ARTICLE
Auteur(s) : P Tilleul1, M
Brignone1, Y Hassani1, L
Taillandier2, S Taillibert3, S
Cartalat-Carel4, I Borget5, O
Chinot6
1Pharmacie, hôpital Saint-Antoine, 75571 Paris,
France
2Service de neurologie, hôpital Saint-Julien, 54000
Nancy, France
3Service de neuro-oncologie,
La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France
4Service de neurologie, hôpital neurologique
Pierre-Wertheimer, 69003 Lyon, France
5Département de santé publique
et épidémiologie, IGR, 94000 Villejuif, France
6Service de neuro-oncologie, CHU La Timone,
13000 Marseille, France
Article reçu le 13 Janvier 2009, accepté le 11 Février 2009
Introduction
Les gliomes malins représentent les tumeurs cérébrales malignes
primitives les plus fréquentes chez l’adulte. Leur incidence est
environ la moitié de l’incidence de l’ensemble des tumeurs
primitives du système nerveux central (soit environ 7/100
000 habitants par an) [1]. Soixante-quinze pour cent des
gliomes malins diagnostiqués sont de grades élevés (III ou IV de la
classification de l’Organisation mondiale de la santé, OMS) [2].
Malgré les progrès de la chirurgie, de la radiothérapie et
l’arrivée du témozolomide, présentant un bon rapport
efficacité/tolérance, les gliomes malins demeurent le problème
majeur de la neuro-oncologie par leur fréquence, leur gravité et
les difficultés de prise en charge [3]. Le témozolomide, agent
alkylant cytotoxique de deuxième génération, a démontré son
efficacité dans le traitement des gliomes malins de haut grade OMS
[4]. Sa bonne tolérance et ses propriétés pharmacocinétiques
(passage de la barrière hémato-encéphalique) ont contribué au
développement de son utilisation. Il est indiqué dans le
traitement des glioblastomes nouvellement diagnostiqués et dans les
gliomes malins (glioblastomes multiformes ou astrocytomes
anaplasiques) en récidive ou en progression après un traitement
standard. L’étude multicentrique de phase II, comparant le
témozolomide à la procarbazine chez 225 patients atteints d’un
glioblastome en récidive, a montré une amélioration de la survie
médiane à six mois dans le groupe témozolomide (60 versus 44 % dans
le groupe procarbazine). L’utilisation du témozolomide était
associée à une amélioration de la qualité de vie des patients [5].
Dans les glioblastomes multiformes nouvellement diagnostiqués,
l’étude multicentrique EORTC/NCI 26981/22981 (Stupp et al.),
incluant 573 patients et comparant la radiothérapie associée
au témozolomide en traitement concomitant à la radiothérapie seule,
a montré une amélioration significative (p < 0,0001) de la
survie globale (médiane de 14,6 mois dans le bras témozolomide
+ radiothérapie (n = 287 patients) versus 12,1 mois dans le
bras radiothérapie seule (n = 286 patients)) [6].
Les résultats de cette étude ont permis d’améliorer la prise
en charge des patients. Une étude observationnelle conduite en
France et portant sur 952 patients diagnostiqués en 2004 conforte
l’impact favorable de ce schéma en clinique quotidienne [7].
L’étude de la chimiosensibilité au témozolomide a permis de
documenter le rôle pronostique sur la survie et le rôle prédictif
sur la réponse thérapeutique, de la méthylation du promoteur MGMT
(O6-méthylguanine-ADN méthyltransférase), malgré
l’absence d’études prospectives et de standardisation des analyses
génomiques [8, 9]. À ce jour, il n’y a pas de réel consensus pour
juger pertinent ce seul critère dans la décision d’instauration
d’un traitement par témozolomide.
En pratique clinique, l’Autorisation de mise sur le marché (AMM)
est le référentiel de base, mais elle ne peut répondre en temps
réel à l’évolution des connaissances et à l’ensemble des situations
cliniques. En médecine factuelle, le bon usage d’un médicament
repose sur les données actualisées de la science. L’utilisation du
témozolomide s’est largement développée au-delà de l’AMM, et ce,
sur la base d’un certain nombre de travaux documentant son intérêt
dans d’autres situations cliniques. Il nous est alors apparu
intéressant d’identifier le niveau de preuve sur lequel était
fondée l’utilisation du témozolomide hors de son contexte
réglementaire. Une réflexion sur la validité des indications hors
AMM a ainsi été engagée. À partir des données publiées dans la
littérature et de concertations avec des experts en
neuro-oncologie, un guide de recommandation a été élaboré.
