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Intérêt pronostique du dosage de la protéine S-100B sérique au décours d’un arrêt cardiaque en milieu extrahospitalier : données préliminaires françaises


Annales de Biologie Clinique. Volume 68, Numéro 1, 33-8, janvier-février 2010, article original

DOI : 10.1684/abc.2010.0399

Résumé   Summary  

Auteur(s) : S Ziani , N Bertho , G Atlan, M-L Fievet, P Ecollan, J-L Beaudeux , Service de biochimie métabolique, Hôpital La Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris, Service de biologie, Hôpital national Saint-Maurice/Esquirol, Saint-Maurice, Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) et Département d’anesthésie-réanimation, Hôpital La Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris, Service de biochimie, Hôpital universitaire Charles Foix, APHP, Ivry-sur-Seine.

Résumé : La protéine S-100B est une protéine d’origine cérébrale, libérée dans les fluides biologiques au cours de diverses atteintes neurologiques aiguës. L’objectif de cette étude a été d’apprécier le retentissement cérébral d’un arrêt cardiorespiratoire (ACR), récupéré par réanimation immédiate, et de rechercher un intérêt prédictif à court terme du dosage sanguin de la protéine S-100B sur l’atteinte neurologique consécutive à l’arrêt cardiaque. Le dosage du biomarqueur a été réalisé chez 27 sujets ayant eu un arrêt cardiorespiratoire, au moment de l’arrêt lors de la prise en charge médicale (H0), puis à 12, 24 et 48 heures après la réanimation. Les valeurs initiales de la concentration sanguine de la protéine S-100B et l’évolution cinétique de cette concentration nous ont permis de montrer que : 1) 95 % des sujets ayant une concentration de protéine S-100B à H0 supérieure à 0,80 μg/L sont décédés \; 2) 62 % des sujets ayant une concentration de protéine S-100B à H0 inférieure à 0,80 μg/L ont survécu à l’ACR \; 3) tous les sujets ayant une concentration de protéine S-100B à H0 inférieure à 0,80 μg/L et dont l’évolution cinétique de la protéine S-100B à partir de H12 a été décroissante ont survécu \; 4) 100 % des sujets dont l’évolution cinétique de la protéine S-100B à partir de H12 a été croissante sont décédés. Cette étude suggère donc que le seuil de 0,80 μg/L pourrait être prédictif de l’issue d’un ACR, s’il est associé au suivi des concentrations plasmatiques de la protéine S-100B.

Mots-clés : protéine S-100B, arrêt cardiaque, valeur pronostique, sang

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : S Ziania1,2, N Berthoa3, G Atlan1, M-L Fievet3, P Ecollan3, J-L Beaudeux1,4

1Service de biochimie métabolique, Hôpital La Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris
2Service de biologie, Hôpital national Saint-Maurice/Esquirol, Saint-Maurice
3Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) et Département d’anesthésie-réanimation, Hôpital La Pitié-Salpêtrière, APHP, Paris
4Service de biochimie, Hôpital universitaire Charles Foix, APHP, Ivry-sur-Seine

Article reçu le 18 Septembre 2009, accepté le 28 Octobre 2009

L’arrêt cardiaque extrahospitalier constitue un enjeu médical majeur tant par sa fréquence que son pronostic très sombre à court terme. Les atteintes lésionnelles cérébrales constituent une cause majeure de morbidité et de mortalité après un arrêt cardiaque suivi d’une réanimation cardiopulmonaire, en particulier en milieu extrahospitalier où les délais de prise en charge initiale (premiers secours) et médicale (par une unité mobile d’urgence et de réanimation) sont plus importants qu’en secteur hospitalier. Une évaluation précoce du degré d’atteinte cérébrale et de son évolution après l’arrêt cardiaque et la réanimation influencent la prise en charge médicale et les stratégies thérapeutiques (pour revue voir [1]). Les examens neurologiques et électrophysiologiques précoces ne sont en général pas prédictifs de l’évolution à court (quelques jours), moyen ou long terme (quelques mois) du patient et des séquelles neurologiques éventuelles [2]. Un biomarqueur dont le dosage sanguin refléterait la sévérité des lésions cérébrales permettrait d’améliorer l’évaluation initiale et de quantifier l’atteinte cérébrale post-arrêt cardiaque, comme les marqueurs cardiaques le font pour l’infarctus du myocarde.

Dans cette perspective, le dosage de différentes molécules a été proposé au cours des dernières décennies, mais la plupart d’entre elles ont été progressivement abandonnées par manque de spécificité ou de sensibilité. Des marqueurs biochimiques de l’état hypoxique cérébral aigu (énolase spécifique neuronale (NSE), protéine S-100B…) ou d’un état inflammatoire réactionnel (interleukine IL-8) ont été proposés [3].

