure des
lobes pariétaux) et l’amincissement est retrouvé globalement plus
prononcé dans l’hémisphère gauche. C’est dans cet axe de recherche
que se situe le travail très récemment publié par Querbes
et al. [25]. Cette équipe a confirmé l’amincissement du cortex
avec l’âge. Mais surtout, elle a retrouvé une diminution
significative de l’épaisseur corticale chez les sujets MCI
amnésiques qui ont évolué vers une MA. Les régions concernées
sont les zones temporale latérale gauche et médiane droite ainsi
que cingulaire postérieure droite. Les résultats obtenus
permettent aux auteurs de conclure que l’indice d’amincissement
cortical, dans ces régions, permet de prédire, avec une bonne
validité, les sujets qui évolueront vers la MA, en moyenne
2 ans avant que les critères de la maladie ne soient remplis.
Mais ce travail met en évidence qu’à niveau de performances
cognitives égales, les sujets MCI de haut niveau d’études ont un
cortex plus fin que ceux de plus bas niveau. Ce constat est en
faveur de l’hypothèse de la « réserve cognitive », hypothèse selon
laquelle les différences individuelles au niveau des processus
cognitifs ou des réseaux neuronaux qui sous-tendent les
performances à une tâche donnée permettent à certains sujets de
mieux « résister » que d’autres aux atteintes cérébrales [26].
Ainsi, les sujets MCI de haut niveau, disposant d’une meilleure
réserve cognitive que ceux de niveau plus faible, masqueraient les
premiers signes de déficit cognitif. Ces résultats renforcent
donc l’idée que l’évaluation clinique seule n’est pas suffisante
pour la détection des troubles très débutants car elle ne peut
traduire la réalité de la pathologie sous-jacente. La mesure
de l’épaisseur corticale ne dépend pas de la réserve cognitive.
Morphométrie voxel par voxel
La morphométrie voxel par voxel (VBM : Voxel-based morphometry),
entièrement automatisée, permet une analyse sur la totalité du
cerveau. Elle est sensible à de petites différences anatomiques.
En considérant la mesure du volume global de la substance grise
(SG), aucune différence significative entre les sujets âgés sains,
MCI et MA n’a pu être montrée. En revanche, en se centrant sur le
lobe temporal médian (hippocampe, gyrus hippocampique, amygdale),
une différence de volume apparaît entre les MCI et les sujets
contrôles. Enfin, une baisse de volume des cortex associatifs
pariétal et pariétal supérieur est observée chez les patients MA
par rapport aux MCI amnésiques [27, 28]. Des résultats
comparables ont été obtenus quant au volume de la substance blanche
(SB) [29]. Cela tend à prouver que le déclin mnésique est le fait
de modifications conjointes du cortex et de la SB, provoquant une
déconnexion partielle des structures hippocampiques des systèmes
permettant l’entrée d’informations.
IRM et évolution du MCI
Le risque considérablement accru de développer une MA que constitue
le fait de présenter un MCI a poussé les chercheurs à déterminer
des éléments prédictifs de conversion vers la démence. Certaines
études [30] ont montré que le volume de l’hippocampe, et donc son
degré d’atrophie, constituait un indicateur d’évolution vers la
démence. Très récemment, dans un travail original, Chételat
et al. [31] ont observé qu’une atrophie marquée de la région
latérale supérieure de chaque hippocampe (zone CA1) était présente
chez les MCI, qu’ils évoluent ou non vers une MA, mais elle était
plus importante chez les MCI qui se convertissent rapidement.
L’atrophie de cette région est la même que chez les patients MA
alors que, dans le vieillissement normal, la perte de substance
grise concerne la partie inférieure de l’hippocampe qui correspond
au subiculum. Ces résultats semblent, depuis, confirmés par
d’autres recherches [32].
Cependant, tous les travaux n’ont pas observé cette atrophie et
certaines recherches aboutissent à la conclusion que la mesure du
volume total du cerveau et des ventricules a un meilleur pouvoir
prédictif du risque d’évolution des MCI vers la MA. [33]. Sans
remettre en question l’intérêt de la mesure des régions temporales
médianes, d’autres mesures en IRM peuvent donc constituer des
éléments intéressants pour la prédiction de l’évolution vers la MA.
