ARTICLE
Auteur(s) : E Leblanc, F Narducci, D Querleu, P
Morice
Le cancer épithélial de l’ovaire représente, en 2000 en France,
avec 4 400 nouveaux cas par an, la cinquième cause de
cancer féminin après les cancers du sein, colorectaux, de
l’endomètre, et du poumon. Compte tenu de sa découverte à un stade
avancé dans 75 % des cas, il est la quatrième cause de décès par
cancer chez la femme (après sein, colorectal, et poumon). Mais il
est de loin la plus redoutable des néoplasies gynécologiques avec
3 500 décès pour 4 400 cas ! (source :
http://www.e-cancer.fr/v1 — Institut national du
cancer/National Cancer Institute).
Si la chirurgie et la chimiothérapie restent les piliers du
traitement de cette tumeur, leurs rôles respectifs font depuis de
nombreuses années l’objet de débats… encore passionnés. L’objectif
de ce numéro spécial est de faire le point, en 2009, des données de
la littérature récente et de leur impact sur nos pratiques
actuelles et futures.
La prise en charge et les résultats de survie des cancers
avancés de l’ovaire continuent de s’améliorer en 2009, comme en
témoignent les résultats de survie à travers le monde.
Les récentes publications des recommandations de l’INCa sur ce
thème vont dans ce sens (source : http://www.e-cancer.fr
— Institut national du cancer/National Cancer Institute).
Ainsi, le dogme de la chirurgie à résidu « optimal », dont la
taille est reconnue partout comme un élément pronostique fort de
survie de ces patientes, relève désormais du passé.
Le but actuel d’une chirurgie pour carcinose d’origine ovarienne
est l’absence de résidu macroscopiquement visible en fin
d’intervention. Toutefois, il est clair qu’en pratique, cet
objectif ne peut être constamment atteint sans voir grimper en
flèche les taux de morbimortalité périopératoire. Aussi, le moment
de cette chirurgie complète doit être choisi, en prenant en compte
l’étendue des lésions et l’état général de la malade souvent altéré
par l’âge, les comorbidités et l’évolution de la maladie. Bien que
non encore publié, à ce jour, mais communiqué oralement [1], le
message principal de l’essai randomisé EORTC 55971, comparant
chirurgie d’emblée versus chirurgie d’intervalle, est bien celui-là
: opérer de façon optimale (un résidu ≤ 1 cm était admis) à
trois cures une malade qui ne peut l’être d’emblée ne présente pas
d’effet délétère sur sa survie, mais diminue significativement la
morbidité de la chirurgie (Lecuru et al.). Bien que très
intéressant par ses conclusions, cet essai est matière à
discussions sur plusieurs points, comme par exemple le critère de
chirurgie optimale qui n’est plus d’actualité, les survies sont
certes équivalentes mais faibles dans les deux bras, en deçà des
résultats de la littérature pour de la chirurgie optimale. Aussi,
il serait intéressant de comparer les survies de patientes
opérables complètement d’emblée (sans résidu visible, après
évaluation radiologique et endoscopique) après les avoir
randomisées entre chirurgie d’emblée et après trois cures. Mais, vu
les difficultés qu’il y a eues à terminer l’essai EORTC, il est peu
probable qu’une telle étude voit le jour. En effet, il ne faut pas
en conclure trop vite que toutes les carcinoses ovariennes doivent
être traitées par la chimiothérapie néoadjuvante. La leçon est
que la chirurgie doit être complète quel qu’en soit le moment, et
ce but peut être atteint d’emblée dans bon nombre de cas (Querleu
et al.).
Il faut donc sélectionner les patientes à une chirurgie
d’emblée. Pour cela on dispose de l’imagerie médicale, scanner et
IRM, dont les performances s’améliorent régulièrement (Bailly
et al.), et de la laparoscopie. Celle-ci devient associée aux
méthodes d’imagerie, un élément essentiel pour la prise de
décision, pourvu qu’elle soit réalisée par un chirurgien rompu aux
techniques de chirurgie de l’ovaire avancé (Chéreau et al.). À
noter que le TEP-scanner, au-delà de son intérêt dans la détection
des récidives a probablement aussi un rôle à jouer dans
l’évaluation de l’extension initiale et la réponse aux traitements
(Grahek et al.). Enfin, une sélection encore plus fine des
malades par biologie moléculaire, encore à ses débuts [2] pourra
peut-être aussi contribuer à aider le clinicien dans ce choix
nécessairement multidisciplinaire.
