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Fixer les objectifs thérapeutiques pour optimiser la démarche de prescription


Médecine. Volume 5, Numéro 2, 72-6, Février 2009, Concepts et outils

DOI : 10.1684/med.2009.0381

Résumé  

Auteur(s) : Jean-Pierre Boissel, Pierre Gallois , .

Résumé : Dans les 50 dernières années, les moyens dont dispose la médecine ont beaucoup évolué. Les moyens d'investigations paracliniques sont de plus en plus nombreux et sophistiqués. Les possibilités thérapeutiques sont également bien plus nombreuses, complexes et surtout efficaces, permettant de guérir, ou d'améliorer le pronostic ou au moins la qualité de vie de certains patients, mais souvent au prix d'effets secondaires. Parallèlement le coût de ces moyens d'investigation et de traitement s'est accru considérablement, tout en étant pris en charge par la collectivité, qui a de ce fait acquis un droit de regard sur la décision médicale. Face à ces moyens nombreux, souvent lourds, coûteux, pas toujours inoffensifs, le médecin doit choisir les mieux adaptés à son patient, capables de lui apporter le bénéfice maximum, au meilleur rapport bénéfice/risque et coût/efficacité. Mais chaque patient est a priori différent des autres, même à l'intérieur d'un cadre nosologique semblable.

Mots-clés : examen paraclinique, indicateur, objectif thérapeutique, prescription

ARTICLE

La finalité de la médecine, guérir ou à tout le moins soulager, et de plus en plus prévenir, a acquis une nouvelle exigence d'objectivité et donc de spécificité, au-delà de la part basale et non spécifique de l'effet médecin et de l'effet placebo. Pourtant, la démarche médicale a peu évolué. L'approche clinique reste essentiellement orientée vers le diagnostic, l'étiquetage d'une maladie, héritage de la période nosographique de la médecine. Le médecin a toujours le choix entre l'écoute de son patient, le stéthoscope ou l'IRM et autres techniques modernes. Mais face à la technologie triomphante, il a souvent tendance à privilégier les investigations sophistiquées. Il n'a pas toujours appris que la fiabilité des informations fournies par un examen paraclinique ne se résume pas à sa technique, aux compétences de sa mise en oeuvre, aux informations qu'il fournit, mais dépend aussi, et surtout, de sa spécificité, sa sensibilité, sa valeur prédictive. Celles-ci sont intimement liées à la probabilité clinique de la maladie. S'obstiner à vouloir obligatoirement mettre une étiquette, à désigner le coupable, une maladie, ne conduit-il pas à oublier le patient que l'on a devant soi ? Proposer un traitement pourrait paraître la conclusion simple de cette démarche : à cette maladie identifiée correspond un traitement avec ses règles validées de prescription.

Ce n'est pas si simple...

Dans la vie de tous les jours, dans le cadre de l'activité professionnelle comme en famille, toute décision d'action (ou d'inaction) poursuit un objectif, plus ou moins énoncé, plus ou moins flou. La décision médicale ne déroge pas à cette règle. Pour des raisons éthiques assez évidentes, aussi bien d'un point de vue individuel (le patient) que collectif (la société), l'objectif d'une décision médicale doit être clairement identifié. Ici, l'objectif est-il fondé sur une maladie ou sur les besoins d'un patient ?

Cet article est un plaidoyer pour l'introduction de l'identification d'un ou plusieurs objectifs thérapeutiques propres au patient dans les étapes de la démarche médicale, préalablement à la décision de prescrire. Cette identification semble un apport déterminant dans la quête d'une démarche médicale optimale. L'idée n'est certainement pas originale : la notion d'objectifs thérapeutiques a été mise en avant par l'OMS [1-3].

Qu'est-ce qu'un objectif thérapeutique ?

