ARTICLE
Auteur(s) : B Nayl1, A
Cabrespine-Faugeras2, YM Maliki2, J-O Bay2
1Centre Jean-Perrin, Département de médecin
oncologique, 58, rue Montalembert, 63011 Clermont-Ferrand,
France
2Hôtel-Dieu, Service de thérapie cellulaire
et d’hématologie clinique adultes, 11, boulevard
Léon-Malfreyt, 63011 Clermont-Ferrand, France
Article reçu le 30 Octobre 2009, accepté le 3 Novembre 2009
Introduction
Le cancer de l’ovaire est une maladie relativement peu fréquente
avec 4 488 nouveaux cas en France en 2000 [1]. Pourtant il
constitue la quatrième cause de décès par cancer chez la femme
(3 338 décès en 2005) [2]. Ce sombre pronostic
s’explique en partie par un diagnostic souvent tardif puisque
2/3 des cas sont des stades avancés d’emblée, stades III ou IV
de la classification Figo (Fédération internationale de gynécologie
et d’obstétrique). L’histologie la plus fréquente de ces tumeurs
malignes est épithéliale.
Le traitement de première ligne des cancers de l’ovaire de stade
avancé est actuellement bien codifié. Il doit comporter d’une
part, une chirurgie dite de « staging » et de cytoréduction
maximale, et d’autre part un traitement médical dont le standard
actuel est six cures de chimiothérapie associant paclitaxel
(175 mg/m2 de surface corporelle) et carboplatine
(AUC 5 à 7,5) sur un jour tous les vingt-et-un jours [3].
Cette prise en charge permet d’obtenir une rémission complète
clinique chez 75 % des patientes. Malheureusement 70 % d’entre
elles vont rechuter dans les cinq ans, avec une médiane de survie
sans progression de seulement dix-huit mois [4]. L’émergence d’une
chimiorésistance est classiquement observée à ce stade de la
maladie.
Depuis plusieurs années, l’amélioration de la prise en charge
des cancers de l’ovaire avancés en première ligne ou en rechute
s’est en partie effectuée sur la base de deux concepts.
Le premier est d’augmenter le taux de réponse en utilisant une
forte dose de chimiothérapie délivrée suivi d’une réinjection de
cellules souches hématopoïétiques (CSH) autologue en raison de la
toxicité médullaire définitive. Le deuxième concept est
l’obtention potentielle d’un effet antitumoral immunologique après
allogreffe de CSH.
Nous avons ici pour objectif de présenter les données actuelles
de la chimiothérapie à forte dose et l’intérêt potentiel des
traitements allogéniques dans les cancers épithéliaux de
l’ovaire.
Traitement de consolidation par chimiothérapie
à forte dose
Le concept de dose-intensité
La recherche d’un traitement de consolidation est sous-tendue par
plusieurs données expérimentales.
D’une part, il existe une relation effet-temps pour la plupart
des agents cytotoxiques. Chacun d’entre eux agit à une phase donnée
du cycle cellulaire. Or, à l’intérieur de la tumeur, toutes les
cellules ne sont pas synchrones. Prolonger la durée d’interaction
entre la molécule cytotoxique et les cellules tumorales qui
poursuivent leur cycle peut donc permettre de détruire plus de
cellules. La durée d’exposition des tumeurs à la
chimiothérapie joue un rôle d’autant plus important que les
cellules tumorales ont une croissance lente. C’est d’ailleurs pour
cette raison que le schéma d’administration de certaines drogues se
fait sur plusieurs heures voire jours. En revanche, il est plus
difficile d’appréhender l’effet de la prolongation d’une
chimiothérapie au-delà de l’obtention d’une réponse tumorale
apparemment complète. C’est pourtant dans l’espoir d’éradiquer une
maladie micrométastatique non détectable cliniquement qu’ont été
développés les traitements adjuvants. Ainsi le modèle de Withers
dans le cancer du sein montrait qu’une chimiothérapie adjuvante
pouvait permettre de diminuer d’un coefficient 100 le nombre
de cellules tumorales résiduelles [5]. Donc continuer une
chimiothérapie au-delà de la réponse complète pour entretenir
celle-ci serait la finalité théorique de toute thérapeutique
adjuvante complémentaire.
