ARTICLE
Auteur(s) : Mickaël Laisney, Béatrice Desgranges, Francis
Eustache, Bénédicte
Giffard
Unité U923, Inserm – EPHE – Université
de Caen/Basse-Normandie, Caen
La mémoire sémantique contient l’ensemble des représentations
conceptuelles dont nous disposons sur le monde qui nous entoure et
sur nous-mêmes (sémantique personnelle), ainsi que les mots qui les
indicent. Ce système mnésique est essentiel à la production et à la
compréhension du langage. Ainsi, lorsque la mémoire sémantique est
altérée, les répercussions sur la vie quotidienne sont majeures.
C’est le cas notamment des patients souffrant de certaines
affections neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer et la
démence sémantique. Les troubles sémantiques constituent le
symptôme le plus prégnant et handicapant dès le début de la démence
sémantique. Dans la maladie d’Alzheimer, bien que fréquemment
présents dès le stade prédémentiel [1, 2] ou prédicteurs de
l’évolution vers une maladie d’Alzheimer avérée [3], ils sont
d’intensité variable aux premiers stades de la maladie.
Les patterns d’atrophie corticale étant relativement
différents entre ces deux pathologies [4, 5], on peut penser que la
source des déficits sémantiques l’est également. Cependant, la
nature des troubles sémantiques dans la maladie d’Alzheimer et la
démence sémantique reste encore largement débattue et peu d’études
sur la mémoire sémantique ont directement comparé ces deux
pathologies [6, 7].
Les déficits sémantiques perturbent la réalisation des épreuves
classiques évaluant de manière explicite la mémoire sémantique
comme les tâches de définition, de dénomination d’images ou de
visages, de fluence verbale [8] ou encore d’appariement sémantique.
Ces épreuves et, plus particulièrement, celles qui utilisaient
des connaissances relatives aux personnes [9] sont particulièrement
pertinentes dans le diagnostic de ces affections [2] et largement
utilisées en pratique clinique. Toutefois, les tâches explicites
évoquées sollicitent des processus variés, affectés par la maladie
(mécanismes attentionnels, mémoire de travail, vitesse de
traitement, capacité de production verbale). À l’inverse, les
épreuves d’amorçage sémantique, quand elles respectent certaines
conditions méthodologiques, constituent une évaluation implicite de
la mémoire sémantique et permettent de minimiser l’intervention des
processus autres que sémantiques [10]. Les effets d’amorçage
sémantique, sous-tendus par la mémoire sémantique, impliquent un
traitement sémantique de l’amorce et/ou une relation sémantique
entre l’amorce (par exemple tigre) et la cible (lion). L’une des
épreuves les plus utilisées pour évaluer les effets d’amorçage est
la tâche de décision lexicale : le sujet doit décider le plus
rapidement possible si des suites de lettres forment ou non un mot
de sa langue (ignule est un non-mot). L’effet d’amorçage se traduit
par un temps de décision plus court pour les mots cibles liés
sémantiquement aux amorces que pour les mots contrôles ne
partageant pas de lien (tigre-jupe) (figure 1A).
Un des atouts majeurs du paradigme d’amorçage réside dans la
possibilité d’utiliser tous types de stimuli et de relations.
Les relations sémantiques les plus étudiées entre amorce et
cible sont les relations de coordination (tigre-lion) où les mots
appartiennent à la même catégorie sémantique et sont de même niveau
sémantique, mais d’autres types de relations peuvent être utilisés
afin d’examiner plus en détail l’organisation de la mémoire
sémantique, telles que les relations d’attribution (tigre-rayures),
où la cible est une caractéristique de l’amorce, ou encore les
relations de superordination (tigre-animal), où l’amorce est un
exemplaire catégoriel de la cible.
La présence ou l’absence d’effet d’amorçage ont d’abord
représenté un critère permettant de distinguer les troubles de
l’accès à des représentations sémantiques intègres d’atteintes du
stock sémantique. Toutefois, la dégradation sémantique peut
entraîner la perte d’une partie mais pas de la totalité d’un
concept. Un amorçage normal peut alors persister sur la base de
représentations en partie préservées. Ainsi, au-delà de la présence
ou de l’absence d’un effet d’amorçage, il est nécessaire d’étudier
le profil des effets d’amorçage induits par différents types de
relations sémantiques. L’utilisation de plusieurs types de
relations permet une description plus précise de la dégradation
sémantique, ce qui est particulièrement intéressant lorsque
celle-ci est progressive comme dans la maladie d’Alzheimer et la
démence sémantique.
La nature des déficits sémantiques
dans la maladie d’Alzheimer
Des troubles sémantiques sont fréquemment rapportés dans la maladie
d’Alzheimer, mais ils sont moins sévères que dans la démence
sémantique et le plus souvent éclipsés par les déficits proéminents
de la mémoire épisodique. Les troubles sémantiques peuvent
influer sur l’évaluation de la mémoire épisodique, d’autant plus
lorsqu’elle est réalisée avec des épreuves verbales.
