ARTICLE
Auteur(s) : C
Chabannon1,2, A Honstettre1, L-M
Daufresne1, P-M Martin3, C
Bonnetaud4, I Birtwisle-Peyrottes5, S
Romain3, K Achache3, O Mery1, O
Bordonne4, C Ducord2, L Jacotot6,
P Vaglio6, C d’Arnoux1,3, D
Figarella-Branger3, P Hofman4, J-P
Borg2, V Atger2
1Institut Paoli-Calmettes, tumorothèque, centre
de ressources biologiques en oncologie, F-13009
Marseille, France
2Coordination du Cancéropôle PACA, F-13005
Marseille, France
3Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM),
tumorothèque, Marseille, F-13005, France
4CHU de Nice, tumorothèque commune CHUN-CAL, Nice,
F-06000, France
5Centre Antoine-Lacassagne, tumorothèque commune
CHUN-CAL, Nice, F-06189, France
6Modul-Bio SAS, Marseille, F-13009, France
Article reçu le 24 Juin 2009, accepté le 25 Septembre 2009
Contexte médical et scientifique pour l’activité
des tumorothèques
Dans son numéro spécial pour l’année 2009, le magazine américain
Time a retenu les « biobanques » comme l’une des dix initiatives
susceptibles de changer le monde prochainement. Cependant, le
concept de biobanque est souvent insuffisamment défini, avec en
particulier une confusion entre les infrastructures (désignées par
le suffixe « …banque ») et le patrimoine biologique qu’elles
contribuent à constituer et à distribuer (désigné par le suffixe «
…thèque », la bibliothèque des échantillons biologiques). Un des
objectifs de cet article est de contribuer à éclaircir les concepts
et les réalisations derrière les mots, en se concentrant sur le
domaine des tumorothèques (le mot de « tumorobanque » n’a pas été
consacré par l’usage !), outils essentiels à la réalisation de
projets de recherche clinique ou translationnelle en oncologie.
Les contraintes de fonctionnement des tumorothèques les
conduisent naturellement aujourd’hui à mettre en commun leurs
ressources pour contribuer à la conduite de certains projets
scientifiques à grande échelle et à développer des outils de
mutualisation dont les catalogues numérisés.
Les biobanques qui collectent, conservent et distribuent des
échantillons d’origine humaine sont un cas particulier des
biobanques ; le concept de biobanque recouvre l’ensemble des
infrastructures destinées à la collecte, à la conservation et à la
distribution de matériel biologique : micro-organismes, espèces
végétales, animales, modèles animaux et, bien sûr, échantillons
d’origine humaine. Les biobanques hmaines peuvent
schématiquement être distinguées en biobanques spécialisées dans
l’épidémiologie (population-based) et en biobanques (thématisées)
organisées par pathologies [1], même si certaines utilisent une
infrastructure commune pour poursuivre ces deux objectifs ; les
biobanques thématisées peuvent également concerner des patients
faisant l’objet d’une prise en charge particulière :
transplantation d’organes, de cellules, de tissus, etc. ; c’est le
modèle mis en œuvre par les industriels de la santé qui constituent
des collections et des biobanques en collectant des échantillons
dans le cadre de la conduite de recherches biomédicales évaluant
leurs nouveaux médicaments ou dispositifs médicaux.
Les biobanques épidémiologiques, souvent de grande taille et
parfois développées à l’échelle d’une ou plusieurs nations, font
appel à des cohortes d’individus — souvent indemnes de
pathologie à l’heure où le projet scientifique est élaboré —
qui font l’objet de prélèvements obtenus généralement par des actes
infirmiers ou médicaux peu invasifs ; les échantillons biologiques
issus de ces prélèvements peuvent être facilement centralisés et
donc enregistrés dans un inventaire informatique unique [2-4]. À
l’inverse, les biobanques organisées par pathologies collectent des
échantillons biologiques obtenus au cours d’actes de prélèvement
justifiés par les soins, et qui peuvent donc être des actes
invasifs : chirurgie, biopsie, ponction, etc. produisant des
spécimens tissulaires ou cellulaires destinés prioritairement à
établir un diagnostic, un pronostic et à contribuer au traitement
de l’affection soupçonnée chez les patients concernés. En
conséquence, les biobanques thématisées concernent un nombre
beaucoup plus restreint d’individus, représentatifs du recrutement
d’un établissement hospitalier. Les tumorothèques sont un
exemple de biobanques thématisées, constituées dans le cadre des
soins apportés à des individus avec un diagnostic de cancer ou
suspects d’être atteints, ou prédisposés à un cancer.
