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L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil : entité propre ou simple aspect d’une encéphalopathie épileptique ?


Epilepsies. Volume 19, Numéro 2, 57-65, Avril, Mai, Juin, Mise au point

DOI : 10.1684/epi.2007.0077

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Julien Praline, Séverine Debiais, Bertrand de Toffol, Caroline Hommet , Service de Neurologie et de Neurophysiologie Clinique, Hôpital Bretonneau, CHRU de Tours 2, bd Tonelé, 37044 Tours cedex, Inserm U619, Centre Mémoire Ressources et Recherche région, Centre Hôpital Bretonneau CHRU Tours.

Résumé : L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil (POCS) est un syndrome épileptique rare de l’enfant, âge-dépendant, caractérisé par des crises de sémiologie variée, un état de mal électrique (POCS) pendant le sommeil lent et une détérioration neuropsychologique. L’aspect électroencéphalographique est un critère cardinal mais ne constitue en fait qu’un élément de cette entité pathologique qui semble être la conséquence d’une encéphalopathie survenant pendant la période de maturation cérébrale. La topographie du foyer intercritique paraît jouer un rôle important dans la présentation clinique et le pronostic à long terme. Les troubles neuropsychologiques, qui persistent très souvent après guérison de l’épilepsie, conditionnent le pronostic qui impose un diagnostic rapide, un traitement sans cesse réévalué et surtout un suivi régulier et prolongé.

Mots-clés : épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil, état de mal électrique, neuropsychologie, pronostic, encéphalopathie

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ARTICLE

Auteur(s) : Julien Praline1,2, Séverine Debiais1, Bertrand de Toffol1, Caroline Hommet2,3

1Service de Neurologie et de Neurophysiologie Clinique, Hôpital Bretonneau, CHRU de Tours 2, bd Tonelé, 37044 Tours cedex
2Inserm U619
3Centre Mémoire Ressources et Recherche région, Centre Hôpital Bretonneau CHRU Tours

L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil (POCS) est un syndrome épileptique rare de l’enfant. Dans sa description initiale, le syndrome de POCS était, tout comme son nom, une entité définie essentiellement par son aspect électroencéphalographique. L’état de mal épileptique électrique pendant le sommeil reste actuellement le critère diagnostique cardinal (Patry et al., 1971). Cependant, cette définition posait un problème nosographique puisque l’état de mal ne constitue qu’une des caractéristiques du syndrome de POCS et surtout, reste non spécifique car présent dans d’autres pathologies telles que le syndrome de Landau et Kleffner, l’épilepsie bénigne à pointes centrotemporales, l’épilepsie partielle bénigne atypique (de Negri, 1994 ; de Negri, 1997 ; Galanopoulou et al., 2000). Par ailleurs, cet aspect EEG est transitoire et concomitant d’une aggravation des crises épileptiques et des troubles neuropsychologiques.En 1989, la Ligue internationale contre l’épilepsie intègre ce syndrome dans la classification internationale des épilepsies et précise que « l’évolution de l’épilepsie est bénigne, mais le pronostic est réservé en raison de l’apparition de troubles neuropsychologiques » (Commission on Classification, 1989).Par la suite, son caractère évolutif en trois phases et la possibilité de séquelles neuropsychologiques à long terme sont soulignés (Bureau, 1995). Plus récemment, Tassinari et al. (Tassinari et al., 2000) ont introduit la notion d’encéphalopathie âge-dépendante et limitée dans le temps associant à l’état de mal épileptique pendant le sommeil trois autres caractéristiques :
  • une épilepsie avec crises focales ou apparemment généralisées : crises cloniques uni- ou bilatérales, crises tonico-cloniques, absences, crises motrices focales, crises partielles complexes ou chutes épileptiques ;
  • un trouble moteur : ataxie, dyspraxie, dystonie ou déficit unilatéral ;
  • une détérioration neuropsychologique, intéressant l’ensemble des fonctions cognitives ou plus sélectives.
Cette définition, à la fois plus précise et plus large, permet d’inclure le syndrome de Landau-Kleffner et conduit à envisager ces deux pathologies comme des présentations cliniques différentes d’une même entité pathologique.À travers cette revue, nous proposons de détailler les aspects cliniques, électrophysiologiques, physiopathologiques et thérapeutiques du syndrome de POCS afin d’en préciser le cadre nosographique.

