ARTICLE
Auteur(s) : Christophe Arbus1,
Valérie Cochen2
1Service de psychiatrie, Hôpital universitaire
Purpan, Toulouse
2Service de neurologie, Hôpital universitaire Gui
de Chauliac, Montpellier
Points clés
- ● Avec le vieillissement, les marqueurs physiologiques
du sommeil se modifient et la qualité du sommeil s’altère.
- ● Les rythmes biologiques et notamment le rythme
veille-sommeil se désorganisent. La plainte pour insomnie est
très fréquente chez le sujet âgé et est souvent à l’origine d’un
mésusage des hypnotiques.
- ● Devant une plainte chez un sujet âgé, à côté des
altérations physiologiques répondant parfois à des mesures
environnementales, il faut savoir rechercher un trouble du sommeil
spécifique dont le traitement sera lui aussi spécifique.
La régulation circadienne du sommeil s’altère avec le
vieillissement et les sujets âgés dorment moins profondément, leur
sommeil est plus fragmenté. Les personnes âgées se plaignent
très fréquemment de leur sommeil. Elles sont sujettes à plus de
troubles du sommeil chroniques que les adultes jeunes. Un sommeil
non réparateur, des réveils précoces, des difficultés
d’endormissement, des réveils intra sommeil, des somnolences
diurnes sont les doléances les plus fréquentes des sujets âgés
concernant leur sommeil. Malheureusement, ces plaintes conduisent
souvent à des prescriptions inadaptées et à un mésusage des
hypnotiques. En France, près de la moitié des prescriptions
d’hypnotiques le sont pour les sujets âgés de plus de
65 ans.
Les facteurs qui contribuent à altérer le sommeil chez les
seniors sont multiples. À côté du vieillissement et de la
modification du fonctionnement des mécanismes neurobiologiques
responsables de la régulation du sommeil, on évoque fréquemment
l’impact des pathologies somatiques, de l’usage des médicaments et
des modifications de l’activité physique quotidienne, ainsi que de
la réduction de l’exposition à la lumière. Finalement, les sujets
âgés, même s’ils sont en bonne santé, se plaignent souvent d’une
altération de la qualité de leur sommeil et les études
polysomnographiques confirment la base objective de ces plaintes.
Il existe des modifications de l’architecture du sommeil
expliquant la diminution du sommeil lent profond ainsi que la
fréquence des réveils intra sommeil.
La non reconnaissance et l’absence de diagnostic des troubles du
sommeil des sujets âgés peuvent être responsables d’une
morbi-mortalité significative avec, en premier lieu, des
conséquences néfastes secondaires au mésusage des hypnotiques, mais
aussi des complications liées à la somnolence diurne excessive.
Mieux connaître les troubles du sommeil des sujets âgés et savoir
analyser leur plainte pourrait permettre une meilleure prise en
charge. L’éducation thérapeutique axée sur l’information concernant
les déterminants de l’alternance veille-sommeil, les rythmes
circadiens et l’usage des médicaments permettrait une prise de
conscience sanitaire chez des sujets qui peuvent être, depuis de
nombreuses années, dépendants à un traitement hypnotique.
Nous aborderons dans cet article les modifications de
l’architecture du sommeil ou des rythmes circadiens liées au
vieillissement. Nous parlerons des troubles spécifiques liés au
sommeil qui sont fréquents chez le sujet âgé et, enfin, nous
évoquerons les altérations du sommeil retrouvées chez les sujets
déments et notamment, les patients présentant une maladie
d’Alzheimer.
Le vieillissement à l’origine d’altérations physiologiques
du sommeil et de sa régulation
Modifications de l’architecture du sommeil
La majorité des plaintes exprimées par les sujets âgés peuvent être
expliquées par les changements dans l’organisation du sommeil qui
sont observés dans cette population. Le sommeil se modifie
significativement et continuellement avec l’avancée en âge.