Le Bulletin du Cancer a illustré, dans un précédent numéro, ce
que peut être une tumorothèque qui se spécialise pour proposer des
outils et des services au profit de projets de recherche concentrés
sur un groupe de pathologies néoplasiques [5].
À l’inverse des biobanques spécialisées dans l’agroalimentaire
ou dans la microbiologie, les biobanques humaines recueillent des
spécimens et des échantillons biologiques pour la plupart non «
réplicables » : leur « modèle économique » est donc très différent,
visant à une utilisation optimale et « parcimonieuse » — y
compris par l’usage de produits dérivés comme l’ADN ou l’ARN —
de ressources considérées comme rares, et dont la diversité permet
d’étudier le lien entre les polymorphismes humains, les anomalies
cellulaires ou moléculaires des tissus pathologiques et
l’incidence, l’histoire naturelle ou le pronostic des maladies.
L’usage de quantités toujours plus grandes d’informations
— de nature clinique ou biologique — pour définir des
groupes homogènes de patients a conduit à revisiter la nosologie
des grandes familles de pathologies. Une des conséquences en est «
l’éclatement » de maladies autrefois considérées comme une en une
myriade de « maladies orphelines » : le cancer représente un
exemple de cette situation ; à titre d’illustration, aucune équipe
ne prétend plus aujourd’hui travailler sur « le cancer du sein »
dans sa globalité ; au contraire, chaque projet va se concentrer
sur un sous-groupe de cancers du sein caractérisés par la présence
ou l’absence d’un marqueur ou d’un groupe de marqueurs.
La représentation de chacune de ces « maladies orphelines
» au sein d’une tumorothèque opérant dans un environnement
géographique restreint, avec un recrutement de patients limité, y
compris dans les établissements hospitaliers les plus importants,
est donc faible ; cette « rareté » est aggravée par la relative
inefficience du processus de requalification pour la recherche du
reliquat d’un spécimen initialement obtenu pour le soin, compte
tenu des exigences à réunir : spécimen de taille suffisante,
qualité de l’échantillon (proportion de cellules ou de tissus
tumoraux par rapport à son environnement, proportion de cellules
nécrotiques, etc.), absence d’opposition du patient à un usage
scientifique de « ses » échantillons, capacité de la biobanque à
réunir et à associer à chaque échantillon des annotations
dynamiques abondantes et de qualité, etc.
À l’inverse, des projets scientifiques de plus en plus ambitieux
voient le jour, dont l’objectif est d’analyser des échantillons
représentatifs de groupes homogènes de patients avec des techniques
d’analyses moléculaires à haut débit [6]. Des exemples de ces
initiatives sont les projets Human Cancer Genome [7, 8], The Cancer
Genome Atlas (TCGA) [9] ou l’International Cancer Genome Consortium
(ICGC ; http://www.icgc.org), dont les objectifs sont de réunir des
collections de grande taille, représentatives des principales
formes de cancers humains.
Ces deux tendances opposées : la faible représentation au sein
de chaque biobanque d’un groupe homogène de patients défini par un
grand nombre de critères cliniques et biologiques et le besoin
exprimé par les scientifiques d’avoir accès à des collections avec
un nombre significatif d’échantillons amènent à considérer que les
biobanques devront dans l’avenir fédérer leurs efforts pour «
alimenter » de tels projets, dans le cadre de réseaux se
développant au-delà de leur aire historique et locale d’influence
médicoscientifique [10]. Cela implique de pouvoir réunir, en une
seule collection, des échantillons provenant de plusieurs
biobanques géographiquement distinctes et distantes, mais
représentatifs du même groupe homogène de patients [11].