La protéine S-100B est une protéine dimérique synthétisée principalement par les cellules astrogliales du système nerveux central et les cellules de la gaine de Schwann. C’est une protéine cytosolique fixant le calcium, mais des actions extracellulaires sur la croissance et la prolifération cellulaires lui ont également été attribuées (pour revue voir [4, 5]). L’intérêt du dosage de la protéine S-100B en biologie clinique est lié à sa libération au niveau extracellulaire au cours de processus tumoraux dans lesquels le gène de la protéine S-100B est (sur)exprimé, et lors d’une atteinte du tissu cérébral aiguë, d’origine vasculaire, traumatique, ou chronique. En raison de sa neurosélectivité [6, 7] et de sa demi-vie d’élimination brève, la protéine S-100B peut constituer un marqueur biologique précoce et sensible pour évaluer l’atteinte cérébrale post-arrêt cardiaque et son évolution.

L’objectif de notre étude a été d’apprécier le retentissement sur le cerveau d’un arrêt cardiaque intervenant en milieu extra-hospitalier, récupéré par réanimation immédiate, et de rechercher un intérêt prédictif à court terme du dosage de ce marqueur sur l’évolution du patient après l’arrêt cardiaque. Les concentrations plasmatiques de la protéine S-100B ont été déterminées dans les premières minutes et dans les 48 premières heures suivant la réanimation cardiorespiratoire après un arrêt cardiaque survenu en secteur extrahospitalier. Les valeurs de la protéine S-100B et son évolution sur 48 heures ont été confrontées à l’évolution (survie, décès) du patient après sa réanimation initiale.

Patients et méthodes

Patients et prise en charge médicale

De façon spécifique à ce travail, un protocole d’étude entre le Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) et le Service de biochimie métabolique de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (APHP, Paris) a été établi, consistant à prélever systématiquement tous les patients présentant un arrêt cardiorespiratoire (ACR) survenu à l’extérieur de l’hôpital et pour lequel le SMUR est appelé en urgence. Au total, 27 patients présentant un ACR extrahospitalier ont été inclus et exploités.

À la suite de l’arrêt cardiorespiratoire survenu à domicile ou sur la voie publique, tous les patients inclus ont reçu sur place un massage cardiaque externe, un choc électrique externe ou les deux par l’équipe du SMUR (si elle était déjà présente sur les lieux) ou lors du premier secours par les personnes présentes ou un médecin appelé pour intervention. À l’arrivée de l’équipe du SMUR, les patients ont reçu quasi systématiquement plusieurs bolus d’adrénaline (1 mg/3 min) permettant ainsi de récupérer un rythme cardiaque spontané. Les patients ont ensuite été transférés par le SMUR dans une structure hospitalière de proximité pour poursuite de la prise en charge. À l’arrivée à l’hôpital, tous les patients avaient un score de Glasgow (GCS) à 3/15, étaient en mydriase bilatérale aréactive, avec acidose lactique le plus souvent. Tous ont été admis dans un centre de réanimation médicale. Les caractéristiques des patients et de leur prise en charge sont regroupées dans le tableau 1.

Tableau 1 Caractéristiques démographiques, cliniques, biologiques et évolutives des patients inclus dans l’étude. Les données sont fournies, pour les valeurs chiffrées, sous la forme de moyenne ± écart type.

Nombre de patients

27

Ratio H/F

20/7

Âge (ans)

63,8 ± 18,1

Origine de l’arrêt cardiorespiratoire :

Neurologique

2

Cardiaque

9

Respiratoire

7

Autre/non identifiée

9

Délai entre l’ACR et les premiers secours (min)

8,5 ± 4,0

Délai entre l’ACR et la réanimation (min)

10,3 ± 7,8

Évolution favorable (survie)

6

Cause finale du décès :

Neurologique

11

Défaillance multiviscérale

7

Cardiaque

1

Indéterminée

2

S-100B sérique (μg/L) :

H0

0,84 ± 3,57

H12

1,37 ± 2,68

H24*

0,81 ± 3,81

H48**

0,60 ± 3,13

Échantillons biologiques et dosage de la protéine S-100B

Un prélèvement sanguin a été systématiquement effectué sur le lieu de l’ACR, après la réanimation par l’équipe du SMUR, le délai variant de quelques minutes dans la majorité des cas à 35 minutes au plus tard (patients systématiquement intubés, ventilés). Les échantillons correspondants (H0) ont été transmis au laboratoire au retour de l’équipe du SMUR à La Pitié-Salpêtrière. Des prélèvements sanguins à H12, H24 et H48 de l’ACR ont par la suite été effectués par le service de réanimation ayant accueilli le patient, puis transmis au laboratoire + 4 °C dans un délai n’excédant pas 6 heures.

