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Apport de l’IRM à la caractérisation du MCI


Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement. Volume 8, Numéro 1, 53-64, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/pnv.2010.0200

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Caroline Baclet-Roussel, Joël Ankri, Anne-Marie Ergis , Laboratoire de psychopathologie et de neuropsychologie cliniques EA 4057, Institut de psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne Billancourt, Laboratoire Santé et vieillissement, EA 2506, UVSQ, Centre de gérontologie, Hôpital Sainte Périne, APHP, Paris.

Résumé : Les troubles cognitifs légers ou Mild cognitive impairment (MCI) représentent un important facteur de risque d’évolution vers la maladie d’Alzheimer (MA) ou d’autres syndromes démentiels. De nombreux travaux s’attachent, depuis une quinzaine d’années, à caractériser les modifications cérébrales désormais décelables, in vivo, dès les stades précoces de la maladie, grâce à des techniques d’imagerie cérébrale de plus en plus performantes. Cet article a pour objectif de faire le point sur les anomalies cérébrales mises en évidence chez les sujets MCI au moyen des diverses techniques d’imagerie par résonance magnétique (IRM) disponibles à ce jour. Les contributions de chaque type d’IRM (morphologique, métabolique et fonctionnelle) au diagnostic précoce des troubles cognitifs sont également présentées, ainsi que leur pouvoir prédictif de l’évolution vers une pathologie démentielle, le MCI constituant dans un certain nombre de cas la phase prodromale de la MA. Enfin, les données obtenues au moyen de l’IRM contribuent à la compréhension des mécanismes cognitifs et cérébraux en jeu au cours du vieillissement normal et dans l’installation de troubles cognitifs légers. Nous aborderons donc, au fil des recherches présentées dans cette synthèse, les arguments qui permettent d’étayer certains modèles explicatifs tels que l’existence de processus dynamiques compensatoires ou encore l’impact des mécanismes de dysconnexion.

Mots-clés : imagerie cérébrale, trouble cognitif léger, Mild cognitive impairment (MCI), maladie d’Alzheimer (MA), lobe temporal médian

ARTICLE

Auteur(s) : Caroline Baclet-Roussel1,2, Joël Ankri2, Anne-Marie Ergis1

1Laboratoire de psychopathologie et de neuropsychologie cliniques EA 4057, Institut de psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne Billancourt
2Laboratoire Santé et vieillissement, EA 2506, UVSQ, Centre de gérontologie, Hôpital Sainte Périne, APHP, Paris

La pratique de l’imagerie cérébrale dans le champ de la maladie d’Alzheimer a longtemps été limitée au scanner encéphalique avec pour objectif de contribuer au diagnostic en permettant d’exclure d’autres causes de démences. Avec l’émergence de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), la contribution de cet examen au diagnostic des maladies neurodégénératives est devenue essentielle. En effet, dans ses dernières recommandations concernant le diagnostic de la maladie d’Alzheimer (MA) et des maladies apparentées, la Haute autorité de santé (HAS) [1] préconise de façon systématique la pratique d’une IRM. Cette imagerie n’a pas uniquement pour objectif l’élimination d’autres causes pouvant expliquer la symptomatologie, mais de permettre d’objectiver une atrophie avec une cible spécifique : la région hippocampique.

Porter précocement le diagnostic de MA, avant l’apparition du syndrome démentiel, est devenu un enjeu de première ligne et les travaux se sont concentrés, depuis une quinzaine d’années, sur les sujets âgés présentant un tableau de Mild cognitive impairment (MCI) (Trouble cognitif léger). Bien qu’actuellement très controversé, le concept de MCI, tel que Petersen l’a défini en 1995 [2] puis révisé en 2004 [3], a permis de synthétiser et clarifier les différentes tentatives de classification des modifications cognitives qui surviennent dans la « zone intermédiaire » entre vieillissement cérébral normal et pathologique. La définition, qu’il a proposée, purement clinique, comporte : 1) une plainte cognitive exprimée par le sujet ou rapportée par une personne de son entourage, traduisant une baisse subjective du fonctionnement de sa mémoire ; 2) cette baisse doit être objectivée par un déficit à des tests de mémoire, déficit défini par un score inférieur à 1,5 écart type en dessous de la moyenne obtenue par des sujets d’âge et de niveau culturel comparables ; 3) cette altération de la mémoire doit rester isolée et, en particulier, le fonctionnement cognitif global doit être strictement préservé ; 4) il en est de même pour les activités de la vie quotidienne puisque les critères précisent que leur intégrité est requise, même s’il est stipulé qu’une discrète diminution dans ce champ peut être observée.

Il est maintenant bien reconnu qu’un déclin des fonctions cognitives est objectivable plusieurs années avant que les sujets ne répondent aux critères internationaux de MA probable [4]. De même, le développement des techniques d’imagerie cérébrale a permis de mettre en évidence des modifications cérébrales précoces, structurelles et fonctionnelles, liées à l’évolution des pathologies neurodégénératives. La réunion d’un groupe d’experts sur le MCI qui s’est tenue en 2003 [5] a proposé une extension des critères de Petersen, différenciant ainsi des sous-types de MCI en fonction de la présentation clinique : les MCI « domaine unique » pour lesquels le déficit peut concerner la mémoire (MCI amnésique) ou un autre secteur cognitif (MCI non amnésique) et les MCI « multidomaines » avec ou sans troubles de la mémoire à long-terme.