Ce guide s’attache à décrire les niveaux de preuve de
l’utilisation du témozolomide dans différents contextes :
indications et posologies hors AMM, durée du traitement et suivi,
cas particuliers (personnes âgées), tumeurs rares, associations
médicamenteuses. Le présent article fait état des conclusions
apportées par rapport à ces différents contextes
thérapeutiques.
Matériel et méthode
Recherche bibliographique
Une recherche systématique a été entreprise dans plusieurs bases de
données à l’aide du mot clé « témozolomide » [Mesh] : Pubmed,
Cochrane Library et dans les résumés de congrès de l’American
Society of Clinical Oncology (ASCO) sans aucune restriction de
langage. L’avis d’experts de la pathologie étudié a également été
sollicité pour étendre le champ des investigations.
Sélection des études
Après analyse des titres et des résumés des références identifiées
lors de la recherche systématique, ont été incluses toutes les
études évaluant l’efficacité et/ou la tolérance du témozolomide en
dehors du cadre de l’AMM. Ont été exclues les études expérimentales
(in vitro, animal) de pharmacocinétique et les études analysant
exclusivement la relation entre l’activité clinique et les
déterminants génétiques.
Niveaux de preuve
Pour chacun des thèmes étudiés (indications, schéma
d’administration, associations médicamenteuses ou contextes
particuliers [enfants, personnes âgées]), des niveaux de preuve ont
été établis en fonction de la qualité méthodologique des études
cliniques publiées dans la littérature. Ainsi, cinq niveaux de
preuve ont été définis pour chaque étude selon les recommandations
de la Haute Autorité de santé (HAS), de l’Agence française de
sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) et de
l’Institut national du cancer (INCa) [10] :
- – niveau A : il existe une(des) méta-analyse(s) de bonne
qualité ou plusieurs essais randomisés de bonne qualité dont les
résultats sont cohérents ;
- – niveau B : il existe des preuves de qualité correcte :
essais randomisés B1 ou études prospectives, ou
rétrospectives B2. Les résultats de ces études sont
cohérents dans l’ensemble ;
- – niveau C : les études disponibles sont critiquables
d’un point de vue méthodologique ou leurs résultats ne sont pas
cohérents dans l’ensemble ;
- – niveau D : il n’existe pas de données pour cette
méthode ou seulement des séries de cas ;
- – niveau E : accord d’experts : il n’existe pas de
données pour la méthode concernée, mais l’ensemble des experts est
unanime.
Dans les indications relativement orphelines où, pour
lesquelles, il existe peu de données publiées, c’est l’évaluation
de l’efficacité clinique par rapport à des stratégies de référence
qui a été prise en compte.
Classification des tumeurs cérébrales employée
La classification utilisée pour les tumeurs du système nerveux
central est celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
revisitée en 2007.
Résultats
L’ensemble des références bibliographiques des articles évalués par
les experts sont synthétisées dans l’Appendice.
Haut grade hors AMM
Aucune étude de phase III n’est actuellement disponible pour
conclure à l’efficacité du témozolomide dans les gliomes malins
hors glioblastomes multiformes. Pour les astrocytomes et
oligoastrocytomes anaplasiques en récidive, l’AMM avait été obtenue
sur la base d’une large étude de phase II multicentrique portant
sur 162 patients, et qui rapportait un taux de survie sans
progression à six mois de 46 % (IC 95 % : [38-54]). Il faut
noter que cette étude incluait 60 % d’astrocytomes anaplasiques
[A1].
Le groupe des tumeurs cérébrales (BTG, Brain Tumor Group) de
l’EORTC (European Organisation for Research and Treatment of
Cancer) a réalisé deux études prospectives multicentriques évaluant
l’activité du témozolomide dans les oligodendrogliomes et les
oligoastrocytomes mixtes en récidive après traitement par chirurgie
ou radiothérapie, en première ligne de chimiothérapie (étude EORTC
26971) [A2] ou après chimiothérapie par PCV (procarbazine,
lomustine et vincristine) [étude EORTC 26972] [A3].
L’étude EORTC 26971 incluait 39 patients atteints d’une tumeur
oligodendrogliale ou en oligoastrocytome mixte en récidive ou
progression après radiothérapie, ayant une fonction hématologique,
rénale et hépatique adéquate et un performans status (PS) selon
l’OMS entre 0 et 2. Ces patients ont été traités en première
ligne de chimiothérapie par témozolomide à dose standard.
Le taux de réponse objective était de 53 % (IC 95 % :
[36-69,0]), la survie sans progression à six mois de 71 % et à
12 mois de 40 %. Le bon état général des patients (82 %
avec un PS de 0 à 1) a peut-être influencé les résultats de cette
étude. Le témozolomide était généralement bien toléré avec
aucune toxicité de grades III ou IV observée. Cette étude concluait
en faveur de l’utilisation du témozolomide dans le traitement des
tumeurs oligodendrogliales en récurrence [A2].
