ARTICLE
Auteur(s) : Julien
Praline1,2, Séverine Debiais1, Bertrand
de Toffol1, Caroline Hommet2,3
1Service de Neurologie et de Neurophysiologie
Clinique, Hôpital Bretonneau, CHRU de Tours 2, bd Tonelé, 37044
Tours cedex
2Inserm U619
3Centre Mémoire Ressources et Recherche région, Centre
Hôpital Bretonneau CHRU Tours
L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil (POCS) est un
syndrome épileptique rare de l’enfant. Dans sa description
initiale, le syndrome de POCS était, tout comme son nom, une entité
définie essentiellement par son aspect électroencéphalographique.
L’état de mal épileptique électrique pendant le sommeil reste
actuellement le critère diagnostique cardinal (Patry et al., 1971).
Cependant, cette définition posait un problème nosographique
puisque l’état de mal ne constitue qu’une des caractéristiques du
syndrome de POCS et surtout, reste non spécifique car présent dans
d’autres pathologies telles que le syndrome de Landau et Kleffner,
l’épilepsie bénigne à pointes centrotemporales, l’épilepsie
partielle bénigne atypique (de Negri, 1994 ; de Negri,
1997 ; Galanopoulou et al., 2000). Par ailleurs, cet aspect
EEG est transitoire et concomitant d’une aggravation des crises
épileptiques et des troubles neuropsychologiques.En 1989, la Ligue
internationale contre l’épilepsie intègre ce syndrome dans la
classification internationale des épilepsies et précise que
« l’évolution de l’épilepsie est bénigne, mais le pronostic
est réservé en raison de l’apparition de troubles
neuropsychologiques » (Commission on Classification, 1989).Par
la suite, son caractère évolutif en trois phases et la possibilité
de séquelles neuropsychologiques à long terme sont soulignés
(Bureau, 1995). Plus récemment, Tassinari et al. (Tassinari et al.,
2000) ont introduit la notion d’encéphalopathie âge-dépendante et
limitée dans le temps associant à l’état de mal épileptique pendant
le sommeil trois autres caractéristiques :
- – une épilepsie avec crises focales ou apparemment
généralisées : crises cloniques uni- ou bilatérales, crises
tonico-cloniques, absences, crises motrices focales, crises
partielles complexes ou chutes épileptiques ;
- – un trouble moteur : ataxie, dyspraxie, dystonie
ou déficit unilatéral ;
- – une détérioration neuropsychologique, intéressant
l’ensemble des fonctions cognitives ou plus sélectives.
Cette définition, à la fois plus précise et plus large, permet
d’inclure le syndrome de Landau-Kleffner et conduit à envisager ces
deux pathologies comme des présentations cliniques différentes
d’une même entité pathologique.À travers cette revue, nous
proposons de détailler les aspects cliniques,
électrophysiologiques, physiopathologiques et thérapeutiques du
syndrome de POCS afin d’en préciser le cadre nosographique.
Épidémiologie
Cette pathologie touche les enfants d’âge scolaire mais sa
description relativement récente rend difficilement appréciables
son incidence et sa prévalence. Même si les études épidémiologiques
sont rares, quelques chiffres sont disponibles. En 1989, d’après
une étude réalisée au centre Saint-Paul à Marseille, les enfants
atteints d’un syndrome de POCS représenteraient 3 % des
enfants d’âge scolaire et préscolaire adressés pour bilan
spécialisé d’épilepsie (Genton et Bureau, 1991). Trente et un cas
ont été observés entre 1968 et 1992 au centre Saint-Paul
à Marseille (Bureau, 1995). Morikawa et al. ont observé 31 cas dans
une population de 12 854 enfants épileptiques soit 0,5 %
(Morikawa et al., 1995). Kramer et al. retrouvent seulement
0,2 % d’enfants porteurs d’une épilepsie avec état de mal
épileptique durant le sommeil dans une cohorte de 440 enfants
hospitalisés pour une deuxième crise épileptique (Kramer et al.,
1998).
Ces chiffres sont probablement surestimés en raison d’un biais
de recrutement des différents centres. La fréquence semble plus
importante en Asie et en Europe par rapport au continent américain
(Jayakar et Shashi, 1991). Dans les premières descriptions, il
n’était pas observé de différence entre les deux sexes.
