ARTICLE
Auteur(s) : Célia Lloret
Linares1, Jean-François Bergmann1,
Stéphane Mouly1,2
1Unité de recherche thérapeutique, Service
de médecine interne, Hôpital Lariboisière,
75010 Paris
2INSERM U705, CNRS UMR 7157, Faculté de pharmacie,
Université Paris Descartes, Paris F-75006
Introduction, données épidémiologiques
L’obésité, définie par un excès de masse grasse ayant des
conséquences pour la santé (OMS 1996), est quantifiée par le
calcul de l’indice de masse corporelle (IMC) exprimé en
kg/m2 supérieur à 30. Il s’agit d’un problème de
santé publique reconnu à l’échelon international et la WHO (World
Health Organization) a estimé le nombre de sujets obèses dans le
monde en 2005 à 700 millions. Sa prévalence a doublé aux
États-Unis entre 1980 et 2002 chez les adultes de plus de
20 ans et cette tendance est également observée en Europe. Sa
prévalence en France atteint des valeurs préoccupantes puisqu’elle
concerne 16 % des sujets adultes selon l’enquête ENNS et 14,5 %
selon l’étude Obepi 2009. D’autre part, la prévalence de l’obésité
morbide (IMC > 40) a presque triplé entre 2000 et 2009 (0,4 à
1,1 %).
Les sujets obèses sont plus exposés à la douleur que ceux de
poids normal notamment suite aux complications rhumatologiques de
cet excès pondéral. La prise en charge efficace de leur
douleur est un enjeu majeur durant une stratégie de réduction
pondérale et pour la prévention cardiovasculaire, situations où
l’activité physique est encouragée. Par ailleurs, la morphine est
régulièrement utilisée en cancérologie et la prévalence des cancers
est plus élevée chez les sujets obèses par rapport aux sujets de
poids normal. Ces éléments expliqueraient que 21 % des
patients adultes obèses bénéficient régulièrement d’un traitement
par morphine selon une étude américaine [1].
Observations cliniques
La variabilité interindividuelle d’efficacité des opioïdes conduit
à une variabilité des doses nécessaires pour soulager la douleur et
une variabilité du risque de survenue d’effets indésirables, qui
n’est pas nécessairement lié au degré d’antalgie. De multiples
facteurs expliquant cette variabilité sont connus mais il n’y a pas
à ce jour d’autre outil que la surveillance clinique permettant de
trouver l’équilibre entre degré d’antalgie et événements
indésirables et ainsi aucun moyen de prédire la dose adaptée au
patient. Cette variabilité est également constatée chez les sujets
obèses et certaines données de la littérature suggèrent que la
survenue d’événements indésirables y soit plus fréquente [2]. Ainsi
dans un échantillon de 1 181 patients utilisant l’analgésie
contrôlée en post-opératoire, la survenue de nausées ou
vomissements concernait 65 % des sujets obèses et 35 % des sujets
de poids normal, pour un même niveau d’antalgie [3]. L’utilisation
des opioïdes dans cette population exposée à davantage de
pathologies respiratoires explique probablement que la survenue
d’événements respiratoires graves soit plus fréquente dans les
suites d’une anesthésie générale.
Les multiples facteurs de variabilité de la morphine orale sont
résumés dans le tableau 1 et ils sont
abordés point par point dans cette revue, appliqués au contexte de
l’obésité.
Tableau 1 Facteurs susceptibles de modifier la
pharmacocinétique et pharmacodynamique de la morphine chez les
sujets obèses
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Pharmacocinétique de la morphine
|
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Absorption : – Facteurs génétiques ? – Flore
intestinale – Interactions médicamenteuses – Chirurgie
bariatrique : - Poche gastrique 30-60 mL, - Augmentation du pH
gastrique, - Réduction de la surface digestive.
Distribution : – Augmentation du tissu adipeux et de la
masse musculaire – augmentation du débit cardiaque
– Augmentation de l’eau corporelle totale – Expansion du
compartiment extracellulaire par rapport au compartiment
intracellulaire – Augmentation de l’hydratation de la masse
non grasse Métabolisme : – Facteurs génétiques ?