L'attente du patient est d'échapper à un événement, un symptôme gênant, une réduction de son autonomie, un état de mal-être, une souffrance. L'objectif thérapeutique est alors fondé sur l'identification des moyens capables de répondre à cette attente. Dans le cas particulier du cholestérol qui nous servira d'illustration, l'objectif thérapeutique n'est pas de faire baisser ce cholestérol, mais d'éviter au patient des évènements cardiovasculaires. Ainsi ne sauraient être pertinentes en tant qu'objectifs thérapeutiques des caractéristiques biologiques ou physiologiques, telles que cholestérolémie ou pression artérielle, qui n'expriment aucune souffrance, hormis le cas du sujet qui, à cause de différentes interventions, souvent médicales malheureusement, en a fait l'objet de fixation de son angoisse. Un objectif thérapeutique ne vise pas un facteur de risque qui n'est pas une maladie. Il s'agit pour le médecin (et le système de santé) de prévenir un infarctus du myocarde et non de soigner une hypercholestérolémie, de prévenir le décès ou d'améliorer la qualité de vie, et non de bloquer la prolifération des cellules cancéreuse du patient, d'éviter la cécité et non de faire baisser la glycémie.

On voit ainsi que définir un objectif thérapeutique nécessite la conjonction des attentes et besoins du patient avec la connaissance que possède le médecin des risques encourus par ce patient en fonction de son âge, de ses divers facteurs de risque, de ses autres maladies. On ne soigne pas un cholestérol mais une personne. Ainsi pour une même hypercholestérolémie, le moyen pourra être une simple réassurance, des conseils d'hygiène de vie ou une prescription médicamenteuse. La confusion de la fin (l'objectif thérapeutique) avec les moyens (l'intermédiaire qu'est le cholestérol et les méthodes pour le faire baisser) est une source, au mieux, d'incompréhension de la part du patient sur sa maladie et sa thérapeutique, au pire d'erreurs fatales (voir l'histoire tragique des antiarythmiques [4]), et toujours d'un gaspillage de ressources rares.

Cette nécessité d'imposer à la démarche médicale le passage par l'identification de l'objectif thérapeutique n'est pas nouvelle, nous l'avons mentionné. Explicitement parfois, implicitement le plus souvent, chaque prescripteur définit ce qu'il attend de chaque prescription. Mais la notion n'est pas formalisée, les objectifs sont souvent non pertinents comme l'illustre l'exemple de la fréquente automaticité de la prescription d'une statine. La démarche qui conduit à leur choix n'est pas intégrée dans la démarche du médecin. Or la prescription est l'aboutissement de cette démarche et le support de l'action que le médecin a décidée avec son patient. Nous avons dit qu'il ne saurait exister d'action sans objectif. Dans le cas de la démarche médicale, c'est autour de l'objectif thérapeutique que doit s'organiser l'action.

Hiérarchie des objectifs thérapeutiques

Les objectifs thérapeutiques sont hiérarchisés en fonction de leur utilité perçue pour et par le patient. La hiérarchie « moyenne » standard dans les pays occidentaux est la suivante :

­ augmentation de l'espérance de vie,

­ diminution de la survenue des événements morbides non létaux,

­ disparition des symptômes gênants,

­ prévention du handicap,

­ amélioration de la qualité de la vie.

Le fondement de cette hiérarchie est d'origine culturelle. Elle n'est jamais clairement explicitée ou individualisée lors du cursus universitaire. Elle est valable « en moyenne » car susceptible de varier d'une culture à l'autre, d'un patient à l'autre et pour un même patient selon son âge, sa situation professionnelle, familiale, ses pathologies associées, etc. Si la plupart d'entre nous redoutent la mort, ce n'est pas le cas de tous. Celui-ci ne s'en souciera pas adolescent, la craindra à l'âge adulte, l'attendra centenaire, la réclamera s'il est gravement handicapé.

Pour toutes ces raisons, le médecin ne peut décider seul : il ne peut le faire sans le patient, qui a obligatoirement son mot à dire, et depuis quelques années le dernier mot, même si pour cela le dialogue nécessaire est souvent délicat à conduire.

L'objectif thérapeutique relève donc des valeurs du patient. C'est pourquoi le choix de l'objectif thérapeutique ressort d'un débat tripartite : le patient, le professionnel et la société. Au sein de ce débat l'autonomie du sujet se manifeste et celle du médecin s'exerce sous la forme d'un médiateur de sa responsabilité collective [5].