Les troubles sémantiques observés en début de maladie
d’Alzheimer se traduisent dans le langage spontané par des
difficultés à trouver ses mots ou par l’utilisation de mots
inappropriés. Dans les tâches de dénomination, ces déficits se
manifestent par des paraphasies sémantiques (« banane » pour «
pomme ») et des réponses superordonnées (« fruit » pour « pomme »)
et, dans les tâches d’évocation lexicale catégorielle, par une
faible production d’exemplaires. Malgré ce consensus quant à
l’existence de troubles sémantiques dans la maladie d’Alzheimer, la
nature des déficits – trouble de l’accès vs dégradation centrale du
stock sémantique – a été largement débattue ces dernières
décennies. En fait, les deux types de perturbations existent dans
cette maladie, en proportions différentes selon le degré de
sévérité de la maladie : le déficit d’accès aux représentations
sémantiques précéderait leur dégradation [11]. De plus, chez
un même patient, une perte des connaissances sémantiques de
certains items pourrait coexister avec un déficit d’accès lexical à
d’autres items. De nombreuses études ont observé des résultats
en faveur d’une perte progressive des connaissances sémantiques au
fil de la maladie [12] : les attributs des concepts sont perdus,
alors que les informations superordonnées sont préservées dans un
premier temps, ce qui expliquerait notamment les paraphasies
sémantiques et les réponses superordonnées rencontrées en début de
maladie.
Le paradigme d’amorçage sémantique, qui mesure la mémoire
sémantique de façon plus pure que les épreuves explicites, a
d’abord été utilisé dans la maladie d’Alzheimer pour mieux
comprendre la nature des troubles sémantiques. Ces travaux ont mené
à des résultats contradictoires, parfois étonnants et, dans un
premier temps, difficiles à interpréter, certains auteurs
rapportant des effets d’amorçage inférieurs, comparables, ou encore
supérieurs, et qualifiés alors d’hyperamorçage, à ceux de sujets
témoins (pour revue, voir [13]). Ces résultats contrastés
semblent finalement refléter des divergences de différentes natures
entre les études : l’hétérogénéité en terme de sévérité des groupes
de patients testés, des différences de mécanismes cognitifs
impliqués, ainsi que le type de lien sémantique étudié (pour revue,
voir [10]). Les résultats les plus intéressants et menant à
une explication relativement consensuelle proviennent justement
d’études qui ont comparé les effets d’amorçage en fonction du lien
sémantique entre l’amorce et la cible. Dans une étude longitudinale
explorant différents niveaux de la structure sémantique [14, 15],
nous avons montré un pattern d’amorçage sémantique évoluant au fil
de la maladie d’Alzheimer. Le paradigme d’amorçage comprenait des
paires de mots (amorçe/cible) partageant soit des relations de
coordination (tigre-lion), soit des relations d’attribution
(tigre-rayures). Aux premiers stades de l’évolution, nous avons
montré un hyperamorçage (résultat a priori paradoxal) dans la
condition de coordination, et un effet d’amorçage normal dans la
condition d’attribution [14]. L’hypothèse explicative la plus
vraisemblable considère l’hyperamorçage comme le reflet de la
dégradation de la mémoire sémantique et notamment des attributs qui
permettent de distinguer les concepts entre eux. Si le patient ne
peut plus distinguer les concepts grâce à leurs attributs, l’amorce
et la cible deviennent très semblables, accentuant ainsi l’ampleur
des effets d’amorçage (le tigre « perd » ses rayures et le lion, sa
crinière : ces deux concepts proches deviennent similaires) (figure 1B). L’effet
d’hyperamorçage ne survient qu’au début de la démence, et
l’évolution des effets d’amorçage au fil de la maladie s’explique
bien par la dégradation progressive de la mémoire sémantique,
entraînant tout d’abord la perte des attributs des concepts, puis
celle des concepts dans leur intégralité.
Toutefois, en début d’évolution, alors que les patients montrent
un hyperamorçage dans la condition de coordination, nous nous
attendions à observer une baisse d’amorçage dans la condition
d’attribution plutôt que des scores normaux. Nous avons attribué ce
résultat au fait que les attributs ne sont pas perdus en termes de
tout ou rien, mais que la perte est graduelle et incomplète en
début de maladie. Ces résultats semblent plus en accord avec
les conceptions connexionnistes de mémoire sémantique [16]. En
effet, ces conceptions supposent que la structure sémantique est
fondée sur la similarité et le degré de superposition des attributs
des concepts. Ainsi, « tigre » et « lion » ont un lien de
coordination, car ils partagent de nombreux attributs (tête,
pattes, pelage, griffes…). D’autres attributs permettent au
contraire de les distinguer (les rayures du tigre et la crinière du
lion). Dans la maladie d’Alzheimer, les attributs distinctifs
seraient plus vulnérables que les attributs communs des concepts en
début de démence [17]. Dans une étude récente [7] reprenant des
mots liés selon une relation de coordination ou d’attribution, mais
en ajoutant dans cette dernière une distinction entre attributs
communs (tigre-griffes) et attributs distinctifs (tigre-rayures),
nous avons observé chez des patients Alzheimer à un stade précoce
de la maladie une dissociation entre des effets d’amorçage abaissés
pour les attributs spécifiques et normaux pour les attributs
communs (voir infra), dissociation qui confirme que la
détérioration sémantique dans la maladie d’Alzheimer débute au
niveau des attributs spécifiques des concepts.
