ARTICLE
L'augmentation du taux de survie des cancers du sein à 10 ans, atteignant environ
75 % d'après les chiffres les plus récents, tous stades confondus, est liée semble-t-il
à deux facteurs : d'une part l'amélioration du dépistage et sa généralisation,
d'autre part les progrès des traitements adjuvants. Ces derniers, utilisés depuis
plus de 30 ans, ont pour objectif de détruire la maladie microscopique, dont on
sait qu'elle apparaît très tôt dans l'histoire de la tumeur, probablement même
avant que sa taille atteigne un centimètre. Le décès est, en effet, dû à l'extension
métastatique viscérale et/ou osseuse, et non à l'évolution de la maladie locorégionale.
Ces dernières années, et notamment depuis l'an 2000, les concepts, les méthodes
et les indications des divers traitements adjuvants se sont modifiés. Ce sont
ces modifications qui seront abordées dans ce texte.
Facteurs de décision thérapeutique
Les questions qui se posent en 2009 pourraient se résumer à « quels traitements
pour quelle malade ? » (tableau 1).
En effet, pendant de nombreuses années, compte tenu de la gravité potentielle
de la maladie, un certain nombre de traitements ont été administrés à de nombreuses
malades, sans paramètre nettement discriminant. L'évolution actuelle se dirige
vers un choix de traitements personnalisés sur un certain nombre de critères.
Ces évolutions sont le fruit d'un grand nombre de travaux, de multiples essais
randomisés, des diverses méta-analyses de ceux-ci [1], des réunions de consensus
notamment celles du National Institute of Health, et des grands congrès
consacrés au cancer du sein notamment la Conférence Internationale de St Gallen
(tous les deux ans) et le symposium annuel de San Antonio (Texas).
Il est important de rappeler les critères sur lesquels la décision thérapeutique
postopératoire va être prise. Ces facteurs peuvent dépendre de la tumeur notamment
de son extension, correspondant à la taille tumorale et à l'envahissement ganglionnaire,
être indépendants de la tumeur mais dépendants des malades, par exemple l'âge
très jeune, inférieur à 35 ans, dépendre enfin de l'expression de certains biomarqueurs
comme les récepteurs hormonaux ou le coefficient de prolifération. Cinq types
de facteurs vont donc être pris en compte dans cette décision :
• Les facteurs pronostiques : ils permettent une évaluation initiale,
après la chirurgie et en l'absence de traitement du risque de rechute et de
décès.
• Les facteurs prédictifs, qui permettent d'apprécier le degré de
réponse à un traitement spécifique. En présence de tel facteur, ce traitement
a-t-il des chances d'être efficace ?
• Les caractéristiques du traitement en termes d'efficacité, choix
de la molécule, dose, durée, fréquence, séquence par rapport aux autres traitements,
chirurgie et radiothérapie, association des divers traitements médicaux entre
eux.
• La toxicité des traitements toujours à prendre en compte, toxicité
qui peut être précoce hypoplasie médullaire, nausées et vomissements, alopécie,
mucite... ou retardée hémopathies, insuffisance cardiaque, troubles cognitifs,
ou manifestations de la ménopause.
• L'avis de la malade puisque les traitements lui sont proposés.
C'est en principe avec son accord que la décision définitive sera prise.
Différents facteurs pronostiques et/ou prédictifs ont été retenus à la suite
de la conférence de St Gallen de 2003 (tableau
2). Ils peuvent être obtenus avant toute décision médicale. Ils sont aujourd'hui
une aide à la prise de décision en réunion de concertation pluridisciplinaire.
Parfois, cette décision est simple, quand il existe des facteurs de gravité,
ou au contraire, de pronostic favorable concordants. Elle est par contre beaucoup
plus difficile lorsqu'il existe, par exemple, de nombreux facteurs favorables
et un seul facteur défavorable. Faut-il comme cela a été évoqué adopter le «
scénario du pire », c'est-à-dire retenir le seul facteur péjoratif pour infliger
à cette malade des traitements longs, complexes, toxiques et coûteux ? Certains
nomogrammes existent pour essayer d'évaluer le pronostic et les bénéfices de
ces traitements : c'est le cas de adjuvant !online qui permet un calcul
du risque et du bénéfice du traitement. Ce système est cependant très imparfait.