À chaque objectif thérapeutique est lié un risque dont l'intensité (c'est une quantité : personne n'est à risque zéro, bien peu sont à risque maximum...) dépend : 1) de la pathologie (un objectif thérapeutique n'est pas spécifique d'une pathologie ; ainsi la prévention de la mort) ; 2) de la période d'avenir considérée (avenir immédiat, court, moyen, long terme) ; 3) du sujet, de ses autres facteurs de risque et de ses pathologies associées.

Choix d'un objectif thérapeutique

Il importe dans la communication que le malade puisse faire apparaître sa propre hiérarchie. Il est important qu'une information claire et un temps suffisant lui soient donnés pour qu'il puisse s'exprimer au-delà des idées reçues. Le médecin appliquera ensuite la hiérarchie standard en l'adaptant au cas de son patient. Le choix et la proposition pour un patient donné reposeront sur une série d'informations de nature diverses :

­ l'analyse de la demande et des attentes du patient ;

­ les éléments cliniques et paracliniques qui permettent un diagnostic et un pronostic ;

­ les données associées propres au patient et les données épidémiologiques qui permettent d'estimer les risques de survenue, de récidive, ou de persistance du facteur de risque, de l'état morbide et de leurs conséquences ;

­ les thérapeutiques disponibles et leur ratio risque/bénéfice.

Le processus de choix est interactif, d'une part avec la progression de la précision du diagnostic comme nous l'évoquerons plus loin, d'autre part en fonction des données associées. Si aucune thérapeutique efficace n'est disponible pour l'objectif thérapeutique vers lequel le médecin s'oriente en accord avec le patient, il faudra en trouver un autre peut-être moins exigeant dans la hiérarchie, mais toujours en accord avec la démarche du patient. Un exemple éclairant des particularités du choix d'un objectif thérapeutique est celui des situations des soins de fin de vie, où l'objectif thérapeutique n'est plus la guérison d'une maladie, la prolongation de la durée de vie, mais au contraire la qualité et le confort de vie, au risque parfois d'en abréger la durée. Cet exemple montre mieux que tout autre l'importance de bien comprendre les besoins et attentes du patient.

Objectifs thérapeutiques et démarche diagnostique

Quand et comment prendre la décision de recourir à un examen paraclinique ? Avant de répondre à cette question, il convient de réaliser l'évolution du « regard médical » qui évidemment conditionne la pratique du médecin. Pour le malade, ce n'est pas le diagnostic qui importe, quelle que soit la charge émotive que la société a accolé à nombre de désignations communes de maladie, mais plutôt la satisfaction de sa demande, c'est-à-dire les conséquences de ce diagnostic en termes de qualité de vie et de devenir. Le diagnostic n'est donc qu'un élément intermédiaire dans la démarche qui conduira le médecin à trouver la solution du problème du malade. Les actions possibles se définissent par deux éléments étroitement imbriqués, l'objectif thérapeutique et les thérapeutiques correspondantes.

Pour satisfaire le patient la démarche du médecin devient donc : 1) préciser le problème du patient ; 2) définir le(s) objectif(s) thérapeutique(s) ; 3) choisir la thérapeutique la mieux adaptée à l'objectif identifié et à la spécificité du malade.

Pour identifier l'objectif thérapeutique, le médecin doit ainsi situer, mais seulement jusqu'à un certain point, le malade dans le cadre nosologique. Cette étape de la démarche est toujours confondue avec la recherche d'un diagnostic le plus précis possible. C'est une erreur car le diagnostic précis n'est pas forcément nécessaire pour identifier le « bon » objectif thérapeutique et accéder à la solution du problème posé par le malade.

Deux cas illustrent bien cet aspect : dans le cas des très nombreux syndromes médicalement inexpliqués, où ne sera trouvée aucune « lésion » précise qui puisse les expliquer, la recherche plus ou moins acharnée d'une explication somatique, après que la clinique, des examens simples, un suivi de quelques semaines aient éliminé toute suspicion de maladie précise ou grave, conduira simplement à augmenter l'inquiétude du patient [6]. De même dans les situations de fin de vie, identifier une cause précise est rarement utile pour répondre à l'objectif de soulagement de ses symptômes souhaité par le patient.

