ARTICLE
Six nouveaux principes actifs
Cilostazol (Pletal®)
Aucun médicament n'avait clairement fait la preuve de son efficacité dans le traitement
symptomatique de l'artériopathie des membres inférieurs avec claudication intermittente
et réduction du périmètre de marche. La mise sur le marché d'un nouveau principe
actif « antithrombotique et antiagrégant plaquettaire » dans cette indication
pouvait laisser espérer un progrès thérapeutique.
Dossier clinique d'efficacité
Près de 3 000 patients ont été inclus dans 9 études contre placebo, durant de
12 à 24 semaines, 3 d'entre elles comportant également un groupe pentoxifylline.
Ces patients étaient âgés de plus de 40 ans, avaient une artériopathie des membres
inférieurs définie par un index de pression systolique inférieur à 0,90 ou 0,80,
et souffraient de claudication depuis au moins 24 semaines. Le critère principal
d'efficacité était la distance maximale de marche sur tapis roulant. Cette
distance variait initialement de 119 à 278 m.
Dans 8 études sur 9, il y a amélioration de la distance maximale dans tous
les groupes, y compris les groupes placebo. Le cilostazol 100 mg 2 fois par
jour est supérieur au placebo dans 6 études et non différent dans 3 études.
Il est dans une étude supérieur à la pentoxyfilline. Les résultats sont très
hétérogènes et la taille de l'effet est variable mais toujours limitée
: la différence entre cilostazol et placebo variant entre 1 m et + 107 m.
Une revue Cochrane a étudié 8 de ces essais [2]. Elle conclut, chez 2 726 patients
analysés en intention de traiter, que le cilostazol améliore la distance de
marche sans douleur par rapport au placebo. Mais cette amélioration n'est que
de 31 m.
Aucune différence n'a été mise en évidence au cours de ces 24 semaines en termes
d'événements cardiovasculaires.
L'étude de mortalité Castle concerne 1 435 patients [3]. Elle
a été conduite contre placebo durant 3 ans. Elle ne montre aucune différence.
Les effets indésirables sont limités dans ces essais : diarrhée, céphalées,
palpitations.
Que peut-on en conclure aujourd'hui ?
On ne peut que retenir la faible taille de l'effet sur le périmètre de marche
et l'hétérogénéité des réponses. Il faut également noter l'absence d'effet objectivé
sur la morbimortalité. Or, la prévention des accidents du risque cardiovasculaire
est essentielle dans la prise en charge des patients souffrant d'artériopathie
des membres inférieurs. Le cilostazol ne répond pas à toutes nos attentes.
| Pour la Commission de la Transparence, le cilostazol n'apporte pas d'amélioration
du Service Médical Rendu (ASMR 5) par rapport aux autres thérapeutiques
disponibles. |
Aliskiren (Rasilez®)
Il s'agit d'un inhibiteur de la rénine indiqué dans le traitement de l'hypertension
artérielle essentielle (HTA).
Les médicaments de l'HTA sont légion. Plusieurs classes ont montré une efficacité
sur les chiffres tensionnels et une réduction de la morbimortalité cardiovasculaire
(bêtabloquants, diurétiques, antagonistes du calcium, inhibiteurs de l'enzyme
de conversion, sartans).
Dossier clinique d'efficacité
Il est basé sur 3 études de phase II, 10 études contrôlées d'efficacité et de
sécurité en phase III et 2 études centrées sur la sécurité (au total, plus de
10 000 patients). Dans 5 études, l'aliskiren était associé à un autre antihypertenseur.
Le critère principal d'efficacité était le plus souvent la baisse moyenne de
la pression artérielle diastolique (PAD) par rapport à l'état initial.
La posologie était de 150 ou 300 mg en une prise quotidienne durant 8 à 26
semaines.
Dans ces études concernant des patients atteints d'HTA légère à modérée (et
d'âge moyen de 55 ans), l'aliskiren (150 à 300 mg) est supérieur au placebo
(delta de l'ordre de 4 à 5 mmHg pour 150 mg, de l'ordre de 6 mmHg pour 300 mg)
et au moins égal (voire supérieur) à ramipril 5 à 10 mg et hydrochlorothiazide
12,5 à 25 mg (delta de l'ordre de 2 mmHg). L'efficacité antihypertensive est
observée en monothérapie et en association au ramipril et à l'hydrochlorothiazide.
