ARTICLE
Auteur(s) : Paule Le
Deun1, Armelle
Gentric2
1Court séjour gériatrique, Groupe Hospitalier St
Augustin Malestroit
2Service de médecine interne gériatrique, CHU Brest
Depuis plus de trente ans, la notion de vieillissement réussi a
fait l’objet de recherches dans de multiples disciplines
académiques [1]. Ces dernières années, ce concept a connu un regain
d’intérêt lié à l’allongement de l’espérance de vie et de la
longévité.Les études montrent que l’on vit plus longtemps, en
meilleure santé, en étant plus actif, et que les taux d’incapacité
et d’institutionnalisation continueront à décroître dans l’avenir
[2]. En outre, les personnes âgées ont actuellement un niveau
d’éducation plus élevé que les générations précédentes et sont
soucieuses d’améliorer leur état de santé [3].Nous nous proposons
ici de montrer comment le concept de vieillissement réussi a évolué
ces dernières années et s’est enrichi, conduisant à des stratégies
préventives diversifiées et prenant désormais en compte la personne
dans sa globalité et toutes ses dimensions, déterminant une
approche médicale, sociale, psychologique, mais aussi éthique et
philosophique.Dans un second temps sont abordées les principales
voies thérapeutiques du vieillissement réussi, celles des
antioxydants et des traitements hormonaux substitutifs.
Données démographiques
L’espérance de vie à la naissance s’est considérablement accrue en
France en un quart de siècle. Elle est actuellement de 76 ans
pour les hommes, 84 ans pour les femmes [5].
L’espérance de vie en bonne santé à la naissance [4]
(69,3 ans pour les hommes, 74,7 ans pour les femmes) ou
espérance de vie sans incapacité est plus difficilement mesurable
car elle se heurte à divers écueils dont la notion d’incapacité
elle-même. Il ne fait cependant pas de doute que les années de vie
gagnées lors des dernières années, à 60 ans, l’ont été très
largement, si ce n’est totalement, sans incapacité sévère.
Cette augmentation de l’espérance de vie ces dernières décennies
conduit à reconsidérer l’importance des facteurs environnementaux,
capables d’interférer avec des mécanismes variés et de réduire
l’espérance de vie (tableaux 1A et
1B).
Tableau 1A Évolution de l’espérance de vie à la
naissance en France par sexe de 1789 à 2020 (source INSEE)
|
1789
|
1900
|
1955
|
1980
|
1990
|
1998
|
2020
|
|
Sexe
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Masculin
|
28
|
45
|
65
|
70,2
|
72,7
|
74,6
|
77,0
|
|
Féminin
|
28
|
49
|
72
|
78,4
|
80,9
|
82,2
|
86,4
|
Tableau 1B Évolution de l’espérance de vie à 60, 75 et
85 ans par sexe de 1950 à 2020
|
Sexe
|
Âge
|
1950
|
1980
|
1990
|
2000
|
2010
|
2020
|
|
Masculin
|
60
|
15,4
|
17,3
|
19
|
20,3
|
21,6
|
22,8
|
|
75
|
7,0
|
8,3
|
9,4
|
10,1
|
10,8
|
11,6
|
|
85
|
3,7
|
4,5
|
4,9
|
5,2
|
5,6
|
5,9
|
|
Féminin
|
60
|
18,4
|
22,4
|
24,2
|
25,7
|
27,1
|
28,4
|
|
75
|
8,4
|
10,7
|
12,0
|
13,0
|
14,0
|
14,9
|
|
85
|
4,4
|
5,4
|
6
|
6,5
|
7,1
|
7,6
|
Définition
Le concept de vieillissement réussi s’est développé dans les années
80, à partir des travaux de Rowe et Kahn [6] qui ont défini trois
types de vieillissement :
- – Le vieillissement « pathologique », avec
morbidités : dépression, démence, troubles de la locomotion,
troubles sensoriels, affections cardiovasculaires ;
fréquemment associées à une dénutrition favorisant dans ce contexte
polypathologique l’émergence de pathologies aiguës.
- – Le vieillissement usuel ou habituel, avec des
atteintes définies comme physiologiques, liées à l’âge, de
certaines fonctions. Il s’agit d’une réduction des réserves
adaptatives, conduisant à un risque de déséquilibre en cas de
survenue d’un phénomène aigu. C’est ce qu’on définit actuellement
par le syndrome de fragilité, qui se caractérise par un risque de
décompensation fonctionnelle conduisant à une aggravation de l’état
de santé ou à la dépendance.
- – Le vieillissement réussi : à haut niveau de
fonction, avec maintien des capacités fonctionnelles ou atteinte
très modérée de celles-ci, absence de pathologies ; il
concernerait 12 à 58 % de la population âgée.
Ce concept de vieillissement réussi a particulièrement évolué
ces dernières années, et est actuellement abordé sous différents
angles : médical, fonctionnel, biologique, social,
psychologique et aussi philosophique.
Actuellement, il apparaît que le concept de vieillissement
réussi ne peut être défini en se limitant seulement aux aspects
fonctionnels [7]. Il convient de l’intégrer dans un contexte plus
vaste de qualité de vie, impliquant la perception que l’individu a
de sa santé mais aussi sa satisfaction à l’égard des liens
affectifs entretenus avec son entourage et par rapport à son rôle
social. Le maintien des capacités fonctionnelles ne se conçoit
ainsi que comme une condition pour parvenir aux autres dimensions
de la qualité de vie. Ainsi, toute action de prévention visant à
maintenir un niveau suffisant de capacités fonctionnelles doit
s’intégrer dans le cadre du développement de relations familiales
ou amicales et viser à redonner un rôle social à la personne
âgée.
Ainsi, si le concept de vieillissement réussi est souvent
associé aux notions de longévité et d’absence de pathologies, on ne
peut faire abstraction de celles de « qualité de vie,
bien-être physiologique, bonheur » [8].
Les critères essentiels le plus souvent retrouvés dans les
définitions du vieillissement réussi des chercheurs sont les
suivants [1] :
- – satisfaction de vie [9, 10] ;
- – longévité [10-12] ;
- – absence d’incapacités [10, 13] ;
- – engagement actif dans la vie [9, 13, 14] ;
- – autonomie et indépendance [12, 13, 15, 16] ;
- – croissance/maîtrise [17-19] ;
- – capacité d’adaptation [14, 17].
Si tous ces critères contribuent à une conception certes
multidimensionnelle du vieillissement réussi, une définition plus
centrée sur le patient, prenant en compte la propre conception de
celui-ci du vieillissement, n’est pas dépourvue d’intérêt.
La limite de la plupart des définitions précédentes est que
toute personne, atteinte d’incapacités fonctionnelles, ne peut être
considérée comme en vieillissement réussi.
Le vieillissement est souvent perçu comme le déclin des
capacités physiques et cognitives, et les performances cognitives
et physiques comme les témoins d’un vieillissement réussi.
Or, se réfère-t-on à une moyenne estimée à un certain âge, ou à
ce que l’on considère comme normal dans une population plus jeune,
en ce sens où l’on entendrait par « réussi » des
performances conservées par rapport à la jeunesse ? Comment
définir la norme ? [8]
Définir la réussite comme l’absence de maladies, un
fonctionnement intellectuel et physique performant, et par la
poursuite de l’engagement social, revient à dire que la personne
qui vieillit le mieux est celle qui vieillit le moins.
Or, la capacité d’adaptation, la possibilité de faire des choix,
sont des aspects essentiels contribuant au vieillissement réussi,
qui ne doivent pas être occultés.
Il est par ailleurs intéressant de constater que la définition
donnée par les personnes âgées du vieillissement réussi diffère
largement de celle qu’en donnent les médecins. Des chercheurs de
Californie ont récemment montré que le pourcentage de personnes
âgées réussissant leur vieillissement est plus important lorsqu’on
l’évalue selon leur propre définition, plutôt que celle des
chercheurs [16]. Ainsi des personnes atteintes de maladies
chroniques graves se sentaient en vieillissement réussi, alors que
d’autres, en bonne santé, sans pathologies notables, percevaient de
façon négative leur vieillissement.
