ARTICLE
Auteur(s) : Mohammed
Bedrouni
Département de sociologie et de démographie
Université Saad-Dahleb de Blida Algérie
Depuis l’adoption la Déclaration du millénaire en septembre
2000, des progrès non négligeables ont été réalisés.
Ces derniers se sont traduits, pour le cas de l’Algérie, par
des scores très appréciables pour certains objectifs et des retards
substantiels pour d’autres. Par ailleurs, il convient de préciser
également que même lorsque les moyennes nationales semblent plus au
moins satisfaisantes, ces dernières peuvent dissimuler toutefois
des inégalités criantes.
Sans avoir la moindre prétention d’examiner dans le détail
l’ensemble des huit objectifs identifiés par la communauté
internationale à travers le présent article, notre effort sera
plutôt focalisé sur un seul aspect qui correspond à la santé
infantile. Les opérations successives de collecte
(recensements et enquêtes) ont révélé une nette amélioration des
chances de survie qui restent toutefois en deçà des potentialités
du pays et des aspirations de la société. Ces mêmes sources
ont également révélé la persistance des inégalités spatiales entre
sexes et selon le milieu de résidence. Des efforts
supplémentaires seraient alors nécessaires pour atteindre
l’objectif de réduction des deux tiers de la mortalité des enfants
de moins de cinq ans. Mais pour atteindre ce dernier, il sera plus
efficient de déglobaliser la politique sanitaire à travers,
notamment, la promotion de la mise en œuvre de l’Objectif du
millénaire pour le développement (OMD) en question au niveau
local.
Bilan national des questions ciblées
par la Déclaration du millénaire
Avant de descendre aux échelles plus fines de la désagrégation du
territoire national, il convient, de prime à bord, de dresser un
bilan global des progrès réalisés en ce qui concerne les questions
relatives aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD),
auxquels l’Algérie a souscrit, en s’engageant à les atteindre d’ici
2015.
Données démographiques et caractéristiques
économiques
Nul ne peut nier l’impact des dynamiques démographiques et
économiques sur le développement humain étant donné que ces deux
dernières font partie intégrante des éléments structurants du
développement.
Données démographiques
L’adoption d’une politique démographique en 1983 a contribué
énormément à la transition démographique au sein de la société
algérienne. Depuis cette date, cette dernière a été marquée par de
profondes mutations familiales qui se sont traduites, notamment,
par l’évolution des modèles nuptial et reproductif. En effet, le
taux d’accroissement intercensitaire, qui valait 3,08 % pendant la
période 1977-1987, puis 2,27 % entre 1987 et 1998, a fortement
régressé pour se situer à environ 1,6 % entre 1998 et 2008. Cette
remarquable baisse dissimule toutefois une récente évolution dans
le sens inverse de la nuptialité et de la natalité. Cette nouvelle
tendance s’est manifestée depuis 2002 à travers les enregistrements
des faits de l’état civil. Ces derniers ont révélé une lente
baisse de la mortalité infantile et une reprise de la natalité
suite, notamment, à une relance spectaculaire de la
nuptialité1 due, entre autres, à l’accroissement de
l’effectif des femmes en âge de procréer et à l’amélioration des
conditions socioéconomiques et politiques. La reprise
exceptionnelle de la natalité s’est traduite aussi bien à travers
les effectifs absolus des naissances (617 000 en 2002 contre
816 000 en 2008) qu’à travers le taux d’accroissement naturel
qui est passé au cours de la même période de 1,58 à 1,91 %.
Ces récentes évolutions méritent toute l’attention des
chercheurs et des décideurs qui sont appelés à redéployer
l’ensemble des instruments et des outils de notre politique
démographique qui a connu un certain relâchement depuis quelques
années, suite aux exploits réalisés pendant les trois quinquennats
de 1985 à 2000. Toutefois, il y a lieu de préciser que le maintien
de la dynamique démographique au rythme actuel fait que la variable
population sera toujours contraignante pendant la période 2008-2015
en raison de l’augmentation de la demande sociale engendrée par
l’inertie des faits démographiques.
Dynamique économique
Depuis 1999, l’Algérie a retrouvé sa stabilité politique,
économique et sociale. Cela s’est traduit par une croissance
économique soutenue qui a permis l’amélioration du niveau de vie
des citoyens et le recul du taux du chômage. Toutefois, le secteur
des hydrocarbures domine toujours l’économie algérienne.
Il représente annuellement 95 % des revenus extérieurs de la
nation. Il fournit près de 60 % des recettes budgétaires et
contribue à environ 30 % du produit intérieur brut (PIB).
Ce dernier a évolué en fluctuant, passant d’un taux annuel
moyen de 3,8 % entre 1999 et 2003 à 5,2 % en 2004, pour atteindre 3
% en 2008. L’inflation semble être maîtrisée en se stabilisant à
des niveaux acceptables (entre 1 et 3,5 % depuis 1999)2.
Le taux de chômage officiel a connu pour sa part un recul
significatif, en passant de 29 % en 2000 à 11,3 % en 2008.
Pour ce qui est de la dette, l’Algérie est devenue, grâce à
l’accumulation sans précédent de devises pendant les dix dernières
années, un pays créditeur net. La crise de la dette semble
donc être résolue. En 2008, la dette publique extérieure a atteint
4,9 mds USD, représentant 3 % du PIB (32,3 % en 2002).
Le ratio du service de la dette a régressé pour sa part,
passant de 21,2 % en 2000 à 2,3 % en 2007. Quant à la dette
publique interne, elle s’élève à 9,8 mds USD en 2008 et
représente à peine 6 % du PIB (21,6 % en 2002).
