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Avec la progression des ressources thérapeutiques, il est rapidement
apparu que certains traitements étaient encore plus efficaces que d'autres
pourtant déjà démontrés efficaces en absolu (contre
placebo). La simple opposition binaire devenait alors insuffisante, et la notion
de quantité d'effets s'imposait naturellement : l'efficacité
est une quantité... D'autres raisons expliquent l'évolution
vers une vision quantitative de l'efficacité (et du risque) thérapeutique.
La pratique de l'essai clinique a permis de réaliser qu'il s'agissait
d'un instrument de mesure de cette efficacité, et que son résultat
était une quantité, sans doute pas au sens plein de la théorie
de la mesure car elle n'est pas forcément additive, mais suffisamment
pour conduire à un changement de paradigme. Pour appréhender cette
quantité d'effet, il est nécessaire de disposer de mesures appropriées.
Quelles qu'elles soient, elles sont valorisées par l'essai clinique dont
elles sont inséparables.
Efficacité sur quoi ?
Les critères de jugement binaires (aussi appelés dichotomiques)
n'offrent qu'une alternative : par exemple, succès/échec du traitement,
décès/survie ou survenue/non-survenue d'un événement
clinique. Le plus souvent, il s'agit de la survenue ou non d'un événement
durant la maladie ou une période de suivi fixée à l'avance.
Ce sont les critères de jugement les plus employés. Leur utilisation
débouche sur des calculs de risques. Nous n'envisagerons pas ici les
arguments qui militent en faveur du critère de jugement binaire. Ils
méritent un exposé à venir. Quelques exemples illustrent
ces notions. Le décès est l'événement le plus péjoratif
pouvant survenir dans le décours d'une maladie. Le risque est la fréquence
de survenue du décès dans un groupe de
patients durant une période de suivi. Dans le cas d'une maladie ne
mettant pas en jeu le pronostic vital, par exemple l'ulcère duodénal,
l'événement négatif est de ne pas obtenir la cicatrisation
de l'ulcère au bout d'une certaine période de traitement (par
exemple cinq semaines). Il se calcule en divisant le nombre de patients qui
n'ont pas eu de cicatrisation (soit, par exemple, 15 patients) par l'effectif
total du groupe (par exemple, 100 patients), le risque est donc : r = 15/100
= 0,15. Ce risque peut être aussi exprimé en pourcentage : r =
15 %. Un patient traité a donc 15 chances sur cent de ne pas voir son
ulcère cicatriser. Cette reformulation de la signification d'un risque
montre que cette notion s'applique aussi bien à des groupes de patients
qu'à un individu. Pour un groupe de patients, il s'agit de la proportion
de sujets présentant l'événement. Pour un individu du groupe,
il s'agit de la probabilité de présenter cet événement.
Quatre nombres entiers pour mesurer l'efficacité
Les résultats d'un essai utilisant un critère binaire se représentent
facilement par un tableau à quatre cases, dit tableau 2 x 2 (tableau
1). Les 2 lignes représentent les deux groupes de l'essai, les 2
colonnes les modalités du critère de jugement : échec (survenue
de l'événement) et succès (non survenue de l'événement).
Le nombre total de sujets de l'essai est N, l'effectif du groupe expérimental
est a+b, celui du groupe contrôle c+d.Le nombre de sujets
du groupe expérimental présentant un échec est a. Il est
possible d'exprimer ces effectifs en terme de risques. Le risque d'échec
est Rt =a/(a+b) dans le groupe expérimental et Rc=c/(c+d) dans
le groupe contrôle.
Le tableau 2 collige les résultats
d'un essai (fictif) d'un traitement A où le critère est la survenue
d'un infarctus du myocarde. Avec une calculette, ou de tête pour ceux
qui ont le calcul dans le sang, il est aisé de vérifier que Rt
= 0,3 ou 30% et Rc = 0,4 ou 40 %. La différence entre les deux
fréquences est significative au plan statistique (p = 0,001).
Plusieurs mesures de l'effet traitement peuvent être calculées
à partir des chiffres du tableau dessus [1-3]. Ces mesures sont sans
biais si l'essai a été correctement randomisé, conduit
en double insu, avec des données de bonne qualité.
Les cinq expressions courantes de l'efficacité
Le risque relatif
Le risque relatif est le rapport du risque dans le groupe traité sur
le risque dans le groupe contrôle. Il exprime l'effet du traitement relativement
au risque de base (du groupe contrôle). Il est l'expression de l'efficacité"
pure ", ce qui se comprendra mieux par la suite.
RR= [Rt / Rc]
Pour le traitement A dans l'essai du tableau 2, RR = 0,3/0,4 = 30%/40%
= 0,75 ou 75%.