Actuellement, quelques auteurs signalent une prépondérance
masculine avec 63 % de garçons (Bureau, 1995).
Présentation clinique
Trois étapes clés constituent l’évolution du syndrome de
POCS :
- 1) Initialement, des crises épileptiques généralisées ou
focales, sporadiques, le plus souvent nocturnes apparaissent alors
que l’EEG de sommeil ne montre pas de POCS,
- 2) Ensuite, alors que les crises épileptiques deviennent
fréquentes et sont associées à une stagnation voire une régression
des acquisitions, la présence d’une activité de pointes-ondes
continues pendant le sommeil lent est confirmée par la
polysomnographie,
- 3) Enfin, la dernière étape est marquée par la guérison
de l’épilepsie et l’amélioration des performances intellectuelles
avec possibilité de déficits cognitifs séquellaires parfois sévères
alors que les enregistrements polysomnographiques ne mettent plus
en évidence l’activité paroxystique pathologique (Bureau,
1995).
Antécédents
Des antécédents familiaux d’épilepsie sont retrouvés chez 10 %
à 15 % des enfants (Bureau, 1995) sans être précisés. La
description d’un cas de jumeaux homozygotes (Blennox et Ors,
in : Beaumanoir et al., 1995), de deux cas dans une même
fratrie (Praline et al., 2006) et la coexistence dans deux familles
d’un syndrome de POCS et d’une épilepsie à pointes
centro-temporales (de Tiege et al., 2006) font suspecter
l’implication de facteurs génétiques. Ces observations et le manque
de données épidémiologiques plaident pour une recherche active de
POCS chez les apparentés (Tassinari et al., 2005).
Des antécédents personnels sont présents dans environ 1/3 des
cas (Bureau, 1995). L’hydrocéphalie valvée semble particulièrement
fréquente touchant 30 % des cas (Veggiotti et al., 1998). Il
peut aussi s’agir d’une souffrance pré- ou périnatale, d’un retard
psychomoteur, d’une hémiparésie congénitale, de convulsions
néonatales ou d’une tétraparésie.
La présence d’antécédents neurologiques et d’anomalies
cérébrales radiologiques a conduit certains auteurs à parler de
syndromes de POCS lésionnels ou symptomatiques (Jayakar et Shashi,
1991 ; Tassinari et al., 1985 ; Morikawa et al.,
1989 ; Veggiotti et al., 1999). Les cas cryptogéniques restent
les plus fréquents : 61 % pour Tassinari et al. (1985),
75 % pour Morikawa et al. (1989).
Épilepsie
L’âge de début de la maladie varie entre 2 mois et 12 ans
avec un pic de fréquence à 4-5 ans (Bureau, 1995). La première
crise est volontiers nocturne et focale. L’épilepsie est
caractérisée par un polymorphisme clinique interindividuel et
intra-individuel. Ces enfants peuvent donc présenter : des
crises focales motrices, des absences atypiques, des crises
tonico-cloniques généralisées, des crises partielles complexes, des
chutes d’origine épileptique, et plus rarement des absences
myocloniques (Genton et Bureau, 1991). Par contre, ils ne
présentent jamais de crises toniques pures (Billard et al.,
1982 ; Bureau, 1995).
Pendant la période de POCS, l’épilepsie est considérée comme
sévère dans 93 % des cas avec plusieurs crises par jour et
l’association de plusieurs types de crises est fréquente chez un
même sujet, avec une nette prédominance des absences atypiques,
avec ou sans chute, et parfois compliquées d’état de mal absence
(Bureau, 1995). Seuls 12 % des patients ne présentent qu’un
seul type de crise (Bureau, 1995). L’apparition des POCS sur l’EEG
inaugure aussi la survenue de nouveaux types de crises chez un
patient (Bureau, 1995).
Tassinari et al. (2000) distinguent trois groupes de patients en
fonction de leur épilepsie :
- – patients présentant uniquement des crises motrices,
qui restent rares et nocturnes durant toute leur évolution
(11 % des cas) ;
- – patients avec des crises focales motrices ou
tonico-cloniques généralisées souvent nocturnes mais qui ont aussi
des absences lors des périodes de POCS (44,5 % des
cas) ;
- – patients qui ont de rares crises nocturnes et qui
présentent au moment des POCS des absences avec fréquemment des
composantes toniques ou atoniques pouvant conduire à des chutes
(44,5 % des cas).
