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Organodynamisme et cognitivisme de Robert Michel Palem |
l'Information Psychiatrique. Volume 82, Numéro 6, 515-8, Juin-Juillet 2006, À propos de...
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Auteur(s) : Jacques Chazaud , . |
ARTICLE
Auteur(s) : Jacques Chazaud2
L’un de nos meilleurs historiens et commentateurs d’Henri Ey, le
père de la doctrine si… « hospitalière » (lisez
accueillante !) de l’organodynamisme — dont il nous avait déjà
montré comment elle avait intégré la psychanalyse pour un bénéfice
réciproque — nous suggère ici, au lieu de se scléroser de
relectures en exégèses, de poursuivre, voire de renouveler, les
idées du maître sur le « corps psychique » et le
« devenir conscient » grâce à leur confrontation avec le
cognitivisme dans ses dimensions de théorie neuropsychologique et
de philosophie de l’esprit. Là aussi, on en escompte un double
profit dans cette période de crise, sinon d’attentat contre, la
psychiatrie.Cet ouvrage, comme tout livre de quelque portée, voire
de première importance, demande un « travail de lecture» qui
ne saurait s’effectuer en survol ou par recenseur interposé. Ce
n’est point qu’il soit, en quelque façon, obscur dans sa langue, si
vivante et élégante, si précise, marquée par cette vivacité
stylistique à laquelle l’auteur nous a depuis longtemps accoutumés.
C’est qu’il n’est pas rédigé (malgré les faiblesses que je connais
de RMP pour Baruk1) à la façon des
géomètres. Mais, et cela reflète — quoi qu’il en ait — la nature
profonde du penseur, sur le mode « vulcanologique ».Pour
nous faciliter la tâche, nous possédons, cependant, avec la table
dite des matières (en fait d’indexation limpide des concepts), un
précieux guide d’orientation pour le suivre dans ses vastes
explorations. Nous pouvons ainsi encore mieux appréhender (bien que
ce ne soit ni une condition nécessaire, ni une raison suffisante2) comment, dans ses éruptions, la
pensée de R.M. Palem projette vers notre entendement un
bombardement de matériaux issus du magma bouillonnant de toutes les
hypothèses de ceux qui ont été pris par la passion de savoir ce
qu’il en était « en fait » de la pensée et du
« pensoir » (fût-il en subconscience) dans ses relations
avec le monde réputé commun, ou dit personnel…Comment s’étonner,
avec un tel jaillissement dont les coulées ardentes successives se
rencontrent, se recouvrent, s’intriquent ou se heurtent dans leurs
cours, que l’on assiste au choc — pour prendre un exemple, ici
caricaturé — de « l’existentialisme essentialiste » d’un
Louis Lavelle avec la soi-disant « neurophilosophie »
d’une Patricia Churchland (qui s’évertue à contredire son nom par
son dogme « éliminativiste ») ?Ce type fusant
d’exposé (ou cette exposition éblouissante de tableaux aux
multiples entrées) est le meilleur témoignage que l’écrasante
érudition de l’auteur est loin de s’être figée en « pensée
pétrifiée ». Ici ça continue de bouillonner ; tant pis
pour les amateurs de certitudes « établies » ! Dans
sa volonté de savoir, l’auteur fait passer le questionnement,
voire, s’il le faut, la « perplexité » avant tout
pré-jugé. Pour lui, comme pour « l’attrapeur de rats »,
la vérité ne saurait être qu’une donation de sens perpétuellement
réévaluée dans la « mise en examen » de l’écart entre
toute affirmation figée sur les « phénomènes » et la
multiplicité de l’« Être » qui ne peut être appréhendé,
dans son devenir non clos, qu’en « perspectives » et de
façon « polémique » enjouée3.Bien sûr, la confrontation ne se réduit
jamais à une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes.
L’opposition entre Lavelle et Churchland, le souvenir de Turing, la
résurrection de l’aventureux Ruyer, voire le recours à
Schopenhauer, ne sont pas là pour faire oublier le dialogue
Changeux-Ricœur, ni les « nouveaux philosophes » :
Searle, Hofstadter, Dennett, P. Jacob, Ellis, Bitbol,
J. Proust, etc., et jusqu’à la directrice de collection où
paraît ce travail : Angela Kremer-Marietti. Les psychologues
convoqués ne s’arrêtent pas, loin s’en faut, à l’épistémologie
piagétienne ; ils se nomment, entre autres, Fodor (première et
deuxième manière), Pylyshin, Seron, etc. Les biologistes, pour n’en
citer que deux, Edelman ou Varela4.