Inventaires des biobanques et tumorothèques
Les biobanques disposent d’inventaires qui leur permettent de
connaître les échantillons conservés et d’en tracer les entrées et
les sorties. La qualité de ces inventaires dépend, à la fois,
de la qualité générale des systèmes d’information déployés dans les
établissements hospitaliers au sein desquels opèrent les
tumorothèques et des ressources humaines dont disposent directement
ou indirectement les responsables de tumorothèques pour assurer la
collecte et l’actualisation des annotations associées aux
échantillons. Plusieurs éditeurs de logiciels — dont l’un au
moins : Tumorotek® est distribué à titre non
lucratif — proposent aujourd’hui des produits permettant de
gérer un inventaire informatisé ; leur déploiement n’a pas résolu
le second problème : le travail de ressaisie des données sources
— souvent issues du dossier médical des patients — et
d’actualisation, et de contrôle de qualité sur les annotations
nécessite des ressources humaines qui correspondent à celles
déployées par les bureaux d’études cliniques académiques ou privés
(Clinical Research Organisations [CRO]) dans le monitorage des
études de recherche biomédicale ; ces ressources apparaissent
aujourd’hui cruellement insuffisantes au sein des structures
hospitalières qui hébergent et assurent le fonctionnement des
biobanques d’échantillons biologiques humains en général et des
tumorothèques en particulier. Ce travail de ressaisie et de
contrôle de qualité des annotations est d’autant plus laborieux
qu’il doit être conduit de façon rétrospective, dans un
environnement hospitalier où n’existe pas systématiquement un
dossier médical commun, encore moins un dossier médical commun
informatisé avec une grande antériorité. Dans un délai encore
difficile à définir précisément, ces tâches seront éventuellement
réduites par la généralisation du déploiement des dossiers médicaux
informatisés, la structuration des documents clés de ce dossier,
comme les comptes rendus anatomocytopathologiques ou les comptes
rendus des Réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP),
permettant l’extraction automatique de données médicales
essentielles valorisables pour la recherche et la mise en place «
d’entrepôts de données médicales » autorisant la construction de
requêtes et l’édition de thésaurus d’annotations spécifiques pour
chaque projet scientifique. Enfin, l’impossibilité d’utiliser en
France un numéro unique d’identification des personnes physiques
[12] rend plus difficile la réunion d’échantillons provenant d’un
même individu, mais obtenus lors d’actes de soins effectués à des
dates différentes et dans des établissements hospitaliers
différents.
Catalogues des collections de ressources
biologiques
Pour pouvoir associer des ressources et fédérer les efforts de
plusieurs biobanques pour contribuer à un projet scientifique, il
est nécessaire de rendre publique l’existence des collections : les
collections vont pouvoir être constituées à partir de l’inventaire
des échantillons biologiques individuels de chaque tumorothèque, en
y incluant ceux parmi les échantillons qui ont pu — au terme
d’une période de « quarantaine » — satisfaire aux critères
prédéfinis de requalification en « ressources biologiques » ; a
minima, les critères de requalification incluent l’absence de
non-conformité lors de la réception initiale à la tumorothèque du
spécimen prélevé (identification, intégrité, transport), le respect
du procédé de transformation et de conservation des échantillons,
la documentation de l’absence d’opposition de la personne prélevée
pour l’usage de « ses » échantillons à des fins scientifiques et
l’existence ou l’accès possible à des informations cliniques et
biologiques incluant au moins un diagnostic histopathologique
précis. La figure
1 illustre les différentes étapes conduisant à la
constitution de collections au sein des tumorothèques.
