ARTICLE
Auteur(s) :, Der
Somé, Prosper N
Zombré, Gérard
Zombré, Harold Roy Macauley
Unité de formation et de recherche en science de la vie et de la
terre, Université de Ouagadougou 03 BP 7021, Ouagadougou 03,
Burkina Faso
La dégradation des ressources naturelles et la faible pluviosité
constituent des problèmes majeurs qui entravent le développement
des pays de la zone soudano-sahélienne de l’Afrique. La poussée
démographique a engendré une pression humaine jamais égalée sur les
ressources naturelles renouvelables. Les terres cultivables et même
les terres marginales dans les zones de forte densité sont mises en
culture en permanence.La mise en culture continue, conjuguée aux
contraintes climatiques entraîne un appauvrissement des sols en
matière organique et en éléments minéraux et un effondrement de la
structure [1-3], la perte de la productivité et l’abandon des
terres par les paysans. Dans le plateau central à plus forte
pression humaine, la dégradation des terres est plus accentuée
qu’ailleurs. Les sols abandonnés se transforment en des surfaces
encroûtées dénudées appelées zipellés en langue mooré, mot qui
signifie étymologiquement « clairière » ou « zone
blanche ». Marchal [4] les qualifie de lèpre du Yatenga
(région nord du Burkina). Ce phénomène apparu depuis quelques
décennies a pris des proportions inquiétantes au fil des années
dans cette zone du Burkina. Les sols nus occupent 18 % de la
zone de Yako [5] et 5 % de la superficie totale de la province
du Passoré [6]. L’étude diachronique menée par Hien [7] dans le
bassin du Nakambé montre que les sols dénudés représentaient
5 % de la superficie en 1956, 30 % en 1980 et 40 %
en 1988. L’étude de Kaboré [8] dans le Passoré révèle la même
tendance.Dans ce contexte d’indisponibilité croissante des terres
cultivables, la restauration des terres dégradées et la mise au
point de systèmes d’utilisation des terres aptes à préserver les
écosystèmes deviennent impérieuses. De nombreuses initiatives ont
été alors développées par les paysans. On peut citer, entre autres,
le paillage, la pratique des techniques de diguettes antiérosives,
de demi-lunes, du zaï. Mais leurs moyens d’action sont souvent
limités. Dans le souci de trouver des solutions à la portée des
paysans, de nombreux travaux de recherche ont été menés sur les
initiatives paysannes, avec un accent particulier sur le zaï, dans
le but d’innover et/ou d’améliorer leur efficacité [8-15]. Le zaï
est une technique culturale traditionnelle permettant de restaurer
les sols très dégradés tout en assurant un minimum de production
agricole. C’est une forme particulière de culture en poquets
concentrant les eaux de ruissellement et les matières organiques
dans un micro bassin [9]. Elle est jusque là pratiquée
exclusivement avec des céréales.L’utilisation du niébé - une
légumineuse de grande consommation et dont la capacité de fixer
l’azote atmosphérique et d’enrichir le sol en azote est prouvée
[16-18] - n’a jamais été prise en compte dans la réhabilitation des
sols dégradés par cette technique.Notre travail s’inscrit dans le
cadre des préoccupations du monde rural sur la dégradation des
ressources naturelles. Il a pour objectifs :
- d’apprécier l’impact de la technique du zaï sur la
production du niébé et sur l’évolution de quelques caractéristiques
chimiques du sol ;
- – de rechercher son optimisation sur la production au
travers de sa composante amendement.
L’approche utilisée pour atteindre ces objectifs a consisté en une
expérimentation conduite au champ en milieu paysan.
Matériel et méthode
Matériel
Le sol utilisé est de type ferrugineux tropical lessivé induré
superficiel [7]. C’est un sol totalement nu où rien ne pousse
actuellement. Les teneurs en matière organique et éléments minéraux
majeurs sont faibles dans l’ensemble, l’acidité est élevée avec une
texture limono-argileuse (tableau I( Tableau I )).
