ARTICLE
Auteur(s) :, Amadou Gaye1, Alain
Viltard2, Pierre de
Félice2
1Laboratoire de physique de l’atmosphère Siméon
Fongang (LPASF), École supérieure polytechnique Université Cheikh
Anta Diop (UCAD), Dakar
2Laboratoire de météorologie dynamique Institut
Pierre-Simon Laplace (IPSL), École polytechnique 91128 Palaiseau
cedex
La ligne de grains (LG) est le phénomène le plus
« violent » de l’Afrique de l’Ouest où les cyclones
tropicaux sont inconnus. Selon de nombreux auteurs [1, 2], ce sont
les LG qui apportent le plus de précipitations au Sahel.Vue d’un
satellite, la LG est un amas nuageux de quelques centaines de
kilomètres de diamètre, à bords généralement plus nets à l’ouest
qu’à l’est, qui se déplace d’est en ouest. Pour un observateur au
sol, le passage d’une LG se signale d’abord par une grosse masse de
cumulonimbus venant de l’est, puis par un coup de vent d’est brutal
suivi d’un grain accompagné souvent d’orage. Ensuite, on note un
fort refroidissement de l’air et une diminution de la pluie qui
cesse au bout de quelques heures après le coup de vent, considéré
souvent comme le début du phénomène. Houze [3] et Roux [4] ont
donné des descriptions détaillées de sa structure, mais ces auteurs
n’ont étudié qu’un assez petit nombre de LG et ils opéraient dans
des sites relativement restreints, Houze sur l’Atlantique au large
de la Guinée, Roux au nord de la Côte d’Ivoire, de sorte qu’il est
aventureux de généraliser leurs résultats à toute l’Afrique de
l’Ouest. D’autres auteurs, plus récemment, ont utilisé les images
des satellites pour étudier les LG. Ainsi Desbois et al. [5]
décrivent leurs mouvements entre Tchad et Sénégal, mais ne
s’intéressent pas particulièrement aux précipitations. Laing et al.
[6] ont estimé la contribution des amas convectifs d’échelle
moyenne (MCC) à la pluie au Sahel. Comme ils ne disposaient pas
d’observations de pluviomètres, ils se sont servis de mesures
satellitaires en combinant les microondes et les températures
radiatives, pour estimer la pluie. D’autres encore, comme Mathon et
Laurent [7], s’intéressaient à la pluie mais ne distinguaient pas
les amas convectifs des LG. Dans ce travail, nous avons voulu
étudier les liens entre les LG et la pluie sur toute l’Afrique de
l’Ouest. Nous avons considéré les trois mois d’été (juillet, août
et septembre) des années 1986 et 1987, pour lesquelles on dispose à
la fois des images du canal infrarouge (IR) du satellite Météosat
et des hauteurs quotidiennes de la pluie recueillies dans 800
pluviomètres environ, malheureusement assez inégalement répartis (
(figure 1)
).On décrit d’abord les données utilisées puis la manière dont on
les utilise. On donne ensuite les résultats relatifs aux heures
d’apparition des lignes de grains, aux variations diurnes de leur
vitesse et de leur surface. Les données de pluie sont quotidiennes
tandis que les images de satellite sont tri-horaires. Grâce au
déplacement rapide des LG, on accède aux variations diurnes de la
pluie. Les résultats sont ensuite discutés et comparés à ceux que
l’on trouve dans la littérature.
Données
Ce sont les huit images quotidiennes pleine résolution IR de
Météosat, aux heures UTC1 00, 03, 06,
09, 12, 15, 18, 21 des mois de juillet, août et septembre, des
années 1986 et 1987. Ces deux années furent relativement peu
pluvieuses comme l’indique le graphique des indices pluviométriques
moyens de Lamb pour l’Afrique de l’Ouest [8].
Les pluies quotidiennes des stations situées sur l’aire 3° N-20°
N, 18° O-25° E ont été compilées par l’Institut de recherche pour
le développement (IRD), l’Agence pour la sécurité de la navigation
aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) et le Comité
interafricain d’études hydrauliques (CIEH). Le nombre des stations
pluviométriques y est d’environ 800 pour les années 1986 et 1987.
Il aurait été intéressant de faire porter cette étude sur une année
sèche et une année pluvieuse, malheureusement les années pluvieuses
pour lesquelles on dispose des images Météosat sont postérieures à
1990 où le nombre des pluviomètres du catalogue de l’IRD n’est plus
que de 230 ou même plus faible.