Les collections publiées dans les catalogues — ou banques
virtuelles [13] — ne représentent donc qu’une fraction des
échantillons biologiques reçus, transformés et conservés par les
biobanques et les tumorothèques, une fraction qui apparaît souvent
désespérément faible [6, 14, 15] au regard du nombre de personnes
prélevées ; la confusion souvent entretenue par les responsables
des tumorothèques, entre leur inventaire et leur catalogue, et
l’anticipation insuffisante de la faible proportion des
échantillons requalifiés ou requalifiables par les responsables de
projets d’analyses génomiques à grande échelle, a d’ailleurs
conduit à des retards significatifs dans la poursuite de ces
projets [15].
Les fonctions des catalogues sont multiples. En premier lieu,
les catalogues constituent un outil de recherche et
d’identification de collections d’échantillons biologiques
potentiellement informatifs pour un projet de recherche défini ;
les équipes scientifiques vont pouvoir requêter un catalogue
— idéalement en ligne — pour identifier les ressources
dont elles ont besoin au sein d’une ou plusieurs biobanques ou
tumorothèques. Les catalogues constituent également un outil
de communication à destination de plusieurs communautés :
- – la communauté des patients et des individus qui sont
sollicités pour donner leur accord — ou à tout le moins pour
ne pas s’opposer — à l’utilisation à des fins scientifiques
d’échantillons biologiques obtenus dans le cadre des soins (de ce
point de vue, il est important d’expliquer dans quelles conditions
les échantillons seront ou ne seront pas utilisés à des fins
scientifiques et comment la confidentialité et le respect de la vie
privée seront assurés) ;
- – la communauté médicale qui est sollicitée dans son
ensemble et dans sa diversité pour contribuer à augmenter les
collections mises à disposition des chercheurs ;
- – la communauté scientifique destinataire et
utilisatrice finale des collections dans le cadre d’un projet
contractualisé avec l’institution hôte de la biobanque.
La construction de catalogues nécessite de pouvoir extraire une
partie des annotations de l’inventaire de chacune des tumorothèques
participantes, pour ensuite les réunir au sein d’une base de
données unique : c’est le concept de « l’interopérabilité » des
tumorothèques. Cela présuppose qu’un format d’échanges ait été
défini : le thésaurus des informations permettant
l’interopérabilité des tumorothèques a été publié sous forme de
recommandations par l’INCa, en 2006 (Mise en réseau informatisé des
tumorothèques. Recommandations pour l’interopérabilité des systèmes
d’information des tumorothèques ; http://www.e-cancer.fr), au terme
d’un long travail de gestation mené d’abord au sein d’un groupe
d’experts constitué par la Dhos, puis relayé par un second groupe
constitué par l’INCa. Ce « plus petit dénominateur commun » ou
core dataset a permis l’élaboration d’outils informatiques tels que
celui mis à disposition des Cancéropôles Provence-Alpes-Côte d’Azur
(PACA) et Grand Sud-Ouest (GSO) par la société ModulBio.
La même démarche a été utilisée pour l’élaboration du
catalogue mis en place dans le cadre du Programme national
d’excellence spécialisé (PNES) poumon
(http://www.e-cancer.fr/Recherche/recherche-cognitive-transfert/page4/op_1-ta_-id_190-it_200-li_1-ls_3-la_1-ve_1.html).
Tel qu’il est, ce thésaurus constitué d’une soixantaine
d’informations administratives, cliniques et biologiques a permis
de franchir l’étape fondamentale de la conception et du déploiement
des catalogues en ligne. Il devra cependant être rapidement
révisé pour être plus cohérent avec l’usage par les tumorothèques
des identifiants (« renseignements ») pour les personnes prélevées
et pour les échantillons. Il sera également probablement
nécessaire de compléter ce core dataset par des thésaurus
spécifiques de pathologie, à l’instar de ce qui a été fait dans le
cadre du PNES poumon ; la réflexion sur ce sujet doit être
approfondie, afin de trouver le meilleur compromis entre
l’investissement en temps et en ressource que représentent la
collection et la validation systématiques d’annotations, en outre,
et la difficulté à définir le jeu d’annotations nécessaires à la
conduite d’un projet scientifique lorsque celui-ci n’est pas
précisément défini a priori.