Gouvernance
Afin de garantir la participation effective de tous les citoyens
aux politiques et aux processus de développement et leur permettre
d’exercer leurs droits sans la moindre discrimination et dans une
perspective d’équité et d’égalité, l’État a initié toute une série
de réformes institutionnelles stratégiques. Parmi lesquelles, on
peut citer le processus d’harmonisation de la législation nationale
avec les instruments juridiques internationaux ratifiés, sachant
que notre législation nationale, malgré ses limites, comprend tout
de même des dispositions constitutionnelles, affirmant les
principes de liberté et d’égalité devant la loi de tous les
citoyens sans distinction aucune. Les réformes engagées ont
permis certes l’élimination de la discrimination formelle à
l’encontre des femmes pouvant limiter ou empêcher leurs accès aux
services publics, aux ressources ou à la responsabilité ;
toutefois, il y a lieu de rappeler la persistance de certaines
pratiques socioculturelles qui constituent encore les principaux
obstacles à l’égalité des chances dans les rapports de genre.
Suivi des OMD à l’échelle nationale
Comparativement à pas mal de pays, l’Algérie ainsi que ses voisins
maghrébins seraient « en mesure d’atteindre tous les OMD d’ici 2015
», si l’on se réfère aux progrès remarquables réalisés à mi-chemin
de l’échéance dans la concrétisation de ces objectifs (De Bernis,
2007). L’Algérie a donc réalisé des avancées appréciables depuis
l’adoption de la Déclaration du millénaire. Ces performances
se sont traduites dans les faits par les résultats suivants pour
chacun des huit objectifs.
OMD 1 : réduire l’extrême pauvreté et la faim
D’énormes pas ont été franchis, plus particulièrement en ce qui
concerne le premier et le plus important des objectifs du
millénaire, celui relatif à l’élimination de la pauvreté, sans
minimiser bien évidemment les progrès en matière de promotion
d’égalité des sexes et de la généralisation de l’éducation.
Il convient de préciser, en effet, qu’en Algérie comme dans
d’autres pays de la région d’Afrique du Nord, le phénomène
d’extrême pauvreté ne se pose pas avec acuité. La proportion
de la population vivant avec moins de 1 dollar PPA par jour et
par personne est passée de 1,9 % en 1988 à 0,8 % en 2000, à un taux
négligeable en 2004. Parallèlement, la proportion vivant en dessous
du seuil de pauvreté alimentaire est passée de 3,6 % en 1988 à 1,6
% en 2004. Quant à l’incidence de la pauvreté générale
(2 dollars PPA), elle est estimée à 12,1 % en 2000 (8,1 % en
1988 puis 14,1 % en 1995) ; la plus récente enquête Living Standard
Measurement Surveys (LSMS), réalisée par le CENEAP en 2005, a
fourni un taux de l’ordre de 5,7 %. Cette dernière a montré
également que les taux nationaux qui semblent relativement faibles
masquent, toutefois, des disparités flagrantes entre les milieux et
les régions. Elle a dévoilé ainsi que sur une prévalence de 11,1 %
de ménages pauvres, 8 % résident en milieu urbain contre 15,2 % en
milieu rural. Les principales poches de pauvreté se situent
donc plus particulièrement dans les zones rurales et les
périphéries des grandes villes.
OMD 2 : assurer une éducation primaire pour tous
Au regard des politiques menées et des progrès accomplis,
l’objectif fixé devrait être atteint avant 2015, avec cependant un
léger décalage dans le temps pour les filles. En 2006, le taux net
de scolarisation se situait déjà à 97,7 %, dont 99 % pour les
garçons et 94 % pour les filles. La proportion des élèves
ayant terminé leur cursus primaire s’élevait à 90,9 %.
L’alphabétisation des 15-24 ans a atteint elle aussi des
niveaux appréciables. Le dernier recensement général de la
population de 2008 a fourni un taux de l’ordre de 93,8 % (95,6 %
pour les hommes contre 91,9 % pour les femmes). Il a révélé
également la persistance des disparités régionales en termes
d’alphabétisation, notamment des filles. Ainsi, le taux global
d’analphabétisme (dix ans et plus) varie entre 11,2 % à Alger et
34,5 % à Djelfa. Selon le sexe, on constate une diminution des
niveaux pour les hommes, dont le taux oscille entre 6,9 % à Alger
et 29,0 % à Djelfa. Pour les femmes, le phénomène se manifeste avec
plus d’acuité. Les taux correspondants passent de 15,4 % à
Alger à plus de 40 % à Tissemsilt, à Mostaganem et à Djelfa.
OMD 3 : promouvoir l’égalité des sexes
et l’autonomisation des femmes
Il y a lieu de préciser que la législation algérienne n’est pas
discriminatoire à l’encontre des femmes. Des progrès
considérables ont été réalisés depuis l’accession du pays à son
indépendance. La récente révision des Codes de la famille et
de la nationalité et les nouvelles directives, visant l’intégration
effective de la femme dans la vie politique, illustrent bien
l’engagement ferme et soutenu de l’État à combattre toutes formes
de discrimination pouvant limiter l’accès des femmes aux services
publics, aux ressources ou à la responsabilité. Toutefois, on
continue tout de même d’observer dans les faits certaines pratiques
socioculturelles qui témoignent de la persistance d’inégalités
avérées dans les rapports de genre. Cependant, les progrès
enregistrés en matière de scolarisation ont permis aux femmes de
s’émanciper, de mettre à mal les préjugés et de surmonter les
obstacles qui les empêchaient de s’affirmer.
Les statistiques recueillies indiquent que pour le secteur
éducatif, tout au moins l’égalité est pratiquement acquise. On
constate certes que la parité au niveau du cycle primaire est
toujours en faveur des garçons, sachant que l’écart est tout de
même que l’écart n’est pas vraiment important. En revanche, dans le
secondaire et le supérieur, on constate plutôt le phénomène
inverse. Les filles sont largement majoritaires.