L’étude EORTC 26972 étudiait l’efficacité et la toxicité du
témozolomide en deuxième ligne chez des patients atteints
d’oligodendrogliomes ou d’oligoastrocytomes mixtes en récurrence
après un traitement par PCV [A3]. Les patients éligibles
devaient présenter une fonction hématologique, rénale et hépatique
adéquate et un PS entre 0 et 2. Le témozolomide a été
administré à la dose de 150 mg/m2, de j1 à j5, tous
les 28 jours avec un maximum de 12 cycles. Le diagnostic
de tumeur oligodendrogliale ou oligoastrocytaire mixte n’ayant pu
être confirmé pour quatre patients, le taux de réponse évalué sur
28 des 32 patients inclus était de 25 % (IC 95 % : [11-45]), la
survie sans progression à six mois de 29 %, à 12 mois de 11 %
et la médiane de la survie globale de 12,3 mois.
La tolérance du témozolomide était bonne. Cette étude a permis
de conclure à l’efficacité du témozolomide dans cette indication,
confirmant les résultats de l’étude monocentrique de Chinot et al.
[A4].
Les résultats de ces deux études prospectives sont convergents
et cohérents. Ainsi, le niveau de preuve attribué pour évaluer
l’activité du témozolomide dans le traitement des
oligodendrogliomes anaplasiques en récidive est le niveau
B2.
Taliansky-Aronov et al. ont publié les résultats d’une étude
observationnelle évaluant la réponse et la survie sans progression
des patients atteints d’un oligodendrogliome anaplasique
nouvellement diagnostiqué et traités par témozolomide en
néoadjuvant (avant irradiation) à doses standard sur une durée
maximale de 24 mois [A5]. Cette étude prospective et non
comparative incluait 20 patients. Le taux de réponse objective
était de 75 % et la survie médiane sans progression de
24 mois. Une amélioration clinique (fonction neurologique et
critère de Karnofsky) a été observée pour 60 % des patients, avec
une toxicité faible. Le niveau de preuve attribué pour juger
de l’activité du témozolomide en première ligne du traitement des
oligodendrogliomes anaplasiques est donc le niveau C.
Gliomes de grade II
La place du témozolomide dans le traitement des gliomes de grade II
de l’OMS (version 2007) ne repose que sur des études de cohorte ou
de phase II, mais elle fait actuellement l’objet d’une comparaison
à la radiothérapie dans le cadre d’une étude de phase III, dont les
résultats ne seront toutefois disponibles que dans plusieurs
années.
Quinn et al. ont publié les résultats d’une étude de phase II,
évaluant l’efficacité du témozolomide dans les gliomes de bas grade
progressifs ou récurrents [A6]. La population d’étude étant à
la fois composée de patients adultes et d’enfants atteints de
tumeurs OMS « de bas grade » en progression avec des
caractéristiques tumorales hétérogènes (dont des astrocytomes
pilocytiques) et antérieurement traités par chirurgie (52 %),
radiothérapie (15 %) ou chimiothérapie (22 %), des conclusions
fermes ne peuvent être tirées de cette étude méthodologiquement
contestable.
Brada et al. ont publié une étude basée sur la même thématique,
dont le critère de jugement principal était la réponse au
traitement. Parmi les 29 patients évaluables ont été observées
trois réponses partielles, 14 réponses minimales, 11
stabilisations de la maladie et uniquement une progression de la
maladie. Vingt-quatre patients ont reçu 12 cycles de
chimiothérapie. Malgré la bonne qualité méthodologique de cette
étude et ses résultats encourageants, le faible nombre de patients
inclus (30 patients inclus non antérieurement traités par
radiothérapie ou chimiothérapie) limite la validité externe de ses
résultats [A7]. Il en est de même pour l’étude de phase II
prospective de Netta Levin et al. n’incluant que 28 patients
atteints de gliomes de bas grade en progression non antérieurement
traités par radiothérapie [A8]. Cette étude apportait toutefois des
résultats prometteurs en observant un taux de réponse objective
(réponse partielle et réponse minimale) pour 61 % des patients et
une amélioration clinique pour 53 % des patients.
L’étude de phase II prospective de Pace et al., étudiant
également l’efficacité du témozolomide dans les gliomes de grade II
OMS en progression, ne permet pas d’apporter de conclusions valides
en raison de l’inclusion de patients ne répondant pas aux critères
d’éligibilité [A9]. Parmi les 43 patients inclus, 60 % d’entre eux
présentaient une tumeur prenant le contraste, et 30 patients
(70 %) ont été antérieurement traités par radiothérapie.