Bases cérébrales des effets d’amorçage sémantique
dans la maladie d’Alzheimer
Certaines études ont cherché à identifier les substrats neuronaux
des déficits sémantiques aux premiers stades de la maladie
d’Alzheimer, en employant une méthode de corrélations entre des
scores de mémoire sémantique et des valeurs de consommation
cérébrale de glucose, recueillies en tomographie par émission de
positons (TEP) ou grâce à une méthode d’activation en imagerie par
résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). À l’aide de tâches
classiques de mémoire sémantique, ces travaux ont mis en évidence
l’implication de régions néocorticales postérieures gauches, parmi
lesquelles le cortex temporal inférieur et supérieur et le cortex
pariétal inférieur (pour revue, voir [18]). La région frontale
inférieure est également rapportée dans d’autres études [19, 20].
Les tâches classiques utilisées dans ces travaux ne sont
cependant pas spécifiques et nécessitent notamment des capacités
d’attention soutenue et de recherche active en mémoire.
La région frontale inférieure gauche est d’ailleurs
caractérisée par Gabrieli et al. [21] comme étant un « système
de mémoire de travail sémantique » responsable de la récupération,
du maintien et de la manipulation des représentations sémantiques.
Nous avons récemment examiné dans une étude en TEP les bases
neuronales des effets d’amorçage sémantique dans la maladie
d’Alzheimer [22]. Nous avons mis en évidence des corrélations
significatives positives entre la consommation cérébrale de glucose
au repos des aires temporales supérieures bilatérales, avec une
prédominance à droite, et les scores d’amorçage obtenus en
condition d’attribution (voir [14] pour les résultats
comportementaux). Nous avons choisi dans cette étude de nous
restreindre à l’analyse des scores en condition d’attribution, qui
évoluent de façon relativement linéaire contrairement aux effets
d’amorçage dans la condition de coordination [15]. Nos résultats
suggèrent qu’un dysfonctionnement du cortex temporal supérieur
droit contribue aux déficits sémantiques précoces de la maladie
d’Alzheimer, caractérisés par une perte des attributs des concepts.
Les aires temporales supérieures sont souvent rapportées chez
le sujet sain comme étant impliquées dans la compréhension des mots
ou l’intégration sémantique des informations inférentielles [23].
Par ailleurs, malgré la supériorité de l’hémisphère gauche dans les
fonctions langagières, plusieurs études d’amorçage sémantique chez
le sujet sain ont montré une activation du gyrus temporal supérieur
droit lors de la présentation de paires de mots liés [24]. Dans une
étude en potentiels évoqués, Deacon et al. [25] ont proposé un
modèle de mémoire sémantique stipulant que l’hémisphère gauche
sous-tendrait préférentiellement les liens associatifs entre les
concepts, alors que l’hémisphère droit représenterait des concepts
sur la base de caractéristiques distribuées : les mots associés et
sans lien sémantique (chien-os) s’amorceraient dans l’hémisphère
gauche mais pas dans le droit ; à l’inverse, les mots qui partagent
des traits sémantiques mais qui ne sont pas associés
(arbre-brocoli) s’amorceraient dans l’hémisphère droit mais pas
dans le gauche. Ainsi, dans l’hémisphère droit, l’amorçage se
produirait uniquement lorsqu’il y a un recouvrement des patterns
d’activation, c’est-à-dire quand les items partagent des attributs.
Les auteurs concluent que les représentations des attributs
reposent sur des régions de l’hémisphère droit. Cette hypothèse
permet de mieux comprendre les résultats de notre étude [22] dans
laquelle les relations entre amorces et cibles étaient centrées sur
des caractéristiques sémantiques et non sur les associations.
Le traitement des concepts connotés émotionnellement
dans la maladie d’Alzheimer
La littérature sur les déficits de mémoire sémantique dans la
maladie d’Alzheimer est actuellement abondante, pourtant peu de
travaux ont abordé le traitement des concepts émotionnels par les
patients. Certains processus émotionnels, tels que la perception,
la compréhension ou l’expression des émotions, seraient
relativement préservés en début de maladie [26], et les déficits
sémantiques des patients pourraient être atténués quand les
concepts sont chargés émotionnellement. Pour tester cette hypothèse
et, plus précisément, pour vérifier si la connotation émotionnelle
peut avoir un effet sur le traitement lexico-sémantique des
patients avec maladie d’Alzheimer, nous avons récemment proposé une
tâche d’amorçage sémantique et émotionnel à des patients [27]. À
l’aide d’une tâche de décision lexicale, nous avons comparé les
effets d’amorçage obtenus à partir de mots de valence émotionnelle
(positive ou négative) et ceux issus de mots neutres.
Les mots, amorces et cibles partageaient un lien sémantique
(jupe-robe), un lien sémantique et émotionnel (gifle-claque) ou
aucun lien (cahier-train).
