ARTICLE
Promoteur
Société Française de Dermatologie
Copromoteurs
Association des enseignants d'immunologie des universités de
langue française
Association française de pédiatrie ambulatoire
Association nationale de formation continue en allergologie
Collège national des enseignants en dermatologie et vénéréologie
de France
Collège national des généralistes enseignants
Fédération française de formation continue en
dermatovénéréologie
Groupe d'étude et de recherche en dermato allergologie
Société française d'allergologie et d'immunologie clinique
Société française d'immunologie
Société française de dermatologie pédiatrique
Société française de Pédiatrie
Avec la participation de
Association Consensus en dermatologie
Comité d'organisation
Jean-Philippe Lacour, Président. Dermatologue, Nice
Béatrice Crickx. Dermatologue, Paris
Christophe Dupont. Pédiatre, Paris
Jean-François Fontaine. Allergologue, Reims
Yvon Lebranchu. Immunologiste, Tours
Ludovic Martin. Dermatologue, Orléans
Michel Navel. Pédiatre, Ancenis
Jean-Baptiste Sautron. Médecin généraliste, Bagnols en Forêt
Jean-François Stalder. Dermatologue, Nantes
Jury
Jean-François Stalder, Président. Dermatologue, Nantes
Pierre Armingaud. Dermatologue. Orléans
Sylvie Aulanier. Médecin généraliste, Le Havre
Thierry Bourrier. Pédiatre, Allergologue, Nice
Jérôme Castanet. Dermatologue, Monaco
Philippe Célerier. Dermatologue, Le Mans
Marie Sylvie Doutre. Immunologiste, Dermatologue, Bordeaux.
Marie Françoise Fardeau. Allergologue, Les Milles
Nicolas Kalach. Pédiatre, Lille
Christine Labreze. Dermatologue, Bordeaux
Pierre Le Mauff. Médecin généraliste, La Roche sur Yon
Sylvie Monpoint. Dermatologue, Montpellier
Françoise Rembert-Sagot. Pédiatre, Allergologue. Dunkerque
Lyonel Rossant. Pédiatre, Nice
Experts
Sébastien Barbarot. Dermatologue, Nantes
Christine Bodemer. Dermatologue, Paris
Delphine de Boissieu. Pédiatre, Paris
Franck Boralevi. Dermatologue, Bordeaux
Frédéric Cambazard. Dermatologue, St Etienne
Jean-Marc Chavigny. Dermatologue, Allergologue, Nantes
Gisèle Kanny. Médecin interniste, Allergologue, Nancy
Laurent Misery. Dermatologue, Brest
Jean-François Nicolas. Immunologiste, Dermatologue, Lyon
Patrice Plantin. Dermatologue, Quimper
Yves de Prost. Dermatologue, Paris
Fabienne Rancé. Pédiatre, Allergologue, Toulouse
Pierre Scheinmann. Pédiatre, Allergologue, Paris
Alain Taïeb. Dermatologue, Bordeaux
Groupe bibliographique
Frédéric Bérard. Immunologiste, Lyon
Claire Bernier. Dermatologue, Nantes
Christine Chiaverini. Dermatologue, Nice
Mathilde Kemula. Dermatologue, Paris
Emmanuel Mahé. Dermatologue, Paris
Brigitte Nicolie. Allergologue, Angers
Nhan Pham Thi. Pédiatre, Paris
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L'organisation de cette conférence de consensus a été rendue
possible grâce à l'aide apportée par les laboratoires : 3M Santé,
Fujisawa, Galderma International, GlaxoSmithKline, LEO Pharma ;
Novartis Pharma, Pierre Fabre Dermatologie, Schering-Plough, UCB
Pharma.
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Introduction
La dermatite atopique (DA) ou eczéma atopique est une maladie
cutanée inflammatoire chronique survenant sur un terrain atopique
caractérisée par des poussées prurigineuses d’eczéma aigu sur fond
de xérose cutanée permanente. Elle débute souvent chez le
nourrisson, atteint essentiellement les enfants mais persiste
parfois à l’âge adulte. Sa fréquence est importante et augmente
régulièrement, particulièrement dans les pays industrialisés, ce
qui en fait une préoccupation de santé publique. Elle intéresse de
nombreux professionnels de santé, elle fait l’objet d’un grand
nombre de données scientifiques publiées, mais elle est sujette à
controverses. En effet, de nombreux points divisent les médecins
confrontés à la prise en charge de la DA. Ces différences
d'attitude ou de conviction sont parfois des divergences
inter-spécialité mais sont également fréquemment observées au sein
d'une même spécialité. La place de l'allergie alimentaire et des
régimes d’éviction, parfois utilisés en première intention,
l'intérêt préventif ou curatif de l'allaitement maternel, le
recours aux explorations allergologiques, les modalités
d'utilisation des dermocorticoïdes, la place des nouveaux
immunomodulateurs topiques, l'intérêt des traitements
antistaphylococciques topiques ou systémiques, le bénéfice réel des
cures thermales ou de l'homéopathie, le rôle du stress sont autant
d’exemples de controverses. Ces divergences et incertitudes ainsi
que la chronicité de la DA font que les parents de l’enfant
atopique sont souvent enclins au « nomadisme » médical, à
la recherche d'une solution thérapeutique définitive qu'ils ne
trouvent pas. La peur des dermocorticoïdes, l'insuffisance
d'utilisation des émollients, des régimes d'éviction inadaptés, le
recours à des médecines parallèles sont des attitudes qui nuisent
au traitement efficace des enfants et qui peuvent même devenir
dangereuses pour leur état de santé. Enfin, cette dermatose est
coûteuse, pour la collectivité comme pour la famille et elle a un
retentissement majeur sur la qualité de vie de l’enfant et de ses
parents.
L’objectif de la conférence de consensus a été de proposer à la
communauté des soignants et des patients une analyse critique des
pratiques de prise en charge de l’enfant atteint de DA. La
population cible est l’enfant, du nourrisson à l’adolescent.
Les bénéfices attendus sont l’amélioration de la prise en charge
de la maladie par la simplification et l’harmonisation des
pratiques quels que soient les disciplines concernées :
dermatologie, pédiatrie, allergologie, médecine générale auxquelles
il faut rajouter les autres acteurs de la chaîne de soin de
l’enfant atopique : infirmières, puéricultrices,
pharmaciens…
Les groupes concernés
Les groupes ayant participé à la conférence de consensus
incluent l’ensemble des représentants des groupes professionnels
concernés par la DA de l’enfant.
Un comité d’organisation a été créé comportant 8 membres
représentants les disciplines suivantes : dermatologie,
pédiatrie, allergologie, immunologie et médecine générale.
Un groupe bibliographique : une équipe de 6 lecteurs
formés à l'analyse d'articles a réalisé une étude critique
objective des publications dans le domaine de la DA.