Épidémiologie

Cette pathologie touche les enfants d’âge scolaire mais sa description relativement récente rend difficilement appréciables son incidence et sa prévalence. Même si les études épidémiologiques sont rares, quelques chiffres sont disponibles. En 1989, d’après une étude réalisée au centre Saint-Paul à Marseille, les enfants atteints d’un syndrome de POCS représenteraient 3 % des enfants d’âge scolaire et préscolaire adressés pour bilan spécialisé d’épilepsie (Genton et Bureau, 1991). Trente et un cas ont été observés entre 1968 et 1992 au centre Saint-Paul à Marseille (Bureau, 1995). Morikawa et al. ont observé 31 cas dans une population de 12 854 enfants épileptiques soit 0,5 % (Morikawa et al., 1995). Kramer et al. retrouvent seulement 0,2 % d’enfants porteurs d’une épilepsie avec état de mal épileptique durant le sommeil dans une cohorte de 440 enfants hospitalisés pour une deuxième crise épileptique (Kramer et al., 1998).

Ces chiffres sont probablement surestimés en raison d’un biais de recrutement des différents centres. La fréquence semble plus importante en Asie et en Europe par rapport au continent américain (Jayakar et Shashi, 1991). Dans les premières descriptions, il n’était pas observé de différence entre les deux sexes. Actuellement, quelques auteurs signalent une prépondérance masculine avec 63 % de garçons (Bureau, 1995).

Présentation clinique

Trois étapes clés constituent l’évolution du syndrome de POCS :
  • 1) Initialement, des crises épileptiques généralisées ou focales, sporadiques, le plus souvent nocturnes apparaissent alors que l’EEG de sommeil ne montre pas de POCS,
  • 2) Ensuite, alors que les crises épileptiques deviennent fréquentes et sont associées à une stagnation voire une régression des acquisitions, la présence d’une activité de pointes-ondes continues pendant le sommeil lent est confirmée par la polysomnographie,
  • 3) Enfin, la dernière étape est marquée par la guérison de l’épilepsie et l’amélioration des performances intellectuelles avec possibilité de déficits cognitifs séquellaires parfois sévères alors que les enregistrements polysomnographiques ne mettent plus en évidence l’activité paroxystique pathologique (Bureau, 1995).

Antécédents

Des antécédents familiaux d’épilepsie sont retrouvés chez 10 % à 15 % des enfants (Bureau, 1995) sans être précisés. La description d’un cas de jumeaux homozygotes (Blennox et Ors, in : Beaumanoir et al., 1995), de deux cas dans une même fratrie (Praline et al., 2006) et la coexistence dans deux familles d’un syndrome de POCS et d’une épilepsie à pointes centro-temporales (de Tiege et al., 2006) font suspecter l’implication de facteurs génétiques. Ces observations et le manque de données épidémiologiques plaident pour une recherche active de POCS chez les apparentés (Tassinari et al., 2005).

Des antécédents personnels sont présents dans environ 1/3 des cas (Bureau, 1995). L’hydrocéphalie valvée semble particulièrement fréquente touchant 30 % des cas (Veggiotti et al., 1998). Il peut aussi s’agir d’une souffrance pré- ou périnatale, d’un retard psychomoteur, d’une hémiparésie congénitale, de convulsions néonatales ou d’une tétraparésie.

La présence d’antécédents neurologiques et d’anomalies cérébrales radiologiques a conduit certains auteurs à parler de syndromes de POCS lésionnels ou symptomatiques (Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et al., 1985 ; Morikawa et al., 1989 ; Veggiotti et al., 1999). Les cas cryptogéniques restent les plus fréquents : 61 % pour Tassinari et al. (1985), 75 % pour Morikawa et al. (1989).

Épilepsie

L’âge de début de la maladie varie entre 2 mois et 12 ans avec un pic de fréquence à 4-5 ans (Bureau, 1995). La première crise est volontiers nocturne et focale. L’épilepsie est caractérisée par un polymorphisme clinique interindividuel et intra-individuel. Ces enfants peuvent donc présenter : des crises focales motrices, des absences atypiques, des crises tonico-cloniques généralisées, des crises partielles complexes, des chutes d’origine épileptique, et plus rarement des absences myocloniques (Genton et Bureau, 1991). Par contre, ils ne présentent jamais de crises toniques pures (Billard et al., 1982 ; Bureau, 1995).

