ARTICLE
Auteur(s) : A
Mailliez, J Bonneterre
Centre Oscar-Lambret, Département de sénologie, 3,
rue Frédéric-Combemale, 59000 Lille, France
Article reçu le 12 Mai 2009, accepté le 9 Octobre 2009
Les molécules anticancéreuses sont utilisées depuis plus de
50 ans, mais la recherche sur les molécules antiémétiques
n’est devenue effective que depuis 25 ans. Avec l’introduction
du cisplatine à la fin des années 1970, les nausées et les
vomissements (NV) sont devenus deux des effets secondaires les plus
sévères, imposant à 20 % des patients le report ou le refus d’un
traitement curatif [1]. Les NV sont les effets secondaires les
plus craints et les plus pénibles selon les patients [2].
Physiopathologie
Elle n’est que partiellement connue. Le mécanisme le plus
probable implique le relarguage de neurotransmetteurs émétisants
tels que la dopamine, la sérotonine et la substance P qui se lient
à différents récepteurs localisés dans l’intestin et le système
nerveux central (SNC). La plupart des antiémétiques agissent
en se liant par antagonisme sur ces mêmes récepteurs, prévenant
ainsi les stimuli émétisants.
L’idée d’un centre du vomissement localisé dans le bulbe
rachidien (medulla oblongata) a été émise en 1892 par Thumas [3]. À
proximité de ce centre du vomissement a été découverte une zone
dite chemosensible ou chemoreceptor trigger zone (CTZ) appartenant
à l’area postrema, ne comportant pas de barrière hématoméningée et
donc aussi sensible aux stimuli émétisants hématogènes et provenant
du liquide céphalorachidien (LCR) [4, 5]. À l’heure actuelle, le
centre du vomissement n’est plus considéré comme une zone
anatomique bien définie, mais plutôt comme une interconnexion de
réseaux neuronaux pénétrant dans le noyau du tractus solitaire.
Classification des nausées et vomissements
chimio-induits (NVCI)
Les NVCI sont séparés en trois catégories [6] : les NV aigus
(survenant dans les 0-24 heures après l’administration de la
chimiothérapie), les NV retardés (24-120 heures) et les NV
anticipés, observés chez les patients dont les vomissements sont
déclenchés par le goût, l’odeur, la pensée ou l’anxiété secondaire
à un traitement antiémétique antérieur inadapté ou inefficace [7].
Un certain nombre de facteurs de risque liés au patient ont été
identifiés (âge, sexe, absence de consommation d’alcool, mal des
transports, vomissements gravidiques, ATCD de NVCI, anxiété,
mauvaise qualité de vie [8]. Dans les guidelines, ces données ne
sont pas prises en compte dans le choix de la prophylaxie
antiémétique. Des études complémentaires sont nécessaires pour
évaluer l’intérêt d’intégrer ces facteurs de risque personnels dans
le choix des antiémétiques. Cependant, cela serait assez logique,
notamment dans la catégorie assez vaste des anticancéreux
moyennement émétisants.
Potentiel émétisant des anticancéreux
C’est l’élément prépondérant dans la gestion des NVCI. En fonction
de leur potentiel émétisant, les molécules anticancéreuses sont
classées en quatre groupes [9] : hautement émétisante : CHE
(> 90 %), moyennement émétisante : CME (30-90 %),
faiblement émétisante : CFE (10-30 %) et très faiblement émétisante
: CTFE (< 10 %) en fonction du pourcentage de patients
présentant des NVCI en l’absence de traitement antiémétique
prophylaxique.
Transmetteurs et récepteurs
Sérotonine
Elle a été découverte par Rapport et al. en 1948 [10]. Gaddum
et Picarelli, puis Peroutka et Snyder ont ensuite identifié des
récepteurs à la sérotonine [11, 12]. En 1986, ces différents
récepteurs ont été regroupés en trois groupes : les récepteurs 5-HT
(5-hydroxytryptaline) 1, 5-HT2 et 5-HT3. Les récepteurs 5-HT3
sont localisés dans trois sites : le tube digestif, la zone
chemosensible localisée dans l’area postrema et le noyau du tractus
solitaire du centre du vomissement. Après administration de
chimiothérapie, la sérotonine (5-HT) est relarguée par les cellules
entérochromaffines de la muqueuse intestinale qui sont adjacentes
aux récepteurs 5-HT3 situés sur les neurones vagaux afférents.