Un groupe d’experts : 14 experts représentant
l’ensemble des spécialités ont présenté leur point de vue et leur
expérience en réponse aux questions posées au cours de la
Conférence plénière le mercredi 20 Octobre 2004 à l’Institut
Pasteur (Paris).
Un jury de 13 membres a été constitué en respectant
l’équilibre entre les spécialités concernées (dermatologie,
pédiatrie, allergologie, médecine générale, immunologie), les
médecins libéraux et hospitaliers (universitaires et
non-universitaires) et la répartition géographique des différentes
équipes.
Méthodologie d’élaboration
Pour cette sixième conférence de consensus promue par la Société
Française de Dermatologie la méthodologie de l’Agence Nationale
d’Accréditation et d’Évaluation en Santé (ANAES) a été
utilisée.
Recherche bibliographique
L’analyse et la synthèse objective des informations de
l’abondante littérature publiée sur le sujet ont été réalisées par
un groupe de bibliographes formés à la lecture critique d’article
médicaux. La recherche bibliographique a été effectuée dans les
bases de données électroniques Embase, Medline, les banques de
données de revues systématiques Cochrane Central Register of
Controlled Trials et Cochrane Database of Systematic Reviews dans
les limites suivantes : Date de publication : 1/1/1990 à
1/6/2004, Enfance : 0-18 ans, Humain, Langue française ou
anglaise.
Les articles ont été classés selon le niveau de preuve
scientifique d’après les critères de l’ANAES. Le niveau de preuve
des articles retenus a été établi de la façon suivante :
• Niveau 1 : essais comparatifs randomisés de forte
puissance ou méta-analyse d’essais comparatifs randomisés.
• Niveau 2 : essais comparatifs randomisés de faible
puissance, études comparatives non randomisées bien menées, études
de cohorte.
• Niveau 3 : études cas témoins.
• Niveau 4 : études comparatives avec des biais
importants, études rétrospectives, des séries de cas ou études
épidémiologiques descriptives.
Les expériences des patients et leurs attentes ont été prises en
compte à travers la revue de la littérature notamment dans le
domaine de l’éducation et de la qualité de vie.
Rédaction des recommandations
Le jury a rédigé les recommandations en tenant compte de l’avis
des experts et des données fournies par le groupe bibliographique.
Le travail a consisté à la synthèse et à la hiérarchisation de
données multiples et dispersées. Les bénéfices, les effets
secondaires et les risques en terme de santé ont été pris en
considération dans la formulation des recommandations. Des
questions non résolues ont donné lieu à controverse.
Finalement le texte de consensus définit une stratégie médicale
optimale devant une DA de l’enfant. Ce texte a été rédigé à partir
des preuves scientifiques disponibles en sachant que l’absence de
preuve ne signifie pas absence d’efficacité ; ces
recommandations précisent ce qui est approprié de ce qui ne l’est
pas et ce qui doit faire l’objet d’études complémentaires.
Les recommandations proposées par le jury ont été classées en
grades A, B, ou C en fonction du niveau de preuve scientifique
fourni par la littérature :
• Grade de recommandation A : preuve scientifique établie
par des études de niveau 1
• Grade de recommandation B : présomption scientifique
sur des études de niveau 2
• Grade de recommandation C : faible niveau de preuve
(études de niveau 3 ou 4)
En l'absence d'études de niveau suffisant, le jury a tenu compte
des pratiques professionnelles pour établir des recommandations de
bon sens (accord professionnel).
Présentation
Le texte court reprend les recommandations clés qui répondent
aux questions cliniques principales. Le texte long établit un lien
explicite entre les recommandations et les preuves scientifiques
sur lesquelles elles reposent.
Ces recommandations reflètent l’état actuel de la
recherche ; une procédure d’actualisation est envisagée ainsi
qu'une enquête de pratique post-recommandation reprenant les items
choisis lors de l’enquête de pratique préliminaire. Cette enquête
est programmée en 2006.
La mise à disposition du texte des recommandations est
programmée de façon large par publication dans les principaux
journaux scientifiques des spécialités concernées, les revues des
Sociétés co-organisatrices et sur le serveur de la Société
française de dermatologie (www.sfdermato.org). Une conférence de
presse a été organisée le 1er décembre 2004. Les
recommandations seront également exposées lors de plusieurs
réunions scientifiques organisées par les sociétés savantes
co-organisatrices.
Indépendance éditoriale
Les sources de financement de l’organisation de la conférence
proviennent de l’association Conférence de Consensus en
Dermatologie diligentée par la Société Francaise de Dermatologie et
par les inscriptions à la conférence plénière.
Les conclusions et recommandations présentées dans ce document
ont été rédigées par le jury de la conférence en toute indépendance
des opinions ou intérêts des organismes financeurs. Par ailleurs
tous les membres du jury ont déclaré l’absence de conflit
d’intérêt.
Les questions posées
1) Quelle est l’histoire naturelle de la dermatite atopique,
quelle est son épidémiologie, quelles sont ses bases
physiopathologiques ?
2) Quelle est l’utilité des examens complémentaires pour le
diagnostic et la prise en charge de la dermatite atopique de
l’enfant ?
3) Quel est le traitement des poussées de dermatite atopique de
l’enfant ?
4) Quels sont les mesures adjuvantes et les moyens de prévention
des poussées de la dermatite atopique de l’enfant ?
5) Quelle prise en charge pour les dermatites atopiques sévères
de l'enfant ?
Question n° 1 : Quelle est l’histoire naturelle de la
dermatite atopique, quelle est son épidémiologie, quelles sont ses
bases physiopathologiques ?
Définition
La dermatite atopique (DA) ou eczéma atopique est une maladie
cutanée inflammatoire, qui touche préférentiellement le nourrisson.
L’atopie regroupe la DA, l’asthme et la rhino-conjonctivite
allergique. Le diagnostic de la DA est clinique et validé sur les
critères de la United Kingdom Working Party comme une dermatose
prurigineuse, récidivante, touchant avec prédilection les plis de
flexion.
L’aspect clinique de la DA varie selon l’age
La DA débute dès les premières semaines de la vie par une
atteinte symétrique prédominant sur les convexités du visage et des
membres. Une sécheresse cutanée (xérose) est fréquente. Le prurit
est constant après l’âge de 3 mois, souvent associé à des
troubles du sommeil. L’aspect des lésions varie selon le moment de
l’examen (poussées ou rémission).
– Chez l’enfant après 2 ans
Les lésions sont localisées aux plis (cou, coudes, genoux) et
aux extrémités (mains et poignets, chevilles). La lichénification
(épaississement de la peau) est un symptôme fréquent et témoigne
d’un prurit localisé persistant.
– Chez l’adolescent
La majorité des DA disparaît dans l’enfance. Quand la DA
persiste à l’adolescence la lichénification et la xérose sont
fréquentes. Par ailleurs l’atteinte du visage et du cou sous forme
d’un érythème est caractéristique.