Une étude concerne 354 sujets de plus de 65 ans.
Les effets indésirables sont rares et comportent de la diarrhée. Une hyperkaliémie
est possible, notamment en cas d'association à un IEC.
Que peut-on en conclure aujourd'hui ?
L'aliskiren est un nouvel antihypertenseur. Ce n'est peut-être pas inutile.
Il vient s'ajouter à un très large éventail thérapeutique et chaque prescripteur
manie correctement ceux qu'il connaît bien. Cependant, il est à l'esprit de
tous que le but du traitement de l'HTA est la prévention des accidents dus au
risque vasculaire. Des études en ce sens sont nécessaires.
| En l'absence d'étude de morbimortalité la Commission de la Transparence
ne reconnaît pas d'amélioration du SMR (ASMR 5) et propose de ne prescrire
l'aliskiren qu'en 2e intention. |
Vildagliptine (Galvus®)
Nous avions présenté l'année dernière la sitagliptine (Januvia® et
Xelevia®), premier inhibiteur de la dipeptidylpeptidase-4 (DPP4) dans
le diabète de type 2. Cette inhibition vise à élever le taux d'hormone « incrétine
» favorisant l'insulinosécrétion. Ce médicament était indiqué dans le diabète
de type 2 en association avec un traitement initial (de préférence la metformine)
en cas de résultat thérapeutique insuffisant en monothérapie.
Nous avions conclu que ce médicament pouvait participer au contrôle de l'hyperglycémie
exprimée en taux d'HbA1c mais que sa situation dans la stratégie thérapeutique
était encore incertaine en l'absence de données d'efficacité sur la prévention
des complications du diabète
Voici aujourd'hui la vildagliptine, deuxième de la famille.
C'est un inhibiteur de la dipeptidylpeptidase 4 (DPP4) indiqué dans le traitement
du diabète de type 2 en association à la metformine, ou bien à un sulfamide
hypoglycémiant ou bien encore à une thiazolidine-dione. Ce médicament est
donc lui aussi proposé en bithérapie lorsqu'une monothérapie est insuffisante.
Dossier clinique d'efficacité
Il comprend 3 études versus placebo en association à la metformine (étude
2303), au glimepiride (étude 2305), à la pioglitazone (étude 2304) et 3 études
vs. les 3 médicaments cités en association à la metformine (au total près
de 4 000 patients).
Les traitements ont duré 24 semaines. Le critère principal d'efficacité était
la variation du taux d'hémoglobine glyquée (HbA1c) à 24 semaines.
Par rapport au placebo, la baisse de l'hémoglobine glyquée est de l'ordre de
0,5 à 0,7 % pour vildagliptine 50 mg et de 0,7 à 1,1 % pour vildagliptine 100
mg. La vildagliptine ne paraît pas inférieure aux traitements de comparaison.
Des cas d'anomalies biologiques hépatiques et des hépatites ont été observés.
Un contrôle biologique hépatique doit donc être effectué avant la prescription.
Celle-ci ne doit pas être faite si les transaminases sont supérieures à 3 fois
la normale ou en cas d'antécédent d'hépatopathie. Il est à noter que les essais
cliniques n'ont pas inclus de patients ayant une anomalie biologique hépatique,
ni une hépatopathie, non plus que les patients ayant une cardiopathie. Par ailleurs,
une surveillance cutanée est recommandée en raison de la survenue de vésicules
et d'ulcérations cutanées au niveau des extrémités chez le singe dans les études
précliniques.
Aucune étude de prévention des accidents évolutifs du diabète n'est disponible.
Que peut-on conclure aujourd'hui ?
Voici un nouvel inhibiteur de la DPP4. L'effet sur l'équilibre glycémique paraît
du même ordre que celui de la sitagliptine. Une surveillance biologique hépatique
est nécessaire. Il est bien difficile à ce jour de situer la vildagliptine, médicament
de 2e intention, dans l'arsenal thérapeutique chez le diabétique.
| La Commission de la Transparence a estimé que le Galvus® n'apportait
pas d'Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR 5). |
Thiamazole (Thyrozol®)
C'est un nouvel antithyroïdien de synthèse proposé dans le traitement de l'hyperthyroïdie.