L’évaluation de la réponse tumorale n’était pas homogène pour tous
les patients inclus, car elle était évaluée soit sur la prise de
contraste, soit sur le volume tumoral. La méthodologie de
cette étude ne permet pas d’étudier spécifiquement l’activité du
témozolomide pour ces tumeurs.
L’étude rétrospective de Hoang Xuan et al. testait l’efficacité
du témozolomide, à doses standard, dans le traitement de première
ligne des gliomes de grade II OMS à composante oligodendrogliale
(oligodendrogliomes et oligoastrocytomes) [A10]. Cette étude
analysait 60 patients traités par témozolomide atteints de
gliomes de grade II OMS avec des caractéristiques tumorales
homogènes et un diagnostic confirmé par l’absence de prise de
contraste en imagerie par résonance magnétique pour 89 % des
tumeurs. Les patients n’avaient pas été antérieurement traités
par radiothérapie ou chimiothérapie. La réponse tumorale était
basée sur la mesure de la taille tumorale en séquences T1 et T2 par
imagerie par résonance magnétique, en prenant en considération
l’utilisation éventuelle des corticostéroïdes et les résultats de
l’examen neurologique. Sur les 59 patients évalués, le taux de
réponse objective était de 31 % (17 % de réponse partielle et 14 %
de réponse mineure), 61 % des gliomes étaient stables et 8 % en
progression. Une amélioration neurologique a été observée chez 51 %
des patients. Le traitement était généralement bien toléré.
La survie sans progression à un an était de 73 % (IC 95 % :
[61-88]). Cette étude présente une bonne qualité méthodologique
avec un critère de jugement objectif et évalué de manière homogène
pour tous les patients.
Ces études présentent toutefois des résultats concordants.
La toxicité du témozolomide était comparable à celle du
témozolomide dans les recommandations de l’AMM. L’étude de Hoang
Xuan et al. [A10] et celle de Brada et al. [A7], de bonne qualité
méthodologique, pourraient justifier l’utilisation du témozolomide
dans les gliomes de bas grade, en particulier en situation d’échec
après la radiothérapie, et, de façon plus discutée, en première
intention pour les gliomes étendus. Le niveau de preuve
attribué dans cette indication est le niveau B2.
Toutefois, la radiothérapie reste actuellement le traitement de
référence dans l’indication, et il faudra attendre les résultats de
l’étude comparant ces deux modalités thérapeutiques et conduite par
l’EORTC pour préciser la place relative de ces deux traitements
dans la prise en charge initiale des gliomes de grade II.
Gliomes mixtes de grade IV
Dans la classification de l’OMS (version 2007), un certain nombre
de gliomes mixtes sont classés en grade IV de par la présence d’une
nécrose (ischémique ou en pseudorosettes) [11]. Ces gliomes
mixtes, parfois appelés glioblastomes à composante
oligodendrogliale, pourraient être traités par le protocole
EORTC/NCI (radiothérapie et témozolomide concomitant, puis
témozolomide en monothérapie) sur la base du pronostic commun avec
les gliomes de grade IV. Pour cette indication, le niveau de preuve
E a été attribué.
Gliomatoses cérébrales
Dans l’étude multicentrique rétrospective de Sanson et al.,
évaluant l’efficacité et la toxicité de la chimiothérapie par
témozolomide ou PCV (procarbazine, lomustine et vincristine) dans
le traitement des gliomatoses cérébrales, les 63 patients inclus
présentaient des tumeurs de caractéristiques hétérogènes (49
gliomatoses cérébrales primaires et 14 gliomatoses cérébrales
secondaires) [A11]. Le caractère rétrospectif et hétérogène du
point de vue thérapeutique rendait difficile l’interprétation des
résultats de cette étude malgré l’inclusion d’un grand nombre de
patients.
L’équipe de Levin et al. a mené en parallèle une étude évaluant
la réponse au témozolomide dans les gliomatoses cérébrales
initialement traitées par chimiothérapie [A12]. L’inclusion de 11
patients avec des caractéristiques histologiques hétérogènes (sept
oligodendrogliomes, trois astrocytomes et un oligoastrocytome)
montre que la définition de la pathologie étudiée n’était pas
uniforme. Ainsi, les résultats de cette étude ne sont pas
concluants. Au-delà de ce résultat, le diagnostic de ces
gliomatoses reste insuffisamment standardisé au plan clinique pour
établir des recommandations dans l’indication.