D’autres manifestations atopiques peuvent s’associer à
l’eczema
Une allergie alimentaire, le plus souvent avant 3 ans, un
asthme dans 1/3 des cas, une rhinite allergique peuvent survenir
chez ces enfants. Le risque de survenue de ces manifestations
dépend de l’âge de début de la DA et varie selon les études.
Des complications peuvent survenir
– Le staphylocoque doré colonise la peau lésée et saine
dans la DA. La surinfection est difficile à apprécier en
particulier dans les formes exsudatives. La présence de lésions
pustuleuses et croûteuses inhabituelles doit faire évoquer cette
complication.
– L’herpès peut être responsable de surinfection grave
par diffusion du virus sur les zones d’eczéma. Une modification
rapide de l’aspect des lésions et/ou la présence de
vésiculo-pustules ombiliquées, sont des signes d’alarmes en faveur
de cette infection. L’association avec de la fièvre, une altération
de l’état général évoquent un tableau de pustulose disséminée de
Kaposi-Juliusberg qui nécessite un traitement d’urgence.
– L’eczéma de contact : sa prévalence est plus
élevée chez les enfants ayant une DA. Il faut l’évoquer devant une
localisation inhabituelle et/ou une persistance voire une
aggravation malgré un traitement bien conduit.
– Un retard de croissance peut être associé à une DA
sévère. Ces retards de croissance se corrigent quand la DA est
traitée efficacement.
Comment évaluer la gravité d’une DA ?
Les scores de gravité
Plusieurs scores cliniques évaluent la gravité de la DA. Ces
scores ont l’avantage de permettre la comparaison d’une
consultation à l’autre. Le SCORAD (Scoring of Atopic Dermatitis)
est l’un de ceux les plus utilisés dans le cadre des travaux
d’investigation clinique. Il prend en compte l’intensité des signes
cliniques, l’extension de la dermatose et la sévérité de signes
fonctionnels : prurit et perte du sommeil.
Le SCORAD peut être utilisé en pratique clinique à chaque
consultation dans la prise en charge des DA sévères. Il
chiffre l’état cutané du patient à un moment donné, permet de
définir un objectif de traitement précis et offre une comparaison
possible d’une consultation à l’autre, en restant reproductible
d’un médecin à l’autre (accord professionnel).
Toutefois, le SCORAD, comme les autres scores, est une
évaluation d’un état clinique à un moment donné et ne prend pas en
compte la sévérité globale de la maladie ni le profil évolutif du
patient
Les échelles de qualité de vie
La qualité de vie (QDV) dépend de l’adaptation du patient à sa
maladie. Son appréciation a l’intérêt d’intégrer dans l’évaluation
de la maladie une vision qualitative provenant du patient lui-même.
La QDV n’est pas systématiquement corrélée à la sévérité clinique.
Il existe des échelles de QDV spécifiques de la DA pour le
nourrisson et l’enfant mais aussi pour son entourage. Ces échelles
développées en Angleterre ont été traduites en Français mais n’ont
pas fait l’objet d’une validation transculturelle. Ces scores de
qualité de vie, utiles pour les études prospectives sont en
pratique de soins peu utilisés.
Epidémiologie de la DA
Peu d’études épidémiologiques ont été réalisées en France. Dans
l’étude ISAAC réalisée en 1999 par questionnaire, la prévalence de
la DA en France était de 8,8 p.cent chez les enfants de
6-7 ans et 10,0 p.cent chez les enfants de
13-14 ans. Dans des études réalisées en Europe, effectuées sur
questionnaire, la prévalence varie de 7 % à 28 % ;
dans les études avec examen médical elle varie de 6 % à
16 %. Les auteurs soulignent l’augmentation de la prévalence
de la maladie depuis 20 ans et sa répartition variable selon
le niveau de vie des populations.
L’augmentation de la prévalence de la DA dans les populations à
niveau de vie élevé a été reliée à la diminution de l’exposition
aux agents infectieux. Cette observation est à l’origine de la
théorie hygiéniste qui suppose que la diminution des infections est
responsable de modifications de la régulation du système
immunitaire inné.
Physiopathologie
La DA correspond au développement d'une réponse immunitaire
inflammatoire survenant sur un terrain génétique prédisposant qui
s’accompagne d’anomalies de la barrière cutanée.
Les mécanismes physiopathologiques à l’origine de la DA ne sont
pas tous élucidés mais ils comportent trois aspects.
Des facteurs génétiques
50 % à 70 % des patients atteints de DA ont un parent
au premier degré atteint d’une DA, d’un asthme ou d’une rhinite
allergique. Le mode de transmission de l'atopie est inconnu. Elle
est probablement polygénique.
Des facteurs immunologiques
Plusieurs découvertes récentes ont amélioré la connaissance de
la physiopathologie de l’eczéma atopique :
• la découverte de la fixation de molécules d’IgE à la surface
des cellules présentatrices d’antigènes dans la peau ;
• la caractérisation de lymphocytes T spécifiques d’allergènes
dans la peau de patients porteurs de DA ;
• l’observation d’eczéma au site de contact des tests
épicutanés aux allergènes de l’environnement.
Ainsi l'eczéma au cours de la DA représente une forme de
réaction d'hypersensibilité retardée qui met en jeu des lymphocytes
et des cellules présentatrices d'antigènes. Le développement d'une
réponse immunitaire inflammatoire de type TH2, spécifique
d'antigènes protéiques, est à l’origine des lésions d’eczéma de la
DA.
Une hétérogénéité immunologique existe parmi les patients
porteurs de DA. On individualise aujourd’hui 2 profils
immunologiques principaux : l’un comporte une hyper IgE
sanguine et des IgE spécifiques élevées. Ces DA sont volontiers
associées à d’autres manifestations atopiques (asthme, rhinite et
conjonctivite) : on parle de DA extrinsèque ou
allergique. Un second groupe n’a pas d’hyperIgE et a un risque
moindre d’asthme : on parle de DA intrinsèque ou non
allergique.
Des anomalies constitutives ou induites de la barrière
épidermique
L’augmentation des pertes insensibles en eau, les anomalies des
lipides cutanés de surface observées chez les patients porteurs de
DA caractérisent les anomalies de la barrière cutanée.
Question n° 2 : Quelle est l’utilité des examens
complémentaires pour le diagnostic et la prise en charge de la
dermatite atopique de l’enfant ?
Le diagnostic de la DA est clinique. Il n’est pas nécessaire de
faire des examens complémentaires pour prendre en charge un patient
porteur d’une DA (accord professionnel).
En revanche, le rôle possible d’allergènes comme facteurs
pérennisants de certaines DA de l’enfant peut conduire dans
certains cas à des explorations allergologiques (accord
professionnel).
Quels tests allergologiques ?
Un test d’allergie positif indique seulement que l’enfant est
sensibilisé à un allergène, sans preuve que l’exposition
allergénique déclenche ou entretient les symptômes. Quels que
soient les résultats des investigations allergologiques ils doivent
toujours être confrontés à l’histoire clinique.