– Stéatose hépatique non alcoolique – Inflammation
– Oxygénation tissulaire Élimination :
– Augmentation de la filtration glomérulaire – Facteurs
génétiques ?
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Pharmacodynamique de la morphine
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– Facteurs génétiques – Facteurs endocriniens
– Facteurs psychologiques – Nociception
|
Absorption
Le rôle de l’intestin grêle dans la détoxification de l’organisme
et la biotransformation des xénobiotiques est important et implique
de nombreuses enzymes de phase I (cytochromes P450), de phase II
(enzymes de conjugaison), et de phase III (transporteurs
intestinaux) exprimés au niveau entérocytaire. L’intestin grêle est
une véritable barrière contre l’absorption des médicaments en amont
du foie, à condition que l’intégrité de l’épithélium soit
respectée. La plupart des médicaments sont majoritairement
absorbés dans le jéjunum tandis que certains transporteurs
(notamment la P-gp) conditionnent l’efflux des médicaments [4]. On
pense que l’intestin conditionne une partie de la variabilité des
concentrations sanguines des médicaments administrés par voie orale
et donc leur efficacité thérapeutique. Il est néanmoins
difficile de distinguer les rôles respectifs de l’intestin et du
foie dans la biodisponibilité des médicaments. Il est en
revanche évident que ces organes sont de véritables barrières à
l’absorption de la morphine orale puisque la biodisponibilité de la
morphine habituellement rapportée varie entre 24 à 38 % [5-7].
Il en résulte que toute perturbation de ces métabolismes est
susceptible d’affecter l’efficacité ou la tolérance de la morphine
orale. Le métabolisme entérocytaire de la morphine est repris
dans la figure
1.
Transporteurs et absorption des médicaments
La morphine est un substrat bien connu de la P-gp dont les
polymorphismes génétiques influent l’efficacité et la tolérance.
Ce transporteur est présent au niveau entérocytaire et
l’administration de quinidine, inhibiteur puissant et spécifique de
la P-gp, modifie la biodisponibilité de la morphine orale,
suggérant le rôle de la P-gp entérocytaire et/ou biliaire dans son
exposition systémique [4, 7]. Son expression au niveau de
l’épithélium digestif est considérablement variable mais les
facteurs conditionnant cette variabilité sont peu connus. Certains
travaux suggèrent que des pathologies pourraient la modifier. Elle
est effectivement plus importante au niveau duodénal chez les
patients présentant une maladie de Crohn par rapport aux sujets
contrôles, ceci allant dans le sens d’observations faites chez
l’animal et en faveur du rôle de l’inflammation systémique dans
l’expression de la P-gp [8, 9].
Nous pensons qu’il est possible que l’inflammation de bas grade
observée chez les sujets obèses modifie l’expression de la P-gp au
niveau intestinal et puisse être l’un des facteurs de variabilité
de réponse à la morphine orale [10].
Des facteurs génétiques sont susceptibles de modifier
l’expression et l’activité d’enzymes et transporteurs impliqués
dans le métabolisme des médicaments. L’hypothèse d’une «
pharmacogénétique de l’obésité » repose sur le fait que certains
acteurs du métabolisme des médicaments pourraient l’être également
dans l’adipogenèse ou l’absorption de xénobiotiques modifiant
l’adipogenèse. Concernant la P-gp par exemple, certains
polymorphismes sont observés avec une fréquence supérieure chez les
sujets obèses par rapport aux sujets de poids normal dans une
population japonaise, mais les liens entre P-gp et adipogenèse
n’ont encore jamais été étudiés [11].