Les prélèvements sanguins ont été effectués sur tube sec sans gel séparateur ; les tubes ont été centrifugés 20 minutes à 1 800 g, puis le sérum a été séparé, fractionné et conservé à - 20 °C jusqu’à la réalisation des dosages (dans un délai maximal de deux mois).

La mesure des concentrations sériques de la protéine S-100B a été réalisée par électrochimioluminescence utilisant un anticorps spécifique de la sous-unité β sur l’analyseur Elecsys 2010® (Roche Diagnostics®). Le dosage a été effectué à l’aide de réactifs (ainsi que les solutions de calibrage et de contrôles) distribués par la société Roche selon les recommandations du fournisseur. La durée du test est de 18 minutes. Le seuil de détection est de 0,005 μg/L, avec un domaine de mesure qui s’étend jusqu’à 39 μg/L et un seuil de normalité de 0,10 μg/L.

Résultats

Population étudiée et caractéristiques de l’ACR

L’âge des patients inclus variait de 19 à 88 ans (moyenne : 63,8 ans) avec une prédominance de personnes de plus de 65 ans (55 %) (tableau 1). L’effectif était constitué de 20 hommes et 7 femmes. Dans leurs antécédents, la grande majorité des patients souffraient d’une pathologie cardiaque ou pulmonaire sous-jacente (n = 16 - troubles du rythme ou hypertension artérielle) ; d’autres, avaient un terrain immunodéprimé ou une pathologie métabolique acquise (n = 8). Tous les sujets présentaient un terrain fragile certain, avec une pathologie médicale sous-jacente avant leur ACR.

L’arrêt circulatoire est intervenu le plus souvent au domicile du patient (20/27), parfois sur la voie publique (5/27) ou dans un milieu médicalisé non hospitalier (1/27), souvent en présence d’un témoin direct (21/27). Les premiers soins ont été réalisés dans la très grande majorité des cas par les pompiers ou un médecin d’urgence (SOS médecins). L’origine de l’ACR était variable : neurologique (hémorragie méningée), cardiaque (fibrillation ventriculaire, cardiopathie ischémique), pulmonaire (pendaison ou inhalation le plus souvent) ou encore médicamenteuse (tentative de suicide).

Le délai entre le début de la réanimation réalisée par le SMUR et le prélèvement de la protéine S-100B à H0 a varié de 3 à 35 minutes. Le retour à l’activité cardiaque et respiratoire spontanée a varié entre 6 et 45 minutes. Parmi les 27 patients, six ont évolué favorablement avec une récupération (partielle ou totale) en quelques jours. Les 21 autres sont décédés. Les causes de décès étaient : neurologique (11 cas/21), défaillance multiviscérale (7/21), cardiaque (1/21), indéterminée (2/21).

Concentrations sériques de la protéine S100B à H0

Les données concernant les valeurs sériques de la protéine S-100B à H0 sont reproduites dans le tableau 1 et la figure 1. À ce temps de l’étude, plusieurs constats peuvent être faits :
  • la concentration sérique de la protéine S-100B mesurée était supérieure à la valeur limite de normalité (0,10 μg/L) pour tous les patients au décours de l’arrêt circulatoire (juste après la réanimation) ;
  • les sujets ayant survécu avaient une concentration sérique de la protéine S-100B à H0 inférieure à 0,80 μg/L dans la majorité des cas (5/6) ; le sixième cas avait une concentration élevée (2,36 μg/L) mais qui a diminué très rapidement dès H12 (cf. infra) ;
  • trois patients décédés avaient une concentration de la protéine S-100B inférieure à 0,80 μg/L ;
  • l’origine cardiaque de l’ACR a été associée à une valeur de la protéine S-100B comprise entre 0,79 et 3,39 μg/L et la cause pulmonaire de l’arrêt avait à une valeur comprise entre 0,37 et 15,83 μg/L ;
  • tous les résultats de protéine S-100B supérieurs à 1 μg/L (sauf 1) ont été associés au décès du patient même si les concentrations ont pu diminuer par la suite ;
  • les patients qui avaient une concentration de protéine S-100B très élevée (supérieure à 4 μg/L) étaient ceux qui avaient reçu une réanimation de l’équipe du SMUR tardive, qui pourrait expliquer le passage massif de la protéine S-100B dans la circulation (tableau 1). Par contre, nous n’avons pas retrouvé de corrélation entre la concentration de protéine S-100B à H0 et le délai entre l’ACR et le retour à une activité cardiaque spontané ;
  • pour les sujets ayant eu une évolution défavorable, les concentrations sériques de la protéine S-100B à H0 ne sont pas apparues significativement différentes selon la cause finale du décès, mais on a pu toutefois noter que tous les patients décédés pour des causes neurologiques avaient tous des protéines S-100B très élevées (> 3,0 μg/L).