Les tests utilisés comportent :
1) Les pricks tests cutanés. Ils n’ont pas de seuil de
positivité clairement défini. Les allergènes testés sont orientés
en fonction de l’âge, de l’histoire clinique (précisée par
l’interrogatoire des parents), de l’environnement et du régime de
l’enfant. Ils sont le plus souvent suffisants pour affirmer la
sensibilisation à un allergène.
2) Le dosage des IgE sériques spécifiques, les tests de
dépistage sans identification de l’allergène (Phadiatop et
Trophatop), le dosage des IgE sériques totales ne permettent pas
d’assurer avec certitude la présence d’une allergie. Cependant un
dosage sanguin, pour certains allergènes, peut sur la base des
valeurs chiffrées des IgE sériques spécifiques éviter la
réalisation d’un test de provocation orale.
3) Les tests épicutanés (patch tests). La batterie
standard Européenne permet d’explorer les principaux allergènes de
contact. Elle n’a d’intérêt chez l’enfant atopique qu’en cas de
suspicion d’une allergie de contact surajoutée.
Les atopy patch tests initialement développés pour les
pneumallergènes, et plus récemment pour quelques allergènes
alimentaires (lait de vache, farine de blé, œuf) ne sont pas
standardisés et encore en cours d’évaluation. L’intérêt des atopy
patch tests prêts à l’emploi reste à évaluer.
4) Le régime d’éviction alimentaire à visée diagnostique
ne doit pas être initié sans la réalisation d’un bilan
allergologique préalable, particulièrement pour les protéines du
lait de vache chez le nourrisson.
Ce régime d’éviction doit être strict basé sur les données du
bilan. En l’absence d’amélioration de la DA dans un délai d’un mois
le régime ne doit pas être poursuivi.
5) Le test de provocation orale (TPO) a pour objectif de
prouver la responsabilité d’un allergène alimentaire. Le TPO en
double aveugle contre placebo est la méthode de référence
réalisable seulement dans quelques centres en France. Le TPO en
ouvert est en pratique plus largement utilisé dans des structures
aptes à prendre en charge une réaction anaphylactique.
Quels enfants tester ?
1) Trois situations sont validées (accord
professionnel)
a) La DA grave définie comme un échec au traitement adapté bien
conduit, même chez les nourrissons sous allaitement maternel
exclusif (le lait maternel qui contient la plupart des protéines
alimentaires ingérées par la mère peut être un vecteur de
sensibilisation par procuration).
b) L’enfant ayant une DA et une stagnation ou cassure de la
courbe staturo-pondérale.
c) L’enfant ayant une DA avec manifestations
associées :
• Signes évocateurs d’une allergie alimentaire après ingestion
ou contact avec un aliment : syndrome oral, manifestations
cutanées (urticaire, angioedème), respiratoires (asthme, rhinite)
ou digestives (vomissements, diarrhée), voire choc
anaphylactique.
• Signes évocateurs d’une allergie respiratoire : asthme,
rhinite ou rhinoconjonctivite.
• Signes évocateurs d’une allergie de contact : eczéma
localisé dans des zones inhabituelles (siège, paumes et
plantes) ; DA qui ne répond pas au traitement habituel ou
s’aggrave.
2) D’autres situations restent discutées du fait des
biais de recrutement et du faible niveau de preuve des études
rapportées. Elles ne permettent pas un consensus.
a) La présence de manifestations digestives banales (reflux
gastro-œsophagien, pleurs et coliques résistant au traitement
habituel), symptômes trop prévalents pour avoir une valeur
d’orientation chez le nourrisson.
b) Les antécédents familiaux d’atopie sévère.
c) La précocité des symptômes cutanés avant l’âge de 3 mois
(le jury émet des réserves sur la possibilité d’affirmer une DA
avant 3 mois).
En l’absence de preuves suffisantes, et du fait de la divergence
d’avis, le jury recommande la réalisation d’études prospectives
visant à étayer ces indications.
Pourquoi tester ?
L’objectif théorique des explorations complémentaires dans la DA
est d’abord d’obtenir à court terme un impact bénéfique sur la
dermatose mais aussi tenter de déterminer des facteurs pronostiques
pour recommander la mise en place de mesures de prévention à long
terme.
Peut-on améliorer la DA ?
Lorsqu’une allergie est confirmée, l’éviction du ou des
allergènes est bien sûr recommandée, cependant l’impact de cette
éviction sur la DA n’apparaît pas toujours évident et varie
considérablement en fonction du contexte clinique et du type
d’allergène.
• Allergie de contact : il est admis que l’éviction de
l’allergène responsable améliore un eczéma de contact (accord
professionnel).
• Allergie alimentaire : l’impact de l’éviction des
allergènes alimentaires sur l’évolution de la DA est encore discuté
(grade B). Le jury recommande la réalisation d’autres études
éthiquement et méthodologiquement acceptables.
• Sensibilisation aux pneumallergènes : des études
contradictoires de niveau 2 ne permettent pas de conclure à
l’intérêt de mesures d’éviction dans l’environnement, en
particulier l’utilisation de housses anti-acariens.
Peut-on déterminer des marqueurs pronostiques
d’évolution ?
• Des études de valeur inégale ont montré une relation
entre sensibilisation à l’œuf et sévérité de l’eczéma. La
réalisation de tests allergologiques pour établir un pronostic
individuel n’est cependant pas pertinente (grade C).
• En dehors de la gravité clinique de la DA chez le
nourrisson, il n’existe pas d’éléments pronostiques permettant
d’évaluer le risque de survenue d’un asthme dans l’enfance.
• Le dosage des IgE totales n’a pas d’intérêt pour la
détection précoce des nourrissons à risque de développer une DA
persistante ou sévère.
Question n° 3 : Quel est le traitement des poussées
de dermatite atopique de l’enfant ?
Le traitement de la DA est symptomatique. Les objectifs sont de
traiter les poussées et de prévenir les récurrences par une prise
en charge au long cours.
L’enquête nationale de pratique montre une grande diversité dans
les modalités thérapeutiques en fonction des praticiens, en
particulier pour le traitement local.
Les dermocorticoïdes
Les dermocorticoïdes ont longtemps représenté le seul traitement
efficace dans cette indication. Ils restent la référence pour tous
les nouveaux produits testés. Ils ont une triple action
anti-inflammatoire, immunosuppressive et antimitotique. Leurs
mécanismes d’action ne sont pas parfaitement connus.
Quelles sont les molécules disponibles ?
Plusieurs sont commercialisées, sous diverses formes :
crèmes, pommades, lotions et gel. Les corticostéroïdes topiques
sont répertoriés en classe d’activité selon leur puissance
d’action.