Certains transporteurs de la famille des MRP transportent
activement les métabolites de la morphine et sont présents le long
de l’intestin grêle mais leur rôle dans l’efflux biliaire de la
morphine et de ses métabolites est mieux connu. Certains
polymorphismes génétiques de MRP2 s’accompagnent d’une modification
de leur expression intestinale et mériteraient d’être considérés
dans le cas de la morphine orale puisqu’ils pourraient modifier
l’efflux de métabolites de la morphine produits au niveau
entérocytaire [12]. De récents travaux suggéraient qu’une
élévation de l’IL6 secondaire à l’ischémie de l’intestin diminuait
l’expression de MRP2 [13]. L’influence de facteurs environnementaux
ou intrinsèques sur l’expression ou activité de MRP2 est peu
documentée.
UGT2B7 et absorption des médicaments
La morphine est effectivement métabolisée par l’enzyme UGT2B7
(uridine-5’-diphosphate glucuronosyltransferase 2B7) en métabolites
glucuronides M3G (morphine-3-glucuronide) et M6G
(morphine-6-glucuronide), qui correspondent à respectivement 60 et
6 à 10 % de la morphine. M3G ne présente pas d’activité antalgique
au contraire de la M6G [14]. Ce métabolisme est principalement
hépatocytaire mais UGT2B7 est également présente au niveau
entérocytaire et peut, dans une certaine proportion qu’il est
difficile de quantifier, influencer la biodisponibilité de la
morphine.
Flore microbienne
De récents travaux suggèrent que la flore microbienne serait
différente chez les sujets obèses par rapport aux sujets de poids
normal. Il est néanmoins difficile de savoir si cette
particularité précède ou suit le développement d’une obésité.
La flore microbienne est elle-même impliquée dans le
métabolisme et la toxicité de différents médicaments mais son
influence sur le métabolisme de la morphine n’a pas été étudiée
[15]. Son rôle comme facteur de variabilité de la morphine orale ne
peut être exclu.
Chirurgie bariatrique
Les conséquences exactes de la chirurgie bariatrique sur
l’absorption des médicaments ne sont pas connues. Le Roux-en-Y
bypass gastrique est l’une des techniques les plus réalisées et
associe une restriction alimentaire et une malabsorption. Une poche
gastrique de 30-60 mL est réalisée et l’intestin, coupé
45 cm à 150 cm en dessous de l’angle gastroduodénal, est
relié à la partie distale de l’estomac réduit (figure 2).
Le délai et les conditions de solubilisation affectent
habituellement l’absorption des comprimés et gélules, et il est
très probable qu’elle soit modifiée après bypass gastrique.
La petite poche gastrique produit moins d’acide que l’estomac
entier et une augmentation du pH gastrique diminue habituellement
l’absorption des médicaments dont la solubilisation et l’absorption
dépendent d’un environnement acide. Inversement, l’absorption de
présentations alcalines est observée. Par ailleurs, puisque la
moitié de la surface muqueuse est retrouvée dans le quart proximal
de l’intestin, qui a la plus grande capacité d’absorption des
médicaments, la biodisponiblité des médicaments ayant une longue
phase absorptive est probablement affectée par la chirurgie. À
l’inverse, le risque de surdosage des médicaments pourrait
également être observé. L’effet « barrière » de l’épithélium
digestif, décroissant le long de l’intestin grêle, est modifié et
une augmentation du passage plasmatique des médicaments est
possible [4]. Au total, on ne sait pour l’instant quelle est la
résultante de ces modifications physiologiques sur l’absorption des
médicaments. Les données de la littérature sont pour l’instant
insuffisantes pour y répondre [16, 17]. Elle varie probablement
d’un médicament à l’autre, en fonction des propriétés
pharmaceutiques et pharmacologiques, et avec le temps. Il est
possible que des mécanismes d’adaptation de la muqueuse intestinale
se développent. La stagnation voire la reprise pondérale à
distance d’un bypass gastrique pourrait être en partie secondaire à
une adaptation de l’épithélium digestif à la malabsorption
[18].
Métabolisme hépatique
Le métabolisme hépatocytaire de la morphine est repris dans la
figure 3.
Il met en jeu les enzymes et transporteurs abordés dans la
section précédente.