L’architecture du sommeil est altérée avec le vieillissement et on
constate une augmentation du pourcentage du temps passé en stade I
et une diminution du pourcentage de temps passé en stades III et IV
[1]. Ces modifications sont moins remarquables chez les femmes
que chez les hommes. Le pourcentage de temps passé en sommeil
paradoxal ne diminue que légèrement du milieu de la vie à l’âge
avancé. Les fragmentations du sommeil augmentent.
Les réveils brefs sont fréquents même chez les patients ne
présentant pas de trouble du sommeil comme, par exemple, un
syndrome d’apnée du sommeil. L’efficacité du sommeil diminue avec
l’âge et on assiste à un déclin de 86 % aux alentours de
45 ans à 79 % chez les sujets âgés de 70 ans [2].
Les événements phasiques du sommeil comme les complexes K, les
fuseaux du sommeil et la densité des mouvements oculaires rapides
diminuent aussi avec l’âge [3, 4]. La latence d’apparition du
sommeil paradoxal est écourtée.
Les mécanismes qui sous-tendent ces modifications d’architecture
sont peu connus. Des changements neuro-hormoraux peuvent être
corrélés avec ces dernières : la diminution de l’hormone de
croissance avec le temps passé en stades III et IV, les taux de
cortisol matinaux élevés avec la diminution du sommeil paradoxal et
l’augmentation de l’interleukine-6 avec l’augmentation des
phénomènes de somnolence [5].
La diminution observée des taux de mélatonine avec l’avancée en
âge pourrait participer à l’expression des troubles du sommeil chez
les sujets âgés. Le niveau de mélatonine circulante a été
trouvé significativement plus bas, avec un début de sécrétion et un
pic retardé chez des sujets âgés présentant une insomnie lorsqu’on
les compare à des sujets contrôles de même âge. De plus, les
traitements mélatoninergiques chez les sujets âgés présentant une
insomnie en lien avec un déficit de mélatonine, semblent avoir été
efficaces dans l’initiation et le maintien du sommeil [6].
Les troubles des rythmes circadiens : le cycle
veille-sommeil
La fréquence des endormissements diurnes (sieste), l’incapacité à
passer rapidement et aisément d’une phase de sommeil à une phase
d’éveil et la tendance à s’endormir plus précocement sont des
phénomènes qui caractérisent les troubles du rythme veille-sommeil
chez les sujets âgés. Le fait de ne pouvoir soutenir une phase
d’éveil suffisamment longue sans endormissement ou bien de
maintenir des phases de sommeil sans interruptions peut refléter
des changements fondamentaux liés à l’âge et implique la régulation
homéostatique et circadienne du sommeil [7].
Somnolence diurne excessive
La sieste est fréquente chez les sujets âgés. Cependant, ils
ressentent plus la pression du sommeil que les sujets jeunes bien
avant l’heure à laquelle ils vont se coucher le soir. C’est une
période (fin d’après-midi) au cours de laquelle, habituellement, le
corps résiste au sommeil. Une étude récente comparant le sommeil
d’un groupe de sujets jeunes à un groupe de sujets âgés au cours
d’un protocole en routine constante a montré que les sujets âgés
pouvaient s’endormir plus facilement que les sujets jeunes au cours
de cette période. Dans cette étude, les auteurs ont montré que ce
phénomène n’était en relation ni avec l’avance de phase du cycle
veille-sommeil ni avec une modification de la période de sécrétion
de la mélatonine. Cependant, une diminution de la sécrétion de
mélatonine a été mise en évidence dans le groupe des sujets âgés.
Les auteurs suggéraient que la propension au sommeil,
modification due à l’âge, pouvait être en relation avec un
affaiblissement du signal circadien plutôt qu’avec une modification
du processus homéostatique du sommeil [8].
Qu’est-ce que le processus homéostatique ? Il faut penser
aujourd’hui que le sommeil est un processus dynamique qui s’adapte
chaque jour au besoin de l’organisme. Le moment où l’on
s’endort de même que la durée et la qualité du sommeil résultent de
l’action combinée de deux forces : d’une part, la dette
homéostatique (processus S) et, d’autre part, la phase de notre
rythme circadien (processus C). Ces deux processus entrent en
jeu dans la régulation du sommeil et de ses rythmes.