Pendant la période de POCS, l’épilepsie est considérée comme sévère dans 93 % des cas avec plusieurs crises par jour et l’association de plusieurs types de crises est fréquente chez un même sujet, avec une nette prédominance des absences atypiques, avec ou sans chute, et parfois compliquées d’état de mal absence (Bureau, 1995). Seuls 12 % des patients ne présentent qu’un seul type de crise (Bureau, 1995). L’apparition des POCS sur l’EEG inaugure aussi la survenue de nouveaux types de crises chez un patient (Bureau, 1995).

Tassinari et al. (2000) distinguent trois groupes de patients en fonction de leur épilepsie :

  • patients présentant uniquement des crises motrices, qui restent rares et nocturnes durant toute leur évolution (11 % des cas) ;
  • patients avec des crises focales motrices ou tonico-cloniques généralisées souvent nocturnes mais qui ont aussi des absences lors des périodes de POCS (44,5 % des cas) ;
  • patients qui ont de rares crises nocturnes et qui présentent au moment des POCS des absences avec fréquemment des composantes toniques ou atoniques pouvant conduire à des chutes (44,5 % des cas).

Enfin, il n’y a pas de différence significative en ce qui concerne la sévérité des crises entre les cas cryptogéniques et symptomatiques (Genton et Bureau, 1991).

Troubles neuropsychologiques

Une détérioration neuropsychologique est décrite dans tous les cas (Tassinari et al., 2005). Cependant, les troubles cognitifs sont variables d’un patient à l’autre dans leur nature et leur sévérité (Roulet-Perez et al., 1993 ; Rousselle et Revol, 1995).

Avant la période de POCS, le développement psychomoteur est normal dans la majorité des cas (Morikawa et al., 1989 ; Dalla Bernardina et al., 1989).

Le début des troubles neuropsychologiques peut être insidieux ou aigu (Roulet-Perez et al., 1993). La majorité des auteurs s’accorde à dire que cette détérioration est globale, non spécifique (Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Les troubles du comportement sont les premiers rapportés par l’entourage (Roulet-Perez et al., 1993). Il s’agit d’une hyperactivité, d’une impulsivité, d’une désinhibition, de troubles de l’attention et de la concentration (Roulet-Perez et al., 1993 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Il en résulte, pour certains enfants, des difficultés relationnelles et sociales parfois marquées (Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Le comportement de ces enfants est quelquefois qualifié de psychotique (Kyllerman et al., 1996).

Une baisse importante voire massive du QI (jusqu’à 45) est notée (Genton et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Chez les patients présentant un retard mental antérieur à l’apparition des POCS, la régression est massive en tous points (Bureau, 1995) et les troubles du comportement sont très sévères (Genton et Bureau, 1991). Dans les autres cas (les plus fréquents), il existe constamment, pendant la période de POCS, une atteinte marquée des capacités d’orientation temporelle et spatiale (Genton et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997). Le concept de temps est flou ; ces enfants éprouvent d’importantes difficultés à construire une séquence temporelle (narration d’une histoire connue, arrangement d’images du sub-test de la WAIS). Les capacités visuospatiales et de reconnaissance visuelle sont aussi altérées (Roulet-Perez et al., 1993).

Les troubles du langage, bien connus dans le syndrome de Landau-Kleffner ou Aphasie Acquise avec épilepsie où ils sont au premier plan, ont été peu étudiés dans le syndrome de POCS. Certains auteurs ont observé une structure du langage normale mais un contenu pathologique avec baisse de la fluence verbale, écholalie, réponses inadaptées et persévérations (Roulet-Perez et al., 1993). Les concepts verbaux abstraits (analogies, relations causales, classement en catégories) peuvent être incompris (Roulet-Perez et al., 1993). Le manque de stratégie rend la lecture difficile (Roulet-Perez et al., 1993). Une étude récente des capacités langagières de sujets atteints de syndrome de POCS a mis en évidence des troubles morphosyntaxiques dans différents domaines grammaticaux et lexicaux, avec une compréhension orale préservée. Ces résultats suggèrent une atteinte du langage plus sèvère et globale que celle décrite dans la littérature initialement, et évoquent un profil langagier différent de celui du syndrome de Landau Kleffner, où la compréhension orale est massivement atteinte (Debiais et al., 2007).

