ARTICLE
Auteur(s) : Claire Vesin1, Marie-Hélène
Horellou2, Sandrine Mairesse1, Jacqueline
Conard2, Michel Safar1, Jacques
Blacher1
1Unité HTA, prévention et thérapeutique
cardiovasculaires
2Unité hémostase thrombose, AP-HP Hôtel-Dieu, Place du
Parvis Notre Dame, 75004 Paris
Quatre facteurs de risque sont reconnus comme directement causals
dans les pathologies cardiovasculaires : le tabac, le diabète,
l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie.L’homocystéine
pourrait également être un facteur de risque modifiable de maladie
cardiovasculaire. En effet, dès 1969, après la mise en évidence de
lésions athéromateuses avancées lors d’autopsie de sujets atteints
d’homocystinurie, McCully émit l’hypothèse que l’homocystéine était
une cause d’athérosclérose.Depuis, de nombreuses études,
expérimentales et observationnelles, ont établi que l’homocystéine
augmente d’une part le stress oxydatif, la dysfonction endothéliale
et l’activité procoagulante, et d’autre part le risque
cardiovasculaire.L’homocystéinémie peut être normalisée de manière
simple grâce à une supplémentation vitaminique du groupe B.
Toutefois à l’heure actuelle, il n’existe pas de preuve tangible
que la baisse du niveau d’homocystéine par une thérapie vitaminique
soit associée à une baisse du risque cardiovasculaire.
L’homocystéine et les vitamines du groupe B
L’homocystéine est un acide aminé soufré à la croisée de voies
métaboliques. Son métabolisme est complexe (figure 1).
L’homocystéine est exclusivement formée par déméthylation de la
méthionine et éliminée à travers l’une des deux voies
vitamine-dépendantes, en plus d’une troisième, non
vitamine-dépendante, exclusivement hépatique. Par la voie de
reméthylation, vitamine B12-dépendante, la méthionine synthase
catalyse la conversion de l’homocystéine en méthionine en présence
du donneur de groupement méthyl : le
N-5-méthyltétrahydrofolate. L’homocystéine peut également emprunter
la voie de transsulfuration, pour former, avec la sérine, la
cystathionine par l’action de l’enzyme vitamine
B6-dépendante : la cystathionine bêta synthase [1].
Il existe donc des relations étroites entre homocystéine et
vitamines B6, B12 et acide folique.
Au niveau plasmatique, les taux d’homocystéine varient de
manière opposée aux concentrations en vitamines B6, acide folique
et B12.
C’est grâce à cette spécificité que l’homocystéine suscite
autant d’intérêt en termes de prévention cardiovasculaire. En
effet, il est actuellement largement démontré que la
supplémentation en acide folique et autres vitamines du groupe B
permet d’abaisser le niveau d’homocystéine de manière significative
(> 25%) [2].
Il est à noter que, chez le sujet âgé, la supplémentation en
acide folique doit systématiquement être associée à de la vitamine
B12, car il est démontré que de fortes doses d’acide folique
peuvent entraîner une détérioration des fonctions cognitives, en
masquant une carence en vitamine B12.
Homocystinurie
L’homocystinurie, maladie génétique liée au déficit en
cystathionine bêta synthase, est la pathologie ayant permis de
suspecter l’association homocystéine-maladies vasculaires. En
effet, les sujets homocystinuriques décédaient précocement,
porteurs d’une athérosclérose avancée, tout en ayant des taux
plasmatiques d’homocystéine à plus de dix fois la limite supérieure
de la normale (> 100 mmol/L pour une normale entre 3
et 13 mmol/L).
McCully a été le premier à suggérer qu’une élévation même
modérée des taux plasmatiques d’homocystéine puisse augmenter le
risque cardiovasculaire [3].
Hyperhomocystéinémie
L’hyperhomocystéinémie modérée est bien différente du cas de
l’homocystinurie. Elle est fréquente, multifactorielle et d’origine
mal élucidée.