Le risque pour les sujets MCI d’évoluer vers une maladie d’Alzheimer est élevé : le taux de conversion annuel des MCI vers la MA est d’environ 25 à 30 % selon les études et le processus concerne en majorité les MCI de type amnésique [6, 7]. Néanmoins, ce chiffre est probablement surestimé car un certain nombre de travaux incluent dans leurs groupes de MCI des patients répondant déjà aux critères de MA très débutante probable. Par ailleurs, s’il existe également un risque de progression vers un autre type de démence, il faut rappeler qu’une certaine proportion de sujets MCI reste stable, certains recouvrant même des performances normales [8].

Les diverses techniques d’imagerie dont on dispose à l’heure actuelle se définissent en fonction du type de signal enregistré. Un très grand nombre de recherches dans le domaine du MCI, parmi les plus récentes, sont réalisées au moyen d’imagerie par résonance magnétique (IRM). Il est donc intéressant de faire le point sur l’avancée des travaux, cette technique devenant un outil diagnostique de plus en plus puissant. D’autres méthodes d’imagerie fournissent des indices importants pour la compréhension des modifications cérébrales lors de l’installation et de l’évolution de pathologies neurodégénératives, notamment celles qui utilisent des traceurs radioactifs afin d’étudier le métabolisme et le débit sanguin cérébral (tomographie par émission de positons (TEP ou PET-scan) ; tomographie monophonique, (TMP ou SPECT)), ou encore pour visualiser certaines lésions caractéristiques comme les plaques bêta-amyloïdes (PIB). Cette synthèse se limite toutefois à une revue des travaux réalisés en IRM. Malgré cette limitation, une telle revue de la littérature se heurte à un certain nombre d’obstacles en raison de la variété des méthodologies utilisées dans les recherches. Les principales différences constatées entre les travaux concernent la puissance des appareils d’imagerie employés, le mode de traitement des données, les critères utilisés et les tests neuropsychologiques pratiqués afin de définir le type de MCI des sujets participant aux études. Autant de différences rencontrées dans les travaux publiés qui rendent difficile la comparaison de leurs résultats.

L’IRM repose sur les propriétés magnétiques que possèdent les noyaux des atomes et s’intéresse spécialement aux atomes d’hydrogènes puisqu’ils sont en abondance dans le corps en général et dans le cerveau en particulier. Cinq grands types d’IRM sont utilisés, selon ce que cette technique s’attache à décrire : l’IRM morphologique détermine le volume de différentes régions, l’IRM fonctionnelle caractérise l’activation de régions spécifiques au cours de la réalisation de certains types de tâches, l’IRM de diffusion évalue les modifications de la microstructure cérébrale à travers les mesures de diffusion de l’eau, l’IRM de perfusion étudie le débit sanguin cérébral et enfin la spectroscopie IRM détermine la présence et la concentration d’un certain nombre de métabolites (tableau 1).

IRM structurelle ou morphologique

IRM, vieillissement normal et risque d’évolution vers le MCI

La quasi-totalité des études morphométriques réalisées depuis plus de 15 ans conclut à une diminution du volume du cerveau accompagnée d’une augmentation de volume du liquide céphalorachidien au cours du vieillissement normal [9, 10]. Progressivement, les travaux se sont centrés sur les régions temporales qui jouent un rôle clé dans le fonctionnement mnésique et des corrélations ont été retrouvées entre la diminution du volume hippocampique et l’âge [11, 12]. L’atrophie semble toucher de façon plus importante la tête des hippocampes, mais certains travaux suggèrent que cette perte de volume n’est pas linéaire au cours du vieillissement et décrivent une accélération du processus à partir de l’âge de 80 ans environ [13]. L’ensemble des études concluent également à une forte corrélation entre l’atrophie de la région préfrontale et l’âge [14].

Certaines modifications morphologiques semblent cependant annoncer une évolution pathologique. Des travaux ont ainsi pu montrer une réduction significative du volume des lobes temporaux médians antérieurs et du gyrus angulaire gauche chez des personnes exemptes de tout symptôme cognitif, mais qui seront diagnostiquées MCI de type amnésique 4 ans plus tard en moyenne [15]. Plus récemment, ces résultats ont été confirmés par une étude de Duara et al. [16] qui a mis en évidence une corrélation entre l’augmentation de l’atrophie de la région temporale et le déclin cognitif des sujets âgés allant de normaux à MCI amnésiques puis déments de type Alzheimer. La mesure de l’atrophie temporale médiane constituerait donc un outil important permettant de distinguer les sujets âgés sans trouble cognitif des sujets présentant un MCI amnésique débutant.

Tableau 1 Synthèse des techniques d’IRM et résultats cités dans cette revue.Table 1. Overview of the principal MRI technics and results referenced in this review.