L’association de troubles du comportement, de difficultés mnésiques, et de troubles pragmatiques du langage a fait évoquer un dysfonctionnement frontal (Roulet-Perez et al., 1993). De plus, des difficultés de raisonnement verbal et non verbal, une altération des séquences temporelles (narration d’histoires, arrangements d’images et similitudes), et des persévérations dans des tâches de manipulation de matériel visuo-spatial comme l’épreuve des cubes ont été rapportées et sous-tendent cette hypothèse (Roulet-Perez et al., 1993). Les mêmes auteurs ont décrit chez un sujet suivi jusqu’à l’âge adulte des difficultés aux épreuves GO/No GO qui confirment un trouble des fonctions exécutives (Roulet-Perez et al., 1998).

Une altération des performances pragmatiques du langage a été suggérée devant des troubles dans le discours (manque de contrôle de la pensée, commentaires non pertinents par association d’idées) rendant le propos peu informatif et mal adapté au contexte (Praline et al., 2003) ou encore des troubles langagiers qualifiés de « sémantico-pragmatiques » (déficit linguistique en situation conversationnelle, paraphasies verbales et néologismes sans troubles phonologiques et syntaxiques) (Roulet-Perez et al., 1993). Ces troubles de la pragmatique ont été confirmés récemment par des évaluations spécifiques (Debiais et al., 2007), suggérant l’intérêt d’étudier plus systématiquement ce type de compétence. Les troubles du langage observés prédominaient dans les épreuves de « jugement lexical et grammatical » qui mettent en jeu les compétences métalinguistiques. Il était demandé aux sujets de porter un jugement d’acceptabilité sur la concordance entre une image et un énoncé entendu (Khomsi, 2006). Ces difficultés de mise à distance et de contrôle du langage semblent également témoigner de troubles des fonctions exécutives (Debiais et al., 2007).

Enfin, des troubles mnésiques sont notés par la plupart des auteurs (Genton et Bureau, 1991 ; Bureau, 1995 ; De Negri, 1997) et il peut exister des difficultés en arithmétique, dans l’utilisation des nombres pour la résolution d’opérations simples et de problèmes (Boel et Casaer, 1989 ; Roulet-Perez et al., 1993).

Troubles moteurs

Les observations sont isolées mais leurs descriptions sont importantes dans la compréhension physiopathologique. Il peut s’agir d’une apraxie buccofaciale (Veggiotti et al., 1999), d’une dystonie avec dyspraxie et ataxie (Neville et Boyd, 1995 ; Neville et al., 1998), d’un déficit moteur unilatéral associé à des myoclonies négatives (Dalla Bernardina et al., 1989) ou une négligence motrice unilatérale (Veggiotti et al., 2005).

Électroencéphalogramme

Là encore, les aspects EEG varient avec l’évolution de la maladie (Bureau, 1995).

Avant la période de POCS

L’EEG peut être normal ou anormal (Tassinari et al., 2005). Les anomalies les plus fréquemment rencontrées sont des pointes-ondes généralisées à 2-3 Hz souvent en bouffées, cliniquement accompagnées ou non d’une rupture de contact avec clonies palpébrales. Il peut s’agir de pointes localisées sur les régions fronto-temporales ou centrotemporales ou de bouffées d’ondes lentes diffuses (Bureau, 1995). L’existence d’un foyer d’anomalies lentes ou la présence d’anomalies multifocales sans aucune généralisation est plus rare (Tassinari et al., 1985 ; Tassinari et al., 1992 ; Morikawa et al., 1985). Plusieurs aspects peuvent être associés (Bureau, 1995).

Lors du sommeil, on note une majoration des anomalies intercritiques sans altération des aspects normaux ni de l’organisation cyclique du sommeil (Bureau, 1995).

Pendant la période de POCS

L’EEG de veille montre des anomalies identiques à celles retrouvées avant la période de POCS, mais elles sont souvent plus marquées (Bureau, 1995 ; Beaumanoir, 1995).

L’enregistrement du sommeil nocturne révèle selon la définition, des pointes-ondes continues pendant les phases de sommeil lent (figure 1). Cet aspect apparaît entre 4 et 14 ans (âge moyen : 8 ans), environ 1 à 2 ans après le début de l’épilepsie. Selon la définition, l’index de pointes-ondes dans le sommeil lent doit être supérieur ou égal à 85 % sur au moins 3 enregistrements polygraphiques sur une période d’au moins 1 mois (Patry et al., 1971). Cet index est défini par la formule suivante : somme totale de pointes-ondes (min) multipliée par 100, divisée par la durée totale du sommeil lent (min) (Morikawa et al., 1985 ; Boel et Casaer, 1989).