Les deux études disponibles étant surtout critiquables d’un
point de vue méthodologique, le niveau attribué dans cette
indication est le niveau C, en sachant néanmoins que les autres
thérapeutiques proposées (radiothérapie, chimiothérapie par PCV) ne
possèdent pas un niveau de preuve supérieur.
Autres indications
Ont été regroupées sous ce chapitre différentes pathologies rares
pour lesquelles la prescription de témozolomide est réalisée après
chirurgie et/ou radiothérapie (en première ligne de chimiothérapie)
et jamais en première intention. Le témozolomide est prescrit
généralement sur des critères de tolérance parmi d’autres
chimiothérapies utilisables dans ces indications. La rareté
des indications implique l’absence d’études de phase III, voire de
phase II, comme pour la plupart des autres chimiothérapies
prescrites dans ces indications.
Dans les lymphomes cérébraux, un niveau de preuve C a été
attribué à partir de l’analyse des quelques résultats de la
littérature en première ligne et E à la récidive chez les sujets
âgés.
Pour les autres tumeurs rares (carcinomes hypophysaires,
astrocytomes pilocytiques, épendymomes, gliosarcomes,
xanthoastrocytomes pléiomorphes, tumeurs glioneuronales, sarcome
d’Ewing, médulloblastomes et adénocarcinome sphénoïdal, etc.), il
n’existe que peu d’études qui sont généralement des séries de cas
de faibles effectifs pour lesquels il est difficile de conclure
quant à l’efficacité du témozolomide. Les experts ont conclu à
l’attribution du niveau de preuve D en première ligne de traitement
et du niveau E à la récidive en l’absence de données, justifiant
l’utilisation du témozolomide dans ce contexte.
Métastases cérébrales
Ont été exclues de ce cadre les métastases cérébrales des mélanomes
malins ayant donné lieu à de nombreuses publications mais qui ne
font pas l’objet du présent référentiel.
Antonadou et al. ont publié les résultats d’une étude
prospective randomisée de phase II comparant l’efficacité, la
tolérance et la sécurité d’utilisation du témozolomide,
75 mg/m2 par jour associé à la radiothérapie,
40 Gy fractionnés en 2 Gy, 5 jours par semaine (TMZ
+ RT) par rapport à la radiothérapie seule (RT, 40 Gy) chez
des patients adultes atteints d’un cancer pulmonaire ou du sein
avec métastases cérébrales [A13]. Vingt-cinq patients ont été
randomisés dans le bras TMZ + RT et 23 dans le bras RT seule.
Le taux de réponse objective était significativement supérieur
(p = 0,017) dans le bras TMZ + RT (96 %), comparativement au bras
RT seule (67 %). Cependant, il n’y avait pas d’avantage
statistiquement significatif en termes de survie avec une survie
globale de 8,6 mois dans le groupe TMZ + RT et de
7,0 mois dans le groupe RT seule.
Verger et al. ont également publié les résultats d’une étude de
phase II randomisée évaluant la sécurité d’utilisation et
l’efficacité de l’irradiation cérébrale associée au témozolomide
[A14]. Le critère de jugement principal de cette étude était
la toxicité neurologique. L’efficacité du témozolomide a été
mesurée au travers de la survie sans progression à 90 jours et
de la réponse radiologique à 30 et 90 jours. Quatre-vingt-deux
patients ont été inclus ; 41 dans le groupe irradiation cérébrale +
témozolomide (WBRT + TMZ) et 41 dans le groupe irradiation
cérébrale seule (WBRT seule). Aucune toxicité neurologique n’a été
observée. Le taux de réponse objective à 30 et 90 jours
était similaire dans les deux groupes. La survie sans
progression à 90 jours était significativement supérieure dans
le groupe WBRT + TMZ par rapport au bras WBRT seule (72 versus 54
%, p = 0,03).
D’autres études de phase II non randomisées, évaluant
spécifiquement le rôle du témozolomide seul ou associé à d’autres
molécules telles que le cisplatine ou la doxorubicine pégylée, ont
été publiées dans cette indication avec des résultats peu
encourageants. Aucune étude de phase III n’a été publiée, à ce
jour, dans cette indication. Le niveau attribué dans cette
indication est le niveau C.
Associations d’autres molécules de chimiothérapie
au témozolomide
D’autres chimiothérapies sont associées au témozolomide, notamment
en cas de non-réponse à une première ligne de témozolomide.
Ces associations sont généralement fondées sur un rationnel de
complémentarité d’action pharmacologique.