Le relarguage de la sérotonine active donc les neurones vagaux
afférents via les récepteurs 5-HT3, ce qui cause une réponse
émétisante sévère médiée par la zone chemosensible située dans
l’area postrema. L’hypothèse selon laquelle les antagonistes des
récepteurs 5-HT3 pouvaient être des antiémétiques efficaces est
basée sur différentes études, montrant notamment que le
métoclopramide (MCP) est un faible antagoniste des récepteurs 5-HT3
[13], et qu’il est efficace à hautes doses contre les vomissements
induits par le cisplatine [14]. Cela a conduit à la découverte et
au développement d’antagonistes sélectifs des récepteurs 5-HT3
jusqu’à une première publication d’un essai clinique [15].
Substance P
Elle a été isolée, en 1931, mais n’a été purifiée et séquencée
qu’en 1970 [16, 17]. La substance P appartient aux
tachykinines qui sont une famille de peptide de petite et moyenne
taille. Les récepteurs neurokinines (NK) de ces tachykinines
ont été clonés et identifiés. La substance P est le
transmetteur préférentiel des récepteurs NK1. Le premier
antagoniste sélectif des récepteurs NK1 a été développé en 1981
[18], mais leur potentiel antiémétique n’a été mis en évidence que
dix ans plus tard, lors du développement d’un antagoniste non
peptidique des récepteurs NK1 atténuant les vomissements induits
par le cisplatine chez le furet [19]. De nombreuses études sur
des animaux ont montré que les antagonistes des récepteurs NK1 ont
un large profil antiémétique incluant un effet contre les
vomissements induits par la chimiothérapie, la morphine, le
lopéramide, les émotions, le sulfate de cuivre, l’ipéca et la
nicotine. La première étude clinique évaluant un anti-NK1 a
été publiée en 1997 [20].
Autres neurotransmetteurs
Ceux qui sont impliqués dans l’arc réflexe antiémétique sont
l’histamine, l’acétylcholine, les endorphines, l’acide
gamma-aminobutyrique (GABA) et les cannabinoïdes. L’histamine et
l’acétylcholine jouent un rôle important dans le mal des
transports, mais les différentes études évaluant l’action des
antihistaminiques et les anticholinergiques contre les NVCI n’ont
montré que peu ou pas d’effet(s) [21, 22]. Les seuls autres
neurotransmetteurs qui sont impliqués dans les vomissements
chimio-induits (VCI) sont les récepteurs cannabinoïdes (CB1).
Contrairement aux autres antiémétiques, les cannabinoïdes exercent
leur effet par agonisme avec les récepteurs CB1. Entre 1970 et
1980, des études ont montré que ces agents tels que le dronabinol
et la nabilone avaient un effet antiémétique chez les patients
recevant des chimiothérapies moyennement émétisantes, mais leur
utilisation est très réduite en raison de nombreux effets
secondaires.
Développement des thérapies antiémétiques
Avec les nouveaux antiémétiques, les VCI peuvent être complètement
prévenus dans 70 à 80 % des cas [23], et l’association
d’antiémétiques est devenue un standard dans la prise en charge des
NVCI.
Les événements marquants du développement des antiémétiques sont
reportés dans le tableau 1.
Corticoïdes
Leur mécanisme de leur action antiémétique n’est pas complètement
connu. Ils pourraient modifier l’activité cérébrale des
prostaglandines, modifier la barrière cérébroméningée et inhiber
les liaisons corticales du centre des vomissements. De plus,
l’effet anti-inflammatoire des corticostéroïdes a un effet
antiémétique en prévenant le relarguage de la sérotonine dans
l’intestin et en interférant avec l’activation des récepteurs 5-HT3
dans le tube digestif. Les corticoïdes font partie de la
plupart des protocoles antiémétiques.
À l’heure actuelle, aucune étude ne montre une efficacité
supérieure d’un corticoïde sur un autre [31]. Cependant, la
dexaméthasone (DXM) a été la plus utilisée dans les différentes
études.