– Piste génétique : un polymorphisme commun existe dans le
gène codant pour le domaine catalytique de l’enzyme MTHFR,
substituant, en position 677, un T à un C (« substitution
677TT »). Au niveau moléculaire, cela entraîne une
substitution d’alanine par de la valine. Cette simple modification
d’un acide aminé entraîne un défaut de « liaison folate »
et une activité réduite de l’enzyme MTHFR. Entre 10 et 12 % de
la population caucasienne d’origine nord-européenne est porteuse de
ce génotype 677TT, et présente des niveaux d’homocystéine
supérieurs en moyenne de 25 % à la population porteuse du
génotype 677CC [4].
– Carence en folates : elle est fréquente (16 à 22 %
de la population générale aux États-Unis avant 1998, année de mise
en place d’une supplémentation systématique des farines
alimentaires en acide folique) et elle entraîne une élévation des
taux d’homocystéine plasmatique [5].
– Carence en vitamine B12 : elle concerne essentiellement
le sujet âgé (5 % des personnes âgées de 65 ans,
20 % des plus de 80 ans), et devient de fait plus
déterminante du niveau d’homocystéine plasmatique que l’acide
folique chez le sujet âgé [6].
Anomalies vasculaires imputables à l’homocystéine :
analyse expérimentale
Les études expérimentales ont permis de mettre en évidence que
l’hyperhomocystéinémie induisait une prolifération de cellules
musculaires lisses, une dysfonction endothéliale, une synthèse de
collagène avec destruction du composant élastique du mur artériel,
une peroxydation lipidique, une inflammation vasculaire et enfin
une élévation de l’activité procoagulante [1].
Ces études ont cependant été menées avec des concentrations
extrêmement élevées d’homocystéine, dans l’hypothèse que les
conséquences seraient les mêmes en cas d’hyperhomocystéinémie
modérée mais maintenue de nombreuses années.
Homocystéine et risque vasculaire : analyse
épidémiologique
Depuis 30 ans, de très nombreuses études cliniques tant
rétrospectives que prospectives ont retrouvé une relation entre
l’homocystéine et les maladies cardiovasculaires.
L’hyperhomocystéinémie pourrait être un facteur de risque
quantitatif et indépendant pour la survenue d’infarctus du
myocarde, d’accident vasculaire cérébral [7], de démence [8] et de
maladie thromboembolique veineuse [9].
Concernant le risque cardiovasculaire, la dernière méta-analyse
en date, issue d’études d’observation, montrait qu’une réduction de
25 % de l’homocystéine plasmatique est associée à une
réduction du risque cardiovasculaire de 11 % et du risque
cérébrovasculaire de 19 % [10].
Cependant, le rôle de l’homocystéine en tant que facteur de
risque cardiovasculaire causal reste controversé. En effet,
l’existence de facteurs confondants reste possible :
l’homocystéine pourrait n’être que le marqueur d’une athérosclérose
infraclinique, ou la conséquence d’autres facteurs, liés eux de
façon causale au risque cardiovasculaire. Les études prospectives
réalisées dans des populations à risque cardiovasculaire élevé
retrouvent plus fréquemment une relation positive entre
homocystéine plasmatique et niveau de risque cardiovasculaire que
celles s’intéressant aux populations à risque plus faible. De plus,
les études ayant inclus dans leur analyse un ajustement sur les
facteurs potentiellement confondants tendent à rapporter des
niveaux plus faibles de risque cardiovasculaire liés aux taux
élevés d’homocystéine [11].
Concernant les fonctions cognitives, une étude portant sur 1 092
patients de la population de Framingham sans altération
intellectuelle, suivis pendant 8 ans, a permis de mettre en
évidence qu’un niveau élevé d’homocystéine (> 14 mmol/L)
entraînait un risque doublé de démence par rapport à un niveau
normal d’homocystéine [12]. De plus, les personnes atteintes de
maladie d’Alzheimer présenteraient des taux d’homocystéine en
moyenne plus élevés que les personnes issues d’une population de
référence du même âge [13].