Le matériel végétal utilisé est du niébé (Vigna unguiculata (L.)
Walp.), la variété KVX 61-1 vulgarisée par l’Institut d’étude et de
recherches agricoles (Inera) en raison de ses grandes potentialités
agronomiques.
Les substrats fertilisants utilisés sont le fumier, le compost,
le Burkina phosphate et la paille de Loudetia togoensis.
Le compost employé provient des déchets ménagers (cendres de
foyers principalement, résidus de cuisines et débris divers issus
des balayages quotidiens des maisons) accumulés dans une fosse où
sont versées les eaux usées.
Le fumier est constitué uniquement des déchets de petits
ruminants, (moutons et chèvres notamment) prélevés dans le parc au
moment de la mise en place de l’essai.
Le Burkina phosphate utilisé est du phosphate naturel finement
broyé fourni par le projet Burkina phosphate. Il se présente sous
forme de poudre grisâtre avec des teneurs en phosphate et calcium
respectivement de 25 % et 10 %. Son utilisation se
justifie par une carence originelle en phosphore des sols du
Burkina [19].
La paille de Loudetia togoensis provient de Pougyango, village
où a été conduit l’essai au champ. C’est une graminée très répandue
sur l’ensemble du territoire national et qui pourrait être utilisée
pour la production de compost.
La composition chimique de ces substrats est présentée dans le
(tableau II( Tableau II
)).
Tableau I Caractéristiques physico-chimiques des
15 premiers centimètres du sol utilisé
|
Azote total (en %)
|
Phosphore total (en ppm)
|
Potassium total (en ppm)
|
Calcium total (en g/kg)
|
MO total (en %)
|
pHeau
|
Granulométrie
|
|
Sable
|
Limon
|
Argile
|
|
0,092
|
107
|
1026
|
2,18
|
1,50
|
5,72
|
25,49
|
39,22
|
35,29
|
Tableau II Composition chimique des amendements
|
Éléments minéraux
|
Compost
|
Fumier
|
Paille de Loudetia togoensis
|
Burkina phosphate
|
|
Azote total (en % N)
|
2,34
|
0,51
|
1,52
|
0,03
|
|
Phosphore total (en % P2O5)
|
0,17
|
0,22
|
1,04
|
25,43
|
|
Potassium total (en % K2O)
|
0,7
|
1,89
|
0,56
|
0,3
|
|
Calcium total (en % Ca0)
|
0,97
|
2,41
|
0,39
|
10,61
|
|
Matière organique totale (en %)
|
17,16
|
46,99
|
89,1
|
_
|
|
Rapport C/N
|
4,24
|
53,20
|
33,84
|
_
|
Méthode
Cinq types de traitements ont été effectués :
- – BP : zaï + Burkina phosphate à
500 kg/ ha (soit 10,33 g/poquet) ;
- – ZC : zaï + compost à 3 t/ha (soit
62 g/poquet) ;
- – ZF : zaï + fumier à 3 t/ha (soit
62 g/poquet) ;
- – ZL : zaï + paille de Loudetia togoensis enfouie
dans le poquet à 3 t/ha (soit 62 g/poquet) ;
- – TS : témoin ; semis traditionnel à la
daba.
Le dispositif expérimental utilisé pour la mise en œuvre des
traitements est le dispositif en blocs randomisés à quatre
répétitions. Les blocs ont été disposés le long de la plus grande
pente. L’unité expérimentale est une parcelle de 5 m x
5 m (soit 25 m2).
Un cordon pierreux a été aménagé à l’amont pour freiner le
ruissellement.
Au niveau des traitements au zaï (ZBP, ZC, ZF et ZL) les poquets
sont creusés selon un rayonnement croisé à une densité de
0,5 m x 0,5 m, correspondant à 48 400
poquets/hectare. Chaque poquet a un diamètre de 25 cm sur une
profondeur de 15 cm. Les parcelles témoins ont été semées à la
même densité. Le nombre de pieds de niébé par poquet est de 2 après
démariage. L’essai a été conduit du 7 juillet au 4 octobre
2002.
