Le rôle thérapeutique de l'implication du médecin dans
sa relation avec le patient, « l'effet médecin » reconnu dès
Hippocrate, a fait écrire par M. Balint : « Le médicament
le plus fréquemment utilisé en médecine générale
est le médecin lui-même et il n'existe aucune pharmacologie de
ce médicament essentiel. » Cependant, cet aspect primordial de notre
pratique a fait l'objet de travaux récents utilisant les méthodes
des essais thérapeutiques. Dans cette revue systématique, A. Moreau
et al. ont analysé 10 essais randomisés comparant une consultation
standard et une consultation associant explications détaillées
et/ou écoute active, empathie, réassurance, et une méta-analyse
de 74 études concernant des stratégies de conseil et d'éducation
du patient dans les domaines du tabac, de l'alcool, de la nutrition, du mode
de vie... Ces études montraient une efficacité des interventions,
tant sur le plan de la satisfaction du patient que des résultats de soins
(douleur, pression artérielle, hémoglobine glyquée, arrêts
de travail...). Les auteurs précisent trois composantes de l'effet médecin
: les interventions cognitives (explications données au patient), cognitivo-émotionnelles
(fondées sur l'empathie et l'écoute) et les démarches éducatives
et stratégies de conseils. Le « remède médecin »
doit viser à rassurer, conseiller, expliquer, tout en prenant en compte
les représentations et attentes du patient. Il est différent d'une
psychothérapie. Dans 4 essais randomisés, la formation des médecins
à la communication et aux démarches de « counselling »
est efficace.
Moreau A, et al. Effet thérapeutique de « l'effet médecin
» en soins primaires. Presse Méd, 2006, 35, 967-73.
Les questions que se pose la rédaction
* Il est intéressant de voir rappeler cet aspect essentiel
de la pratique médicale (en médecine générale ou
toute autre discipline) et la possibilité de réaliser des études
dans ce domaine. Il est frappant de constater que dans les 10 études
cliniques, aucune n'est française.
* Il faut peut-être se demander si l'approche pharmacologique
dominante des études actuelles n'explique pas pour une bonne part le
peu d'études recensées par les auteurs. Il faudrait aussi rappeler
que l'approche factuelle ne concerne pas uniquement le médicament.
* Comment former les étudiants et les médecins ? Les méthodes
sont encore le plus souvent à l'état de balbutiements. N'y a-t-il
pas là un objectif majeur de recherche et d'enseignement ?
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