Caractérisation des lignes de grains et évaluation de la pluie
moyenne
Rowell and Milford [9] donnent un tableau très complet des
définitions des amas nuageux et des LG utilisées par divers
auteurs. Dans ce travail, une LG est définie comme un ensemble de
pixels groupés sur une image IR Météosat, dont la température
radiative est ≤ -30 °C, de dimensions au moins égales à
25 x 25 pixels, qui se déplace en moyenne, d’est en
ouest d’une image à la suivante et est présent sur au moins trois
images consécutives (la température radiative d’une cible est la
température d’un corps noir qui, placé contre le radiomètre du
satellite, fournirait le même rayonnement que celui qui provient de
la cible). Le seuil - 30 °C assure qu’il s’agit de
convection profonde atteignant au moins le niveau
9 000 m ; la possibilité d’avoir affaire à des
cirrus est écartée par la condition de précipitation (voir
ci-après). La surface minimum de 25 x 25 pixels
permet d’écarter les systèmes convectifs trop petits qui,
cependant, peuvent être des reliquats d’une LG ou au contraire des
précurseurs. Le déplacement d’est en ouest permet d’éviter la prise
en compte de nuages convectifs liés, par exemple, à un relief. La
durée de vie d’au moins six heures permet d’écarter les systèmes
convectifs dus à la convection diurne, par exemple les nuages
produits par les brises côtières. Plus précisément, une LG est
assimilée à un rectangle dont les côtés sont parallèles aux lignes
et colonnes de l’image Météosat, le côté nord passant par le pixel
de température ≤ - 30 °C situé le plus au nord, le
côté sud passant par le pixel de température
≤ - 30 °C situé le plus au sud. Les côtés parallèles
aux colonnes sont définis de manière analogue. Le centre de la LG,
grâce auquel on évalue sa vitesse par exemple, est le centre du
rectangle. Lorsque le nuage se scinde en deux parties, il est admis
que la plus étendue est la continuation de la LG suivie, la plus
petite une nouvelle LG, à condition qu’elle soit mobile et que sa
surface soit au moins de 25 x 25 pixels. Malgré ces
règles assez strictes, il y a une part subjective dans la
détermination et le suivi des LG car le choix a été fait de
procéder manuellement sur l’écran, image par image et LG par
LG ; la reconnaissance des formes est plus rapide et plus sûre
quand elle est faite par le regard de l’observateur que par un
ensemble d’algorithmes élaborés, et l’observateur peut mieux
prendre en compte la cohérence spatiale et temporelle des systèmes
nuageux suivis et sélectionner ceux dont l’allure est nettement
celle d’une LG. Par des méthodes automatiques, la détection et le
suivi des LG utilisent des critères simples, généralement
instantanés, évidemment quantifiables, mais il n’est pas sûr que
tous les systèmes sélectionnés soient réellement des LG.
Soixante-douze LG ont ainsi été suivies en 1986 et quatre
vingt-une en 1987.
Le but de ce travail est l’étude des liens entre pluie et LG, de
sorte qu’aux conditions de température, d’étendue, de vitesse et de
durée de vie énoncées ci-dessus, il en est ajouté une
cinquième : dans le rectangle englobant le nuage froid, il
doit se trouver au moins une station ayant mesuré au moins un
millimètre de pluie à la date où la LG est vue sur l’image IR.
Sur une surface cinq fois plus petite que celle qui est
considérée ici mais toujours au Sahel, et pour le seul mois d’août
1985, Rowell et Milford [9] ont compté 157 LG qui ont apparu
et disparu dans la zone considérée et 29 autres qui ont soit
apparu soit disparu dans cette zone. Au mois de juillet 1985,
Desbois et al. [5] n’avaient compté que 25 LG dans un champ
beaucoup plus vaste que celui de Rowell and Milford [9], s’étendant
de 0° à 20° N et de 30° O à 50° E. Le très grand
nombre de LG vues par Rowell et Milford vient probablement de ce
que ces auteurs utilisaient les images IR Météosat avec une
résolution temporelle de 1 h, (tandis que celle utilisée dans
ce travail, comme dans celui de Desbois et al [5], est de
3 heures) et qu’ils ne mettaient pas de condition à la
dimension du nuage froid.