Plusieurs auteurs considèrent ce seuil comme arbitraire (Jayakar et Shashi, 1991 ; Billard et al., 1990 ; Billard et al., 1982) car il existe des variations inter- et intra-individuelles importantes quant à la densité de pointes-ondes pendant le sommeil chez ces enfants. Si la densité est inférieure à 85 %, le terme de syndrome de POCS atypique a été proposé (Jayakar et Shashi, 1991).

Dans les descriptions initiales, les auteurs parlaient de pointes-ondes lentes (1,5 à 2 Hz) diffuses. Mais cet aspect EEG n’est pas unique. Il peut s’agir de pointes lentes (ou ondes aiguës) sans onde lente associée (Roulet-Perez et al., 1993), plutôt de distribution focale (volontiers frontale ou temporale) ou nettement asymétrique (Billard et al., 1982 ; Morikawa et al., 1995 ; Veggiotti et al., 1999). L’aspect de POCS se voit dès que l’enfant s’endort. Le pourcentage de POCS est plus important au cours du premier cycle de sommeil et diminue au cours des cycles suivants (Bureau, 1995). Ainsi, quelques aspects EEG physiologiques du sommeil peuvent apparaître dans les derniers cycles. Deux patterns ne sont jamais rencontrés : les polypointes-ondes et les bouffées de rythmes rapides (Bureau, 1995). Pendant les rares périodes de fragmentation de l’activité paroxystique, il persiste des anomalies focales à type d’ondes lentes ou de pointes-ondes à prédominance frontale (Genton et Bureau, 1991).

Pendant le sommeil paradoxal, l’activité paroxystique se fragmente et devient discontinue. L’index de pointes-ondes est en général inférieur à 25 % et l’aspect électrique est souvent proche de celui observé pendant la veille. Des crises focales infracliniques peuvent être enregistrées en fin d’une phase de sommeil paradoxal.

En dehors du sommeil paradoxal, les autres stades de sommeil sont difficilement identifiables même si l’organisation cyclique du sommeil semble préservée (Bureau, 1995, Genton et Bureau, 1991). La qualité clinique du sommeil ne semble pas altérée même si des micro-réveils sont notés (Rousselle et Revol, 1995).

L’âge de découverte des POCS est souvent difficile à déterminer car les enregistrements de sommeil sont rarement réalisés dès les premiers signes cliniques. La durée de la période de POCS est, elle aussi, difficile à apprécier pour la même raison. L’âge moyen d’arrêt est de 11 ans 1 mois dans la série du Centre Saint-Paul en 1991. La durée de la période de POCS oscille entre 6 mois et 5 ans1/2 (Genton et Bureau, 1991).

Après la période de POCS

Le tracé de veille peut être normal ou montrer des anomalies focales minimes (Roulet-Perez et al., 1993). Pendant le sommeil, il peut persister un foyer de pointes frontales uni- ou bilatérales (Morikawa et al., 1995) pendant quelques années. L’EEG se normalise progressivement, en moyenne en trois ans (Genton et Bureau, 1991).

Imagerie cérébrale

Elle peut être anormale dans 30 % à 50 % des cas (Genton et Bureau, 1991, Bureau, 1995). Les anomalies sont variables : atrophie unilatérale ou diffuse (la plus fréquente), porencéphalie, pachygyrie focale ou polymicrogyrie (Genton et Bureau, 1991, Guerrini et al., 1998), dysplasie corticale focale, leucomalacie périventriculaire, hydrocéphalie (Veggiotti et al., 1999). Le thalamus est souvent impliqué dans les lésions (Guzzetta et al., 2005). Certains auteurs parlent dans ces cas de syndrome de POCS symptomatique ou lésionnel (Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et al., 1985 ; Morikawa et al., 1989 ; Veggiotti et al., 1999).