Deux voies devraient donc, dans les années qui viennent permettre de prendre
les décisions basées plus précisément sur les caractéristiques biologiques de
la tumeur, sans cependant abandonner les facteurs liés notamment à son extension
:
La classification selon le profil d'expression génique [2] :
Il existe, en effet, vraisemblablement plusieurs types de cancer du sein, dont
les traitements devraient être différents. En fonction de l'expression de certains
marqueurs, une nouvelle classification a donc été élaborée, dont l'interprétation
thérapeutique devrait être plus facile. La présence de récepteurs hormonaux
permet de séparer les tumeurs en deux groupes :
• Celles qui expriment ces récepteurs sont considérées comme de
type « luminal », c'est-à-dire dérivant des cellules des canaux mammaires.
Elles se divisent en deux catégories selon la richesse en récepteurs d'une part,
le grade histopronostique d'autre part. Ces tumeurs (70 % des tumeurs) sont
en principe toutes hormono-sensibles, plus ou moins selon leur catégorie.
• Celles qui sont dépourvues de récepteurs, à leur tour subdivisées
en trois groupes : les tumeurs de type « basal », dérivant des cellules
basales des canaux, souvent appelées « triples négatives », car dépourvues de
récepteurs hormonaux et de HER2 regroupent 15 % des cas ; on leur attribue généralement
un très mauvais pronostic. Un deuxième sous-groupe est représenté par les tumeurs
qui expriment fortement la protéine HER2 : ce sont, en général, des tumeurs
de haut grade, considérées également de mauvais pronostic. Elles peuvent ou
non exprimer, en fait, les récepteurs hormonaux. Enfin un petit sous-groupe
est appelé de type « normal » ; il correspond à 3 à 5 % des cas, avec
un problème d'individualisation. Comme on le reverra, cette classification peut
avoir des implications cliniques directes, notamment dans le choix des traitements
adjuvants.
Les signatures génomiques [3] : l'objectif de ces méthodes est
d'évaluer les caractéristiques biologiques de la tumeur par l'intermédiaire
de l'expression d'un certain nombre de gènes, impliqués dans des processus biologiques
directement concernés par la cancérisation, comme la prolifération ou l'invasivité.
Deux types de signatures sont actuellement à l'étude, dans deux grands essais
internationaux :
• ONCOTYPE Dx® : Il s'agit d'une méthode utilisable
sur des prélèvements standards, conservés en paraffine, et qui va étudier 21
gènes, 16 impliqués dans le processus tumoral et 5 gènes de référence. À partir
de cette expression, va être élaboré un score de récidive moins de 18, de
18 à 31, plus de 31 qui permet de séparer trois groupes de pronostic différent,
chez les patientes sans envahissement ganglionnaire axillaire. De plus, à partir
d'études rétrospectives reprenant de grands essais randomisés, il semble que
le tamoxifène soit plus efficace pour les tumeurs de bas risque et la chimiothérapie
plus efficace pour les tumeurs à haut risque. Aussi, une étude prospective,
dont la phase d'inclusion est presque achevée, est en cours aux États-Unis ;
elle vise à étudier, dans le groupe intermédiaire, l'intérêt d'une chimiothérapie,
en plus de l'hormonothérapie. Comme ce modèle n'a été validé que pour les malades
dépourvues d'envahissement ganglionnaire, l'essai TAILORx n'étudie que cette
population.
•MAMMAPRINT® : C'est le nom commercial de la « puce
» développée par l'équipe d'Amsterdam. Elle nécessite d'utiliser du tissu congelé,
et va tester l'expression de 70 gènes. Elle va définir également deux groupes
de population à bas et haut risque. Dans l'essai MINDACT développé en Europe,
deux méthodes pronostiques vont être utilisées : d'une part, les facteurs classiques
(par l'intermédiaire du système adjuvant !online), d'autre part la signature
moléculaire. Dans cet essai, trois situations peuvent être rencontrées : si
les deux méthodes pronostiques sont favorables, la patiente ne recevra, après
traitement local, qu'une hormonothérapie. Si les deux signatures montrent un
mauvais pronostic, les patientes recevront une chimiothérapie. S'il existe une
discordance, une seule des deux méthodes sera retenue, et la chimiothérapie
utilisée en cas de résultat défavorable. Cet essai est mené actuellement en
Europe et vise à inclure environ 6 000 malades.
Clairement, ces deux essais ont pour ambition de démontrer une désescalade
possible dans les indications de chimiothérapie. Cela est basé également sur
le fait que des études suggèrent fortement que la chimiothérapie adjuvante est
surtout efficace chez les malades dont les tumeurs sont pauvres ou dépourvues
de récepteurs hormonaux. Cela rejoint les données de la méta-analyse qui montre
que l'efficacité d'une chimiothérapie adjuvante diminue avec l'âge, et qu'après
60 ans il n'y a pas de bénéfice en survie chez les patientes traitées par hormonothérapie
[1].