En ce qui concerne la contribution des femmes dans l’activité
économique, les statistiques indiquent que l’Algérie n’a pas
réalisé vraiment de résultats performants. Le poids des femmes
dans la population active demeure faible. Selon le tout dernier
recensement de la population, la proportion en question s’élève à
peine à 16,8 % (83,2 % pour les hommes). Quant au taux brut
d’activité féminine, on constate qu’il demeure lui aussi assez
faible et a enregistré une stagnation pendant la décennie
1998-2008, passant de 15,1 à 15,0 %. En revanche, si on se réfère
aux enquêtes de l’ONS portant sur l’emploi, on se rend compte que
l’emploi féminin s’est accru à un rythme plus accéléré que celui
des hommes (7,1 et 5,4 % respectivement en moyenne annuelle).
La politique économique suivie semble ainsi avoir relativement
favorisé l’activité féminine. Toutefois, on remarque selon la même
source que la part de l’emploi féminin dans l’emploi total demeure
faible. Entre 2001 et 2008, la proportion correspondante est passée
de 14,2 à 15,6 %. Quant au taux de chômage, on remarque que celui
des femmes est resté très élevé (18,3 contre 12,9 % pour les hommes
en 2007).
Pour ce qui est de l’exercice des femmes de leurs droits
politiques, des avancées sont attendues suite à la révision
constitutionnelle de 2008 qui vise, entre autres, le renforcement
du rôle des femmes dans les institutions politiques.
De nouvelles mesures devraient instituer le système de parité
pour accorder plus de chances aux femmes de participer aux
élections. Mais pour l’instant, on remarque que la représentation
politique des femmes au sein du Gouvernement ou du Parlement n’a
pas progressé. Ainsi, on constate que parmi les 36 membres du
gouvernement, seules quatre sont des femmes. Pour ce qui est du
parlement, le poids de ces dernières est passé de 6,94 % en 2002 à
7,75 % en 2007. En termes d’effectif absolu, le nombre de femmes
s’est accru en passant de 13 femmes députés en 1997 à 27 en
2002 puis 30 en 2006. La part des femmes au Conseil de la
nation se situe à 2,8 % depuis 2006, sachant que les quatre femmes
sont désignées, ce qui indique plutôt un recul puisque, en 2002,
leur effectif représentait le double, soit huit femmes (trois élues
et cinq désignées). En ce qui concerne les femmes dans les
fonctions supérieures de l’État, leur poids vaut à peine 0,9 % en
2002 (3,31 % en 1995). En revanche, les femmes représentent 37 % du
corps de magistrats (une particularité par rapport aux autres pays
arabes où l’accès à ce corps est limité). Elles s’accaparent
également une proportion non négligeable parmi le personnel de la
fonction publique, bien qu’on ait pu remarquer une diminution de
cette proportion qui est passée de 31,7 % en 2002 à 27,8 % en
2006.
OMD 4 : réduire la mortalité infantile
Le niveau de la mortalité infantile constitue un véritable
baromètre de l’état sanitaire dans un pays. Son évolution renseigne
sur les efforts consentis dans le domaine de la santé maternelle et
infantile et permet, de ce fait, d’apprécier le degré de réussite
ou d’échec des politiques et des programmes mis en œuvre. Ainsi, si
l’on se réfère à la cible visée qui consiste à réduire de deux
tiers, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité infantojuvénile, on
peut se rendre compte de la nécessiter de multiplier les efforts
pour pouvoir atteindre cette cible. Certes, des réductions
conséquentes ont été réalisées depuis 1990. Le taux de
mortalité infantojuvénile est passé de 46,8 ‰ en 1990 à
35,3 ‰ en 2004. Toutefois, et compte tenu de la durée qui nous
sépare de l’horizon 2015, il paraît difficile d’atteindre
l’objectif fixé qui correspond à un taux de l’ordre de 16,2 ‰,
sachant que le niveau le plus récent fournit par l’ONS pour l’année
2008 est de 29,8 ‰. De même, si par hasard la même
tendance observée entre 2000-2008 se prolongera au même rythme
jusqu’en 2015, le niveau qui sera atteint se situera à 18,3 ‰.
La difficulté d’atteindre l’objectif visé peut être expliquée
par la persistance d’inégalités spatiales et donc d’accès aux
services de santé maternelle et infantile. En effet, le rapport sur
le développement humain élaboré par le CNES pour l’année 2006 a
révélé des écarts importants. Le taux de mortalité
infantojuvénile, qui se situait à 31,5 ‰ sur le plan national,
varie entre 19,4 ‰ à Alger et 37,2 ‰ à l’extrême Sud et à
Djelfa. L’atteinte de l’OMD 4, en 2015, est donc conditionnée par
les particularités géographiques et spatiales de l’Algérie, ce qui
nécessite des programmes spéciaux et des actions ciblées.
OMD 5 : réduire la mortalité maternelle
Pour le cas de l’Algérie, cette cible se traduit quantitativement
par l’atteinte d’un taux de l’ordre de 42,5 pour 100 000
naissances vivantes à l’horizon 2015. Toutefois, les niveaux
enregistrés jusqu’ici demeurent anormalement élevés. En dépit des
énormes efforts consentis, ce phénomène constitue toujours un
problème majeur3 de santé publique en Algérie et demeure
méconnu4, faute de disponibilité de statistiques
fiables. En effet, le taux en question est passé de 170 pour
100 000 en 1990 et de 117,4 pour 100 000 en 1999 à 97
pour 100 000 en 2005, sachant qu’à cette dernière date plus de
95 % des accouchements se déroulaient en milieu assisté.
