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Organisation de la prise en charge clinique des enfants drépanocytaires dépistés en période néonatale


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 11, Numéro 1, 9-11, janvier-février 2008, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2008.0151

Résumé  

Auteur(s) : Mariane de Montalembert , Service de pédiatrie générale, Necker-Enfants malades, 149 rue de Sèvres, 75015 Paris.

Résumé : La drépanocytose est dépistée à la naissance chez les enfants dont les parents sont originaires de pays où la prévalence du trait est élevé (Afrique, Antilles, Afrique du Nord essentiellement). Les enfants diagnostiqués sont adressés à un centre de référence, qui organise autour de l’enfant un réseau de soins alliant les médecins de proximité (PMI et/ou médecin libéral, centre hospitalier de proximité) et le centre de référence. Les buts majeurs d’une prise en charge précoce sont l’éducation des familles sur l’importance des soins préventifs et la reconnaissance des signes de gravité, la mise en œuvre d’une antibiothérapie quotidienne par pénicilline orale et de la vaccination anti-pneumococcique, la pratique à partir de l’âge de 12-18 mois d’une prévention des accidents vasculaires cérébraux par Doppler transcrânien annuel. Il faut tenir compte pour beaucoup de familles des spécificités culturelles de la maladie, restaurer un projet de vie pour leur enfant et les faire adhérer à l’utilité de la prévention.

Mots-clés : dépistage, pénicilline, éducation thérapeutique

ARTICLE

Auteur(s) : Mariane de Montalembert

Service de pédiatrie générale, Necker-Enfants malades, 149 rue de Sèvres, 75015 Paris

A l’instar de la prise en charge des autres maladies dépistées en période néonatale, l’organisation de la prise en charge des nouveau-nés drépanocytaires est confiée à l’Association française pour le dépistage et la prévention des handicaps de l’enfant. (AFDPHE).

Quand un laboratoire a repéré un tracé électrophorétique anormal, il adresse une fiche d’identification d’un nouveau cas à un médecin référent, désigné par l’AFDPHE. Il existe en métropole quatre médecins référents pour l’Île-de-France, un à Lille et un à Marseille. Des médecins référents ont aussi été désignés pour les Antilles. Celui-ci fait l’interface entre l’AFDPHE et les acteurs impliqués dans le circuit de soins de l’enfant. Lui-même, ou un médecin spécialisé dans la prise en charge de la drépanocytose qu’il aura identifié, appelle la famille afin d’organiser un rendez-vous. Le diagnostic doit être confirmé par des analyses de l’hémoglobine de l’enfant et de ses deux parents (l’analyse des parents permet de distinguer un enfant SS d’un enfant S/β0 thalassémique). Il est important que les tests de confirmation soient faits par le laboratoire qui a identifié le nouveau cas. Après confirmation du diagnostic, le médecin référent ou le médecin spécialisé renvoient la fiche d’identification d’un nouveau cas au laboratoire et au secrétariat de l’AFDPHE.

Une question encore non résolue est celle de l’information des parents ayant eu un enfant hétérozygote pour la drépanocytose. En effet, il naît en France chaque année 4 000 à 5 000 enfants hétérozygotes. L’information génétique nécessite une consultation médicale afin d’expliquer la maladie, sa transmission génétique, la possibilité de faire un diagnostic prénatal à une grossesse ultérieure, à partir de 10 semaines de grossesse environ, s’il apparaît que les deux parents sont transmetteurs du gène muté (l’AFDPHE a rédigé une brochure explicative « être hétérozygote, et alors ? », à remettre aux familles). Il n’existe pas aujourd’hui de moyens dévolus à cette information qui, de ce fait, n’est qu’inconstamment délivrée aux parents.

Le premier entretien

L’annonce du diagnostic

Elle est déterminante pour la prise en charge ultérieure. Les familles ont des connaissances très variables sur la maladie. Pour beaucoup de familles africaines, le diagnostic de drépanocytose (parfois aussi appelée « être SS » ou « avoir les hématies ») équivaut à une condamnation : l’enfant est destiné à mourir jeune ; la mère de l’enfant est punie d’une faute qu’elle a commise par la maladie qui frappe son enfant. Il faut prendre le temps d’écouter la famille, pour pouvoir éventuellement restaurer sa confiance dans la possibilité d’avenir du bébé.

