ARTICLE
Auteur(s) : Antoine Bosquet, Amar
Medjkane, Philippe Vinceneux, Isabelle Mahé
Service de médecine interne, CHU Louis Mourier, AP-HP,
Université Paris 7 Denis Diderot, Colombes
Dans les pays démocratiques, le droit de vote est un droit
fondamental. La question du respect des droits civiques des
citoyens ayant une altération des fonctions cognitives (AFC) a été
récemment soulevée et étudiée par l’équipe de Karlawish de
l’Université de Pennsylvanie [1] et a fait l’objet de diverses
publications récentes dans des revues médicales.
Il peut paraître surprenant que des professionnels de santé
réfléchissent sur le thème du respect du droit de vote des citoyens
ayant des AFC. Toutefois, ils sont parfois impliqués directement
dans le vote des personnes avec AFC dont ils assurent la prise en
charge, en institution ou à l’hôpital [1-4]. Ils manquent
d’ailleurs actuellement de recommandations officielles pour les
guider dans cette tâche parfois difficile. Dans ce cas, une bonne
connaissance de la législation peut permettre de les aider. Par
ailleurs, en France, la volonté de mieux respecter le droit de vote
des personnes ayant un handicap mental ou cognitif s’est traduite
par des changements récents et profonds de la législation [5, 6].
Certaines de ces nouvelles dispositions impliquent même directement
le médecin sur un point pourtant aussi sensible que l’évaluation du
retentissement de l’AFC sur l’exercice du droit de vote [7]. Notre
propos est de proposer des pistes de réflexion sur la question du
vote des citoyens avec AFC à la lumière des textes législatifs
français les plus récents.
Dans cet article, le terme d’AFC sera utilisé de manière
générale pour désigner une anomalie de fonctionnement des facultés
mentales, qu’elle soit aiguë ou chronique et sans préjuger de son
étiologie, de sa sévérité et de son retentissement éventuel sur
l’autonomie des sujets. Il dépasse donc le cadre de la
démence.
Le vote des personnes avec AFC pose de multiples questions, que
ce soit au plan individuel comme de la société [1-4].
À l’échelon individuel, le vote met en jeu différents types de
capacités : capacités neurosensorielles et praxiques, capacités
mnésiques, capacités de jugement et de choix, capacités d’exprimer
sa volonté. La vulnérabilité des personnes avec AFC peut se
traduire sur le plan civique par un besoin d’aide pour voter et par
un risque accru de détournement du vote. Dans les stades d’AFC les
plus avancés, la capacité de vote peut être remise en cause, même
s’il n’existe pas de consensus sur les capacités requises pour
pouvoir voter [1].
À l’échelon de la société, tant en France que dans la plupart
des autres démocraties, le nombre de personnes ayant une AFC
représente une part importante et croissante de la population. Dans
les pays industrialisés, les démences sont les causes les plus
fréquentes d’AFC. Ainsi, on estime actuellement, en Europe, que 6,4
% des sujets de plus de 65 ans sont atteints de démence [8],
soit environ 850 000 personnes en France en 2004 [9].
Le vieillissement des populations s’associe à une augmentation
prévisible de la prévalence des démences avec, en France, un nombre
de personnes démentes en 2040 estimé à 2 millions [9]. Aux
États-Unis, les prévisions sont de 13 millions de sujets de
plus de 65 ans déments en 2050 contre 4,5 millions en
2000 [10]. Compte tenu du nombre élevé de citoyens ayant une AFC,
leur vote peut avoir une incidence sur l’issue des élections, voire
même remettre en cause leur intégrité. De plus, l’organisation
du vote des citoyens ayant une AFC peut poser des problèmes
pratiques et éthiques à l’ensemble des personnes qui y participent
[11] (représentants de l’État en charge de l’organisation du vote,
aidants familiaux, professionnels des établissements sanitaires et
sociaux) : comment prévenir les fraudes électorales ? Quel type
d’assistance apporter aux citoyens avec AFC pour voter ? Même si un
ouvrage a été récemment publié sur le vote des retraités en France
[12], il n’existe pas à notre connaissance de travaux publiés en
langue française sur le vote des patients ayant une AFC.
Dans cette mise au point, nous aborderons successivement le
contenu des textes législatifs français les plus récents, puis les
données de la littérature concernant la réalité du vote des sujets
ayant une AFC et les capacités mises en jeu lors du vote. Nous
évoquerons ensuite la problématique générale du vote des sujets
avec AFC et enfin le rôle possible des différentes personnes
susceptibles d’intervenir dans le vote des sujets avec AFC.
Vote et altération des fonctions cognitives : état
actuel du droit français
Très récemment, la volonté du législateur français de favoriser
l’accès au vote des citoyens ayant des AFC sans compromettre
l’intégrité du processus électoral est apparue de plus en plus
clairement. Cela s’est traduit par des dispositions générales qui
facilitent l’exercice du droit de vote des sujets avec AFC, mais
aussi par une suppression de la privation systématique du droit de
vote des majeurs protégés par une mesure de tutelle.