Le premier essai clinique comparant la DXM à un placebo a été
publié par Baker et al. en 1979 [32]. Ces derniers
montraient que l’action antiémétique de 10 mg de DXM en
intramusculaire était supérieure à un placebo. Cette étude
concernait des patients recevant différents protocoles de
chimiothérapie n’incluant pas de cisplatine. Les corticoïdes
ont alors été évalués dans bon nombre d’essais cliniques.
Ces différentes études ont conclu que les corticoïdes utilisés
seuls avaient un effet antiémétique pour les patients recevant des
CME, mais étaient moins efficaces contre les vomissements induits
par le cisplatine [33, 34].
Depuis, d’autres études ont montré que les corticoïdes
majoraient l’efficacité des autres antiémétiques tels que le MCP,
les anti-5-HT3 et les anti-NK1.
Après l’introduction des anti-5-HT3, de nombreuses études ont
évalué l’efficacité de l’association de la DXM et des
anti-5-HT3.
Dans les NVCI aigus, plusieurs travaux ont montré que lorsque la
DXM est administrée dans les 24 heures suivant la
chimiothérapie, une réponse complète (absence de vomissements, pas
de nécessité d’un traitement supplémentaire) est obtenue pour 80 à
90 % des patients recevant des CME et 60 à 70 % des patients
recevant des chimiothérapies à base de cisplatine [26, 28].
Dans les NVCI retardés, les corticoïdes jouent un rôle
prépondérant. Les récentes données d’une méta-analyse montrent
la supériorité de la DXM sur les anti-5-HT3 [35]. La DXM a par
ailleurs montré son efficacité par rapport aux autres antiémétiques
(MCP, neuroleptiques et benzodiazépines [BZD]) dans la prévention
des NVCI par les chimiothérapies avec et sans cisplatine [36,
37].
Concernant l’association corticoïdes-anti-NK1 dans les deux
études pivots de l’aprépitant, la DXM était utilisée en association
contre les NVCI aigus et retardés. En raison de l’inhibition du
CYP3A4 par l’aprépitant, la dose de corticoïdes doit être réduite
(DXM [p.o. – 50 %]) [38].
Différentes études ont cherché à démontrer la dose optimale de
corticostéroïdes. Une première grande étude randomisée comprenant
des CHE a montré que la dose unique de 20 mg de DXM associée à
un anti-5-HT3 donnait les meilleurs résultats dans la prévention
des NVCI aigus comparativement à la dose de 4,8 et 12 mg.
Les effets secondaires n’étaient pas majorés [39].
La dernière étude recherchant la dose optimale de corticoïdes
dans la prévention des NVCI aigus par les CME a également été
publiée par l’Italian Group for Antiemetic Research (IGAR) [40].
Les auteurs ont conclu que 8 mg de DXM en dose unique
avant la chimiothérapie était la dose la plus adaptée à la
prévention des NVCI aigus par les CME.
Les guidelines recommandent donc une dose de 12 mg de DXM
(en association avec l’aprépitant) contre les NVCI par les CHE et
8 mg de DXM pour les CME.
Tableau 1 Principales avancées de la prise en charge
des NVCI.
|
Année
|
Traitement antiémétique
|
Références
|
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1979
|
Corticoïdes > placebo
|
Baker et al. [24]
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1981
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Efficacité du MCP à haute dose
|
Gralla et al. [14]
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1984
|
Potentialisation de l’effet du MCP par un corticoïde
|
Allan et al. [25]
|
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1987
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Premier essai clinique avec un anti-5-HT3
|
Leibundgut et Lancranjan [15]
|
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1991
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Potentialisation de l’effet des anti-5-HT3 par un corticoïde
(CHE)
|
Roila et al. [26]
|
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1993
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Potentialisation de l’effet des anti-5-HT3 par un agoniste
dopaminergique
|
Herrstedt et al. [27]
|
|
1995
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Potentialisation de l’effet des anti-5-HT3 par un corticoïde
(CME)
|
Italian group for antiemetic research [28]
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1997
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Premier essai clinique avec un anti-NK1
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Kris et al. [20]
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2003
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Potentialisation de l’effet des corticoïdes et des anti-5-HT3 par
les anti-NK1 (CHE)
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Poli-Bigelli et al. [29] Grunberg et al. [10]
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2005
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Potentialisation de l’effet des corticoïdes et des anti-5-HT3 par
les anti-NK1
|
Warr et al. [30]
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Anti-5-HT3
Dès les premières études comprenant un anti-5-HT3, le développement
de ces agents s’est très rapidement accéléré. Actuellement, quatre
anti-5-HT3 sont disponibles en France : ondansétron
(Zophren®), granisétron (Kytril®),
tropisétron (Navoban®), dolasétron
(Anzemet®).