Les mesures de la concentration sérique de la protéine S-100B à H12, H24 et H48 ont permis de faire les observations suivantes :

  • les cinétiques d’évolution des 6 patients ayant survécu ont toutes montré une décroissance rapide de la protéine S-100B plasmatique. Cette décroissance a été particulièrement importante pour l’unique patient dont la concentration initiale était à 2,36 μg/L, puisque dès H12, la concentration n’était plus que 0,54 μg/L ;
  • les 3 patients décédés qui avaient une concentration de la protéine S-100B < 0,8 μg/L ont eu une augmentation très rapide de la concentration sérique du biomarqueur à partir de H12 ;
  • l’évolution des concentrations plasmatiques de la protéine S-100B entre H12, H24 et H48 n’est pas apparue différente selon la cause du décès.

La figure 2 illustre les cinétiques d’évolution des concentrations sériques de la protéine S-100B chez 4 patients représentatifs de l’étude (2 ayant survécu, 2 étant décédés). A H12, H24 et H48, la cinétique montre bien l’intérêt d’un suivi car les concentrations sanguines de la protéine S-100B des survivants ont nettement décru voire se sont normalisées, alors que pour les patients décédés, la concentration sérique de la protéine S-100B a continué à augmenter ou a montré une réaugmentation secondaire, qui s’est avérée prédictive de l’issue fatale.

La figure 3 synthétise l’évolution des patients après ACR en fonction de la concentration sérique de la protéine S-100B à H0 et de la cinétique d’évolution du biomarqueur dans les jours suivant la récupération.

Discussion

L’arrêt cardiocirculatoire est défini par un arrêt de la circulation ayant pour origine une défaillance de la pompe cardiaque ou du système vasculaire. L’effondrement du débit sanguin cérébral consécutif à cet arrêt engendre des troubles de conscience immédiats qui mettent en jeu très rapidement le pronostic vital. Le patient en situation d’arrêt cardiaque est aréactif, inconscient, ne présente pas de mouvement respiratoire spontané et il y a disparition des pouls carotidien et fémoral. Contrairement à la syncope, qui est liée à une inefficacité cardiaque spontanément réversible, le phénomène d’arrêt cardiocirculatoire est irréversible sans mise en place d’une réanimation, et conduit dans ce cas à l’arrêt irréversible de toutes les fonctions biologiques, et donc au décès.

L’arrêt respiratoire survient 20 à 60 secondes après le début de l’arrêt circulatoire. Il est dû à l’anoxie des centres respiratoires du tronc cérébral. L’action combinée de l’arrêt circulatoire et de l’arrêt respiratoire aboutit rapidement à une acidose métabolique et une anoxie cellulaire. Le pronostic vital et le pronostic fonctionnel cérébral dépendent uniquement de la rapidité et de l’efficacité du traitement instauré. On considère que les lésions ischémiques deviennent irréversibles au niveau cérébral au bout de 4 minutes, délai au-delà duquel il y a mort cérébrale [8].

L’arrêt cardiaque intrahospitalier a fréquemment une origine cardiovasculaire (88 %) ; il s’agit souvent de sujets âgés présentant un arrêt cardiaque suite à une défaillance multiviscérale, et dont les organes sont « trop mauvais pour vivre » (too bad to live) [9]. La survie à l’issue d’un arrêt cardiaque intrahospitalier se situe entre 9 % et 37 % avec une moyenne de 15 % [9, 10].

L’arrêt cardiaque extrahospitalier constitue un enjeu médical majeur tant par sa fréquence que son pronostic très sombre à court terme. Si des taux de survie proche de 30 % ont été rapportés par certains centres pilotes, plus particulièrement aux États-Unis, la survie des patients ayant fait un arrêt cardiaque extrahospitalier n’était encore que de 2 à 3 % en France, dans les années 1990 [11]. Environ 10 % de décès annuels (soit environ 50 000) sont attribués, en France, à une mort subite. L’incidence dans la population générale en est de 1 à 2 pour 1 000. L’étude française Monica a évalué la prévalence de l’origine coronarienne de ces décès aux environs de 60/100 000 chez l’homme et de 10/100 000 chez la femme [12].