Il faut toujours se rappeler que le but d'un examen n'est pas de mettre une étiquette et qu'un examen est inutile, quelles que soient sa spécificité, sa sensibilité, sa valeur prédictive, s'il ne conditionne pas une thérapeutique. Il est à craindre que nombreux soient les examens paracliniques pratiqués qui n'apportent rien à l'optimisation de la décision thérapeutique. Cette attitude est encore moins admissible quand on considère l'aspect financier et celui du budget social de la nation.

En revanche, l'existence d'au moins une thérapeutique établie est nécessaire à l'identification de l'objectif thérapeutique. Un objectif thérapeutique n'a de sens que s'il est accessible à une ou plusieurs thérapeutiques établies. La liste des objectifs est révisée au vu des résultats de chaque examen. La séquence s'arrête lorsque la thérapeutique est choisie.

En pratique, le principe est simple : avant de décider d'un examen, le médecin doit se poser la question : en quoi cet examen servira-t-il à mon malade et plus précisément les informations acquises me serviront-elles à mieux préciser le ou les objectifs thérapeutiques ? Si la réponse est négative, l'examen ne doit pas être réalisé.

Quels objectifs thérapeutiques pour une prescription ?

Pour nombre de médecins, l'objectif d'une prescription de statines est de faire baisser la cholestérolémie. Pour les mêmes, celui d'une prescription de clopidogrel est la prévention d'un infarctus du myocarde. Cherchons l'erreur !

On a beaucoup écrit sur la démarche qui conduit le médecin à établir un diagnostic, mais moins sur la décision de prescrire une thérapeutique. La prescription est la conclusion d'une consultation, et elle est souvent assimilée à une prescription pharmacologique. De fait, de nombreuses consultations se terminent par la délivrance d'une ordonnance médicamenteuse, dont la fréquence varie beaucoup d'un pays à l'autre : une consultation se termine sans prescription de médicament dans 10 % des cas en France, 28 % en Allemagne, 57 % aux Pays-Bas [7]. En fait si une consultation se conclut toujours par une décision qui, elle-même débouche sur une action, cette décision peut concerner un ou des médicaments, mais aussi des conseils sur le mode de vie, et même parfois une non-prescription, qui a valeur de prescription par l'explication qui l'accompagne.

La demande du malade et la connaissance que possède le médecin des conséquences de son état conduisent à définir un but aux soins qui se traduit par un ou plusieurs objectifs. Ils sont qualifiés de thérapeutiques car à la fois ils déterminent le choix du traitement et ils définissent ce que ce traitement est supposé atteindre. Ces objectifs sont la raison de la prescription. Celle-ci est un média obligé, ou pratiquement obligé, entre un objectif synthétisant cette rencontre et les moyens choisis pour l'atteindre. Elle doit être cohérente avec un ou plusieurs objectifs thérapeutiques. L'objectif thérapeutique est donc inhérent au type de démarche qu'est la consultation médicale. Mais d'autres raisons, plus opératoires, justifient l'identification des objectifs thérapeutiques au cours de la consultation, en préalable à toute prescription.

Le médecin doit définir un ou plusieurs objectifs thérapeutiques pour pouvoir prescrire en conformité avec les données actuelles de la science. Chaque thérapeutique est évaluée par rapport à un ou plusieurs critères cliniques dont chacun correspond à un objectif thérapeutique potentiel. L'intensité de l'effet, qui doit jouer un rôle majeur dans le choix de la thérapeutique et qui est évaluée à partir des résultats des essais cliniques, est donc intrinsèquement liée à un objectif thérapeutique potentiel.

D'autres raisons encore contribuent à imposer la structuration de la démarche du médecin autour du choix d'objectifs thérapeutiques. On ne peut pas justifier auprès du patient l'utilité de la prescription si on ne la rattache pas à des objectifs thérapeutiques clairement définis, explicités et en accord avec le paradigme culturellement accepté de la médecine et de la santé, répondant à la demande du patient.