D’importantes inégalités spatiales sont également observées.
L’enquête de 1999 avait révélé, par ailleurs, des écarts importants
entre les régions et les wilayas. Le taux de mortalité
maternelle, estimé à 84 pour 100 000 naissances vivantes dans
le Centre-Nord du pays, se situait à 210 pour 100 000 dans la
région du Sud-est. L’étendue par rapport aux wilayas semble plus
accentuée, puisque la valeur du ratio oscille entre 23 et 239 pour
100 000, soit le niveau national des années 1980.
Ces résultats trouvent leur justification, entre autres, dans
l’accès différentiel aux soins postnatals. L’enquête MICS 3,
réalisée en 2006, a révélé dans son rapport final que la proportion
des femmes qui ont accédé à ce type de soins varie de 46,3 % à
Alger à moins de 20 % à Djelfa, à Laghouat, à Biskra et à El Oued.
OMD 6 : combattre le VIH/sida
Par rapport à cet objectif, l’Algérie ambitionne d’arrêter la
propagation du fléau (VIH/sida) d’ici 2015 et d’entamer la
réduction de sa prévalence. Cependant, il convient de signaler la
difficulté de mesurer de manière fiable la prévalence et
l’incidence des MST en Algérie à cause de l’insuffisance du système
de surveillance des IST/VIH/sida. Mais malgré, cette contrainte qui
conduit fort probablement à une sous-estimation du niveau de
l’infection5, les indicateurs témoignent d’une tendance
à la hausse de l’épidémie du VIH. En effet, le nombre de cas
cumulés de sida recensés par le laboratoire national de référence
est passé de 68 cas au 31 décembre 1990 à 878 cas jusqu’au 30
octobre 2008. Selon la même source, le nombre de séropositifs
s’élève à cette même date à 3 416 cas, tandis que l’ONUSIDA
estime que cet effectif dépasse 19 000 cas. Pour contrecarrer
ce fléau, l’Algérie a beaucoup investi dans le domaine de dépistage
de cette maladie, en mettant en place 1 500 unités de
dépistage et de suivi et 60 centres médicaux de dépistage
volontaire. Douze centres régionaux de traitement sont fonctionnels
en 2009. Toutefois, et malgré les efforts consentis au regard de la
tendance observée, l’atteinte de l’objectif fixé nous semble peu
probable du moins à l’horizon retenu.
OMD 7 : assurer un environnement durable
En matière d’environnement, trois cibles ont été identifiées.
Il s’agit de la nécessité d’intégrer les principes du
développement durable dans les politiques nationales et d’inverser
la tendance actuelle à la déperdition des ressources
environnementales, de réduire de moitié, d’ici 2015, le pourcentage
de la population qui n’a pas accès de façon durable à un
approvisionnement en eau potable salubre, et enfin réussir, d’ici
2020, à améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions
d’habitants en leur permettant d’accéder à un meilleur système
d’assainissement. Quantitativement, ces cibles se traduisent, entre
autres, par l’évolution du taux des espaces forestiers de 11 %
actuellement à 22 % en 2015, la généralisation de l’accès aux
réseaux d’eau potable et d’assainissement dont les taux respectifs
en 2008 sont de 78,9 et 76,2 %.
En vue d’atteindre ces cibles, l’Algérie tente, depuis les
années 1980, d’aménager son cadre législatif pour répondre aux
engagements pris, suite à la ratification des conventions
internationales sur l’environnement. Dans ce contexte, une
Stratégie nationale de l’environnement (SNE) a été adoptée et mise
en œuvre en 2001, à travers le Plan national d’action de
l’environnement et du développement durable (PNAEDD) qui a permis
la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire cohérent et
complet avec la promulgation de lois-cadres (environnement,
aménagement de territoire) et de lois sectorielles (gestion des
déchets, protection du littoral, création de villes nouvelles et
leur aménagement, l’option Hauts-plateaux et du sud restant
prépondérante dans ce domaine). Dans le même esprit, plusieurs
institutions spécialisées ont vu le jour depuis l’adoption de la
stratégie nationale (2001) dans le but de concevoir et de mettre en
œuvre cette politique de l’environnement dans la perspective d’un
développement durable. Des instruments économiques et
financiers, diverses dispositions fiscales ont été également
introduites par les lois de finances des années 2000 à 2009.
Ces dispositions sont relatives aux déchets solides, aux
effluents liquides industriels, aux émissions atmosphériques et aux
activités polluantes ou dangereuses pour l’environnement.
Il semble toutefois que l’arsenal de mesures n’a pas donné
encore les effets escomptés, et des carences persistent toujours,
ce qui risque de retarder la concrétisation des objectifs fixés
dans ce domaine. Ces insuffisances concernent, entre autres,
les progrès en matière de lutte contre la désertification, la
progression de la déforestation dont le rythme dépasse souvent le
reboisement, l’offre en eau (quantité et qualité), le traitement et
le recyclage des déchets, l’augmentation relative des émissions des
GES (5,1 en 2007), etc.
OMD 8 : mettre en place un partenariat mondial
pour le développement
L’atteinte des OMD par l’ensemble de la communauté internationale
reste tributaire d’un partenariat mondial pour le développement. En
tant que pays à revenu intermédiaire, l’Algérie peut aider certains
pays moins avancés de même qu’elle peut également bénéficier des
acquis d’expériences des pays développés et des institutions
internationales et régionales. Pour faciliter le partenariat,
l’Algérie a engagé de profondes réformes de son cadre juridique
bien que certaines pesanteurs dans la pratique quotidienne
continuent de dissuader les investisseurs étrangers de s’implanter
dans le pays. Toutefois, et malgré cela, certains investisseurs
arrivent tout de même à surmonter les obstacles rencontrés, qui ont
trait notamment aux lenteurs bureaucratiques et à l’insuffisance
dans la clarté de dispositions réglementaires. En raison de la
démarche adoptée par les pouvoirs publics, la plupart de ces
contraintes seront levées fort probablement dans des délais
raisonnables tant que la volonté politique soutient la
transformation en cours du système économique.