Enfin, il n’y a pas de différence significative en ce qui
concerne la sévérité des crises entre les cas cryptogéniques et
symptomatiques (Genton et Bureau, 1991).
Troubles neuropsychologiques
Une détérioration neuropsychologique est décrite dans tous les cas
(Tassinari et al., 2005). Cependant, les troubles cognitifs sont
variables d’un patient à l’autre dans leur nature et leur sévérité
(Roulet-Perez et al., 1993 ; Rousselle et Revol, 1995).
Avant la période de POCS, le développement psychomoteur est
normal dans la majorité des cas (Morikawa et al., 1989 ; Dalla
Bernardina et al., 1989).
Le début des troubles neuropsychologiques peut être insidieux ou
aigu (Roulet-Perez et al., 1993). La majorité des auteurs s’accorde
à dire que cette détérioration est globale, non spécifique (Bureau,
1995 ; De Negri, 1997). Les troubles du comportement sont les
premiers rapportés par l’entourage (Roulet-Perez et al., 1993). Il
s’agit d’une hyperactivité, d’une impulsivité, d’une désinhibition,
de troubles de l’attention et de la concentration (Roulet-Perez et
al., 1993 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Il en
résulte, pour certains enfants, des difficultés relationnelles et
sociales parfois marquées (Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Le
comportement de ces enfants est quelquefois qualifié de psychotique
(Kyllerman et al., 1996).
Une baisse importante voire massive du QI (jusqu’à 45) est notée
(Genton et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997).
Chez les patients présentant un retard mental antérieur à
l’apparition des POCS, la régression est massive en tous points
(Bureau, 1995) et les troubles du comportement sont très sévères
(Genton et Bureau, 1991). Dans les autres cas (les plus fréquents),
il existe constamment, pendant la période de POCS, une atteinte
marquée des capacités d’orientation temporelle et spatiale (Genton
et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Le
concept de temps est flou ; ces enfants éprouvent
d’importantes difficultés à construire une séquence temporelle
(narration d’une histoire connue, arrangement d’images du sub-test
de la WAIS). Les capacités visuospatiales et de reconnaissance
visuelle sont aussi altérées (Roulet-Perez et al., 1993).
Les troubles du langage, bien connus dans le syndrome de
Landau-Kleffner ou Aphasie Acquise avec épilepsie où ils sont au
premier plan, ont été peu étudiés dans le syndrome de POCS.
Certains auteurs ont observé une structure du langage normale mais
un contenu pathologique avec baisse de la fluence verbale,
écholalie, réponses inadaptées et persévérations (Roulet-Perez et
al., 1993). Les concepts verbaux abstraits (analogies, relations
causales, classement en catégories) peuvent être incompris
(Roulet-Perez et al., 1993). Le manque de stratégie rend la lecture
difficile (Roulet-Perez et al., 1993). Une étude récente des
capacités langagières de sujets atteints de syndrome de POCS a mis
en évidence des troubles morphosyntaxiques dans différents domaines
grammaticaux et lexicaux, avec une compréhension orale préservée.
Ces résultats suggèrent une atteinte du langage plus sèvère et
globale que celle décrite dans la littérature initialement, et
évoquent un profil langagier différent de celui du syndrome de
Landau Kleffner, où la compréhension orale est massivement atteinte
(Debiais et al., 2007).
L’association de troubles du comportement, de difficultés
mnésiques, et de troubles pragmatiques du langage a fait évoquer un
dysfonctionnement frontal (Roulet-Perez et al., 1993). De plus, des
difficultés de raisonnement verbal et non verbal, une altération
des séquences temporelles (narration d’histoires, arrangements
d’images et similitudes), et des persévérations dans des tâches de
manipulation de matériel visuo-spatial comme l’épreuve des cubes
ont été rapportées et sous-tendent cette hypothèse (Roulet-Perez et
al., 1993). Les mêmes auteurs ont décrit chez un sujet suivi
jusqu’à l’âge adulte des difficultés aux épreuves GO/No GO qui
confirment un trouble des fonctions exécutives (Roulet-Perez et
al., 1998).