Dispositions favorisant l’exercice des droits
civiques
Avant la loi 2005-102 du 11 février 2005 [5], la question des
droits civiques des citoyens ayant un handicap cognitif
n’apparaissait pas explicitement dans les textes législatifs
français. Certains textes rédigés avant cette loi peuvent
s’appliquer aux citoyens ayant une AFC (tableau 1). Ces textes concernent le vote
au bureau de vote, le vote par procuration, ainsi que le rôle actif
des établissements médico-sociaux (EMS) dans l’exercice de la
citoyenneté des résidents [13] qui ont souvent une AFC [14]. On
peut citer également les articles L107 et L111 du code électoral,
qui édictent les sanctions prévues à l’encontre des personnes qui
auront « influencé ou tenté d’influencer » le vote d’un autre
électeur. Ces peines peuvent aller jusqu’à 2 ans
d’emprisonnement et les amendes jusqu’à 15 000 euros.
La loi du 11 février 2005 [5], qui porte sur « l’égalité
des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des
personnes handicapées », prend en compte pour la première fois dans
la législation française spécifiquement le handicap cognitif et
mental (article 2). Elle précise que les bureaux et les
techniques de vote doivent être accessibles à tout citoyen
handicapé, et notamment à ceux qui sont atteints d’un handicap
intellectuel (article 73).
Tableau 1 Principaux textes législatifs concernant les
mesures d’encouragement de l’exercice du droit de vote en cas de
handicap ou de problème de santé.Table 1. Main French laws about
encouraging voting in case of disability or disease.
|
Possibilité de déplacement au bureau de vote
|
|
Vote avec assistance
|
« Tout électeur atteint d’infirmité certaine et le mettant dans
l’impossibilité d’introduire son bulletin dans l’enveloppe et de
glisser celle-ci dans l’urne ou de faire fonctionner la machine à
voter est autorisé à se faire assister par un électeur de son choix
» Article L64 du CE*
|
|
Accessibilité des bureaux de vote et des techniques de vote
|
« Les bureaux et les techniques de vote doivent être accessibles
aux personnes handicapées, quel que soit le type de ce handicap,
notamment physique, sensoriel, mental ou psychique » Article
L62-2 du CE*§
|
|
Impossibilité de déplacement au bureau de vote : vote par
procuration
|
|
Établissement de la procuration
|
« Les électeurs attestant sur l’honneur qu’(…) en raison d’un
handicap, pour raison de santé (…), il leur est impossible d’être
présents dans leur commune d’inscription le jour du scrutin ou de
participer (au scrutin) » Article L71-L77 du CE*
|
|
Cas particulier : impossibilité de déplacement du mandant pour la
demande de procuration
|
« Les officiers de police judiciaire ou leurs délégués se déplacent
à la demande des personnes qui, en raison de maladies ou
d’infirmités graves (…) ne peuvent manifestement pas comparaître
devant eux (…), demande (…) formulée par écrit auprès de l’officier
de police judiciaire et accompagnée d’un certificat médical
justifiant que l’électeur est dans l’impossibilité de se déplacer.
» Circulaire n° NOR/INT/A/06/00108/C du 4 décembre 2006 traitant
de l’application des articles R72 et R73 du CE* (partie
réglementaire)
|
|
Exercice des droits civiques en établissements
médico-sociaux
|
|
Charte des droits et libertés de la personne accueillie (article
10)
|
« L’exercice effectif de la totalité des droits civiques attribués
aux personnes accueillies et des libertés individuelles est
facilité par l’institution, qui prend à cet effet toutes mesures
utiles dans le respect, si nécessaire, des décisions de justice »
Annexe de l’arrêté du 8 septembre 2003 (JORF du 9 octobre 2003
p17250) [11]
|
Le droit de vote des majeurs protégés
par une mesure de tutelle : évolutions récentes
de l’article L5 du code électoral
Dans la loi française, le seul cadre légal de privation de droits
civiques pour raison médicale est la mise sous tutelle. Celle-ci
est décidée par le juge des tutelles, dans un jugement étayé par un
certificat médical rédigé par un médecin agréé (article 431 du
code civil). Les conditions du retrait ou du maintien du droit
de vote des sujets majeurs sous tutelle sont indiquées dans
l’article L5 du code électoral (CE) [6]. La loi 2005-102 du
11 février 2005 a supprimé le caractère systématique de la
privation de la possibilité d’exercer son droit de vote en cas de
mise sous tutelle, en vigueur depuis 1964 [5]. Cependant, la règle
habituelle restait la privation du droit de vote : « les majeurs
placés sous tutelle ne peuvent être inscrits sur les listes
électorales à moins qu’ils n’aient été autorisés à voter par le
juge des tutelles » [5, 6]. Depuis la loi 2007-308 du 5 mars
2007, l’article L5 du CE (en vigueur depuis le
1er janvier 2009) précise que le juge des tutelles
doit évaluer au cas par cas la question du droit de vote du majeur
protégé : « lorsqu’il ouvre ou renouvelle une mesure de
tutelle, le juge statue sur le maintien ou la suppression du droit
de vote de la personne protégée » [6]. Le juge pourra
s’appuyer dans sa décision sur le certificat médical cité à
l’article 431 du code civil, dont le contenu vient d’être précisé
récemment [7] et qui est rédigé par un médecin choisi sur une liste
établie par le Procureur de la République. Ce médecin doit
indiquer dans son certificat les conséquences de l’altération des
facultés du majeur à protéger sur l’exercice de son droit de vote.
Il pourra s’aider de l’avis du médecin traitant
(article 431-1 du code civil).