Tentative d’une régionalisation du quatrième objectif
du millénaire
Les rapports d’enquêtes successives ont tous confirmé la
réalisation de progrès appréciables en termes de réduction des
risques de décès infantiles à l’échelle nationale. Toutefois, ces
améliorations restent tout de même insuffisantes compte tenu des
moyens disponibles et mobilisables. À titre d’exemple, le taux de
mortalité infantile, l’un des plus précieux indicateurs de la santé
infantile, a diminué de 46,8 ‰ en 1990 à 25,5 ‰ en 2008.
Malgré cela, les mêmes enquêtes ont également confirmé la
persistance des inégalités spatiales entre sexes et selon le milieu
de résidence. Des efforts supplémentaires devraient être donc
consentis pour atteindre l’objectif de réduction des deux tiers de
la mortalité des enfants de moins de cinq ans. Mais pour atteindre
ce dernier, il sera plus efficient de déglobaliser la politique
sanitaire à travers, notamment, la promotion de la mise en œuvre de
l’OMD en question au niveau local.
En effet, plus cette déglobalisation est articulée sur une
désagrégation plus fine du territoire national (wilaya ou commune),
plus les chances de réussite des politiques adoptées à cette
échelle sont élevées. Toutefois, il convient tout de même de
préciser qu’en raison des ressemblances qui peuvent caractériser
certaines entités administratives et les carences qui caractérisent
les données nécessaires à la mesure du phénomène à une échelle très
fine6, il est nécessaire de procéder à une
stratification cohérente qui tient compte du niveau de
développement humain des entités administratives, de l’appartenance
géographique et de la contrainte de proximité. Plusieurs découpages
sont d’ailleurs adoptés par des organismes nationaux parmi lesquels
on peut citer, entre autres, le découpage adopté par le Schéma
national d’aménagement du territoire (SNAT), qui pour des raisons
historiques, privilégie à la fois un découpage du territoire du
Nord vers le Sud puis d’Est en Ouest ; sachant que ce découpage
basé fondamentalement sur le critère géographique répond à un souci
spécifique de programmation des actions de développement.
C’est pourquoi, il est fréquent de retrouver dans une même
région-programme des wilayas caractérisées par des scores assez
disparates en termes de développement socioéconomique et culturel.
Ces régions-programmes qui ne répondent pas tout à fait à
notre problématique sont au nombre de neuf dont la consistance est
présentée dans le tableau 1.
Le second découpage est celui adopté lors de l’exécution des
enquêtes PAPFAM (2002) et MICS 3 (2006). Celui-ci est parti de la
consistance territoriale des quatre régions sanitaires (Centre,
Est, Ouest et Sud) définies par le ministère de la Santé de la
population et de la Réforme hospitalière. Les techniciens en
charge de ce découpage ont réalisé quatre stratifications
multicritères en procédant à une classification par région, ce qui
a permis l’identification de 17 sous-régions. Les critères de
classification, qui sont au nombre de quatre, étaient tirés à
partir des statistiques du recensement général de la population et
de l’habitat de 1998 et des enquêtes sur l’état civil.
Ces derniers sont :
- – l’indice synthétique de fécondité ;
- – l’analphabétisme ;
- – le rattachement au réseau d’assainissement (égout)
;
- – la proportion de la population vivant en zone
éparse.
Les critères retenus ont été choisis en raison de leur forte
corrélation avec les phénomènes étudiés par les enquêtes évoquées
précédemment ainsi qu’à cause de leur disponibilité au niveau de
chaque wilaya. La classification des wilayas a été opérée en
utilisant le logiciel SPSS, en tenant compte également du critère
de la contiguïté des wilayas dans un certain nombre de cas de
figure (tableau 2).
Quelle stratification adoptée pour notre cas ?
Chacune des deux précédentes stratifications est élaborée pour
répondre à un souci propre à l’étude envisagée, raison pour
laquelle on a préféré opérer une nouvelle stratification qui tient
compte aussi bien de notre problématique que des contraintes liées
à la nature des données disponibles.
Pour ce faire, on s’est appuyé tout d’abord sur la seconde
stratification dont les principaux phénomènes étudiés sont
fortement corrélés à la mortalité infantile et juvénile.
La disponibilité des données à ce niveau de désagrégation à
travers l’enquête MICS 3 nous a été d’un grand secours pour opérer
notre propre stratification7 (tableau
3).
L’opération de classification a permis donc d’obtenir cinq
strates dont la consistance est exposée dans le tableau 4.
Toutefois, et après examen de la consistance de chacune des
strates, on a jugé plus judicieux de scinder la troisième strate en
deux classes distinctes, en se basant sur des considérations
géographiques : les wilayas de l’Ouest formeront une strate à part,
ce qui nous a permis d’obtenir finalement les six strates
présentées dans le tableau 5.