Pour d’autres [9, 10, 20, 21], les déterminants fondamentaux du
vieillissement réussi sont la satisfaction et le bien-être. L’une
des clefs de ces déterminants est le lien social et l’implication
sociale qui protégerait par ailleurs les capacités cognitives.
Pour Gow et Whiteman [20], bonheur et satisfaction de vie sont
des indices-clés du vieillissement réussi. Ils décrivent le bonheur
comme l’ultime et la plus grande motivation pour l’action humaine,
et montrent qu’il n’est pas forcément corrélé avec les capacités
cognitives. Ils concluent que la promotion du vieillissement réussi
ne se résume pas à la protection des fonctions cognitives, mais
aussi ce qui rend heureux. Le bien-être et la vision positive du
vieillissement sont protecteurs des effets de l’âge sur
l’organisme.
La capacité à s’investir, se projeter dans l’avenir, se fixer
des objectifs, contribue en ce sens au vieillissement réussi, mais
aussi le fait d’avoir une descendance [21].
La notion de capacité d’adaptation revêt par ailleurs une
importance fondamentale dans tous les processus de vieillissement
réussi, ainsi que le définit Baltes [22] : il décrit un
processus général d’« adaptation, avec optimalisation
sélective et compensation » qui tend à expliquer le changement
dynamique des gains et pertes au cours de la vie, et à montrer
comment les changements relatifs à l’âge peuvent être un exemple de
la plasticité du cerveau vieillissant.
Ce modèle de développement réussi explique comment les individus
s’adaptent quand ils sont confrontés à des changements du fait du
processus de vieillissement, grâce à leur capacité de résilience
dans la pensée, les sentiments et les comportements, qui leur
permet d’atteindre les buts fixés, malgré les difficultés liées au
processus de vieillissement.
La « résilience », ou capacité de résister sans se
rompre, est en fait l’inverse de la fragilité [23].
Si les enquêtes de satisfaction de vie près des personnes très
âgées donnent des résultats étonnamment bons, ainsi que les
enquêtes sur le sentiment subjectif de santé, c’est probablement dû
au fait qu’il existe une résilience certaine chez beaucoup. Au fil
de l’existence, l’art de gérer les épreuves, d’adapter les attentes
se renforce.
Le facteur le plus important de résilience est sans doute la
personnalité antérieure.
La résilience a ses origines dans la théorie du développement
psychologique et humain [24]. Ce mot décrit la capacité de
l’individu à faire face à une difficulté ou à un stress importants,
de façon non seulement efficace, mais susceptible d’engendrer une
meilleure capacité de réaction plus tard face une difficulté. La
résilience se compose d’un équilibre entre, d’une part, le stress
et les difficultés et, d’autre part, la capacité de faire face à la
situation et la disponibilité d’un soutien. Lorsque les sources de
stress excèdent les facteurs de protection de l’individu, même les
personnes qui ont fait preuve de résilience antérieurement peuvent
être dépassées.
La résilience est donc l’aptitude des individus et des systèmes
(les familles, les groupes et les collectivités) à vaincre
l’adversité ou une situation de risque. Cette aptitude évolue avec
le temps ; elle est renforcée par les facteurs de protection
chez l’individu ou dans le système et le milieu ; elle
contribue au maintien d’une bonne santé ou à l’amélioration de
celle-ci. Les mécanismes psychologiques d’adaptation des
« résiliants » incluent à la fois l’humour,
l’imagination, la créativité, l’investissement affectif,
l’idéalisme, l’engagement, l’altruisme [24].
En vieillissant, on peut être confronté à de nouvelles limites
ou maladies. S’adapter est donc une composante importante du
vieillissement réussi, permettant de garder le contrôle sur sa vie
et de maintenir son bien-être. Selon Baltes [22], les aînés
composent avec le déclin de leurs capacités au moyen d’un processus
de « sélection, optimisation et compensation ».
« Sélection » signifie se limiter à ce qu’on peut
accomplir.
L’optimisation consiste en une pratique, un entraînement, qui
permet d’améliorer les potentialités, ceci par le biais d’une
éducation. Il s’agit aussi de mettre l’accent sur ce qu’on peut
faire plutôt que sur ce qu’on ne peut pas faire.
La compensation est la mise en place de stratégies
d’organisation des comportements permettant de compenser la
réduction des incapacités liées à l’âge. Il peut s’agir par exemple
de l’utilisation de moyens mnémotechniques quand les stratégies de
mémorisation sont inadaptées.
Les attitudes positives fonctionnent comme des facteurs
protecteurs contre les effets de l’âge sur l’organisme. C’est ainsi
qu’est apparue la notion de coping, ou « développement de
stratégies pour faire face ».
Le coping se rapporte à la façon dont les personnes procèdent
pour gérer leur stress. Le gère-t-on mieux ou moins bien en
vieillissant ? Il a été montré que ces capacités s’acquièrent
plus ou moins vite au cours de la vie selon la capacité de chacun à
générer sa propre philosophie.
Pour traiter leurs problèmes, les plus âgés utilisent moins de
stratégies actives, moins de résolutions de problèmes ou de
recherche d’aide, et ont recours à un coping plus passif,
intrapersonnel et focalisé sur l’émotion [25, 26].
Cependant, la recherche sur les résultats des efforts
d’adaptation suggère que les stratégies utilisées par les personnes
âgées sont au moins aussi efficaces, sinon plus, que celles
utilisées par des personnes plus jeunes [27]. Les schémas de
réponse sont adaptés s’ils s’ajustent au problème auquel la
personne fait face.
Certaines de ces difficultés sont susceptibles d’être moins
modifiables et par conséquent moins sensibles aux efforts
d’adaptation centrés sur le problème lui-même, comme les problèmes
de santé chronique et les « pertes irréversibles » [28]
(perte d’un compagnon de toute une vie ou celle d’un enfant,
pouvant ne pas être accessibles à des résolutions actives).
Tout changement n’est pas stressant pour les plus âgés. Des
processus comme des comparaisons positives (comparé à d’autres
personnes de mon âge…), la reformulation de la situation (cette
expérience a apporté l’occasion de progresser) peuvent influer sur
la façon dont les expériences sont perçues [27].
La représentation de soi, les croyances religieuses, les buts et
les valeurs, l’expérience sont des ressources mobilisables par les
personnes âgées, pour faire face aux situations génératrices de
stress.
Selon Smith et Baltes [29], ces capacités d’adaptation acquises
au fil du temps constitue une sorte de « sagesse »,
qu’ils définissent comme la capacité à exercer un bon jugement sur
les aspects importants mais incertains de la vie. Cette notion est
également reprise par Rowe et Kahn [30].
Réactions au stress et « charge allostatique »
Les notions de « charge allostatique », et de
« score allostatique » pour mesurer cette charge, ont été
définies par plusieurs auteurs [31, 32]. Le score allostatique
serait un facteur prédictif de vieillissement réussi.
Il s’agit d’évaluer l’impact du « stress » sur la
pathogénie de la maladie, les effets à long terme de la réponse
physiologique au stress et son impact sur le vieillissement.
L’allostasis est défini par McEwen [32] comme la capacité
de parvenir à la stabilité à travers le changement. Il s’agit des
phénomènes d’adaptation qui maintiennent l’homéostasie, par le
biais des systèmes neuroendocriniens, métaboliques et
hypothalamohypophysaires sollicités et mis en jeu. Du fait de
stress répétés, physiques, psychologiques, psychosociaux, tout au
long de la vie, des problèmes de dysrégulation peuvent survenir. Si
la charge allostatique est lourde, il peut en résulter des troubles
de l’immunité, le développement de résistance à l’insuline, un
retentissement cardiovasculaire.