À partir de ces données, une classification pronostique a été élaborée et adoptée
lors de la conférence de consensus de St Gallen en 2007 (tableau
3), permettant une classification pronostique et des indications globales
de traitement adjuvant (tableau
4). Au fil des années, l'évolution s'est donc faite, comme l'a résumé Umberto
Veronesi, du « traitement maximal tolérable au traitement minimal efficace
».
Hormonothérapie
Il s'agit du premier traitement systémique, puisque la découverte de son activité
remonte à la fin du XIXe siècle, où la castration a montré la régression
de tumeurs mammaires chez des femmes non-ménopausées. Il s'agit également du premier
traitement ciblé, puisque dirigé spécifiquement contre la croissance tumorale
induite par la stimulation oestrogénique. L'ensemble du traitement aura donc pour
but de diminuer l'influence des oestrogènes, soit en en supprimant les diverses
sources castration médicale ou chirurgicale, anti-aromatases , soit en s'opposant
à leur fixation aux récepteurs anti-oestrogènes.
Les indications sont relativement simples, puisque l'on admet que toute femme
présentant un cancer du sein contenant des récepteurs d'oestrogènes devrait
recevoir une hormonothérapie, avec, pour certains, une limite inférieure de
taille à 1 cm.
Cependant, il existe un certain continuum dans l'hormono-sensibilité : certaines
tumeurs sont considérées comme certainement hormono-sensibles présence des
récepteurs d'oestrogènes et de progestérone en concentration élevée, absence
d'hyper-expression de la protéine HER2, marqueurs de prolifération bas , d'autres,
d'hormono-sensibilité incertaine concentration de récepteurs moins élevée,
absence de récepteurs de progestérone, surexpression de HER2, marqueurs de prolifération
plus élevés. Enfin, on ne propose pas d'hormonothérapie quand les deux récepteurs
d'oestrogènes et de progestérone sont absents.
Ces dernières années deux questions ont été principalement posées : la première
concerne les femmes ménopausées. Plusieurs études ont démontré un bénéfice des
anti-aromatases, tout au moins en termes de survie sans rechute [4]. Quel est
le schéma optimal ? Une partie de la réponse a été apportée par les résultats
présentés à San Antonio en décembre 2008 : dans l'essai BIG 01-98, étaient comparées
au létrozole pendant 5 ans une séquence tamoxifène deux ans puis létrozole et
une séquence létrozole deux ans puis tamoxifène. En terme de survie sans rechute
il n'y a pas de différence significative. Cependant les résultats suggèrent
que la séquence létrozole puis tamoxifène est aussi efficace que le létrozole
seul, alors que la séquence tamoxifène puis létrozole tend à être inférieure
à celui-ci. Dans la mesure où le létrozole peut entraîner des effets secondaires,
notamment d'une part des douleurs articulaires, d'autre part une majoration
de l'ostéopénie, voire une ostéoporose, cela permet de penser qu'il pourrait
être possible après 2 à 3 ans de létrozole de passer au tamoxifène sans pénaliser
la malade [5].
La question reste posée cependant de la durée optimale de ce traitement : doit-elle
être de 5 ans comme pour le tamoxifène, en sachant que, pour ce dernier également,
la durée optimale n'est pas connue ?
La seconde question concerne les femmes en préménopause, chez qui on ne connaît
pas la meilleure thérapeutique ; pour essayer de répondre à cette question un
essai international, baptisé SOFT, compare 3 schémas : tamoxifène seul pendant
5 ans, suppression ovarienne + tamoxifène, et enfin suppression ovarienne +
exémestane, sur la même période [6].
Chimiothérapie
Comme pour l'hormonothérapie, son bénéfice est actuellement largement démontré
: la chimiothérapie adjuvante apporte un bénéfice en termes de survie sans rechute
et de survie globale. Ce bénéfice est cependant en général limité, entre 5 et
10 % en valeur absolue, par rapport à un groupe non traité [1, 7].
Malheureusement, malgré beaucoup d'efforts ces dernières années, il n'existe
pas de facteur prédictif de réponse à la chimiothérapie, ni à celle-ci en général,
ni à une drogue ou à une famille de drogues en particulier. Il semble cependant
que la chimiothérapie soit plus efficace chez les tumeurs de haut grade, présentant
un coefficient de prolifération élevé, et vis-à-vis les tumeurs dépourvues de
récepteurs hormonaux.
Actuellement on ne peut donc pas retenir de facteurs prédictifs du bénéfice
des anthracyclines ou des taxanes : ni l'expression de la protéine HER2, de
la topo-isomérase 2, ni l'expression de la protéine Tau ne sont reconnues en
pratique quotidienne [8].