D’autre part, il est décrit une relation effet-dose des
cytotoxiques, c’est-à-dire qu’il existe un lien entre la dose de
chimiothérapie délivrée et la toxicité produite sur les cellules
tumorales. On admet que la forme de la courbe dose-réponse est
sigmoïde avec un seuil, une phase linéaire puis un plateau. Skipper
a montré, chez l’animal, qu’une réduction de dose dans la phase
linéaire de la courbe entraînait une chute du taux de guérison,
avant même que l’on note une diminution significative du taux de
rémission complète [6]. Par ailleurs, dans le modèle de Norton et
Simon, le taux de régression tumorale est directement proportionnel
à la dose de chimiothérapie administrée et au taux de croissance de
la tumeur [7]. Ainsi, en augmentant la dose de cytotoxique, on
pourrait être plus efficace sur la tumeur résiduelle. Bien sûr, en
pratique clinique, ce concept est limité par les effets secondaires
induits par le traitement, c’est-à-dire par un index thérapeutique
souvent faible.
Un des moyens d’augmenter le taux de réponse en augmentant la
dose de chimiothérapie délivrée localement au niveau des lésions
tumorales, peut être d’augmenter les posologies des drogues
administrées. La chimiothérapie intensive a montré son
efficacité en onco-hématologie et dans quelques tumeurs solides
particulièrement chimiosensibles comme les cancers du testicule.
Qu’en est-il du cancer de l’ovaire connu comme possédant une
fréquente chimiosensibilité initiale ?
Rationnel de la dose-intensité
Dans une étude reprenant les données de 75 essais randomisés,
Levin et Hryniuk, en 1987, montrent, en situation de première ligne
de chimiothérapie, une corrélation significative entre la
dose-intensité de cisplatine délivrée et les taux de réponse et de
survie [8]. Cela est d’autant plus net lorsque le cisplatine est
utilisé en monothérapie (p < 0,02). En revanche, cet effet ne se
retrouve pas pour d’autres cytotoxiques comme le cyclophosphamide
ou l’adriamycine. Par ailleurs, les auteurs soulignent la
supériorité des polychimiothérapies par rapport aux protocoles de
monothérapies, notamment lorsque les associations comprennent
des sels de platine. L’idéal est bien sûr d’utiliser des drogues
sans résistance croisée.
Ce concept de dose-intensité a été la source de nombreuses
études aux résultats toutefois limités dans les tumeurs solides et
plus spécifiquement dans les cancers de l’ovaire. En 1995, le
Gynecologic Oncology Group (GOG) publie les résultats d’un essai
comportant 485 patientes avec un cancer de l’ovaire avancé
recevant soit un schéma standard (cyclophosphamide
500 mg/m2 et cisplatine 50 mg/m2
toutes les trois semaines pendant huit cycles), soit un schéma
intensif (cyclophosphamide 1 000 mg/m2 et
cisplatine 100 mg/m2 toutes les trois semaines
pendant quatre cycles) [9]. Les taux de réponse, la durée de
la rémission et la survie sont similaires dans les deux groupes.
Cependant les toxicités sont significativement plus élevées dans le
bras correspondant à une dose-intensité doublée.
Kaye, lui, montre que le bénéfice apporté par son schéma
intensif s’estompe avec le temps, surtout si le résidu tumoral
post-chirurgical est inférieur à 2 cm [10]. En effet, alors
que lors des premiers résultats, avec un recul de deux ans, le
risque relatif de décès était de 0,52 (p = 0,000 8), avec
un recul de près de cinq ans, les taux de survie des deux bras sont
quasi-identiques : 32,4 % dans le bras haute-dose et 26,6 % dans le
bras conventionnel (p = 0,043). En revanche, la
neurotoxicitépersiste encore chez 10 patients du bras
intensif.