À l’inverse de la classification internationale, la
classification française suit un ordre d’activité
anti-inflammatoire décroissante. Dans un souci de cohérence le
jury recommande l'adoption de la classification internationale des
dermocorticoïdes : activité très forte (classe ou
niveau IV), forte (classe ou niveau III), modérée (classe ou niveau
II), et faible (classe ou niveau I). Elle est adoptée dans le texte
suivant.
Quel dermocorticoïde choisir ?
Le choix est fait en fonction de l’âge, de la sévérité de la DA,
du site et de l’étendue à traiter.
Ainsi, les dermocorticoïdes d’activité très forte (classe IV)
sont contre-indiqués chez le nourrisson et le jeune enfant, sur le
visage, les plis, et le siège. Les dermocorticoïdes forts (classe
III) sont à réserver en cures courtes aux formes très
inflammatoires ou très lichénifiées des extrémités. Les
dermocorticoïdes modérés (classe II) sont utilisés sur le visage,
les plis et les zones génitales et chez le nourrisson. Les
dermocorticoïdes faibles ont peu de place en thérapeutique. Toutes
ces habitudes professionnelles ne sont pas étayées par des études
de niveau de preuve de niveau 1.
Les dermocorticoïdes sont-ils
efficaces ?
• En phase aiguë : les comparaisons entre
dermocorticoïdes (essais limités, petits effectifs, imperfections
méthodologiques) font apparaître que ceux de forte puissance sont
plus rapidement efficaces mais que ceux de classe inférieure sont
aussi efficaces en quelques semaines.
• En prévention des rechutes : une seule étude de
niveau I démontre l’intérêt d’un traitement d’entretien pour la
prévention des récurrences. Elle ne justifie pas pour l’instant de
modifier les habitudes d’utilisation des dermocorticoïdes.
Les DC exposent-ils à des effets
secondaires ?
Les effets secondaires sont directement liés à la puissance de
la molécule, à la durée du traitement, à l’occlusion, à la surface
traitée, à l’intégrité cutanée et à l’âge de l’enfant.
– Les effets secondaires locaux sont rares
Peu d’études évaluent de manière objective et détaillée les
effets secondaires locaux des dermocorticoïdes chez l’enfant. Les
effets indésirables, souvent cités, sont en pratique
rarement observés.
La crainte théorique de ces effets secondaires ne doit pas
limiter la prescription des dermocorticoïdes (accord
professionnel).
Sur les paupières, leur utilisation doit être prudente
(dermocorticoïde de classe I ou II et traitement court) (accord
professionnel).
– Les effets secondaires systémiques
Les effets systémiques potentiels théoriques sont liés à une
freination de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien : elle
ne justifie pas la réalisation systématique d’explorations
endocriniennes (accord professionnel).
Exceptionnels, ces effets peuvent se traduire cliniquement par
un retard de croissance, parfois lié en fait à la sévérité
intrinsèque de l’eczéma. Dans le cadre d’une affection chronique de
l’enfant, la surveillance de la croissance est indispensable.
Comment utiliser les DC ?
– Quelle forme galénique privilégier ?
Les crèmes sont préférées sur les lésions suintantes et les
plis ; les pommades sur les lésions sèches, lichénifiées. Les
préparations visant à diluer les dermocorticoïdes n’ont pas de
place.
– Faut-il appliquer les dermocorticoïdes une ou deux fois par
jour ?
Une seule application par jour est aussi efficace, a le mérite
d’en faciliter l’emploi, d’assurer une meilleure compliance, et de
réduire le risque d’effets secondaires et le coût (accord
professionnel).
– Quelle est la quantité maximale de dermocorticoïdes à
utiliser ?
Aucune donnée de la littérature ne permet de donner la quantité
de dermocorticoïdes à ne pas dépasser selon le poids de l’enfant.
L’appréciation de l’efficacité clinique est plus importante que la
définition d’une dose théorique.
– Quel schéma thérapeutique préconiser ?
Il existe une grande diversité d’habitudes professionnelles tant
pour initier le traitement que pour l’arrêter. Cette variabilité
des protocoles entretient l’inquiétude des patients, favorise une
certaine méfiance voire une corticophobie, et participe au
nomadisme médical.
Actuellement, la plupart des experts utilise préférentiellement
la méthode suivante :
• utilisation de dermocorticoïdes puissants sur de courtes
durées suivie par une période d’interruption avec usage
d’émollients jusqu’à la récurrence suivante ;
• poursuite d’applications quotidiennes sur les lésions
persistantes jusqu’à disparition de celles-ci.
En absence d’étude clinique évaluant les conditions optimales
d’utilisation des dermocorticoïdes, il apparaît nécessaire
d’harmoniser nos pratiques, sur la base d’essais comparatifs qui
restent à développer.
– Quel suivi réaliser ?
Dans les formes légères à modérées de DA, l’efficacité d’un
traitement dermocorticoïde bien conduit est spectaculaire avec
disparition du prurit en quelques jours et amélioration des lésions
en une semaine. Une consultation systématique de suivi est
nécessaire pour s’assurer de cette évolution favorable, de
l’adhésion du patient au traitement en évaluant la quantité de
dermocorticoïdes utilisée, et pour réadapter au besoin le
traitement.
Les inhibiteurs de la calcineurine
Le développement récent des inhibiteurs de la calcineurine (IC)
topiques dans le traitement de la DA de l’enfant est une innovation
importante. Ces molécules de la famille des macrolides ont une
action immunosuppressive par inhibition de la calcineurine,
molécule nécessaire à l’activation des lymphocytes TH2.
Les molécules disponibles
Deux molécules ont été étudiées depuis plusieurs années :
le tacrolimus et le pimecrolimus (ce dernier n'est pas encore
disponible en France).
Quelle est l’efficacité des IC ?
Pour le traitement des poussées
L’efficacité clinique du tacrolimus a été démontrée à court
terme dans des études avec comparaison contre placebo ou contre
dermocorticoïdes de niveau faible à modéré. Elles montrent que le
tacrolimus topique réduit efficacement et rapidement, dès la
première semaine de traitement, les signes et symptômes de la DA
modérée à sévère (niveau I).
Le pimécrolimus est également rapidement actif dans la DA légère
à modérée où il améliore tous les paramètres cliniques de manière
significativement supérieure à l’excipient. Dans une étude de
niveau 1, il est d’efficacité inférieure au valérate de
bêtaméthasone (activité forte).
Pour la prévention des récidives
L’efficacité du tacrolimus se maintient pendant l’année du
traitement si le traitement est poursuivi. Des études au plus long
cours ne sont pas disponibles actuellement.
Pour le pimecrolimus, une étude de niveau I a montré que le
pimécrolimus 1 % appliqué deux fois par jour, dès l’apparition
des premières lésions, était plus efficace que l’excipient.
Les IC exposent-ils à des effets
secondaires ?
