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Profil histo-épidémiologique des tumeurs ovariennes de l’enfant au Togo : à propos de 32 cas


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 6, 709-12, juin 2009, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2009.0878

Résumé   Summary  

Auteur(s) : K Amégbor, T Darre, A-K Alfa, G Napo-Koura , Anatomie et cytologie pathologiques, faculté mixte de médecine et de pharmacie, université de Lomé, BP 1515, Lomé, Togo.

Résumé : ObjectifLes tumeurs ovariennes de l’enfant sont rares. Le but de ce travail était de décrire les aspects épidémiologiques et histopathologiques de ces tumeurs au Togo.Matériel et méthodesIl s’est agi d’une étude rétrospective et descriptive portant sur les tumeurs ovariennes diagnostiquées chez les enfants âgés de 0 à 15 ans, sur une période de 20 ans (1988 à 2007), au laboratoire d’anatomie pathologique du CHU de Tokoin de Lomé, Togo.RésultatsAu cours de notre période d’étude, nous avons colligé 32 tumeurs ovariennes de l’enfant soit en moyenne 1,6 cas par an. Ces tumeurs représentaient 8,16 % de l’ensemble des tumeurs ovariennes. L’âge moyen des patientes était de 10,7 ans avec des extrêmes de 1 et 15 ans. Au plan histologique, il s’agissait de tumeurs germinales dans 40,6 % des cas (tératome mature : 34,4 % \; tératome immature : 3,1 % \; tumeur du sinus endodermique : 3,1 %), de tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels dans 21,8 % des cas (tumeur de la granulosa : 18,7 % \; fibrome : 3,1 %) et de lymphomes de Burkitt dans 37,6 % des cas.ConclusionLes tumeurs ovariennes de l’enfant, bien que peu fréquentes, existent au Togo et sont dominées par le lymphome de Burkitt.

Mots-clés : tumeurs ovariennes, enfant, épidémiologie, histopathologie, Togo

ARTICLE

Auteur(s) : K Amégbor, T Darre, A-K Alfa, G Napo-Koura

Anatomie et cytologie pathologiques, faculté mixte de médecine et de pharmacie, université de Lomé, BP 1515, Lomé, Togo

Article reçu le 4 Février 2009, accepté le 16 Février 2009

Introduction

Les tumeurs ovariennes sont rares chez l’enfant. Elles sont le plus souvent malignes, se présentant sous l’aspect d’une maladie d’évolution fatale dans les pays en développement, car diagnostiquées à un stade avancé avec envahissement des organes pelviens et des métastases limitant l’action médicale [1, 2]. Leur fréquence est par conséquent sous-estimée, car les patientes décèdent le plus souvent avant la confirmation histologique. À l’instar de la plupart des pays en développement, le Togo ne dispose pas de données épidémiologiques sur ces tumeurs. Le Togo est, en effet, un petit pays de la côte ouest-africaine de 56 600 km2, avec 6 145 000 d’habitants, une croissance démographique de 2,7 % et une espérance de vie à la naissance de 54 ans. La population est très jeune (50 % de moins de 15 ans, 60 % de moins de 20 ans) et le taux de séroprévalence du VIH, dans la population adulte, y est passé de 1 % en 1987 à 6 % en 2000 et à 4,5 % en 2004 [3]. Le but de notre travail était de décrire les aspects épidémiologiques et histologiques des tumeurs ovariennes de l’enfant au Togo.

Matériel et méthodes

Notre étude de type rétrospectif et descriptif a été menée au laboratoire d’anatomie pathologique du CHU de Tokoin de Lomé de janvier 1988 à décembre 2007, soit une période de 20 ans. À partir des registres dudit laboratoire nous avons colligé tous les cas de tumeurs ovariennes histologiquement confirmées chez des enfants âgés de 0 à 15 ans. Les prélèvements examinés provenaient de la clinique de gynéco-obstétrique du CHU de Tokoin et de certains établissements de soins du Togo. Ces prélèvements étaient constitués de biopsies et de pièces opératoires fixées dans du formol à 10 % et traités selon les techniques d’histopathologie conventionnelle. Les dossiers retenus ont été complétés au besoin à partir des registres des services référents. Les paramètres étudiés étaient la fréquence, l’âge, les circonstances de découverte et les aspects anatomopathologiques. L’analyse des données a été manuelle.

Résultat

Aspects épidémiologiques

Au cours de notre période d’étude, nous avons colligé 32 cas de tumeurs ovariennes de l’enfant, soit en moyenne 1,6 cas par an. Ces tumeurs représentaient 8,16 % de l’ensemble des tumeurs ovariennes diagnostiquées pendant la même période. L’âge moyen des patientes était de 10,7 ans avec des extrêmes de 1 et 15 ans. 9,4 % des patientes avaient zéro à cinq ans, 31,2 % avaient six à dix ans et les autres 11 à 15 ans. Les circonstances de découverte de la tumeur étaient surtout la douleur abdominale, présentée par toutes les patientes, avec à l’examen physique une masse abdominopelvienne chez 24 enfants représentant 75 % des cas. Une laparotomie a été réalisée chez toutes nos patientes et a permis de découvrir une tumeur ovarienne unilatérale dans 23 cas (71,87 % des cas) et bilatérale dans neuf cas (28,13 % des cas). Une biopsie simple a été réalisée chez 17 enfants (53,12 % des cas) dont neuf présentant une tumeur ovarienne bilatérale et une ovariectomie unilatérale chez les 15 autres patientes, représentant 46,88 % de notre série.