Le bénéfice relatif
C'est le complément à 1 (ou à 100 s'il est exprimé
en %) du risque relatif :
BR = 1 - RR
Pour le traitement A dans l'essai précédent, BR = 0,25 ou
25 %.
Le rapport des cotes
RC = [Rt/(1 - Rt)] / [Rc/(1 - Rc)]
Le rapport des cotes RC (en anglais " Odds ratio ") est le rapport
de la cote pour l'événement dans le groupe traité et de
la cote pour l'événement dans le groupe contrôle. La cote
d'un événement de probabilité r (" Odds ") est égale
à c = r/(1 - r). Une cote peut donc être interprétéedelafaçon
suivante : dans un groupe, pour 100 patients ne présentant pas l'événement
étudié, 100 x c le présentent.
Le rapport des cotes est une approximation acceptable du risque relatif quand
le risque de base Rc est faible (< 0,1).
Dans notre exemple, RC = [0,3 (1 -0,3)] / [0,4 (1 -0,4)] = 0,642857 ou
64,3 %.
La difference de risque ou bénéfice absolu
La différence des risques (DR), appelée aussi différence
absolue ou bénéfice absolu (BA), se calcule par :
DR = BA = Rc -Rt
Cette différence de risque exprime le gain que le patient peut attendre
du traitement. Son risque va diminuer de DR (ou de BA).
Dans notre exemple le bénéfice absolu pour le patient " moyen
" de l'essai est 0,1 ou 10 %.
Le nombre de patients à traiter
Le nombre de patients à traiter (NPT) pour éviter un événement
s'obtient par l'inverse de la différence des risques expriméeenfréquence
et non en pourcentage :
NPT= - [1 / DR]
Comment en arrive-t-on à cette formule ?
- chez le même nombre de patients non traités soumis au risque
de base Rc, le nombre d'événements attendus est :
x0 = NPT x Rc.
- chez les patients traités, le nombre d'événements attendus
est : x1 = NPT x Rt.
Le nombre d'événements évités par le traitement
est donc x0 -x1,c'est-à-dire NPT x Rc - NPT x Rt = NPT (Rc-Rt),
or NPT = 1 / (Rt-Rc), donc x0 -x1 = (Rc-Rt) / (Rt-Rc) = -1.
Cet indice semble très " parlant " pour les praticiens. Par exemple,
à partir du nombre de patients souffrant de la maladie étudiéeprésents
dans la clientèle d'un médecin, il permet d'estimer le nombre
d'événements que le traitement permettra d'éviter. Il mesure
en quelque sorte " l'énergie " qu'il faut dépenser pour obtenir
en moyenne un succèsthérapeutique.
Cependant, cet indice présente un inconvénient : il prête
le flanc à deux erreurs d'interprétation. Son expression en terme
de " un "événement évité pour n patients traités
laisse penser qu'il existe réellement un individu qui ne présentera
pas l'événement avec le traitement alors qu'il l'aurait présenté
sans traitement. Il y aurait donc individualisation du bénéfice.
Cette interprétation est abusive. Cet indice est issu d'un développement
valable en moyenne. L'interprétation la plus juste est que tous les patients
bénéficient un peu du traitement (il y a réduction de leur
probabilité de faire un événement) et que cette réduction
se traduit en moyenne par une différence de 1 du nombre moyen
d'événements attendu dans deux groupes de patients avec l'un le
traitement et l'autre sans. La raison de la seconde erreur d'interprétation
fréquente apparaîtra dans le second article de cette série.
Le NPT la partage avec le bénéfice absolu : tous deux varient
avec la valeur de Rc, donc d'un patient à l'autre puisque les risques
de base de deux patients différents sont différents, constat quotidien.
Dans notre exemple le NPT est 1/0,1 = 10.
Dans la seconde partie de cet article, nous appliquerons ces bases théoriques
nécessaires à la compréhension et l'interprétation
des résultats des essais thérapeutiques à quelques applications
concrètes.
Références :
1. Laupacis AL, Sackett DL, Roberts RS. An assessment of clinically useful
measures of the consequences of treatment. N Engl J Med 1988 ; 318 :
1728-33.
2. Boissel JP, Cucherat M, Gueyffier F et al. Aperçu sur la problématique
des indices d'efficacité thérapeutique, 1 : Éléments
de la problématique. Thérapie 1999 ; 54 : 203-7.
3. Chatelier G, Zapletal E, Lemaitre D, Menard J, Degoulet P. The number to
treat : a clinically useful nomogram in its proper context. Br Med J
1996 ; 312 : 426-9.
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