Le processus C fait référence à la dette de sommeil qui
s’accumule en fonction du temps d’éveil et qui diminue durant
l’épisode de sommeil. Le processus S, quant à lui, est
déterminé par notre horloge biologique (noyau suprachiasmatique)
dont le rythme est endogène, mais aussi entraîné par l’alternance
lumière-obscurité. Cette horloge produit un cycle d’environ
24 heures au cours duquel surviennent les temps optimaux pour
s’endormir, se réveiller, rêver ou être actif au cours de la
journée. Au cours du vieillissement, ce serait plutôt l’horloge
interne qui serait perturbée et à l’origine du phénomène de
somnolence diurne excessive.
Insomnie
L’insomnie est un symptôme fréquent chez les sujets âgés avec
environ 30 % de plaintes organisées autour de difficultés à
maintenir son sommeil et environ la moitié des sujets qui se
plaignent de présenter un retard à l’endormissement [9].
Malgré l’importance des facteurs intrinsèques au sommeil liés à
l’âge dans la survenue de l’insomnie chez les sujets âgés, de
nombreuses conditions médicales et psychiatriques peuvent
participer au phénomène d’insomnie. Parmi elles, les douleurs
chroniques, les maladies cardiovasculaires, les troubles
respiratoires et digestifs ou autres maladies chroniques
systémiques. À l’exclusion de ces conditions médicales, la
prévalence moyenne des insomnies se limite à 1 à 3 % chez les
sujets âgés [10]. Les études épidémiologiques ont montré qu’un
état de santé altéré, une humeur dépressive et la diminution de
l’activité physique représentaient des facteurs de risques
d’apparition et de persistance d’une insomnie chez les sujets âgés
[11].
Le traitement de l’insomnie chez les sujets âgés apparaît
complexe. L’utilisation au long court d’hypnotiques sédatifs de
type benzodiazépine n’a pas apporté la preuve d’une efficacité
certaine. Par ailleurs, ces traitements ont des effets secondaires
délétères dans cette population (amnésie antérograde, sédation
diurne, myorelaxation et risque de chute, augmentation du risque
d’accident de la voie publique) [12]. L’efficacité d’autres
approches comme l’activité physique, les traitements
psychologiques, l’exposition à la lumière, l’homéopathie n’est pas
encore établie de façon formelle.
Syndrome des jambes sans repos et mouvements
périodiques des membres
Ces deux pathologies sont fréquentes et mal repérées chez les
sujets âgés.
Le syndrome des jambes sans repos est une situation clinique
neurologique caractérisée par une urgence à bouger, habituellement
associée à des paresthésies, qui survient ou est aggravée par
l’immobilité et qui est soulagé par la reprise d’une activité
motrice. Une des caractéristiques principales de ce syndrome est
l’aggravation des symptômes le soir et durant la nuit.
Les symptômes du syndrome des jambes sans repos ont un impact
majeur sur le sommeil nocturne et le fonctionnement diurne.
Beaucoup de patients rapportent des difficultés pour s’endormir ou
rapportent se réveiller rapidement après le début de la nuit avec
des sensations désagréables au niveau des jambes.
La prévalence de ce syndrome après 80 ans peut atteindre 19
% [13]. Le fait que la prévalence augmente après l’âge de
65 ans ou atteint le pic entre 50 et 59 ans, pour
décliner après [14] reste d’explication inconnue. Chez les femmes,
les symptômes des jambes sans repos s’aggraveraient après la
ménopause.
Les mouvements périodiques des membres au cours du sommeil sont
des mouvements stéréotypés, répétitifs, non épileptiques, des
jambes qui sont représentés par des épisodes périodiques
d’extension rythmique du gros orteil avec flexion de la cheville et
parfois flexion du genou et de la hanche. Les premières
descriptions soulignaient des similarités cliniques avec le réflexe
de triple flexion et le signe de Babinski. Les mouvements
apparaissent presque toujours, mais pas de façon systématique,
concomitamment au syndrome des jambes sans repos.