La notion de charge allostatique se rapporte à des effets
négatifs cumulatifs, ou au prix que le corps paye pour s’adapter à
divers défis environnementaux et psychosociaux divers. La charge
allostatique individuelle est déterminée par la génétique, mais
aussi par les événements de vie, le vécu des échecs et succès
successifs. Ainsi le tabagisme, la consommation d’alcool,
l’hostilité, l’agression, augmentent la charge allostatique. Il en
résulte un retentissement sur le système cardiovasculaire :
HTA, athérosclérose, obésité, infarctus.
Pour ce faire, la mesure des réponses physiologiques du corps
aux défis environnementaux permet de relier l’expérience à la
résilience et au risque pour la maladie.
La réduction de la charge allostatique permettrait la réduction
des maladies chroniques et serait donc un facteur de vieillissement
réussi [33].
Cette réduction passe d’une part par une éducation dès l’enfance
à surmonter les épreuves et résoudre les difficultés, et d’autre
part par une bonne hygiène de vie (alimentation, exercice
physique).
Les réactions individuelles semblent liées aux expériences
antérieures et à la trace qu’elles ont laissées, aux facteurs
génétiques et au développement [32].
Le niveau d’activité physiologique est évalué par l’axe
hypothalamo-hypophysaire, le système nerveux sympathique, le
système cardiovasculaire ou les processus métaboliques.
Le score allostatique [34] est défini par le niveau d’activité
physiologique à travers une série de systèmes régulateurs :
tension artérielle systolique et diastolique, rapport taille
hanche, taux de HDL-cholestérol, hbA1C, DHEA-S, cortisolurie des
12h, taux urinaire d’épinéphrines et de norépinéphrines.
Fibrinogène, interleukine-6, CRP, préalbumine, clearance
creatinine, peak-flow.
Cette mesure cumulée de « dysrégulation biologique »,
reflétant plusieurs systèmes de régulation pourrait permettre de
comprendre les différences de mortalité selon le statut
socioéconomique et permettrait de définir un risque majeur de
développer un vieillissement pathologique [34]. Cet index sommaire
d’« allostatic load » prédit la mortalité aussi bien que
le risque d’événements cardiovasculaires et le déclin physique et
cognitif.
La Mac Arthur Study of successfull aging, menée entre 1988
et1991 puis entre 1995 et 1998, a étudié le rôle du style de vie et
des facteurs psychosociaux dans le vieillissement réussi [35] et
évalué la relation entre score allostatique et morbi-mortalité.
Une cohorte de 1 313 sujets sélectionnés pour leur bon
fonctionnement physique et cognitif a été suivie afin d’évaluer les
facteurs associés au vieillissement réussi.
La mortalité était significativement plus élevée chez ceux qui
avaient un score allostatique élevé (odds ratio = 1,23)
indépendamment de l’âge, du sexe, de l’origine ethnique, de
l’éducation et des morbidités.
D’autre part, chez ces personnes à haut niveau fonctionnel,
suivies sur sept années (1988 à 1995), ceux qui avaient des scores
élevés à la base présentaient de façon significative plus
d’incidents cardiovasculaires, d’hypertension artérielle et de
diabète, de déficits cognitifs et de déclins fonctionnels [34].
Par ailleurs, des stress répétés entraînaient des troubles
cognitifs par le biais de désordres hypocampiques (sécrétion accrue
de cortisol).
En cas de stress, l’isolement et la démotivation seraient les
deux facteurs influençant le plus la charge allostatique [32].
La réduction du score allostatique passe par l’apprentissage des
stratégies de coping, la relaxation, la reconnaissance de ses
propres limites, une bonne hygiène de vie, un régime diététique
adapté, l’absence de tabagisme, la pratique régulière d’effort
physique, la lutte contre l’isolement social [32].
Ces concepts de charge allostatique et score allostatique,
développés par les Américains, ont le mérite, même s’ils semblent
d’utilisation complexe en pratique, d’éclairer sur la diversité et
la multipicité des facteurs qui entrent en jeu dans le processus de
vieillissement réussi, ce processus s’élaborant tout au long de la
vie, nécessitant la mobilisation de ressources variées.
Il en découle des voies de prévention diverses,
multidimensionnelles, une approche de la personne dans sa
globalité.
Le processus de vieillissement et les stratégies
préventives
Qu’est-ce que le vieillissement ?
Il correspond à l’ensemble des processus physiologiques et
psychologiques qui modifient la structure et les fonctions de
l’organisme à partir de l’âge mûr. Il est la résultante des effets
intriqués de facteurs génétiques (vieillissement intrinsèque) et de
facteurs d’environnement auxquels est soumis l’organisme tout au
long de sa vie.
Le vieillissement s’accompagne d’une diminution des capacités
fonctionnelles de l’organisme. D’une façon générale, cette
altération est la plus manifeste dans les situations qui mettent en
jeu les réserves fonctionnelles (effort, stress, maladies aiguës).
Cette diminution des réserves fonctionnelles induit une réduction
de la capacité de l’organisme à s’adapter aux situations
d’agression. Plusieurs systèmes de régulation de paramètres
physiologiques s’avèrent moins efficaces chez le sujet âgé. Cette
réduction fonctionnelle est très variable d’un organe à l’autre, et
entre individus.
Les théories du vieillissement
Les principales théories du vieillissement entrent dans deux
catégories distinctes : les théories déterministes, postulant
que la longévité et le vieillissement sont sous contrôle génétique
direct, et les théories stochastiques, pour lesquelles le
vieillissement est la conséquence secondaire d’événements non
programmés, dangereux pour la cellule.
Théories déterministes, programmées
Théories neuroendocriniennes
Elles font jouer un rôle essentiel à la région
hypothalamo-hypophysaire.
Des études réalisées chez l’animal ont pu montrer une
augmentation de la longévité, un vieillissement plus lent du
collagène, et une plus faible incidence des maladies
cardiovasculaires chez des rats hypophysectomisés maintenus en vie
par une supplémentation hormonale.
Les travaux de Sapolsky [36] au laboratoire de
neuroendocrinologie de l’université de Rockfeller à New York ont
montré que l’on accélérait le vieillissement en administrant de
fortes doses de corticostérone. Des concentrations élevées de
stéroïdes surrénaliens potentialisent les effets de l’ischémie,
interagissent avec les acides aminés excitateurs, libérés comme
neuromédiateurs [37].
Les traitements hormonaux substitutifs permettent-ils de
retarder les effets de la ménopause, l’andropause, la somatopause,
l’adrénopause (diminution de la DHEA) ?
Théories immunologiques
La théorie immunologique repose sur le rôle du thymus, glande qui
régresse dès l’adolescence et jouerait un rôle essentiel dans
l’immunité. La progression de l’atrophie thymique expliquerait la
diminution des réactions immunitaires avec l’âge, l’apparition
d’auto-anticorps et la fréquence des infections auto-immunes [38].
Théories génétiques
La théorie du stroma jetable de Kirkwood [39] suppose que la durée
de vie reproductive d’une espèce génétiquement programmée est
sélectionnée au cours de l’évolution pour établir un équilibre
entre fécondité et force de mortalité dans l’environnement. Ainsi,
dans un environnement délétère, la reproduction sera massive, la
gestation de brève durée avec une sénescence rapide. Des conditions
de vie favorables détermineront une période prolongée de
fécondation, surtout qualitative, et un vieillissement retardé.
Théories stochastiques (aléatoires)
Ce groupe de théories, de loin les plus anciennes, fait intervenir
des facteurs de l’environnement ou des mécanismes générant des
produits délétères, capables de reproduire ou d’accélérer le
vieillissement. Outre la théorie des erreurs catastrophiques
(accumulation d’erreurs au hasard de la synthèse des protéines,
aboutissant à la mort cellulaire), la théorie des radiations
naturelles (accumulation de dommages dans l’acide
désoxyribonucléique des cellules somatiques, par les radiations),
la théorie de la dysdifférenciation soutenue par Cutler [40]
(expression déréglée des hormones et des facteurs de croissance au
cours du temps ainsi que l’apparition d’agents ou de promoteurs de
mutation), celle des radicaux libres et du stress oxydatif paraît
la plus intéressante [41].