Des études de suivi en PET-scan ont été réalisées chez des patients porteurs d’un syndrome de POCS (Park et al., 1994 ; Maquet et al., 1995). Les patterns métaboliques sont variables d’un patient à l’autre et chez le même patient en fonction de l’évolution. Néanmoins, plusieurs caractéristiques sont dégagées. L’activité métabolique est plus grande dans les régions corticales plus particulièrement associatives que dans les régions sous-corticales, à l’image de ce qui est rapporté sur un cerveau immature (Park et al., 1994 ; Maquet et al., 1995). Alors que ces anomalies corticales sont asymétriques, le métabolisme des thalami est modifié de façon bilatérale et symétrique (Maquet et al., 1995).

Évolution à long terme

Epilepsie

L’épilepsie guérit le plus souvent, même dans les cas lésionnels (Genton et Bureau, 1991). La disparition des crises coïncide avec la disparition des POCS dans un tiers des cas seulement (Bureau, 1995). Les crises disparaissent avant les POCS dans un autre tiers, de rares crises peuvent persister après la période de POCS dans le tiers restant (Bureau, 1995).

Cependant, plus récemment, des observations de patients présentant des POCS à l’âge adulte ont été rapportées (Roulet-Perez et al., 1998 ; Hommet et al., 2000 ; Mariotti et al., 2000).

Cognition

Le profil cognitif est beaucoup plus préoccupant après la période de POCS (Bureau, 1995). Le retard scolaire reste en général acquis (Genton et Bureau, 1991). La réversibilité éventuelle des troubles neuropsychologiques est lente (De Negri, 1994) et souvent partielle (Bureau et al., 1990).

Les études qualitatives sur le devenir social et neuropsychologique à l’âge adulte sont rares, portant surtout sur des cas isolés (Roulet-Perez et al., 1998 ; Hommet et al., 2000 ; Mariotti et al., 2000 ; Veggiotti et al., 2001). Le pronostic semble hétérogène. Dans l’analyse du devenir clinique, cognitif, social et/ou professionnel à l’âge adulte de 5 sujets porteurs d’un syndrome de POCS, les performances intellectuelles étaient diminuées pour 3 patients dans tous les domaines cognitifs dans des proportions variables (Praline et al., 2003). Seulement deux patients sur cinq avaient une bonne intégration sociale et professionnelle. Dans le domaine du langage, les scores en dénomination orale étaient normaux mais le score en fluence verbale de 2 patients était pathologique. La majorité des patients présentaient une lenteur d’idéation et, donnaient l’impression, dans leur discours, d’un manque de contrôle de la pensée (commentaires mal à-propos, par associations d’idées), qui faisait évoquer des troubles de la pragmatique du langage (Praline et al., 2003). De même, l’étude spécifique des compétences langagières et pragmatiques chez de jeunes adultes considérés comme « guéris » d’un syndrome de POCS a montré la persistance à long terme d’altérations des performances langagières, plus ou moins sévères selon les sujets (Debiais et al., 2007).

Ces résultats confirment l’existence de déficits cognitifs à long terme, persistant bien après la phase de POCS dite « active », et la variabilité du pronostic selon les patients. Pour certains, les facteurs pronostiques à moyen terme sont l’âge de découverte des POCS, la durée des POCS et la sévérité des perturbations à la phase d’état (Bureau et al. 1990 ; Bureau, 1995). La topographie du foyer intercritique semble aussi jouer sur le type de déficit persistant (Roulet-Perez et al., 1993 ; Veggiotti et al., 2002 ; Praline et al., 2003).

Les troubles neuropsychologiques soulignent l’importance du suivi et de la prise en charge de ces patients à l’âge adulte, même après la disparition des anomalies EEG et des crises épileptiques.

Physiopathologie

L’aspect de POCS est la conséquence d’une synchronisation bilatérale secondaire. Ce phénomène a été démontré par une analyse de cohérence et de phase des enregistrements électroencéphalographiques (Kobayashi et al., 1994). La diffusion des anomalies paroxystiques serait induite par le sommeil lequel a, chez l’enfant, une fonction d’hypersynchronie âge-dépendante (Schwartzkroin, 1984). La perturbation des mécanismes impliqués dans la genèse des spindles et les oscillations physiologiques du sommeil engendre des décharges épileptiques qui diffusent au sein de réseaux corticaux (Nobili et al., 2001 ; Tassinari et al., 2005). Une atteinte thalamique précoce, induisant un déséquilibre dans la balance entre les récepteurs GABAa et GABAb pourrait être responsable de la modification des oscillations physiologiques du sommeil conduisant à la production d’anomalies paroxystiques (Guzzetta et al., 2005).