Type d’IRM

Principe

Méthodes et mesures

MCI vs sujets âgés sains

Pronostic de conversion vers MA

IRM structurale

Mesures de volume établies par établissement du rapport entre mesures du cortex et de la substance blanche

Mesures manuelles : Région d’intérêt

Atrophie : Gyrus hippocampique Hippocampe Cortex entorhinal Amincissement de l’épaisseur corticale : régions temporales médianes Augmentation de volume : ventricules et corne temporale

Diminution de volume du cortex entorhinal Atrophie hippocampique : région latérale supérieure

Mesures automatisées : - Morphométrie par voxel - Épaisseur corticale

Diminution de l’épaisseur corticale : - temporale latérale gauche - temporale médiane droite

Rythme d’augmentation du volume ventriculaire

IRM fonctionnelle

Description des « activations » cérébrales au cours de tâches motrices, sensorielles ou cognitives

Effet BOLD

Hyperactivation des zones temporo-médianes chez les MCI légers Hypoactivation des zones temporo-médianes chez les MCI modérés

Hypoactivation des régions temporo-médianes

IRM de diffusion

Evaluation de l’intégrité des microstructures par mesure de la diffusion de l’eau (traceur endogène)

Imagerie pondérée en diffusion Coefficient apparent de diffusion (ADC)

Augmentation de l’ADC dans les lobes temporaux

Imagerie en tenseur de diffusion - coefficient apparent de diffusion (ADC) - fraction d’anisotropie (FA) - taux relatif d’anisotropie (TRA)

Augmentation de l’ADC de la SB des lobes temporaux

IRM de perfusion

Mesure des paramètres de microvascularisation : débit et volume sanguin cérébral, temps de transit moyen

Utilisation d’un traceur exogène (produit de contraste = gadolinium)

Hypoperfusion du lobe pariétal inférieur

Hypoperfusion prononcée des cortex cingulaire, temporal médian, et hippocampique

Utilisation d’un traceur endogène (marquage de spins : traceur = sang saturé)

Spectroscopie par résonance magnétique

Etude de la composition moléculaire des tissus

Quantification de métabolites - N-acétyl-aspartate (NAA) - créatine (Cr) - myo-inositol (ml)

Diminution du NAA dans les hippocampes Augmentation du ml dans les hippocampes

Baisse du rapport de concentration NAA/Cr dans le gyrus cingulaire et hippocampes Augmentation du rapport ml/Cr hippocampique

IRM et MCI

La caractérisation des modifications cérébrales chez les sujets MCI, en particulier de type amnésique, est le centre de nombreux travaux au sein desquels l’IRM prend une place grandissante depuis quelques années.

Études en « régions d’intérêt »

Les études réalisées en « régions d’intérêt » portent pour la plupart sur les modifications volumétriques des régions temporales médianes. Elles montrent, chez les MCI, une atrophie similaire à celle qui est observée chez les patients présentant une démence de type Alzheimer, bien que moins étendue et moins prononcée. Cette atrophie concerne principalement le gyrus hippocampique, l’hippocampe lui-même et l’amygdale. La localisation de ces anomalies se superpose au modèle de progression des lésions intracérébrales décrites dans la maladie d’Alzheimer [17, 18], ce qui suggère un lien entre les données neuropathologiques et celles de la neuro-imagerie. Les données de travaux comme ceux de Pennanen [19] confirment que les premières lésions mises en évidence dans la MA se situent dans le cortex entorhinal, étayant ainsi l’hypothèse que les troubles cognitifs du MCI constituent le stade préclinique de la MA.

Très récemment, dans la lignée de ces résultats, une étude menée par Desikan [20] confirme que c’est la mesure du volume du cortex entorhinal qui permet de prédire le mieux la progression vers une MA. En revanche, la baisse du volume hippocampique permet de distinguer les sujets MCI des sujets âgés normaux [21].

D’autres structures cérébrales ont aussi fait l’objet d’études dans le cadre du MCI.

Des travaux ont en effet porté sur les ventricules cérébraux et la corne temporale [22]. Les mesures volumétriques ont montré une augmentation significative de ces structures chez les patients présentant une MA par rapport aux normaux et MCI dans des travaux qui ne font pas de distinction concernant les sous-types de MCI.