La transmission génétique de l’affection est difficilement acceptée. Beaucoup de pères africains arguent du fait qu’ils ne sont pas malades et n’ont pas pu transmette une maladie génétique. Il est également très difficile aux familles d’admettre que leur bébé apparemment bien portant est porteur d’une maladie. Faute d’explications suffisantes, il est possible que la famille refuse le diagnostic et n’adhère pas au programme de consultations régulières. Ces explications doivent être répétées tout au long du suivi de l’enfant.

L’existence d’un diagnostic prénatal est présentée. Il nous semble qu’il ne faut pas l’évoquer dès le premier entretien, pour ne pas sous-entendre que le bébé amené aurait dû ne pas naître. Le discours sur le diagnostic doit aussi tenir compte des interdits culturels ou religieux qui frappent l’interruption de grossesse dans beaucoup de populations concernées [1]. Enfin, le truchement d’un interprète peut être nécessaire.

L’examen clinique

Les bébés drépanocytaires diagnostiqués en période néonatale sont habituellement vus en centre spécialisé vers l’âge de 2 mois. La plupart des bébés ont à cet âge un examen normal, ou au moins aucun signe particulier de la maladie. Plus tard, on peut mettre en évidence une pâleur (conjonctives, paume des mains et des pieds), une hépatosplénomégalie. On enseignera aux parents à reconnaître la pâleur et une éventuelle splénomégalie, afin qu’ils consultent en urgence en cas d’aggravation de ces signes. Le médecin signalera aussi la possibilité de survenue de « syndrome pied-mains » (gonflement des mains et/ou des pieds).

Bilan sanguin

À la première consultation, on prélève un hémogramme avec chiffrage des réticulocytes, un groupe sanguin avec phénotype étendu (à répéter entre 6 mois et 1 an pour permettre l’établissement de la carte de groupe sanguin définitif, dont un exemplaire sera remis aux parents), un dosage du G6PD étant donné la prévalence du déficit dans les populations concernées, et un dosage du fer sérique et de la capacité totale de fixation de la sidérophiline. Il est recommandé [2] que le carnet de santé mentionne le diagnostic, le taux d’hémoglobine, la taille de la rate, les traitements quotidiens.

Enquête familiale et sociale

Une enquête familiale est effectuée. Il n’est pas exceptionnel de découvrir un parent, ou un frère ou une sœur, porteur de drépanocytose de type SC, d’expression clinique atténuée.

Dès le premier entretien, il faut se renseigner sur la situation sociale des parents, le nombre d’enfant au foyer, la couverture sociale (une prise en charge par la CNAM à 100 % doit être faite). Un entretien avec l’assistante sociale est souvent utile. Les systèmes de garde sont discutés. Enfin, il est souhaitable de remettre aux parents des documents d’information sur la drépanocytose, de les informer de l’existence d’associations de parents d’enfants drépanocytaires. Un entretien avec un psychologue est souvent récusé dans un premier temps par les parents, mais doit être reproposé car il se révèle souvent utile.

Définition du circuit de soins

L’enfant est mis au cœur d’un réseau de soins, dont tous les partenaires doivent être informés du diagnostic et des conduites à tenir, préventives et en cas d’urgence : le centre de protection maternelle et infantile (PMI), et/ou le médecin de famille et/ou le pédiatre, le pédiatre de la crèche, le centre hospitalier le plus proche du domicile de l’enfant. Un partenariat entre 1) la médecine de ville apte à assurer la prévention et la prise en charge des signes bénins, 2) le centre hospitalier de proximité, apte à gérer les complications, et 3) le centre de référence, expert dans le traitement des complications graves, doit être recommandé.

Recommandations aux parents

Les situations motivant une consultation urgente sont exposées : fièvre, pâleur et/ou asthénie, augmentation brutale du volume de la rate. Elles seront ensuite répétées à chaque consultation et discutées avec les partenaires de soins. Des conseils d’hygiène de vie sont donnés. L’importance d’une hydratation abondante est expliquée. Progressivement, on présente aux parents les facteurs de risque de crises douloureuses, afin de les éviter : hypoxie (altitude supérieure à 1 500 m, vêtements trop serrés), changement brutal de température (bain en eau froide), déshydratation, stress. Des « conduites à tenir » sont données en cas de fièvre, de douleur, de pâleur. Il peut être utile de confier au médecin de la crèche un document informatif. Dans tous les cas, il est important de préciser avec les parents les moyens de transport qu’ils utiliseront si la complication aiguë survient la nuit.