Théorie des radicaux libres, du stress oxydatif
Les radicaux libres, dérivés actifs de l’oxygène, sont produits au
cours du fonctionnement normal des cellules, lors de la respiration
cellulaire et de la lutte conte les agents exogènes. Ce sont des
composés chimiques instables susceptibles de réagir avec de
nombreuses molécules, en particulier les acides gras, l’acide
désoxyribonucléique et les protéines, et d’altérer les membranes
cellulaires, en particulier au niveau des neurones cérébraux. Il y
aura création de protéines biologiques anormales [41].
Le vieillissement pourrait résulter d’une accumulation
progressive de produits de dégradation causés par ces radicaux.
Étant donné les systèmes enzymatiques protecteurs permettant
d’éliminer les radicaux libres et d’empêcher leur formation, si les
radicaux libres contribuent réellement au vieillissement, on
disposerait de possibilités thérapeutiques intéressantes par des
agents protecteurs enzymatiques (vitamine E) ou par des
oligo-éléments.
Les radicaux libres, par le biais du stress oxydatif,
contribueraient ainsi au vieillissement, à l’athérosclérose, à la
cancérogenèse. Ils sont physiologiquement inactivés par divers
mécanismes faisant intervenir minéraux ou vitamines,
antioxydants : il s’agit du zinc, du sélénium, des vitamines E
et C, des caroténoïdes et des polyphénols.
Ainsi, la théorie oxydative de l’avancée en âge, impliquant la
production de radicaux libres toxiques issue du métabolisme de
l’oxygène, laisse espérer un ralentissement possible du processus
de vieillissement par la réduction de facteurs oxydatifs (soleil,
radiations, certains aliments, etc.) et un apport de facteurs
antioxydants protecteurs (vitamines A, C, E, etc.).
Stratégies préventives
Des actions de prévention orientées sur des facteurs
d’environnement possiblement modifiables s’avèrent particulièrement
intéressantes et doivent être développées pour promouvoir un
vieillissement en bonne santé. Ces actions auront un impact
d’autant plus élevé qu’elles seront plus précoces :
- – prévention des maladies vasculaires et des cancers,
par le contrôle des facteurs de risque ;
- – prévention du déconditionnement physique et cognitif
par la pratique maintenue régulière d’une activité physique et
intellectuelle ;
- – prévention des déficiences sensorielles, auditives et
visuelles ;
- – règles hygiénodiététiques : régime alimentaire,
activité physique.
Avec l’avance en âge, la contribution des facteurs génétiques
décroît et celle des facteurs non génétiques augmente.
De nombreuses études ont montré que les caractéristiques du
vieillissement usuel sont modifiables [6].
Ces actions doivent également s’appuyer sur l’ensemble des
stratégies permettant de faire face aux nombreuses pertes
potentielles, affectives, relationnelles, sociales et
professionnelles : stratégies de coping ou d’ajustement,
maintien de la fonction de désir, de motivation, d’action.
Il apparaît par ailleurs nécessaire de mieux reconnaître la
contribution et le rôle des personnes âgées dans notre société,
leur permettre de s’accomplir pleinement, respecter leurs droits et
dignités, les considérer pour ce qu’elles sont dans leur globalité,
et non pour ce qu’elles font, ou ce qu’elles produisent.
Les facteurs de risque établis pour l’émergence de maladie chez
les patients âgés peuvent être modifiés de façon substantielle,
tels la répartition de la masse graisseuse, la réduction de
l’activité physique et les facteurs diététiques.
Les clefs d’un vieillissement réussi à l’échelon
individuel
L’objectif de la prévention est de retarder la perte des réserves
fonctionnelles et l’entrée dans la fragilité.
Si à un âge avancé, les différents organes assurent à
l’organisme une fonction satisfaisante dans les conditions de base
favorable, la survenue de facteurs déstabilisants (maladie, choc,
agression, modification de l’environnement) peut induire une
situation de rupture, si les capacités d’adaptation ou de
régulation du sujet âgé sont dépassées.
Il s’agit donc de préserver et renforcer cet équilibre, ne pas
renoncer aux activités qui mettent en jeu les capacités
d’adaptation de l’organisme.
Cela passe par :
- – L’amélioration du capital de base : physique,
intellectuel, relationnel.
- – Des stratégies préventives : cardiovasculaires,
vaccinales…
- – La prise en charge précoce de maladies ou troubles
susceptibles d’entraîner des désordres en cascade des autres
fonctions de l’organisme (troubles de la marche, dépression,
dénutrition).
Le vieillissement réussi passe par la promotion de la santé tout
au long de la vie.
Programme de prise en soins préventive
Le tableau 2 résume les principales
mesures préventives recommandées chez les personnes âgées, retenues
par le groupe d’études canadien sur l’examen périodique [42], et
résumées dans le tableau suivant par N. Champoux [43]. Chaque
intervention est suivie par une lettre déterminant le niveau de
preuve et la force des recommandations (A, B, OU C) (EBM) [44-46].
Des mesures ont également été proposées pour prévenir l’état de
fragilité [47] :
- – pratique régulière d’exercice physique ;
- – prévention des maladies aiguës ;
- – dépistage et traitement de la dépression ;
- – vaccination et prophylaxie antigrippale ;
- – prévention de la sédentarité après une chute par une
prise en charge kinésithérapique adaptée.
- – réduction de l’emploi de psychotropes.
Enfin, ainsi qu’il a été largement développé lors de la
définition du concept de vieillissement réussi, la prévention en
gérontologie ne peut être exclusivement fondée sur une approche
médicale, mais doit prendre en compte les dimensions
psychologiques, philosophiques, sociales et environnementales en
s’intéressant particulièrement aux événements de vie et à leurs
conséquences [48].
Tableau 2 Les principales mesures préventives
recommandées chez les personnes âgées, retenues par le groupe
d’études canadien sur l’examen périodique [42], et résumées par N.
Champoux [43]. Chaque intervention est suivie par une lettre
déterminant le niveau de preuve et la force des recommandations (A,
B, ou C) (EBM) [44-46]
|
Dépistage
|
Intervention
|
|
HTA
|
Dépistage et traitement recommandés B
|
|
Déficits sensoriels
|
Dépistage des troubles visuels et auditifs B
|
|
Troubles cognitifs
|
Évaluation si plainte mnésique ou alerte de l’entourage A
|
|
Hygiène de vie
|
|
– Tabagisme : arrêt du tabac recommandé (A), substitution
nicotinique (A), consultation spécialisée (B)
|
|
– Hygiène dentaire : prévention gingivite et maladie
parodontale par brossage dentaire, éducation à l’hygiène
buccodentaire (A)
|
|
– Alimentation : alimentation variée équilibrée, riche en
protéines, produits laitiers, vitamines et minéraux, acides gras
essentiels (C)
|
|
– Exercice physique : pratique régulière d’une activité
physique, telle la marche, au moins une demi-heure par jour (B)
|
|
Vaccinations
|
|
– Grippe : vaccination annuelle chez les patients de
65 ans et plus B
|
|
– Pneumococcie : vaccination unique chez les patients
institutionnalisés de 55 ans ou plus A
|
|
– Tétanos : rappel tous les dix ans B
|
|
Maladies chroniques
|
|
– Maladies cardiovasculaires : traitement de
l’hypertension artérielle A
|
|
Anticoagulation orale en cas de fibrillation auriculaire B
|
|
– Fractures ostéoporotiques : supplémentation
vitaminocalcique B
|
|
Biphosphonates B
|
|
– Chutes : évaluation multidisciplinaire après une chute
A
|
Existe-t-il des thérapeutiques du vieillissement ?