Une altération des performances pragmatiques du langage a été
suggérée devant des troubles dans le discours (manque de contrôle
de la pensée, commentaires non pertinents par association d’idées)
rendant le propos peu informatif et mal adapté au contexte (Praline
et al., 2003) ou encore des troubles langagiers qualifiés de
« sémantico-pragmatiques » (déficit linguistique en
situation conversationnelle, paraphasies verbales et néologismes
sans troubles phonologiques et syntaxiques) (Roulet-Perez et al.,
1993). Ces troubles de la pragmatique ont été confirmés récemment
par des évaluations spécifiques (Debiais et al., 2007), suggérant
l’intérêt d’étudier plus systématiquement ce type de compétence.
Les troubles du langage observés prédominaient dans les épreuves de
« jugement lexical et grammatical » qui mettent en jeu
les compétences métalinguistiques. Il était demandé aux sujets de
porter un jugement d’acceptabilité sur la concordance entre une
image et un énoncé entendu (Khomsi, 2006). Ces difficultés de mise
à distance et de contrôle du langage semblent également témoigner
de troubles des fonctions exécutives (Debiais et al., 2007).
Enfin, des troubles mnésiques sont notés par la plupart des
auteurs (Genton et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De
Negri, 1997) et il peut exister des difficultés en arithmétique,
dans l’utilisation des nombres pour la résolution d’opérations
simples et de problèmes (Boel et Casaer, 1989 ; Roulet-Perez
et al., 1993).
Troubles moteurs
Les observations sont isolées mais leurs descriptions sont
importantes dans la compréhension physiopathologique. Il peut
s’agir d’une apraxie buccofaciale (Veggiotti et al., 1999), d’une
dystonie avec dyspraxie et ataxie (Neville et Boyd, 1995 ;
Neville et al., 1998), d’un déficit moteur unilatéral associé à des
myoclonies négatives (Dalla Bernardina et al., 1989) ou une
négligence motrice unilatérale (Veggiotti et al., 2005).
Électroencéphalogramme
Là encore, les aspects EEG varient avec l’évolution de la maladie
(Bureau, 1995).
Avant la période de POCS
L’EEG peut être normal ou anormal (Tassinari et al., 2005). Les
anomalies les plus fréquemment rencontrées sont des pointes-ondes
généralisées à 2-3 Hz souvent en bouffées, cliniquement
accompagnées ou non d’une rupture de contact avec clonies
palpébrales. Il peut s’agir de pointes localisées sur les régions
fronto-temporales ou centrotemporales ou de bouffées d’ondes lentes
diffuses (Bureau, 1995). L’existence d’un foyer d’anomalies lentes
ou la présence d’anomalies multifocales sans aucune généralisation
est plus rare (Tassinari et al., 1985 ; Tassinari et al.,
1992 ; Morikawa et al., 1985). Plusieurs aspects peuvent être
associés (Bureau, 1995).
Lors du sommeil, on note une majoration des anomalies
intercritiques sans altération des aspects normaux ni de
l’organisation cyclique du sommeil (Bureau, 1995).
Pendant la période de POCS
L’EEG de veille montre des anomalies identiques à celles retrouvées
avant la période de POCS, mais elles sont souvent plus marquées
(Bureau, 1995 ; Beaumanoir, 1995).
L’enregistrement du sommeil nocturne révèle selon la définition,
des pointes-ondes continues pendant les phases de sommeil lent
(figure 1). Cet
aspect apparaît entre 4 et 14 ans (âge moyen :
8 ans), environ 1 à 2 ans après le début de l’épilepsie.
Selon la définition, l’index de pointes-ondes dans le sommeil lent
doit être supérieur ou égal à 85 % sur au moins 3
enregistrements polygraphiques sur une période d’au moins
1 mois (Patry et al., 1971). Cet index est défini par la
formule suivante : somme totale de pointes-ondes (min)
multipliée par 100, divisée par la durée totale du sommeil lent
(min) (Morikawa et al., 1985 ; Boel et Casaer, 1989).
Plusieurs auteurs considèrent ce seuil comme arbitraire (Jayakar
et Shashi, 1991 ; Billard et al., 1990 ; Billard et al.,
1982) car il existe des variations inter- et intra-individuelles
importantes quant à la densité de pointes-ondes pendant le sommeil
chez ces enfants. Si la densité est inférieure à 85 %, le
terme de syndrome de POCS atypique a été proposé (Jayakar et
Shashi, 1991).