L’ondansétron a été le premier commercialisé. Des études
ont alors montré la supériorité des anti-5-HT3 sur le MCP à hautes
doses dans la prévention des NCVI aigus des CHE et des CME [41,
42]. Dans l’étude comparant la DXM et l’ondansétron, il a été
démontré que les deux agents offraient la même protection contre
les NVCI aigus des CME [43]. Si leur efficacité contre les NVCI
aigus est indéniable, il n’en est pas de même contre les NVCI
retardés. Sur cinq études portant sur des CHE et des CME, une seule
a démontré une supériorité de l’ondansétron sur le placebo contre
les NVCI retardés [44]. Selon une méta-analyse poolant ces cinq
essais (1 716 patients), l’ondansétron réduisait le risque de
NVCI retardés de 8,2 % en valeur absolue, ce qui suggérait que 12
patients devaient être traités par ondansétron pour protéger un
patient. De même, cinq études ont comparé l’efficacité de
l’association ondansétron + DXM sur la DXM seule. Aucune n’a
retrouvé de bénéfice significatif à l’ajout de l’ondansétron en
termes de contrôle des NVCI retardés. De manière plus
pratique, l’analyse poolée de ces études (2 240 patients) a
conclu qu’il fallait traiter 38 patients par l’association
ondansétron + DXM pour protéger un patient. De plus,
l’association MCP + DXM a montré une efficacité similaire à
l’association anti-5-HT3 + DXM contre les NVCI retardés [36, 45].
Sur les bases de ces études, la MASCC et l’Asco ne recommandent
plus l’utilisation des anti-5-HT3 contre les NVCI des CHE en phase
retardée. Contre les NVCI par les CME en phase retardée, la DXM est
considérée comme l’agent de choix, et les anti-5-HT3 doivent être
utilisés comme une alternative.
Plus de 50 études ont comparé l’efficacité de deux ou plusieurs
anti-5-HT3. Aucune n’a clairement démontré de supériorité d’un
anti-5-HT3 sur les autres. Une récente méta-analyse poolant 40
essais suggère quelques différences (l’ondansétron aurait la même
efficacité que le granisétron, le granisétron serait supérieur au
tropisétron, l’ondansétron ne serait pas supérieur au tropisétron),
mais il n’est pas certain que cela ait une traduction en pratique
clinique. Sur la base de ces données, les quatre anti-5-HT3 sont, à
dose pharmacologiquement équivalente, considérés comme d’efficacité
et de tolérance égale [46, 47]. Les effets secondaires les
plus fréquemment décrits sont les céphalées, la constipation, les
diarrhées et la fatigue [48]. Il a été démontré que la plus
faible dose la plus efficace pour chaque agent devait être
utilisée. En effet, en raison de la saturation des récepteurs,
l’augmentation des doses ne majore pas l’efficacité. Les voies
orale et intraveineuse sont d’efficacité équivalente. Enfin, le
schéma d’administration à dose unique est aussi efficace que les
administrations fractionnées.
Le cytochrome CYP450 participe au métabolisme des quatre
anti-5-HT3. L’ondansétron est métabolisé par un large spectre
d’isoenzymes. Des études ont montré que le tropisétron était
principalement métabolisé par l’isoenzyme 2D6 et que sa demi-vie,
qui est de 7,3 heures pour la majorité des patients, pouvait
être prolongée, à 30 heures chez les métaboliseurs lents, et
raccourcie chez les métaboliseurs rapides qui seraient donc plus
exposés aux NVCI.
Cas du palonosétron
Le palonosétron est un anti-5-HT3 de seconde génération très
puissant et très sélectif. Il se lie avec une affinité
100 fois plus importante au niveau des récepteurs 5-HT3. Sa
demi-vie est d’environ 40 heures contre moins de dix heures
pour les autres anti-5-HT3. Sa tolérance est similaire à celle des
autres anti-5-HT3. Plusieurs études ont comparé le palonosétron aux
autres anti-5-HT3. Gralla et al. ont montré que le
palonosétron était supérieur à l’ondansétron dans la prévention des
NVCI aigus et retardés des CME [49]. Eisenberg et al. ont
comparé le palonosétron au dolasétron dans les CME.