Plusieurs exemples de ces catalogues de tumorothèques en ligne
existent depuis quelques années et valident le concept
d’interopérabilité des tumorothèques. Certains de ces catalogues se
construisent autour de démarches de partage d’expérience à
l’échelon régional ; c’est le cas des catalogues du Wales Cancer
Bank (http://www.walescancerbank.com) et, en France, de ceux des
cancéropôles PACA (www.biobank-paca.com; figure 2) et GSO
(http://www.biobank-gso.org) déjà mentionnés ; l’aboutissement
ultime de ces démarches en France sera la concrétisation de la «
Tumorothèque virtuelle nationale » (TVN), projet porté par l’INCa,
et qui devrait regrouper l’ensemble des collections conservées dans
les tumorothèques françaises ayant bénéficié par le passé de
financements en provenance de la Dhos au ministère de la Santé ou
de l’INCa lui-même. Des exemples de mise en réseau à l’échelle
nationale existent, aux États-Unis en particulier, où l’on peut
accéder au Cooperative Human Tissue Network (CHTN,
http://chtn.nci.nih.gov/ à partir du site Web du National Cancer
Institute [NCI]). D’autres catalogues se construisent autour de
réseaux thématiques en particulier pour les maladies rares (voir
par exemple le site EuroBiobank : http://www.eurobiobank.org ou
celui du réseau européen CONTICANET : http://www.conticanet.eu/
financé par le 6e Programme cadre de la Communauté
européenne et qui associe des investigateurs s’intéressant aux
sarcomes) ou de groupes coopératifs, ces derniers dépassant parfois
le concept de « banque virtuelle » pour organiser physiquement et
géographiquement leur propre tumorothèque (par exemple la
tumorothèque du Groupe Ouest-Est d’études des leucémies et autres
maladies du sang [Goelams]).
En peu de temps, la France (et l’Europe) est passée d’une
situation de pénurie à une situation, sinon de pléthore, tout du
moins d’abondance des projets de catalogues. Cette multiplication
soulève un certain nombre de questions, parmi lesquelles
l’harmonisation des critères de publication des collections (et
donc des critères de requalification par chaque tumorothèque des
échantillons en ressources biologiques [16]), la conduite à tenir
vis-à-vis de collections sous embargo (dont l’usage et l’analyse
sont réservés pendant une période définie à un investigateur ou à
un groupe d’investigateurs qui ont souvent participé à sa
constitution) et l’affichage d’un même échantillon requalifié au
sein de plusieurs catalogues. Ces questions font partie de
celles qui sont débattues au sein du projet et du consortium
européen Biobanking and BioMolecular Research Infrastructure (BBMRI
; http://www.biobanks.eu).
Cession de collections ou valorisation
des ressources biologiques
En l’absence de droit patrimonial sur les échantillons biologiques
d’origine humaine et par respect pour la dignité des personnes qui
se sont prêtées à un prélèvement et ont accepté que les
échantillons qui en dérivent puissent être distribués à des équipes
scientifiques, la mise en ligne de catalogues de collections par
les tumorothèques ne peut et ne doit en aucun cas être assimilée à
de la « VPC » (vente par correspondance). La cession de
collections d’échantillons doit être subordonnée à l’élaboration
d’un projet scientifique par l’équipe sollicitant la tumorothèque
et à sa validation par une instance d’évaluation agissant au nom de
l’institution qui finance cette tumorothèque ; dans le cas de
projets scientifiques faisant appel à des collections réunies par
plusieurs tumorothèques fonctionnant en réseau, la question se pose
de savoir si le projet doit être évalué par chaque institution
indépendamment ou par une instance commune au réseau. Quoi qu’il en
soit, cette instance d’évaluation doit utiliser des critères
objectifs et prédéfinis permettant de juger de l’intérêt et de la
compétitivité scientifique du projet, du respect des intérêts de ou
des institution(s) [en matière de compétition scientifique] et,
bien sûr, du respect des obligations légales et réglementaires qui
s’imposent aux différentes parties. Le respect de
l’indépendance des tumorothèques et de leurs institutions d’origine
est une condition importante de leur adhésion à des projets de
catalogues communs. La cession n’exclut pas l’existence de
compensations financières destinées à couvrir les frais de
constitution des collections (cost-recovery). Les modalités
pratiques de facturation de leurs prestations par les tumorothèques
doivent être formalisées et encadrées, ce qui est l’objectif actuel
d’un groupe de travail à l’INCa.