Le thiamazole est un métabolite actif du carbimazole utilisé depuis des décennies,
les trois antithyroïdiens « classiques » étant le carbimazole (Neomercazole®),
le benzyl thiouracile (Basdène®) et le propylthiouracile (Proracyl®).
Dossier clinique d'efficacité
Il comporte 4 études randomisées ouvertes, comparant thiamazole et propylthiouracile
(PTU) dans la maladie de Basedow et autres hyperthyroïdies chez plus de 400 patients.
Le critère principal d'efficacité est le pourcentage de patients chez qui a été
obtenu le retour à l'euthyroïdie biologique en 12 semaines. Dans toutes les études,
le thiamazole 15 à 30 mg a été supérieur au PTU 150 ou 300 mg, mais seuls les
patients ayant terminé le traitement ont été pris en compte dans l'analyse d'efficacité
; de très nombreux patients ont été perdus de vue. Le delta va de 20 à 50 %. D'autres
études souvent de petite taille et de méthodologie critiquable sont versées au
dossier de sécurité.
Les effets indésirables les plus fréquents ont été (outre l'hypothyroïdie en
cas de traitement trop puissant ou prolongé) les réactions allergiques cutanées,
les arthralgies. Comme pour les autres antithyroïdiens, une agranulocytose est
possible. Elle surviendrait dans 0,3 à 0,6 % des cas. Enfin, l'administration
doit être évitée en cas de grossesse en raison d'une embryotoxicité.
Que peut-on en conclure aujourd'hui ?
Il s'agit certainement d'un médicament utile. Il paraît plus rapidement efficace
que le PTU, antithyroïdien bien connu, mais les analyses ne portent pas sur tous
les malades inclus.
| La Commission de la Transparence n'a pas estimé que le Thyrozol apportait
une Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR 5). |
Ulipristal (Ellaone®)
C'est un modulateur des récepteurs de la progestérone qui bloque l'activité de
cette hormone nécessaire à l'ovulation et à la préparation de l'endomètre à la
nidation. Il est indiqué dans la contraception d'urgence dans les 120 heures
(5 jours) suivant le rapport fécondant (rapport sexuel non protégé ou échec de
méthode contraceptive). Le médicament de référence dans cette indication est
le lévonorgestrel à la posologie de 1,5 mg (Norlevo® et similaires).
Ce dernier n'est efficace que dans les 72 heures suivant le rapport fécondant.
Ildoit, au mieux être pris dans les 12 h et son efficacité contraceptive diminue
avec le temps : 95 % à 24 h, 85 % entre 24 et 48 h, 58 % entre 48 et 72 heures.
L'intérêt d'une contraception active jusqu'à la 120e heure est donc
notable, d'autant que les spermatozoïdes peuvent rester fécondants jusqu'au 5e
jour dans l'appareil génital féminin.
Dossier clinique d'efficacité
Il est centré sur deux études. L'analyse du dossier est difficile car les études
contre placebo ne sont évidemment pas de mise dans cette situation.
L'étude HRA2914-509 est ouverte. L'ulipristal 30 mg en administration
unique a été administré à 1 533 femmes, âgées en moyenne de 24 ans, qui avaient
demandé une contraception d'urgence entre le 3e et le 5e
jour après un rapport sexuel non protégé ou en cas de crainte d'échec de méthode
contraceptive. Le critère d'évaluation a été le nombre de grossesses non désirées.
Sous ulipristal, 26 femmes sur les 1 241 ayant achevé l'étude ont été enceintes
(soit 2,1 %). Ce chiffre est inférieur à celui de 5,5 % de grossesse attendues
en l'absence de contraception (ce chiffre a été calculé en fonction de probabilités
liées au jour du cycle selon la méthode de Trussel).
L'étude HRA2914-513 est un essai contrôlé en simple aveugle. L'ulipristal
30 mg a été comparé au lévonorgestrel 1,5 mg dans les conditions d'efficacité
de ce dernier c'est-à-dire dans les 72 heures suivant le rapport. Une analyse
intermédiaire concerne 1 200 femmes. Le pourcentage de grossesses sous ulipristal
est de 1,5 % vs. 2,8 % sous lévonorgestrel. Cette différence n'est sans
doute pas significative. Les données complètes ne sont pas encore communiquées.
Les effets indésirables ont été évalués chez 3 500 femmes. Ils comportent des
douleurs abdominales, nausées et vomissements, troubles des règles, céphalées.