La prévalence des mouvements périodiques des membres après
65 ans est de 45 % et cette dernière augmente avec l’âge [15].
La prévalence des mouvements périodiques des membres chez les
sujets âgés représente le double de celle retrouvée pour le
syndrome des jambes sans repos. Le plus souvent, le diagnostic
des mouvements périodiques des membres est accidentel.
De nombreux mécanismes peuvent sous-tendre ce syndrome chez le
sujet âgé. Les données actuelles sur la physiopathologie de
base des mouvements périodiques accompagnant le syndrome des jambes
sans repos concernent principalement les déficits du transport du
stockage du fer, phénomène assez courant chez le sujet âgé [16].
L’autre mécanisme le plus souvent suspecté est un dysfonctionnement
de la transmission dopaminergique [17].
Les troubles respiratoires au cours du sommeil
Ces troubles sont très fréquents dans la population âgée. Environ
47 % des sujets âgés de plus de 65 ans présentent un index
d’apnée/hypopnée supérieur ou égal à 20 par heure.
Les fréquences des apnées hypopnées et réveils secondaires à
un événement respiratoire augmentent avec l’âge [18].
Les troubles respiratoires du sommeil sont associés à un
mauvais sommeil.
La signification clinique de ces troubles est différente chez le
sujet âgé par rapport au sujet adulte plus jeune. Certains facteurs
de risque de ces troubles peuvent exister chez le sujet âgé comme
chez le sujet jeune, d’autres, par contre, peuvent différer. Dans
les études les plus récentes, plusieurs marqueurs d’obésité
pourtant significativement associés aux troubles respiratoires du
sommeil dans les populations adultes (comme la circonférence
cervicale), ne le sont plus si l’on s’intéresse à des populations
de 70 ou 80 ans [19]. Chez les sujets âgés, les
événements respiratoires obstructifs paraissent être plus fréquents
que les événements d’origine centrale. Ainsi, les altérations
spécifiques des voies aériennes supérieures sont peut-être en jeu
chez le sujet âgé en favorisant le collapsus.
Le ramollissement des tissus et la perte du tonus musculaire
qui accompagnent le vieillissement sous-tendent très probablement
ces mécanismes [20]. Les troubles de l’articulé dentaire et
notamment l’édentation peuvent constituer un risque particulier des
troubles respiratoires au cours du sommeil en modifiant la
dimension de la cavité buccale [21]. Les risques secondaires
aux troubles respiratoires au cours du sommeil chez les sujets âgés
sont représentés par une augmentation de la mortalité, des
complications cardiovasculaires et neuro-comportementales.
Le nombre de comorbidités qui peuvent potentiellement altérer le
sommeil chez les sujets vieillissants est si important qu’une prise
en charge des troubles du sommeil effective devrait d’abord se
centrer sur les pathologies somatiques à l’origine des troubles
ainsi que les troubles psychiatriques associés avant d’initier le
traitement du trouble du sommeil proprement dit.
Enfin, chez les sujets âgés, un sommeil de mauvaise qualité,
s’il n’est pas pris en charge, entraîne souvent des complications
et présente une évolution péjorative. Non seulement les troubles du
sommeil réduisent la qualité de vie chez les sujets âgés, mais
plusieurs études épidémiologiques évaluant le temps de sommeil
total subjectif ont montré que des durées de sommeil écourtées, et
qui n’étaient pas nécessairement associées à une plainte de type «
insomnie », étaient corrélées à une mortalité plus précoce [22],
mais aussi au déclin des fonctions cognitives [23].
Les troubles du sommeil dans la maladie
d’Alzheimer
La démence est la première cause de perte d’autonomie chez les
sujets âgés. Dans les maisons de retraite et les longs séjours, les
troubles du sommeil sont observés avec une fréquence élevée.