Pour parvenir à un résidu opératoire nul, des procédures
chirurgicales parfois importantes et qui dépassent le domaine de la
seule chirurgie gynécologique doivent être mises en œuvre (Lefranc
et al.). Elles peuvent nécessiter des résections viscérales de
l’abdomen supérieur qui ne doivent pas être des « obstacles » à la
réalisation d’une chirurgie complète (Leblanc et al.).
Mais le résidu non macroscopiquement visible est encore un seuil
très imparfait puisque, à terme, la récidive locale reste quasiment
constante. En effet, en dépit d’une efficacité immédiate reconnue,
la toxicité des chimiothérapies actuelles est réelle et n’empêche
malheureusement pas la récidive dans bon nombre de cas.
Les recherches dans de nouvelles substances (Lhomme
et al.) et surtout l’arrivée de nouvelles thérapies ciblées
(comme les traitements antiangiogéniques ou antirésistance à la
chimiothérapie, etc.) et le développement parallèle d’autres
approches, comme l’immunothérapie, sont d’autres sources
importantes d’espoir (Pautier et al.).
L’objectif futur est clairement de franchir une autre étape pour
aboutir à un résidu non visible microscopiquement. On connaît les
résultats des anciennes chirurgies dites de second look,
actuellement abandonnées du fait de leur mauvaise sensibilité.
Le développement d’une nouvelle imagerie interne, comme la
photodétection des résidus rendus fluorescents [3-5] par
laparoscopie, par exemple, ou la quantification de la maladie
résiduelle par biologie moléculaire, nous permettront peut-être d’y
parvenir avec plus de précision. C’est aussi vers les traitements
locaux (intrapéritonéaux sans ou avec hyperthermie), associés aux
traitements systémiques, que les espoirs actuels se tournent. Mais
s’ils semblent efficaces dans les carcinoses péritonéales (dans
l’ovaire pour la chimiothérapie intrapéritonéale froide et dans
d’autres domaines pour la chimiohyperthermie), ils présentent une
morbidité parfois rédhibitoire, et des recherches dans ce domaine
doivent donc se poursuivre (Ferron et al.).
Il n’y a pas de fatalité aux mauvais résultats des cancers de
l’ovaire. Il devient clair qu’ils ne dépendent pas que d’un
seul acteur ou d’une équipe. En effet, la prise en charge moderne
des cancers de l’ovaire évolué ne devrait plus s’improviser. Elle
doit aujourd’hui respecter des critères de qualité et un
environnement multidisciplinaire adéquat (Querleu et al.). En
effet, au-delà des compétences du chirurgien, ce sont au moins
aussi celles de toute l’équipe qui l’entoure
(anesthésistes-réanimateurs, oncologues médicaux, imageurs,
infirmières, etc.) qui contribuent à l’amélioration des résultats
sans omettre l’institution hospitalière elle-même, qui doit
pourvoir aux moyens techniques, technologiques, et de recherche
indispensables à l’accomplissement de cette mission d’intérêt
national.
Références
1 Vergote I. Randomised trial comparing primary debulking surgery
(PDS) with neoadjuvant chemotherapy (NACT) followed by interval
debulking (IDS) in stage IIIC-IV ovarian, fallopian tube and
peritoneal cancer. EORTC 55971. Proceedings IGCS congress Bangkok
2008.
2 Berchuck A, Iversen ES, Lancaster JM,
Dressman HK, West M, Nevins JR, et al.
Prediction of optimal versus suboptimal cytoreduction of
advanced-stage serous ovarian cancer with the use of microarrays.
Am J Obstet Gynecol 2004 ; 190 : 910-25.
3 Regis C, Collinet P, Farine MO, Mordon S.
Comparison of aminolevulinic acid- and hexylester
aminolevulinate-induced protoporphyrin IX fluorescence for the
detection of ovarian cancer in a rat model. Photomed Laser Surg
2007 ; 25 : 304-11.
4 Zeisser-Labouebe M, Delie F, Gurny R,
Lange N. Benefits of nanoencapsulation for the
hypercin-mediated photodetection of ovarian micrometastases. Eur J
Pharm Biopharm 2009 ; 71 : 207-13.
5 Hillemanns P, Reiff J, Stepp H, Soergel P.
Lymph node metastasis detection of ovarian cancer by porphyrin
fluorescence photodetection: case report. Lasers Med Sci
2007 ; 22 : 131-5.
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