Effets secondaires locaux
Pour le tacrolimus et le pimecrolimus, les effets secondaires
locaux les plus fréquents sont une sensation de brûlure et de
prurit au site d’application, le plus souvent modérée et
transitoire (quelques jours). Il n’y a pas de risque d’atrophie. Le
risque d’infection bactérienne n’est pas augmenté. Il en est de
même des infections virales hormis l’herpès où des précautions
(information des risques de transmission, surveillance clinique et
suspension du traitement en cas d’infection herpétique) sont
nécessaires.
Effets secondaires systémiques
À court terme
– Dans la plupart des études à court terme, aucune anomalie
biologique n’a été constatée.
– Les taux plasmatiques de tacrolimus, un mois après le début du
traitement, sont inférieurs aux taux d’immunosuppression
thérapeutique.
À long terme
Il s’agit de produits aux propriétés immunosuppressives qui
pourraient donc être à l’origine d’une éventuelle carcinogénèse.
In vitro il n'y a pas de carcinogénicité dans la majorité
des tests sauf un chez la souris albinos.
Le risque de carcinogenèse cutanée chez l’homme reste
hypothétique mais ne pourra pas être levé tant qu’il n’y aura pas
un recul d’utilisation de ces produits au très long cours.
Comment utiliser les IC chez l’enfant ?
– Selon l’AMM actuelle : seul le tacrolimus à 0,03 %
est indiqué dans la DA modérée à sévère de l’enfant de plus de deux
ans à raison de 2 applications par jour sur toute la surface à
traiter, jusqu’à disparition des lésions. Il peut être utilisé en
cure courte ou en traitement au long cours intermittent. La
prescription se fait sur ordonnance pour médicaments d’exception et
est réservée aux dermatologues et aux pédiatres.
– L’AMM actuelle n’est pas satisfaisante compte tenu du fait
qu’elle n'est pas en accord avec les critères d'inclusion des
patients dans les études publiées, qu’elle limite l’emploi du
produit de par son statut de médicament d’exception et sa
prescription restreinte à certains groupes de praticiens. Dans le
cadre d’une révision, il faudrait de plus intégrer les données des
travaux en cours concernant les études d’efficacité à long terme et
ceux évaluant la prévention des poussées.
– La mise à disposition du pimecrolimus est également
souhaitable.
Quelles précautions pour un bon usage des
IC ?
– En cas d’infection cutanée un traitement antibiotique
est nécessaire avant l’instauration du traitement.
– Du fait du potentiel de risque photocarcinogène
l’association à une photothérapie ou à des expositions solaires est
déconseillée.
– La présence d’une infection herpétique évolutive est
une contre-indication transitoire aux IC. Des précautions doivent
être prises en cas d’antécédents personnels d’herpès récurrent.
– Les vaccins ne sont pas contre-indiqués lors de
traitements par IC.
Emollients
(Ce sujet est développé dans la question 4).
Les émollients peuvent être utilisés à la phase aiguë et sont
destinés aux zones de xérose. En peau lésée des réactions
d’intolérance locale sont possibles.
Antihistaminiques anti-H1 (AH1)
Peu d’études ont été réalisées chez l’enfant sur l’efficacité
clinique des AH1. Les résultats cliniques obtenus avec les AH1 non
sédatifs par voie orale sont comparables aux AH1 sédatifs. La
prescription des antihistaminiques oraux à la phase aiguë n’est pas
systématique. Elle peut s’envisager en cas de prurit important et
sur des durées courtes (grade A). Les antihistaminiques locaux
n’ont pas de place dans le traitement de la DA.
Anti-infectieux
Les enfants atteints de DA sont porteurs de Staphylococcus
aureus sur les lésions cutanées et en peau saine. Il faut
différencier ce portage habituel d’une réelle surinfection
(croûtes, bulles, pustules, majoration du suintement, extension des
lésions, majoration du prurit signes généraux…).
Les études montrent que les dermocorticoïdes réduisent la
densité du S. aureus avec une amélioration clinique
concomitante. Par contre, les antibiotiques topiques ou oraux, et
les antiseptiques, réduisent le portage de S. aureus mais ne
modifient pas les paramètres cliniques.
En dehors d’une surinfection bactérienne patente, il n’y a pas
lieu d’utiliser les antibiotiques locaux ou généraux ni les
antiseptiques (accord professionnel).
Autres traitements
La photothérapie a peu d’indication à la phase aiguë où
sa tolérance est médiocre. Ses modalités sont précisées dans la
question 5.
Les corticoïdes par voie orale ou injectable n’ont pas
leur place dans le traitement de la poussée de DA.
Question n° 4 : Quelles sont les mesures adjuvantes
et les moyens de prévention des poussées de la dermatite atopique
de l’enfant ?
La DA est une affection chronique où interviennent plusieurs
facteurs. Son approche nécessite donc une prise en charge
pluridimensionnelle médicale, psychologique et
environnementale.
Education thérapeutique
Associée au traitement curatif et aux mesures adjuvantes
l’éducation thérapeutique repositionne le patient comme acteur de
la prise en charge de sa maladie.
La DA altère la qualité de vie des enfants et leur famille.
L’éducation thérapeutique est une approche nouvelle dans la DA. Son
objectif principal est d’améliorer l’alliance thérapeutique entre
le soignant, le soigné et son entourage pour permettre une prise en
charge optimale.
Plusieurs études (niveau 3) ont montré que l’éducation
thérapeutique augmente l’efficacité du traitement sur le prurit et
le sommeil. L’éducation thérapeutique dans la DA de l’enfant semble
bénéfique sur la compréhension de la maladie et sa prise en
charge.
L’éducation thérapeutique s’adresse d’abord aux formes modérées
à sévères de DA. Elle ne doit pas être réservée à des centres
spécialisés mais s’intégrer aux pratiques professionnelles.
Mesures adjuvantes
La DA est parfois aggravée par des facteurs favorisants
(facteurs alimentaires, facteurs environnementaux, facteurs contact
ou stress psychologique…). Des mesures adjuvantes et préventives
pour lutter contre ces facteurs ont donc été développées. Elles ont
été classées en deux catégories, celles validées (études
scientifiques ou accord professionnel) et les autres.
Pratiques validées
Les émollients
La xérose cutanée altère la fonction barrière de l’épiderme. Les
émollients sont utilisés dans le but de restaurer cette propriété
de la peau.
L’efficacité des émollients sur la xérose a été démontrée
(niveau 2). Leur tolérance est habituellement bonne. Parfois, des
sensations de brûlures, prurit, rougeurs lors de l’application sont
rapportées : ces effets justifient le changement
d’émollient.
Une sensibilisation aux composants (lanoline, fragrance…) doit
être évoquée en cas d'exacerbation de l’inflammation après les
applications.
Les données de la littérature ne permettent pas de privilégier
une formulation émolliente particulière, une durée d’utilisation
courte ou prolongée et une application unique ou
pluriquotidienne.
Le jury souhaite que plusieurs produits commerciaux
remboursables ou à faible coût soient mis à la disposition des
patients.