Tableau 1 Composition des régions-programmes du Schéma
National d’Aménagement du Territoire (SNAT).Table. 1. Composition
of the programme-regions defined by the National Land Use Planning
Scheme.
|
Région-programme
|
|
|
Nord-Centre
|
Chlef, Bejaia, Blida, Bouira, Tizi ouzou, Alger, Médéa, Boumerdes ,
Tipaza, Ain defla
|
|
Nord-Ouest
|
Tlemcen, Sidi Bel Abbes, Mostaganem, Mascara, Oran, Ain Témouchent,
Relizane
|
|
Nord-Est
|
Jijel, Skikda, Annaba, Guelma, Constantine, El Taraf, Souk Ahras,
Mila
|
|
Hauts-plateaux Ouest
|
Tiaret, Saida, El Bayadh, Tissemsilt, Naama
|
|
Hauts-plateaux Centre
|
Laghouat, Djelfa, M’Sila
|
|
Hauts-plateaux Est
|
Oum El Bouaghi, Batna, Tébessa, Sétif, B.B. Arreridj, Khenchla
|
|
Sud-Ouest
|
Adrar, Bechar, Tindouf
|
|
Sud-Est
|
Biskra, Ouargla, El Oued, Ghardaia
|
|
Grand-Sud
|
Tamanrasset, Ilizi
|
Tableau 2 Les 17 sous-régions sanitaires adoptées par
l’enquête algérienne sur la santé de la famille (PAPFAM 2002) et
l’enquête nationale à indicateur multiples MICS3 Algérie
2006.Table. 2. The 17 health sub-regions used by the Algerian
survey on family heath (PAPFAM 2002) and the multiple indicator
national Algerian survey 2006 (MICS3).
|
Région sanitaire
|
Sous-région
|
Wilayas
|
|
1. Centre
|
11
|
Alger
|
|
12
|
Bejaia, Tizi Ouzou et Boumerdes
|
|
13
|
Bouira, Médéa, Ain Defla et Bordj Bou Arriredj
|
|
14
|
Blida et Tipaza
|
|
15
|
Djelfa
|
|
2. Est
|
21
|
Constantine et Annaba
|
|
22
|
Jijel, Setif, Skikda et Mila
|
|
23
|
Guelma, El Tarf et Souk Ahras
|
|
24
|
Oum El Bouaghi, Batna, Tébessa et Khenchela
|
|
25
|
M’Sila
|
|
3. Ouest
|
31
|
Tlemcen et Sidi Bel Abbes
|
|
32
|
Oran et Ain Temouchent
|
|
33
|
Tiaret, Saida, Mascara et Tissemsilt
|
|
34
|
Chlef, Mostaganem et Relizane
|
|
4. Sud
|
41
|
Bechar, Ouargla, El Bayadh, Naama et Ghardaia
|
|
42
|
Laghouat, Biskra et El Oued
|
|
43
|
Adrar, Tamanrasset, Illizi et Tindouf
|
Tableau 3 Quelques indicateurs par strate selon
l’enquête nationale à indicateur multiples MICS3 Algérie
2006.Table. 3. Several indicators according to geographic region as
per the multiple indicator national Algerian survey 2006 (MICS3
2006).
|
Indicateurs
|
Nombre
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
|
Pourcentage des ménages vivant en constructions précaires
|
4,60
|
2,60
|
5,82
|
4,76
|
3,34
|
0,93
|
|
Pourcentage des ménages raccordés au réseau électrique
|
98,60
|
99,50
|
99,14
|
98,56
|
98,42
|
93,91
|
|
Pourcentage des ménages raccordés au réseau d’eau potable
|
83,30
|
88,30
|
91,48
|
76,58
|
93,16
|
81,62
|
|
Pourcentage des ménages raccordés au réseau d’assainissement
|
78,40
|
90,30
|
84,33
|
73,99
|
81,99
|
63,22
|
|
Taille moyenne des ménages (personnes/ménage)
|
5,90
|
5,10
|
5,51
|
6,12
|
6,30
|
6,33
|
|
Taux d’occupation par pièce (personnes/pièce)
|
2,40
|
2,20
|
2,14
|
2,58
|
2,40
|
2,33
|
|
Pourcentage population ayant accès à une eau potable améliorée
|
85,10
|
98,60
|
89,24
|
83,28
|
70,53
|
86,02
|
|
Pourcentage population utilisant des installations d’assainissement
améliorées
|
92,70
|
98,60
|
96,91
|
89,67
|
94,73
|
86,66
|
|
Dont des toilettes reliées à l’égout
|
73,30
|
89,90
|
84,09
|
64,50
|
81,22
|
62,42
|
|
Âge moyen au premier mariage masculin (ans)
|
33,50
|
35,50
|
34,65
|
33,03
|
32,01
|
31,09
|
|
Âge moyen au premier mariage féminin (ans)
|
29,90
|
31,00
|
30,43
|
29,92
|
28,36
|
27,22
|
|
Taux d’analphabétisme dix ans et plus (%)
|
24,00
|
11,70
|
20,45
|
27,34
|
23,11
|
31,21
|
|
Masculin
|
16,50
|
6,70
|
14,45
|
18,56
|
16,70
|
22,65
|
|
Féminin
|
31,60
|
16,70
|
26,57
|
36,23
|
29,52
|
40,10
|
|
Taux de scolarisation 6-14 ans (%)
|
94,50
|
97,70
|
96,03
|
93,30
|
95,80
|
90,07
|
|
Masculin
|
95,40
|
97,10
|
95,87
|
94,92
|
96,46
|
92,45
|
|
Féminin
|
93,60
|
98,40
|
96,23
|
91,65
|
95,10
|
87,68
|
|
Taux net de scolarisation primaire 6-11 ans (%)
|
96,50
|
95,40
|
97,83
|
96,19
|
97,49
|
91,08
|
|
Masculin
|
96,80
|
95,10
|
97,78
|
96,68
|
97,58
|
92,93
|
|
Féminin
|
96,20
|
95,70
|
97,97
|
95,65
|
97,45
|
89,19
|
|
Indice de parité par genre au cycle primaire (fille/garçon)
|
0,99
|
1,03
|
1,00
|
0,98
|
1,00
|
0,96
|
|
Taux net de scolarisation moyen/secondaire 12-17 ans (%)
|
62,80
|
73,50
|
66,55
|
59,36
|
62,66
|
60,57
|
|
Masculin
|
59,40
|
66,60
|
59,63
|
57,93
|
59,07
|
63,20
|
|
Féminin
|
66,40
|
81,00
|
73,95
|
60,85
|
66,26
|
57,82
|
|
Indice de parité par genre au cycle moyen/secondaire
(fille/garçon)
|
1,12
|
1,22
|
1,24
|
1,06
|
1,12
|
0,91
|
|
Poids
|
100
|
7,81
|
27,57
|
51,62
|
8,94
|
4,06
|
Tableau 4 Les cinq strates obtenues par la
classification automatique.Table. 4. Distribution of wilayas
(municipalities) into the five geographic regions, by automatic
classification.