La population des maisons de retraite est une population
hétérogène, faite de patients présentant divers troubles
physiquesetdiverses pathologies démentielles. La maladie
d’Alzheimer est l’étiologie la plus fréquente des démences. Elle
représentait 60 à 70 % de l’ensemble des pathologies
neurodégénératives selon l’OPEPS en 2005. Les troubles du
sommeil dans la maladie d’Alzheimer sont fréquents et peuvent
accélérer l’institutionnalisation. De nombreux facteurs
environnementaux peuvent contribuer à l’altération des conditions
de sommeil, comme des niveaux élevés de bruit au cours de la nuit,
l’absence d’activité physique pendant la journée, le manque
d’exposition à la lumière du soleil et l’absence d’hygiène du
sommeil. Ainsi de multiples facteurs peuvent contribuer aux
troubles de l’alternance veille-sommeil chez les résidents des
maisons de retraite [24].
Peu d’études épidémiologiques ont été conduites afin d’évaluer
la prévalence des pathologies spécifiques liées au sommeil dans la
maladie d’Alzheimer. Proposer des enregistrements
polysomnographiques chez ces patients est difficile.
Les troubles de la respiration au cours du sommeil, le
syndrome des jambes sans repos, les mouvements périodiques des
membres au cours du sommeil, les troubles du comportement au cours
du sommeil paradoxal peuvent être plus fréquents dans certaines
pathologies démentielles que chez les adultes de même âge
non-déments [25].
Une organisation des stades de sommeil perturbée
Les modifications de l’architecture du sommeil observées chez les
patients Alzheimer sont similaires à celles observées chez les
patients âgés non déments, mais les altérations peuvent être plus
sévères. Dans la maladie d’Alzheimer, il existe une augmentation de
pourcentage du sommeil de stade I et une réduction de la proportion
des stades lents profonds. Les spindles et les complexes K
sont moins fréquents. Ainsi, il existe une perte des
caractéristiques EEG du stade II [26]. Le pourcentage de
sommeil paradoxal est réduit contrairement à ce qui est observé
chez le sujet âgé normal chez qui il reste inchangé.
La densité du sommeil paradoxal, le nombre d’épisodes du
sommeil paradoxal et la latence de ce dernier sont habituellement
inchangés [27].
Trouble de l’alternance veille-sommeil
Les troubles du rythme circadien dans la maladie d’Alzheimer sont
représentés par l’interruption de la continuité du sommeil nocturne
et la somnolence diurne. Les causes de ces troubles sont
multiples. Les lésions situées au niveau de l’horloge
centrale, localisée dans les noyaux suprachiasmatiques [28],
peuvent expliquer ces perturbations. Des facteurs
environnementaux comme la baisse de l’exposition à la lumière
peuvent entraîner cette altération du rythme circadien.
L’utilisation des médicaments, les pathologies spécifiques liées au
sommeil ou la dépression sont d’autres facteurs qui peuvent
influencer ces rythmes [29].
Ces altérations chronobiologiques se matérialisent au niveau des
modifications des rythmes circadiens des sécrétions
neuro-endocrines comme celles du cortisol, de la mélatonine ou la
vasopressine et des fluctuations de la température corporelle.
Ces altérations peuvent expliquer certains types de troubles
du comportement comme l’agitation repérée dans le syndrome du
coucher du soleil [30].
La sécrétion de mélatonine est précocement altérée dans la
maladie d’Alzheimer et peut être associée aux épisodes
confusionnels, à l’agitation et aux troubles de l’alternance
veille-sommeil [31]. Certains auteurs ont mis en évidence un lien
entre la perturbation de la sécrétion mélatoninergique et la
sévérité du déclin cognitif [32]. Les thérapeutiques de
supplémentation en mélatonine ont été considérées comme pouvant
représenter un traitement potentiel des troubles du sommeil et de
l’agitation vespérale chez les sujets Alzheimer [33]. Plus
récemment, des travaux ont pu compléter ces résultats parfois
controversés en montrant que c’était la combinaison entre
luminothérapie et prescription de mélatonine qui pouvait avoir un
effet positif avec une réduction de l’agitation, de la latence
d’endormissement et une augmentation de la durée totale du sommeil,
ainsi que de la durée des stades de sommeil lent profond [34].