Dans les descriptions initiales, les auteurs parlaient de
pointes-ondes lentes (1,5 à 2 Hz) diffuses. Mais cet aspect
EEG n’est pas unique. Il peut s’agir de pointes lentes (ou ondes
aiguës) sans onde lente associée (Roulet-Perez et al., 1993),
plutôt de distribution focale (volontiers frontale ou temporale) ou
nettement asymétrique (Billard et al., 1982 ; Morikawa et al.,
1995 ; Veggiotti et al., 1999). L’aspect de POCS se voit dès
que l’enfant s’endort. Le pourcentage de POCS est plus important au
cours du premier cycle de sommeil et diminue au cours des cycles
suivants (Bureau, 1995). Ainsi, quelques aspects EEG physiologiques
du sommeil peuvent apparaître dans les derniers cycles. Deux
patterns ne sont jamais rencontrés : les polypointes-ondes et
les bouffées de rythmes rapides (Bureau, 1995). Pendant les rares
périodes de fragmentation de l’activité paroxystique, il persiste
des anomalies focales à type d’ondes lentes ou de pointes-ondes à
prédominance frontale (Genton et Bureau, 1991).
Pendant le sommeil paradoxal, l’activité paroxystique se
fragmente et devient discontinue. L’index de pointes-ondes est en
général inférieur à 25 % et l’aspect électrique est souvent
proche de celui observé pendant la veille. Des crises focales
infracliniques peuvent être enregistrées en fin d’une phase de
sommeil paradoxal.
En dehors du sommeil paradoxal, les autres stades de sommeil
sont difficilement identifiables même si l’organisation cyclique du
sommeil semble préservée (Bureau, 1995, Genton et Bureau, 1991). La
qualité clinique du sommeil ne semble pas altérée même si des
micro-réveils sont notés (Rousselle et Revol, 1995).
L’âge de découverte des POCS est souvent difficile à déterminer
car les enregistrements de sommeil sont rarement réalisés dès les
premiers signes cliniques. La durée de la période de POCS est, elle
aussi, difficile à apprécier pour la même raison. L’âge moyen
d’arrêt est de 11 ans 1 mois dans la série du Centre
Saint-Paul en 1991. La durée de la période de POCS oscille entre
6 mois et 5 ans1/2 (Genton et Bureau, 1991).
Après la période de POCS
Le tracé de veille peut être normal ou montrer des anomalies
focales minimes (Roulet-Perez et al., 1993). Pendant le sommeil, il
peut persister un foyer de pointes frontales uni- ou bilatérales
(Morikawa et al., 1995) pendant quelques années. L’EEG se normalise
progressivement, en moyenne en trois ans (Genton et Bureau, 1991).
Imagerie cérébrale
Elle peut être anormale dans 30 % à 50 % des cas (Genton
et Bureau, 1991, Bureau, 1995). Les anomalies sont variables :
atrophie unilatérale ou diffuse (la plus fréquente), porencéphalie,
pachygyrie focale ou polymicrogyrie (Genton et Bureau, 1991,
Guerrini et al., 1998), dysplasie corticale focale, leucomalacie
périventriculaire, hydrocéphalie (Veggiotti et al., 1999). Le
thalamus est souvent impliqué dans les lésions (Guzzetta et al.,
2005). Certains auteurs parlent dans ces cas de syndrome de POCS
symptomatique ou lésionnel (Jayakar et Shashi, 1991 ;
Tassinari et al., 1985 ; Morikawa et al., 1989 ;
Veggiotti et al., 1999).
Des études de suivi en PET-scan ont été réalisées chez des
patients porteurs d’un syndrome de POCS (Park et al., 1994 ;
Maquet et al., 1995). Les patterns métaboliques sont variables d’un
patient à l’autre et chez le même patient en fonction de
l’évolution. Néanmoins, plusieurs caractéristiques sont dégagées.
L’activité métabolique est plus grande dans les régions corticales
plus particulièrement associatives que dans les régions
sous-corticales, à l’image de ce qui est rapporté sur un cerveau
immature (Park et al., 1994 ; Maquet et al., 1995). Alors que
ces anomalies corticales sont asymétriques, le métabolisme des
thalami est modifié de façon bilatérale et symétrique (Maquet et
al., 1995).