Stéatose hépatique, UGT2B7 et inflammation
La stéatose hépatique est une pathologie fréquemment associée à
l’obésité. Ses conséquences sur le métabolisme des médicaments
sont peu étudiées. Pourtant l’obésité est citée parmi les facteurs
modifiant la glucuronidation [19]. Elle s’accompagne d’un infiltrat
inflammatoire et d’une expression de cytokines favorisant
l’évolution vers la cirrhose [20]. La diminution de
l’expression et de l’activité de la P-gp au niveau hépatocytaire
observée chez l’animal dans un contexte d’inflammation a été
confirmée par des travaux plus récents chez l’homme [8, 9, 21-25].
L’expression des transporteurs MRP2 et MRP3 semble également
modifiée par l’inflammation comme cela a été observé in vitro [26].
Des biopsies hépatiques au cours de différentes pathologies
hépatiques ont révélé que l’expression de l’ARN messager codant
pour l’enzyme UGT2B7 était inversement corrélée aux scores
d’inflammation [27-29]. Au stade de cirrhose, la clairance
plasmatique de la morphine est par ailleurs réduite, la demi-vie
allongée et la biodisponibilité de la morphine plus élevée par
rapport aux sujets dont la fonction hépatique est normale [5].
L’ensemble des mécanismes permettant l’excrétion des médicaments
est affecté dans cette situation.
Oxygénation tissulaire
Des modifications d’oxygénation secondaires à des pathologies
respiratoires et pulmonaires pourraient altérer le métabolisme des
médicaments [30, 31]. L’hypoxémie est une situation fréquente chez
les patients obèses où la prévalence du syndrome d’apnée du sommeil
et de l’hypoventilation alvéolaire est élevée. Si une moindre
élimination de la morphine est possible, le risque de survenue de
dépression respiratoire est sans doute accru chez les patients
obèses. Par ailleurs, l’hypoxie s’accompagne d’une élévation des
cytokines pro-inflammatoires qui elle-mêmes réduisent l’activité
des protéines d’efflux impliquées dans le transport de la morphine
et de ses métabolites [32].
À l’inverse, la morphine ayant une clairance plasmatique élevée,
les modifications du débit sanguin hépatique rapportées chez le
sujet obèse pourraient augmenter la clairance de la morphine et
modifier les conséquences de l’inflammation [19].
Pharmacogénétique et métabolisme hépatique
Il est probable que les polymorphismes génétiques de la P-gp
conditionnent la clairance hépatique de la morphine. Leur
expression est par ailleurs très variable au niveau hépatocytaire
[33]. Le rôle des polymorphismes génétiques des transporteurs
MRP2 et MRP3 sur l’exposition systémique de la morphine et de ses
métabolites est possible. Ils ont déjà été impliqués dans la
toxicité de différentes molécules (pravastatine, diclofénac,
ténofovir, etc.) mais le cas de la morphine n’a jamais été étudié,
ni la prévalence de ces polymorphismes au sein de la population de
sujets obèses.
Distribution et élimination
La distribution des médicaments est la résultante d’un ensemble de
facteurs : structure du médicament, lipophilie, perfusion
tissulaire, fixation protéique, élimination. L’obésité morbide est
caractérisée par des altérations sévères de la composition
corporelle avec une augmentation de la masse grasse mais aussi de
la masse maigre. Une augmentation de l’eau corporelle totale est
classiquement rapportée avec expansion du compartiment
extracellulaire au dépens du secteur intracellulaire et hydratation
de la masse maigre supérieure à celle de la population générale.
Une augmentation du débit cardiaque et de la filtration
glomérulaire (secondaire à l’augmentation de la taille des reins)
est habituellement rapportée [19]. Ces modifications
physiologiques influent considérablement les paramètres
pharmacocinétiques des médicaments chez les patients obèses.
La pharmacocinétique de certains médicaments a fait l’objet de
comparaisons entre sujets obèses et sujets de poids normal,
notamment les agents antibiotiques et les agents anesthésiques.