Autre modification chronobiologique, les variations de la
température corporelle sont diminuées en amplitude dans la maladie
d’Alzheimer. Cela se retrouve chez le sujet âgé normal mais, chez
le sujet Alzheimer, cela est plus sévère [28]. Chez les sujets
âgés, il existe une avance de phase, notamment de l’acrophase, de
la température corporelle alors que chez le sujet Alzheimer, il
existe un retard de phase. Ce retard de phase semble être une
caractéristique spécifique de la maladie d’Alzheimer et non une
modification liée au vieillissement.
Somnolence diurne
Les endormissements au cours de la journée constituent le trouble
du sommeil le moins perturbateur pour les aidants des patients
Alzheimer. La sévérité de la somnolence est associée avec
l’altération de l’autonomie dans les activités quotidiennes, mais
pas avec le niveau d’altération cognitive [35]. L’augmentation de
la proportion du sommeil durant la journée peut se voir chez les
patients présentant un stade modéré comme sévère de la maladie
d’Alzheimer, comme le confirment les études réalisées à l’aide de
techniques neurophysiologiques rigoureuses [36].
Insomnie
L’insomnie est le trouble du sommeil le plus fréquent dans la
maladie d’Alzheimer. Il est la conséquence la plus naturelle
du trouble du cycle veille-sommeil, mais peut aussi survenir
secondairement à des troubles psychiatriques comme l’anxiété,
représenter un effet secondaire des médicaments, notamment des
anticholinestérasiques, ou être secondaire à d’autres troubles
spécifiques du sommeil comme les troubles de la respiration
(syndrome d’apnée du sommeil).
Une étude transversale réalisée chez les patients ambulatoires a
mis en évidence que 34 % des patients Alzheimer présentaient des
réveils nocturnes [37]. Ces réveils et interruptions du
sommeil au cours de la nuit sont une source significative du
fardeau et représentent un stress psychologique mais aussi physique
pour les aidants. Les troubles du sommeil augmentent avec la
sévérité de l’altération cognitive et peuvent représenter des
facteurs de l’agitation mis en évidence chez les sujets
Alzheimer.
Ainsi, les troubles du sommeil sont très probablement liés aux
troubles du comportement dans la démence, mais cette association
n’a pas encore été totalement élucidée.
Troubles du comportement en sommeil paradoxal
Les troubles du comportement au cours du sommeil paradoxal (REM
sleep behaviour disorders - RBD) sont une parasomnie caractérisée
par la perte de l’atonie musculaire au cours du sommeil paradoxal
rendant possible une activité motrice accompagnant le rêve : par
exemple rire, parler, courir, ou se battre avec des ennemis
invisibles [38]. La mise en acte des rêves peut se présenter
sous forme de comportements violents générant parfois des
traumatismes pour le sujet lui-même ou la personne partageant son
lit.
Les RBD sont généralement associés aux synucléïnopathies. Selon
Boeve et al. [39], il n’existe pas de cas de RBD rapporté dans
la maladie Alzheimer « pure ». Il a même été suggéré que les
RBD pouvaient être marqueurs de la maladie à corps de Levy afin de
la différencier de la maladie d’Alzheimer. Cependant, récemment,
Gagnon et al. [40] ont mis en évidence la présence de RBD et
de sommeil paradoxal sans atonie chez des patients Alzheimer en
utilisant des enregistrements polysomnographiques. Il faut
souligner que, dans cette étude, les preuves anatomopathologiques
de la maladie manquaient, ce qui ne permet pas de confirmer ce
résultat.
Le syndrome d’apnées du sommeil
La prévalence des troubles respiratoires au cours du sommeil chez
les patients Alzheimer peut atteindre 33 à 70 % [41].
Ces troubles sont associés à des réveils nocturnes souvent
compliqués de confusion, d’agitation diurne avec composantes
agressives, à une majoration de l’altération cognitive et une
augmentation du risque de mortalité [42]. Les troubles
respiratoires au cours du sommeil sont représentés le plus souvent
par des apnées obstructives, habituellement prises en charge et
traitées à l’aide de la pression positive continue (CPAP).