Une méta-analyse achève de confirmer l’absence d’intérêt de
l’augmentation de la dose-intensité du cisplatine, du moins à ces
taux relativement faibles de l’ordre d’un facteur deux. Elle
regroupe les données de 38 études, soit
4 118 patientes [11]. Il n’y a pas de corrélation
significative entre la survie globale et la dose-intensité du
cisplatine à chaque cycle ou sa dose-intensité globale (tenant
compte de la totalité des cures administrées). En revanche, la
dose-intensité globale de la chimiothérapie (tenant compte de
l’ensemble des drogues et de l’ensemble des cycles reçus) influence
très significativement le pronostic. Une dose-intensité inférieure
à celle d’un protocole associant cyclophosphamide
750 mg/m2 et cisplatine 75 mg/m2
toutes les trois semaines pour six cures ne permet qu’à
1/3 des patientes de vivre plus de 20 mois, alors
qu’elles sont 70 % en cas de dose-intensité supérieure.
Pourtant, les cancers de l’ovaire sont un bon modèle pour
l’étude de l’intensification thérapeutique : ils sont
chimiosensibles, notamment aux agents alkylants, et il existe un
effet-dose, notamment pour les sels de platine. Par ailleurs, les
modèles in vitro, montrent qu’il est nécessaire d’augmenter cinq
fois la dose-intensité du cisplatine pour espérer empêcher
l’émergence de résistance au platine. Cependant, à ces posologies,
l’hématotoxicité est rédhibitoire. Il est donc nécessaire
d’avoir recours à un support de cellules souches
hématopoïétiques.
Résultats en première ligne
Tout d’abord, l’intensification a été évaluée chez des patientes
encore naïves de tout traitement et donc présentant des tumeurs
sensibles aux sels de platine. Ainsi, dans un essai de phase II,
Aghajanian s’intéressent à 56 patientes prises en charge pour
un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué, après une
chirurgie de cytoréduction [12]. Le traitement débute par un
cycle de mobilisation des cellules souches hématopoïétiques avec
une association de paclitaxel et de cyclophosphamide puis ont lieu
trois cycles de carboplatine haute dose (1 g/m2) et
paclitaxel et un dernier cycle de melphalan haute dose
(140 mg/m2), avec entre chaque cycle une
réinjection de cellules souches hématopoïétiques. Les taux de
réponse observés ne sont pas supérieurs à ceux des traitements
conventionnels avec seulement 13 % de réponse en cas de stade III
ou IV avec chirurgie sub-optimale. En revanche, les effets
secondaires sont nombreux et sévères puisque l’ensemble des
patientes ont été réhospitalisées pour neutropénie fébrile.
Le type de chimiothérapie intensive influence peu la survie à
long terme.
De façon plus générale, les protocoles d’intensification sont
très variables d’une équipe à l’autre. Les deux drogues les
plus utilisées restent cependant le melphalan et le
cyclophosphamide [13-15].
Récemment, Möbus a publié une phase III qui regroupe deux études
débutées en 1998 et stoppées en 2004 par défaut de
recrutement [16]. Elle comprend 146 patientes, présentant un
cancer de l’ovaire de stade IIB, IIC, III ou IV qui sont
randomisées, juste après la chirurgie de cytoréduction première,
entre un bras de chimiothérapie standard par paclitaxel
175 mg/m2 et carboplatine AUC 5 toutes les
trois semaines pour six cures et un bras intensif comportant deux
cures d’induction par cyclophosphamide 3 g/m2 et
paclitaxel 200 ou 250 mg/m2 avec recueil de
cellules souches puis trois cures d’intensification par
carboplatine AUC 20, paclitaxel et melphalan à la dernière cure.
La toxicité, notamment hématologique, est bien sûr importante
mais contrôlable puisque les auteurs ne déplorent qu’un seul décès
toxique. En revanche, elle perturbe le déroulement du traitement
puisque seulement 66 % des patientes du bras intensif ont reçu
toutes les cures prévues alors qu’elles sont 90 % dans le bras
standard. En terme de résultats, cet essai n’est pas en faveur de
la chimiothérapie haute dose puisque la survie sans récidive,
objectif principal, n’est pas significativement différente d’un
bras à l’autre (29,6 mois dans le bras haute dose vs
20,5 mois dans le bras standard, p = 0,4). Il en est de
même pour la survie globale (62,8 mois vs 54,4 mois, p =
0,54). Il ne semble donc pas y avoir d’indication à la
chimiothérapie intensive en première ligne de traitement du cancer
de l’ovaire avancé. Les autres essais de phase III menés
confirment les résultats de cette étude. Les autres études de
phase III en première ligne de traitement du cancer de l’ovaire ont
également révélé des résultats décevants. L’étude de Curé et le
groupe GINECO n’a pas démontré de bénéfice de fortes doses de
carboplatine-cyclophosphamide versus les doses conventionnelles
utilisées en consolidation [17]. Enfin, l’étude récente du GINECO
évaluant du cyclophosphamide forte dose associée au cisplatine
versus des doses standards démontre une augmentation de la toxicité
sans amélioration de l’efficacité [18].