La première question en suspens concerne le type de protocole utilisé : depuis
25 ans un grand nombre d'essais prospectifs ont été menés. Ils nous ont montré
tout d'abord le bénéfice apporté par les anthracyclines par rapport à un protocole
dépourvu d'anthracyclines. On ne sait pas si le bénéfice est en fait lié à l'efficacité
supérieure chez les patientes hyper-exprimant la protéine HER2 [9]. Secondairement
les essais ont montré également l'apport des taxanes, par rapport à un protocole
sans taxane. Actuellement, on a tendance à utiliser, notamment en France, un
protocole séquentiel avec d'abord une combinaison à base d'anthracyclines, puis
un taxane. Certains préfèrent cependant une association concomitante de type
TAC. À la suite du protocole PACS 01 [11] cependant, le plus souvent en France
les malades reçoivent 3 cycles du protocole FEC 100, puis 3 cycles de taxotère.
Aux USA, c'est plutôt l'usage du taxol qui est retenu, de préférence sous forme
hebdomadaire [12].
La question de la dose-intensité n'est également pas résolue : s'il n'y a pas
de donnée confirmant le bénéfice de chimiothérapie à forte dose suivi d'une
réinjection de cellules souches, un essai a suggéré l'intérêt d'un protocole
« dose-dense », c'est-à-dire administré toutes les deux semaines grâce à des
facteurs de croissance médullaires. Son usage n'est pas non plus devenu un standard.
On ignore également la durée optimale de la chimiothérapie adjuvante : le plus
souvent 6 cycles sont utilisés 3 FEC 100 puis 3 taxane , mais à la suite
des travaux portant sur la chimiothérapie néo-adjuvante, certains totalisent
8 cycles.
Enfin la question de la relation de la relation entre la chimiothérapie et
le traitement hormonal n'est pas non plus définitivement réglée : le bénéfice
plus important induit chez les femmes non-ménopausées a conduit à s'interroger
sur un éventuel rôle hormonal de la chimiothérapie. Il est vrai qu'en préménopause,
l'induction d'une aménorrhée constitue un facteur de pronostic favorable, en
sachant qu'elle est également liée à l'âge, à la dose et à la durée du traitement
[13]. Enfin la séquence optimale entre la chimiothérapie et l'hormonothérapie
a été déterminée par l'essai INT 100 : il vaut mieux utiliser la chimiothérapie
puis le tamoxifène, plutôt que les deux administrés de façon concomitante. Cela
explique la séquence la plus fréquemment utilisée actuellement : chimiothérapie
adjuvante, irradiation externe, puis hormonothérapie.
Traitements cibles
Il s'agit des dernières méthodes apparues depuis 2000.
La première consiste à l'utilisation du trastuzumab (Herceptin®)
chez les patientes dont la tumeur exprime fortement la protéine HER2. 3 essais
internationaux ont été effectués, présentés au Congrès de l'ASCO en 2005. Ces
3 études regroupant environ 10 000 malades ont montré une réduction du risque
de rechute de près de 50 %. Ce bénéfice a été confirmé par l'essai du BCIRG
sur plus de 3 000 malades. Cela a conduit à la situation actuelle, où les patientes
hyper-exprimant à la protéine HER2 reçoivent une chimiothérapie associée au
trastuzumab.
Plusieurs questions restent cependant posées [14] :
• Quelle est la durée optimale du traitement ? Dans les essais initiaux
elle était d'1 an, et c'est encore le standard actuellement ; on attend les
résultats, d'une part, de l'étude HERA, où un groupe de malades recevait 2 ans,
et de l'étude PHARE menée en France, qui compare 6 mois et 1 an de trastuzumab.
• Quelle est la meilleure chimiothérapie associée au trastuzumab
? Pour l'instant, le trastuzumab est toujours associé à une chimiothérapie,
mais on ne connaît pas le protocole optimal. Le plus souvent ce protocole inclut
un taxane, d'autant que, du fait de la toxicité cardiaque potentielle, il n'est
pas recommandé d'associer une anthracycline et le trastuzumab en même temps.
En France, beaucoup d'équipes utilisent la séquence 3 FEC 100 puis 3 taxotère
associé au trastuzumab pour 1 an. Cependant l'étude FINHER, qui n'a regroupé
que 232 malades, a semé le trouble, car d'une part il s'agit d'un schéma de
chimiothérapie inhabituel, d'autre part le trastuzumab est administré sur 9
injections. Ces données soutiennent également les études concernant la durée
optimale du traitement.