Un certain nombre de travaux [23, 24], au moyen de l’IRM avec traitement automatisé, ont révélé un amincissement de l’épaisseur du cortex chez des MCI avec troubles isolés de la mémoire, par rapport à des sujets âgés normaux. Cette diminution de l’épaisseur corticale est particulièrement marquée dans la région temporale médiane, à proximité de l’emplacement du cortex entorhinal. Cependant, des différences apparaissent aussi au niveau d’autres régions (zones associatives préfrontales, partie supérieure des lobes pariétaux) et l’amincissement est retrouvé globalement plus prononcé dans l’hémisphère gauche. C’est dans cet axe de recherche que se situe le travail très récemment publié par Querbes et al. [25]. Cette équipe a confirmé l’amincissement du cortex avec l’âge. Mais surtout, elle a retrouvé une diminution significative de l’épaisseur corticale chez les sujets MCI amnésiques qui ont évolué vers une MA. Les régions concernées sont les zones temporale latérale gauche et médiane droite ainsi que cingulaire postérieure droite. Les résultats obtenus permettent aux auteurs de conclure que l’indice d’amincissement cortical, dans ces régions, permet de prédire, avec une bonne validité, les sujets qui évolueront vers la MA, en moyenne 2 ans avant que les critères de la maladie ne soient remplis. Mais ce travail met en évidence qu’à niveau de performances cognitives égales, les sujets MCI de haut niveau d’études ont un cortex plus fin que ceux de plus bas niveau. Ce constat est en faveur de l’hypothèse de la « réserve cognitive », hypothèse selon laquelle les différences individuelles au niveau des processus cognitifs ou des réseaux neuronaux qui sous-tendent les performances à une tâche donnée permettent à certains sujets de mieux « résister » que d’autres aux atteintes cérébrales [26]. Ainsi, les sujets MCI de haut niveau, disposant d’une meilleure réserve cognitive que ceux de niveau plus faible, masqueraient les premiers signes de déficit cognitif. Ces résultats renforcent donc l’idée que l’évaluation clinique seule n’est pas suffisante pour la détection des troubles très débutants car elle ne peut traduire la réalité de la pathologie sous-jacente. La mesure de l’épaisseur corticale ne dépend pas de la réserve cognitive.

Morphométrie voxel par voxel

La morphométrie voxel par voxel (VBM : Voxel-based morphometry), entièrement automatisée, permet une analyse sur la totalité du cerveau. Elle est sensible à de petites différences anatomiques.

En considérant la mesure du volume global de la substance grise (SG), aucune différence significative entre les sujets âgés sains, MCI et MA n’a pu être montrée. En revanche, en se centrant sur le lobe temporal médian (hippocampe, gyrus hippocampique, amygdale), une différence de volume apparaît entre les MCI et les sujets contrôles. Enfin, une baisse de volume des cortex associatifs pariétal et pariétal supérieur est observée chez les patients MA par rapport aux MCI amnésiques [27, 28]. Des résultats comparables ont été obtenus quant au volume de la substance blanche (SB) [29]. Cela tend à prouver que le déclin mnésique est le fait de modifications conjointes du cortex et de la SB, provoquant une déconnexion partielle des structures hippocampiques des systèmes permettant l’entrée d’informations.

IRM et évolution du MCI

Le risque considérablement accru de développer une MA que constitue le fait de présenter un MCI a poussé les chercheurs à déterminer des éléments prédictifs de conversion vers la démence. Certaines études [30] ont montré que le volume de l’hippocampe, et donc son degré d’atrophie, constituait un indicateur d’évolution vers la démence. Très récemment, dans un travail original, Chételat et al. [31] ont observé qu’une atrophie marquée de la région latérale supérieure de chaque hippocampe (zone CA1) était présente chez les MCI, qu’ils évoluent ou non vers une MA, mais elle était plus importante chez les MCI qui se convertissent rapidement. L’atrophie de cette région est la même que chez les patients MA alors que, dans le vieillissement normal, la perte de substance grise concerne la partie inférieure de l’hippocampe qui correspond au subiculum. Ces résultats semblent, depuis, confirmés par d’autres recherches [32].

Cependant, tous les travaux n’ont pas observé cette atrophie et certaines recherches aboutissent à la conclusion que la mesure du volume total du cerveau et des ventricules a un meilleur pouvoir prédictif du risque d’évolution des MCI vers la MA. [33]. Sans remettre en question l’intérêt de la mesure des régions temporales médianes, d’autres mesures en IRM peuvent donc constituer des éléments intéressants pour la prédiction de l’évolution vers la MA. Notamment, certains travaux récents soulignent le caractère particulièrement intéressant des modifications du volume ventriculaire. L’étude de Carlson [34] fait ressortir que l’augmentation annuelle du volume ventriculaire est plus rapide chez les sujets qui vont développer ultérieurement des troubles cognitifs que chez ceux qui resteront cognitivement sains, suggérant ainsi que c’est davantage le rythme des modifications qui constitue un élément important, plutôt que l’augmentation du volume en valeur absolue.

Certains travaux viennent toutefois relativiser la portée des techniques de volumétrie dans la capacité à prédire la conversion des MCI en maladie d’Alzheimer. Une étude menée par Fleisher [35] a montré, en effet, que les données cliniques et, en particulier, la combinaison de certaines mesures du fonctionnement cognitif (ADAS cog, rappel à long terme d’une liste de mots et de récit, épreuve d’attention sélective) offraient une prédiction plus précise du risque de conversion vers la MA que les données de l’imagerie.

Comme cela a été mentionné plus haut, comparer directement les résultats obtenus par divers travaux publiés est cependant parfois très difficile compte tenu des différences manifestes d’une étude à l’autre en termes de populations, de critères et d’épreuves utilisées dans la détection des troubles cognitifs, de degré de sévérité et d’atteinte des patients étiquetés MCI, mais également en termes de techniques d’acquisition en IRM et de modalités de traitement des images.