Le cycle menstruel post-traitement a pu être allongé de quelques jours. Des
cas de formations kystiques ovariennes ont été observés. Leur signification
est encore mal connue. Des interactions médicamenteuses avec les inducteurs
de cytochromes sont possibles.
Parmi les 29 grossesses survenues malgré le traitement, la plupart ont été
ultérieurement interrompues volontairement. Certaines interruptions ont été
spontanées. De rares grossesses ont été poursuivies avec accouchement sans anomalie
néonatale.
Que peut-on en conclure aujourd'hui ?
L'ulipristal est un contraceptif d'urgence qui paraît au moins aussi efficace
que le levonorgestrel au cours des 72 heures suivant le rapport sexuel, et pouvant
être administré jusqu'à 120 h (soit 5 jours). Les effets indésirables connus sont
limités mais le recul manque encore. Bien entendu, ce délai de 5 jours ne doit
pas faire oublier que l'efficacité contraceptive est d'autant plus grande que
le délai d'administration du médicament est court, ni que cette contraception
d'urgence doit être exceptionnelle et qu'elle ne saurait en aucun cas remplacer
une contraception régulière qu'il faut toujours conseiller.
Le vaccin méningococcique (groupes A, C, Y, W135) (Mencevax®)
La vaccination contre le méningocoque a connu un regain d'actualité en 2009. Elle
était recommandée, en complément de la prophylaxie antibiotique, chez les sujets
ayant été en contact avec un patient atteint de méningite à méningocoque A ou
C dans les 10 jours avant son hospitalisation. En 2009, le Haut Comité de
Santé Publique (HCSP) et le Comité Technique des Vaccinations (CTV) ont recommandé
la vaccination de tous les enfants de 12 à 24 mois contre le méningocoque C.
Il est d'autre part recommandé aux voyageurs exposés se rendant en zone de méningococcie
de se prémunir, notamment contre le méningocoque W135 (qui est par exemple
fréquent dans les rassemblements de population comme le pèlerinage à La Mecque).
À la différence des vaccins disponibles contre les méningocoques A et C, le Mencevax®
est tétravalent, actif contre les germes des groupes A, C, Y et W135.
Données cliniques d'efficacité
Elles ont été réalisées chez l'enfant à partir de 2 ans et chez l'adulte en Belgique,
au Liban, à Taiwan et en Pologne. Le dossier repose en partie sur la comparaison
avec une formulation antérieure de Mencevax®, non commercialisée en
France. Les résultats ont été exprimés en termes d'immunogénicité après 1 mois.
Une étude de la persistance de la réponse immunitaire a été réalisée au Ghana
durant 1 an. Selon les groupes de méningocoques concernés et les groupes de sujets,
le pourcentage de réponse vaccinale à 1 mois est de 69 à 95 %.
Une étude de terrain a été réalisée au Burkina Faso lors d'une épidémie de
méningococcie (avec un vaccin précurseur du Mencevax® actuel) au
cours d'une campagne de vaccination de masse chez plus de 1,6 millions de sujets
enfants et adultes. Le recrutement de sujets vaccinés et de cas témoins a abouti
à une évaluation de la prévention (diminution du risque relatif de survenue
de méningite de 95 %). La réponse immunitaire dure au moins 3 ans.
Les effets indésirables sont usuels : céphalées, douleur et rougeur au point
d'injection, fatigue.
La Commission de la Transparence a accordé une ASMR 1 (progrès thérapeutique
majeur) pour ce vaccin antiméningococcique, pour les populations recommandées
par le HCSP, dont :
adultes, adolescents et enfants de plus de 2 ans ;
porteurs d'une susceptibilité particulière à l'infection par le
méningocoque (déficit en fraction terminale du complément, ou en properdine,
ou une asplénie anatomique ou fonctionnelle) ;
voyageurs se rendant dans une zone où le risque d'infection à
méningocoques W135 est avéré ;
en prophylaxie post-exposition. |
Quelques extensions d'indications en soins primaires
Acide zolédronique (Aclasta®)
Ce bisphophonate antérieurement indiqué dans l'ostéoporose post-ménopausique (chez
les patientes à risque élevé de fractures) et dans la maladie de Paget est désormais
également indiqué dans le traitement de l'ostéoporose masculine et dans
le traitement de l'ostéoporose associée à une corticothérapie au long cours.