Notamment, certains travaux récents soulignent le caractère
particulièrement intéressant des modifications du volume
ventriculaire. L’étude de Carlson [34] fait ressortir que
l’augmentation annuelle du volume ventriculaire est plus rapide
chez les sujets qui vont développer ultérieurement des troubles
cognitifs que chez ceux qui resteront cognitivement sains,
suggérant ainsi que c’est davantage le rythme des modifications qui
constitue un élément important, plutôt que l’augmentation du volume
en valeur absolue.
Certains travaux viennent toutefois relativiser la portée des
techniques de volumétrie dans la capacité à prédire la conversion
des MCI en maladie d’Alzheimer. Une étude menée par Fleisher [35] a
montré, en effet, que les données cliniques et, en particulier, la
combinaison de certaines mesures du fonctionnement cognitif (ADAS
cog, rappel à long terme d’une liste de mots et de récit, épreuve
d’attention sélective) offraient une prédiction plus précise du
risque de conversion vers la MA que les données de l’imagerie.
Comme cela a été mentionné plus haut, comparer directement les
résultats obtenus par divers travaux publiés est cependant parfois
très difficile compte tenu des différences manifestes d’une étude à
l’autre en termes de populations, de critères et d’épreuves
utilisées dans la détection des troubles cognitifs, de degré de
sévérité et d’atteinte des patients étiquetés MCI, mais également
en termes de techniques d’acquisition en IRM et de modalités de
traitement des images.
Quoi qu’il en soit, les apports déjà considérables de l’IRM dans
l’approche morphologique du cerveau n’en sont qu’à leurs débuts. En
effet, la quasi-totalité des travaux jusqu’ici réalisés utilisent
des machines produisant des champs magnétiques de 1,5 à
3 teslas. Mais grâce à des appareils d’IRM d’une puissance de
7 teslas et plus, les premières études à très haute résolution
commencent à voir le jour [36] et dans un avenir proche permettront
certainement d’observer les changements encore actuellement
imperceptibles dans les hippocampes et dans bien d’autres
structures cérébrales.
IRM fonctionnelle (IRMf)
La possibilité de coupler des ordinateurs de plus en plus puissants
aux appareils d’IRM a permis, depuis le début des années 1990, le
développement de l’IRM fonctionnelle. Cette technique est basée sur
l’observation des variations de l’oxygénation du sang et du débit
sanguin cérébral dans certaines régions, qui se produisent lors de
toute activité neuronale. Des augmentations locales d’activité
synaptique génèrent dans un premier temps, localement, des
augmentations de consommation d’oxygène. À ce stade, la
concentration en dHb (désoxyhémoglobine) augmente, car de l’oxygène
lié à l’hémoglobine est dissocié de celle-ci pour être livré aux
tissus. Secondairement, on observe une augmentation de débit et de
volume sanguin cérébral régional visant à enrichir le réseau
capillaire veineux en oxyhémoglobine, mais dépassant de loin les
besoins locaux effectifs. Cela entraîne une diminution relative de
la concentration veineuse en dHb : ce phénomène constitue la
réponse BOLD. Ces diminutions sont à l’origine
d’inhomogénéités du champ magnétique, qui réduisent les valeurs
locales du signal enregistré. L’application de procédures complexes
de traitement des images permettra ensuite de définir des cartes
d’activation indiquant la probabilité d’activation d’une zone en
fonction du paradigme effectué.
Les troubles mnésiques étant inauguraux dans la MA, de nombreux
chercheurs ont étudié l’activation cérébrale de patients atteints
de perturbations mnésiques lors de la réalisation de tâches de
mémoire et d’identifier, par cette méthode, les anomalies du
fonctionnement de régions cérébrales précises.
Le lobe temporal médian (MTL) est certainement, à l’heure
actuelle, la région la plus étudiée en IRMf dans le champ de la MA
et du MCI. L’ensemble des travaux en IRMf réalisés à ce jour a mis
en évidence une diminution significative de l’activation des
régions temporales médianes pendant différentes tâches de mémoire,
chez les patients MA par comparaison avec des sujets âgés
sains.
Les tâches de mémoire épisodique utilisées dans ces travaux ont
permis d’observer l’activité cérébrale pendant les processus
d’encodage et de restitution de l’information. Ainsi, au cours de
tâches d’encodage, certains auteurs ont constaté une baisse de
l’activation dans les hippocampes et les régions parahippocampiques
chez des patients MA comparés aux contrôles [37]. D’autres, plus
globalement, l’ont observée dans les lobes temporaux et le MTL
[38]. En parallèle de cette diminution d’activation, il a pu être
mis en évidence une augmentation de l’activation dans d’autres
régions et en particulier dans la zone préfrontale [39].