Concernant la maladie thromboembolique veineuse, une
méta-analyse récente [9] a retrouvé, à partir de 24 études
rétrospectives et 3 études prospectives, une élévation du risque de
thrombose veineuse de 60 % (études rétrospectives) et de
27 % (études prospectives) pour une augmentation du taux
plasmatique d’homocystéine de 5 mmol/L. Cette même méta-analyse
s’est également intéressée à la relation génotype
MTHFR677TT-thrombose veineuse, et a mis en évidence une élévation
du risque de thrombose veineuse de 20 % chez les patients
porteurs de ce génotype par rapport aux patients porteurs du
génotype MTHFR677CC. Cette dernière donnée élève donc le niveau de
preuve incriminant l’homocystéine comme facteur causal de maladie
thromboembolique veineuse.
Homocystéine et risque vasculaire : essais
d’intervention
Risque cardiovasculaire et cérébrovasculaire
Si l’homocystéine était un facteur de risque cardiovasculaire
causal, la supplémentation en acide folique et/ou vitamines B6 et
B12 réduirait le risque cardiovasculaire.
Pendant de nombreuses années, sans toutefois prouver un tel
bénéfice, plusieurs études tendaient à rapporter un effet d’une
supplémentation sur la progression de l’athérosclérose, voire sur
les événements cardiovasculaires dans le cadre d’une prévention
secondaire. En 2002, un essai thérapeutique randomisé incluant 553
patients coronariens ayant bénéficié d’une angioplastie, testant
une association de vitamines B9, B6 et B12 versus placebo avait
retrouvé une différence significative (réduction relative du risque
de 32 %) en faveur du groupe traitement actif concernant le
critère principal de jugement (critère composite associant décès,
infarctus du myocarde non fatal, nouvelle revascularisation
coronaire) [14]. L’étude VISP, réalisée en 2004 chez 3 680 patients
ayant présenté un infarctus cérébral, cherchait à explorer l’effet
d’une baisse de l’homocystéine (par une supplémentation avec de
fortes doses de vitamines du groupe B) sur la récidive d’un
accident cérébro-vasculaire. Aucun bénéfice n’avait été observé
après 2 ans de traitement.
Deux essais d’intervention viennent d’être publiés, dont les
résultats tendent à discréditer l’hypothèse de la réversibilité du
risque cardiovasculaire grâce à la baisse de l’homocystéinémie via
une supplémentation vitaminique.
L’étude HOPE 2 [15] a inclus 5 522 patients âgés de plus de
55 ans présentant un antécédent personnel de maladie
vasculaire et/ou un diabète. Le niveau d’homocystéine initial
n’était pas pris en compte dans les critères d’inclusion. Les
patients ont été randomisés et la moitié a reçu une association de
vitamines du groupe B (2,5 mg/j d’acide folique + 1 mg/j
de vitamine B12 + 50 mg/j de vitamine B6), l’autre moitié
recevant un placebo, ce pendant une durée moyenne de 5 ans. Le
critère principal de jugement était un critère composite associant
décès de cause cardiovasculaire, infarctus du myocarde et accident
vasculaire cérébral.
Le traitement vitaminique a permis de faire baisser
l’homocystéinémie de 2,4 mmol/L en moyenne dans le groupe
traitement actif, alors que dans le groupe placebo
l’homocystéinémie a augmenté de 0,8 mmol/L en moyenne.
Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre
les deux groupes puisque 18,8 % des patients du groupe
traitement actif, versus 19,8 % des patients du groupe
placebo, ont eu un événement cardiovasculaire entrant dans le
critère principal de jugement (p = 0,41). Lorsque les auteurs
analysent isolément chaque élément du critère principal de
jugement, il existe une différence concernant les accidents
vasculaires cérébraux avec une réduction de 25 % dans le
groupe traitement actif versus placebo. Par ailleurs, sur les
critères secondaires de jugement, la seule différence significative
observée concerne les hospitalisations pour angor instable, mais
elle est en défaveur du groupe traitement actif.