Les patients et leur groupe contrôle présentaient des effets
d’amorçage significatifs pour les concepts neutres et, de façon
plus importante encore, pour les concepts émotionnels,
particulièrement pour les concepts négatifs. Ce résultat, déjà
rapporté chez le sujet sain jeune et âgé [28], reflète un effet
facilitateur de la composante émotionnelle sur le traitement
sémantique. Pour le groupe de patients avec maladie d’Alzheimer,
les scores mettaient en évidence un effet d’hyperamorçage
significatif quelle que soit la condition émotionnelle, mais cet
effet était plus intense pour les concepts émotionnels que pour les
concepts neutres. Avec la dégradation sémantique et l’érosion des
frontières entre concepts sémantiquement proches, la congruence
émotionnelle entre l’amorce et la cible pourrait constituer un
facteur de confusion supplémentaire. Par exemple, quand l’amorce «
cobra » est présentée, sa connotation émotionnelle se propage
instantanément, même si certains de ses attributs sémantiques
(déploie son cou, est long, vit en Asie et en Afrique) sont perdus.
Lorsque la cible « vipère » est ensuite présentée, la composante
émotionnelle et les connaissances générales (serpent, dangereux,
rampe…) sur ce concept ont déjà été préactivées par l’amorce ; ceci
alors que les caractéristiques spécifiques de « vipère » (a un V
sur la tête, mord, généralement petite) peuvent être perdues. Par
rapport à des effets d’amorçage issus d’un matériel non émotionnel,
les mots reliés émotionnellement produisent un effet
d’hyperamorçage plus élevé, car la valeur affective est une autre
composante commune qui rend les concepts encore plus difficiles
à distinguer pour les patients. Ainsi, bien que la perception
et la compréhension des émotions des patients soient préservées,
cela ne permet pas d’éviter la détérioration sémantique des mots
émotionnels ; le contenu émotionnel renforce néanmoins le lien
sémantique entre des concepts émotionnels proches par rapport aux à
des concepts neutres.
En somme, la littérature actuelle montre souvent une
détérioration sémantique progressive dans la maladie d’Alzheimer,
atteignant d’abord les attributs spécifiques des concepts et enfin
les connaissances conceptuelles dans leur ensemble, y compris pour
les mots connotés émotionnellement. Cette dégradation des attributs
pourrait être liée particulièrement à un dysfonctionnement du
cortex temporal supérieur droit dès les premières étapes de la
maladie d’Alzheimer. De façon remarquable, ce profil de
détérioration, affectant d’abord les connaissances spécifiques puis
les connaissances générales, a pour la première fois été décrit
dans la démence sémantique chez le patient JL [29]. Aux premiers
stades de la maladie, ce patient dénommait correctement les oiseaux
prototypiques, mais ne parvenait pas à les distinguer d’exemplaires
moins usuels. Plus tard, les noms des concepts les plus
prototypiques étaient remplacés par le nom générique « oiseau »,
puis par le nom du domaine « animal ». Enfin, le patient faisait
des confusions entre les oiseaux et d’autres catégories d’animaux.
Ce profil de troubles est proche de ce qui a été décrit dans
la maladie d’Alzheimer.
Dynamique de la dégradation sémantique
dans la démence sémantique
Les troubles sémantiques observés
La démence sémantique provoque des troubles sémantiques qui restent
isolés parfois pendant plusieurs années. Ces troubles peuvent
être difficiles à observer dans la conversation au début de la
maladie mais deviennent évidents lors de l’évaluation clinique.
Parfaitement conscients de leurs difficultés, les patients
cherchent leurs mots, produisent des erreurs sémantiques et font
des descriptions plus ou moins correctes. La nature et
l’évolution des erreurs des patients dans les épreuves explicites
de mémoire sémantique ressemblent à ce qui est observé dans la
maladie d’Alzheimer. Ces observations s’accordent avec
l’hypothèse d’une dégradation progressive de la mémoire sémantique
affectant en premier lieu les connaissances sémantiques les plus
fines [29] : au début de la maladie, les patients produisent
principalement des paraphasies sémantiques correspondant à des
substitutions intracatégorielles (« lion » pour « tigre ») et, avec
l’avancée des troubles, des réponses prototypiques (« chien » pour
tous les animaux) et des réponses de type catégoriel (« c’est une
bête » ; « ça se mange ») apparaissent [29]. Les sujets de
conversation sont rapidement limités à leurs activités de la vie
quotidienne, mais les patients continuent à gérer leur vie de façon
autonome et utilisent correctement la plupart des objets du
quotidien. De façon intéressante, pour définir des animaux ou
des objets, les patients se reposent sur leur expérience
personnelle : ils font essentiellement appel au contexte dans
lequel ils ont l’habitude de les rencontrer ou de les utiliser même
si celui-ci est peu fréquent, voire inusuel. Ils catégorisent
également les images et les mots selon des critères propres à leurs
expériences personnelles. Les réponses aux épreuves
sémantiques explicites semblent ainsi reposer, en partie, sur des
informations issues de leur mémoire épisodique, mieux préservée que
leur mémoire sémantique.