Ces dispositions traduisent l’évolution de la prise en compte
des droits civiques des citoyens ayant une AFC, mais sont très
imprécises quant à leur mise en application pratique.
Vote et altération des fonctions cognitives : réalité
pratique du vote
En France, la participation aux scrutins électoraux est la plus
forte dans la tranche d’âge des plus de 60 ans [12].
Cependant, la réalité du vote des citoyens déments n’est pas
connue, en dehors du contexte de l’hospitalisation aiguë [15].
Vote et altération des fonctions cognitives
en ambulatoire
Nous disposons de données récentes issues d’études réalisées aux
États-Unis à la suite des élections présidentielles de 2000 [2, 16,
17]. Deux de ces études ont montré que les sujets déments votaient
aussi activement que des citoyens non déments du même âge, avec des
taux de participation de 64 % [16] et 70 % [17].
La participation était inversement corrélée à la sévérité de
la démence (plus les patients étaient déments, plus ils
s’abstenaient de voter). La participation était plus
importante si l’aidant principal était le conjoint plutôt que l’un
des enfants. Dans l’étude de Karlawish et al. [16], le vote
était effectué avec une assistance de l’aidant principal une fois
sur cinq. Il y avait une grande variabilité dans la perception
de l’aide que les aidants estimaient devoir apporter pour le vote
du sujet avec AFC. Près de 25 % des aidants se déclaraient prêts à
voter à la place de leur parent avec AFC en cas d’incapacité de
celui-ci à voter.
Vote et altération des fonctions cognitives
en institution
En France, des données issues de la cohorte Paquid montrent qu’en
institution les personnes accueillies ont fréquemment une AFC et
que la majorité des patients déments sévères sont
institutionnalisés [14]. En institution, les patients ayant une AFC
et gardant leur droit de vote sont nombreux (Encadré 1).
Nous n’avons pas trouvé de données françaises récentes sur le
vote en institution. Une étude réalisée aux États-Unis dans des
établissements de long séjour [18] permet d’apporter des éléments
de réflexion, même si les modalités de vote sont différentes dans
ce pays. Cette étude portait sur la réalité du vote des résidents
dans 50 établissements de Philadelphie lors des élections
municipales de 2003. Seuls 55 % des centres disposaient d’une
procédure écrite d’organisation du vote. La participation
observée était faible (29 %), en partie du fait de problèmes de
procédure constatés dans 29 % des établissements (par exemple, non
inscription sur les listes électorales en cas de changement de
domiciliation ou procédure de vote par correspondance non
respectée). Dans 63 % des centres, une évaluation des capacités de
vote était effectuée par l’établissement avant de permettre à un
résident de voter. Cette évaluation était effectuée par le
personnel, parfois par une seule personne, avec des critères très
variables selon les centres. Il en résultait parfois une
frustration des personnels organisant le vote. Les auteurs ont
notamment conclu que l’absence d’organisation standardisée et
consensuelle du vote peut conduire à ne pas respecter le droit de
vote des personnes accueillies en institution.
Vote et altération des fonctions cognitives
en service d’hospitalisation aiguë
Les patients hospitalisés en médecine interne ont fréquemment une
AFC [19, 20]. Dans une étude prospective récente menée dans des
unités polyvalentes de médecine aiguë [19], près de 40 % des
patients ont été considérés comme n’ayant pas les capacités de
jugement suffisantes pour donner un avis éclairé sur leur prise en
charge médicale. Cette incapacité était sous estimée dans un quart
des cas par l’équipe médicale et par l’entourage des patients. Par
ailleurs, certaines particularités des patients hospitalisés
peuvent contribuer à rendre difficile le respect du droit de vote à
l’hôpital : variations aiguës de leur état clinique, séjours
habituellement brefs comportant de nombreux traitements et
investigations.
Une seule étude a été consacrée à la réalité du vote des
patients hospitalisés en médecine interne [15]. Cette étude s’est
déroulée lors des élections présidentielles et législatives
françaises de 2007. Malgré le souhait de la majorité des patients
de participer au scrutin, le taux de participation a été faible en
comparaison des taux nationaux (taux moyen de 27 % versus 84 % et
60 %, respectivement pour les élections présidentielle et
législative). Cette faible participation était liée principalement
à des problèmes de procédure plutôt qu’à un manque d’intérêt pour
le scrutin dans le contexte de pathologie aiguë. Par ailleurs,
certains patients ont voté par procuration alors qu’ils avaient une
AFC majeure au moment de l’établissement de la procuration et de
l’élection, posant le problème d’un possible détournement de leur
vote. Ces observations concernant le vote des sujets avec AFC
posent la question de la légitimité de leur vote en cas d’AFC
majeure et du rôle des personnes qui organisent le vote des sujets
avec AFC.
Évaluation des capacités mises en jeu lors
du vote
L’évaluation des capacités mises en jeu lors du vote est un pré
requis pour pouvoir estimer objectivement « les conséquences de
l’altération des capacités d’un sujet sur l’exercice du droit de
vote » [7]. Les capacités mises en jeu lors du vote n’ont fait
l’objet d’études spécifiques que très récemment.
Dans une étude nord-américaine réalisée à l’occasion de
l’élection présidentielle de 2000, Ott et al. [17] se sont
intéressés à la mémoire et à la connaissance des candidats
qu’avaient des sujets déments. Ils ont exploré chez ces
patients la mémoire qu’ils avaient des candidats, avec ou sans
présentation de photographies des candidats, ou de leur parti
politique. Ils ont montré que l’utilisation de photographies
des candidats améliorait, au moins partiellement, la capacité de
nommer un candidat.