Parmi les neuropsychologues, Ajuriaguerra et Hécaen, Teuber, qui ne
sont pas pour autant oubliés (comme dans la mode moderne des
bibliographies limitées aux trois dernières années), cèdent le pas
à Delacour, à Jeannerod et à ses élèves (Georgieff). Mais, bien
évidemment, un intérêt particulier s’attache aux travaux de ceux
des cognitivistes qui s’orientent clairement vers la
clinique : comme le « passeur » Widlocher (dans le
civil président de l’IPA !), Chambon et Marie-Cardine, Danion,
Heutekeete, M.-C. Hardy-Baylé (en quête du quatrième paradigme),
après tous les Frith, Andreasen et autres précurseurs
« yanks ». Car R.M. Palem s’adresse résolument aux
nouvelles générations, prises dans l’esprit du temps, et non pas,
comme on a pu le dire à propos de certains retraités, dont je me
sens proche, au « cercle des psychiatres disparus ».Dans
le surgissement des perlaborations palemiennes sur les figures
représentatives des « représentations » contemporaines,
il y a cependant un tréfonds immuable dans la pensée de leur
auteur : la hantise (comme chez tout véritable praticien de la
médecine mentale), bien plus — au-delà, mais déjà en deçà, des
problèmes abstraits, sinon abscons, de la pensée pure — de la
« normativité » de la perception face au
« scandale » de l’hallucination et, pour ce qu’il en est
de l’exercice de la computation conceptuelle et de la logique de la
communication, ou de l’accès à la personne (où à la conscience) de
soi-même, l’insoutenable manière d’être au monde du schizophrène.
Le reste est… littérature ou sujet à discussion.Comme il faut bien
mettre un ordre dans le chaos du monde, y compris celui des
conceptions de l’esprit, Palem a regroupé ses réflexions en trois
sections : points de rapprochement entre Ey (La conscience, le
Traité des hallucinations) et les modernes cognitivistes et autres
philosophes de l’esprit, points de rupture (ou de négligence),
points d’interrogation et malentendus. D’un aspect à l’autre, il y
a forcément des recoupements et des occasions de disputatio… C’est
surtout là que nous devons renvoyer au livre, sous peine de le
recopier ou, sur tel ou tel point, de développer trop longuement
les questions qu’il nous donne envie de poursuivre, comme celle
qu’il évoque à propos des rapports de la connaissance et de la
conscience ou celle, fondamentale, de l’irréductibilité de la
sémiotique à la syntaxe formelle (la première ne pouvant exister,
selon moi et pour rester très allusif, que pour un
système vivant que sa néoténie et sa prématurité, ses
insuffisances instinctuelles, inscrivent dans une relation5 où se reçoivent ses affects, ses besoins,
ses désirs, sa gestualité, ses cris — auxquels « l’autre
secourable » donne signification — et où se fondent ses
identifications puis, grâce au développement en boucle du langage,
cet organe de la conscience réfléchie, ses communications
intériorisables, ses valeurs, ses « co-opérations », etc.
Tout ce qui fait, en somme, le propre du zoon politikon).
Passons.R.M. Palem commence donc par la quête des rapprochements.
Ça n’est pas là une tâche si aisée. On peut certes trouver des
convergences plus ou moins ponctuelles avec Searle ou Fodor,
ranimer les cendres de Gibson (« l’écologiste » de la
perception) ou faire revenir des ombres de l’Hadès (comme celle du
grand neurologue et philosophe von Weizsäcker, dont il n’est
cependant pas certain qu’il fut intentionnellement
« cognitiviste » plutôt que gnoséologiste…). On peut
mobiliser sans réserve les théoriciens du top-down ; se
réjouir que Jannerod lise Ey (au moins à travers Ajuriaguerra) et,
surtout, qu’il propose « une relation structure/fonction moins
contraignante et plus diversifiée » ; que Changeux
déclare désormais que La conscience est son livre de chevet (!),
que Danion défende un modèle de la schizophrénie comme pathologie
de la conscience autonoétique dont le déficit entraîne une
déconstruction progressive de la référence identitaire du sujet (ce
sujet, souligne fortement RMP, si souvent oublié ou occulté dans la
« théorie de la connaissance »). Mais lorsque Peretti et
collaborateurs estiment que ce modèle « intègre » les
descriptions de « l’auteur classique » Ey, notre ami
commente : qu’« il n’est pas assuré que l’intégrant et