|
Strate
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
|
Wilayas
|
Alger
|
Bejaia, Tizi-Ouzou, Boumerdes, Blida Tipaza, Constantine, Annaba,
Tlemcen, Sidi Bel Abbes, Oran et Ain Temouchent
|
Jijel, Setif, Skikda, Mila, Guelma, El-Tarf, Souk Ahras, Oum El
Bouaghi, Batna, Tébessa, Khenchela, Bouira, Médéa, Ain Defla et
Bordj Bou Arriredj, M’Sila, Tiaret, Saida, Mascara et Tissemsilt,
Chlef, Mostaganem et Relizane
|
Bechar, Ouargla, El-Bayadh, Naama Ghardaia, aghouat, Biskra et El
Oued
|
Djelfa Adrar, Tamanrasset, Illizi et Tindouf
|
|
1
|
11
|
23
|
8
|
5
|
Tableau 5 Les six strates retenues.Table. 5. The final
six geographic regions.
|
Strate (poids en %)
|
Sous-région
|
Wilayas
|
|
1 (7,8)
|
11
|
Alger
|
|
2 (27,6)
|
12
|
Bejaia, Tizi Ouzou et Boumerdes
|
|
14
|
Blida et Tipaza
|
|
21
|
Constantine et Annaba
|
|
31
|
Tlemcen et Sidi Bel Abbes
|
|
32
|
Oran et Ain Temouchent
|
|
3 (37,5)
|
22
|
Jijel, Setif, Skikda et Mila
|
|
23
|
Guelma, El Tarf et Souk Ahras
|
|
24
|
Oum El Bouaghi, Batna, Tébessa et Khenchela
|
|
13
|
Bouira, Médéa, Ain Defla et Bordj Bou Arriredj
|
|
25
|
M’Sila
|
|
4 (14,1)
|
33
|
Tiaret, Saida, Mascara et Tissemsilt
|
|
34
|
Chlef, Mostaganem et Relizane
|
|
5 (8,9)
|
41
|
Bechar, Ouargla, El Bayadh, Naama et Ghardaia
|
|
42
|
Laghouat, Biskra et El Oued
|
|
6 (4,1)
|
15
|
Djelfa
|
|
43
|
Adrar, Tamanrasset, Illizi et Tindouf
|
Mesure de la mortalité infantile et juvénile
au niveau des strates retenues
Il y a lieu de préciser que la nature des données disponibles ne
permet pas le calcul direct des indicateurs. La couverture des
faits d’état civil n’étant pas identique d’une strate à l’autre,
les événements démographiques sont toujours enregistrés dans les
communes où surviennent ces derniers, ce qui entraîne des
surestimations du niveau de mortalité dans les communes abritant
les grands centres hospitaliers d’envergure nationale ou régionale.
Pour pallier cette contrainte, on a opté pour l’utilisation de la
méthode indirecte de Brass plus particulièrement la variante de
Trussell. Les données qui ont servi à son application sont
celles du RGPH de 19988. Sachant que cette variante nous
donne des estimations qui se rapportent à une date antérieure au
recensement, soit aux environs de l’année 1994, l’obtention
d’estimations plus récentes nous a conduits à opérer des
extrapolations selon les tendances des quotients bruts, observées
dans chacune des six strates entre 1994 et 2006. L’approbation de
ces tendances a été faite sur la base de l’hypothèse selon laquelle
la proportion de naissances ou de décès non déclarés est si faible
pour exercer un impact considérable sur la tendance générale. Pour
ce qui est du problème de domiciliation des faits d’état civil, le
regroupement des wilayas dans un nombre réduit de strates constitue
en lui-même une solution pour atténuer ses répercussions sur la
fiabilité des estimations.
Lors de l’exécution de la technique de Trussell, nous avons
retenu le quotient des femmes âgées de 30-34 ans. Cela nous
permet d’avoir à la fois 1Q0, 4Q1 et 5Q0. Quant au schéma de
mortalité, nous avons retenu le modèle Nord de Coal et Demeny en
raison de ses résultats pour l’ensemble du territoire national qui
sont assez proches des estimations des enquêtes menées à cette
époque en l’occurrence l’enquête algérienne sur la santé de la mère
et de l’enfant (EASME 1992). Pour le cas plus précis de la première
strate qui englobe uniquement la wilaya d’Alger, nous avons
appliqué la méthode directe pour estimer les niveaux en 2002 et
2006, et ce, grâce à la disponibilité des données sur les
naissances et les décès infantiles qui sont issues effectivement de
la wilaya en question.
Les résultats de nos calculs sont synthétisés dans le tableau 6.