Malgré une résolution temporelle relativement faible, on a été
confronté à une difficulté importante. Il était nécessaire
d’utiliser au moins 8 images Météosat par jour pour pouvoir
suivre correctement une LG, tandis qu’on ne disposait que d’une
donnée de pluie par jour. L’hypothèse principale qu’il a fallu
faire pour lier pluie et LG a été que la pluie recueillie dans un
pluviomètre un jour de passage d’une LG était due à cette dernière
et non à un autre phénomène pluvieux. L’expérience montre qu’en
général la LG se propage dans un ciel clair. Mathon [10] a trouvé
que le temps qui séparait deux événements pluvieux consécutifs
était de l’ordre de 2 à 3 jours, lors de l’expérience
HAPEX-Sahel (Hydrological and Atmospheric Pilot Experiment-Sahel),
sur le degré carré de Niamey (Niger), à environ
13° N-14° N et 2° E-3° E, de sorte que cette
hypothèse semble justifiée.
Pour évaluer la pluie apportée par une LG, le raisonnement a été
le suivant. Considérons deux images consécutives sur lesquelles on
a dessiné les rectangles entourant la LG ( (figure 2) ). Le
rectangle hachuré (image k) a une partie commune avec le rectangle
blanc (image k-1). L’aire commune aux deux rectangles correspond en
moyenne aux 2/3 de l’aire d’un rectangle. La pluie apportée par la
LG lors de la prise de l’image k est celle qui est relevée dans les
pluviomètres de la zone hachurée. Cette façon de procéder ne
s’applique pas à l’image où la LG a été vue pour la première fois.
Pour cette image là, la pluie a été évaluée en tenant compte de
tous les pluviomètres situés dans le rectangle, en admettant que
puisque la LG n’a pas été observée à l’image précédente, toute la
pluie collectée lors de la prise de cette première image était due
à la LG.
Les stations sont relativement nombreuses entre 12° N et
15° N, là où les pluies sont abondantes en été. Le réseau des
pluviomètres est encore assez dense au sud du Tchad, au Bénin, au
Togo et en Côte d’Ivoire. Les pluviomètres sont rares au Nigeria,
au Ghana et en Guinée ; il n’y en a ni au Cameroun, ni au
Liberia ni en Sierra-Leone, dans le fichier de pluie utilisé (
(figure 1)
).
Au nord de 12° N, la hauteur moyenne annuelle de la pluie
présente un gradient nord-sud d’environ 1 mm par degré de
latitude et, dans l’ensemble, le gradient selon un méridien est
très supérieur au gradient selon un parallèle, comme le montrent
les cartes de Nicholson et al. [11].
Une méthode simple pour évaluer le volume d’eau apporté par une
LG à une image donnée serait de calculer la hauteur moyenne de la
pluie dans la zone hachurée de la ( (figure 2) ) en y
faisant la moyenne des hauteurs recueillies dans les pluviomètres
puis en multipliant cette hauteur par l’aire hachurée. Cependant,
comme les pluviomètres sont plus nombreux là où la pluie est en
moyenne plus abondante, cette méthode simple risquerait de
surestimer le volume d’eau. Pour éviter ce biais, la partie
hachurée a été découpée en quatre zones : Z1, Z2, Z3 et Z4 (
(figure 2)
) d’égale hauteur en latitude. À l’intérieur de chaque zone, la
méthode simple décrite ci-dessus a été appliquée. Cependant,
lorsqu’il n’y avait pas de pluviomètres dans l’une des zones du
milieu (Z2 et Z3), la hauteur de pluie était linéairement
interpolée à partir des hauteurs des zones adjacentes. Lorsqu’il
n’y avait pas de pluviomètres dans les zones extrêmes (Z1 et Z4),
on a supposé qu’au nord de Z1 (au sud de Z4) la hauteur de pluie
était nulle puisque ces parties sont en dehors de la LG. Cela
pouvait à nouveau introduire un biais car rien n’indique que la
quantité de pluie produite par une LG décroisse vers ses extrémités
nord et sud. Mais à cause de la convexité de l’arc ouest de la LG,
de plus grandes parties de Z1 et Z4 ne sont pas couvertes par la
LG. Il n’en est pas ainsi pour Z2 et Z3, de sorte que la
sous-estimation de la hauteur de la pluie est compensée par une
surestimation des surfaces. Cette hypothèse est un pis-aller, mais
toutes autres méthodes appliquées aux zones sans pluviomètres
seraient critiquables.