Parmi les molécules associées au témozolomide, on rencontre le
plus souvent :
- – le thalidomide [A15-18] plus ou moins associé à
d’autres molécules [A19] (tamoxifène, cisplatine) ;
- – le cisplatine [A20-22] ;
- – l’irinotécan [A23-25] ;
- – la carmustine (BCNU) [A26-27] ;
- – d’autres molécules (lomustine [A28], procarbazine
[A29], mitoxantrone [A30], cetuximab [A31], doxorubicine liposomale
[A32], vépéside [A33], tamoxifène [A34], etc.).
Ces associations ont fait l’objet de séries de cas et d’études
de phase II mais n’ont donné lieu à aucune étude de phase III.
Aucune étude clinique concernant ces associations n’a établi
clairement la supériorité en termes d’efficacité clinique par
rapport à la monothérapie. Cela a conduit à l’attribution du grade
C de niveau de preuve pour l’ensemble de ces associations.
Enfants et personnes âgées
Enfants
L’histologie des tumeurs et leur évolution chez l’enfant justifient
la nécessité d’une réflexion autour d’un référentiel spécifiquement
pédiatrique. Aucun niveau de preuve n’a été attribué en conséquence
à l’indication du témozolomide en pédiatrie.
Personnes âgées (> 70 ans)
Les mentions légales du témozolomide ne contre-indiquent pas
l’utilisation de la molécule chez les personnes âgées (>
70 ans) mais recommandent une surveillance particulière chez
ces sujets présentant un risque plus élevé de neutropénie et de
thrombocytopénie par rapport aux patients plus jeunes. Sur la base
des résultats de pharmacocinétiques, la clairance du témozolomide
n’est pas affectée par l’âge.
Plusieurs études de phase II ont analysé l’efficacité du
témozolomide dans cette population. Brandes et al. ont comparé la
survie sans progression et la survie globale des patients âgés (≥
65 ans) atteints d’un glioblastome multiforme opéré et
possédant un KPS supérieur ou égal à 60 dans une étude prospective
comparant trois groupes de traitement : la radiothérapie seule
(groupe A, 24 patients), la radiothérapie associée au PCV
(groupe B, 32 patients) et la radiothérapie associée au
témozolomide (groupe C, 22 patients) [A35]. La survie sans
progression était significativement supérieure dans le groupe C par
rapport aux groupes A et B (p = 0,0002), et la survie globale
améliorée dans le groupe C par rapport au groupe A mais non
significativement différente du groupe B. La toxicité
hématologique de grades III-IV était plus élevée dans le groupe
B.
Dans l’étude rétrospective de Glantz et al., 86 patients âgés de
plus de 70 ans et atteints d’un gliome de haut grade
(glioblastome multiforme ou astrocytome anaplasique) ont été suivis
; 63 % avaient été traités par radiothérapie et 37 % par
témozolomide (150-200 mg/m2 tous les cinq jours
pendant 28 jours) en première ligne [A36]. La survie
globale n’était pas significativement différente dans les deux
groupes (4,1 mois dans le groupe radiothérapie, six mois dans
le groupe témozolomide, p = 0,198). Le témozolomide ne se
révélait pas supérieur à la radiothérapie chez les patients
âgés.
Chinot et al. ont réalisé une étude de phase II prospective et
monocentrique incluant des patients âgés de plus de 70 ans
atteints de glioblastome multiforme nouvellement diagnostiqué, avec
un KPS supérieur ou égal à 60 et naïfs de chimiothérapie ou de
radiothérapie [A37]. Trente-deux patients ont été inclus et ont
reçu au moins une dose de témozolomide
(150-200 mg/m2 pendant cinq jours sur
28 jours). Les médianes de survie globale et de survie
sans progression étaient respectivement de 6,4 et de 5,0 mois
; les taux de survie à 6 et 12 mois respectivement de 60 % (IC
95 % : [42-78]) et de 25 % (IC 95 % : [9-41]). Le traitement
était en général bien toléré.
Le standard de prise en charge pour les patients en bon état
général reste la radiothérapie. Le témozolomide constitue une
alternative thérapeutique en cas de récidive après radiothérapie ou
en première ligne si contre-indication à la radiothérapie. Pour ces
patients, le niveau de preuve de la littérature attribué est le
niveau C.
Durée de traitement et suivi
Dans les glioblastomes multiformes nouvellement diagnostiqués, la
durée du cycle de témozolomide recommandée en monothérapie est de
six mois (niveau A). Dans les gliomes malins présentant une
récidive ou une progression après un traitement standard, il
n’existe pas de recommandations légales. Le traitement est
généralement poursuivi jusqu’à progression ou arrêté au bout de
12 mois pour les rares malades n’ayant pas progressé (pratique
clinique n’ayant fait l’objet d’aucune étude spécifique).