Au regard des résultats sus-évoqués, l’atteinte de l’objectif
fixé à l’horizon 2015, qui consiste à atteindre un quotient
infantojuvénile de l’ordre de 16,2 ‰ à l’échelle nationale,
dépend surtout des actions à entreprendre au niveau des strates qui
accusent beaucoup de retard en matière de développement
socioéconomique et sanitaire.
En effet, si l’atteinte de l’objectif en question ne pose aucun
problème pour les deux premières strates qui englobent les wilayas
les plus nanties, pour les autres strates, notamment la quatrième
et la sixième, l’atteinte de la cible se révèle vraiment
problématique. Il est donc nécessaire de maintenir toute la
vigilance pour pouvoir s’approcher du but fixé. Les efforts
consentis restent insuffisants et méritent d’être multipliés si on
veut assurer une réelle équité en offrant des chances comparables
aux enfants algériens dans n’importe quel endroit sur le territoire
national.
Tableau 6 Quotients de mortalité infanto-juvénile selon
le sexe et la strate en 2002 et 2006 et niveaux nationaux
enregistrés par l’état civil et l’enquête algérienne sur la santé
de la famille (PAPFAM 2002).Table. 6. Infant and child mortality
rates according to sex and geographic region in 2002 and 2006 and
national levels collected by the populaton registry and the
Algerian survey on family health ((PAPFAM 2002).
|
Indicateur
|
Sexe
|
Alger
|
Région 2
|
Région 3
|
Région 4
|
Région 5
|
Région 6
|
Algérie
|
|
État civil 2002
|
PAPFEM 2000-2002
|
|
2002
|
|
1Q0
|
Masculin
|
20,4
|
31,0
|
36,9
|
39,2
|
35,5
|
40,3
|
36,1
|
33,7
|
|
Féminin
|
16,3
|
25,1
|
29,5
|
33,4
|
29,8
|
32,3
|
33,3
|
28,6
|
|
Ensemble
|
18,4
|
28,1
|
33,3
|
36,4
|
32,7
|
36,5
|
34,7
|
31,2
|
|
4Q1
|
Masculin
|
2,8
|
5,4
|
7,1
|
7,8
|
6,7
|
8,2
|
5,7
|
6,5
|
|
Féminin
|
2,2
|
4,6
|
6,2
|
7,7
|
6,3
|
7,2
|
5,5
|
4,8
|
|
Ensemble
|
2,5
|
5,0
|
6,7
|
7,8
|
6,5
|
7,7
|
5,5
|
5,7
|
|
5Q0
|
Masculin
|
23,1
|
36,2
|
43,7
|
46,7
|
42,0
|
48,2
|
41,6
|
40,0
|
|
Féminin
|
18,5
|
29,6
|
35,5
|
40,8
|
35,9
|
39,3
|
38,6
|
33,3
|
|
Ensemble
|
20,9
|
33,0
|
39,8
|
43,9
|
39,0
|
43,9
|
40,0
|
36,7
|
|
2006
|
État civil 2006
|
|
1Q0
|
Masculin
|
19,1
|
26,6
|
32,7
|
33,1
|
31,1
|
34,8
|
28,4
|
|
Féminin
|
15,2
|
21,5
|
26,0
|
28,7
|
26,3
|
27,7
|
25,3
|
|
Ensemble
|
17,2
|
24,1
|
29,4
|
30,9
|
28,7
|
31,4
|
26,9
|
|
4Q1
|
Masculin
|
2,5
|
4,3
|
5,9
|
6,0
|
5,4
|
6,5
|
4,7
|
|
Féminin
|
1,9
|
3,5
|
4,9
|
5,9
|
5,0
|
5,5
|
4,7
|
|
Ensemble
|
2,2
|
3,9
|
5,4
|
6,0
|
5,2
|
6,0
|
4,7
|
|
5Q0
|
Masculin
|
21,6
|
30,8
|
38,4
|
38,9
|
36,3
|
41,1
|
33,0
|
|
Féminin
|
17,1
|
24,9
|
30,8
|
34,4
|
31,2
|
33,0
|
29,9
|
|
Ensemble
|
19,4
|
27,9
|
34,6
|
36,7
|
33,8
|
37,2
|
31,5
|
1 Le nombre de mariages est passé d’environ
219 000 en 2002 à près de 332 000 en 2008, soit un
accroissement relatif annuel de 8,6 %. L’âge moyen au premier
mariage a enregistré plutôt une halte pour les hommes (à
33 ans) et une légère baisse chez les femmes passant de 29,6
en 2002 à 29,3 en 2008.
2 3,5 % en 2008 selon l’Office national des
statistiques (ONS).
3 En 2006, les décès maternels constituent
à eux seuls 10 % de l’ensemble des décès des femmes âgées de 15 à
49 ans.
4 Au cours des années 1990, une estimation
a été donnée par l’Enquête algérienne sur la santé de la mère et de
l’enfant (EASME 1992), situant la mortalité maternelle à 215 pour
100 000 naissances vivantes, alors que les statistiques
hospitalières donnaient une estimation de 78 pour 100 000
naissances vivantes.
5 L’Onusida et l’OMS estiment la
séroprévalence de l’infection au VIH chez l’adulte en Algérie à 0,1
%.
6 Notamment, la persistance des problèmes
d’enregistrement des faits d’état civil (naissances et décès
infantiles). Les taux de couverture bien que méconnus
diffèrent considérablement entre les différentes wilayas, avec
également une domiciliation des faits au niveau des communes où ils
surviennent.
7 Cette dernière a été réalisée par Hamouda
Nasreddine, consultant auprès du CNES dans le cadre du rapport RNDH
2006.
8 Les autres sources plus récentes PAPFAM,
MICS3 et RGPH 2008 se sont avérées inaccessibles.
|