Quoi qu’il en soit, les apports déjà considérables de l’IRM dans l’approche morphologique du cerveau n’en sont qu’à leurs débuts. En effet, la quasi-totalité des travaux jusqu’ici réalisés utilisent des machines produisant des champs magnétiques de 1,5 à 3 teslas. Mais grâce à des appareils d’IRM d’une puissance de 7 teslas et plus, les premières études à très haute résolution commencent à voir le jour [36] et dans un avenir proche permettront certainement d’observer les changements encore actuellement imperceptibles dans les hippocampes et dans bien d’autres structures cérébrales.

IRM fonctionnelle (IRMf)

La possibilité de coupler des ordinateurs de plus en plus puissants aux appareils d’IRM a permis, depuis le début des années 1990, le développement de l’IRM fonctionnelle. Cette technique est basée sur l’observation des variations de l’oxygénation du sang et du débit sanguin cérébral dans certaines régions, qui se produisent lors de toute activité neuronale. Des augmentations locales d’activité synaptique génèrent dans un premier temps, localement, des augmentations de consommation d’oxygène. À ce stade, la concentration en dHb (désoxyhémoglobine) augmente, car de l’oxygène lié à l’hémoglobine est dissocié de celle-ci pour être livré aux tissus. Secondairement, on observe une augmentation de débit et de volume sanguin cérébral régional visant à enrichir le réseau capillaire veineux en oxyhémoglobine, mais dépassant de loin les besoins locaux effectifs. Cela entraîne une diminution relative de la concentration veineuse en dHb : ce phénomène constitue la réponse BOLD. Ces diminutions sont à l’origine d’inhomogénéités du champ magnétique, qui réduisent les valeurs locales du signal enregistré. L’application de procédures complexes de traitement des images permettra ensuite de définir des cartes d’activation indiquant la probabilité d’activation d’une zone en fonction du paradigme effectué.

Les troubles mnésiques étant inauguraux dans la MA, de nombreux chercheurs ont étudié l’activation cérébrale de patients atteints de perturbations mnésiques lors de la réalisation de tâches de mémoire et d’identifier, par cette méthode, les anomalies du fonctionnement de régions cérébrales précises.

Le lobe temporal médian (MTL) est certainement, à l’heure actuelle, la région la plus étudiée en IRMf dans le champ de la MA et du MCI. L’ensemble des travaux en IRMf réalisés à ce jour a mis en évidence une diminution significative de l’activation des régions temporales médianes pendant différentes tâches de mémoire, chez les patients MA par comparaison avec des sujets âgés sains.

Les tâches de mémoire épisodique utilisées dans ces travaux ont permis d’observer l’activité cérébrale pendant les processus d’encodage et de restitution de l’information. Ainsi, au cours de tâches d’encodage, certains auteurs ont constaté une baisse de l’activation dans les hippocampes et les régions parahippocampiques chez des patients MA comparés aux contrôles [37]. D’autres, plus globalement, l’ont observée dans les lobes temporaux et le MTL [38]. En parallèle de cette diminution d’activation, il a pu être mis en évidence une augmentation de l’activation dans d’autres régions et en particulier dans la zone préfrontale [39]. Ces résultats suggèrent que des régions qui ne sont pas typiquement dévolues à des processus mnésiques peuvent être recrutées pendant la réalisation d’une tâche particulière de mémoire chez des patients atteints de MA.

Chez les MCI, les résultats des études ne sont pas toujours aussi homogènes. Certaines rapportent une hyperactivation du MTL pendant l’encodage de tâches mnésiques chez des sujets MCI comparés à des sujets âgés sains et à des patients MA [38, 40], alors que d’autres n’ont pas mis en évidence cette augmentation d’activation [41-43].

La variabilité des données obtenues d’une étude à l’autre chez les MCI en IRMf est très certainement le fait de plusieurs facteurs : l’hétérogénéité des tâches mnésiques utilisées, des méthodes d’analyse des signaux et des populations recrutées. Enfin, les travaux diffèrent quant au degré de sévérité de l’atteinte cognitive des patients MCI, ce qui a un impact sur leur capacité à réaliser les paradigmes proposés lors de l’examen en IRMf. Il apparaît chez les sujets MCI, au terme de certaines recherches, une corrélation nette entre le degré de sévérité des perturbations cliniques et l’ampleur de l’activation mesurée au niveau des deux hippocampes. Ainsi, de façon paradoxale, plus les patients sont altérés au plan clinique, plus la mesure de l’activation dans ces régions est importante, mais ce jusqu’à un certain point. C’est ce que confirme le travail de Celone et al. [37] qui ont étudié des patients atteints de MA et deux groupes de MCI : un groupe de MCI très légers et un second groupe de MCI significativement plus déficitaires cliniquement. Cette distinction entre les 2 groupes de MCI a été réalisée au moyen des sous-scores obtenus aux 6 domaines évalués par l’échelle clinique de démence de Morris (Clinical dementia rating scale ou CDR) qui permettent l’obtention d’un indice (Sum of the boxes ou CDR-SB), plus précis sur l’aspect quantitatif des déficits fonctionnels que ne l’est le score global de cette échelle. Ainsi, les MCI légers et ceux du groupe plus déficitaire avaient tous un score global à la CDR égal à 0,5 mais les légers obtenaient entre 0,5 et 1,5 au score CDR-SB alors que les plus altérés se situaient entre 2,0 et 3,5. Les résultats montrent une hyperactivation du MLT chez les MCI légers et une hypoactivation de cette même région chez les plus déficients, tout comme chez les patients MA et ce, même après correction par le volume hippocampique.