Les premières études d’effets d’amorçage sémantique
La démence sémantique constitue un modèle d’étude relativement pur
de la mémoire sémantique. Cependant, peu de travaux ont utilisé le
paradigme d’amorçage sémantique auprès de ces patients. Ceci tient
sans doute à la rareté de cette affection et aux difficultés liées
à la réalisation de procédures expérimentales complexes avec des
patients. La première étude utilisant ce paradigme dans la
démence sémantique a été réalisée par Moss et al. [30] au
travers d’une étude de cas. La patiente de 68 ans (PP),
malade depuis environ cinq ans, avait auparavant réalisé une
batterie de tests explicites de mémoire sémantique qui avait mis en
évidence des déficits sémantiques majeurs, quelles que soient les
tâches et les modalités explorées. Dans l’épreuve implicite de
mémoire sémantique, les auteurs ont utilisé des relations de
coordination (manteau-chapeau) et des relations dites «
fonctionnelles » (champoing-cheveux, restaurant-vin).
Ces dernières correspondaient à des relations d’usage ou à des
relations faisant référence à des scripts. Alors que les sujets
contrôles présentaient des effets d’amorçage sémantique pour les
deux types de relations explorées, les effets d’amorçage de PP
n’étaient significatifs que pour les relations fonctionnelles.
Certains aspects de la procédure expérimentale incitent à regarder
ces premiers résultats avec prudence. Les auteurs avaient
notamment été contraints d’employer une épreuve adaptée aux
troubles particulièrement sévères de PP, et donc différente de
celle proposée aux sujets témoins.
Afin de mieux comprendre la détérioration de la mémoire
sémantique au cours du temps, Tyler et Moss [31] ont réalisé une
étude de mémoire sémantique longitudinale utilisant des tests
explicites et implicites chez le patient AM souffrant de démence
sémantique. Lors de la première session, AM montrait des effets
d’amorçage significatifs pour les attributs perceptifs
(renard-roux, bureau-bois) et fonctionnels (renard-rusé,
bureau-travail), mais pas pour les mots coordonnés (renard-chien,
bureau-classeur) ou pour la relation exemplaire/catégorie
(renard-animal, bureau-meuble). Onze mois plus tard, les effets
d’amorçage sémantique n’étaient significatifs que pour les
propriétés fonctionnelles. Enfin, 18 mois après la première
évaluation, aucune des quatre conditions ne provoquait d’effets
d’amorçage significatifs.
Au-delà de faiblesses méthodologiques, les résultats de ces deux
études confirment l’atteinte centrale du réseau sémantique dans la
démence sémantique ; l’atteinte sémantique n’est toutefois pas
totale et les connaissances fonctionnelles semblent moins
affectées. À première vue, ces données ne s’accordent pas avec
l’hypothèse d’une dégradation hiérarchique de la mémoire sémantique
telle que proposée par Warrington [32] et suggérée dans d’autres
études ayant utilisé des épreuves explicites [29]. Sur la base
d’une organisation hiérarchique des connaissances sémantiques [33],
la préservation de certains attributs des concepts alors que les
connaissances superordonnées sont altérées ne peut être expliquée.
Plus récemment, des modèles connexionnistes de mémoire sémantique
ont été développés (voir supra). L’hypothèse sous-jacente suppose
que les attributs sont à la base de l’organisation du réseau
sémantique [16]. La structure du réseau n’est pas inscrite dans des
regroupements ou des étiquettes (nœuds) auxquels sont associés les
concepts subordonnés, mais la similarité de structure entre
certaines représentations permet de faire émerger des
représentations superordonnées. Ce type de modélisation permet
d’expliquer des perturbations, voire la disparition, des relations
de coordination ou de superordination entre des représentations
alors que certains de leurs attributs ne sont pas encore affectés.
Évidemment, ces perturbations impliquent une perte partielle de
leurs attributs. Adoptant ces conceptions, Moss et collaborateurs
[30, 31] ajoutent que la nature des attributs (perceptive ou
fonctionnelle) jouerait un rôle essentiel dans l’organisation du
réseau et constituerait le facteur principal modulant leur
résistance face à la dégradation sémantique.
L’effet de la force d’association
La nature des relations constituant les couples amorce/cible a un
effet déterminant sur les effets d’amorçage observés. Dans la
première étude de Moss et al. [30], les
relations fonctionnelles utilisées faisaient référence à des
relations associatives (restaurant-vin). Or, lorsque les mots
entretiennent en plus du lien sémantique, un lien associatif fort,
l’effet d’amorçage obtenu s’en trouve renforcé. Ce phénomène,
qualifié de « boost » associatif, peut même aller jusqu’à doubler
l’amplitude de l’effet d’amorçage [34]. Récemment, Rogers et
Friedman [35] ont étudié les effets d’amorçage de patients
souffrant de démence sémantique en distinguant des conditions dans
lesquelles les mots entretenaient un lien sémantique
(superordination, coordination ou attribution) sans lien
associatif, d’une condition où les mots étaient reliés par un lien
associatif fort. Alors que des effets d’amorçage sont rapportés
dans toutes les conditions chez les témoins de cette étude, les
patients ne présentaient des effets d’amorçage significatifs que
dans la condition d’association. Ces données incitent à
regarder plus précisément comment les relations associatives et
sémantiques peuvent s’articuler.