En 1986, 718 images ont été examinées ; il n’y avait
pas de pluviomètres pour Z1 dans 81 images, pour Z2 dans
116 images, pour Z3 dans 135 images et pour Z4 dans
151 images.
Les résultats obtenus par cette méthode élaborée et assez lourde
n’étaient pas très différents de ceux qui avaient été obtenus par
la méthode simple décrite d’abord.
Pour les images de 00, 03 et 06 du jour J, on considérait les
pluies du jour J-1 où furent totalisées les pluies mesurées à
18 UTC le jour J-1 et celles mesurées à 06 UTC le jour J.
Pour les images de 09, 12, 15, 18 et 21, on considérait les pluies
du jour J.
Résultats
Gaye et al. ont présenté dans un autre article2 les caractéristiques moyennes des LG
observées.
Cent cinquante-trois LG ont été suivies au cours des deux
étés : 85 ont duré moins de 33 heures (11 images),
62 ont duré entre 33 et 63 heures (21 images) et 6 ont
été suivies sur plus de 21 images. Les trajectoires des LG
sont approximativement dirigées vers l’ouest avec une légère
tendance à s’infléchir vers le sud, comme l’ont observé Desbois et
al. [5]. Ces auteurs ont mesuré des vitesses zonales moyennes de
l’ordre de 15 m/s pour les mois de juillet 1983, 1984 et 1985.
Cette valeur a été retrouvée pendant les étés 1986 et 1987 avec une
légère modulation selon l’heure ( (figure 3) ). La LG
s’accélère de 20 % au milieu du jour.
La surface des LG, ou plus précisément le nombre de pixels
contenus dans le rectangle entourant la LG, est présentée pour
quatre seuils de température, en fonction de l’heure du jour (
(figure 4)
). À tous les seuils, la surface est maximum entre 21 h et
00 h et minimum vers 15 h (à 12 h pour les seuils
les plus bas). Cette variation diurne est très semblable à celle
que Mathon et Laurent [7] présentent comme ce qu’ils appellent les
Mesoscale Convective Systems, MCS (systèmes convectifs d’échelle
moyenne) au seuil de – 40 °C. Cependant, la surface
couverte par les LG (au seuil de – 40 °C) varie de
14 000 pixels, soit à peu près 350 000 km2) la
nuit, à environ 7 500 pixels (soit à peu près
180 000 km2) le jour, tandis que la surface
couverte par les MCS varie entre 160 000 km2 la
nuit et 80 000 km2 le jour. Ce rapport de deux à un
entre les résultats de cette étude et ceux de Mathon et Laurent
vient probablement de ce que, dans ce travail, la dimension limite
inférieure pour une LG est de 25 x 25 pixels, soit
environ 16 000 km2 alors que la limite inférieure
pour les MCS était de 5 000 km2.
La ( (figure 5) ) donne le
nombre d’apparitions des LG en fonction de l’heure. Celles-ci sont
beaucoup plus nombreuses à 15 h ou 18 h qu’aux autres
réseaux. La ( (figure 6) ) donne le
volume d’eau apporté par les LG selon l’heure. Pour ce calcul, la
pluie apportée par la première image de chaque LG n’a pas été
comptée car pour cette première image c’est la surface totale du
rectangle qui est prise en compte pour évaluer le volume. En
n’éliminant pas cette première image on risquait de surévaluer les
volumes obtenus aux images de 15 h et 18 h puisque c’est
à ces heures-là qu’il y a le maximum d’apparitions. Le maximum de
pluie s’observe à 21 h en 1986 (environ
2,5 km3) et à 18 h en 1987 (un peu plus de
3 km3). Ces deux années présentent un maximum
secondaire à 03 h (1,5 km3 en 1986 et
2,5 km3 en 1987).
Discussion et conclusion
Les (figures 3–6) montrent l’importance des variations diurnes
des LG. C’est vers 15 h, au moment où le sol est le plus chaud
que se forment les cumulonimbus qui vont donner naissance aux LG.
Dans un article récent Fink et Reiner [12] trouvent un maximum de
naissance de LG entre 15 et 21 h, confirmant nos résultats.
Cependant leur détermination des LG repose sur le gradient
d’intensité des précipitations (détectée par les microondes) sans
condition de taille, de durée de vie ni de déplacement des amas
nuageux.