Ce que l’on retient de ces différents travaux est qu’il est
difficile de prédire la pharmacocinétique d’un médicament chez le
patient obèse et que les différences observées pour un médicament
donné ne sont pas applicables aux médicaments de la même classe
[34, 35] Différents exemples sont rapportés dans le tableau 2 et illustrent les différences observées
entre sujets de poids normal et sujets obèses pour différents
paramètres pharmacocinétiques et différents médicaments administrés
en dose unique. Nous rappelons dans le tableau
3 les caractéristiques pharmacocinétiques de la morphine
chez le sujet de poids normal. Les données chez le patient
obèse ne sont pas connues.
Tableau 2 Exemples de pharmacocinétique de médicaments
chez les patients obèses et non obèses
|
Demi-vie (h) Moyenne (SD)
|
Volume de distribution Moyenne (SD)
|
Clairance Moyenne (SD)
|
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Médicaments
|
Obèses
|
Contrôles
|
Obèses
|
Contrôles
|
Obèses
|
Contrôle
|
|
Médicaments utilisés en anesthésie
|
|
|
Sufentanil 4 microgrammes/kg : dose unique IV 8 obèses et 8
contrôles
|
3,5 (1,4)
|
2,25 (0,7)*
|
9 (2,8) L/kg IBW
|
5 (1,7)* L/kg IBW
|
32,9 (12,5) L/kg IBW
|
26,4 (5,7) L/kg IBW
|
|
Midazolam 2,5-5 mg dose unique IV 20 obèses et 20 contrôles
|
8,4 (0,84)
|
2,7 (0,34)*
|
311 (27) L = 2,7 L/kg TBW
|
114 (7) L = 1,7 L/kg TBW*
|
472 (0,38) mL/min
|
530 (34) mL/min*
|
|
Vecuronium 0,1 mg/kg dose unique IV 7 obèses et 7 contrôles
|
2 (0,7)
|
2,21 (0,9)
|
0,8 (0,3) mL/kg IBW
|
0,9 (0,3) mL/kg IBW
|
4,65 (0,89) mL/min/kg IBW
|
5,02 (1,13) mL.min/kg IBW
|
|
Antibiotiques
|
|
|
Daptomycine 4 mg/kg TBW dose unique IV 6 obèses et 6 contrôles
|
8,12 (21)
|
8,04 (29)
|
Vz : 0,18 (18,1) L/kg IBW = 0,09 (12,9) L/kg TBW
|
Vz : 0,12 (14,0) L/kg IBW* = 0,11 (11,9) L/kg TBW*
|
0,27 (0,45) mL/min/kg IBW = 0,13 (0,33) mL/min/kg TBW
|
0,18 (0,53) mL/min/kg IBW = 0,17 (5,1) mL/min/kgTBW*
|
|
Vancomycin 1g IV sur 40 min 6 obèses et 4 contrôles
|
3,2
|
4,7*
|
43,0 L = 0,26 L/kg TBW
|
28,9 L* = 0,39 L/kg TBW
|
187,5 mL/min
|
80,8 mL/min*
|
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Ciprofloxacin Dose unique 400 mg IV sur 1 heure 17 obèses et 11
contrôles
|
4,26 (0,66)
|
4,0 (0,34)
|
Vss : 269,17 (51,64) L Vss/kg : 2,46 (0,42) L/kg
|
Vss : 219,03 (35,80) L* Vss/kg : 3,06 (0,31) L/kg
|
897.44 (159.57) mL/min
|
744.44 (120,51)mL/min*
|
|
Autres
|
|
Acetaminophen Dose unique 650 mg IV 21 obèses et 21 contrôles
|
OH : 2,55 OF : 2,32
|
CH : 2,76 CF: 2,66
|
OH : 108,5 L = 0,81 L/kg TBW OF : 61,4 L = 0,71 L/kg
TBW
|
CH : 77,0 L* = 1,09 L/kg TBW* CF : 51,6 L* =
0,95 L/kgTBW*
|
OH : 484 mL/min OF : 312 mL/min
|
CH : 323 mL/min* CF : 227 mL/min*
|
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Pas de différence après ajustement sur le poids