Le degré d’association d’un attribut à un concept – ou sa
saillance – constitue également une caractéristique importante,
d’autant plus essentielle dans la perspective des modèles
connexionnistes. Les attributs les plus saillants seraient
plus fréquemment évoqués, ce qui pourrait constituer, quelle que
soit leur nature, un facteur de préservation face à la dégradation
sémantique. C’est la mesure retenue par Tyler et Moss [31] pour
sélectionner les attributs de leur seconde étude, ce qui a pu
contribuer à générer des effets d’amorçage plus résistants pour la
relation d’attribution que pour celle de coordination.
La distinctivité des attributs
Même si certaines caractéristiques sont plus essentielles que
d’autres, les modèles connexionnistes de mémoire sémantique
prévoient que l’évocation d’un concept provoque l’activation des
différents attributs qui le composent au sein du réseau sémantique.
Le caractère partagé ou spécifique d’un attribut influence
ainsi la fréquence de son activation. Plus un attribut est partagé
par un nombre important de représentations sémantiques, plus il est
souvent activé. À l’inverse, un attribut plus spécifique, et donc
distinctif, n’est activé que par un nombre restreint de
représentations. Dans une récente étude [7], nous avons évalué
l’effet du caractère plus ou moins partagé des attributs sur la
dégradation sémantique. Nous avons proposé à des patients souffrant
de démence sémantique et des patients avec maladie d’Alzheimer, à
un stade léger de la maladie, un paradigme d’amorçage sémantique
utilisant des relations d’attribution et de coordination, mais en
prenant soin de distinguer des conditions « attribut distinctif »
(tigre-rayures) et « attribut commun » (tigre-griffes) et des
conditions « coordonnés proches », partageant de nombreux attributs
communs (tigre-lion), et « coordonnés éloignés » (tigre-girafe).
Alors que les patients souffrant de démence sémantique ne
présentaient pas d’effets d’amorçage significatifs dans les
conditions d’attribution, leurs effets d’amorçage étaient
significativement supérieurs à ceux des sujets témoins
(hyperamorçage) dans la condition coordonnés éloignés et, encore
plus dans la condition coordonnés proches. Le caractère
partagé ou non d’un attribut conditionne son rôle au sein du réseau
sémantique. Le partage d’attributs permet de voir émerger les
représentations catégorielles superordonnées alors que le caractère
distinctif d’autres attributs permettrait d’individualiser les
représentations. Ainsi, la disparition progressive des attributs
aurait pour conséquence de rendre moins différenciées, voire
similaires, les représentations partageant des patterns communs, et
ce d’autant plus qu’elles sont proches sémantiquement.
Les patients avec maladie d’Alzheimer présentaient une
atteinte sémantique moins marquée (attestée par des épreuves
classiques de mémoire sémantique) et une disparition des effets
d’amorçage sémantique uniquement dans la condition attributs
distinctifs confirmant leur plus grande vulnérabilité.
Ces résultats peuvent être rapprochés de ceux précédemment
obtenus (voir supra et [14, 15]).
Synthèse sur la dynamique
de la détérioration sémantique dans la maladie
d’Alzheimer et la démence sémantique
Les données récentes de la littérature témoignent de la pertinence
du paradigme d’amorçage sémantique pour une bonne compréhension des
troubles sémantiques au fil de la maladie d’Alzheimer et de la
démence sémantique. Ces données suggèrent que la dégradation
sémantique suit une dynamique comparable dans ces deux pathologies.
Lorsque la dégradation sémantique débute, elle touche en premier
lieu les attributs distinctifs, puis les attributs communs des
représentations (figure
2). Cette perte des éléments constitutifs des
représentations provoquerait, dans un premier temps, une érosion
des frontières conceptuelles se traduisant par un effet
d’hyperamorçage transitoire d’autant plus marqué que les
représentations sont proches sémantiquement. La disparition
des attributs aboutirait inévitablement à la perte complète des
représentations conceptuelles.
Cette détérioration sémantique peut toutefois être modulée par
différents facteurs. La nature des informations (perceptives
ou fonctionnelles) représentées par les attributs et leur saillance
pourrait constituer des facteurs différentiels de vulnérabilité.
La familiarité des concepts ainsi que la fréquence lexicale
des mots correspondant aux concepts et à leurs attributs sont
également rapportées comme influençant les performances aux
épreuves de mémoire sémantique [36]. Cependant, il existe de larges
différences interindividuelles, qui plus est dans la démence
sémantique où les représentations conceptuelles associées aux
expériences personnelles répétées ou ayant une valeur particulière
pour les patients seraient mieux préservées : les patients
utilisent mieux les mots et les objets ayant une résonance
personnelle dans leur vie quotidienne [37]. Enfin, l’association
existant entre certaines représentations pourrait résister
longtemps face à la dégradation sémantique, constituant le dernier
lien unissant les représentations.