Ces données semblent confirmer l’hypothèse que la phase d’hyperactivation du MLT chez les MCI reflète un processus dynamique : elle constituerait une réponse de type compensatoire aux dommages produits par les lésions neuropathologiques présentes très tôt dans le cours de la MA. Cette interprétation est renforcée par le constat que certains patients MCI avec une nette atrophie hippocampique obtiennent des scores similaires aux tâches de mémoire que ceux qui présentent une atrophie moins importante. Ces résultats suggèrent donc que les processus physiopathologiques qui sont à l’œuvre très tôt dans l’évolution de la MA endommagent les réseaux neuronaux de la mémoire. Après une première période d’augmentation de l’activation des hippocampes à des fins compensatrices, on assiste à une perte progressive de cette activation à mesure que les lésions progressent et ce jusqu’à une hypoactivation dans la MA. Ce constat renforce l’idée du lien qui existe entre ces anomalies et les autres perturbations cérébrales, notamment des perturbations dans la désactivation et des ruptures de connexions dans ces régions [37, 44].

IRM de diffusion

L’exploration de la diffusion en IRM permet la visualisation, in vivo, de la substance blanche et de la substance grise (cortex et noyaux gris centraux) par le calcul de coefficients de diffusion apparents (ADC) qui indiquent la répartition de l’eau dans les espaces inter et intracellulaires, la densité cellulaire et celle des protéines. Cette technique permet donc d’apprécier le degré d’intégrité des microstructures du cerveau.

Dans le vieillissement normal, il existe une augmentation de la diffusion dans l’ensemble du cerveau, plus ou moins importante en fonction des régions étudiées [45-47], données compatibles avec l’idée que le vieillissement cérébral s’accompagne d’une perte neuronale progressive et d’une lente diminution de la matière cérébrale.

Les travaux réalisés au moyen de l’IRM de diffusion dans ce domaine se sont vraiment développés depuis environ 10 ans, mais ils ont abouti à des résultats parfois contradictoires. Ainsi, certaines études comparant les coefficients de diffusion de patients avec MA à ceux de sujets contrôles n’ont pas mis en évidence de différence significative entre les groupes étudiés, en particulier dans la zone hippocampique [48]. À l’inverse, d’autres études ont rapporté une sensible augmentation de l’ADC hippocampique chez des patients atteints de MA [49] et chez des patients MCI [50] comparés à des sujets contrôles. Cette élévation refléterait les changements structuraux précocement présents chez les sujets qui évolueront vers une MA.

D’autres travaux centrés sur l’étude des modifications à un stade prédémentiel ont confirmé ces résultats. Ils ont, de plus, retrouvé une corrélation négative entre l’ADC et les mesures de volumétrie dans les hippocampes chez les MCI [51], montrant l’intérêt du couplage de plusieurs techniques d’IRM.

Par ailleurs, l’augmentation de l’ADC dans les lobes temporaux paraît corrélée à la sévérité des déficits mnésiques en mémoire à long terme [52]. L’augmentation de cet indice dans les autres régions cérébrales n’a pas été systématiquement retrouvée [53, 54].

La technique d’IRM en tenseur de diffusion, qui utilise la propriété d’anisotropie des molécules d’eau dans les tissus, s’attache au calcul des propriétés de l’écoulement de l’eau, soient les caractéristiques tensorielles de la diffusion. Deux indices sont alors calculés en plus de l’ADC : la fraction d’anisotropie (FA) et le taux relatif d’anisotropie (TRA). Utilisée en régions d’intérêt, cette technique a permis de préciser certaines données dans le cas des pathologies neurodégénératives et de confirmer des hypothèses.

Dans le cas de la MA, l’hypothèse selon laquelle la désorganisation de la SB devrait se traduire par une perte de l’anisotropie a été vérifiée : dans les régions temporales, on a observé une augmentation de la diffusivité et donc de l’ADC [55-58]. En parallèle, une diminution de la FA et du TRA dans ces mêmes régions a souvent été observée. Cette baisse des indices d’anisotropie s’étend aux régions pariétales, frontales, occipitales [55] ainsi qu’au splénium du corps calleux [58].

Dans le cas du MCI, il semblait cohérent de supposer que des modifications de la microstructure cérébrale étaient déjà présentes et produisaient des effets mesurables. Jusqu’à une période récente, les travaux réalisés ne fournissaient pas de données concordantes. Mais certaines données ont pu être affinées. Ainsi, une augmentation de l’ADC de la substance blanche des lobes temporaux a été confirmée chez les MCI [59, 60]. Cet accroissement a été retrouvé dans l’hippocampe gauche [61] et se révélait très corrélé aux changements constatés dans le cortex, particulièrement en ce qui concerne l’épaisseur corticale de ces mêmes régions [62].