Un autre type d’approche consiste à définir l’ensemble des
capacités qui permettent de s’assurer qu’un individu est « capable
» de voter. Le concept de « capacité de vote » est apparu en
2001 lors d’une décision de la Cour fédérale de district de l’État
du Maine (États-Unis) [21]. Cette juridiction a statué que priver
de vote des patients sous tutelle était injustifié, en partie parce
que leur capacité de vote n’avait pas été spécifiquement évaluée.
La capacité de vote a été définie par la Cour comme «
l’aptitude à comprendre la nature et l’effet du vote, et à choisir
parmi les différents candidats ». En se basant sur cette
définition, Appelbaum et al. [2] ont développé un
questionnaire visant à évaluer spécifiquement les capacités de vote
des patients atteints de troubles cognitifs : le « Competency
assessment tool for voting » (CAT-V). Le CAT-V a été créé en
explorant les aptitudes intervenant habituellement dans les
capacités de décision. Le vote peut en effet être considéré
comme une décision résultant d’un choix entre plusieurs
alternatives et présente donc des analogies avec d’autres types de
prises de décision, comme de consentir à un traitement médical, de
participer à une recherche médicale, de prendre des décisions dans
la vie courante. Dans ces situations, des outils d’évaluation des
capacités de décision de sujets ayant une AFC ont été créés depuis
plus de 10 ans à partir des modèles cognitifs de prise de
décision et permettent, au terme de l’interrogatoire, d’une
personne d’obtenir une valeur chiffrée de sa « capacité de décision
» [22, 23]. Dans ces outils, la décision est considérée comme la
résultante de 4 aptitudes différentes évaluées séparément :
compréhension des informations et des enjeux sur lesquels porte la
décision à prendre (« compréhension »), personnalisation des
informations à la lumière de critères personnels (« appréciation
»), choix et évaluation des différentes alternatives et de leurs
conséquences (« choix » et « raisonnement »). Ces 4
composantes font intervenir divers domaines des fonctions
cognitives, comme la mémoire (notamment la mémoire sémantique et
épisodique), les fonctions exécutives et l’attention [24, 25]. Par
analogie, on peut considérer que le vote fait intervenir également
certaines de ces fonctions cognitives dont l’altération peut
interférer avec l’exercice du droit de vote des citoyens avec AFC,
voir le rendre impossible en cas d’AFC majeure. Dans l’étude
d’Appelbaum et al. [26], 33 patients ambulatoires atteints de
maladie d’Alzheimer ont été inclus : pour les stades intermédiaires
de démence (MMSE de 12 à 23), il n’y avait pas de relation entre le
score du MMSE [26] et le score de capacité de vote (CAT-V),
suggérant que certains des patients conservent leur capacité de
vote malgré un MMSE bas. De nombreux patients ayant une AFC
restent donc capables de faire un choix et de comprendre la nature
et l’effet du vote [2].
Cet outil créé spécifiquement pour évaluer les capacités de vote
chez les patients ayant une AFC semble donc apporter des
informations différentes et complémentaires de celles que
fournissent les autres outils d’évaluation des fonctions cognitives
actuellement disponibles (dont le MMSE). Il reste à l’évaluer
prospectivement à plus large échelle chez des sujets ayant une AFC
(maladie d’Alzheimer ou autres pathologies) mais aussi chez des
sujets sans AFC connue, ainsi qu’à l’adapter pour les pays
francophones.
Vote et altération des fonctions cognitives :
problématique
Citoyens avec altération des fonctions cognitives
et retrait du droit de vote
Certains pays, comme le Canada, l’Irlande, la Suède ou l’Italie
[27], ont fait le choix de ne pas retirer le droit de vote aux
citoyens présentant une AFC, pour éviter tout risque de
discrimination. Cependant, le vote de ces personnes peut altérer
l’intégrité du processus électoral par le risque accru de
détournement du vote induit par la vulnérabilité de ces citoyens,
mais aussi par le caractère discutable de la pertinence du vote en
cas d’AFC majeure. Afin de préserver l’intégrité des élections, la
législation prévoit, dans de nombreuses démocraties et notamment en
France, que certains citoyens ayant une AFC puissent être privés du
droit de vote.
En France, la seule personne ayant la légitimité de retirer à un
citoyen avec AFC la possibilité d’exercer son droit de vote est le
juge des tutelles, à l’occasion d’une mise sous tutelle ou de son
renouvellement, en s’appuyant sur l’évaluation du médecin choisi
sur la liste établie par le procureur de la République [7].
Le rôle de ce médecin ne consiste pas à certifier si le sujet
évalué conserve ou non sa « capacité de vote », ni si celui-ci doit
garder ou non la possibilité d’exercer son droit de vote.
Le fait que la décision de privation des droits civiques soit
prise dans le cadre d’un jugement et selon une procédure accessible
à tous les citoyens, garantit la possibilité de recours et la
transparence de la procédure.