Dans ces deux pathologies, la perte des connaissances
sémantiques reflète une détérioration « bottom up » de la mémoire
sémantique et plus précisément, selon les modèles connexionnistes,
une détérioration des caractéristiques spécifiques des concepts
avant d’atteindre les caractéristiques partagées. Ce profil
d’atteinte similaire entre les deux démences ne nous permet
toutefois pas de conclure que les mécanismes neurophysiologiques
engagés sont identiques. De plus, aux stades précoces,
l’intensité et l’étendue des déficits sémantiques sont bien moins
importantes dans la maladie d’Alzheimer que dans la démence
sémantique et la dégradation se déroule sur une période plus
longue. En outre, les déficits observés dans les épreuves
explicites de mémoire sémantique dans la maladie d’Alzheimer
peuvent être liés à une difficulté à récupérer l’information au
sein du système sémantique compte tenu des déficits exécutifs et de
mémoire de travail existant dès le début de la démence. Dans la
démence sémantique, la destruction progressive du réseau
sémantique, avant d’entraîner la disparition des représentations
conceptuelles, provoque une érosion des frontières entre ces
représentations qui peut perturber leur récupération.
Conclusions et perspectives
Les travaux réalisés ont apporté des informations essentielles à la
compréhension des troubles sémantiques dans la maladie d’Alzheimer
et la démence sémantique et ainsi contribué à améliorer le
diagnostic de ces affections. Au-delà, ils ont également fourni des
éléments importants stimulant les réflexions théoriques quant à la
structure de la mémoire sémantique. Ces données soulignent la
nécessité de disposer d’épreuves de mémoire sémantique sensibles et
de procédures permettant d’évaluer finement la mémoire sémantique.
Ces épreuves devront permettre d’évaluer l’intégrité des
attributs des concepts afin de mettre en évidence les prémices des
troubles sémantiques dans ces affections. L’évaluation de la
mémoire sémantique par le biais des paradigmes d’amorçage
sémantique nécessite une méthodologie peu compatible avec la
pratique clinique quotidienne. Toutefois, compte tenu de la
robustesse du fonctionnement implicite de la mémoire et des liens
entre mémoire implicite et explicite [38], ce type de paradigme
pourrait s’avérer intéressant pour stimuler et renforcer les
représentations mnésiques subissant une dégradation dans le cadre
d’affections neurodégénératives. Des représentations
sémantiques essentielles pour la vie quotidienne des patients
telles que les noms de leurs proches ou ceux d’objets usuels
pourraient ainsi être renforcées, voire réapprises.
Références
1 Amieva H, Le GM, Millet X, et al. Prodromal
Alzheimer’s disease: successive emergence of the clinical symptoms.
Ann Neurol 2008 ; 64 : 492-8.
2 Joubert S, Felician O, Barbeau EJ, et al.
Patterns of semantic memory impairment in Mild Cognitive
Impairment. Behav Neurol 2008 ; 19 : 35-40.
3 Chételat G, Eustache F, Viader F, et al.
FDG-PET measurement is more accurate than neuropsychological
assessments to predict global cognitive deterioration in patients
with mild cognitive impairment. Neurocase 2005 ; 11 :
14-25.
4 Krueger CE, Dean DL, Rosen HJ, et al.
Longitudinal Rates of Lobar Atrophy in Frontotemporal Dementia,
Semantic Dementia, and Alzheimer’s Disease. Alzheimer Dis Assoc
Disord, 2009 ; (Epub ahead of print).
5 Desgranges B, Matuszewski V, Piolino P,
et al. Anatomical and functional alterations in semantic
dementia: A voxel-based MRI and PET study. Neurobiol Aging
2007 ; 28 : 1904-13.
6 Cross K, Smith EE, Grossman M. Knowledge of
natural kinds in semantic dementia and Alzheimer’s disease. Brain
Lang 2008 ; 105 : 32-40.
7 Laisney M, Giffard B, Belliard S, et al.
When the tiger loses its stripes: Semantic priming in Alzheimer’s
disease and semantic dementia. Cortex 2010 ; (sous
presse).
8 Laisney M, Matuszewski V, Mézenge F, et al. The
underlying mechanisms of verbal fluency deficit in frontotemporal
dementia and semantic dementia. J Neurol 2009 ; 256 : 1083-94.
9 Laisney M, Eustache F, Desgranges B. Evaluation
de la mémoire sémantique relative aux personnes célèbres - SemPer.
Rev Neuropsychol Neurosci Cog Cli 2009 ; 1 : 175-83.
10 Giffard B, Desgranges B, Eustache F. Semantic
memory disorders in Alzheimer’s disease: clues from semantic
priming effects. Curr Alzheimer Res 2005 ; 2 :
425-34.
11 Cardebat D, Aithamon B, Puel M. Les troubles
du langage dans les démences de type Alzheimer. In : Eustache
F, Agniel A, éds. Neuropsychologie clinique des démences :
évaluations et prises en charge. Marseille : Solal,
1995 : 213-23.
12 Hodges JR, Salmon DP, Butters N. Semantic
memory impairment in Alzheimer’s disease: failure of access or
degraded knowledge? Neuropsychologia 1992 ; 30 :
301-14.
13 Laisney M, Giffard B, Eustache F. La mémoire
sémantique dans la maladie d’Alzheimer : apports de l’étude des
effets d’amorçage. Psychol Neuropsychiatr Vieil 2004 ;
2 : 107-15.