Certains auteurs ont pu proposer des durées de traitement allant
jusqu’à 18 à 24 mois. Il importe, toutefois, de mettre en
rapport le bénéfice de tels schémas avec le risque, notamment
leucémogène, d’une administration prolongée d’une molécule
alkylante.
Il n’existe pas de recommandations de bonnes pratiques
concernant le suivi du témozolomide dans ses différentes
indications. Toutefois, un certain nombre d’essais cliniques
proposent une surveillance tous les deux à trois mois (clinique et
IRM), notamment dans les gliomes de haut grade traités par un
schéma classique (radiothérapie associée au témozolomide, puis
témozolomide en monothérapie).
Schémas posologiques
Une semaine on/une semaine off (j1-j7/j15-j21)
Dans l’étude prospective non randomisée de Wick et al.,
l’efficacité et la toxicité du témozolomide administré une semaine
sur deux à la posologie de 150 mg/m2 par jour ont
été évaluées. Quatre-vingt-dix patients ont été inclus : 71 % de
glioblastomes, 10 % d’astrocytomes anaplasiques, 10 % de gliomes de
bas grade et 9 % d’autres tumeurs cérébrales [A38]. La médiane
de survie sans progression était de 24 semaines (IC 95 % :
[17-26]) pour les patients atteints de glioblastomes ; la survie
sans progression à six mois de 43,8 % et à 12 mois de 12,5 %.
Parmi les 906 semaines de traitement délivrées, 2,6 %
d’hématotoxicité de grade IV ont été observées. Une étude
préliminaire, incluant 21 patients atteints de glioblastomes
progressifs ou récurrents, avait montré des résultats plutôt
encourageants avec une médiane de survie sans progression de cinq
mois et un taux de survie sans progression à six mois de 48 %.
L’étude de phase II de Chinot et al. a montré, quant à elle, des
résultats discordants, puisque chez les 30 patients inclus
(dont 29 évaluables) atteints de glioblastomes multiformes, le taux
de réponse objective était de 25 % et la survie sans progression à
six mois de 21 %. Des réductions posologiques ont été
nécessaires pour 23 % des patients en raison d’une toxicité accrue
du témozolomide. Étant donné l’absence de concordance entre les
résultats de ces études, le niveau de preuve attribué pour ce
schéma posologique est le niveau C.
j1-j3/j14-j16 sur 28 jours
Vera et al. ont étudié l’efficacité et la toxicité du témozolomide
dans un nouveau schéma d’administration j1-j3, puis j14-j16 à
différentes posologies : 200 mg/m2 par jour (groupe
I), 250 mg/m2 par jour (groupe II),
300 mg/m2 par jour (groupe III) et
350 mg/m2 par jour (groupe IV) [A39]. Soixante-dix
patients atteints d’une tumeur cérébrale primitive en récurrence ou
progression ont été inclus. Trente-huit patients (54 %) ont été
traités à la dose de 300 mg/m2 par jour. Aucune
toxicité cumulative n’a été observée. La médiane de survie
sans progression était de 6,2 mois pour les oligodendrogliomes
anaplasiques, 5,9 mois pour les glioblastomes et 9,2 mois
pour les astrocytomes anaplasiques. Mais les résultats de cette
seule étude ne permettent pas de conclure quant à l’efficacité et
la sécurité d’emploi du témozolomide dans ce schéma
d’administration. Le niveau de preuve attribué est le niveau
C.
j1-j21 sur 28 jours
Dans l’étude de Brandes et al., l’efficacité (survie sans
progression à six mois et réponse) et la toxicité d’un schéma
prolongé de témozolomide à la dose de 75 mg/m2 par
jour pendant 21 jours tous les 28 jours ont été étudiées
chez des patients atteints de glioblastome [A40]. Parmi les 33
patients inclus, une réponse complète et deux réponses partielles
ont été observées. Le pourcentage de patients sans progression
à six mois était de 30 % (IC 95 % : [18-51]) ; la médiane était de
16 semaines (IC 95 % : [12-27]). Le taux de réponse
globale était de 9 % (IC 95 % : [0-19]). La survie médiane
était de 40 semaines (IC 95 % : [31-63]). La lymphopénie
était l’événement indésirable le plus couramment rencontré.