Il existe différentes explications à ces résultats : manque
de puissance de l’étude du fait que 70 % des inclusions ont
été faites dans des pays enrichissant la farine en acide folique,
ajustement incomplet sur les facteurs confondants potentiels et
enfin absence d’effet de la supplémentation vitaminique qui semble
malheureusement être l’explication la plus probable.
L’étude NORVIT [16], étude multicentrique norvégienne, a inclus
3 749 patients en postinfarctus du myocarde immédiat (<
7 jours). Ces patients ont été randomisés en quatre
groupes : groupe supplémentation triple (acide folique :
0,8 mg/j + vitamine B12 : 0,4 mg/j + vitamine
B6 : 40 mg/j), groupe supplémentation double (acide
folique : 0,8 mg/j + vitamine B12 : 0,4 mg/j),
groupe supplémentation simple (vitamine B6 : 40 mg/j),
groupe placebo. Le critère principal de jugement était un critère
composite associant récidive d’infarctus du myocarde, infarctus
cérébral, et mort subite d’origine coronarienne, sur une durée de
suivi de 36 mois en moyenne. L’homocystéine plasmatique était
abaissée de 27 % dans les branches supplémentation double et
triple sans effet sur le critère principal de jugement (RR =
1,08 ; p = 0,31). La supplémentation en vitamine B6 (branche
supplémentation simple) n’était pas associée à une réduction du
risque (RR = 1,14 ; p = 0,09). Dans le groupe supplémentation
triple, il existait une tendance à un risque cardiovasculaire accru
(RR = 1,22 ; p = 0,05). De même, sur le plan des critères
secondaires de jugement, les groupes supplémentation simple
(vitamine B6) et supplémentation triple étaient associés à une
élévation du risque d’infarctus du myocarde (augmentation de risque
de 17 % [p = 0,05] d’infarctus du myocarde pour la
supplémentation simple et de 30 % [p = 0,05] d’infarctus du
myocarde non fatal pour la supplémentation triple). Cependant, ces
associations pourraient être fortuites compte tenu de la puissance
relativement faible et de l’augmentation modérée du risque.
Néanmoins, l’hypothèse d’un bénéfice éventuel perd du terrain après
l’analyse des résultats de cette étude. Le niveau d’homocystéine
initial était prédicteur de la survenue des événements compris dans
le critère principal de jugement (une augmentation de 3 mmol/L du
niveau initial d’homocystéine entraînant un risque relatif de 1,05
[p = 0,01]).
Une hypothèse avancée par les auteurs pouvant expliquer cette
absence de bénéfice de la baisse du niveau d’homocystéine par
supplémentation vitaminique sur les événements cardiovasculaires
précités serait un effet potentiellement athérogène de la
supplémentation vitaminique. En effet, l’acide folique pourrait
être un facteur de dysfonction endothéliale et de prolifération
cellulaire, indépendamment de l’homocystéine [16]. De même, la
vitamine B6 est impliquée dans de nombreuses réactions enzymatiques
et fonctions biologiques (dont la croissance cellulaire, et le
métabolisme du cholestérol), et pourrait inhiber l’angiogenèse à
fortes doses.
Au total, l’étude NORVIT démontre l’absence d’effet bénéfique de
la supplémentation vitaminique dans le post-infarctus sur les
événements cardiovasculaires. Un effet inverse, délétère, de ce
traitement pourrait même être possible.
Autant la méthodologie que l’observance des patients dans les
études HOPE 2 et NORVIT étaient satisfaisants.
Le résultat de l’étude WAFACS (Women’s Antioxidant and Folic
Acid Cardiovascular Study) a été présenté à l’AHA 2006 [17]. Cette
étude, incluant 5 442 femmes d’au moins 40 ans présentant un
antécédent cardiovasculaire ou au moins 3 facteurs de risque,
cherchait à mettre en évidence un bénéfice d’une supplémentation
triple (acide folique : 2,5 mg/j + vitamine B6 : 50
mg/j + vitamine B12 : 1 mg/j) versus placebo dans la survenue
de décès cardiovasculaire, AVC, infarctus et revascularisation. Le
suivi moyen a été de 7,29 ans. Aucun bénéfice de la
supplémentation n’a été mis en évidence en termes d’événements
cardiovasculaires précités.