Cependant, cette privation du droit de vote soulève plusieurs
interrogations. Elle induit une double discrimination pour les
citoyens ayant une AFC : d’une part, par rapport aux citoyens qui
ne présentent pas d’AFC qui acquièrent automatiquement le droit de
vote à leur majorité et, d’autre part, par rapport aux autres
citoyens avec AFC mais qui ne sont pas protégés par une mesure de
tutelle. En effet, la mise sous tutelle ne concerne qu’une minorité
des sujets ayant une AFC, le motif initial de déclenchement de la
procédure étant généralement bien éloigné des droits civiques [28]
(motifs patrimoniaux, conflits dans l’entourage du sujet…). En
pratique, de nombreux sujets ayant une AFC majeure ne sont pas
protégés par une tutelle et restent en situation légale de voter
[6, 9, 28, 29] (Encadré). Par ailleurs, le médecin agréé ne dispose
pas actuellement, à notre connaissance, de critères consensuels
pour évaluer les conséquences de l’AFC sur l’exercice du droit de
vote.
Comment et jusqu’où assister les sujets ayant
une altération des fonctions cognitives
dans leur vote ?
Les citoyens ayant une AFC peuvent bénéficier d’aides pour voter.
Certaines d’entre elles sont prévues explicitement dans des textes
législatifs, essentiellement le code électoral (tableau 1). Ces aides peuvent être
apportées par les autorités administratives chargées d’organiser
les élections, par l’entourage des patients, mais aussi,
éventuellement, par le personnel en cas de séjour en établissement
médical ou médico-social. Elles sont détaillées dans le tableau 2. Les aides potentiellement
problématiques sur le plan éthique sont celles qui sont
susceptibles d’interférer avec le choix de vote, comme par exemple,
celles qui visent à améliorer l’expression du choix de vote de ces
citoyens et/ou celles qui entraînent une perte du caractère secret
du vote.
Par ailleurs, la question de savoir qui a la légitimité
d’apporter des aides, comment et jusqu’où les apporter, n’est pas
précisée dans les textes législatifs et reste à définir (tableau 3). En institution par exemple,
le personnel doit-il accompagner les résidents jusqu’à leur bureau
de vote, voire dans l’isoloir ? Une personne travaillant au sein
d’une institution peut-elle être destinataire d’une procuration à
la demande d’un résident ? (tableau 3).
Sabatino et al. [30] ont proposé que les aides à apporter à
un citoyen ayant une AFC et souhaitant voter s’arrêtent quand un
vote authentiquement personnel n’est plus possible. Mais la
définition d’un vote authentiquement personnel et, par la suite, la
mise en pratique de cette proposition semblent difficiles.
Tableau 2 Aides possibles pour faciliter l’exercice du
droit de vote des citoyens ayant une altération des fonctions
cognitives accueillis en établissements hospitaliers ou
médico-sociaux.Table 2. Possible assistance to facilitate the
exercise of the voting rights of cognitively impaired citizens.
|
AIDES AVANT LE VOTE
|
|
Rappel d’informations concernant le vote
|
|
|
Élections
|
|
|
Type (législative, présidentielle…), dates
|
|
|
Inscription sur les listes électorales
|
|
|
Nécessité en cas de changement d’adresse, documents requis…
|
|
|
Modalités pratiques de vote
|
|
|
Et aides possibles : vote par procuration, vote avec
assistance…
|
|
Garantie de liberté d’exercice du droit de vote des personnes
accueillies
|
|
|
Garantie de l’absence de pression
|
|
|
De la part du personnel, de l’entourage, des candidats en lice en
cas de visite dans les établissements
|
|
|
Garantie d’une information non biaisée et adaptée
|
|
|
Aux personnes accueillies concernant les programmes et les
candidats en lice
|
|
Aides pour permettre aux citoyens d’être en situation de pouvoir
voter
|
|
|
Inscription sur les listes électorales
|
|
|
Aides pour les démarches administratives : rassemblement des pièces
nécessaires, rédaction de courriers
|
|
|
Aides pour des déplacements
|
|
|
Établissement de la procuration
|
|
|
Aides pour choisir et contacter les mandataires possibles et
choisis par le mandant
|
|
|
Contact des autorités officielles compétentes pour le recueil des
demandes et établissement des procurations si nécessaire
|
|
|
Aides pour se rendre au bureau de vote
|
|
AIDES LORS DU VOTE
|
|
Indépendamment du mode du vote (au bureau de vote, par
procuration)
|
|
|
Protection contre un éventuel détournement du vote
|
|
|
Aides pour exprimer un choix de vote
|
|
|
Expression du vote perturbée par une aphasie Consignes de vote
imprécises
|
|
En cas de vote au bureau de vote
|
|
|
Aides pratiques
|
|
Assistance éventuelle pour mettre le bulletin dans l’enveloppe et
dans l’urne ou pour voter avec une machine électronique (vote avec
assistance) Ergonomie du bureau de vote et du matériel permettant
de voter
|
Tableau 3 Questions posées par le vote des citoyens
ayant une altération des fonctions cognitives.Table 3. Remaining
questions raised by voting by cognitively impaired subjects.
|
Qui a la légitimité pour aider les citoyens avec AFC à voter et
sous quelles conditions ?
|
|
Aidants (famille, amis) Professionnels de santé en EMS ou H, en
ambulatoire Personnels administratifs en EMS ou H Agents électoraux
officiels spécifiquement mandatés
|
|
Comment et jusqu’où aider les patients à voter ?