Aspects anatomopathologiques

Au plan macroscopique, les pièces d’ovariectomie mesuraient en moyenne 8 cm de diamètre avec des extrêmes de 5 et 17 cm. À l’histologie, il s’agissait de tumeurs germinales dans 40,6 % des cas, de tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels dans 21,8 % des cas et de lymphomes de Burkitt dans 37,6 % des cas (tableau 1).

Parmi les tumeurs germinales, les tératomes matures étaient observés chez des malades ayant entre 1 an et 15 ans avec une moyenne de 10,1 ans et étaient localisés à un seul ovaire chez tous les enfants concernés. Le tératome immature était diagnostiqué chez une fillette de neuf ans et la tumeur du sinus endodermique chez une autre de 13 ans.

Les tumeurs de la granulosa étaient de type juvénile, et observées à un âge moyen de 9,83 ans avec des extrêmes de 7 et 13 ans. Elles représentaient 30 % des tumeurs malignes ovariennes chez nos patientes et étaient bilatérales dans cinq cas (83,33 %). Le fibrome était diagnostiqué à 14 ans.

Le lymphome de Burkitt était observé à un âge moyen de 11,58 ans avec des extrêmes de 5 et 15 ans. Il représentait 37,5 % de l’ensemble des tumeurs et 60 % des cancers ovariens de nos patientes. Il était bilatéral dans huit cas et unilatérale dans quatre cas, représentant respectivement 67 et 33 % des cas.

Tableau 1 Répartition histologique des tumeurs ovariennes de l’enfant.

Groupe histologique

Type histologique

Effectifs (nombre = 32)

Pourcentage (P = 100 %)

  • Tumeurs germinales
  • n = 13 (40,6 %)


Tératome mature

11

34,4

Tératome immature

1

3,1

Tumeur du sinus endodermique

1

3,1

  • Lymphomes
  • n = 12 (37,6 %)


Lymphome de Burkitt

12

37,6

  • Tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels
  • n = 7 (21,8 %)


Tumeur de la granulosa

6

18,7

Fibrome

1

3,1

Discussion

Notre étude de type rétrospectif nous a permis de décrire les aspects épidémiologiques et histopathologiques des tumeurs ovariennes de l’enfant au Togo, à partir de 32 cas. La fréquence moyenne de ces tumeurs était de 1,6 cas par an dont un cancer. Ces résultats sont comparables à ceux observés au Gabon par Mabika et al. [4], mais supérieurs aux valeurs rapportées par Noun et al. en Loraine [5]. L’âge moyen de nos patientes est supérieur à celui observé par Mabika au Gabon qui est de 8,75 ans [4].

Les types de tumeurs observés, dans notre étude, étaient les tumeurs germinales, les tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels et les lymphomes. Nous n’avons pas observé de tumeurs épithéliales qui sont d’ailleurs très rares chez les sujets de moins de 20 ans [1, 2].

Les tumeurs à cellules germinales étaient les plus fréquentes, dominées par le tératome mature qui représentait le tiers des tumeurs de notre série. Le tératome mature constitue, en effet, la tumeur ovarienne la plus fréquente, représentant les deux tiers de tumeurs bénignes ovariennes chez l’enfant. Il survient à un âge moyen de dix ans et est bilatéral dans 15 à 20 % des cas [6]. Dans notre étude, tous les cas étaient localisés à un seul ovaire. En dehors de complications pouvant survenir, l’évolution du tératome mature est en général favorable contrairement au tératome immature que nous avons observé chez une fillette de neuf ans. Ces tératomes immatures représentent moins de 1 % des tératomes ovariens et sont observés, préférentiellement, chez l’enfant comme la tumeur du sinus endodermique qui est hautement maligne se révélant cliniquement par des douleurs abdominales avec tumeur pelvienne, généralement, volumineuse et pouvant se tordre. L’évolution des tumeurs germinales malignes est souvent fatale avec métastase précoce et envahissement des organes pelviens. Cependant, une prise en charge précoce comme dans les pays occidentaux permet une résolution plus ou moins complète de la tumeur avec préservation des fonctions reproductrices [6-8].