Les données de diffusion peuvent être traitées par des logiciels de tractographie (ou tracking de fibre). Ce traitement permet de reconstituer le trajet de faisceaux de fibres dans la SB et d’en donner une image en 3D [63]. Les régions d’intérêt sont donc ici les voies de communication entre les structures cérébrales [64, 65].

Les études effectuées, encore peu nombreuses, s’accordent à montrer la pertinence de cette technique pour la détection des anomalies microstructurales à des stades précoces des maladies neurodégénératives. Chez les patients MA, des anomalies de la diffusion aux deux extrémités du faisceau unciné (FU) – qui relie les gyri frontaux avec le lobe temporal à proximité de la région hippocampique - ainsi que dans le faisceau occipito-frontal inférieur gauche, ont été mises en évidence [66]. Ces résultats tendent à montrer que la fraction d’anisotropie dans le FU traduit la progression des lésions histopathologiques par le biais de cette voie neuronale. Cette valeur serait donc un outil pertinent à utiliser comme biomarqueur de l’évolution de la MA. À ce jour, aucun résultat n’est disponible, au moyen de la tractographie, concernant le MCI.

Imagerie de perfusion en IRM

Le principe de cette technique d’investigation repose sur la mesure du débit et du volume sanguin dans le cerveau permettant ainsi d’obtenir des informations sur la microvascularisation des tissus observés.

Les recherches menées dans ce domaine ont pu mettre en évidence une diminution significative de la perfusion chez les patients atteints de MA comparés à des sujets contrôles dans le cortex associatif pariétal droit et dans le gyrus cingulaire postérieur bilatéral [67], ce que les études réalisées en TEP et TMP avaient antérieurement observé.

Dans le cas de sujets présentant des troubles cognitifs légers, c’est la région du lobe pariétal inférieur qui est pointée par ce même travail qui montre une baisse significative de la perfusion par rapport aux sujets sains. Les sujets MCI se différenciaient des patients MA par une meilleure perfusion dans les gyri cingulaires postérieurs bilatéraux et les régions pariétales inférieures en particulier.

Plusieurs travaux ont permis d’affiner ces résultats et ont montré que le profil d’hypoperfusion permettait de différencier les sujets MCI amnésiques stables de ceux qui étaient en phase de conversion vers la démence. En effet, elle est particulièrement prononcée dans les cortex cingulaires postérieur et/ou antérieur, temporal médian et hippocampique chez les sujets en phase de conversion vers la MA [68]. Les caractéristiques dynamiques de la perfusion ont même été étudiées récemment [69] : les mesures de débit sanguin cérébral ont pu être réalisées chez des sujets MCI amnésiques pendant la réalisation d’une tâche cognitive consistant en une épreuve d’encodage mnésique. Les résultats montrent une augmentation significative d’environ 23 % du débit sanguin dans les zones parahippocampiques droites chez les sujets normaux, ce qui n’était pas retrouvé chez les MCI amnésiques. Les auteurs concluent que les sujets âgés normaux montrent une capacité préservée de moduler leur débit sanguin lorsqu’ils sont engagés dans une tâche mnésique, ce que les sujets MCI amnésiques ne peuvent plus faire.

Spectroscopie par résonance magnétique

En spectroscopie par résonance magnétique (SRM), l’objectif est de quantifier les différentes molécules contenues dans les tissus et d’identifier ceux qui sont spécifiquement impliqués dans les processus physiologiques et pathologiques. Les métabolites observables par cette technique sont en nombre restreint et l’exploration se centre sur 3 d’entre eux : le N-acétyl-aspartate (NAA), molécule présente dans les neurones sains et donc pouvant être considérée, selon sa concentration, comme marqueur de la perte neuronale ; la créatine (Cr) dont la concentration reflète l’intensité du métabolisme énergétique ; et le myo-inositol (ml) qui est un indicateur de souffrance des cellules gliales.

Dès la fin des années 1990, une baisse du NAA dans les hippocampes des patients MA et des MCI a été constatée au regard des valeurs obtenues chez les contrôles ; de même, une augmentation du ml dans ces mêmes régions a pu être observée chez les patients cognitivement déficitaires [70, 71]. De plus, l’étude des rapports de concentration NAA/Cr et NAA/ml a montré des différences significatives entre les différents types de MCI et les patients déments [72].

Enfin, l’intérêt de la SRM dans la prédiction du risque de conversion des MCI en MA a été mis en évidence. Le rapport de concentration NAA/Cr dans le gyrus cingulaire postérieur constitue en effet un très bon facteur prédictif de conversion [72].

En outre, un travail très récent [52] a constaté une baisse du rapport NAA/Cr et une augmentation du rapport ml/Cr dans les deux hippocampes et dans le SB de la région temporo-pariétale des patients atteints de MA comparés aux contrôles.

Ces rapports pourraient donc être considérés comme de bons marqueurs de la progression vers la MA dès le stade précoce.