La pluviosité a été mesurée à l’aide d’un pluviomètre à lecture
directe installé sur le site. C’est un pluviomètre de surface
réceptrice de 400 cm2 placé à une hauteur de
1,5 m.
La caractérisation du sol initial (EI) a été effectuée grâce à
des prélèvements réalisés sur l’aire du site à raison de 4
échantillons par bloc prélevés tous les 10 mètres dans le sens
de la longueur, soit 16 échantillons au total mélangés pour
former un échantillon composite. Les prélèvements sont faits à la
tarière dans les 15 premiers cm du sol. Pour chaque
traitement, c’est le principe d’échantillons composites qui a été
aussi utilisé : trois échantillons de sol sont prélevés par
parcelle, soit 12 échantillons par traitement sont mélangés
pour former l’échantillon composite.
Les paramètres mesurés sont l’azote, le phosphore, le potassium,
le calcium, la matière organique total, la granulométrie et le pH.
Les méthodes utilisées sont décrites dans le document technique du
Bureau national des sols (Bunasols) [20] :
- – granulométrie : méthode de l’hydromètre ou
méthode Bouyoucos ;
- – matière organique : méthode Walkley –
Black ;
- – azote total : minéralisation Kjeldahl et dosage
colorimétrique avec le réactif de Nessler ;
- – phosphore total : minéralisation acide et dosage
colorimétrique avec le bleu de molybdène ;
- – calcium total : minéralisation acide et dosage
spectrométrique en absorption atomique ;
- • pHeau : mesure au ph-mètre dans une suspension de
sol/eau de rapport de 1/2,5.
L’estimation du taux de levée a été faite par comptage du nombre
de poquets comportant au moins un plant de niébé.
La mesure du rendement en graines a été effectuée par la pesée
des graines séchées à 7 % d’humidité à l’aide d’une balance de
précision (de marque Adventurer à 0,01 g), de portée
5 kg. L’évaluation de la biomasse sèche aérienne a été obtenue
sur chaque parcelle par pesée sur le site à l’aide d’une balance
Salter de 25 kg de portée.et d’une précision de 100 g.
Des échantillons de chaque parcelle transportés au laboratoire ont
été pesés, séchés à l’étuve à 105 °C pendant 24 heures
puis repesés pour obtenir le taux de matière sèche. Ce taux est
ensuite appliqué aux résultats des pesées au champ pour obtenir,
par extrapolation, le poids de la biomasse sèche produite par
parcelle.
Les données sur la levée, les rendements en grains et en
biomasse ont été traitées par analyse de variance à l’aide du
logiciel Stat–Itcf et la différenciation des moyennes a été faite
par le test de Newman-Keuls au seuil de 5 %.
Résultats et discussion
Levée des semis et production en graines et en biomasse
aérienne sèche
Les résultats présentés dans le (tableau III( Tableau III )) indiquent une différence nette
entre les traitements au zaï (ZBP, ZC, ZF, ZL) et les témoins avec
des taux de levée moyens respectivement de 80 et 10 %.
En général, les sols dégradés nus (zipellés) sont caractérisés
par leur imperméabilité. On y mesure un taux de ruissellement
allant jusqu’à 80 % [6] et on observe une macroporosité quasi
nulle en surface [8]. En outre, il se développe sur ces sols une
pellicule de battance liée à l’encroûtement qui entraîne une faible
aération des horizons sous-jacents tassés. Le faible taux de levée
observé au niveau des témoins pourrait s’expliquer essentiellement
par l’encroûtement de ces sols qui réduit l’humidification et
l’aération du sol. Avec le traitement au zaï, la disparition de la
croûte de battance rétablit l’aération du sol et la rétention de
l’eau dans les poquets permet l’infiltration de l’eau augmentant
l’humidité du sol indispensable pour la germination, d’où la bonne
levée chez ces traitements.