On ne peut pas surveiller l'efficacité d'un traitement dont les objectifs ne sont pas définis. Le résultat, donc le bien fondé d'une prescription, ne peut s'évaluer que si ses objectifs ont été clairement et précisément définis (évaluation de la qualité des soins). Ainsi, la plupart des études s'intéressant à l'écart entre pratique et référentiel pêchent par l'absence de prise en compte de l'objectif thérapeutique. Par exemple, on a observé dans les années 90 du siècle dernier nombre de prescriptions d'antagonistes calciques dans le post-infarctus du myocarde [8]. Comment interpréter cette observation ? S'il s'agissait de prévenir un AVC chez des hypertendus, ou de réduire le nombre de crises d'angine de poitrine chez des patients conservant un angor d'effort à leur retour de l'hôpital, la prescription était conforme aux données actuelles de la science. Mais ce n'était plus le cas s'il s'agissait de prévenir la récidive d'infarctus du myocarde. Sans la connaissance de l'objectif thérapeutique choisi par le médecin, il était impossible d'évaluer sa prescription.

ENCADRE : exemple du choix des objectifs thérapeutiques pour un sujet hyperlipémique

Ce qu'il ne faut pas faire :

Décider de prescrire une statine :

­ Parce que le sujet a un LDLc élevé (d'ailleurs à partir de combien ?).

­ Pour traiter l'hyperlipémie.

­ Pour faire baisser le LDLc.

Ce qu'il faut faire :

­ Évaluer le risque d'accident cardiovasculaire pour ce patient (en tenant compte des autres facteurs de risque comme le tabagisme, les chiffres de pression artérielle, et des facteurs favorisants comme la sédentarité ou l'obésité).

­ Fixer l'objectif thérapeutique en fonction de ces risques et des thérapeutiques disponibles.

­ Choisir la thérapeutique la plus apte à atteindre les objectifs thérapeutiques au prix du plus faible risque iatrogène.

Dans cet exemple, l'objectif pourra être la prévention d'un accident cardiovasculaire ou d'un décès précoce.

Quand choisir l'objectif thérapeutique ?

À première vue, le choix suit l'étape du diagnostic. Le développement précédent montre que le problème se pose dès l'identification du premier symptôme ou dès que le malade a exprimé sa demande. On peut même considérer que le choix des objectifs thérapeutiques se superpose, voire se substitue à la démarche diagnostique : 1) le médecin établit une première liste d'objectifs thérapeutiques potentiels dès l'identification du premier symptôme ; 2) puis il élimine les objectifs thérapeutiques non justifiables grâce à la poursuite de l'examen clinique et la réalisation d'examens paracliniques. La décision d'un examen complémentaire ne se justifie que tant que le choix des objectifs thérapeutiques reste incertain, et non pas, comme on pourrait le croire, tant que le diagnostic n'est pas certain.

Objectif thérapeutique et projet de soins

Puisque le mot « contrat » dans « contrat de soins » semble poser problème, parlons de « projet » même si la connotation d'accord entre les parties disparaît. Le « projet de soins » lie le patient, le médecin et la collectivité. Construire le projet autour de l'objectif thérapeutique choisi présente de nombreux avantages. L'essentiel étant défini, l'accessoire et afortiori l'inutile peuvent être facilement écartés. Le patient sait pourquoi il s'engage. Le médecin sait pourquoi il s'investit. La collectivité sait pourquoi elle paie.

Objectif thérapeutique et faible risque

L'identification d'un objectif thérapeutique ne débouche pas forcément sur une prescription pharmacologique ni même sur la prescription d'un traitement non pharmacologique. Nous avons fait allusion à cet apparent paradoxe plus haut. La raison en est simple. Le risque que le patient présente de voir survenir l'événement que l'on pourrait vouloir prévenir peut être trop faible par rapport au bénéfice attendu du traitement possible et à ses divers inconvénients potentiels. Dans un tel cas, extrêmement fréquent, même si le médecin est allé au bout de la démarche d'identification de l'objectif thérapeutique, il y renoncera ou proposera une approche centrée souvent sur ce que l'on appelle l'hygiène de vie, voire un simple dialogue explicatif et rassurant.