|
|
Cyclophosphamide (abstract) 7 surpoids et 5 obèses
|
8,5
|
4,8
|
37,1 L
|
34,5 L
|
60.6 mL/min
|
91.3 mL/min
|
|
Isofosfamide 4 obèses et 12 contrôles
|
6,4
|
4,9*
|
42,8 L = 0,55 L/kgTBW
|
33,7 L* = 0,53 L/kgTBW
|
76.0 mL/min
|
72.2 mL/min
|
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Lithium lithium citrate per os (31.4 mEq) 10 obèses et 8
contrôles
|
18,7 (4.0)
|
25,6 (9,6)*
|
0,42 (0,1) L/kgTBW
|
0,66 (0,15) L/kgTBW*
|
33,9 (7,0) mL/min
|
23,0 (6,2) mL/min*
|
Tableau 3 Résumé des données pharmacocinétiques de la
morphine chez le sujet de poids normal après dose unique de
morphine
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Dose de morphine
|
Voie d’administration
|
Volume de distribution
|
Demi-vie (h)
|
Clairance plasmatique totale
|
Biodisponibilité %
|
Cmax (ng.ml-1)
|
Tmax (h)
|
|
Lotsch (n = 5)
|
0,14 mg/kg 90 mg
|
IV PO (MST)
|
ND
|
|
133,4 (26,4) L/h
|
34 (9)
|
|
|
|
Kharasch (n = 12)
|
30 mg
|
PO (IR)
|
ND
|
2,1 (0,6)
|
|
|
16,9 (7,4)
|
1,1 (0,8)
|
|
Hoskin (n = 6)
|
5 mg 10 mg
|
IV PO (IR)
|
ND
|
1,9 (0,2)
|
1,4 (0,24) L/h/kg
|
23,8 (4,9)
|
340,2 (47,3) 10,6 (2,15)
|
0,75
|
|
Säwe (n = 7)
|
0,037 to 0,066 mg/kg 0,231 to 0,495 mg/kg
|
IV PO (IR)
|
2,08 (1,18) L/kg
|
3,1 (2,3) 3,4 (1,93)
|
0,55 (0,25) L/h/kg
|
38,2 (17,1)
|
|
|
|
Hasselström (n= 7)
|
5 mg 20 mg
|
IV PO (IR)
|
2,9 (0,8) L/kg
|
15,1 (6,5)
|
1,2 (0,2) L/h/kg
|
29,2 (7,2)
|
|
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Pharmacodynamique de la morphine
Pharmacogénétique de la morphine
dans la population générale
La pharmacodynamie de la morphine est sous le contrôle de
différents gènes qui expliquent en partie les variations
individuelles d’efficacité de la morphine. L’influence de la
pharmacogénétique sur les aspects pharmacodynamiques de la morphine
a été davantage étudiée par rapport aux aspects pharmacocinétiques.
Les données concernant les transporteurs au niveau de la
barrière hématoencéphalique ne sont disponibles que chez l’animal
mais confirment le rôle de l’expression de la P-gp dans
l’efficacité de la morphine chez la souris [36].
Le polymorphisme SNP C3435T au niveau de l’exon 26 du gène
MDR1 est retrouvé dans 50-60 % de la population caucasienne à
l’état hétérozygote et 24 % à l’état homozygote. Les sujets
homozygotes pour l’allèle T ont des besoins 4 fois inférieurs aux
sujets homozygotes CC, des concentrations intracérébrales
supérieures, mais des effets indésirables plus fréquents [37-39]. À
noter que les multidrug resistance protein 2 et 3 (MRP2, MRP3) sont
absentes au niveau de la BHE. Il a été suggéré que des
transporteurs spécifiques seraient responsables du transport des
glucuronides.
L’allèle 118G du gène OPRM1 (codant pour le récepteur mu) est
présent chez 10-14 % des Caucasiens (3 % d’homozygotes) [40].