Du point de vue production, l’analyse des résultats reproduits
dans le (tableau III) révèle une production en graines nulle
au niveau des témoins et du traitement à la paille de Loudetia
togoensis et très faible avec le compost. En revanche, elle est
relativement élevée (290 et 211 kg/ha) dans les parcelles
ayant reçu du fumier et du burkina phosphate. L’analyse statistique
indique que les rendements sur les parcelles traitées au fumier et
au Burkina phosphate ne diffèrent pas significativement entre eux
mais sont différents des autres. Les rendements obtenus avec les
traitements au compost, à la paille de Loudetia togoensis et les
témoins ne sont pas différents statistiquement. La plus importante
production en biomasse aérienne (1 275 et 1 110 kg/ha de
poids sec) est observée également avec les traitements au fumier et
au phosphate. Elle est relativement faible pour les parcelles
traitées au compost, très faible pour les traitements à la paille
Loudetia togoensis et nulle au niveau des témoins. Du point de vue
statistique, il n’y a pas de différence significative entre les
rendements sur les parcelles traitées au fumier et au burkina
phosphate. On note pour cette production en biomasse sèche une
différence significative entre les rendements obtenus avec les
traitements au compost, au Loudetia togoensis et les témoins.
Les rendements en graines comme en biomasse sèche sont nuls au
niveau des témoins en raison de la mortalité des graines, liée à
l’imperméabilité et la faible aération du sol. Seuls les
traitements au zaï, du fait de l’économie d’eau, de l’amélioration
de l’aération qu’ils engendrent et des apports en nutriments, ont
permis d’avoir une production appréciable. À ce niveau, on remarque
particulièrement la production relativement bonne obtenue avec
l’apport de phosphate naturel uniquement, une production
équivalente statistiquement à celle observée avec le fumier. Cela
montre l’état de carence de ces types de sol en phosphore, d’une
part, et l’importance du phosphore dans le développement du niébé,
d’autre part. La fumure phosphatée entraînerait une augmentation
des rendements du niébé [21] ; elle serait nécessaire à la
formation des nodosités [22]. Ces résultats sont conformes à ceux
observés par Lompo et al. [23] et Bado et Hien [24]. Les premiers
ont constaté une augmentation des rendements du sorgho avec
différentes formes de phosphate, et les seconds une augmentation
des rendements du riz pluvial avec le phosphate naturel. En
revanche, Compaoré et al. [25] ont remarqué que sur un sol de pH
6,2 le phosphate naturel n’a pas d’effet significatif sur la
production du niébé. Ce résultat ne contredit pas fondamentalement
nos observations. L’acidité élevée du sol utilisé (pH eau 5,7) et
l’amélioration de l’humidité du sol par le zaï ont permis une
dissolution partielle du phosphate libérant le phosphore au profit
des plantes. C’est ce qui pourrait expliquer les rendements
relativement bons obtenus avec le burkina phosphate.
La production nulle en graine et faible en biomasse constatée au
niveau du traitement à la paille de Loudetia togoensis confirme les
résultats de Kaboré [8] et Zombré et al. [15] qui ont constaté que
le zaï avec enfouissement de paille n’a pas d’effet sur la
production du sorgho sur les sols dégradés. En effet, la paille
enfouie dans les poquets ne se décompose pas à temps pour rendre
les éléments minéraux disponibles pour les plantes. En outre, bien
qu’elle améliore la disponibilité en eau dans le poquet en
réduisant l’évaporation, la paille crée un encombrement qui
pourrait gêner l’enracinement des jeunes plantes et donc leur
alimentation hydrominérale. Ce résultat pourrait s’expliquer aussi
par une situation de carence en azote due à la concurrence pour cet
élément provoquée par les microorganismes qui utilisent l’azote
disponible pour leur multiplication.
En revanche, contrairement aux observations de Kaboré [8] et de
Zombré et al. [15] sur le sorgho, on note une production
particulièrement faible du niébé pour le traitement au compost,
liée probablement à un entraînement des éléments nutritifs par les
eaux de ruissellement en raison de sa minéralisation plus élevée
(C/N très bas) ou à une perte importante d’azote par volatilisation
ou encore au déséquilibre minéral lié à la faible teneur en
phosphore.