Évolution à long terme
Epilepsie
L’épilepsie guérit le plus souvent, même dans les cas lésionnels
(Genton et Bureau, 1991). La disparition des crises coïncide avec
la disparition des POCS dans un tiers des cas seulement (Bureau,
1995). Les crises disparaissent avant les POCS dans un autre tiers,
de rares crises peuvent persister après la période de POCS dans le
tiers restant (Bureau, 1995).
Cependant, plus récemment, des observations de patients
présentant des POCS à l’âge adulte ont été rapportées (Roulet-Perez
et al., 1998 ; Hommet et al., 2000 ; Mariotti et al.,
2000).
Cognition
Le profil cognitif est beaucoup plus préoccupant après la période
de POCS (Bureau, 1995). Le retard scolaire reste en général acquis
(Genton et Bureau, 1991). La réversibilité éventuelle des troubles
neuropsychologiques est lente (De Negri, 1994) et souvent partielle
(Bureau et al., 1990).
Les études qualitatives sur le devenir social et
neuropsychologique à l’âge adulte sont rares, portant surtout sur
des cas isolés (Roulet-Perez et al., 1998 ; Hommet et al.,
2000 ; Mariotti et al., 2000 ; Veggiotti et al., 2001).
Le pronostic semble hétérogène. Dans l’analyse du devenir clinique,
cognitif, social et/ou professionnel à l’âge adulte de 5 sujets
porteurs d’un syndrome de POCS, les performances intellectuelles
étaient diminuées pour 3 patients dans tous les domaines cognitifs
dans des proportions variables (Praline et al., 2003). Seulement
deux patients sur cinq avaient une bonne intégration sociale et
professionnelle. Dans le domaine du langage, les scores en
dénomination orale étaient normaux mais le score en fluence verbale
de 2 patients était pathologique. La majorité des patients
présentaient une lenteur d’idéation et, donnaient l’impression,
dans leur discours, d’un manque de contrôle de la pensée
(commentaires mal à-propos, par associations d’idées), qui faisait
évoquer des troubles de la pragmatique du langage (Praline et al.,
2003). De même, l’étude spécifique des compétences langagières et
pragmatiques chez de jeunes adultes considérés comme
« guéris » d’un syndrome de POCS a montré la persistance
à long terme d’altérations des performances langagières, plus ou
moins sévères selon les sujets (Debiais et al., 2007).
Ces résultats confirment l’existence de déficits cognitifs à
long terme, persistant bien après la phase de POCS dite
« active », et la variabilité du pronostic selon les
patients. Pour certains, les facteurs pronostiques à moyen terme
sont l’âge de découverte des POCS, la durée des POCS et la sévérité
des perturbations à la phase d’état (Bureau et al. 1990 ;
Bureau, 1995). La topographie du foyer intercritique semble aussi
jouer sur le type de déficit persistant (Roulet-Perez et al.,
1993 ; Veggiotti et al., 2002 ; Praline et al.,
2003).
Les troubles neuropsychologiques soulignent l’importance du
suivi et de la prise en charge de ces patients à l’âge adulte, même
après la disparition des anomalies EEG et des crises
épileptiques.
Physiopathologie
L’aspect de POCS est la conséquence d’une synchronisation
bilatérale secondaire. Ce phénomène a été démontré par une analyse
de cohérence et de phase des enregistrements
électroencéphalographiques (Kobayashi et al., 1994). La diffusion
des anomalies paroxystiques serait induite par le sommeil lequel a,
chez l’enfant, une fonction d’hypersynchronie âge-dépendante
(Schwartzkroin, 1984). La perturbation des mécanismes impliqués
dans la genèse des spindles et les oscillations physiologiques du
sommeil engendre des décharges épileptiques qui diffusent au sein
de réseaux corticaux (Nobili et al., 2001 ; Tassinari et al.,
2005). Une atteinte thalamique précoce, induisant un déséquilibre
dans la balance entre les récepteurs GABAa et GABAb pourrait être
responsable de la modification des oscillations physiologiques du
sommeil conduisant à la production d’anomalies paroxystiques
(Guzzetta et al., 2005).