Démence
De manière concomitante est parue une étude concernant la
prévention du déclin cognitif [18]. Cette étude néo-zélandaise a
inclus 276 patients âgés d’au moins 65 ans, sans pathologie
particulière, ayant un niveau d’homocystéine plasmatique ≥13
mmol/L.
Ces patients ont été randomisés ; la moitié a reçu une
polyvitaminothérapie comportant acide folique (1 mg/j),
vitamine B12 (0,5 mg/j) et vitamine B6 (10 mg/j), l’autre
moitié recevant un placebo. La durée de l’étude était de
2 ans. Des tests cognitifs ont été réalisés initialement, à 1
an, et à la fin de l’étude. Un ajustement a été réalisé concernant
les valeurs de base, le sexe et le niveau d’éducation. Malgré une
baisse moyenne de 4,36 mmol/L du niveau d’homocystéine plasmatique
dans le groupe supplémentation, aucune différence n’a été observée
entre les deux groupes concernant les scores des tests cognitifs.
Cependant, cette étude n’avait probablement pas la puissance
nécessaire pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’une démence
liée à l’homocystéine (nombre limité de patients, durée d’étude
courte, absence d’altération des fonctions cognitives dans le
groupe contrôle à l’issue de l’étude).
Cas particulier de l’insuffisance rénale chronique
Les patients insuffisants rénaux chroniques présentent une
hyperhomocystéinémie dans 85 % des cas, à la fois par
diminution de l’excrétion rénale d’homocystéine et par altération
de son métabolisme. Ils présentent également un risque
cardiovasculaire accru avec un taux de mortalité lié aux événements
cardiovasculaires dix à vingt fois supérieur à la population
générale.
L’étude ASFAST [19], publiée en 2005, avait pour but d’établir
un effet bénéfique d’une supplémentation par de fortes doses
d’acide folique sur la progression de l’athérosclérose et les
événements cardiovasculaires dans une population d’insuffisants
rénaux chroniques. Trois cent quinze sujets âgés de plus de
18 ans, ayant une clairance de la créatinine <
25 mL/min, dialysés ou en attente de dialyse ont été
inclus.
Ils ont été randomisés en deux groupes : groupe
supplémentation par 15 mg/j d’acide folique et groupe placebo.
La progression de l’athérosclérose était quantifiée par la mesure
de l’épaisseur intima média (EIM) carotidienne. Les événements
cardiovasculaires comptabilisés comportaient infarctus du myocarde,
infarctus cérébral et décès de cause cardiovasculaire. Les critères
secondaires comprenaient : tout événement cardiovasculaire,
modification de la vitesse de propagation de l’onde de pouls,
compliance artérielle périphérique. La durée du suivi était de
5 ans. La supplémentation vitaminique a permis de réduire les
taux plasmatiques d’homocystéine de 19 % en moyenne. Il n’y a
pas eu de différence significative entre le groupe traitement actif
et le groupe placebo tant au niveau du critère principal qu’au
niveau des critères secondaires. Il n’a pas non plus été retrouvé
de corrélation entre l’EIM initiale et le niveau basal
d’homocystéinémie.
Plusieurs explications possibles aux résultats négatifs de cette
étude sont avancées par les auteurs : absence de relation
entre l’homocystéine et la progression de l’atteinte
cardiovasculaire chez les patients insuffisants rénaux chroniques,
diminution insuffisante des valeurs plasmatiques d’homocystéine
dans le groupe traitement actif (seuls 10,9 % des patients
avaient une homocystéinémie normalisée après traitement), dose
et/ou durée du traitement insuffisants, puissance insuffisante de
l’étude a fortiori lorsqu’on constate le nombre élevé de patients
exclus secondairement de l’étude (transplantation, supplémentation
folique indépendante).