Sitagliptine (Januvia® et Xelevia®)
Cet inhibiteur des DPP4 (évoqué ci-dessus) est maintenant indiqué dans le traitement
du diabète de type 2 en monothérapie lorsque la metformine est contre-indiquée
ou n'est pas tolérée. Il faut cependant rappeler que l'efficacité de prévention
des complications du diabète n'a pas été établie et que la survenue de pancréatite
est possible.
Esomeprazole (Inexium®)
Cet inhibiteur de la pompe à protons, antisecrétoire gastrique, est désormais
également indiqué dans la prévention des récidives hémorragiques en cas d'ulcère
hémorragique gastrique ou duodénal.
Médicaments à usage spécialisé
Plusieurs médicaments nouveaux peuvent rendre des services au spécialiste, le
plus souvent en milieu hospitalier.
Rasagiline (Azilec®)
Inhibiteur de la monoamine-oxydase B, indiqué dans la maladie de Parkinson.
Lacosamide (Vimpat®)
Antiépileptique, présenté par voie orale et en perfusion IV, indiqué en association
dans le traitement des crises d'épilepsie partielles (avec ou sans généralisation
secondaire). Cemédicament est ajouté à un assez large éventail de médicaments
dans cette indication. Une augmentation de l'intervalle PR est possible, voire
un bloc auriculo-ventriculaire
Epoétine zeta (Retacrit®)
Nouvelle érythropoïétine humaine recombinante.
Romiplostim (Nplate®)
Traitement du purpura idiopathique autoimmun. Il agit par stimulation de la production
de plaquettes.
Filgrastim (Ratiograstim® et Zarzio®)
Facteur de croissance biosimilaire au Neupogen® indiqué dans les neutropénies
de la chimiothérapie des patients atteints de pathologie maligne, dans la mobilisation
de cellules souches progénitrices dans le sang circulant, et dans les neutropénies
persistantes de l'infection à VIH à un stade avancé.
Azacitidine (Vidaza®)
Antinéoplasique, analogue de la pyrimidine, indiqué dans diverses myélodysplasies
et leucémies myéloblastiques ou myélomonocytaires chroniques (chez des patients
non éligibles pour une transplantation de cellules souches hématopoïétiques).
Micafungine (Mycamine®)
Antimycotique, actif contre les candidoses invasives, administrable en
perfusion IV chez l'adulte et l'enfant.
Méthylnaltrexone (Relistor®)
Antagoniste des récepteurs morphiniques, administré par voie parentérale dans
la constipation résistante liée au traitement opioïde chez les patients relevant
des soins palliatifs. Les essais cliniques ont été conduits soit en dose unique,
soit durant 14 jours. Ils montrent un effet sur la constipation sans altération
de l'effet antalgique des morphiniques. Cependant, il n'a pas été mis en évidence
de diminution des besoins en laxatifs usuels. Certains patients ont souffert de
douleurs abdominales, de sensations lipothymiques. Il paraît s'agir d'un médicament
d'usage limité. La Commission de la Transparence a accordé une ASMR mineure
(ASMR 4).
Saproptérine (Kuvan®)
Médicament orphelin, indiqué dans l'hyperphénylalaninémie en cas de phénylcétonurie
ou de déficit en tétrahydrobioptérine, à partir de l'âge de 4 ans.
Automédication
Orlistat (Alli®)
Rappelons que ce principe actif, inhibiteur des lipases intestinales, était connu
en médicament de prescription sous le nom de Xénical® en gélules de
120 mg. Il était destiné au traitement de l'obésité. Son efficacité, liée au blocage
de la digestion des graisses du bol alimentaire dans l'intestin, est directement
en relation avec son effet indésirable majeur : diarrhée par stéatorrhée. Il est
revenu avant l'été, à la saison des tentatives d'amaigrissement, comme spécialité
d'automédication sous le nom d'Alli® en gélules de 60 mg. Les médias
et les gazettes l'ont évoqué avec insistance... La relation entre efficacité et
diarrhée persiste (cf. Médecine juin 2009).
La mode des associations fixes
En cette période où les innovations ont été rares, de nombreuses associations
fixes ont été mises sur le marché. Il était de bon ton, autrefois, de penser qu'une
association libre créée par le prescripteur permettait une meilleure adaptation
thérapeutique pour chaque patient. Il nous est maintenant expliqué qu'une association
fixe facilite l'observance... Ce n'est pas démontré.