Ces résultats suggèrent que des régions qui ne sont pas
typiquement dévolues à des processus mnésiques peuvent être
recrutées pendant la réalisation d’une tâche particulière de
mémoire chez des patients atteints de MA.
Chez les MCI, les résultats des études ne sont pas toujours
aussi homogènes. Certaines rapportent une hyperactivation du MTL
pendant l’encodage de tâches mnésiques chez des sujets MCI comparés
à des sujets âgés sains et à des patients MA [38, 40], alors que
d’autres n’ont pas mis en évidence cette augmentation d’activation
[41-43].
La variabilité des données obtenues d’une étude à l’autre chez
les MCI en IRMf est très certainement le fait de plusieurs facteurs
: l’hétérogénéité des tâches mnésiques utilisées, des méthodes
d’analyse des signaux et des populations recrutées. Enfin, les
travaux diffèrent quant au degré de sévérité de l’atteinte
cognitive des patients MCI, ce qui a un impact sur leur capacité à
réaliser les paradigmes proposés lors de l’examen en IRMf.
Il apparaît chez les sujets MCI, au terme de certaines
recherches, une corrélation nette entre le degré de sévérité des
perturbations cliniques et l’ampleur de l’activation mesurée au
niveau des deux hippocampes. Ainsi, de façon paradoxale, plus les
patients sont altérés au plan clinique, plus la mesure de
l’activation dans ces régions est importante, mais ce jusqu’à un
certain point. C’est ce que confirme le travail de Celone
et al. [37] qui ont étudié des patients atteints de MA et deux
groupes de MCI : un groupe de MCI très légers et un second groupe
de MCI significativement plus déficitaires cliniquement. Cette
distinction entre les 2 groupes de MCI a été réalisée au moyen
des sous-scores obtenus aux 6 domaines évalués par l’échelle
clinique de démence de Morris (Clinical dementia rating scale ou
CDR) qui permettent l’obtention d’un indice (Sum of the boxes ou
CDR-SB), plus précis sur l’aspect quantitatif des déficits
fonctionnels que ne l’est le score global de cette échelle. Ainsi,
les MCI légers et ceux du groupe plus déficitaire avaient tous un
score global à la CDR égal à 0,5 mais les légers obtenaient
entre 0,5 et 1,5 au score CDR-SB alors que les plus
altérés se situaient entre 2,0 et 3,5. Les résultats
montrent une hyperactivation du MLT chez les MCI légers et une
hypoactivation de cette même région chez les plus déficients, tout
comme chez les patients MA et ce, même après correction par le
volume hippocampique.
Ces données semblent confirmer l’hypothèse que la phase
d’hyperactivation du MLT chez les MCI reflète un processus
dynamique : elle constituerait une réponse de type compensatoire
aux dommages produits par les lésions neuropathologiques présentes
très tôt dans le cours de la MA. Cette interprétation est renforcée
par le constat que certains patients MCI avec une nette atrophie
hippocampique obtiennent des scores similaires aux tâches de
mémoire que ceux qui présentent une atrophie moins importante.
Ces résultats suggèrent donc que les processus
physiopathologiques qui sont à l’œuvre très tôt dans l’évolution de
la MA endommagent les réseaux neuronaux de la mémoire. Après une
première période d’augmentation de l’activation des hippocampes à
des fins compensatrices, on assiste à une perte progressive de
cette activation à mesure que les lésions progressent et ce jusqu’à
une hypoactivation dans la MA. Ce constat renforce l’idée du
lien qui existe entre ces anomalies et les autres perturbations
cérébrales, notamment des perturbations dans la désactivation et
des ruptures de connexions dans ces régions [37, 44].
IRM de diffusion
L’exploration de la diffusion en IRM permet la visualisation, in
vivo, de la substance blanche et de la substance grise (cortex et
noyaux gris centraux) par le calcul de coefficients de diffusion
apparents (ADC) qui indiquent la répartition de l’eau dans les
espaces inter et intracellulaires, la densité cellulaire et celle
des protéines. Cette technique permet donc d’apprécier le degré
d’intégrité des microstructures du cerveau.
Dans le vieillissement normal, il existe une augmentation de la
diffusion dans l’ensemble du cerveau, plus ou moins importante en
fonction des régions étudiées [45-47], données compatibles avec
l’idée que le vieillissement cérébral s’accompagne d’une perte
neuronale progressive et d’une lente diminution de la matière
cérébrale.