Les résultats de cette étude ont montré une efficacité égale
des deux produits à la phase aiguë et une supériorité du
palonosétron à la phase retardée [50]. Aapro et al. ont montré
que le palonosétron était au moins aussi efficace que l’ondansétron
dans la prévention des NVCI des CHE [51]. Une des critiques de ces
trois études est que les patients ne recevaient pas le traitement
antiémétique optimal. En effet, seuls 0, 5 et 67 % des patients
respectivement recevaient de la DXM. De plus, des patients
recevant des faibles doses de cisplatine étaient inclus dans les
études des CME. En raison de ces difficultés d’interprétation des
études, le palonosétron a reçu une AMM dans la prévention des NVCI
aigus et retardés des CME et des NVCI aigus des CHE par la FDA et
dans la prévention des NVCI aigus uniquement des CME et des CHE par
l’EMEA. Tout récemment, une étude de Saito et al.,
correctement menée avec un traitement antiémétique optimal, a
montré que le palonosétron était au moins aussi efficace que le
granisétron dans la prévention des NVCI aigus des CHE et était
supérieur en phase retardée [52]. À ce jour, le palonosétron n’est
pas disponible en France.
Anti-NK1
Aprépitant
Il représente une nouvelle classe d’antiémétiques. Il s’agit
d’un antagoniste oral des récepteurs NK1 non peptidiques puissants
et sélectifs pénétrant le SNC.
Les premiers essais utilisant l’aprépitant étaient des essais de
phase II évaluant son efficacité contre les NVCI par les CHE.
Ces études montrent clairement que l’aprépitant seul ou
associé à la DXM était inférieur à l’ondansétron ou au granisétron
[53-55]. L’aprépitant ne peut donc pas remplacer les anti-5-HT3
dans la prévention des NVCI aigus par les CHE, mais il est démontré
que l’aprépitant augmente l’efficacité de l’association DXM +
granisétron et DXM + ondansétron [38, 55, 56]. De façon encore
plus marquée, dans ces cinq études, l’aprépitant fait la preuve de
son efficacité dans les NVCI retardés. Les doses d’aprépitant
ont ensuite été réduites dans les études ultérieures en raison de
la mise en évidence de l’augmentation de la biodisponibilité de la
DXM par l’aprépitant via des interactions par les isoenzymes CYP3A4
[38].
Les études ultérieures ont montré que l’aprépitant améliore de 9
à 21 % le taux de réponse complète dans la prévention des NVCI
(aigus et retardés) par les CHE et les protocoles associant
anthracyclines et cyclophosphamide [10, 29, 30, 57].
Les études de Poli-Bigelli et al. et d’Hesketh
et al. sont la base de l’autorisation d’utilisation de
l’aprépitant dans la prévention des NVCI par les CHE, tandis que
celle de Warr et al. la justifie contre les NVCI par les CME
et celle de Schmoll et al. dans le cadre de chimiothérapie sur
plusieurs jours. Ce bénéfice correspond à une réduction
d’environ 20 % du nombre de vomissements. La réduction des
nausées semble plus limitée (différence significative dans une
seule étude) [29, 58]. Cela est partiellement expliqué par le
caractère subjectif de l’appréciation des nausées. En outre, deux
études ont montré que ce bénéfice d’association d’antiémétiques
comprenant de l’aprépitant perdure durant quatre et six cycles [59,
60].
Les résultats de ces différentes études montrent un taux de
réponse complète identique pour les CHE et les CME, ce qui confirme
donc l’importance des corticostéroïdes dans la phase retardée (qui
n’étaient pas administrés contre les CME). Le profil de dose
le plus adapté a été établi par Chawlal et al. [38] comme
étant 125 mg à j1 et 80 mg pour les jours suivants,
j2-j5. Concernant le schéma d’administration, deux études de phase
II ont montré qu’il n’y avait pas de différences d’efficacité entre
une administration uniquement à j1 et une administration sur cinq
jours [10, 56]. Le schéma par trois jours a en conséquence été
choisi de manière arbitraire pour les études suivantes : j1
(125 mg), j2-j3 (80 mg).