Les grandes voies thérapeutiques, si l’on se réfère aux théories
« déterministes » ou « aléatoires » du
vieillissement, seraient celles des antioxydants et des traitements
hormonaux substitutifs, ainsi que les thérapeutiques agissant au
niveau des facteurs de risque cardiovasculaire. Qu’en est-il en
réalité d’après les données récentes de la science ?
Antioxydants, vitamines C, E, A
Vitamine E : essais de prévention de l’athérosclérose
Plusieurs essais de prévention primaire ou secondaire de
l’athérosclérose avec la vitamine E ont été menés [49] ; ne
montrant aucune preuve de l’efficacité de la vitamine E versus
placebo.
Les résultats de l’étude HOPE (Heart Outcomes Prevention
Evaluation) [50] viennent renforcer cette conclusion. Plus de 9 500
patients à risque élevé ont reçu, après randomisation, 400 UI/jour
de vitamine E, le ramipril ou un placebo. Au terme des 4,5 années
de l’étude, la vitamine E fortement dosée n’a eu aucun effet sur le
paramètre primaire infarctus du myocarde, sur la mortalité
d’origine cardiovasculaire et sur la mortalité globale,
comparativement à un placebo.
Vitamine A, C, zinc et sélénium
L’étude SUVIMAX [51] (SUpplémentation en VItamines et Minéraux
Anti-oXydants) avait pour objectif principal d’établir la nature
causale du lien entre un apport bas de nutriments antioxydants et
le risque de cancers ou de cardiopathies ischémiques. Il s’agit
d’une étude épidémiologique longitudinale avec essai randomisé en
double aveugle, ayant testé sur des sujets sains l’impact de huit
ans d’un apport quotidien d’antioxydants à doses nutritionnelles,
accessibles par l’alimentation, (bêtacarotène : 6 mg,
vitamine C : 120 mg, sélénium : 100 microgr,
zinc : 20 mg), sur l’incidence des cardiopathies
ischémiques, des cancers et sur la mortalité. La cohorte était
composée de 13 017 sujets.
Cette étude a mis en évidence un risque plus élevé de cancers et
maladies cardiovasculaires chez les hommes dont les taux de
bêtacarotène initiaux étaient bas (les niveaux sanguins de
bêtacarotènes sont corrélés positivement avec la consommation de
fruits et légumes), une diminution de 31 % du risque de
cancers, tous sites confondus, chez les hommes ayant reçu les
antioxydants (RR = 0,69, IC 95 %, p < 0,008) à doses
nutritionnelles, alors qu’aucun effet n’a été observé chez les
femmes. Il n’a pas été noté d’effet des antioxydants, à doses
nutritionnelles, sur l’incidence des cardiopathies ischémiques. Il
a été également observé une diminution de 37 % du risque de
décès chez les hommes ayant reçu les antioxydants (RR = 0,63, IC
95 %, p < 0,02), pas d’effet chez les femmes. Par ailleurs,
pas d’effet des antioxydants sur la qualité de vie ou le
bien-être.
Cette différence de résultats entre les hommes et les femmes est
incontestablement liée au meilleur statut initial des femmes en
bêtacarotène et en vitamine C, la part des fruits et légumes dans
le modèle alimentaire des femmes étant nettement plus
important.
Il découle de cette étude des recommandations à tous les âges de
la vie, et dans les deux sexes, d’une alimentation saine et surtout
riche en fruits et légumes, source alimentaire majeure de vitamines
et minéraux antioxydants.
Statines et prévention cardiovasculaire
Pendant 5 ans, l’étude HPS (Heart Protection Study) [52] a
observé plus de 20 000 patients, âgés de 40 à 80 ans et
considérés comme à haut risque cardiovasculaire. Recrutés dans 69
hôpitaux britanniques, certains prenaient de la simvastatine,
d’autres des vitamines A, C et E et d’autres encore un placebo.
L’efficacité des vitamines pour prévenir des maladies
artérielles n’a pas du tout été confirmée. En revanche, les
résultats obtenus par la simvastatine sont éloquents : si
25,4 % des patients du groupe placebo ont eu au cours de
l’étude un événement cardiovasculaire, mortel ou non, le risque est
réduit à 19,9 % chez les sujets sous simvastatine, soit une
réduction du 24 %. Ce niveau de réduction est retrouvé pour
tous les groupes étudiés, en particulier les femmes, les
diabétiques, les personnes âgées de plus de 70 ans et ceux
dont le taux de cholestérol était normal.
L’étude HPS [52] met donc en évidence l’absence d’effet des
antioxydants et l’effet bénéfique du traitement
hypocholestérolémiant (40 mg/jour de simvastatine) sur la
protection contre les maladies cardiovasculaires.
Suite aux résultats de l’étude HPS, la simvastatine est indiquée
dans la prévention des complications cardiovasculaires de quatre
profils de patients à haut risque vasculaire, quel que soit leur
taux de cholestérol : les coronariens, les patients aux
antécédents d’AVC, les patients artéritiques, les diabétiques avec
au moins un facteur de risque (HTA, plus de 65 ans, tabagisme
présent ou passé, augmentation de la créatinémie).
L’étude a pu aussi confirmer la valeur charnière du taux du LDL
cholestérol à 1,30 g/L et la valeur cible de 1,0 g/L en prévention
secondaire (valeurs retenues par la Société française de
cardiologie).
Les grandes études : 4S - CARE - LIPID - WOSCOPS -
AFCAPS/TexCAPS (1994-1998)
- – L’étude 4S (Scandinavian Simvastatin Survival Study)
[53, 54] est une étude de prévention secondaire. Elle a concerné
4 444 hommes et femmes (18 %), âgés de 35 à 70 ans, ayant
des antécédents d’insuffisance coronaire [infarctus (62 %),
angine de poitrine (21 %) ou les deux] et un cholestérol
sérique compris entre 5,5 et 8,0 mmol/L. Le groupe traité recevait
de la simvastatine à la dose de 20 à 40 mg/j. Après un suivi moyen
de 5,4 ans, les modifications du cholestérol total, du
cholestérol-LDL et du cholestérol-HDL étaient respectivement de
– 25 %, – 35 % et + 8 %. La mortalité
totale a diminué de 30 % (p = 0,0003) : 11,5% de décès,
soit 256 patients, dans le groupe contrôle contre 8,2 %, soit
182 patients, dans le groupe traité, ce qui représente un risque
relatif de 0,7 chez les sujets traités comparativement aux sujets
non traités. Ce bénéfice est la conséquence d’une diminution de la
mortalité cardiovasculaire (– 42 %), la mortalité non
cardiovasculaire étant identique dans les deux groupes. Un bénéfice
très significatif est retrouvé en ce qui concerne les accidents
coronariens non mortels, les besoins en angioplastie et en
chirurgie coronariennes, les accidents vasculaires cérébraux. Le
bénéfice est retrouvé dans les deux sexes et quel que soit l’âge
(> ou < à 60 ans).
- – L’étude CARE (Cholesterol And Recurrents Events) [55]
est une étude de prévention secondaire. Elle a concerné 4 159
hommes et femmes (14 %), âgés de 24 à 75 ans, ayant
survécu à un infarctus du myocarde, au taux de cholestérol sérique
inférieur à 240 mg/dL (en moyenne 209 mg/dL). Le groupe traité
recevait de la pravastatine à la dose de 40 mg/j. Après un suivi
moyen de 5 ans, les modifications du cholestérol total, du
cholestérol-LDL et du cholestérol-HDL sont respectivement de
– 20 %, – 28 % et + 5 %. La récidive
d’événements coronariens (infarctus non mortel + morts coronaires)
diminue de 24 % (p = 0,003) : 13,2 % de décès, soit
274 patients dans le groupe contrôle, contre 10,2 %, soit 212
patients dans le groupe traité. La mortalité cardiovasculaire est
réduite de 20 %, la mortalité par infarctus de 37 % et la
mortalité totale de 8 % (NS). Un bénéfice significatif est
également retrouvé en ce qui concerne les accidents coronariens non
létaux (– 23 %), les besoins en angioplastie
(– 22 %), en pontage coronarien (– 26 %) et les
accidents vasculaires cérébraux (– 28 %). Le bénéfice est
observé dès la troisième année et augmente progressivement
ensuite.Il est retrouvé dans différents sous-groupes (femmes,
sujets âgés de plus de 60 ans, diabétiques, fumeurs).