Les travaux réalisés au moyen de l’IRM de diffusion dans ce
domaine se sont vraiment développés depuis environ 10 ans,
mais ils ont abouti à des résultats parfois contradictoires. Ainsi,
certaines études comparant les coefficients de diffusion de
patients avec MA à ceux de sujets contrôles n’ont pas mis en
évidence de différence significative entre les groupes étudiés, en
particulier dans la zone hippocampique [48]. À l’inverse, d’autres
études ont rapporté une sensible augmentation de l’ADC
hippocampique chez des patients atteints de MA [49] et chez des
patients MCI [50] comparés à des sujets contrôles. Cette élévation
refléterait les changements structuraux précocement présents chez
les sujets qui évolueront vers une MA.
D’autres travaux centrés sur l’étude des modifications à un
stade prédémentiel ont confirmé ces résultats. Ils ont, de
plus, retrouvé une corrélation négative entre l’ADC et les mesures
de volumétrie dans les hippocampes chez les MCI [51], montrant
l’intérêt du couplage de plusieurs techniques d’IRM.
Par ailleurs, l’augmentation de l’ADC dans les lobes temporaux
paraît corrélée à la sévérité des déficits mnésiques en mémoire à
long terme [52]. L’augmentation de cet indice dans les autres
régions cérébrales n’a pas été systématiquement retrouvée [53,
54].
La technique d’IRM en tenseur de diffusion, qui utilise la
propriété d’anisotropie des molécules d’eau dans les tissus,
s’attache au calcul des propriétés de l’écoulement de l’eau, soient
les caractéristiques tensorielles de la diffusion. Deux indices
sont alors calculés en plus de l’ADC : la fraction d’anisotropie
(FA) et le taux relatif d’anisotropie (TRA). Utilisée en régions
d’intérêt, cette technique a permis de préciser certaines données
dans le cas des pathologies neurodégénératives et de confirmer des
hypothèses.
Dans le cas de la MA, l’hypothèse selon laquelle la
désorganisation de la SB devrait se traduire par une perte de
l’anisotropie a été vérifiée : dans les régions temporales, on a
observé une augmentation de la diffusivité et donc de l’ADC
[55-58]. En parallèle, une diminution de la FA et du TRA dans ces
mêmes régions a souvent été observée. Cette baisse des indices
d’anisotropie s’étend aux régions pariétales, frontales,
occipitales [55] ainsi qu’au splénium du corps calleux [58].
Dans le cas du MCI, il semblait cohérent de supposer que des
modifications de la microstructure cérébrale étaient déjà présentes
et produisaient des effets mesurables. Jusqu’à une période récente,
les travaux réalisés ne fournissaient pas de données concordantes.
Mais certaines données ont pu être affinées. Ainsi, une
augmentation de l’ADC de la substance blanche des lobes temporaux a
été confirmée chez les MCI [59, 60]. Cet accroissement a été
retrouvé dans l’hippocampe gauche [61] et se révélait très corrélé
aux changements constatés dans le cortex, particulièrement en ce
qui concerne l’épaisseur corticale de ces mêmes régions [62].
Les données de diffusion peuvent être traitées par des logiciels
de tractographie (ou tracking de fibre). Ce traitement permet
de reconstituer le trajet de faisceaux de fibres dans la SB et d’en
donner une image en 3D [63]. Les régions d’intérêt sont donc
ici les voies de communication entre les structures cérébrales [64,
65].
Les études effectuées, encore peu nombreuses, s’accordent à
montrer la pertinence de cette technique pour la détection des
anomalies microstructurales à des stades précoces des maladies
neurodégénératives. Chez les patients MA, des anomalies de la
diffusion aux deux extrémités du faisceau unciné (FU) – qui relie
les gyri frontaux avec le lobe temporal à proximité de la région
hippocampique - ainsi que dans le faisceau occipito-frontal
inférieur gauche, ont été mises en évidence [66].
Ces résultats tendent à montrer que la fraction d’anisotropie
dans le FU traduit la progression des lésions histopathologiques
par le biais de cette voie neuronale. Cette valeur serait donc un
outil pertinent à utiliser comme biomarqueur de l’évolution de la
MA. À ce jour, aucun résultat n’est disponible, au moyen de la
tractographie, concernant le MCI.
Imagerie de perfusion en IRM
Le principe de cette technique d’investigation repose sur la mesure
du débit et du volume sanguin dans le cerveau permettant ainsi
d’obtenir des informations sur la microvascularisation des tissus
observés.