l’intégré soient ceux qu’on imaginait au départ »… Reste que
l’on voit la mémoire (au moins l’une de ses variétés) retrouver une
fonction dynamique au sein du système cognitif. Reste que bien des
études actuelles qui se réclament de la psychologie ou de la
philosophie cognitives sur la perception et les significations
perceptuelles vont dans le sens des constatations d’Ey. Non sans
céder au démon de l’humour, notre auteur commente :
« c’est un bon début… continuez et commencez donc par lire le
Traité des hallucinations ». Tant il est évident qu’il pense
que l’organodynamisme est plus apte à intégrer de larges pans du
cognitivisme que le contraire… Certains l’ont fait, le
neurophysiologiste et psychiatre québécois Poirel, la philosophe
N. Depraz, des maîtres latino-américains. Aussi laisse-t-il
leur chance, au moins furtivement, à des études qui viendraient
nous éclairer sur une éventuelle fonction anti-hallucinatoire de
« grilles structurantes cognitives », voire des modèles
cognitifs de l’inconscient6… Plus
prometteuses, voire quasi homonymiques avec ce qu’écrit Ey, sont
les notions de « hiérarchies enchevêtrées » et de
« spirale hiérarchique » développées par Hofstadter, Mc
Culloch et les néoconnexionnistes.Les points de rupture restent
cependant nombreux. Ainsi on remarquera que le cognitivisme réduit
par trop souvent les psychoses à une suite de symptômes et
isomorphiquement, pour ainsi dire, la personnalité à un agrégat de
facultés. Celles-ci, pour avoir été magistralement analysées et
(re)distribuées par la neuropsychologie, n’en restent pas
moins des instrumentalités. RMP souligne alors, comme il se doit,
« le risque de remplacer les « histoires de vie »
par un encouragement à des objectivations (plus ou moins
hypothétiques) conséquences d’une surestimation de la
technique ». À lire certains comptes rendus d’imagerie
fonctionnelle, aspects phénoménaux auxquels on attache trop souvent
une valeur essentielle, on se demande si on ne tombe pas dans la
pure naïveté7. Les troubles du
monitoring ne sont pas sans rappeler le bon vieux centre O de
Grasset ou les schémas associationnistes, à la Wernicke, de
l’aphasie ! À ce propos, une petite digression
personnelle : si, plutôt que de participer d’une dissolution
pluri-étiologique de la personnalité, les hallucinations
psychotiques sont liées à une erreur d’attribution par rupture de
lien entre la zone du langage et le « superviseur »
central (selon Shellice), je voudrais bien savoir pourquoi, dans le
syndrome S de Clérambault, la perturbation acoutiscoverbale exprime
régulièrement des jugements de péjoration sous une forme
grossièrement obscène. Y aurait-il, dans une circonvolution, un
engramme de la réprobation de « l’enculé » et de la
« putain » qu’une fâcheuse disconnexion laisserait
assiéger la pensée ?8
Heureusement, la grande majorité des cognitivistes et philosophes
de l’esprit ignore l’hallucination ou la banalise. L’une des dames
de forte pensée, adonnée à cette discipline, me demandait, après en
avoir discouru dans une longue communication, à la sortie d’un
atelier que je présidais : « mais quand même docteur,
leurs visions, les malades n’y croient pas vraiment ? ».
Elle n’attendit d’ailleurs pas ma réponse et, le lendemain, elle ne
me reconnaissait pas dans la rue. Mais, nous rappelle Palem, de
tautologies en négations, Dennett et Searle n’y
« croient » pas non plus. Le scandale hallucinatoire
remet trop en cause les notions, même sophistiquées, de Réalité et
de Vérité, de Croyance et de Jugement, que l’on soit abonné ou non
au « théâtre cartésien »… Ici, il faut remarquer que,
pour en être l’un de ses interprètes les plus autorisés, l’auteur
n’avalise pas là-contre, comme parole d’Évangile, toutes les
propositions « organodynamistes ». Ainsi laisse-t-il
planer le suspens sur la nature et la portée exactes de ce qu’est
« l’organisation anti-hallucinatoire du corps psychique »
(accessoirement — si l’on peut dire — il se demande en quoi
l’introduction du corps psychique reste incompatible avec la
possibilité d’une psychogenèse de certains troubles mentaux. Il
sait bien que Claude-Jacques Blanc a justement dit que ça la
permettait. Mais rien n’est moins sûr qu’Ey en fût d’accord et
disposé à accueillir la « popperisation » de son disciple