Nous avons, également, noté 12 cas de lymphomes de Burkitt représentant 37,5 % de l’ensemble des tumeurs et 60 % des cancers chez nos patientes. Nos résultats sont identiques à celui rapportés par Mabika et al. au Gabon [4]. Cette fréquence est plus faible dans les pays développés où le lymphome de Burkitt survient de façon sporadique [9]. L’âge moyen de nos patientes est comparable à ceux observés au Cameroun par Masso-Missé et al. ou en Côte-d’Ivoire par Tanoh et al. [10, 11]. L’âge moyen de survenue est plus bas au Gabon (3,5 ans) ou dans l’étude réalisée à l’institut Gustave-Roussy (8,4 ans) [4, 12]. La symptomatologie clinique est polymorphe en raison des localisations multiples de l’affection. En cas d’atteinte ovarienne isolée, la maladie se manifeste par des douleurs abdominopelviennes accompagnées d’un amaigrissement et d’une augmentation progressive de l’abdomen. L’échographie abdominopelvienne joue un rôle important en découvrant la tumeur qui est le plus souvent bilatérale [10-13]. La laparotomie, réalisée chez nos patientes, a permis de faire des prélèvements pour les études anatomopathologiques indispensables au diagnostic.

Le dernier groupe de tumeurs que nous avons observé était celui des tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels, dominées par les tumeurs de la granulosa qui était de type juvénile chez toutes les patientes concernées. Ce sont des tumeurs rares représentant environ 5 % des tumeurs ovariennes de l’enfant et de l’adolescent. Dans notre étude, elles représentaient 18,75 % des cas, valeur nettement supérieure aux données de la littérature [14, 15]. Ces tumeurs présentent des signes manifestes de malignité et un risque élevé de récidive.

Dans notre étude, les aspects thérapeutiques et évolutifs des tumeurs n’ont pu être étudiés du fait de la mauvaise tenue de la plupart des dossiers, surtout chez les patientes référées par des services sanitaires de l’intérieur du pays.

Conclusion

Nous avons mené une étude rétrospective portant sur les tumeurs ovariennes de l’enfant au Togo. Trente-deux cas ont été observés pendant notre période d’étude, survenant à un âge moyen de 10,7 ans. Au plan histologique, nous avons noté une prédominance du tératome mature parmi les tumeurs bénignes et du lymphome de Burkitt parmi les cancers. Les aspects thérapeutiques et évolutifs de ces tumeurs doivent être évalués par d’autres travaux.

Références

1 Valteau-Couanet D, Dubrel M, Dufour C, Couanet D, Hartmann O, Patte C. Les tumeurs malignes de l’ovaire en pédiatrie. Arch Ped 2008 ; 15 (5) : 781-2.

2 Sasco AJ. Épidémiologie des tumeurs de l’ovaire. Encycl Med Chir, Gynécologie 2001 ; 630–A–10.

3 Onusida. Rapport sur l’épidémie mondiale du sida 2006 ; 5e mondial ; Geneva : 2006 (www.who.int/hiv).

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5 Noun P, Schmitt C, Carret A, Boman F, de Miscault G, Hoffstetter S, et al. Les cancers de l’ovaire chez l’enfant en Loraine. Étude prospective de 1977 à 1996 : à propos de 13 observations. Arch Ped 1997 ; 4 (5) : 496.

6 Lo Curto M, D’Angelo P, Cecchetto G, Klersy C, Dall’Igna P, Federico A, et al. Mature and immature teratomas: results of the first paediatric Italian study. Pediatr Surg Int 2007 ; 23 (4) : 315-22.

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8 Mann JR, Gray ES, Thornton C, Raafat F, Robinson K, Collins GS, et al. Mature and immature extracranial teratomas in children: the UK Children’s Cancer Study Group Experience. J Clin Oncol 2008 ; 26 (21) : 3590-7.

9 Parkin DM, Sohier R, O’Connor GT. Geographic distribution of Burkitt’s lymphoma. In : Burkitt’s lymphoma: a human cancer model IARC Lyon. 1985 : 155-64.

10 Masso-Missé P, Essomba A, Tchamfong Njabo R, Mbonda E, Sosso MA, Malonga E. Le lymphome de Burkitt de localisation ovarienne : à propos de trois cas. Med Afr Noire 1996 ; 43 (7) : 401-5.

11 Tanoh L, Ayandho J, Anongba S, Anoma M, Djanhan Y, Bohoussou K. Le lymphome de Burkitt de localisation ovarienne. Afr Med 1989 ; 28 : 68-70.

12 Cartron G, Patte C, Brugieres L, Valteau-Couanet D, Leclere J, Terrier-Lacombe M, et al. Localisation ovarienne des lymphomes de Burkitt de l’enfant : à propos de 17 cas. Ach Ped 1998 ; 5 (6) : 701.

13 Gabarre J, Bikandou B, Binet JL. Localisations des lymphomes. Rev Prat 1993 ; 43 : 1633-9.

14 Bompas E, Freyer G, Vitrey D, Trillet-Lenoir V. Tumeur à cellules de la granulosa : revue de la littérature. Bull Cancer 2000 ; 87 : 709-14.

15 Ellouze S, Krichen-makni S, Trabelsi K, Ayadi L, Sellami A, Khabir A, et al. Tumeur de la granulosa de l’ovaire : à propos de 16 cas. J Gynecol Obstet Reprod 2006 ; 35 (1) : 767-72.


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