La présence de cet allèle est associée à une diminution de
l’effet des opioïdes, le recours à des doses de morphine deux fois
plus élevées chez les sujets homozygotes que les sujets non
porteurs et une diminution des effets indésirables [37, 38, 41].
Des données récentes suggèrent que le polymorphisme Val158Met
de la COMT interviendrait dans la variabilité d’action de la
morphine, tant du point de vue de son efficacité que de la survenue
d’effets indésirables [39, 42, 43]. L’allèle conférant une activité
réduite de l’enzyme (COMTL : low activity) est retrouvé dans 50 %
de la population caucasienne à l’état hétérozygote et 25 % à l’état
homozygote selon des données issues d’une cohorte de patients
suivis en psychiatrie [44]. Il serait impliqué dans les
performances cognitives, certaines affections psychiatriques, la
fibromyalgie, l’efficacité de la morphine et les besoins en
morphine.
Nociception et obésité : observations
L’existence de différences de sensibilité entre sujets obèses et
sujets de poids normal a fait l’objet de différents travaux dont
les résultats sont parfois discordants. Ces différences
peuvent être expliquées par la variété des tests utilisés.
Certaines études étaient en faveur d’une augmentation de la
sensibilité (utilisant le réflexe saphéno-bicipital ou une pression
mécanique constante appliquée sur le doigt), tandis que d’autres
rapportaient une moindre sensibilité (pression d’une aiguille sur
l’avant-bras ou stimulation électrique transcutanée) [45-48].
Certains auteurs ont distingué, au sein de la population de
sujets obèses, ceux présentant des troubles du comportement
alimentaire et ils ont observé une diminution de sensibilité à
la douleur uniquement dans ce sous-groupe [49]. De façon plus
concrète, une étude a révélé un moindre besoin en analgésie
péridurale chez les femmes obèses par rapport aux femmes non obèses
[50].
Différences anatomiques
Des modifications des fonctions physiologiques neurologiques sont
suggérées par l’une des complications de l’obésité : l’hypertension
intracrânienne idiopathique. La physiopathologie de cette
affection n’est pas connue. On suppose qu’elle est secondaire à une
augmentation de la production de LCR ou à une mauvaise résorption
de celui-ci, mais l’hypothèse d‘une résistance à l’écoulement du
LCR est la mieux documentée. Une augmentation de la pression
veineuse intracrânienne parallèle à l’augmentation de la pression
intra-abdominale ou la survenue de sténoses veineuses pourrait
l’expliquer [51, 52].
Diminution de l’efflux des analgésiques
à travers la barrière hémato-encéphalique
Il s’agit d’une des hypothèses formulées par les auteurs ayant
observé une réduction des besoins en analgésie péridurale des
patientes obèses [50] et elle est en adéquation avec certaines
hypothèses évoquées dans la section concernant l’absorption de la
morphine orale. L’inflammation de bas grade pourrait modifier
l’activité de la P-gp, réduire son expression et diminuer l’efflux
des analgésiques. Par ailleurs, si certains polymorphismes
génétiques conférant une diminution de l’activité de la P-gp sont
plus fréquents chez les sujets obèses, ils pourraient expliquer un
moindre besoin de morphine que la population de poids normal [11].
Gènes impliqués dans la sensibilité
à la douleur et obésité
Les gènes impliqués dans la sensibilité à la douleur sont nombreux
[53]. Différentes observations suggèrent que certains d’entre eux
seraient liés à la survenue d’une obésité ou de troubles du
comportement alimentaire, qui ne sont une condition ni nécessaire
ni suffisante pour le développement d’une obésité.