Conclusion
Les catalogues sont des outils qui doivent permettre de faciliter
et de multiplier les coopérations scientifiques. Il est
précisément difficile aujourd’hui de juger de leur utilité compte
tenu de leur antériorité limitée. Elle devrait pouvoir être mesurée
au cours des prochaines années par le nombre des projets
scientifiques ayant recours à des collections, par la diversité
thématique et géographique de ces projets et par le nombre et la
qualité des publications qui en sont issues (certains
investigateurs ont proposé de calculer un biobank impact factor
[BIF]) [17]. L’émergence des catalogues en ligne pose en matière de
tumorothèque une question bien connue des économistes : celle de
l’équilibre à trouver entre « protectionnisme » et « libre-échange
» ! Si l’on considère les ressources biologiques comme une source
d’informations latentes à révéler, on peut faire l’hypothèse que la
« libre circulation » des échantillons et des idées devrait
contribuer au progrès scientifique. Néanmoins, cette question doit
être examinée en tenant compte de la nature particulière des
missions des tumorothèques et, plus généralement, de tous les
outils de la recherche en santé, bien différente de la production
de biens ou de services marchands, et en s’assurant que l’accès aux
collections s’accompagne d’un accès équitable aux connaissances
découlant de leurs analyses.
Glossaire1
Annotations dynamiques (données associées) : informations
cliniques et biologiques actualisées relatives à l’individu prélevé
et associées au matériel biologique.
BBMRI : Biobanking and BioMolecular Research Infrastructure ; un
des projets consacrés aux développements d’infrastructures de
recherche pan-européennes dans le cadre du programme capacités
proposé au titre du 7e PCRD (ESFRI, European Strategy Forum on
Research Infrastructure).
Biobanque : infrastructure permettant la bonne conservation des
échantillons biologique. Le terme de « tumorobanque » n’a pas
été consacré par l’usage, et celui de « tumorothèque » désigne à la
fois l’infrastructure permettant la bonne conservation
d’échantillons biologiques collectés, conservés et distribués dans
le cadre d’activités médicales et scientifiques en oncologie, et la
bibliothèque d’échantillons biologiques correspondante (voir
ci-dessous).
Biothèque : bibliothèque d’échantillons biologiques.
Catalogue : outil documentaire permettant d’énumérer les
ressources biologiques disponibles.
Collection : ensemble de ressources biologiques réunies en
fonction de caractéristiques communes. L’ensemble des collections
constitue le « patrimoine biologique » d’une biobanque.
CRB: Centre de ressources biologiques. Organisme qui réalise au
minimum les activités de réception (y compris les activités de
collecte et de création pour les microorganismes), de conservation
et de mise à disposition de ressources biologiques en particulier à
des fins de recherche, d’éducation et de valorisation industrielle.
Les CRB sont des biobanques — donc des
infrastructures — qui répondent aux critères de fonctionnement
et d’accès par les utilisateurs, tels qu’ils ont été définis par
l’OCDE dans un rapport publié en 2001 ; l’OCDE voit dans les CRB un
élément essentiel de la compétitivité scientifique et industrielle
au XXIe siècle.
CRO : Clinical Research Organization.
Échantillon : produit de la transformation plus ou moins
complexe d’un spécimen. Pour des raisons d’identification et de
traçabilité, on peut distinguer des échantillons de rangs 1, 2,
etc. lorsqu’ils dérivent d’une, deux, etc. transformations
successives ; les échantillons de rang 2 et au-delà sont parfois
désignés par le terme de « produits dérivés » : cette terminologie
est fréquemment utilisée pour les ADN et ARN extraits de cellules
ou tissus.