Les recherches menées dans ce domaine ont pu mettre en évidence
une diminution significative de la perfusion chez les patients
atteints de MA comparés à des sujets contrôles dans le cortex
associatif pariétal droit et dans le gyrus cingulaire postérieur
bilatéral [67], ce que les études réalisées en TEP et TMP avaient
antérieurement observé.
Dans le cas de sujets présentant des troubles cognitifs légers,
c’est la région du lobe pariétal inférieur qui est pointée par ce
même travail qui montre une baisse significative de la perfusion
par rapport aux sujets sains. Les sujets MCI se
différenciaient des patients MA par une meilleure perfusion dans
les gyri cingulaires postérieurs bilatéraux et les régions
pariétales inférieures en particulier.
Plusieurs travaux ont permis d’affiner ces résultats et ont
montré que le profil d’hypoperfusion permettait de différencier les
sujets MCI amnésiques stables de ceux qui étaient en phase de
conversion vers la démence. En effet, elle est particulièrement
prononcée dans les cortex cingulaires postérieur et/ou antérieur,
temporal médian et hippocampique chez les sujets en phase de
conversion vers la MA [68]. Les caractéristiques dynamiques de
la perfusion ont même été étudiées récemment [69] : les mesures de
débit sanguin cérébral ont pu être réalisées chez des sujets MCI
amnésiques pendant la réalisation d’une tâche cognitive consistant
en une épreuve d’encodage mnésique. Les résultats montrent une
augmentation significative d’environ 23 % du débit sanguin dans les
zones parahippocampiques droites chez les sujets normaux, ce qui
n’était pas retrouvé chez les MCI amnésiques. Les auteurs
concluent que les sujets âgés normaux montrent une capacité
préservée de moduler leur débit sanguin lorsqu’ils sont engagés
dans une tâche mnésique, ce que les sujets MCI amnésiques ne
peuvent plus faire.
Spectroscopie par résonance magnétique
En spectroscopie par résonance magnétique (SRM), l’objectif est de
quantifier les différentes molécules contenues dans les tissus et
d’identifier ceux qui sont spécifiquement impliqués dans les
processus physiologiques et pathologiques. Les métabolites
observables par cette technique sont en nombre restreint et
l’exploration se centre sur 3 d’entre eux : le
N-acétyl-aspartate (NAA), molécule présente dans les neurones sains
et donc pouvant être considérée, selon sa concentration, comme
marqueur de la perte neuronale ; la créatine (Cr) dont la
concentration reflète l’intensité du métabolisme énergétique ; et
le myo-inositol (ml) qui est un indicateur de souffrance des
cellules gliales.
Dès la fin des années 1990, une baisse du NAA dans les
hippocampes des patients MA et des MCI a été constatée au regard
des valeurs obtenues chez les contrôles ; de même, une augmentation
du ml dans ces mêmes régions a pu être observée chez les patients
cognitivement déficitaires [70, 71]. De plus, l’étude des
rapports de concentration NAA/Cr et NAA/ml a montré des différences
significatives entre les différents types de MCI et les patients
déments [72].
Enfin, l’intérêt de la SRM dans la prédiction du risque de
conversion des MCI en MA a été mis en évidence. Le rapport de
concentration NAA/Cr dans le gyrus cingulaire postérieur constitue
en effet un très bon facteur prédictif de conversion [72].
En outre, un travail très récent [52] a constaté une baisse du
rapport NAA/Cr et une augmentation du rapport ml/Cr dans les deux
hippocampes et dans le SB de la région temporo-pariétale des
patients atteints de MA comparés aux contrôles.
Ces rapports pourraient donc être considérés comme de bons
marqueurs de la progression vers la MA dès le stade précoce.
Ces données semblent en accord avec ce que l’on sait des
modifications physiopathologiques qui ont lieu au cours de
l’évolution de la MA : la baisse du NAA serait le reflet de la
perte neuronale mais également du dysfonctionnement neuronal,
l’augmentation de la Cr signerait l’existence d’un phénomène
inflammatoire à l’œuvre dans les cellules gliales.
Conclusion
Au cours de ces dernières années, l’avancée des connaissances dans
le champ du MCI au moyen de la neuro-imagerie est considérable.
Les différentes techniques d’IRM, au service de la recherche
et de la clinique, fournissent des indicateurs très prometteurs
pour la détection des modifications cérébrales précoces présentes
chez les sujets atteints de troubles cognitifs légers.