Ces cumulonimbus apparaissent, sur les images IR de Météosat,
comme de petits disques de quelques dizaines de pixels de diamètre
dont le sommet est très froid. Ces nuages grossissent rapidement et
atteignent leur surface maximum vers 00 h. À cette heure, le
sol s’est refroidi mais il faut quelques heures pour que la
convection se développe de bas en haut. Duvel [13] a étudié la
variation diurne de la nébulosité durant les mois de juin, juillet,
août et septembre des années 1983, 1984 et 1985, en Afrique au nord
de l’équateur. Au Sahel, il a observé, comme cela a été le cas dans
ce travail, un minimum vers 12 h et un maximum entre 21 et
00 h.
Roux [14] explique la propagation des LG par la naissance de
nouvelles cellules convectives à l’avant de leur front ; il
mesure des vitesses, dirigées vers l’ouest, de l’ordre de
18 m/s, parfois supérieures à celle du vent à tous niveaux. La
vitesse de propagation des LG telle qu’elle est définie dans ce
travail est celle du centre du rectangle circonscrit et non celle
du front. On pourrait imaginer que le front soit immobile mais que
la traîne se résorbe et disparaisse à l’est ; d’après la
définition, la ligne de grain aurait néanmoins une vitesse vers
l’ouest. Il est possible que le maximum de vitesse observé vers
15 h soit en partie dû à ce phénomène, mais les tracés, toutes
les trois heures, des fronts des LG donnés par Desbois et al. [5]
mettent en évidence des variations diurnes de vitesse à peu près
conformes à ce qu’indique la ( figure 3 ).
Le volume de pluie subit une variation diurne, avec un maximum
de 2,5 km3 environ entre 18 et 21 heures, mais
comme les surfaces des LG sont plus petites entre 15 h et
18 h qu’à 21 heures, c’est dans cet intervalle que la
hauteur de pluie sous la ligne de grain est maximum : entre 7
et 8 mm ; il y a aussi un petit maximum, moins important
de 1,9 km3 (soit 4,2 mm) à 3 heures. Ce
maximum est inattendu et inexpliqué. Rickenbach [15] décrit un
maximum secondaire de pluie à 3 h locales au sud-ouest de
l’Amazonie.
Le choix du seuil de – 30 °C est discutable. Pendant
l’ETGA (Expérience tropicale du GARP dans l’Atlantique), au cours
de l’été 1974, le canal IRT du satellite géostationnaire américain
permettait d’évaluer la température du sommet des nuages. Lorsque
celle-ci était inférieure à 235 K (- 38 °C), on
estimait que le taux de précipitation était de 3 mm par heure
sur la surface recouverte par le nuage froid. Mathon et Laurent [7]
ont fixé le seuil à – 40 °C pour l’étude des MCS, et
Laing et al. [6] se sont intéressés aux LG dont le sommet était à
une température inférieure à – 54 °C. Nous pensons qu’en
prenant un seuil à – 30 °C (qui est la température à
9 000 m dans la troposphère tropicale), on accède à la
traîne des LG dont la contribution à la pluie n’est pas
négligeable, que l’on risque de manquer en prenant un seuil plus
bas.
Il y a une part subjective importante dans le suivi des LG sur
les images IR de Météosat, pourtant la seule méthode possible dans
les régions où les stations d’observations sont rares comme en
Afrique. Nous avons cherché à rendre cette part aussi petite que
possible en nous donnant quelques règles pour encadrer la LG.
Le choix qui a été fait pour évaluer la pluie moyenne sur une
image à l’aide des hauteurs quotidiennes recueillies dans les
pluviomètres groupés par zone ( (figure 2) ) est une
hypothèse peut-être discutable. Grâce au rapide déplacement des LG
observé à l’aide des huit images quotidiennes, il a été possible
d’accéder aux variations diurnes de la pluie tout en n’ayant qu’un
relevé quotidien par pluviomètre. Nos résultats sont comparables à
ceux de la littérature ; nous pensons donc que les hypothèses
de définition de la LG et la technique de calcul de la pluie
n’introduisent pas de biais systématique dans l’évaluation des
précipitations.
Références
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2 Gaye A, Viltard A, de Félice P. Lignes de
grains et pluie en Afrique de l’Ouest : part des lignes de
grains à la pluie totale des étés 1986 et 1987 (à paraître dans
Sécheresse).1 UTC : temps universel
coordonné (Universal Time Coordinated).
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