|
|
Information concernant les programmes électoraux, les
élections…
|
|
Accès aux administrations compétentes, aux bureaux de vote
|
|
Expression du choix de vote proprement dit
|
|
Quelle procédure d’organisation du vote adopter en EMS ou EH
?
|
|
Faut-il proposer le vote de façon systématique, quelle que soit
l’AFC ? Si non, selon quels critères choisir les sujets à qui
proposer le vote ?
|
|
Faut-il évaluer les « capacités de vote » des sujets en situation
légale de voter ? Si oui, qui a la légitimité pour cela ?
|
|
Faut-il respecter le désir de vote d’un sujet, même si celui-ci a
une AFC majeure ?
|
|
Quelle est la place des aidants dans la procédure d’organisation du
vote ?
|
|
Quel peut être le rôle des professionnels des établissements pour
limiter le risque de détournement du vote ?
|
|
Comment améliorer le respect du droit de vote des citoyens avec
AFC au bureau de vote ?
|
|
Faut-il modifier la procédure de vote avec les machines à voter
actuellement utilisées en France pour les citoyens avec AFC ?
|
|
Comment sensibiliser et former les personnes en charge de
l’organisation du vote dans les bureaux de vote au vote des
citoyens avec AFC ?
|
|
Faut-il faire évoluer la procédure actuelle de vote par
procuration en tenant compte des spécificités du vote des citoyens
avec AFC ?
|
|
Comment limiter le risque de détournement du vote lors du vote par
procuration ?
|
|
Faut-il restreindre l’éventail des personnes pouvant être
mandataire ?
|
|
Faut-il prévoir une formation particulière des agents
administratifs en charge de l’établissement des procurations
demandées en raison d’un problème de santé ?
|
|
Quels sont les avantages et les inconvénients de modalités de
vote actuellement non utilisables en France ?
|
|
Bureaux de vote mobiles
|
|
Urnes mobiles
|
Comment limiter le risque de détournement
du vote ?
Respecter les droits civiques des citoyens ayant une AFC signifie
notamment les protéger d’un éventuel détournement de leur vote. On
peut définir le détournement du vote par toute initiative qui
conduit à ce que le vote d’un citoyen ne soit pas le reflet de son
choix personnel [30]. Cette initiative peut ne pas être
intentionnellement malveillante. En effet, lors d’un vote par
procuration, certains aidants, pensant respecter le choix du sujet
avec AFC, votent parfois à sa place, en argumentant qu’ils votent
comme leur parent a toujours voté ou comme ils imaginent qu’il
aurait voté. Le risque de détournement du vote résulte de la
vulnérabilité accrue des citoyens ayant une AFC, et de la nature de
certaines aides qui peuvent interférer avec le choix de vote du
patient (tableau 2).
Pour protéger les patients contre ce risque, les moyens
dissuasifs prévus par le code électoral paraissent peu adaptés aux
citoyens ayant une AFC qui, le plus souvent, ne sont pas en état de
faire-valoir leurs droits. Il existe également un risque de
stigmatisation de l’entourage si ces dispositions étaient
appliquées strictement. Une alternative pour protéger ces sujets
consiste, dans le cadre d’une mise sous tutelle, à retirer la
possibilité d’exercer leur droit de vote aux sujets estimés inaptes
à voter mais pose à nouveau la question des critères à utiliser
déjà évoquée.
Par ailleurs, faciliter un accès direct des sujets avec AFC à
l’urne permet de limiter le risque de détournement du vote (par
exemple : aides pour un déplacement au bureau de vote ou création
de bureaux de vote mobiles pour les citoyens ne pouvant se déplacer
à leur bureau de vote). Enfin, l’intervention d’agents « officiels
» et spécialement mandatés pourrait garantir l’indépendance de
l’assistance au vote, écartant dans le même temps tout soupçon de
détournement du vote [4].
Quels intervenants pour permettre l’exercice du droit
de vote des sujets avec altération
des fonctions cognitives ?
L’exercice du droit de vote des sujets avec AFC concerne les sujets
eux-mêmes et leur entourage, mais aussi l’ensemble de la société.
De multiples intervenants sont susceptibles de contribuer au
respect du droit de vote de ces citoyens, mais sans que leur rôle
soit clairement défini : les aidants habituels, les professionnels
en charge des patients en EMS ou en EH (personnels administratifs
et de santé), les personnes en charge de l’organisation du vote,
notamment dans les bureaux de vote et, en cas de tutelle, le juge
des tutelles, le tuteur et le conseil de famille.
Les aidants habituels
Les aidants habituels ont une place incontournable pour que les
sujets avec AFC puissent accéder au vote (tableau 2). Ils sont, par exemple, les
destinataires privilégiés des procurations. Par ailleurs, ils
peuvent signaler aux autorités compétentes des cas éventuels de
possible violation du droit de vote de leur proche. Cependant, leur
rôle n’est pas d’intervenir dans le choix de vote du sujet (voir
plus haut).
Les professionnels en EMS et en EH
Les EMS ont la délicate tâche de permettre l’exercice du droit de
vote des résidents qui ont le droit de vote [13] (tableau 1) tout en assurant la protection des
résidents contre le détournement de leur vote. Mais il n’existe pas
de procédures « officielles » pour encadrer l’organisation du vote
des résidents en EMS. Ces établissements peuvent ainsi être
confrontés à des situations difficiles, au moins sur le plan
éthique (tableau 3), leur rôle
n’étant pas de décider in fine si les résidents ont ou non la
capacité d’exercer leur droit de vote.