La région temporale médiane avec, en particulier, les structures
hippocampiques et le gyrus cingulaire postérieur apparaît, dans la
très grande majorité des travaux, comme particulièrement fragile,
les modifications cellulaires, structurales et métaboliques causées
par la maladie affectant spécialement cette région cérébrale.
La contribution de la neuro-imagerie dans le diagnostic de MA
est actuellement largement reconnue, l’IRM faisant partie des
examens recommandés en cas de suspicion de la maladie.
L’ensemble des techniques d’IRM disponibles à ce jour permet de
distinguer les sujets présentant un MCI des sujets sains et
d’estimer le risque, chez ces sujets, d’une progression vers la
démence. L’apport de ces méthodes d’investigation s’est révélé
particulièrement pertinent lorsque plusieurs de ces techniques
étaient combinées.
L’IRM morphologique ne constitue probablement pas, au vu des
données de la littérature, la technique la plus spécifique ni la
plus sensible dans la détection précoce des anomalies cérébrales.
Cependant, elle est certainement la méthode la plus accessible en
pratique courante, l’acquisition des données étant rapide et de
coût modéré. Les moyens de réaliser des évaluations
volumétriques quantitatives des régions temporales internes sont,
actuellement, peu disponibles et restent réservés au cadre de la
recherche clinique. En pratique plus routinière, on procède à une
analyse qualitative visuelle, les cliniciens portant un intérêt
particulier au volume de l’hippocampe et à la taille de la corne
ventriculaire temporale. Les techniques d’IRM de perfusion,
utilisées en routine dans le cas de tumeurs et l’IRM de diffusion
dans le cadre de l’ischémie, sont également relativement aisées à
mettre en œuvre mais restent, à l’heure actuelle, dans le cadre des
troubles cognitifs réservées à des cas atypiques et ne constituent
pas un examen systématique. Le même constat peut être fait à
propos de l’IRM fonctionnelle. Enfin, l’imagerie en tenseur de
diffusion est peut-être la technique qui ouvre aux perspectives les
plus intéressantes en apportant des connaissances nouvelles sur les
connexions anatomiques cérébrales et en permettant de suivre la
progression des lésions neuropathologiques.
Enfin, la contribution de l’IRM ne s’arrête pas là : elle permet
aussi d’apporter des éléments de réponse pour mieux cerner les
processus cérébraux à l’œuvre dans le cas du MCI. Nos connaissances
progressent sur les mécanismes en jeu et les données de la
neuro-imagerie tendent à étayer certains modèles explicatifs
proposés comme le concept de réserve cognitive ou encore
l’hypothèse de dysconnexion de certaines structures.
Les résultats des travaux récents confortent également l’idée
qu’il existe des mécanismes compensatoires, les profils
d’activation cérébrale révélant un degré plus important
d’activation dans certaines zones ou le recours à d’autres régions
pour pallier au déclin cognitif.
Néanmoins, à l’heure actuelle, aucune directive n’existe en ce
qui concerne la contribution de l’imagerie cérébrale à la
reconnaissance du MCI, les critères de celui-ci étant actuellement
uniquement cliniques. L’une des principales raisons tient
certainement au fait que la valeur diagnostique de ces méthodes
reste encore trop imprécise et n’a pas fait preuve d’une validité
suffisante dans les examens individuels, les résultats pertinents
obtenus dans les recherches l’ayant été sur des cohortes de
patients. L’autre raison tient au concept de MCI en lui-même qui,
bien que largement utilisé, reste sujet à de nombreuses
controverses, et pour lequel on ne dispose, à l’heure actuelle, pas
de critères consensuels.
Points clés
- ● Toutes les études d’IRM morphométrique montrent une
baisse du volume hippocampique chez les MCI amnésiques par rapport
aux sujets âgés normaux et le degré d’atrophie de ces structures
constitue un indicateur fiable de conversion vers la démence.
- ● Les modifications anatomiques présentes dans le cortex
temporal médian des sujets MCI ne sont pas isolées et
s’accompagnent de perturbations de la substance blanche qui
contribuent au déclin mnésique par déconnexion partielle des
hippocampes des systèmes d’entrée de l’information.
- ● Les modifications métaboliques cérébrales qui
accompagnent l’installation des troubles cognitifs sont
quantifiables à un stade préclinique et corrélées à l’intensité du
déclin cognitif.
- ● Les anomalies structurelles et fonctionnelles
observées chez les MCI amnésiques décrites dans la littérature
concordent avec la distribution et l’évolution des lésions
histopathologiques retrouvées dans la MA.
Conflit d’intérêts
: aucun.
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