De façon surprenante, la compliance à la CPAP chez les
patients Alzheimer est plutôt bonne [43]. Il est donc
important de repérer ces troubles puisque ces patients peuvent
bénéficier d’un traitement adapté.
Les traitements des troubles du sommeil
En fin d’année 2007, sur une période de quatre mois, 32 % des plus
de 65 ans et près de 40 % des personnes âgées de plus de
85 ans se sont vues prescrire un traitement hypnotique ou
anxiolytique [12]. Ces prescriptions sont parfois anciennes et
ne sont reconduites que parce que les sujets sont devenus
dépendants et que le trouble du sommeil est devenu autoentretenu
par le rebond de l’insomnie à l’arrêt du traitement.
Devant une plainte pour insomnie chez un sujet âgé,
l’information doit rester un temps capital de la prise en charge.
En effet, la perception qu’ont les patients sur la qualité de leur
sommeil ne tient que rarement compte des connaissances sur le
vieillissement de ce besoin physiologique et une information sur
l’hygiène du sommeil peut permettre d’aborder cette question en
proposant d’emblée quelques solutions. Par ailleurs, une meilleure
éducation thérapeutique permettrait de sensibiliser cette
population aux risques inhérents à la prescription d’hypnotiques
qui ne devrait plus représenter l’unique et automatique recours
dans ces situations.
En pratique, toute plainte associée à des signes spécifiques
devrait conduire à rechercher une insomnie secondaire en pensant en
premier lieu à un syndrome dépressif ou, en fonction du tableau, à
un trouble intrinsèque comme le syndrome d’apnées du sommeil. Après
avoir éliminé les facteurs de mauvais sommeil (alcool, café, bruit,
sieste de longue durée, mauvaise literie…), un traitement
médicamenteux ne devrait être proposé qu’après avoir tenté de
renforcer les synchroniseurs externes, surtout en maison de
retraite, pour rétablir le rythme veille/sommeil, et avoir proposé
une approche non médicamenteuse (entretiens motivationnels,
relaxation…). Un traitement médicamenteux (benzodiazépine de courte
durée ou hypnotique vrai) devrait être proposé assorti d’un «
contrat de traitement » spécifiant la posologie, la durée et les
modalités d’arrêt du traitement.
De nouveaux traitements voient le jour au moment où nous
écrivons ces lignes avec des mécanismes d’action plus proche des
mécanismes physiopathologiques à l’origine de la plainte. C’est le
cas du Circadin®. La substance active du
Circadin® est la mélatonine. Il est utilisé en
monothérapie pour le traitement à court terme de l’insomnie
primaire caractérisée par un sommeil de qualité médiocre chez des
patients de 55 ans et plus. Ce traitement n’entraînerait
aucune dépendance. Sa prescription est limitée dans le temps.
Conclusion
Les troubles du sommeil chez les sujets âgés sont associés à un
risque de morbidité et de mortalité majoré. Il existe un
risque de chute, de déclin cognitif chez ces sujets fragiles qui
sont plus vulnérables aux facteurs de stress et plus enclins à
présenter des troubles majeurs en cas de mauvais sommeil.
Les troubles du sommeil ont un impact que l’on peut parfois
juger comme dramatique chez un sujet âgé, à la fois directement,
par la mauvaise qualité de l’éveil qu’ils engendrent, mais aussi
indirectement du fait d’un mésusage très fréquent des hypnotiques
et autres psychotropes. Le sommeil se modifie avec le
vieillissement et la plainte exprimée par le sujet devrait être
analysée avec plus de circonspection en insistant sur l’information
donnée aux malades afin qu’ils acceptent que la prescription
d’hypnotique ne soit pas la réponse unique.
Dans cette population, les troubles spécifiques liés au sommeil
sont plus fréquents et le médecin doit rester attentif à la plainte
exprimée par le sujet afin de ne pas méconnaître un trouble qui
pourrait répondre à un traitement spécifique.
Conflit d’intérêts
: aucun.
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