Auteur(s) : Jean Bénard, Setha Douc-Rasy , Département de biologie et de pathologie médicale & UMR 8126-CNRS, Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif Cedex.
Résumé : Les micro-ARN endogènes (miARN) régulent négativement l’expression d’une variété de gènes. Ces toutes petites molécules non codantes d’ARN (18 à 25 ribonucléotides) assurent un mécanisme, spécifique et efficace, de répression de l’expression d’ARNm cibles en régulant leur traduction en protéines, généralisant ainsi le phénomène d’ARN interférence. Ils jouent donc un rôle majeur dans le développement tissulaire des règnes végétal et animal en participant au contrôle spatiotemporel strict des niveaux de protéines régulatrices de chacun des tissus. Des travaux parus durant l’été 2005 montrent qu’ils participent aussi à l’oncogenèse. Certains miARN exercent des propriétés oncogéniques dans des modèles de lymphomes, d’autres manifestent des propriétés anti-apoptotiques dans les glioblastomes. Le profil d’expression des miARN humains découverts aujourd’hui (environ 200) signe le lignage d’un tissu tumoral, ce qui peut être utile pour le diagnostic. L’existence de miARN dans les tumeurs solides et les hémopathies ouvre des perspectives inédites pour la compréhension de l’oncogenèse et, peut-être, la prise en charge des maladies cancéreuses.
Mots-clés : micro-ARN, oncogenèse
Illustrations
Figure 1 Synthèse d’un miARN et mécanisme
d’action. Transcrit dans le noyau, le précurseur du miARN
(pri-miARN) adopte une structure en épingle à cheveux, qui
satisfait à l’autocomplémentarité nucléotidique de la majeure
partie de sa séquence. Ce pri-miARN est immédiatement modifié en
pré-miARN avant d’être exporté vers le cytoplasme. La structure du
premier transcrit guide le « génomicien » dans sa
prédiction de la séquence du gène qui transcrit un miARN. L’action
ultérieure d’une enzyme, le Dicer, va entraîner la perte de la
partie repliée non appariée et aboutir au miARN mature dont un seul
brin (rouge) est incorporé dans le RISC (RNA induced silencing
complex), l’autre brin (bleu) étant dégradé. Un groupement
monophosphate marque l’extrémité 5’ de chaque fragment. La qualité
de l’appariement entre miARN (rouge) et l’ARNm cible (noir)
détermine le complexe RISC à dégrader l’ARNm (bon appariement) ou
bien à inhiber la traduction de l’ARNm cible (appariement
imparfait).
Figure 2Action du miR1 sur le développement
cardiaque. D’après B. Bruneau [14]. Au stade précoce de
développement du cœur, le gène codant miR1 reste silencieux alors
que le facteur de transcription Hand 2 est produit. En s’exprimant
au stade tardif, miR1 « éteint » l’expression de Hand2,
nécessaire à la prolifération des cardiomyocytes. Ainsi la
croissance du muscle cardiaque est-elle stoppée.