- – L’étude LIPID (Long Term Intervention With Pravastatin
in Ischaemic Disease) [56] est une étude de prévention secondaire,
réalisée dans 87 centres d’Australie et de Nouvelle-Zélande, ayant
inclus 9 014 hommes et femmes (17 %) âgés de 31 à 75 ans
(moyenne : 53 ans), ayant présenté un angor instable
(36 %) ou un infarctus (64 %). 39 % des patients
étaient âgés de plus de 65 ans et 15 % de plus de
70 ans. Le cholestérol sérique était compris entre 4 et 7
mmol/L (moyenne : 5,5 mmol/L) et près de la moitié des
patients (4 000) avaient un taux de cholestérol inférieur à la
limite basse de 4S (5,5 mmol/L). Dans le groupe traité par 40 mg/j
de pravastatine, le cholestérol total, le cholestérol-LDL et les
triglycérides ont diminué respectivement de 18 %, 25 % et
12 %, le cholestérol-HDL a augmenté de 6 % au terme des
6 ans de traitement. La mortalité coronarienne a été réduite
de 24 % (8,3 vs. 6,4 % p = 0,0004), la mortalité totale
de 23 % (14,1 vs. 11,0 % ; p = 0,00002). Les
infarctus mortels ou non ont diminué de 23 % (p = 0,000002) et
les accidents vasculaires cérébraux de 20 % (p = 0,022). Les
besoins en pontage ont diminué de 24 % et les angioplasties de
17 %.L’analyse des sous-groupes montre que le bénéfice est
retrouvé pour les deux sexes, quels que soient l’âge et les
facteurs de risque associés.L’étude LIPID montre qu’il suffit de
traiter 20 patients pour éviter un événement majeur.
- – L’étude WOSCOPS (West of Scotland Coronary Prevention
Study) [57] est une étude de prévention primaire Elle a concerné
6 595 hommes, âgés de 45 à 64 ans, ayant une cholestérolémie
moyenne de 7,0 ± 0,6 mmol/L. Le groupe traité recevait de la
pravastatine à la dose de 40 mg/j. Après un suivi moyen de
4,9 ans, les modifications du cholestérol total, du
cholestérol-LDL, du cholestérol-HDL et des triglycérides sont
respectivement de – 20 %, – 26 %, + 5 % et
– 12 %. Le nombre total d’événements coronariens a été
réduit de 31 % (7,9 %, soit 248 patients dans le groupe
contrôle, contre 5,5 %, soit 174 patients dans le groupe
traité), la mortalité cardiovasculaire est réduite de 32 %, la
mortalité coronarienne de 33 %, la mortalité non
cardiovasculaire de 11 % et la mortalité totale de 22 %
(p = 0,051).
Concernant la prévention primaire, les données de l’étude
AFCAPS/TexCAPS (Air Force/Texas Coronary Atherosclerosis Prevention
Study) [58] indiquent que le traitement de 1 000 patients pendant
5 ans permet de prévenir 17 événements. Elle a été réalisée
chez 6 605 hommes (âgés de plus de 45 ans) et femmes
(15 %) âgées de plus de 55 ans, ayant un cholestérol-LDL
compris entre 1,30 et 1,90 g/L (moyenne : 1,50 g/L) et un
cholestérol-HDL inférieur à 0,50 g/L (moyenne : 0,37 g/L). Le
groupe traité recevait 20 à 40 mg/j de lovastatine, l’objectif
étant d’abaisser le cholestérol-LDL en dessous de 1,10 g/L. Le
cholestérol total, le cholestérol-LDL et les triglycérides ont
diminué respectivement de 18 %, 25 % et 15 %, le
cholestérol-HDL a augmenté de 6 % à la fin de la première
année de suivi. Au terme des 4,8 ans de suivi (l’étude ayant
été arrêtée après la deuxième analyse intermédiaire en raison des
bénéfices observés), la survenue d’un premier événement coronarien
a été réduite de 36 % (p < 0,0001). Le bénéfice est observé
tant chez les hommes que chez les femmes, quels que soient l’âge et
les facteurs de risque associés. Les infarctus mortels ou non sont
réduits de 35 % (p = 0,014), les gestes de revascularisation
de 33 % (p = 0,004), les événements cardiovasculaires mortels
ou non de 24 % (p = 0,006). Le faible nombre de décès
d’origine cardiovasculaire survenus dans les deux groupes (20 vs.
16) ne permet pas de mettre en évidence un bénéfice significatif.
La mortalité non cardiovasculaire et l’incidence des cancers sont
identiques dans les deux groupes.
Ces cinq études confirment ce qui avait été pressenti dans les
études antérieures, à savoir l’effet bénéfique de toute baisse du
cholestérol total (ou du cholestérol-LDL). Une baisse de 1 %
permet de réduire les événements coronariens (mortels et non
mortels) de 1 à 2 %. Le bénéfice est également retrouvé pour
les autres sites majeurs de l’athérosclérose (réduction des AVC
ischémiques en particulier). Enfin, la mortalité non
cardiovasculaire n’est pas augmentée, si bien que la mortalité
totale diminue.
Vitamine C
Si l’intérêt de la vitamine C sur les marqueurs d’oxydation des LDL
a été montré, il n’est pas réellement observé de bénéfices dans les
études cliniques [52].
On doit cependant veiller à prévenir ou même corriger les
carences chez le sujet âgé institutionnalisé.
Traitements hormonaux substitutifs
Traitement hormonal substitutif de la ménopause
Depuis 2003, les résultats d’études américaines et anglaises [59,
60] de grande ampleur ont tempéré l’engouement pour le traitement
hormonal substitutif de la ménopause, préconisé initialement pour
réduire les troubles climatériques liées à la ménopause, mais aussi
pour prévenir l’ostéoporose et réduire le risque cardiovasculaire
lié à l’âge.
Les résultats d’une vaste étude américaine prospective [59],
publiés en 2002, menée près de femmes ménopausées, ont montré une
augmentation du risque de cancers du sein et d’accidents
cardiovasculaires chez les femmes recevant un traitement hormonal
substitutif associant un œstrogène conjugué équin et un
progestatif, l’acétate de médroxyprogestérone. Si ces données
viennent à l’appui de résultats de plusieurs études
épidémiologiques déjà publiées sur le risque de cancer du sein, le
risque d’événements cardiovasculaires chez la femme en bonne santé
dès la première année de traitement constituait une donnée
nouvelle, ainsi que l’augmentation du risque d’accidents
vasculaires cérébraux (7 cas d’infarctus du myocarde, 8 cas
d’accidents vasculaires cérébraux, 18 cas de thrombose veineuse
profonde et 8 cas de cancers du sein pour 10 000 femmes traitées
pendant un an par rapport à 10 000 femmes non traitées). En
revanche, le THS diminuerait le risque de cancer colorectal et de
fracture de hanche et correspondrait à la prévention de 6 cas de
cancer colorectal et de 5 cas de fracture de hanche pour 10 000
femmes traitées pendant un an par rapport à 10 000 femmes non
traitées. Ces résultats ont conduit l’Agence française de sécurité
sanitaire des produits de santé, même si l’association
œstroprogestative en cause est rarement prescrite en France, à
émettre des recommandations [61-63].