Les obésités génétiques diffèrent des obésités communes mais
leurs mécanismes physiopathologiques permettent de mieux comprendre
certains aspects de l’obésité commune. Ainsi, de façon
caricaturale, certaines obésités génétiques s’accompagnent de
troubles de la sensibilité et illustrent les liens possibles entre
obésité et anomalies de la sensibilité. Une perte de fonction du
récepteur tyrosine kinase b est responsable d’une impulsivité
alimentaire majeure compliquée d’une obésité sévère et s’accompagne
également de troubles de l’apprentissage et d’une diminution de
sensibilité à la douleur. Le syndrome de Prader-Willi est
l’obésité génétique la plus fréquente. Il se caractérise par une
impulsivité alimentaire majeure et des anomalies hypothalamiques
multiples notamment endocriniennes. Le gène de la necdin n’est
pas exprimé, or celui-ci est impliqué dans la nociception puisqu’il
intervient dans la transmission neuronale et la survie de neurones
nociceptifs. Sa perte de fonction explique une diminution de
sensibilité à la douleur thermique observée chez les patients
Prader-Willi. Ces observations plaident en faveur de facteurs
communs possibles entre impulsivité alimentaire et diminution de
sensibilité à la douleur.
À ce sujet, une récente étude a étudié la prévalence de
différents polymorphismes du récepteur D2 de la dopamine et OPRM1
dans une population de sujets obèses. Les variants allèliques
conférant un gain de fonction pour le récepteur D2 et le récepteur
mu (allèle G de A118G) étaient plus représentés dans le groupe de
sujets présentant des troubles du comportement alimentaire par
rapport au groupe contrôle [54]. Différents polymorphismes de OPRM1
étaient également liés à l’obésité dans une récente étude japonaise
[55]. L’hypothèse d’un récepteur mu plus « sensible » va dans le
sens des observations chez l’animal. Effectivement, les injections
d’agonistes des récepteurs μ au niveau cérébral et au niveau du
nucleus accubems stimulent la faim [56]. Les rats obèses ont
un nombre élevé de récepteurs mu en comparaison avec les rats «
résistants à l’obésité » et ils préfèrent une consommation de
produits denses en calories sans pour autant augmenter leur prise
calorique globale [57, 58]. Par ailleurs, à apports caloriques
comparables avec des souris contrôles, les souris déficientes en
récepteur mu sont résistantes à l’obésité et aux troubles du
métabolisme glucidique, ce qui plaide en faveur du rôle du
récepteur mu dans la constitution des réserves énergétiques [59].
Son intérêt chez les sujets présentant des troubles du comportement
alimentaire a été évoqué.
Une faible activité de la COMT favorisée par le génotype Met/Met
s’accompagne d’une augmentation de la sensibilité à la douleur et
d’une diminution des besoins en morphine suite à une réduction du
métabolisme des catécholamines [42]. Or, cette enzyme est également
impliquée dans le métabolisme des androgènes et certains auteurs
ont rapportés des liens possibles entre COMT et adiposité viscérale
: une moindre activité de l’enzyme favoriserait une répartition
androïde des graisses, une élévation de la tension artérielle et de
la fréquence cardiaque par rapport aux sujets hétérozygotes [60].
Les femmes ménopausées homozygotes pour cet allèle perdent par
ailleurs moins de poids durant une stratégie de réduction pondérale
avec majoration de l’activité physique par rapport aux femmes non
porteuses [61]. La théorie dopaminergique de l’obésité est par
ailleurs supportée par différentes observations chez l’homme et
chez l’animal.
Conclusion
L’obésité est une pathologie complexe qui résulte de l’association
de facteurs environnementaux et génétiques. Elle s’associe à des
modifications de la composition corporelle, une inflammation de bas
grade et de multiples complications notamment métaboliques et
respiratoires. La morphine présente de nombreux facteurs de
variabilité et sa prescription chez les patients présentant une
obésité soulève de multiples questions et hypothèses. À ce jour,
les travaux concernant la morphine dans cette population sont
inexistants. Notre revue avait pour objectif de mettre en évidence
l’ensemble des facteurs laissant penser que son métabolisme est
différent chez les patients obèses, le manque de données permettant
de mieux la prescrire dans cette population et les liens possibles
entre les différents facteurs de variabilité et l’obésité. Une
meilleure connaissance des sources de variabilité de la morphine
pour améliorer l’usage de la morphine chez les sujets obèses nous
semble être une problématique importante.
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