Durant ces études cliniques, les principaux effets secondaires
observés étaient les céphalées, les douleurs abdominales, les
vertiges, l’anorexie, le hoquet et l’élévation des transaminases.
L’incidence de ces effets secondaires était similaire dans les deux
bras avec et sans aprépitant [10, 56].
L’aprépitant est métabolisé par le CYP3A4 et est un substrat et
un inhibiteur modéré du CYP3A4. C’est aussi un inducteur modéré du
CYP 2C9 et un inducteur léger de la glucuronidation. En
conséquence, les interactions possibles entre l’aprépitant et
d’autres traitements ont été recherchées [31, 61, 62]. Ainsi, il a
été montré qu’associée à l’aprépitant, la concentration plasmatique
de la DXM était doublée [38]. En conséquence, la dose de DXM doit
être réduite de moitié lorsqu’elle est administrée avec
l’aprépitant. La biodisponibilité de certains substrats oraux
du CYP3A4 (par exemple le midazolam ou autres BZD) peut être
augmentée en cas d’administration concomitante avec l’aprépitant.
Cependant, leur concentration plasmatique serait augmentée quand
l’aprépitant est associée à l’ondansétron et à la DXM. Il n’y
a donc pas de pertinence clinique, et l’association n’est pas
déconseillée. L’association à certains traitements est
contre-indiquée (pimozide, tergénadine, astémizole, cisapride) en
raison d’un allongement du segment QT. Le risque de toxicité
de l’irinotécan et des dérivés de l’ergot de seigle est accru.
La concentration de certaines molécules diminue en association
avec l’aprépitant. Il en est ainsi de la warfarine et de
l’acétocoumarol. Il convient donc de surveiller l’INR.
La concentration des contraceptifs oraux diminue également en
association avec l’aprépitant. D’autres méthodes contraceptives
sont à utiliser, et ce, pendant deux mois après la dernière prise
d’aprépitant. Des précautions d’emploi s’imposent également
avec des molécules inhibant l’activité du CYP3A4 et ainsi
entraînant une augmentation de la concentration d’aprépitant
(ritonavir, kétoconazole, clarithromycine, télitromycine).
L’association avec des molécules induisant l’activité du CYP3A4
(rifampicine, phénytoïne, carbamazépine, phénobarbital) est à
éviter en raison de la diminution de la concentration plasmatique
d’aprépitant. L’utilisation avec le millepertuis n’est pas
recommandée. En revanche, les études n’ont pas montré d’interaction
avec les anti-5-HT3. Le docétaxel est également un agent
métabolisé par le CYP3A4. Une étude a cependant montré que
l’aprépitant n’avait pas d’effet sur la tolérance et l’efficacité
du docétaxel [63]. Il en est de même avec la vinorelbine au
moins par voie intraveineuse [64]. Pour les anticancéreux oraux
métabolisés par le CYP3A4 (vinorelbine, étoposide), la prudence est
recommandée, et une surveillance complémentaire peut être
appropriée. En dépit de ces risques d’interaction, la bonne
tolérance de l’aprépitant a été confirmée. Il n’y a pas de
relation retrouvée entre l’administration d’aprépitant et la
survenue de neutropénie fébrile.
Casopitant
Le casopitant est un puissant et sélectif antagoniste des
récepteurs NK1. Il empêche la liaision entre le récepteur NK1
et la substance P. Le casopitant est en cours de développement
contre les NVCI, les NV postopératoires, l’anxiété, la dépression
et l’insomnie. Deux essais de phase II ont été réalisés pour
évaluer l’efficacité du casopitant contre les NVCI des CME [65] et
des CHE [66]. La combinaison casopitant (50, 100 ou
150 mg/j p.o. j1 à j3) + DXM + ondansétron était comparée à
l’association DXM + ondansétron seule. Dans ces deux essais,
l’ajout du casopitant réduisait significativement les vomissements
durant les 120 heures, tandis qu’il n’y avait pas de
différence significative à 24 heures.