Résultats en situation de rechute
Des essais de chimiothérapie intensive avec carboplatine,
mitoxantrone ou cyclophosphamide réalisée en situation de
rattrapage chez des patientes en rechute de cancer de l’ovaire
montraient un taux de réponse élevé (50 à 85 %) mais au prix
d’une toxicité importante (taux de décès de 10 à 20 %) et avec
une durée de réponse courte (3 à 8 mois) [19, 20].
Récemment, une phase I (ITOV 01) a été réalisée évaluant le
topotecan à fortes doses chez des patientes présentant un cancer de
l’ovaire en première rechute [21]. L’objectif de cette étude était
de déterminer la faisabilité de l’escalade de dose du topotécan
avec support de cellules souches sanguines et d’en déterminer la
dose maximale tolérée (DMT), La DMT retenue a été de
9 mg/m2/j pendant 5 jours. L’évaluation du
topotecan à hautes doses en association avec le carboplatine sous
couvert d’un support de cellules souches hématopoïétiques dans le
traitement des carcinomes ovariens en première rechute avec un
intervalle libre sans platine de 6 à 12 mois (ITOV 04)
est en cours de réalisation.
Existe-t-il des prédictifs de l’intérêt
de la dose intensité
L’analyse de Stiff étudie les facteurs pronostiques chez cent
patientes ayant bénéficié d’une autogreffe après intensification
pour des cancers de l’ovaire avancés entre 1989 et 1996 [20].
Les situations cliniques et les schémas de traitement sont
très variables mais il apparaît nettement que les facteurs
pronostiques les plus puissants sont la sensibilité aux sels de
platine et l’importance du résidu tumoral post-chirurgical. Ainsi,
le sous-groupe des 20 patientes sensibles au platine et ayant
un résidu tumoral de moins d’un centimètre a des médianes de survie
sans récidive de 19 mois et de survie globale de 30 mois
alors que celles de l’ensemble du groupe sont de 7 et
13 mois respectivement.
Les conclusions de l’étude japonaise de Shinozuka sont les mêmes
puisque les auteurs retrouvent une survie à 5 ans de 74,3 %
chez les patientes initialement de stades III et IV avec un résidu
tumoral compris entre 0 et 0,5 centimètre alors qu’elle
est de 58,1 % pour l’ensemble des stades III et de 33,7 % pour les
stades IV (p < 0,01) [13]. Par ailleurs, ils soulignent aussi
que les tumeurs de types histologiques les plus résistants aux sels
de platine, comme les adénocarcinomes mucineux ou ceux à cellules
claires, bénéficient moins de ces traitements agressifs avec une
survie à 5 ans de 27,5 %. Cependant, ce groupe ne représente
que 15 patientes sur 90, il est donc difficile de conclure de
manière certaine sur ces chiffres.
Enfin, la reprise des registres de l’ European Group for Blood
and Marrow Transplantation (EBMT), montre un plus grand bénéfice en
cas de chimiothérapie haute dose en situation de rémission avec une
médiane de survie de 33 mois vs 14 mois (p =
0,000 1) [22]. Et la durée de réponse est plus longue si la
greffe a lieu lors de la première rémission plutôt que lors de la
deuxième (18 vs 9 mois [p = 0,005]). Enfin, la qualité de
la chirurgie de cytoréduction reste d’une importance capitale,
comme l’a montré la méta-analyse de Bristow [23].