La survenue d’une synchronisation bilatérale secondaire implique l’existence d’un foyer épileptique primaire. Plusieurs éléments orientent en effet vers une origine focale des manifestations cliniques et électroencéphalographiques (Roulet-Perez et al., 1993 ; De Negri, 1997 ; Roulet-Perez et al., 1998 ; Veggiotti et al., 1999 ; Tassinari et al., 2000). Tout d’abord, la sémiologie des crises est le plus souvent partielle ; l’EEG lors de la veille et pendant les phases de sommeil paradoxal montre typiquement des anomalies paroxystiques focales. Les POCS bilatérales sont supprimées par l’injection intra-carotidienne unilatérale (du côté des anomalies focales présentes lors de la veille) d’un barbiturique (Park et al., 1994). Un foyer localisé aux aires motrices est associé à un trouble moteur sous la forme d’une dystonie, d’une dyspraxie, d’une ataxie ou d’un déficit moteur unilatéral (Tassinari et al., 1995 ; Neville et al., 1998 ; Veggiotti et al., 1999) et à l’apparition de myoclonies négatives pendant la veille (Dalla Bernardina et al., 1989). Les études en PET-scan montrent des anomalies focales (Park et al., 1994 ; Maquet et al., 1995). Enfin, un cas de syndrome de POCS est rattaché dans la littérature à une dysplasie corticale focale frontale dont l’ablation a permis la disparition des crises épileptiques (Roulet-Perez et al., 1998).

La localisation d’un éventuel foyer primaire n’est pas clairement établie. Les structures amygdalo-hippocampo-limbiques sont suspectées en raison de leur seuil épileptogène bas et de leur capacité à favoriser la diffusion d’anomalies paroxystiques (De Negri, 1997 ; Yasuhara et al., 1991). Les analyses électro-cliniques des patients orientent plutôt vers un foyer frontal (Roulet-Perez et al., 1993 ; Veggiotti et al., 2002) ou postérieur (Praline et al., 2003) alors que dans le syndrome de Landau-Kleffner l’activité paroxystique intercritique semble toucher volontiers le lobe temporal (Beaumanoir et al., 1992).

Le lien entre anomalies paroxystiques et troubles neuropsychologiques est moins évident que celui qui unit anomalies paroxystiques et épilepsie. Il est expérimentalement démontré qu’un phénomène paroxystique entraîne une perturbation de l’organisation des réseaux neuronaux (Moshe, 1993 ; Wasterlain et al., 1993). Les périodes critiques de vulnérabilité maximale (spécifiques pour chaque fonction corticale) coïncident avec une surproduction synaptique. Ainsi, toute perturbation pendant ces périodes critiques est susceptible d’interférer avec l’installation des connexions et l’organisation des fonctions corticales correspondantes (Wasterlain et al., 1993 ; De Negri, 1995). L’hypothèse d’une rupture de la synaptogénèse normale durant une période critique du développement, entre 5 et 8 ans environ, a été soulevée (Kyllerman et al., 1996). Les données des études en PET-scan suggèrent que les troubles neuropsychologiques accompagnant les POCS soient causés par une altération de la maturation d’une ou plusieurs aires corticales associatives (Maquet et al., 1995).

Le rôle direct d’un foyer épileptique sur les fonctions cognitives a été évoqué (Piccirilli et al., 1994) et des troubles cognitifs transitoires pendant des décharges EEG infracliniques ont été démontrés (Binnie et Marston, 1992 ; Siebelink et al., 1988). Dans le syndrome de POCS, plusieurs liens unissent perturbations neuropsychologiques et activité paroxystique anormale. D’une part, il existe un lien temporel net entre la survenue de POCS et la détérioration neuropsychologique : apparition simultanée et régression quoique partielle des troubles neuropsychologiques lors de la disparition des POCS. D’autre part, la durée des POCS et l’état neuropsychologique final sont corrélés avec une durée de POCS inférieure à 6 mois considérée comme un facteur de bon pronostic (Rousselle et Revol, 1995). Le syndrome de POCS pourrait être ainsi un modèle de troubles neuropsychologiques prolongés induits par une activité paroxystique intercritique sur un cerveau immature (Binnie, 1993 ; Tassinari et al., 2000).