Le 13 octobre 2005, l’Afssaps [64] communiquait les dernières
« données françaises sur le traitement hormonal substitutif de
la ménopause, suite à la mise en place, en mars 2004 d’un groupe de
travail sur l’évaluation quantitative des risques de cancer et
d’événements cardiovasculaires attribuables au THS ». Cette
étude a été menée sur une année, au pic de l’utilisation du THS
(2000-2002) [65-67]. Les résultats sont les suivants :
- – entre 650 et 1 200 cas de cancers du sein soit 3 à
6 % des cancers du sein constatés attribuables au
THS ;
- – entre 60 et 200 cas d’infarctus du myocarde soit 2 à
6 % des cas constatés attribuables au THS ;
- – entre 300 et 650 cas d’accidents vasculaires cérébraux
ischémiques, soit 6,5 à 13, 5 % des AVC constatés.
D’autre part, il y aurait un risque accru de démences sous THS,
contrairement à l’effet protecteur sur la cognition qui avait été
évoqué [68]. Les résultats de l’étude WHI (Women Health Initiative)
[69] mettent en évidence une augmentation du risque de démence qui
se traduirait par un nombre supplémentaire de 23 cas pour 10 000
femmes traitées avec cette association œstroprogestative pendant un
an par rapport à 10 000 femmes non traitées.
Les indications actuelles du THS sont donc actuellement
considérablement réduites, limitées aux femmes souffrant de
troubles climatériques avec un retentissement important sur la
qualité de vie, à la dose minimale efficace et pour une durée la
plus courte possible, et chez les femmes présentant un risque élevé
de fractures, mais seulement en cas d’intolérance ou de
contre-indication aux autres traitements indiqués dans la
prévention de l’ostéoporose.
DHEA
La DHEA ou déhydroépiandrostène dione est le stéroïde dont la
concentration plasmatique est la plus élevée. C’est un précurseur
androgénique et œstrogénique dont les fonctions propres ne sont pas
établies. Le vieillissement s’accompagne en général d’une baisse
progressive des taux de DHEA. La DHEA est transformée en delta 4
androstènedione puis en testostérone et en œstrogène actif dans les
tissus périphériques.
Parmi les études cliniques disponibles, l’étude DHEAge [70] est
la seule de grande envergure ayant étudié et mis en évidence les
effets globaux de la DHEA sur le bien être du sujet âgé et sur
d’autres critères liés au vieillissement. Cette étude a comparé, à
un an et en double aveugle, les effets de l’administration de 50
mg/j de DHEA versus placebo, chez 280 sujets stratifiés selon le
sexe et l’âge.
Concernant le critère principal de jugement (échelle de
sensation de bien-être), aucun effet positif n’a été mis en
évidence ni dans la population globale ni dans aucun des
sous-groupes étudiés.
Des effets positifs ont été mis en évidence pour des critères
secondaires, dans des sous-groupes particuliers, avec des résultats
parfois discordants (densité osseuse, peau, libido). On ne peut
éliminer que ces effets bénéfiques soient liés au hasard, compte
tenu de la multiplicité des paramètres étudiés et comparaisons
effectuées (environ 30 critères, 4 strates soit 120 comparaisons
initiales).
Concernant les fonctions cognitives, il n’existe pas de données
publiées actuellement dans l’étude DHEAge. Une revue récente des
études publiées [71] conclut à l’absence de données établissant une
amélioration de la mémoire ou d’autres aspects des fonctions
cognitives lors d’une supplémentation en DHEA.
Ainsi, aucune preuve formelle d’efficacité dans les pathologies
associées au vieillissement n’a été établie.
Dans l’essai DHEAge, 280 sujets (140 sous placebo vs. 140 sous
DHEA) ont été inclus dans la phase en double aveugle, 245 dans la
phase d’extension en ouvert. Si les données de sécurité à court
terme paraissent satisfaisantes, des effets indésirables à plus
long terme ont été notés.
La comparaison de l’évolution des taux de cholestérol-HDL entre
le 1er et le 12e mois dans les deux bras met
en évidence une diminution significative du cholestérol-HDL dans le
bras DHEA par rapport au bras placebo. Ces résultats ont également
été observés dans d’autres études [72, 73] où la DHEA était
administrée aux doses respectives de 50 et 25 mg par jour chez la
femme en période péri- ou postménopausique.
Quelques cas de cancers hormono-dépendants (cancer du sein
n = 3, adénocarcinome prostatique n = 2) ont aussi été notifiés,
ainsi que trois augmentations des PSA.
Des atteintes cardiovasculaires ont aussi été rapportées, à
rapprocher de 3 décès de survenue brutale et de cause non
élucidée.
En France, entre 1987 et avril 2001, 8 cas d’effets indésirables
ont été rapportés au système national de pharmacovigilance [74]
dont 2 effets graves : un cas d’infarctus du myocarde chez un
patient de 83 ans, et un cas d’hépatite chez une patiente de
54 ans.
Le rapport bénéfice/risque apparaît donc actuellement tout à
fait défavorable. Au vu des données actuellement disponibles, le
groupe d’experts [74] conclut que les effets potentiels
défavorables d’une baisse du cholestérol-HDL ainsi que les risques
potentiels de cancers hormono-dépendants ne sont pas contrebalancés
par un effet clinique bénéfique actuellement démontré. Dans l’état
actuel des connaissances, il n’est pas possible de recommander
aujourd’hui l’utilisation de la DHEA dans la lutte contre le
vieillissement.
Androgénothérapie
Le DALA ou déficit androgénique lié à l’âge est un concept ayant
émergé ces dernières années [75]. Les données sont cependant peu
nombreuses et les études de suivi restent encore trop courtes pour
généraliser une substitution hormonale de l’homme âgé. Mais évoquer
un déficit androgénique lié à l’âge plus souvent et entreprendre
une évaluation critique du rapport bénéfice/risque de la
substitution paraît être une attitude raisonnable.
Les données concernant le risque vasculaire de
l’androgénothérapie sont de plus en plus favorables. Entre 1930 et
1940, des données relativement empiriques suggéraient un effet à la
fois préventif et curatif des androgènes sur la maladie coronaire.
Le courant s’inversa dans les années 50 et 80, où des effets
délétères des androgènes furent rapportés à partir des modèles
expérimentaux et de situations cliniques particulières.
Aujourd’hui, des données convergentes vont dans le sens d’un effet
protecteur : des essais contrôlés suggèrent que 15 jours
de testostérone amélioreraient les performances à l’effort de
coronariens avérés. Ainsi, l’androgénothérapie améliore plusieurs
facteurs de risque : diminution du cholestérol total et de la
fraction LDL (même si ceci pourrait être contrebalancé par la
diminution de la fraction HDL), diminution de la masse grasse et
amélioration de l’insulinorésistance [75].
En attendant des confirmations sur l’effet protecteur possible
des androgènes, il est établi qu’il n’y a pas de contre-indication
cardiologique à l’utilisation de la testostérone (en dehors de
l’insuffisance cardiaque, en raison du risque œdémateux). En
définitive, le respect des contre-indications et précautions
d’emploi, et un suivi rigoureux permettent de prescrire
l’androgénothérapie, sans limite d’âge ou de durée de
traitement.
L’International Society for the Study of the Aging Male (ISSAM)
a établi des recommandations officielles [76, 77] pour le
diagnostic et le traitement du déficit androgénique lié à l’âge
ainsi que pour la surveillance des hommes traités.
D’autres auteurs [78] considèrent le déficit androgénique lié à
l’âge comme « un syndrome clinique associé à l’avancée en âge,
marqué par une altération de la qualité de vie ou de la fonction de
certains organes ou systèmes, secondaire aux effets délétères d’une
diminution anormale et constante des androgènes sériques, avec ou
sans diminution de la sensibilité aux androgènes ».