La survenue d’une synchronisation bilatérale secondaire implique
l’existence d’un foyer épileptique primaire. Plusieurs éléments
orientent en effet vers une origine focale des manifestations
cliniques et électroencéphalographiques (Roulet-Perez et al.,
1993 ; De Negri, 1997 ; Roulet-Perez et al., 1998 ;
Veggiotti et al., 1999 ; Tassinari et al., 2000). Tout
d’abord, la sémiologie des crises est le plus souvent
partielle ; l’EEG lors de la veille et pendant les phases de
sommeil paradoxal montre typiquement des anomalies paroxystiques
focales. Les POCS bilatérales sont supprimées par l’injection
intra-carotidienne unilatérale (du côté des anomalies focales
présentes lors de la veille) d’un barbiturique (Park et al., 1994).
Un foyer localisé aux aires motrices est associé à un trouble
moteur sous la forme d’une dystonie, d’une dyspraxie, d’une ataxie
ou d’un déficit moteur unilatéral (Tassinari et al., 1995 ;
Neville et al., 1998 ; Veggiotti et al., 1999) et à
l’apparition de myoclonies négatives pendant la veille (Dalla
Bernardina et al., 1989). Les études en PET-scan montrent des
anomalies focales (Park et al., 1994 ; Maquet et al., 1995).
Enfin, un cas de syndrome de POCS est rattaché dans la littérature
à une dysplasie corticale focale frontale dont l’ablation a permis
la disparition des crises épileptiques (Roulet-Perez et al.,
1998).
La localisation d’un éventuel foyer primaire n’est pas
clairement établie. Les structures amygdalo-hippocampo-limbiques
sont suspectées en raison de leur seuil épileptogène bas et de leur
capacité à favoriser la diffusion d’anomalies paroxystiques (De
Negri, 1997 ; Yasuhara et al., 1991). Les analyses
électro-cliniques des patients orientent plutôt vers un foyer
frontal (Roulet-Perez et al., 1993 ; Veggiotti et al., 2002)
ou postérieur (Praline et al., 2003) alors que dans le syndrome de
Landau-Kleffner l’activité paroxystique intercritique semble
toucher volontiers le lobe temporal (Beaumanoir et al., 1992).
Le lien entre anomalies paroxystiques et troubles
neuropsychologiques est moins évident que celui qui unit anomalies
paroxystiques et épilepsie. Il est expérimentalement démontré qu’un
phénomène paroxystique entraîne une perturbation de l’organisation
des réseaux neuronaux (Moshe, 1993 ; Wasterlain et al., 1993).
Les périodes critiques de vulnérabilité maximale (spécifiques pour
chaque fonction corticale) coïncident avec une surproduction
synaptique. Ainsi, toute perturbation pendant ces périodes
critiques est susceptible d’interférer avec l’installation des
connexions et l’organisation des fonctions corticales
correspondantes (Wasterlain et al., 1993 ; De Negri, 1995).
L’hypothèse d’une rupture de la synaptogénèse normale durant une
période critique du développement, entre 5 et 8 ans environ, a
été soulevée (Kyllerman et al., 1996). Les données des études en
PET-scan suggèrent que les troubles neuropsychologiques
accompagnant les POCS soient causés par une altération de la
maturation d’une ou plusieurs aires corticales associatives (Maquet
et al., 1995).
Le rôle direct d’un foyer épileptique sur les fonctions
cognitives a été évoqué (Piccirilli et al., 1994) et des troubles
cognitifs transitoires pendant des décharges EEG infracliniques ont
été démontrés (Binnie et Marston, 1992 ; Siebelink et al.,
1988). Dans le syndrome de POCS, plusieurs liens unissent
perturbations neuropsychologiques et activité paroxystique
anormale. D’une part, il existe un lien temporel net entre la
survenue de POCS et la détérioration neuropsychologique :
apparition simultanée et régression quoique partielle des troubles
neuropsychologiques lors de la disparition des POCS. D’autre part,
la durée des POCS et l’état neuropsychologique final sont corrélés
avec une durée de POCS inférieure à 6 mois considérée comme un
facteur de bon pronostic (Rousselle et Revol, 1995). Le syndrome de
POCS pourrait être ainsi un modèle de troubles neuropsychologiques
prolongés induits par une activité paroxystique intercritique sur
un cerveau immature (Binnie, 1993 ; Tassinari et al.,
2000).