L’objectif du travail était de voir si la protéine S-100B pouvait être informative de la survie des patients après arrêt cardiaque extrahospitalier. Les données actuelles sur l’intérêt de la protéine S-100B en biologie clinique fait de cette molécule un biomarqueur pertinent des atteintes lésionnelles aiguës du tissu cérébral (pour revue voir [13]), primitives telles que l’hémorragie intracrânienne [14] ou le traumatisme crânien [4], ou secondaires, par exemple à la chirurgie cardiaque [15]. L’étude rapportée ici était exploratoire et n’a porté que sur un nombre limité de patients. Les conclusions sont résumées ainsi (figure 3) :

  • 95 % des sujets (18/19) ayant une concentration de protéine S-100B à H0 supérieure à 0,80 μg/L sont décédés ; la survie avec une concentration de protéine S-100B élevée est nécessairement associée, dans notre étude, à une évolution cinétique décroissante du biomarqueur à partir de H12 ;
  • 62 % des sujets (5/8) ayant une concentration de protéine S-100B à H0 inférieure à 0,80 μg/L ont survécu à l’ACR ;
  • 100 % des sujets ayant une concentration de protéine S-100B à H0 inférieure à 0,80 μg/L et dont l’évolution cinétique de la protéine S-100B à partir de H12 a été décroissante ont survécu ;
  • 100 % des sujets dont l’évolution cinétique de la protéine S-100B à partir de H12 a été croissante sont décédés.

Cette étude suggère donc que le seuil de 0,80 μg/L pourrait être prédictif, s’il est associé à une évolution favorable des concentrations plasmatiques de la protéine S-100B, d’une issue favorable de l’ACR. Ce résultat apparaît tout à fait en accord avec l’étude de Hachimi-Idrissi et al., portant sur 57 patients, dont les résultats suggèrent qu’une valeur-seuil de la concentration plasmatique de la protéine S-100B de 0,70 μg/L pouvait être considérée comme déterminante pour prédire la survie ou non du patient [16].

Chez les patients n’ayant pas survécu à l’arrêt cardiaque, ni les concentrations sériques de protéine S-100B ni l’évolution cinétique du biomarqueur jusqu’à H48 ne sont apparues significativement différentes selon la nature du décès du patient, même lorsqu’elle était neurologique. Il est probable que la gravité de l’atteinte organique et la gravité des séquelles fonctionnelles (neurologiques ou non) chez ces sujets sont responsables d’une libération de la protéine S-100B cérébrale importante, liée à des modifications de l’hémodynamique cérébrale, immédiate dans les premières minutes de l’arrêt cardiaque et prolongée dans les heures qui le suivent. Néanmoins, le suivi neurologique des patients aurait été intéressant dans ce travail (survivants ou finalement décédés après l’ACR) et sera utile à inclure dans une étude plus large, pour préciser les variations de la concentration sérique de la protéine S-100B selon l’intensité des dommages cérébraux ou des séquelles neurologiques consécutives à un ACR. Ils viendront alors compléter les résultats des études de Grubb et de Prohl montrant que le dosage de la protéine S-100B dans les premières heures suivant un ACR peut aider à identifier les patients survivants chez lesquels persistera un déficit cognitif [17, 18].

Conclusion

L’expression sélective de la protéine S-100B par les cellules gliales du tissu cérébral peut être mise à profit pour la détection de lésions du tissu nerveux, au cours de pathologies neurologiques ou d’accidents lésionnels d’origine traumatique ou vasculaire. La présente étude a permis de suivre l’évolution des concentrations sériques de la protéine S-100B chez des patients en arrêt cardiorespiratoire survenu à l’extérieur de l’hôpital. Les résultats sont en faveur d’un rôle informatif de la protéine S-100B dans la survie des patients après arrêt cardiaque extrahospitalier. De plus, l’étude souligne que le seuil de 0,80 μg/L associé à une évolution favorable des concentrations de protéine S-100B, pourrait être prédictif d’une issue favorable de l’arrêt cardiorespiratoire. Une étude sur une plus large cohorte de cas permettra de confirmer ces données préliminaires et positionner le biomarqueur S-100B comme élément de prédiction de l’issue de la réanimation après arrêt cardiaque.

Remerciements

Les auteurs remercient l’ensemble des équipes de SMUR et de réanimation qui ont pris en charge les patients de l’étude, et plus particulièrement les docteurs P. Robcquin et J. Kergueno.

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