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Dépistage du cancer du sein : des recommandations de l'Anaes au programme français de dépistage


Médecine. Volume 1, Numéro 2, 84-5, Novembre 2005, Référentiels



Auteur(s) : La rédaction de Médecine, .

Mots-clés : recommandation, dépistage, cancer du sein, programme

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ARTICLE

L'Anaes recommandait [1, 2], à partir de l'analyse des neuf méta-analyses publiées entre 1993 et 1998 et de tous les essais publiés, études randomisées, études comparatives non randomisées, études de cohortes et études cas-témoin :

­ un dépistage systématique dans la tranche d'ge 50-69 ans ;

­ la réalisation d'une mammographie tous les deux ans ;

­ et la réalisation de deux incidences mammographiques au moins lors des deux premières vagues de dépistage.

Une méta-analyse de la Cochrane Collaboration danoise, publiée en octobre 2001 par Gotzsche et Olsen [3, 4], remettait en question l'efficacité du dépistage du cancer du sein. Un nouveau rapport de l'Anaes a revu cette méta-analyse et en a discuté les conclusions [5]. Selon le groupe de travail de l'Anaes, les conclusions de Gotzsche et Olsen ne remettent pas en question les recommandations en faveur du dépistage du cancer du sein en raison de limites méthodologiques majeures :

­ changement du critère principal d'évaluation (les essais analysés prennent en compte la mortalité par cancer du sein, la méta-analyse la mortalité globale) ;

­ critères imprécis et discutables d'évaluation de la qualité méthodologique des essais ;

­ omission de certains aspects prépondérants pour l'interprétation des données (par exemple : les protocoles de dépistage, les évolutions des techniques de diagnostic, l'absence de standardisation des prises en charge et l'évolution des traitements au cours du temps).

Différents pays ont organisé à un niveau national de tels programmes de dépistage : la Finlande en 1986, l'Islande en 1987, le Royaume-Uni en 1988, les Pays-Bas en 1989, l'Australie en 1991, le Luxembourg en 1992, Israël en 1997.

Le programme français a été généralisé ces dernières années pour les femmes de 50 à 74 ans. Il trouve sa principale justification dans une réduction de 25 à 30 %, après 5 ans de suivi, de la mortalité spécifique dans cette tranche d'ge, comme cela avait été montré par plusieurs grandes études randomisées internationales. Pour les femmes de 40-49 ans, le bénéfice reste incertain : la réduction de mortalité est à la limite de la significativité et, en raison de nombreux faux positifs, le rapport bénéfice/risque est incertain.

Le document de l'Anaes faisait état des premiers résultats (1999) de l'évaluation épidémiologique du programme de dépistage portant sur 28 départements (2 491 549 femmes, soit 40 % des femmes françaises de 50 à 69 ans) : la moyenne de participation était de 40 % (hors dépistage spontané) avec des variations de 31 à 65 % selon le département. Selon les indicateurs de qualité retenus (taux de rappel inférieur à 7 % en prévalence, taux de biopsies chirurgicales inférieur à 1,5 %), le programme français était en 1999 conforme aux normes européennes. Ces chiffres ont été confirmés en 2003 [6].

Le premier cahier des charges du programme concernait les femmes de 50 à 69 ans, avec une mammographie tous les trois ans et une incidence par sein, avec double lecture systématique. Les femmes ayant une image suspecte étaient rappelées pour bilan complémentaire. Le cahier des charges actuel prend en compte les recommandations de l'Anaes, inclut les femmes de 50 à 74 ans, tous les

deux ans, avec deux incidences par sein. La mammographie est réalisée par tous les radiologues qui acceptent les engagements de qualité (contrôle des appareils, formation, recueil des données, double lecture). Le radiologue fait un examen clinique et, en cas de doute, pratique d'emblée le bilan complémentaire. Tous les clichés négatifs sont soumis à une double lecture, ce qui permet un « rattrapage » évalué à 10 % des cancers.

En 2003, selon les données de 32 départements, le taux de participation au dépistage organisé était de 43 % (20 à 60 % selon les départements), augmentant de campagne en campagne. Plusieurs enquêtes ont montré un taux global de dépistage (organisé et individuel) de 50 à 77 %, rejoignant ainsi le référentiel européen. Parmi les femmes dépistées, 27 % n'avaient jamais eu de mammographie, 18 % une mammographie plus de 3 ans avant, 48 % une moins de 3 ans avant. Ainsi le programme « récupère » 45 % des femmes. Il reste que, dans ce contexte d'un « double » dépistage, l'effet sur la mortalité par cancer du sein du dépistage organisé sera difficile à mettre en évidence.

Au total, qu'apporte l'actuel programme [6] ? D'abord un supplément de qualité, intrinsèque (qualité des mammographies) et extrinsèque (sécurité de la deuxième lecture). Ensuite, une organisation, augmentant le nombre des femmes bénéficiaires et seule possibilité d'évaluer réellement l'action en recueillant et en analysant l'ensemble des informations. Les données déjà recueillies sont encourageantes, même si elles n'ont pas la valeur d'une étude randomisée et doivent être reçues avec prudence.

Illustration

Références

Anaes. valuation du programme national de dépistage systématique du cancer du sein. Paris : Anaes ; 1997.

Anaes. Le dépistage du cancer du sein par mammographie dans la population générale. tude d'évaluation technologique. Paris : Anaes ; 1999.

Olsen O, Gotzsche PC. Systematic review of screening for breast cancer with mammography. Kobenhavn (Denmark): The Nordic Cochrane Centre, 2001.

Olsen O, Gotzsche PC. Screening for breast cancer with mammography (Cochrane Review). In: The Cochrane Library, Issue 4, 2001. Oxford: Update Software.

Anaes. Dépistage du cancer du sein par mammographie : évaluation de la méta-analyse de Gotzsche et Olsen. Paris : Anaes, 2002.

Ancelle-Park R et al. Dépistage organisé du cancer du sein. BEH. 2003;4:13-28.



En pratique : dépistage organisé du cancer du sein

­ Son intérêt est de mettre en évidence des tumeurs de petite taille, sachant que 3 critères conditionnent la survie en cas de cancer : la taille de la tumeur, son grade histologique et l'envahissement ganglionnaire (90 % des femmes présentant un cancer de moins de 1 cm guérissent, alors que ce n'est le cas que pour 50 % en cas d'envahissement ganglionnaire).

­ Le cahier des charges du programme national vise à améliorer la qualité de tout le processus : un progrès dans la qualité technique des mammographes, la formation des professionnels de santé et la prise en charge pluridisciplinaire des patientes peuvent en être attendus. Le programme de dépistage est une chaîne dont chacun des maillons doit obtenir un niveau de qualité maximum.

­ Ce programme permet le développement d'une culture de la santé publique, à la fois auprès des professionnels de santé par la participation à une action organisée et évaluée, et auprès du public.


1. Voir sur ce point l'étude aquitaine faite avant la mise en  uvre du programme de dépistage, publiée dans le présent numéro de Médecine.


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