Citons entre autres :
Sitagliptine et metformine (Janumet® et Velmetia®).
Vildagliptine et metformine (Eucreas®).
Olmesartan et amlodipine (Axeler® et Sevikar®).
Enalapril et lercanidipine (Lercapress® et Zanextra®).
Perindopril et amlodipine (Coveram®).
Retraits d'AMM
Spécialités contenant du dextropropoxyphène (associations avec paracétamol
telles Di-antalvic® et génériques)
L'EMA a donné un avis défavorable au maintien sur le marché de ces spécialités.
La raison en est le risque de décès en cas de surdosage volontaire ou accidentel,
notamment au Royaume Uni : 300 à 400 cas par an. De tels accidents n'ont pas été
observés en France. Peut-être la situation était-elle différente dans notre pays
notamment du fait de la limitation de la dose maximale par boîte, de la présentation
sous blister, de l'indication restreinte en deuxième intention, de l'inscription
en liste I avec obligation de délivrance sur ordonnance ?
Il y aura dans tous les cas lieu d'organiser la modification de prescription
et l'information des patients lors de l'arrêt de commercialisation. Les associations
contenant de la codéine ou du tramadol qui pourraient être utilisées comme traitements
de substitution ne sont évidemment pas dépourvues de risque. Nous y reviendrons
dans un prochain numéro.
Benfluorex (Médiator® et génériques)
Des études épidémiologiques ont mis en évidence un risque de survenue de valvulopathies
cardiaques. Le rapport bénéfice/risque de ce médicament indiqué comme adjuvant
du régime chez les diabétiques de type 2 a été considéré comme défavorable.
Propacétamol
C'est une « prodrogue » du paracétamol administrée par voie IV. Il a entraîné
de nombreux cas d'eczéma de contact chez le personnel soignant et des réactions
cutanées locales chez le patient au point d'injection. Ces effets indésirables
paraissent beaucoup plus sévères qu'avec les formes injectables de paracétamol
(dont le Perfalgan®). Le propacétamol est retiré du marché.
Vaccins antigrippaux de la grippe A pandémique
Ils sont apparus au cours du dernier trimestre 2009. Il faut rappeler que deux
types de vaccins contre la grippe sont produits :
Les vaccins contre la grippe dite saisonnière
Les AMM sont anciennes mais révisées chaque année. Les vaccins sont actualisés
avec les souches définies au printemps par l'OMS et qui paraissent devoir jouer
un rôle dans les épidémies de l'hiver à venir.
Les vaccins contre les grippes dites pandémiques
Les pandémies grippales sont redoutées par les experts depuis plusieurs années.
À la suite de l'émergence dans les années 2000 d'un virus grippal d'origine aviaire,
virus de grippe A (H5N1), fortement pathogène (mortalité de plus de 60 %), la
mise au point et l'enregistrement rapides de vaccins antigrippaux avaient été
prévus. En pratique des dossiers de vaccins « prototypes » (dits mock-up pandemic
vaccines) ont été déposés et évalués dans les agences d'enregistrement (comme
l'EMA en Europe). Ils devaient permettre la mise sur le marché rapide en cas de
début de pandémie.
Ces vaccins, prévus pour des grippes sévères et à fabriquer rapidement, étaient
enrichis d'adjuvants (émulsion lipidique de squalène) permettant une meilleure
immunogénicité avec de plus faibles doses d'antigènes. La plupart des vaccins
contre la grippe pandémique A (H1N1)v de 2009 ont été fabriqués selon cette
procédure fondée sur les « prototypes ». Beaucoup contiennent un adjuvant.
Si la grippe est peu sévère, la présence de cet adjuvant peut sembler paradoxale.
Si la grippe devenait sévère, les adjuvants auraient été les bienvenus.
Le mode de fabrication du vaccin suppose un traitement du virus initial A (H1N1)v
visant à la disparition de son caractère contaminant. Il peut s'agir d'une fragmentation
ou de l'utilisation de sous-unités, ou encore d'une inactivation.
À la rédaction de ce texte, 4 vaccins ont une AMM en France :
Pandemrix® : vaccin A (H1N1)v fragmenté avec adjuvant lipidique
(AS03). Il fut le premier mis à la disposition des centres de vaccination en
présentation multidose (10 doses) et imposant une reconstitution pour ajout
de l'adjuvant.