Pour être distingué du vieillissement naturel physiologique, ce
syndrome doit être à l’origine d’une réelle altération de la
qualité de vie et/ou du fonctionnement de plusieurs organes La
démarche diagnostique est ainsi proposée aux hommes présentant des
signes ou symptômes évocateurs de déficit androgénique,
responsables d’une altération de la qualité de vie ou d’une
augmentation des facteurs de risque ; le diagnostic est
réalisé par dosage de la testostérone sérique sur un prélèvement
sanguin effectué à jeun le matin entre 8 et 10 heures, après
avoir éliminé toute comorbidité prédisposant à une hypoandrogénie
secondaire.
Un traitement est instauré aux patients présentant simultanément
un ou plusieurs déficits dans des systèmes androgéno-dépendants et
un taux de testostérone suffisamment bas pour espérer qu’il se
modifie de façon sensible avec un traitement à doses
physiologiques, après avoir éliminé les lésions
hypothalamo-hypophysaires organiques.
Le traitement ne peut être entrepris que chez un patient
demandeur d’une prise en charge, averti des difficultés du
diagnostic, des risques potentiels du traitement, de l’absence
d’études cliniques à long terme et de la nécessité d’une
surveillance régulière.
Les contre-indications au traitement sont essentiellement le
cancer de prostate ou du sein.
Hormone de croissance recombinante
L’hormone de croissance est une protéine synthétisée au niveau des
cellules somatotropes hypophysaires.
Chez l’homme, elle aurait un effet bénéfique sur l’homéostasie
glucidique, augmenterait la masse maigre, diminuerait la masse
grasse, augmenterait aussi la densité osseuse lombaire, avec
amélioration de l’insulinosensibilité. Par contre, elle
favoriserait la croissance d’une lignée tumorale existante [79], le
cancer de la prostate, provoquerait des gynécomasties, une
insulinonorésistance, des arthralgies, des œdèmes.
Des résultats comparables seraient obtenus avec une activité
physique normale. Il y aurait une perte des bénéfices trois mois
après l’arrêt des traitements.
L’intérêt de cette hormone est donc actuellement très limité
dans cette indication.
Mélatonine
Sécrétée par la glande pinéale au cœur du cerveau, son taux
diminuerait avec l’âge ; cette sécrétion est sous la
dépendance de la lumière : elle augmente la nuit et diminue à
la lumière. Les seuls effets certains sont son action dans
certaines insomnies et dans le syndrome du décalage horaire. Elle
est interdite en France.
La mélatonine a été présentée comme pouvant ralentir le
vieillissement, comme antidépresseur ou stimulateur du système
immunitaire.
Des études chez l’animal ont montré un effet bénéfique potentiel
de la mélatonine sur certains mécanismes de la sénescence [80].
Cependant, toute extrapolation à l’homme est encore prématurée et
de nombreuses études scientifiques sont encore nécessaires.
À l’heure actuelle, les seules vraies preuves de l’efficacité
d’une supplémentation en mélatonine concernent l’amélioration des
troubles du sommeil dus au décalage horaire (seulement dans
30 % des cas) et certaines insomnies de la personne âgée. Elle
semble bien tolérée, mais il n’y a pas encore d’étude complète
quant à une éventuelle toxicité des produits de dégradation de la
mélatonine.
L’acéthyl-L-carnitine et l’acide lipoïque
Des études récentes [81, 82] tendent à montrer qu’une
supplémentation conjointe en acéthyl-L-caritine et acide lipoïque
« rajeunit » des rats âgés. Ces deux suppléments
nutritionnels agissent sur les mitochondries, qui accumulent avec
le temps des dommages sur leur matériel génétique. Les lésions
accumulées au cours du temps pourraient être impliquées dans les
processus de vieillissement, par le biais du stress oxydatif et des
radicaux libres. À terme, cela conduit à la mort cellulaire et au
vieillissement.
Des recherches [83,84] ont montré qu’une supplémentation en
acide-L-carnitine et en acide lipoïque rajeunissait les
mitochondries dont les structures et le fonctionnement avaient
décliné en raison du processus de vieillissement, en diminuant la
production de radicaux libres et en offrant une protection générale
contre tous les types de dommages oxydatifs.
La supplémentation avec ces deux nutriments produit donc chez le
rat des effets anti-vieillissement mesurables. Chez l’homme, des
études sont nécessaires.
Conclusion
Les centenaires de l’île japonaise d’Okinawa représentent un
exemple concret de vieillissement réussi.
L’île d’Okinawa comprend l’une des plus fortes concentrations de
centenaires au monde : 427 centenaires pour 100 000 habitants,
dont 85 % sont des femmes. L’espérance de vie y est de
78 ans pour les hommes et de 86 ans pour les femmes. La
ville d’Oghimi a fait l’objet, il y a une quinzaine d’années, d’une
enquête de l’Institut de gérontologie de Tokyo [85], qui a étudié
leur régime alimentaire et leur mode de vie. Ces Japonais vivent un
plus grand nombre d’années sans handicap ni maladie. Les maladies
cardiovasculaires, les cancers, l’obésité, l’ostéoporose, sont très
peu observés dans cette population.
Parmi leur exemple de bonnes pratiques, on trouve :
- – L’exercice physique, la pratique quotidienne du yoga,
du taï chi ou autres arts martiaux, ainsi que la pratique de la
méditation et d’exercices respiratoires.
- – Une vie sociale très développée : d’une part,
l’idée de retraite est totalement ignorée des habitants de cette
île ; on voit ainsi des centenaires continuer à exercer leur
activité commerciale ou autre. La plupart des personnes âgées ont
une activité : certaines perpétuent la technique
traditionnelle du filage, d’autres s’occupent activement des fêtes
et autres manifestations tout au long de l’année. D’autre part,
l’appartenance à un groupe d’amis, de voisins ou de parents, qui
constituent un véritable soutien social, affectif ou financier. Les
échanges entre voisins sont ouverts et profonds, il existe un
véritable esprit d’entraide.
- – Une raison de vivre appelée Ikigai ou « ce qui
fait que la vie vaut la peine d’être vécue », cette raison
pouvant être tout simplement l’âge en lui-même, qui fait qu’ils
sont la fierté de leur famille et de leur village.
- – Un régime alimentaire à base de riz blanc et de
légumes cuits, très riche en protéines essentiellement végétales
(soja), en graisses polyinsaturées, mais aussi en phyto-œstrogènes
et isoflavones, molécules au fort pouvoir anti-radicaux libres,
riche en fruits et légumes, riches en acides gras essentiels de
type oméga-3 grâce à la consommation au moins trois fois par
semaine de poisson. D’autre part, l’un des grands principes est de
toujours rester légèrement sur sa faim, de ne se remplir qu’à
80 %. Ils consomment très peu d’alcool mais du thé vert en
grande quantité, riche en polyphénols ; par ailleurs, la
cuisine y est très peu salée : moins de 10 grammes par
jour.
Un vieillissement réussi passe donc par la promotion de la santé
tout au long de la vie. La notion de participation de l’individu à
ce processus paraît fondamentale.
S’il n’existe pas de thérapeutique miracle du vieillissement,
des mesures préventives contribuant au vieillissement réussi
peuvent être clairement définies.
Il importe donc de développer les actions de prévention, prenant
en compte le comportement individuel dont les caractéristiques,
face aux facteurs de risque, sont déterminantes dans l’adhésion aux
initiatives proposées.
Le vieillissement réussi s’inscrit dans une prise en soins
multidimensionnelle, incluant l’évitement des maladies ou
incapacités, le maintien d’une bonne condition physique et d’un
fonctionnement cognitif satisfaisant, et un engagement soutenu dans
les activités sociales.
La capacité de résilience est déterminante dans les possibilités
d’adaptation de l’individu face aux différents stress de la vie, et
dans le processus de vieillissement réussi.
L’accroissement substantiel du nombre de personnes âgées,
relatif et absolu, dans notre société constitue un challenge pour
la médecine, les sciences comportementales, sociales et
biologiques.
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