En pratique, les EMS peuvent agir à différents niveaux :
- – en garantissant aux résidents un accès à une
information aussi objective possible lors des campagnes électorales
(tableau 2) ;
- – en adaptant les procédures de vote (par procuration ou
non) aux résidents ayant une AFC.
Le médecin
Le médecin n’a pas compétence à dire si un citoyen présentant une
AFC peut voter ou non. Ses compétences sur les pathologies
démentielles sont susceptibles d’être utiles dans l’évaluation des
conséquences de l’AFC sur l’exercice du droit de vote des citoyens
avec AFC. Cette expertise a été reconnue par décret [7], à la fois
avec implication du médecin choisi sur la liste établie par le
procureur de la République, mais aussi potentiellement du médecin
traitant, qui peut être amené à donner son avis (voir plus haut).
Ce décret pose toutefois un certain nombre d’interrogations :
sur quels outils va se baser cette évaluation ? Que dire du rôle du
médecin traitant qui peut être sollicité par le médecin agréé sur
ces questions ?
Les intervenants dans le cadre
de la tutelle
Le juge des tutelles, le tuteur, voire le conseil de famille s’il
existe, ont pour fonction de protéger le majeur sous tutelle,
notamment de veiller au respect de sa dignité et de ses droits
fondamentaux. Le tuteur représente le sujet sous tutelle dans
tous les actes de la vie civile. Par contre, le rôle de ces
différents acteurs dans le respect du droit de vote n’est explicite
que pour le juge des tutelles qui seul peut décider du retrait ou
du maintien du droit de vote. La mission de protection du
sujet sous tutelle dans la vie civile qui est confiée au tuteur et
le cas échéant au conseil de famille pourrait s’étendre à
l’exercice des droits civiques, avec, par exemple, un rôle d’aide
au respect du droit de vote des majeurs protégés. Toutefois, en cas
de sujet ayant une AFC majeure entraînant une incapacité totale de
communication ou ne souhaitant pas participer à un scrutin, le rôle
du tuteur ou de tout autre représentant du majeur protégé n’est pas
de voter en son nom.
Conclusion
Le vote des citoyens ayant des AFC soulève de multiples questions
tant sur le plan éthique que sur les plans juridique et politique.
La volonté de réduire la discrimination civique des sujets
présentant une AFC s’est traduite par des évolutions récentes du
Droit français, notamment dans le cadre de la mise sous tutelle.
Cependant, des textes complémentaires sont nécessaires pour
préciser les conditions de leur mise en application.
Des études complémentaires sont également nécessaires pour
faire avancer les connaissances sur la réalité du vote des sujets
avec AFC en France et les capacités mises en jeu lors de leur vote.
Rassembler des compétences multidisciplinaires (juristes, élus,
médecins et professionnels paramédicaux, philosophes, sociologues,
personnels administratifs, malades et aidants) pourra contribuer à
faire progresser le respect des droits civiques des personnes ayant
une AFC.
Points clés
- • Les citoyens avec altération des fonctions cognitives
représentent une part importante et croissante de l’électorat dans
les démocraties.
- • L’altération des fonctions cognitives s’accompagne
d’une vulnérabilité, d’un besoin d’aide accru, qui peut entraîner
dans le domaine du vote un risque de détournement du vote ainsi
qu’une difficulté d’exercer son droit de vote.
- • La volonté de limiter le risque de discrimination
civique des personnes avec altération des fonctions cognitives
s’est traduite en France par des évolutions récentes de la
législation qui, néanmoins, restent imprécises.
- • La réalisation d’études sur le vote des citoyens
présentant une altération des fonctions cognitives, en particulier
sur la réalité du vote ou les capacités mises en jeu lors du vote,
est nécessaire pour faire progresser le respect de leur droit de
vote.
Références
1 Karlawish JH, Bonnie RJ, Appelbaum PS,
Lyketsos C, James B, Knopman D, et al.
Addressing the ethical, legal, and social issues raised by voting
by persons with dementia. JAMA 2004 ; 292 : 1345-50.
2 Appelbaum PS, Bonnie RJ, Karlawish JH. The
capacity to vote of persons with Alzheimer’s disease. Am J
Psychiatr 2005 ; 162 : 2094-100.
3 Karlawish J, Appelbaum PS, Bonnie R,
Karlan P. Policy statement on voting by persons with dementia
residing in long-term care facilities. Alzheimer’s & Dementia
2006 ; 2 : 243-5.
4 Karlawish J. Voting by older adults with cognitive
impairments. LDI Issue Brief 2008 ; 13 : 1-4.
5 Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des
droits et des chances, la participation et la citoyenneté des
personnes handicapées (1). Journal officiel de la République
française n° 36 du 12 février 2005 texte 1, consulté le
6/05/09 sur le site www.legifrance.gouv.fr.
6 Article L5 du code électoral : version actuellement en vigueur
(article 71 de la loi 2005-102 pour l’égalité des droits et
des chances, la participation et la citoyenneté des personnes
handicapées), version en vigueur à partir de début 2009
(article 12 de la loi 2007-308 sur la réforme de la protection
juridique des majeurs) consulté le 6/05/09 sur le site
www.legifrance.gouv.fr.