bien aimé).Il serait possible de continuer ainsi à l’infini, selon
la pente vers laquelle nous incline le livre considéré. Je préfère
arrêter là, non sans avoir — par crainte de jouer les thuriféraires
— émis trois réserves à mon assentiment passionnel aux écrits de
Palem. L’auteur me « peine » en proclamant, à propos de
l’hallucination, que : « Seuls les psychanalystes
affectent de n’y voir qu’une péripétie du désir et semblent s’en
contenter à trop bon compte ». Comme si, à son atelier de la
Cité des Sciences en 2005, je n’avais pas montré, en qualité de
psychanalyste certifié orthodoxe, l’infranchissable hiatus entre
l’hallucination de désir et l’hallucination de la
« défaite » psychotique, liée (selon Freud !) à la
désorganisation-désintégrarion du moi9 ; comme s’il n’avait pas lu, non plus,
les longs développements que j’en ai faits la même année, dans
L’Information Psychiatrique en recherchant une concordance
maximale !10Il voit par
ailleurs une difficulté à propos de la théorie des modules et celle
des « holons » à expliquer, fût-ce par la complexité, la
liberté (une liberté, qu’en un endroit au moins, il semble
considérer comme une heureuse « illusion »…). Pour ma
part, non seulement je ne répudie pas totalement le Fodor première
manière (la modularité et la centralité) et ne méprise pas les
holons, mais je ne vois pas très bien, en ce qui concerne la
constitution de l’existence, ce qu’est au juste, sinon une savante
métaphore, une « architectonie transanatomique », surtout
lorsqu’on n’est pas convaincu par les modèles architecturaux…RMP
fait, enfin, grand cas des travaux de Poirel, dont le moins qu’on
puisse dire est qu’ils méritent effectivement la plus
« haute considération », comme émanant d’un penseur
d’importance. J’émets toutefois un désaccord profond avec la
tendance « transcendantaliste », plus ou moins avérée, de
notre éminent collègue. Je peux, quant à moi, me contenter du
cerveau et, avec le fonctionnement du tissu nerveux évolutivement
organisé, d’une conception émergentiste de l’esprit (tenant compte
des niveaux de complexité, des processus non linéaires, etc.). Il
n’y a pas lieu de développer cela ici. Mais je tiens cependant à
préciser, pour rassurer les bons esprits, que l’émergentisme (que
Palem évoque à l’occasion des travaux des scientifiques du groupe
animé par L. Sève) n’est pas qu’un produit de la dialectique
de la nature (saut du quantitatif au qualitatif) d’Engels, ni
seulement la substance de l’épistémologie scientifique de
l’inventeur du « holisme » : le maréchal afrikaander
Ian Smuts11. Cela n’est pas non plus
(sinon par accident) une philosophie du « juste milieu »
— pour parler comme Aristote — entre réductionnisme et
transcendantalisme, vitalisme et physicalisme, matérialisme et
spiritualisme. C’est l’hypothèse heuristique la mieux
« convenante » (à mon sens) à l’état actuel des
connaissances12. Mais il est grand
temps de mettre le point final.Au lecteur de poursuivre dans et par
le livre évoqué.1 Spinoza s’entend…2 La « suffisance », RMP en est
totalement dépourvue et la laisse aux dogmatiques de tout poil,
avec un léger avantage pour « les lacaniens ».3 Ce dont tout le livre de RMP porte témoignage
et qui est l’essence même du Livre du philosophe (cf. Das
Philosophenbuch de Friedrich Nietzsche, traduction Angèle
Kremer-Marietti, Paris, Aubier-Flammarion, 1969) et, bien sûr, Le
Gai savoir (traduction Alexandre Vialatte. Paris, Gallimard,
9e édition, 1950)… Ce ne peut être hasard si Palem avait
repris, pour son beau livre sur Henri Ey et les Congrès mondiaux de
psychiatrie (Perpignan, Traboucaire, 2000), le plan d’Ecce
Homo…4 Qui parle de
« neurophénoménologie » ou va chercher on ne sait trop
quelle justification (à mon sens déplacée) de
« l’incarnation » dans une vision un peu sommaire du
bouddhisme… À cette occasion, je précise ma position : s’il y a
bien une neuropsychologie, je ne crois pas qu’il puisse y avoir, à
proprement parler, de neurophilosophie, de
neurophénoménologie, pas plus que de neurothéologie… Je tiens
même la philosophie de l’esprit comme, possiblement, une régression
temporelle et formelle de la psychologie. Je pense, par contre, que
neurophysiologie et neuropsychologie posent inexorablement des