En ce qui concerne le programme de vaccination, le lecteur peut se reporter à l’article du présent dossier qui lui est consacré.

L’ordonnance

L’ordonnance établie au terme de cette première consultation comprend :
  • la prescription d’Oracilline®, dont la nécessité d’une prise biquotidienne doit être expliquée aux parents, dès le diagnostic confirmé, 100 000 U/kg/jour jusqu’à un poids de 10 kg, puis 50 000 U/kg/jour ;
  • l’acide folique (Spéciafodine®, cp. à 5 mg, un comprimé par jour 10 jours par mois par exemple) ;
  • un médicament en cas de fièvre : paracétamol 60 mg/kg/jour en 4 prises.

Les consultations ultérieures

Elles alternent des visites auprès de la PMI et/ou du médecin libéral, qui renouvellent les explications, assurent les vaccinations, effectuent la surveillance, et les consultations hospitalières. En effet, une visite auprès d’un centre spécialisé est souhaitable tous les 3 mois dans les deux premières de vie, à un rythme fonction de la gravité de la maladie ensuite.

À chaque consultation, on doit vérifier que les parents reconnaissent les signes motivant une consultation urgente (fièvre supérieure à 38,5 C°, pâleur et/ou asthénie brutales, douleur ne cédant pas au traitement antalgique initial, augmentation brutale du volume de la rate, vomissements), et peuvent se rendre à l’hôpital quelle que soit l’heure. Les facteurs de risque de douleur sont régulièrement présentés.

L’examen clinique recherche une éventuelle hépatosplénomégalie. Le débord splénique est noté sur le carnet de santé, et on essaye d’apprendre aux parents à le mesurer, afin qu’ils puissent reconnaître une augmentation brutale de son volume. On examine aussi la sphère ORL car on sait qu’une obstruction des voies aériennes supérieures majore le risque d’accident vasculaire cérébral.

Le bilan annuel varie en fonction de l’âge de l’enfant. Annuellement, on peut vérifier l’hémogramme avec chiffrage des réticulocytes, le bilan martial, l’ionogramme sanguin, le bilan hépatique. Il est très important de vérifier la vascularisation cérébrale par Doppler transcrânien à partir de l’âge de 12-18 mois. On recommande de vérifier annuellement à partir de l’âge de 3 ans radio de thorax et échographie abdominale, à partir de l’âge de 6 ans radio de bassin et échographie cardiaque. La surveillance ophtalmologique est recommandée à partir de l’âge de 6 ans chez les enfants SC, 10 ans chez ceux SS [2].

L’ordonnance comprend :

  • l’Oracilline®, il n’y a pas d’étude permettant de définir rigoureusement l’âge où la pénicilline peut être arrêtée. Nous la maintenons jusqu’à l’âge de 15 ans environ ;
  • l’acide folique ;
  • le traitement de la fièvre par paracétamol ;
  • le traitement de la douleur. Les familles augmentent l’apport hydrique et doivent toujours avoir des traitements à domicile : paracétamol (60 mg/kg/jour en 4 prises), ibuprofène : Advil®, Nurofen®, Nureflex® (10 mg/kg/prise, 3 prises par jour). Si la douleur persiste, et après l’âge de 1 an, on associe du Codenfan® (1 mL/kg/prise, 4 à 6 prises par jour). Une crise résistante aux antalgiques ou d’emblée majeure doit conduire à l’hospitalisation. On se méfie des crises thoraciques qui risquent de se compliquer d’un syndrome thoracique aigu ;
  • les vaccinations : on demande aux parents d’informer suffisamment longtemps à l’avance leur médecin s’ils souhaitent se rendre en Afrique, afin que les vaccins puissent être faits, et le traitement anti-paludisme prescrit.

Conclusion

Le pronostic de la drépanocytose a été considérablement amélioré par les stratégies préventives, en particulier des infections et des accidents vasculaires cérébraux. Toutefois, il est important de veiller à l’accès aux soins des patients, ce qui passe en particulier par la diffusion des protocoles de soins et du Doppler transcrânien à l’ensemble du territoire national.

Références

1 de Montalembert M, Bonnet D, Lena-Russo D, Briard ML. Ethical aspects of neonatal screening for sickle cell disease in Western European countries. Acta Paediatr 2005 ; 5 : 528-30.

2 Prise en charge de la drépanocytose chez l’enfant et l’adolescent. www.has-sante.fr/anaes.


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