Allogreffes de cellules souches hématopoïétiques
L’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques est un traitement
avéré pour de nombreuses hémopathies malignes. Le bénéfice de
ce type de traitement n’est pas seulement dû à la chimiothérapie
administrée avant injection des CSH mais est surtout largement lié
à un effet immunitaire appelé effet « graft-versus-leukemia » dû à
la transplantation de cellules immunitaires du donneur accompagnant
le tissu hématopoïétique.
Aspects théoriques et données
de la littérature
Des études récentes chez des modèles animaux ou d’autres
expériences pré-cliniques suggèrent qu’un effet greffe versus
tumeur (GvT), analogue à l’effet greffe versus leucémie (GvL),
semble exister dans les tumeurs solides comme le rein, le sein ou
l’ovaire [24]. La première mise en évidence d’un effet GvT
analogue à l’effet GvL, provient d’une étude chez l’animal chez un
modèle de souris présentant un cancer mammaire. Les souris
ayant reçu une allogreffe de CSH présentent une meilleure survie
que les souris avec une autogreffe de CSH. De plus, des
cellules T allogéniques ciblant des antigènes mineurs
d’histocompatibilité sont détectées chez les souris ayant reçu une
allogreffe et non dans le groupe ayant reçu une autogreffe [25].
Les tumeurs ovariennes présentent très souvent un infiltrat
riche en lymphocyte. Récemment, ces cellules T intratumorales ont
été associées avec une amélioration de la survie (73,9 % versus
11,9 %) [26]. Des immunothérapies comme
l’interleukine-2 systémique ou intrapéritonéale [27-29] et le
transfert adoptif de lymphocytes T spécifiques d’antigènes de
tumeurs (TIL) [30] ont été testés avec succès, attestant ainsi
l’immunogénicité potentielle des cancers de l’ovaire. Bien qu’à
l’heure actuelle la preuve directe de l’efficacité de
l’immunothérapie dans le cancer de l’ovaire par un essai clinique
prospectif manque, une association entre l’immunité antitumorale et
le devenir clinique a été démontré [31].
Enfin, des antigènes associés à la tumeur ont été mis en
évidence soulignant l’intérêt immunologique de l’allogreffe de CSH.
Ainsi, OVA66 et NY-ESO-1 ont la capacité d’induire la
production d’immunoglobulines G [32, 33]. Ces antigènes
pourraient donc collaborer avec les lymphocytes T infiltrants la
tumeur pour influencer significativement le devenir des patientes
présentant un cancer de l’ovaire. À titre d’exemple dans les
cancers du rein, l’équipe de Childs et al. a identifié
CT-RCC-1, un antigène associé à la tumeur provenant de patients
ayant reçu une allogreffe de CSH pour un carcinome rénal. Cet
antigène est en effet la cible des cellules T CD8+, à l’origine de
la régression tumorale chez les patients ayant présenté une «
graft-versus host disease » (GvHD) [34]. Indiscutablement, la
détection de cellules T réactives ou d’auto-anticorps dirigés
contre ces antigènes dans le sang des patients afin de cibler les
patients réactifs pourrait être intéressante avant l’allogreffe de
CSH.
Traitement du cancer de l’ovaire par allogreffe
de CSH
En 2002, Bay et al. ont présenté les résultats de 5 patients
présentant un cancer de l’ovaire chimiorésistant ayant reçu une
allogreffe de CSH. Les 4 patientes avec une réponse ont
présenté une GvH aiguë ou chronique. Parmi ces patientes,
3 ont reçu un conditionnement réduit attribuant
préférentiellement la réponse à l’effet « greffe versus tumeur »
plutôt qu’à la chimiothérapie [35].
En 2003, l’équipe de Hanel et al. présente le cas similaire
d’une patiente présentant un cancer de l’ovaire chimiorésistant
ayant reçu une allogreffe de CSH après conditionnement réduit [36].
Après développement d’une GvH aiguë, la patiente a présenté une
réponse complète.