Deux essais de phase III ont été réalisés. L’objectif du premier
[67] était de démontrer que le casopitant (j1 150 mg p.o. ou
90 mg i.v., puis j2-j3 50 mg p.o.), utilisé en
association avec la DXM et l’ondansétron, est plus efficace que la
DXM + l’ondansétron contre les NVCI par les CHE. L’objectif du
second [68] était le même concernant les CME, et cet essai
comparait une administration orale unique de casopitant à j1
150 mg, une administration orale de j1 150 mg, 50 mg
à j2-j3, une administration i.v. à j1 90 mg suivie de prise
orale 50 mg à j2 et j3 à un groupe témoin (DXM + ondansétron).
Le premier essai a montré que l’administration de casopitant
réduisait significativement les NV induits par les CHE à 24 et
120 heures. Les mêmes conclusions ont été tirées du
second essai quel qu’ait été le schéma d’admnistration.
Un troisième essai de phase III a été réalisé dans le cadre du
cancer colorectal traité par CME à base d’oxaliplatine [69].
L’efficacité du casopitant en administration i.v. à j1 associée à
l’ondansétron + DXM est évaluée. L’objectif primaire est la
survenue de vomissements et le recours à d’autres traitements
durant le premier cycle. Les inclusions devraient être closes
en avril 2009.
Antagonistes dopaminergiques
Les antagonistes dopaminergiques ont été la base des traitements
antiémétiques des années 1950 au début des années 1980, mais leur
efficacité en monothérapie est relativement faible.
Ils peuvent être divisés en benzamides, phénothiazines et
butyrophénones.
Benzamides
MCP
Le MCP est un antagoniste dopaminergique à action centrale au
niveau de la zone chémoréceptrice et périphérique au niveau de
l’intestin. À hautes doses, le MCP agit par antagonisme avec les
récepteurs sérotoninergiques. Cette efficacité a été reportée
initialement en 1981 [15]. Depuis l’introduction des anti-5-HT3, le
MCP n’est plus recommandé en phase aiguë. Désormais, le MCP est
réservé aux patients présentant des intolérances et/ou réfractaires
aux anti-5-HT3, à la DXM et à l’aprépitant. L’efficacité du MCP a
en effet été démontrée en cas d’échec à un traitement antiémétique
prophylactique optimal [70]. Seul, le NCCN maintient le MCP comme
une option dans la prévention des NVCI aigus des chimiothérapies
faiblement émétisantes. La dose recommandée est de
20-40 mg (posologie classique) ou 2 à 3 mg/kg (haute
dose) toutes les quatre à six heures.
Phénothiazines
Métopimazine
La métopimazine est un dérivé phénothiazine avec une activité
antidopaminergique. Son utilisation est désormais réservée aux
patients présentant des intolérances et/ou réfractaires aux
anti-5-HT3, à la DXM et à l’aprépitant [65].
Butyrophénones
L’utilisation de l’halopéridol et du dropéridol est réservée aux
patients présentant des intolérances et/ou réfractaires aux
anti-5-HT3, à la DXM et à l’aprépitant [65].
Autres neuroleptiques
L’olanzapine (Zyprexa®) est un antipsychotique atypique
ayant de potentielles activités antiémétiques par son action au
niveau des récepteurs histaminiques, adrénergiques, cholinergiques,
muscariniques, sérotoninergiques et dopaminergiques [71]. Son
efficacité et sa bonne tolérance ont été montrées dans le
traitement de NV chroniques induits par les antalgiques opioïdes
chez les patients ayant un cancer avancé [72]. Plusieurs études ont
montré une excellente efficacité de l’association olanzapine,
palonosétron et DXM dans la prévention des NVCI aigus et retardés
[73, 74].
BZD
Dans certaines circonstances, l’apport des BZD peut être utile.
Elles réduisent l’anxiété et ainsi le risque de nausées
anticipatoires. Cela reste une option complémentaire aux
traitements antiémétiques lorsqu’est associée une prophylaxie
antiémétique efficace, la part antianxiogène pouvant être
importante [31]. Elles peuvent aussi être utiles en cas de NV
réfractaires à un traitement antiémétique optimal [75].
Cannabinoïdes
Les essais cliniques utilisant des cannabinoïdes ont été développés
sur la base d’anecdotes reportant la diminution des VCI chez les
jeunes patients consommant de la marijuana. Dans une revue de la
littérature, l’efficacité des cannabinoïdes était même démontrée
légèrement supérieure à certains autres agents tels que le MCP, les
phénothiazines ou l’halopéridol [76]. Cependant, leur utilisation
est limitée par l’incidence élevée d’effets secondaires (vertiges,
dysphorie et hallucinations).