Embargo : désigne la situation où l’usage d’une collection, est
réservé pour une période définie à un investigateur ou un groupe
d’investigateurs qui est souvent à l’origine de sa constitution.
L’embargo doit être défini dès le début de la constitution de la
collection et validé collectivement par l’institution qui attribue
à la tumorothèque les ressources nécessaires pour fonctionner. À la
fin de l’embargo, la collection peut être requalifiée pour un autre
usage scientifique.
INCa : Institut national du cancer. http://www.e-cancer.fr/.
Interopérabilité : possibilité d’échanger et d’associer des
informations dont la nature et le format ont été prédéfinis et
provenant de l’inventaire de différentes tumorothèques.
L’interopérabilité est une condition nécessaire pour permettre la
constitution de catalogues partagés.
MTA : Material Transfer Agreement : accord de transfert de
matériels (biologiques).
OCDE : Organisation de coopération et de développement
économique.
PNES : Programme national d’excellence spécialisé.
Prélèvement : acte de prélever ; acte médical ou paramédical
permettant l’obtention de tissus, de cellules ou tout autre élément
dérivé du corps humain, qu’il s’applique à un patient ou à une
personne saine.
RCP : Réunion de concertation pluridisciplinaire.
Ressources biologiques : terme générique désignant le matériel
biologique et les données associées (annotations), y compris le
consentement ou la non-opposition pour l’usage de ce matériel
biologique à des fins scientifiques lorsqu’il est d’origine
humaine.
Spécimen : produit du prélèvement (de l’acte de
prélèvement).
Tumorothèque : biothèque destinée à fournir des échantillons
biologiques utiles pour la réalisation d’analyses en cancérologie.
Bibliothèque d’échantillons provenant de patients atteints de
cancers ou d’individus présentant une prédisposition à développer
un cancer.
TVN : Tumorothèque virtuelle nationale. Catalogue informatisé
des échantillons ou des ressources biologiques conservées dans les
tumorothèques françaises identifiées et financièrement soutenues
par l’INCa.
1 Adapté et reproduit du glossaire constitué à
l’occasion de l’élaboration de la norme Afnor NF S 96 900
applicable pour la certification des biobanques et des centres de
ressources biologiques.
Conflits d’intérêt
L.J. et P.V. sont les fondateurs de la société ModulBio qui a conçu
le logiciel utilisé par les Cancéropôles PACA et GSO pour permettre
l’interopérabilité de leurs tumorothèques et la publication en
ligne de leurs catalogues communs.
Les autres auteurs ne déclarent pas de conflit d’intérêt.
Remerciements
Ce travail a été rendu possible en partie grâce au soutien
financier de la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation
des soins (Dhos) au ministère de la Santé, de l’Institut national
du cancer (INCa), de l’Inserm et de l’Agence nationale de la
recherche (ANR), du Cancéropôle PACA et de ses institutions
hospitalières fondatrices : l’Institut Paoli-Calmettes,
l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille, le centre
hospitalier et universitaire de Nice et le Centre
Antoine-Lacassagne.
Les auteurs remercient les professionnels des tumorothèques
françaises et, tout particulièrement, des huit tumorothèques du
Cancéropôle Grand Sud-Ouest pour les échanges fructueux qui se sont
déroulés tout au long des dernières années pour améliorer le
fonctionnement des tumorothèques. Ils remercient également M.
Pascal Boucher qui pilote les groupes de travail sur les
tumorothèques à l’INCa et le projet de déploiement de la
Tumorothèque virtuelle nationale (TVN), Mme Jeanne-Hélène Di Donato
et M. Georges Dagher qui pilotent à l’Inserm les projets
coopérateurs associant les biobanques et les centres de ressources
biologiques français, en particulier dans le cadre du projet
européen BBMRI.
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