Les rendements obtenus sont dans leur ensemble faibles par
rapport au potentiel agronomique de la variété (800 kg/ha en
milieu paysan) même s’ils sont assez proches de ceux observés en
milieu paysan sur des sols moins dégradés (230 à 500 kg/ha au
Passoré [26]). La mauvaise pluviosité enregistrée sur le site
(404 mm de cumule total ; 370 mm de cumul pendant la
période effective de culture) (figures 1 et 2) pourrait en
partie expliquer ce résultat. En effet, le cumul d’eau enregistré
pendant la période effective de culture est légèrement inférieur
aux besoins en eau de la variété qui sont compris entre 400 et
800 mm. À cela s’ajoute la mauvaise répartition dans le temps
de la pluie avec seulement sept jours de pluies et un cumul de
moins de 100 mm en septembre. Cette mauvaise répartition dans
le temps se traduit par de longues périodes de sécheresse et des
concentrations de pluies dans un temps réduit créant des stress dus
au déficit d’eau ou aux inondations des poquets de zaï
préjudiciables au bon développement des plantes. Il serait alors
possible d’utiliser des variétés à large gamme d’adaptation
climatique tolérant à la fois la sécheresse et l’excès d’humidité
pour palier à ces aléas climatiques. Plusieurs variétés de niébé
s’adaptant indifféremment aux zones écologiques arides et humides
existent et l’une des plus performantes testée au Burkina Faso est
la KVX 396-4-5-2D [27].
Tableau III Levé des semis et rendements en grains
et en biomasse aérienne
|
Traitements
|
Levé des semis (%)
|
Rendement grains (kg/ha)
|
Rendement biomasse aérienne (kg/ha)
|
|
ZBP
|
93 a
|
211 a
|
1 110 a
|
|
ZC
|
98 a
|
24 b
|
795 b
|
|
ZF
|
94 a
|
290 a
|
1 275 a
|
|
ZL
|
89 a
|
00 b
|
520 c
|
|
TS
|
10 b
|
00 b
|
00,00 d
|
Tendance évolutive des caractéristiques chimiques du sol
Il a été surtout question de dégager la tendance évolutive à court
terme de trois éléments minéraux majeurs (azote, phosphore,
calcium), de la matière organique et de l’acidité du sol. Les
résultats observés sont représentés par les figures 3 à 7. À
l’exception des traitements au compost et au fumier, il n’y a pas
eu une variation sensible du taux d’azote par rapport au niveau
initial (EI) du sol ( (figure 3) ).
Une augmentation exceptionnelle du phosphore est remarquée au
niveau des parcelles traitées avec le phosphate naturel ( (figure 4) ). On
note également un relèvement du taux de cet élément au niveau des
autres traitements à base d’amendements (ZC, ZF, ZL).
Pour le calcium, une nette augmentation du taux est observée sur
les parcelles fertilisées avec le burkina phosphate. Un relèvement
moins important est aussi constaté sur les parcelles traitées avec
le fumier et le compost ( (figure 5) ).
On remarque une augmentation sensible du taux de la matière
organique sur les parcelles fertilisées avec le compost et le
fumier ( (figure 6) ).
Un relèvement du pH eau du sol est constaté sur toutes les
parcelles fertilisées avec les amendements; les valeurs les plus
élevées (6,3 et 6,4) sont observées avec le compost et le fumier (
(figure 7)
).
L’apport des amendements a entraîné, de façon générale, une
amélioration relative du stock des éléments minéraux essentiels, un
relèvement du taux de la matière organique et une réduction de
l’acidité du sol.
L’augmentation des teneurs du phosphore et du calcium sur les
parcelles traitées au burkina phosphate, s’explique par la teneur
en phosphore et en calcium particulièrement élevée du Burkina
phosphate (respectivement 25 % et 10 %) et la faible
solubilité de ce dernier qui limite les pertes par entraînement par
les eaux de ruissellement. Ces résultats sont conformes à ceux
observés par Lompo et al. [25] qui constatent un relèvement des
taux de phosphore et de calcium du sol fertilisé à base de
phosphate naturel et de phosphate acidulé.