14 Giffard B, Desgranges B, Nore-Mary F,
et al. The nature of semantic memory deficits in Alzheimer’s
disease: new insights from hyperpriming effects. Brain 2001 ;
124 : 1522-32.
15 Giffard B, Desgranges B, Nore-Mary F,
et al. The dynamic time course of semantic memory impairment
in Alzheimer’s disease: clues from hyperpriming and hypopriming
effects. Brain 2002 ; 125 : 2044-57.
16 Greer MJ, van Casteren M, McLellan SA, et al. The
emergence of semantic categories from distributed featural
representations. In : Moore D, Stenning K, eds. Proceedings of the
23rd Annual Conference of the Cognitive Science Society. London :
Lawrence Erlbaum Associates, 2001 : 358-63.
17 Rico-Duarte LR, Marquié L, Marquié JC,
et al. Analyzing feature distinctiveness in the processing of
living and non-living concepts in Alzheimer’s disease. Brain Cogn
2009 ; 71 : 108-17.
18 Desgranges B, Bernard F, Eustache F. La
distinction épisodique/sémantique et l’organisation catégorielle de
la mémoire sémantique : données de l’imagerie cérébrale
fonctionnelle. Rev Neuropsychol 2003 ; 13 : 115-62.
19 Hirono N, Mori E, Ishii K, et al.
Neuronal substrates for semantic memory: a positron emission
tomography study in Alzheimer’s disease. Dement Geriatr Cogn Disord
2001 ; 12 : 15-21.
20 Saykin AJ, Flashman LA, Frutiger SA,
et al. Neuroanatomic substrates of semantic memory impairment
in Alzheimer’s disease: patterns of functional MRI activation. J
Int Neuropsychol Soc 1999 ; 5 : 377-92.
21 Gabrieli JD, Poldrack RA, Desmond JE. The role
of left prefrontal cortex in language and memory. Proc Natl Acad
Sci USA 1998 ; 95 : 906-13.
22 Giffard B, Laisney M, Mézenge F, et al.
The neural substrates of semantic memory deficits in early
Alzheimer’s disease: clues from semantic priming effects and
FDG-PET. Neuropsychologia, 2008 ; ; 46 : 1657-66.
23 Jung-Beeman M. Bilateral brain processes for
comprehending natural language. Trends Cogn Sci 2005 ;
9 : 512-8.
24 Wible CG, Han SD, Spencer MH, et al.
Connectivity among semantic associates: an fMRI study of semantic
priming. Brain Lang 2006 ; 97 : 294-305.
25 Deacon D, Grose-Fifer J, Yang CM, et al.
Evidence for a new conceptualization of semantic representation in
the left and right cerebral hemispheres. Cortex 2004 ;
40 : 467-78.
26 Bucks RS, Radford SA. Emotion processing in
Alzheimer’s disease. Aging Ment Health 2004 ; 8 :
222-32.
27 Giffard B, Laisney M, Eustache F, et al.
Can the emotional connotation of concepts modulate the
lexico-semantic deficits in Alzheimer’s disease? Neuropsychologia
2009 ; 47 : 258-67.
28 Padovan C, Versace R, Thomas-Antérion C,
et al. Evidence for a selective deficit in automatic
activation of positive information in patients with Alzheimer’s
disease in an affective priming paradigm. Neuropsychologia
2002 ; 40 : 335-9.
29 Hodges JR, Graham N, Patterson K. Charting the
progression in semantic dementia: implications for the organisation
of semantic memory. Memory 1995 ; 3 : 463-95.
30 Moss HE, Tyler LK, Patterson K, et al.
Exploring the loss of semantic memory in semantic dementia:
evidence from a primed monitoring study. Neuropsychology
1995 ; 9 : 16-26.
31 Tyler LK, Moss HE. Going, going, gone…? Implicit
and explicit test of conceptual knowledge in a longitudinal study
of semantic dementia. Neuropsychologia 1998 ; 36 :
1313-23.
32 Warrington EK. The selective impairment of semantic
memory. Q J Exp Psychol 1975 ; 27 : 635-57.
33 Collins AM, Quillian R. Retrieval time from
semantic memory. J Verb Learn Verb Behav 1969 ; 8 :
240-7.
34 Lucas M. Semantic priming without association: a
meta-analytic review. Psychon Bull Rev 2000 ; 7 :
618-30.
35 Rogers SL, Friedman RB. The underlying mechanisms
of semantic memory loss in Alzheimer’s disease and semantic
dementia. Neuropsychologia 2008 ; 46 : 12-21.
36 Lambon-Ralph MA, Graham KS, Ellis AW,
et al. Naming in semantic dementia-what matters?
Neuropsychologia 1998 ; 36 : 775-84.
37 Snowden JS, Griffiths HL, Neary D. Semantic
dementia: Autobiographical contribution to preservation of meaning.
Cogn Neuropsychol 1994 ; 11 : 265-88.
38 Gagnepain P, Lebreton K, Desgranges B,
et al. Perceptual priming enhances the creation of new
episodic memories. Conscious Cogn 2008 ; 17 : 276-87.
|