Traitement

Le traitement des crises épileptiques est rarement problématique (Jayakar et Shashi, 1991 ; Genton et Bureau, 1991 ; Tassinari et al., 2000). Il doit être choisi en fonction de la sémiologie clinique du type de crise prédominant (Genton et Bureau, 1991). Ainsi, le valproate de sodium et/ou l’éthosuximide seront préférés en cas d’absences. Les benzodiazépines, la diphénylhydantoïne, le lévétiracétam peuvent être employés (Genton et Bureau, 1991 ; Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et al., 2005 ; Aeby et al., 2005). La lamotrigine est efficace en association (Galanopoulou et al., 2000). Cependant, l’épilepsie peut se révéler sévère et rebelle au traitement pendant une phase de l’évolution, ce qui ne remet pas en cause son pronostic finalement bénin (Genton et Bureau, 1991).

Les anomalies EEG pendant le sommeil sont, par contre, considérées comme réfractaires (Genton et Bureau, 1991 ; Jayakar et Shashi, 1991 ; Tassinari et al., 2000). Les injections intraveineuses de benzodiazépines font disparaître les POCS pendant une heure environ (Tassinari et al., 1985 ; Genton et Bureau, 1991). Les benzodiazépines per os, en particulier le clobazam, sont efficaces mais leur effet reste limité et transitoire (Genton et Bureau, 1991 ; Jayakar et Shashi, 1991, Tassinari et al., 2005). Elles peuvent entraîner un comportement hyperactif (Galanopoulou et al., 2000) mais semblent atténuer les signes « psychotiques » en inhibant l’activité limbique (Yasuhara et al., 1991). D’autres auteurs constatent une amélioration des troubles neuropsychologiques sous benzodiazépines (Billard et al., 1982 ; Jayakar et Shashi, 1991). Mais il est difficile de savoir si l’amélioration retrouvée dans quelques cas est directement liée au traitement ou à une rémission spontanée fortuite compte tenu des variations spontanées intra-individuelles de densité d’anomalies paroxystiques pendant le sommeil (Jayakar et Shashi, 1991). Il est reconnu que la carbamazépine aggrave l’aspect électroencéphalographique de POCS (Lerman, 1986 ; Galanopoulou et al., 2000).

La corticothérapie (stéroïdes ou ACTH) a une efficacité nette sur les POCS et les troubles neuropsychologiques (Billard et al., 1982 ; Jayakar et Shashi, 1991). L’effet peut être limité à la durée du traitement et un échappement peut survenir en cas de diminution trop rapide des doses (Billard et al., 1982 ; Genton et Bureau, 1991).

L’association valproate de sodium-benzodiazépine est considérée actuellement comme le traitement le plus efficace. De façon générale, un traitement agressif des anomalies EEG se justifie en raison de liens étroits entre l’apparition d’anomalies paroxystiques pendant le sommeil et la détérioration neuropsychologique qui conditionne le pronostic à long terme (Tassinari et al., 2005). Néanmoins, une polythérapie doit si possible être évitée (Van Lierde, 1995). A l’image de la résection sous-piale multiple proposée dans les syndromes de Landau et Kleffner, un traitement chirurgical pourrait être envisagé (Tassinari et al., 2000). Enfin, un comportement hyperactif ou un trouble sévère de l’attention peut justifier la prise d’amphétamines (Galanopoulou et al., 2000).

Conclusion

L’épilepsie avec pointes-ondes continues du sommeil ne se limite donc pas à une simple comitialité et à un aspect EEG qui semble n’être que le sommet de l’iceberg (Tassinari et al., 2005). Le pronostic neuropsychologique impose un diagnostic rapide, un traitement sans cesse réévalué et surtout un suivi régulier et long. L’intensité et les caractéristiques des troubles cognitifs, la présence de signes cliniques moteurs et le caractère âge-dépendant sont autant d’éléments en faveur d’une encéphalopathie survenant en pleine période de maturation cérébrale. L’importance de la topographie du foyer intercritique dans la présentation clinique et le pronostic à long terme est démontrée. Les analogies avec le syndrome de Landau-Kleffner sont nombreuses et permettent d’envisager un cadre nosographique commun tout en distinguant la qualité des troubles neuropsychologiques tant à la phase active qu’au stade des séquelles, en lien avec une localisation différente du foyer intercritique. De même, la présence d’un état de mal électrique pendant le sommeil et quelques observations familiales font suspecter un continuum avec l’épilepsie à pointes centro-temporales.

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