problèmes qui forcent le développement de la réflexion
philosophique, épistémologique et religieuse, et qu’il existe des
interprétations philosophiques, voire ontologiques, des données
neuroscientifiques (que souvent les « savants » ne
manquent pas d’injecter naïvement, mais peut-être inévitablement,
dans leurs rapports). Pour en revenir à Varela, je lui fais
toutefois crédit d’avoir su relancer de façon originale à partir
d’une théorie biologique : l’énactisme – quels que soient ses
précurseurs spéculatifs (Bergson ou autres) et sa fort fâcheuse
ignorance de l’école russe des Bernstein, Léontief et du grand
Alexander Louria – la question du
« représentationnalisme » de la tradition classique de la
perception. Le reste : représentations imaginaires, représentations
générales, ou tout ce qu’on voudra, ne sont que « schèmes
intériorisés », traces de procédures d’action, projets moteurs
ou désirs d’accomplissement.5 Palem
précise très clairement, après Poirel, qu’une relation n’est pas
une interaction – domaine où les robots font merveilles, avec un
peu d’aléatoire et des systèmes « éducables », dont on ne
peut douter qu’ils interviennent d’ailleurs à certains étages
nerveux. Comme le disait déjà Pascal, inventeur d’une machine à
calculer : « Nous sommes plus automate qu’Esprit », aux trois
quarts, évaluait l’Auvergnat. On peut pousser, je pense,
jusqu’au 9/10e.6 De
l’inconscient cognitif, certes ! Mais l’autre : Celui qui
« n’existe pas » mais « insiste » (pour
reprendre un mot de Lacan) et dont Freud disait, plus
prosaïquement, qu’il n’était ni un lieu, ni un être, mais une
qualité psychique ? Il semble qu’il reste beaucoup à méditer dans
le chapitre IV de l’Abriss… (Abrégé de Psychanalyse. Paris :
PUF, 1re éd. 1949) qui articule qualité, processus et
dynamique et où on peut lire, incidemment, en toutes lettres :
« L’équation perception = réalité (monde extérieur) est
périmée ».10 Sous le titre de Freud
organodynamiste ? Il est vrai qu’il ne tient pas plus compte - ce
qui est bien son droit !!! - de ma laborieuse tentative de
relecture « cognitiviste » de l’Entwurf, faite pour
redonner un encéphale à la psychanalyse, selon le vœu d’Henri
Ey.7 Dans ma jeunesse, certains n’étaient
pas loin de croire que l’EEG était une forme d’écriture naturelle
de la pensée/cerveau.* Paris :
L’Harmattan, 2006, 151 p. Coll. Épistémologie, Philosophie,
Sciences, dirigée par Angela Kremer-Marietti11 qui fut chef du gouvernement de Pretoria et l’un
des inspirateurs inavoués du « gestaltisme »…8 On pourrait croire, qu’au fond, c’est là la
conception même de Gaétan Gatian. Mais ce dernier disait que
« les voix pensent pour le sujet (je souligne) » et il
ajoutait qu’elles le faisaient « avec outrance ». Pour
lui, organiciste convaincu, le processus délirant, s’il ne pouvait
ressortir du développement de « tendances affectives
insoupçonnées », était cause occasionnelle de l’expression
d’une personnalité seconde (concrétisée en « Secondus »),
toute faite d’animalité, de vanité et d’hostilité. Quoi qu’il en
soit, j’aimerais bien qu’un cognitiviste m’explique la distorsion
neurofonctionnelle de ce chef-d’œuvre verbo-hallucinatoire de l’un
de mes patients : « Dites au docteur que les médicaments qu’il
vous donne ne nous conviennent pas »...** Médecin en chef des Hôpitaux psychiatriques,
ancien professeur adjoint à la Faculté de médecine des Saints-Pères
(Paris), vice-président de l’Association pour la fondation Henri
Ey, 17 quai Sébastien-Vauban, 66000 Perpignan12 Cf. L’énigme de l’émergence. Sciences et Avenir
(hors-série, juillet-août 2005) et Jimenez M. : Dualisme,
monisme et émergence. In : Seron (X.) : Psychologie et cerveau
(Paris, PUF, 1990) qui analyse longuement les livres de Bunge.
Parmi les émergentistes français, citons F. Jacob, Paillard et
l’Atlan d’À tort ou à raison (Paris, Seuil, 86). Et n’oublions pas
d’y inclure… H. Ey (cf. Palem, p. 64).9
Reste, il est vrai, à en définir la nature : organique, traumatique
précoce, etc. Ce qui n’a pas fini d’être réglé et relève
probablement, je pense, d’un « faisceau étiologique »
comme aimait à dire mon premier patron, Maurice Lecomte, ou d’une
« pluri-factorialité » comme on dit désormais.
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