Pour l’azote, les apports par les différents amendements et/ou
par la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique reconnu chez
les légumineuses ont à peine compensé les exportations. Le gain
d’azote escompté par la fixation symbiotique de l’azote
atmosphérique par le niébé n’a pas été perceptible dans le sol
durant cette première campagne. Cela peut s’expliquer par la rareté
de l’inoculum sur ces sols très dégradés, abandonnés depuis plus
d’une trentaine d’années et/ou par l’acidité élevée du sol qui
inhibe la nodulation et limite l’activité des rhizobiums. Le faible
gain d’azote observé au niveau du sol traité au fumier ( (figure 3) )
alors que ce dernier présente une faible teneur initiale en azote
(tableau II) permettrait de penser que l’utilisation du fumier
a stimulé la fixation de l’azote atmosphérique par le niébé.
Le relèvement du taux de la matière organique observé uniquement
au niveau des parcelles traitées au fumier, au compost et à la
paille de Loudetia a été également constaté par Kaboré [8] après
deux campagnes de zaï et par Kriegl et Mabrouk [12] après trois
campagnes de culture de mil par la technique des tassas (équivalent
du zaï au Niger). Il est dû aux apports des amendements organiques.
Le relèvement du pH au niveau de tous les traitements à base
d’amendements s’explique surtout par l’apport du calcium, élément
essentiel des bases échangeables qui déterminent l’acidité du
sol.
Conclusion
Cette étude a visé surtout à mettre en évidence la possibilité de
cultiver le niébé sur les formations pédologiques très dégradées
(zipellés) de la zone sahélienne du Burkina par la technique du
zaï, le rôle de la qualité des amendements dans cette production et
l’impact de cette culture de légumineuse par la technique du zaï
sur l’évolution des caractéristiques chimique du sol.
Les résultats obtenus pour cette première campagne confirment la
possibilité de produire le niébé par la technique du zaï sur un sol
ferrugineux tropical dégradé dénudé.
Les apports de fumier et de phosphate naturel ont permis
d’obtenir avec la variété KVX-61-1, des rendements proches de ceux
observés avec les producteurs de cette zone utilisant les variétés
traditionnelles de niébé. Mais cette production est faible dans
l’ensemble au regard des potentialités agronomiques de la KVX-61-1
et pourrait s’expliquer par la qualité et la quantité des
amendements apportés, les stress hydriques dus au déficit
pluviométrique ou aux inondations prolongées des poquets. Une
combinaison judicieuse ou une augmentation des doses des
amendements utilisés, une association du zaï aux cordons pierreux
pour palier le déficit hydrique lié aux longues périodes de
sécheresse ou l’utilisation de variétés de niébé comme la KVX
396-4-5-2D à large gamme d’adaptation climatique susceptibles de
tolérer à la fois les sécheresses et les longues inondations des
poquets, pourraient permettre une amélioration des rendements.
Les données sur les tendances évolutives des caractéristiques
chimiques du sol ont montré un relèvement du taux de la matière
organique consécutive aux apports de la fumure organique, un
relèvement du pH avec tous les types d’amendements utilisés, un
important relèvement du taux du phosphore et de calcium consécutif
à l’apport du burkina phosphate.
Le gain d’azote escompté par la fixation symbiotique de l’azote
atmosphérique par le niébé n’a pas été perceptible ; la
tendance évolutive du taux d’azote est seulement positive avec
l’apport du fumier et compost.
Pour cette première campagne, la tendance évolutive montre de
façon générale une amélioration des caractéristiques chimiques du
sol. Une poursuite de l’expérience à moyen ou à long terme pourra
confirmer cette tendance et particulièrement l’évolution de l’azote
en relation avec la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique
par le niébé.
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