Les mesures d’hygiène
Basées sur des habitudes, les conseils d’hygiène ne reposent sur
aucune donnée validée. Il est préférable de donner un bain court
quotidien ou une douche, avec une température tiède, et d’utiliser
des pains ou gels sans savon (accord professionnel).
Il n’y a pas de raison actuelle de recommander les additifs à
l’eau du bain (huiles..).
Les mesures vestimentaires
Il est préférable de porter du coton ou d’autres tissus bien
tolérés : la soie ou les polyesters à fibres fines (grade B).
La laine, irritante, doit être évitée.
En absence d’impact des lessives ou assouplissants sur la DA
chez des adultes atopiques, aucune précaution n’est retenue pour
leur usage (accord professionnel).
Prise en charge psychologique
Les interactions entre DA, émotions et psychisme existent. Une
DA grave altère la qualité de vie et peut modifier la personnalité
ou induire des troubles psychologiques. Le stress est incriminé
comme élément déclenchant de poussées de DA mais de manière
imprécise : il s’agit probablement d’un facteur très important
chez certains et négligeable chez d’autres.
Il convient de repérer les familles en souffrance pour leur
proposer une prise en charge spécifique.
Pratiques non validées
Antihistaminiques
Il n’existe pas d’étude de niveau 1 ou 2 montrant
l’efficacité préventive des anti-H1 au long cours sur les poussées
de DA.
Cures thermales
Les cures thermales sont populaires en France où de nombreux
centres de cures existent. Les eaux thermales sont très différentes
tant dans leurs propriétés chimiques ou physiques. Il n’y a pas
d’argument scientifique pour les recommander en l’absence d’étude
démonstrative.
Médecines d’exercice particulier
De nombreux parents ont recours à des médecines d’exercice
particulier parce qu’ils considèrent que les traitements
conventionnels sont insuffisamment efficaces, ou qu’ils redoutent
leurs effets secondaires.
Les rares études d’efficacité de l’homéopathie dans la DA
sont contradictoires. Aucune preuve scientifique ne permet de
recommander cette pratique.
Aucune preuve scientifique ne permet de valider la
phytothérapie.
Le jury déconseille la pratique de l’acupuncture chez
l’enfant en raison de l’absence de preuve scientifique, de son
caractère douloureux et de ses complications potentielles (accord
professionnel).
Probiotiques
Les probiotiques sont proposés dans la prévention et le
traitement de la DA de l’enfant sur la base de la « théorie
hygiéniste » qui se fonde sur une relation inverse entre
l’intensité de l’exposition microbienne et le risque de
développement de pathologie allergique.
– L’administration de probiotiques permet-elle de prévenir
l’apparition de DA chez des enfants à risque ?
Une seule étude monocentrique (niveau 1) suggère qu’il y a un
intérêt à donner du Lactobacillus rhamnosus un mois avant
l’accouchement chez la mère et 3 ou 6 mois après la naissance
chez la mère ou les enfants à risque d’atopie pour prévenir la
survenue de DA.
En l’absence de confirmation par d’autres études, il est
prématuré de recommander l’administration de probiotiques à titre
préventif chez la femme enceinte ou chez le nourrisson à risque
atopique.
– L’administration de probiotiques permet-elle de traiter les
poussées de DA de l’enfant ?
Deux études, méthodologiquement discutables, ont évalué
l’intérêt des probiotiques dans le traitement curatif de la DA.
Elles ne plaident pas pour l’utilisation des probiotiques dans le
traitement curatif de la DA.
Les herbes chinoises
Les effets secondaires rapportés vont des simples nausées aux
complications les plus graves (hépatites aigues néphropathie
sévère, syndrome de Stevens-Johnson, cardiomyopathie dilatée…). Ces
données incitent à déconseiller l’utilisation de ces produits.
Les acides gras essentiels (AGE)
Différentes huiles riches en AGE omega 6 (huile de bourrache,
huile d’onagre…) ou AGE omega 3 (huile de poisson) ont été
utilisées dans la DA.
L’étude de la littérature permet de conclure à l’inefficacité
d’un traitement par acide gras essentiel quelle que soit son
origine (et la dose) dans la DA de l’enfant (grade A).
Pratiques discutées : les mesures d’éviction
Vaccinations de l’enfant atopique
La notion de poussée de DA est une observation clinique
régulièrement rapportée chez le nourrisson. Il n’y a pas de preuve
scientifique dans la littérature confirmant le rôle des vaccins
dans le déclenchement ou l’exacerbation d’une DA.
En cas d’allergie à l’œuf associée, seules les vaccinations
contre la grippe et la fièvre jaune, réalisées sur des milieux de
culture sur œufs embryonnés, nécessitent un avis spécialisé.
Le calendrier vaccinal doit être le même chez les enfants ayant
une DA que chez les enfants non atopiques. Il est prudent de
retarder transitoirement les vaccinations au cours de fortes
poussées de DA (accord professionnel).
DA et allergie alimentaire : peut-on améliorer une DA
avec un régime d’éviction alimentaire ou un changement de
lait ?
La responsabilité de l’allergie alimentaire dans la DA reste
controversée. Elle est trop souvent évoquée par excès. La
prescription systématique d'un régime alimentaire d’éviction peut
être dans certains cas une source de carence nutritionnelle.
La prévention de la DA peut se discuter à plusieurs
niveaux :
• Prévention primaire : éviction du facteur de risque
avant l’apparition de la maladie,
• Prévention secondaire : éviction du facteur de risque
en cas de maladie avérée,
• Prévention tertiaire : éviction du facteur de risque
pour éviter les rechutes et complications.
– Prévention primaire chez la femme enceinte
Les régimes d’éviction alimentaire chez la femme enceinte dans
le but de prévenir la DA chez l’enfant sont difficiles à suivre et
leurs résultats ne sont pas prouvés.
Il n’y a pas d’indication à un régime particulier chez la femme
enceinte pour prévenir la survenue d’une DA.
– Prévention primaire chez le nouveau-né à risque de DA
La définition de « nouveau né à risque » n’est pas
univoque et la notion d’antécédents familiaux directs ne représente
pas un argument suffisant. L’allaitement maternel exclusif pendant
au moins 3 mois diminue le risque d’apparition d’une DA chez
les enfants à risque (niveau 1). L’allaitement maternel, sans
régime particulier pour la mère, est ici recommandé (grade A).
Si l’allaitement n’est pas exclusif (allaitement mixte) le
risque de DA n’est pas modifié.
Les laits au soja n’ont aucun intérêt en prévention primaire
(grade B).
– Prévention secondaire chez le nourrisson ayant une DA
En dehors des indications classiques d’éviction dans les
populations à risque (cf chapitre 2), il n’y a actuellement pas
d’étude valable ou de méta-analyse démonstrative concernant
l’impact des changements systématiques de lait sur la DA.
En absence d’études au niveau de preuve suffisant et en raison
de la variabilité des usages il n’existe pas d’accord
professionnel.