Récemment, une étude rétrospective multicentrique a été menée
dans le cadre de l’EBMT chez 30 patientes allogreffées pour un
cancer de l’ovaire entre 1995 et 2005 [37]. Les patientes
présentaient un cancer de l’ovaire stade III-IV. Neuf patientes ont
été incluses dans un essai de phase II, ITAC 04-02, évaluant
l’allogreffe après conditionnement réduit. Cette étude n’avait pas
été analysée à cause d’un recrutement faible. Les données ont
donc été rassemblées avec celles de la base de données EBMT.
Seulement 2 patientes ont reçu une allogreffe après
conditionnement standard, les autres ont toutes reçu un
conditionnement réduit. Avant l’allogreffe, les patientes étaient
en réponse complète (n = 1), réponse partielle (n = 7), maladie
stable (n = 11) ou en progression (n = 13). Une réponse objective a
été observée chez 50 % (95 % CI, 33-67) des patientes. Cinquante
pour-cent (95 % CI, 33-67) des patientes en réponse ont présenté
cette réponse suite au développement d’une GvH aiguë. L’incidence
cumulative de GvH chronique était de 34 % (95 % CI, 18-50). Parmi
les 7 patientes ayant reçu des DLI (Donor Lymphocyte
Infusion), seulement une a présenté une réponse objective après
développement d’une GvH chronique. Le taux de mortalité dû à
l’allogreffe était de 7 % et 20 % respectivement à 100 jours
et 1 an post-greffe. La survie sans progression médiane
était de 6 mois. Avec un suivi médian de 74,5 mois, la
survie globale était de 10,4 mois. Les patientes qui ont
développé une GvH chronique ont une survie globale
significativement améliorée en comparaison des autres patientes
(17,6 mois versus 6.5 mois, p = 0,042).
Ces résultats confirment donc le contrôle tumoral potentiel
des mécanismes immunitaires. La mise en évidence de l’effet
GvT reste cependant circonstancielle et difficile à valider compte
tenu des caractères rétrospectifs des études menées à ce jour et du
faible nombre de patientes. Ces résultats sont cependant en
accord avec d’autres résultats publiés récemment dans le cancer de
l’ovaire. Notamment, la mise en évidence de la contribution des
lymphocytes T pour le contrôle antitumoral [38, 39]. De plus,
de nouvelles drogues ciblant avec des mécanismes d’action
similaires à celui de la GvH autologue comme les anticorps
anti-CTLA4 sont actuellement en cours d’essai cliniques dans
des tumeurs solides comme le cancer de la prostate [40].
Conclusion
L’autogreffe de CSH a été largement étudiée en première ligne de
traitement des cancers de l’ovaire épithéliaux avancés.
Les phases III récentes mettent en évidence une amélioration
de la survie sans progression mais qui ne se répercute
malheureusement pas sur la survie globale. De plus, la
comparaison avec des doses standard de chimiothérapie démontre une
augmentation de la toxicité sans amélioration de l’efficacité. En
situation de rechute, les taux de réponse sont élevés mais au prix
d’une toxicité également importante et avec une durée de réponse
très courte. Le topotecan haute dose en association avec le
carboplatine est actuellement en cours d’évaluation. À l’heure
actuelle, la stratégie d’autogreffe dans le cancer de l’ovaire
n’est validée dans aucun référentiel et la greffe ne doit donc pas
être réalisée hors protocole.
L’allogreffe de CSH présente un intérêt potentiel de par le
contrôle antitumoral immunogénique engendré mais reste grevée d’une
morbidité certaine. L’équipe de Blaise et al. a montré que
l’allogreffe de CSH doit être réalisée chez des patientes avec une
maladie résiduelle très faible car une maladie évolutive avant
l’allogreffe est de mauvais pronostic [41]. Par conséquent, les
stratégies thérapeutiques pour diminuer la maladie résiduelle
pré-greffe présentent un intérêt. L’amélioration de la survie sans
progression par la chimiothérapie intensive associée avec l’effet
immunogénique d’une allogreffe de CSH dans le cadre d’un tandem
autogreffe-allogreffe, stratégie déjà utilisée dans le traitement
du myélome [42], pourrait avoir un intérêt pour améliorer le
traitement des cancers de l’ovaire avancés. Il existe donc un
rationnel pour cibler les quelques patientes pour lesquelles ce
tandem pourrait peut-être avoir un intérêt thérapeutique.
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