Ces données semblent en accord avec ce que l’on sait des modifications physiopathologiques qui ont lieu au cours de l’évolution de la MA : la baisse du NAA serait le reflet de la perte neuronale mais également du dysfonctionnement neuronal, l’augmentation de la Cr signerait l’existence d’un phénomène inflammatoire à l’œuvre dans les cellules gliales.

Conclusion

Au cours de ces dernières années, l’avancée des connaissances dans le champ du MCI au moyen de la neuro-imagerie est considérable. Les différentes techniques d’IRM, au service de la recherche et de la clinique, fournissent des indicateurs très prometteurs pour la détection des modifications cérébrales précoces présentes chez les sujets atteints de troubles cognitifs légers.

La région temporale médiane avec, en particulier, les structures hippocampiques et le gyrus cingulaire postérieur apparaît, dans la très grande majorité des travaux, comme particulièrement fragile, les modifications cellulaires, structurales et métaboliques causées par la maladie affectant spécialement cette région cérébrale.

La contribution de la neuro-imagerie dans le diagnostic de MA est actuellement largement reconnue, l’IRM faisant partie des examens recommandés en cas de suspicion de la maladie.

L’ensemble des techniques d’IRM disponibles à ce jour permet de distinguer les sujets présentant un MCI des sujets sains et d’estimer le risque, chez ces sujets, d’une progression vers la démence. L’apport de ces méthodes d’investigation s’est révélé particulièrement pertinent lorsque plusieurs de ces techniques étaient combinées.

L’IRM morphologique ne constitue probablement pas, au vu des données de la littérature, la technique la plus spécifique ni la plus sensible dans la détection précoce des anomalies cérébrales. Cependant, elle est certainement la méthode la plus accessible en pratique courante, l’acquisition des données étant rapide et de coût modéré. Les moyens de réaliser des évaluations volumétriques quantitatives des régions temporales internes sont, actuellement, peu disponibles et restent réservés au cadre de la recherche clinique. En pratique plus routinière, on procède à une analyse qualitative visuelle, les cliniciens portant un intérêt particulier au volume de l’hippocampe et à la taille de la corne ventriculaire temporale. Les techniques d’IRM de perfusion, utilisées en routine dans le cas de tumeurs et l’IRM de diffusion dans le cadre de l’ischémie, sont également relativement aisées à mettre en œuvre mais restent, à l’heure actuelle, dans le cadre des troubles cognitifs réservées à des cas atypiques et ne constituent pas un examen systématique. Le même constat peut être fait à propos de l’IRM fonctionnelle. Enfin, l’imagerie en tenseur de diffusion est peut-être la technique qui ouvre aux perspectives les plus intéressantes en apportant des connaissances nouvelles sur les connexions anatomiques cérébrales et en permettant de suivre la progression des lésions neuropathologiques.

Enfin, la contribution de l’IRM ne s’arrête pas là : elle permet aussi d’apporter des éléments de réponse pour mieux cerner les processus cérébraux à l’œuvre dans le cas du MCI. Nos connaissances progressent sur les mécanismes en jeu et les données de la neuro-imagerie tendent à étayer certains modèles explicatifs proposés comme le concept de réserve cognitive ou encore l’hypothèse de dysconnexion de certaines structures. Les résultats des travaux récents confortent également l’idée qu’il existe des mécanismes compensatoires, les profils d’activation cérébrale révélant un degré plus important d’activation dans certaines zones ou le recours à d’autres régions pour pallier au déclin cognitif.

Néanmoins, à l’heure actuelle, aucune directive n’existe en ce qui concerne la contribution de l’imagerie cérébrale à la reconnaissance du MCI, les critères de celui-ci étant actuellement uniquement cliniques. L’une des principales raisons tient certainement au fait que la valeur diagnostique de ces méthodes reste encore trop imprécise et n’a pas fait preuve d’une validité suffisante dans les examens individuels, les résultats pertinents obtenus dans les recherches l’ayant été sur des cohortes de patients. L’autre raison tient au concept de MCI en lui-même qui, bien que largement utilisé, reste sujet à de nombreuses controverses, et pour lequel on ne dispose, à l’heure actuelle, pas de critères consensuels.

Points clés

  • Toutes les études d’IRM morphométrique montrent une baisse du volume hippocampique chez les MCI amnésiques par rapport aux sujets âgés normaux et le degré d’atrophie de ces structures constitue un indicateur fiable de conversion vers la démence.
  • Les modifications anatomiques présentes dans le cortex temporal médian des sujets MCI ne sont pas isolées et s’accompagnent de perturbations de la substance blanche qui contribuent au déclin mnésique par déconnexion partielle des hippocampes des systèmes d’entrée de l’information.
  • Les modifications métaboliques cérébrales qui accompagnent l’installation des troubles cognitifs sont quantifiables à un stade préclinique et corrélées à l’intensité du déclin cognitif.
  • Les anomalies structurelles et fonctionnelles observées chez les MCI amnésiques décrites dans la littérature concordent avec la distribution et l’évolution des lésions histopathologiques retrouvées dans la MA.

Conflit d’intérêts

: aucun.

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