Antihistaminiques
Ils ont une action dans la prévention des réactions dystoniques,
mais les études n’ont pas montré d’effets dans la prévention des
NVCI [77].
Homéopathie [31]
Gingembre
Le mécanisme d’action n’est pas connu. La posologie est d’une
capsule à 500 mg trois fois par jour. Les résultats de
différentes études sont controversés et ne montrent pas
d’efficacité convaincante. Le gingembre pourrait cependant
être une alternative contre les nausées particulièrement difficiles
à traiter par les autres thérapeutiques.
Menthe poivrée
Elle agit par blocage des canaux calciques permettant ainsi la
relaxation du muscle intestinal. Il n’y a pas à ce jour
d’études évaluant la menthe poivrée contre les NVCI.
Recommandations
Quatre sociétés ont émis de récentes recommandations de thérapies
antiémétiques : la MASCC [78], l’ASCO [47], le NCCN [79] et l’ESMO
[80]. Dans la majorité des cas, ces recommandations sont
concordantes, et une synthèse peut en être faite (tableau 2). Les données pharmacocinétiques
des principaux antiémétiques recommandés ont été reportées (tableau 3).
L’association de plusieurs classes d’antiémétiques est devenue
un standard dans la prévention des NVCI. La découverte des
anti-5-HT3 a marqué un premier tournant en permettant, associé à un
corticoïde, l’obtention d’une réponse complète pour 60 à 70 % des
patients recevant une chimiothérapie à base de cisplatine (et 80 à
90 % des patients recevant des CME). Ces très bons résultats
ont encore été améliorés de 9 à 21 % par l’introduction d’une
nouvelle classe d’antiémétiques, les anti-NK1 dont actuellement
l’unique représentant commercialisé est l’aprépitant. L’utilisation
de l’aprépitant doit néanmoins rester prudente avec un nombre
important de molécules en raison du risque d’interactions
médicamenteuses, et certaines précautions sont parfois nécessaires.
Le casopitant, nouvel anti-NK1 en cours de développement,
semble également améliorer l’action de l’association
corticoïdes-anti-5-HT3. Cependant, aucune des études menées
jusqu’alors n’a comparé une association
corticoïdes-anti-5-HT3-casopitant à une association
corticoïdes-anti-5HT-3-aprépitant qui est désormais le standard en
prévention des NVCI par les CHE.
Tableau 2 Recommandations de protocoles antiémétiques
en fonction du potentiel émétisant des chimiothérapies.
|
CHE
|
CME
|
CFE
|
CTFE
|
|
Proposition thérapeutique
|
Aigus
|
Retardés
|
Aigus
|
Retardés
|
Aigus
|
Retardés
|
Aigus
|
Retardés
|
|
Aprépitant + anti-5-HT3 + DXM ± lorazépam
|
Aprépitant + DXM ± lorazépam
|
1. Protocole AC (adriblastine + cyclophosphamide) ou patients
sélectionnés
|
DXM ou MCP ou prochlorpérazine ± lorazépam
|
Ø
|
Ø
|
Ø
|
|
Aprépitant + anti- 5-HT3 + DXM ± lorazépam
|
Aprépitant ± DXM ± lorazépam
|
|
2. Autres protocoles
|
|
anti-5-HT3 + DXM ± lorazépam
|
DXM ± lorazépam Anti-5-HT = alternative
|
Tableau 3 Données pharmacocinétiques des principaux
antiémétiques.
|
Propriétes
|
Pic sérique
|
Demi-vie
|
|
Aprépitant
|
4 heures
|
9-13 heures
|
|
Palonosétron
|
0,1 heure
|
40 heures
|
|
Ondansétron
|
15 minutes
|
4,1-11,6 heures (oral) 2,5-6,1 (i.v.)
|
|
Granisétron
|
2 heures
|
9 heures
|
|
Tropisétron
|
3 heures
|
8 heures (réduite à 45 minutes si métaboliseurs
lents)
|
|
Dolasétron
|
45 minutes
|
7-9 heures
|
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