7 Décret n° 2008-1276 du 5 décembre 2008. Journal
officiel de la République française n° 0285 du 7 décembre
2008 page 18646 texte 7 modifiant l’article 1219 du Code de
procédure civile, consulté le 6/05/09 sur le site :
www.legifrance.gouv.fr.
8 Lobo A, Launer LJ, Fratiglioni L,
Andersen K, Di Carlo A, Breteler MM, et al.
Prevalence of dementia and major subtypes in Europe :
a collaborative study of population-based cohorts. Neurologic
Diseases in the Elderly Research Group. Neurology 2000 ; 54
(11 Suppl. 5) : S4-S9.
9 Gallez C. Rapport sur la maladie d’Alzheimer et les maladies
apparentées de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques
de santé (OPEPS) : 50-9. Consulté le 12/09/08 sur :
www.assemblee-nat.com/12/pdf/rap-off/i2454.pdf.
10 Hebert LE, Scherr PA, Bienias JL,
Bennett DA, Evans DA. Alzheimer disease in the US
population : prevalence estimates using the 2000 census. Arch
Neurol 2003 ; 60 : 1119-22.
11 Wislowski A, Cuellar N. Voting rights for older
Americans with dementia : implications for health care providers.
Nurs Outlook 2006 ; 54 : 68-73.
12 Viriot Durandal JP. Le pouvoir gris. Paris :
Presses Universitaires de France, 2003.
13 Article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne
accueillie, publié en annexe de l’arrêté du 8 septembre 2003
mentionné à l’article L. 311-4 du code de l’action sociale et des
familles (Journal officiel de la République française du 9
septembre 2003 : 17250) consulté le 12/09/08 sur le site
Legifrance.gouv.fr.
14 Ramaroson H, Helmer C, Barberger-Gateau, Letenneur
L, Dartigues JF. Prévalence de la démence et de la maladie
d’Alzheimer chez les personnes de 75 ans et plus : données
réactualisées de la cohorte PAQUID. Rev Neurol (Paris) 2003 ;
159 : 405-11.
15 Bosquet A, Medjkane A, Voitel Warnecke D, Vinceneux P, Mahé
I. The vote of acute medical inpatients : a prospective study. J
Aging Health 2009 ; 21 : 699-712.
16 Karlawish JH, Casarett DA, James BD,
Propert KJ, Asch DA. Do persons with dementia vote ?
Neurology 2002 ; 58 : 1100-2.
17 Ott BR, Heindel WC, Papandonatos GD. A survey
of voter participation by cognitively impaired elderly patients.
Neurology 2003 ; 60 : 1546-8.
18 Karlawish JH, Bonnie RJ, Appelbaum PS,
Kane RA, Lyketsos CG, Karlan PS, et al.
Identifying the barriers and challenges to voting by residents in
nursing homes and assisted living settings. J Aging Soc Policy
2008 ; 20 : 65-79.
19 Raymont V, Bingley W, Buchanan A,
David AS, Hayward P, Wessely S. Prevalence of mental
incapacity in medical inpatients and associated risk factors :
cross-sectional study. Lancet 2004 ; 364 : 1421-7.
20 Etchells E, Darzins P, Silberfeld M,
Singer PA, McKenny J, Naglie G, et al.
Assessment of patient capacity to consent to treatment. J Gen
Intern Med 1999 ; 14 : 27-34.
21
http://www.med.uscourts.gov/opinions/Singal/2001/GZS_08092001_1-00cv206_DOE_v_ROWE.pdf.
22 Karlawish J. Measuring decision-making capacity in
cognitively impaired individuals. Neurosignals 2008 ;
16 : 91-8.
23 Dunn LB, Nowrangi MA, Palmer BW,
Jeste DV, Saks ER. Assessing decisional capacity for
clinical research or treatment : a review of instruments. Am J
Psychiatry 2006 ; 163 : 1323-34.
24 Marson DC, Ingram K, Cody H, Harrell LE.
Assessing the competency of patients with Alzheimer’s disease under
different legal standards. Arch Neurol 1995 ; 52 :
949-54.
25 Marson C, Harell L. Executive dysfunction and loss
of capacity to consent to medical treatment in patient with
Alzheimer’s disease. Semin Clin Neuropsychiatry 1999 ;
4 : 41-9.
26 Folstein MF, Folstein SE, McHugh PR. «
Mini-mental state ». A practical method for grading the
cognitive state of patients for the clinician. J Psychiatr Res
1975 ; 12 : 189-98.
27 Karlawish JH, Bonnie RJ. Voting by elderly persons
with cognitive impairment : lessons from other democratic nations.
McGeorge Law Review 2007 ; 38 : 878-916.
28 Boutaric R. Rapport 2006-16 du 5/10/2006 du Conseil
Economique et Social “Réformer les tutelles”, consulté le 10/03/09
sur le site :
http://www.conseil-economique-et-social.fr/ces_dat2/3-1actus/frame_derniers_rapports.htm.
29 Malherbe P. Rapport 2006 de l’observatoire National des
Populations “Majeurs Protégés”, consulté le 10/03/09 sur le site
http://www.unaf.fr/spip.php?article6377.
30 Sabatino C, Spurgeon E. Facilitating voting as
people age : implications of cognitive impairment. McGeorge Law
Review 2007 ; 38 : 843-59.
|