• Est-il possible d'utiliser le trastuzumab sans chimiothérapie
? Ce n'est pas le cas actuellement, ni chez les femmes dont la tumeur est dépourvue
de récepteurs hormonaux, ni dans le cas inverse, car on ne connaît pas l'hormono-sensibilité
exacte de ces tumeurs, l'hyper-expression de la protéine HER2 constituant pour
certains, un argument d'efficacité moindre du tamoxifène. Il n'y a donc pas
d'étude permettant d'utiliser directement l'association concomitante ou séquentielle
de type trastuzumab plus anti-aromatase.
Le deuxième type de thérapie ciblée est de reconnaissance encore plus récente.
D'anciennes études utilisant le clodronate ont tenté de diminuer l'incidence
des métastases osseuses, première localisation tumorale secondaire dans cette
pathologie. 2 des 3 essais ont suggéré un bénéfice. Cette méthode thérapeutique
a vu son intérêt majoré ces derniers mois par l'apparition de 3 études suggérant
un bénéfice de l'utilisation de l'acide zolédronique, soit en préménopause pour
limiter les effets de la suppression ovarienne [15], soit en post-ménopause
chez les patientes recevant une hormonothérapie par anti-aromatase, dans le
cadre des essais ZOFAST et E-ZOFAST. Il existe un bénéfice statistiquement significatif
en termes d'intervalle libre. Enfin dans l'étude AZURE, l'utilisation de l'acide
zolédronique avec un protocole de chimiothérapie néo-adjuvante augmente le taux
de réponse et le contrôle local. Cependant, pour l'instant l'utilisation de
ce type de médicament n'est pas encore recommandée en dehors d'essais thérapeutiques
et on ne connaît pas son schéma optimal.
Conclusions Perspectives
L'efficacité des traitements adjuvants du cancer du sein localisé est donc largement
démontrée. Il faut rappeler cependant que son importance est modeste : dans la
plupart des essais thérapeutiques et dans la méta-analyse, le bénéfice absolu
est souvent évalué aux environs de 10 %. Le bénéfice des anti-aromatases par rapport
au tamoxifène est d'environ 3 % en survie sans rechute. Seul le bénéfice du trastuzumab
paraît bien supérieur dans une catégorie bien définie. En conséquence, il faut
reconnaître qu'une petite partie seulement des malades traitées tirera bénéfice
du traitement. Ne seront pas concernées par ce bénéfice celles qui auraient été
guéries par le traitement locorégional seul, et celles qui rechutent sous forme
métastatique et décèdent en général de leur maladie.
Cependant la plupart d'entre elles rencontreront les effets secondaires habituels
des traitements adjuvants (tableau
5). Ces effets secondaires peuvent être précoces alopécie, hypoplasie
médullaire, nausées et/ou vomissements, mucites mais également tardifs, notamment
au plan cardiaque, endocrinien, cérébral notamment cognitif ; le risque d'hémopathie
induit par la chimiothérapie n'est pas non plus nul. Cependant, dans les quelques
études qui ont été consacrées à ce type de sujet, il a été montré que les malades
sont prêtes à recevoir un traitement, même agressif, pour un bénéfice qui peut
paraître faible, la moitié espérant un bénéfice minimum de 1 %.
L'évolution actuelle se fait donc dans deux directions : comment réaliser une
meilleure évaluation du pronostic, comment déterminer quelle molécule sera efficace
? Il faut également rappeler l'apport éventuel des nouveaux traitements, comme
les bisphosphonates ou les anti-angiogènes, pour lesquels d'autres essais sont
en cours. Enfin d'autres voies originales se dégageront peut-être, notamment
celles en rapport avec des modifications alimentaires puisqu'un essai a montré
qu'une intervention diététique pouvait réduire de façon importante le risque
de rechute notamment chez les femmes dont la tumeur n'exprime pas les récepteurs
hormonaux.
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En résumé : Traitement adjuvant du cancer du sein localisé |
Pendant longtemps, ces traitements ont été administrés sans paramètre
nettement discriminant : l'évolution actuelle se fait vers un choix de
traitements « personnalisés », qui prennent en compte les facteurs
pronostiques et prédictifs, l'efficacité et la toxicité du traitement,
l'avis de la malade : pour passer du « traitement maximal tolérable
au traitement minimal efficace ».
Si l'efficacité des traitements adjuvants du cancer du sein localisé
est largement démontrée, il faut cependant rappeler que leur bénéfice
absolu est évalué aux environs de 10 % : une petite partie seulement
des malades traitées tire bénéfice du traitement, alors que la plupart
en auront les effets secondaires habituels.
L'évolution actuelle se fait donc dans deux directions : comment
réaliser une meilleure évaluation du pronostic, comment déterminer quelle
molécule sera efficace ? |
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