Cette situation montre que dès qu'apparaît l'objectif dans le cours de la démarche il convient d'établir une prédiction du risque qui s'enrichira au fur et à mesure que les résultats des examens complémentaires appropriés émergeront. Mais dans nombre de cas, ces examens seront très limités, l'interrogatoire et l'examen suffisant à placer le patient dans une classe de risque faible.

Conclusion

La première partie de la démarche du médecin est l'identification des objectifs thérapeutiques en accord avec la demande du patient et ses valeurs, et, bien sûr, sa maladie.

La deuxième consiste à réduire cette liste grâce, éventuellement, au recours à des examens paracliniques.

La dernière est le choix de la thérapeutique la plus apte à atteindre chacun de ces objectifs.

L'accent mis sur les objectifs thérapeutiques n'a pas qu'une valeur formelle. C'est surtout un élément opératoire fondamental pour un choix thérapeutique raisonné et raisonnable, pour limiter les examens paracliniques inutiles.

Il faut que les médecins intègrent l'identification des objectifs thérapeutiques dans leur démarche. Il faut que la formation initiale mette l'accent sur cet aspect fondamental de la méthode médicale.

Références

  1. De Vries TPGM, Hennings RH, Hogerzil HV, et al. Guide to good prescribing. WHO Action programme on essential drugs. WHO : Geneva ; 1995.
  2. Boissel JP. Note sur la nécessaire définition des objectifs thérapeutiques pour une démarche de prescription optimisée. Therapie. 1996;51:287-9.
  3. Boissel JP. Therapeutic objectives. Evidence-based CardiovascMed. 1999;3:1.
  4. Moore TC. Deadly medicine. Simon & Schuster : New-York ; 1995.
  5. Rameix S. Autonomie et solidarité, dans la relation médicale et le système de santé. Un point de vue philosophique. Conférence Nationale de Santé : Paris ; 2001.
  6. Cathébras P. Plaintes somatiques médicalement inexpliquées. Médecine. 2006;2:72-6.
  7. IPSOS. Le rapport des Français et des Européens à l'ordonnance et aux médicaments. IPSOS Santé 2005.
  8. Boissel JP, Nemoz C, Gillet J, Salewski B, Diaz N, et le Groupe de Pharmacologie et de Thérapeutique de la Société Française de Cardiologie. La prescription médicamenteuse dans le postinfarctus : résultats de l'EPPI (étude de prescription postinfarctus). Etude coopérative Française. Arch Mal Coeur. 1990;83:1777-82.

En résumé : Objectifs thérapeutiques

­ La demande du malade, sa compréhension (car la demande n'est pas toujours clairement exprimée) conduisent à définir au cours de la rencontre une liste d'objectifs thérapeutiques capables de la satisfaire.

­ Un objectif thérapeutique ne peut être qu'en rapport direct avec les objectifs de vie du patient : augmenter la survie, éviter un événement non fatal, un handicap, faire disparaître une douleur, améliorer la qualité de vie.

­ Faire baisser la cholestérolémie ne peut être considéré en soi comme un objectif thérapeutique légitime. Ce ne peut être qu'un indicateur plus ou moins fidèle des effets d'un moyen destiné à réduire un risque identifié et précisé dans son importance et son intensité.

­ Une thérapeutique prescrite sans objectifs thérapeutiques n'a pas de légitimité.

­ Les examens paracliniques n'ont de valeur que s'ils permettent d'affiner ces objectifs.

­ Un objectif thérapeutique sans qu'une thérapeutique efficace existe n'est évidemment pas un objectif thérapeutique ; mais un objectif thérapeutique n'implique pas obligatoirement le recours à un médicament ou à une prescription ; il peut être atteint par d'autres moyens, des conseils de vie, voire une absence de prescription, c'est alors le seul dialogue avec le patient qui structure le projet de soins.

­ C'est en particulier le cas lorsque le risque de l'événement est faible et que le bénéfice attendu du traitement, quel qu'il soit, est bien faible vis-à-vis de ses inconvénients (dans les inconvénients il convient d'inclure le coût, la médicalisation du patient, etc.).

­ Le projet de soins s'organise autour du ou des objectifs thérapeutiques.

 


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