Cette étude permettait cependant d’éliminer une réduction de
risque de plus de 34 % dans le groupe traitement actif versus
placebo.
Risque thromboembolique veineux
L’étude VITRO [20] parue en 2006 est à notre connaissance la
première étude randomisée explorant l’effet de la supplémentation
vitaminique B dans la prévention secondaire de la maladie
thromboembolique veineuse chez les patients porteurs d’une
hyperhomocystéinémie. Cette étude a inclus 701 patients entre
20 et 80 ans ayant eu un épisode de thrombose veineuse ou
embolie pulmonaire sans étiologie retrouvée : 360 étaient
hyperhomocystéinémiques (homocystéine plasmatique >
75e percentile d’une population de référence) et 341
avaient une homocystéine considérée normale (homocystéine
plasmatique < 75e percentile de la même population de
référence). Ces 701 patients ont été randomisés en deux
groupes : groupe traitement actif (supplémentation par acide
folique [5 mg/j] + vitamine B6 [50 mg/j] + vitamine B12
[0,4 mg/j]) et groupe placebo. La durée du suivi était de
2,5 ans. Le critère principal de jugement était la récidive
thromboembolique veineuse (thrombose veineuse ou embolie
pulmonaire). À la fin de l’étude, le nombre de récurrences était de
54/1 000 années dans le groupe traitement actif et de 64/1 000
années dans le groupe placebo, c’est-à-dire une absence de
différence significative, et ce quel que soit le sous-groupe
étudié. Cependant, une réduction du taux d’homocystéine de plus de
50 % grâce au traitement actif montrait une tendance à un
bénéfice sur la survenue d’une récidive thromboembolique
(RR = 0,43, IC 95 % = 0,15-1,24). Cette
relation dose-réponse renforce l’idée que l’étude VITRO ne permet
pas d’exclure un effet de la supplémentation vitaminique sur la
récidive thromboembolique. D’autres études devraient permettre de
renforcer ou infirmer cette hypothèse.
Homocystéine : faut-il traiter ?
Dans le cas de l’homocystinurie, l’intérêt du traitement par
supplémentation vitaminique est clairement démontré ; elle
doit donc être prescrite de manière indiscutable.
Dans les autres cas, quels que soient le niveau de base
d’homocystéinémie et le contexte clinique, aucune étude n’a prouvé
de manière fiable, à ce jour, que la supplémentation vitaminique
avait un effet bénéfique en termes de risque cardiovasculaire. En
conséquence, nous ne recommandons pas de supplémentation
vitaminique B à l’heure actuelle en dehors du cas particulier de
l’homocystinurie.
Conclusion
La relation homocystéine-événements cardiovasculaires est
clairement démontrée. La causalité directe de
l’hyperhomocystéinémie dans la survenue de ces événements a
longtemps été suspectée. L’hypothèse qu’une supplémentation
vitaminique du groupe B, en permettant d’abaisser les taux
plasmatiques d’homocystéine, pourrait diminuer le risque
cardiovasculaire, bien qu’elle n’ait jamais été démontrée de
manière probante ces dernières années, restait attirante.
Malheureusement, plusieurs études récentes, s’intéressant tant au
risque artériel que veineux, viennent « challenger »
cette hypothèse. En effet, malgré la baisse effective de
l’homocystéine plasmatique par la supplémentation vitaminique,
aucun effet positif n’a été retrouvé en termes d’événements
cardiovasculaires.
À l’heure actuelle, il semble difficile de délaisser
complètement la piste de l’homocystéine. En effet, il existe
probablement d’autres raisons expliquant l’absence d’efficacité de
la vitaminothérapie dans l’hyperhomocystéinémie : la relation
acide folique-homocystéine-athérosclérose est vraisemblablement
plus complexe sur le plan métabolique qu’il n’avait été
initialement pensé. La tentative de réduction de l’homocystéinémie
par d’autres voies (métabolisation hépatique ou excrétion urinaire)
permettra peut-être de prouver enfin l’intérêt de la diminution de
l’homocystéinémie en pratique clinique.
Références
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