Focetria® : vaccin A (H1N1)v à sous-unités (antigènes de
surface) avec adjuvant lipidique (MF59C.1 ; cet adjuvant a été largement utilisé
dans d'autres types de vaccins).
Panenza® : vaccin A (H1N1)v fragmenté sans adjuvant. La campagne
de vaccination le réserve initialement aux femmes enceintes et à certaines personnes
immunodéprimées.
Celpavan® : vaccin A (H1N1)v à virion entier, inactivé, sans
adjuvant.
Pour tous ces vaccins, une efficacité est attendue du fait de l'induction d'anticorps
à des taux considérés comme satisfaisants chez plus de 75 % des sujets. Des
effets indésirables usuels sont attendus : réaction locale et douleurs au point
d'injection (notamment pour les vaccins avec adjuvant), malaise, sensation fébrile,
courbature... Aucune autre particularité n'a été notée dans les essais avant
AMM (qui ont été évidemment limités). Une pharmacovigilance est indispensable.
Des données actualisées sont régulièrement publiées sur le site de l'Afssaps
http://www.afssaps.fr, rubrique « Grippe ».
Réflexion sur la « nouvelle indication » de la triptoréline
La triptoréline, analogue de la GnRH bien connue sous les noms de Décapeptyl®
et Gonapeptyl®, entraîne un hypogonadisme hypogonadotrophique. Elle
est utilisée afin de réduire la fonction hormonale gonadique dans le cancer de
la prostate hormonodépendant, dans l'endométriose, dans la puberté précoce...
Elle est désormais présentée sous le nom de Salvacyl LP®
afin de diminuer les pulsions sexuelles chez l'homme adulte ayant des déviances
sexuelles sévères. Ce traitement, parfois dénommé « castration chimique
», est prescrit par un psychiatre et doit être associé à une psychothérapie
dans le but de diminuer le comportement sexuel déviant. Bien entendu cette utilisation
fait partie de la prise en charge judiciaire de patients jugés comme « criminels
sexuels ».
Il n'est pas dans notre propos de discuter de l'intérêt éventuel d'une
prise en charge médicale associée ou en substitution d'une décision pénale.
Mais le libellé de l'AMM peut interpeller. L'indication d'AMM est usuellement
la traduction d'une maladie ou au moins d'une souffrance ressentie par un patient.
La déviance sexuelle sévère est-elle réellement une maladie ? Peut-être
! Mais elle n'est pas définie dans les ouvrages de référence comme le DSM-IV
[4]. Faut-il s'interroger dès lors sur la personne ou l'institution qui a désormais
pour mission de définir la maladie et ses limites : le médecin ou le juge ?
Ce libellé d'AMM est-il inspiré par la souffrance de l'individu ou par le pouvoir
de régulation de la société qui veut se protéger ?
Conflits d'intérêt : néant
Références
- Caulin C. L'année 2008 du médicament. Médecine. 2008;5(2):59-64.
- Robless P, Mikhailidis DP, Stansby GP. Cilostazol for peripheral arterial
disease. Cochrane Database Syst Rev. 2008.
- Hiatt WR, Money SR, Brass EP. Long-term safety of cilostazol in patients
with peripheral artery disease: the CASTLE study (Cilostazol: A Study in Long-term
Effects). J Vasc Surg. 2008;47:330-6.
- DSM 4. Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux. Édition
française 1 vol. Paris: Masson; 1996.
Note :
- La Commission de la Transparence de la HAS se prononce, en fonction du dossier,
sur une amélioration éventuelle du Service Médicale Rendu par un nouveau médicament
par rapport à ceux du marché. L'ASMR correspond au progrès thérapeutique attendu.
Elle est cotée de 1 (amélioration « majeure ») à 5 (absence de progrès thérapeutique).
Les avis de la Commission de la Transparence sont sur le site de la Haute
Autorité de Santé (http://www.has-sante.fr). Ils doivent être remis au médecin
lors de chaque visite médicale.
Des synthèses de ces avis sont disponibles sur ce site, rubrique « Professionnels
de Santé » puis « Actes-Médicaments-Dispositifs » puis « Médicaments » puis
« Synthèses d'avis ».
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