Traitement
Le traitement des crises épileptiques est rarement problématique
(Jayakar et Shashi, 1991 ; Genton et Bureau, 1991 ;
Tassinari et al., 2000). Il doit être choisi en fonction de la
sémiologie clinique du type de crise prédominant (Genton et Bureau,
1991). Ainsi, le valproate de sodium et/ou l’éthosuximide seront
préférés en cas d’absences. Les benzodiazépines, la
diphénylhydantoïne, le lévétiracétam peuvent être employés (Genton
et Bureau, 1991 ; Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et
al., 2005 ; Aeby et al., 2005). La lamotrigine est efficace en
association (Galanopoulou et al., 2000). Cependant, l’épilepsie
peut se révéler sévère et rebelle au traitement pendant une phase
de l’évolution, ce qui ne remet pas en cause son pronostic
finalement bénin (Genton et Bureau, 1991).
Les anomalies EEG pendant le sommeil sont, par contre,
considérées comme réfractaires (Genton et Bureau, 1991 ;
Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et al., 2000). Les
injections intraveineuses de benzodiazépines font disparaître les
POCS pendant une heure environ (Tassinari et al., 1985 ;
Genton et Bureau, 1991). Les benzodiazépines per os, en particulier
le clobazam, sont efficaces mais leur effet reste limité et
transitoire (Genton et Bureau, 1991 ; Jayakar et Shashi, 1991,
Tassinari et al., 2005). Elles peuvent entraîner un comportement
hyperactif (Galanopoulou et al., 2000) mais semblent atténuer les
signes « psychotiques » en inhibant l’activité limbique
(Yasuhara et al., 1991). D’autres auteurs constatent une
amélioration des troubles neuropsychologiques sous benzodiazépines
(Billard et al., 1982 ; Jayakar et Shashi, 1991). Mais il est
difficile de savoir si l’amélioration retrouvée dans quelques cas
est directement liée au traitement ou à une rémission spontanée
fortuite compte tenu des variations spontanées intra-individuelles
de densité d’anomalies paroxystiques pendant le sommeil (Jayakar et
Shashi, 1991). Il est reconnu que la carbamazépine aggrave l’aspect
électroencéphalographique de POCS (Lerman, 1986 ; Galanopoulou
et al., 2000).
La corticothérapie (stéroïdes ou ACTH) a une efficacité nette
sur les POCS et les troubles neuropsychologiques (Billard et al.,
1982 ; Jayakar et Shashi, 1991). L’effet peut être limité à la
durée du traitement et un échappement peut survenir en cas de
diminution trop rapide des doses (Billard et al., 1982 ;
Genton et Bureau, 1991).
L’association valproate de sodium-benzodiazépine est considérée
actuellement comme le traitement le plus efficace. De façon
générale, un traitement agressif des anomalies EEG se justifie en
raison de liens étroits entre l’apparition d’anomalies
paroxystiques pendant le sommeil et la détérioration
neuropsychologique qui conditionne le pronostic à long terme
(Tassinari et al., 2005). Néanmoins, une polythérapie doit si
possible être évitée (Van Lierde, 1995). A l’image de la résection
sous-piale multiple proposée dans les syndromes de Landau et
Kleffner, un traitement chirurgical pourrait être envisagé
(Tassinari et al., 2000). Enfin, un comportement hyperactif ou un
trouble sévère de l’attention peut justifier la prise
d’amphétamines (Galanopoulou et al., 2000).
Conclusion
L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil ne se limite
donc pas à une simple comitialité et à un aspect EEG qui semble
n’être que le sommet de l’iceberg (Tassinari et al., 2005). Le
pronostic neuropsychologique impose un diagnostic rapide, un
traitement sans cesse réévalué et surtout un suivi régulier et
long. L’intensité et les caractéristiques des troubles cognitifs,
la présence de signes cliniques moteurs et le caractère
âge-dépendant sont autant d’éléments en faveur d’une
encéphalopathie survenant en pleine période de maturation
cérébrale. L’importance de la topographie du foyer intercritique
dans la présentation clinique et le pronostic à long terme est
démontrée. Les analogies avec le syndrome de Landau-Kleffner sont
nombreuses et permettent d’envisager un cadre nosographique commun
tout en distinguant la qualité des troubles neuropsychologiques
tant à la phase active qu’au stade des séquelles, en lien avec une
localisation différente du foyer intercritique. De même, la
présence d’un état de mal électrique pendant le sommeil et quelques
observations familiales font suspecter un continuum avec
l’épilepsie à pointes centro-temporales.
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