La raison d’arrêt du traitement la plus fréquente était la
progression. Ces résultats sont relativement modestes et n’ont
pas donné lieu à une étude de phase III ultérieure ; le niveau de
preuve attribué est le niveau C. Ces séquences de traitement
majorent le risque d’événements indésirables du fait de
l’augmentation des quantités administrées. Les résultats de
certaines études sont incohérents ; d’autres études tendent à
montrer l’efficacité du schéma testé mais généralement sur des
faibles séries de cas. Pour l’ensemble de ces schémas, un faible
niveau de preuve C a été attribué en l’absence d’études de phase
III, confirmant ou non les résultats des études de phase II.
j1-j5 versus j1-j21 sur 28 jours
Les résultats de la première étude randomisée, comparant
l’efficacité et la tolérance du témozolomide au PCV dans les
gliomes de haut grade en récurrence, ont récemment été présentés
par l’équipe de Brada et al. [12]. Les patients inclus ont été
randomisés dans l’un des trois bras de traitement : PCV, TMZ
200 mg/m2 dans un schéma d’administration j1-j5 ou
TMZ 100 mg/m2 dans un schéma j1-j21. Il n’a
pas été démontré d’avantage significatif en termes de survie
globale (p = 0,35) et de survie sans progression (p = 0,23).
La comparaison des deux schémas d’administration du TMZ (j1-j5
versus j1-j21) concluait à une efficacité moindre lors de
l’administration prolongée d’une dose plus faible de TMZ (survies
globales [p = 0,05] et sans progression [p = 0,02]). Concernant la
tolérance au traitement, les pourcentages de toxicités de grades
III-IV étaient similaires dans les trois groupes.
Discussion
Le témozolomide, agent alkylant de seconde génération, a fait
preuve de son efficacité dans les gliomes de haut grade. Sa bonne
tolérance et ses propriétés pharmacocinétiques avantageuses (bon
passage de la barrière hémato-encéphalique/tumorale) ont facilité
l’extension de son utilisation dans des situations orphelines,
dépassant le cadre de l’AMM. L’évaluation des pratiques basée sur
le niveau de preuve scientifique est fondamentale pour la
définition du bon usage de ce médicament. Après sélection des
études évaluant spécifiquement l’activité du témozolomide dans des
indications hors AMM, des experts de la pathologie ont analysé les
niveaux de preuve à partir des données de la littérature. Dans les
gliomes de grade II, l’utilisation du témozolomide a été jugée
conforme malgré l’absence d’études de phase III dans ces
indications, du fait de la convergence de résultats d’études
cliniques de phase II démontrant l’intérêt du médicament dans ces
cadres d’utilisation. Pour les tumeurs de grade III, plus
chimiosensibles que les tumeurs de grade IV, il n’a été retenu
qu’un niveau de preuve B2 ou C, selon les situations, du fait du
caractère limité des études concernant ces indications. Dans les
autres indications, l’utilisation du témozolomide est plus
discutable, voire non recommandée. Il convient de distinguer
les utilisations où il existe peu de données pour conclure à
l’intérêt éventuel du témozolomide, comme les indications
orphelines, de celles où l’utilisation du témozolomide n’a
réellement pas démontré d’efficacité, comme dans les métastases
cérébrales (correspondant au niveau 3 de la classification des
produits de santé dans le cadre du décret bon usage [13]). Parmi
les modalités d’administration évaluées (autre séquence de
traitement, variations de posologie, etc.), le niveau de preuve est
faible. La synthèse de ces données offre donc un profil de bon
usage du témozolomide en termes d’indication et de modalités
d’administration, avec une notion de hiérarchisation de la
conformité en dehors du cadre de l’AMM. Cette étude présente pour
principales limites l’absence de définition de niveau de preuve
concernant la dose d’entretien et donc indirectement sur la durée
des traitements non codifiée par l’AMM (sauf pour les glioblastomes
multiformes) faute de données bibliographiques et de consensus. En
pratique clinique, la durée de prescription du témozolomide dépasse
souvent le champ de l’AMM. L’absence d’évaluation des niveaux de
preuve du témozolomide dans les mélanomes malins métastatiques et
chez les enfants se justifie par la nécessité d’élaborer des
recommandations spécifiques dans ces deux contextes de
prescription.
Des résultats récents et très encourageants ont été rapportés
par différentes équipes en phase II avec l’association
irinotécan-bevacizumab [14, 15]. La place du bevacizumab devra
être définie notamment par rapport aux chimiothérapies, auxquelles
il sera associé ou non dans de futurs protocoles.
Ces traitements innovants et en phase de développement dans les
indications neuro-oncologiques n’ont pas été intégrés à notre
référentiel.
Ce guide constitue donc une première étape pour la définition du
bon usage du témozolomide. Ce travail de synthèse constitue
une aide pour les acteurs de santé et s’inscrit dans le champ de la
médecine factuelle. Il nécessiterait une actualisation
régulière. Il pourrait également servir de base pour évaluer
dans un second temps la conformité des prescriptions en pratique
clinique dans un cadre d’évaluation des pratiques
professionnelles.
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