– Prévention secondaire et tertiaire après l’allaitement
Les aliments les plus impliqués dans les allergies alimentaires
du nourrisson sont le lait, l’œuf, l’arachide, le soja, le poisson,
les légumineuses et le blé. Des études de niveau 3 indiquent
qu’un syndrome d’allergie multiple (responsabilité d’au moins
2 allergènes) peut être corrélé avec la notion d’une DA
sévère.
L’éviction d’un allergène n’est justifiée que si son rôle dans
une réaction allergique est prouvé.
DA et allergènes environnementaux
Si une sensibilisation aux acariens est souvent retrouvée au
cours de la DA, il est difficile de définir avec certitude le rôle
des allergènes inhalés dans la genèse de la DA ou dans le
déclenchement de ses poussées. De plus les mesures d’éviction ne
montrent pas d’effet clinique probant.
Le faible niveau de preuves et les résultats discordants des
études à notre disposition ne permettent pas de conclure sur la
responsabilité de la présence d’un animal à domicile dans la
survenue de la DA chez l’enfant. En cas de DA, le jury suggère
d’éviter l’acquisition d’animaux domestiques (chat en
particulier).
Les travaux publiés ne permettent pas d’affirmer que la
prévention primaire de la DA est possible. L’influence de
l’éviction des pneumallergènes sur les poussées de DA n’est pas
claire rendant les mesures de prévention secondaire et tertiaire
superflues.
Question n° 5 : Quelle prise en charge pour les
dermatites atopiques sévères de l’enfant ?
Les réponses apportées à cette question sont davantage basées
sur un accord professionnel que sur des études de niveau de preuve
élevé, ceci du fait du petit nombre de malades concernés.
Définition d’une DA sévère
La sévérité dépend d’un ensemble de paramètres : objectifs
(nombre et gravité des poussées) mais aussi subjectifs
(retentissement psychologique, sur la qualité de vie de l’enfant et
de sa famille). Il n’existe pas de score validé prenant en compte
tous ces éléments et permettant de donner une valeur seuil pour le
diagnostic de DA sévère.
Avant de considérer qu’il s’agit effectivement d’une DA sévère,
il est essentiel de s’assurer que la prise en charge de la maladie
est optimale : les traitements prescrits ont été compris et
correctement appliqués, une enquête allergologique a été faite et
les mesures d’éviction éventuelles ont bien été prises.
Si la prise en charge ne paraît pas adaptée, un apprentissage
des soins, réalisé par le médecin lui-même ou une infirmière, une
éducation thérapeutique ou un soutien psychologique doivent être
proposés. Une hospitalisation dans une structure adaptée à la
dermato-pédiatrie peut être utile.
Si la prise en charge est correcte, soit d’emblée, soit après
échec de toutes ces mesures, il s’agit alors réellement d’une DA
sévère. Il faut dans tous les cas un avis spécialisé pour décider
de mesures thérapeutiques difficiles, souvent hors AMM, justifiées
par la gravité de ces cas rares d’échec des soins locaux.
Les différentes thérapeutiques à envisager devant une DA
sévère
Les photothérapies
Les études concernant l’utilisation de la photothérapie dans la
DA de l’enfant sont peu nombreuses et de faible niveau de preuve
scientifique Les photothérapies recommandées sont les UVA-UVB, les
UVB spectre étroit (appelés UVB TL01) et les UVA1. Elles sont
efficaces et bien tolérées à court terme ; le risque au long
cours n'est pas encore connu.
Les photothérapies UVA-UVB et UVB spectre étroit peuvent être
utilisées dans le traitement de la DA sévère de l’enfant à partir
de l’âge de 8-10 ans (accord professionnel).
En pratique, les limites de ce traitement sont liées à la
nécessité de 2 ou 3 séances par semaine auquel s’ajoute la
faible densité en France des cabines équipées en lampes UVB ou UVB
spectre étroit, leur répartition inégale sur le territoire, et leur
éloignement du domicile.
Les antileucotriènes
Les antileucotriènes ne sont pas un traitement des DA sévères.
Leur place éventuelle comme traitement d’appoint des DA modérées
reste à préciser.
La corticothérapie générale
La corticothérapie générale, par voie orale ou injectable, doit
être évitée (accord professionnel).
La ciclosporine
La ciclosporine dispose de l’AMM dans cette indication chez
l’adulte. Sa prescription initiale est réservée au milieu
hospitalier par un médecin habitué à l’utilisation de cette
molécule.
La ciclosporine n’a pas l’AMM dans la DA de l’enfant. Trois
études chez l’enfant (niveau 3 et 5) montrent de bons résultats
avec un temps de traitement court (6 à 12 semaines), des
rechutes précoces fréquentes et peu de rémissions prolongées après
6 mois.
La ciclosporine per os, à la posologie initiale de
5 mg/kg/j, permet de passer un cap difficile mais sa durée est
limitée à 6 mois, au maximum 1 an du fait des risques
rénaux et d’hypertension artérielle (grade C).
Le jury propose qu’une réunion d’experts décide de l’intérêt du
dosage systématique de la ciclosporinémie en raison d’avis
différents des prescripteurs dans cette indication.
L’azathioprine
L’aziathioprine a été peu utilisée dans la DA de l’adulte du
fait d’un risque de myélosuppression. Une seule étude rétrospective
évalue l’intérêt de l’azathioprine chez les enfants ayant une DA
sévère. Ces données sont insuffisantes pour préconiser son
utilisation chez l’enfant en l’absence d’études complémentaires
(grade C).
Les autres immunosuppresseurs
Le mycophénolate mofétil a été efficace dans quelques cas de DA
de l’adulte.
Le methotrexate et le cyclophosphamide n’ont pas fait l’objet
d’études publiées dans la DA de l’enfant.
Les immunoglobulines polyvalentes
Malgré quelques résultats encourageants chez des enfants, le
coût, les risques, la nécessité d’hospitalisations répétées ne
permettent pas de préconiser ce traitement (grade C).
L’interféron gamma
Deux études de niveau 1 et 2 et deux de niveau 4 ont été menées,
essentiellement chez des adultes, montrant une efficacité modérée
mais au prix d’effets secondaires fréquents. Ce traitement ne peut
pas être préconisé chez l’enfant (grade A).
Conclusion
Selon les données actuelles, les photothérapies UVA-UVB ou UVB
spectre étroit et la ciclosporine sont les 2 traitements qui
peuvent être utilisés pour ces rares cas de DA sévères. L’enfant et
ses parents doivent être informés oralement et par écrit des
risques de ces traitements.
En l’absence d’études comparatives entre ces 2 traitements
chez l’enfant leur place respective est difficile à définir. Le
choix est fonction de la faisabilité (âge, pathologies associées,
proximité d’une cabine équipée en UVB…) et du résultat de la
discussion avec l’enfant et les parents.
Les autres thérapeutiques ne peuvent pas être recommandées.
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