Auteur(s) : Thierry Piche
Moayyedi Paul, Delaney BC, Vakil N, Forman D, Talley NJ. The
efficacy of proton pump inhibitors in nonulcer dyspepsia : a
systematic review and economic analysis. Gastroenterology
2004 ; 127 : 1329-37.
La dyspepsie non ulcéreuse (DNU) est une pathologie
fonctionnelle très fréquente qui est définie par la persistance ou
la récurrence d’une douleur ou d’un inconfort abdominal centré sur
la partie haute de l’abdomen sans organicité susceptible
d’expliquer les symptômes. Au cours d’une année, on considère que
15 à 20 % de la population générale se plaint de symptômes
dyspeptiques. Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) sont les
agents pharmacologiques les plus utilisés dans le traitement du
reflux gastro-œsophagien (RGO) et occasionnent une dépense de
2 milliards de dollars par an aux États-Unis. Pourtant, le
rôle de la sécrétion gastrique acide et l’efficacité des IPP dans
la DNU restent controversés [1, 2]. La présente étude est une
analyse économique des essais thérapeutiques publiés ayant utilisé
les IPP dans la DNU. La recherche bibliographique s’est appuyée sur
l’analyse des essais thérapeutiques publiés dans plusieurs bases de
données (Cochrane, Embase, Sigle et Medline) jusqu’en 2002. Les
résultats ont été traités selon un modèle de Markov en comparant
les données économiques au bénéfice thérapeutique évalué sur un an.
L’analyse a porté sur 8 essais randomisés qui comparaient
l’efficacité des IPP versus placebo sur un total de
3 293 malades. Le risque relatif de symptômes
dyspeptiques persistants sous IPP était de 0,86 (IC
95 % : 5-25 ; p = 0,003) pour
9 malades traités. En dépit d’un effet modeste, le coût des
traitements par IPP varierait de 238 à 57 dollars par mois
sans symptôme si un produit générique était utilisé. Le contrôle
des symptômes sous IPP pourrait être expliqué par la réduction du
volume gastrique plus que par les modifications du pH puisqu’il
existait un effet dose des IPP. Il est possible que les répondeurs
aux IPP soient ceux qui présentent des symptômes et une endoscopie
haute négative. En effet, des études cas témoins ont montré qu’une
réponse défavorable était souvent observée quand des nausées ou une
pesanteur gastrique étaient présentes [3] alors que des symptômes
de reflux étaient associés à de bonnes réponses thérapeutiques [4].
Dans le présent travail, les malades qui avaient des symptômes de
reflux dominants étaient les mieux soulagés par les IPP. Il est
possible que l’efficacité des IPP dans la DNU puisse être attribuée
à une mauvaise classification des malades atteints de RGO.
Pourtant, dans ce travail, certains malades dont l’endoscopie haute
était normale et qui avaient des épigastralgies comme symptômes
dominants étaient bien soulagés par les IPP. Dans cette étude,
l’efficacité du placebo était relativement faible par rapport à la
réponse obtenue dans les essais qui comparaient les
antiH2 aux IPP (23 % contre 40 %
respectivement). Ces différences pourraient être expliquées par
l’utilisation de critères d’efficacité plus stricts comme le
soulagement complet des symptômes fonctionnels par les IPP. Il est
bien établi que le pH intragastrique est plus élevé chez les
malades qui prennent des IPP et qui sont infectés par
Helicobacter pylori (Hp) ce qui a fait suggérer une plus
grande efficacité des IPP sur les symptômes dyspeptiques. Pourtant,
les données issues du présent travail n’ont pas montré de
différence statistiquement significative entre les deux groupes de
malades. Cette étude montre que les IPP ont une efficacité modeste
mais statistiquement significative au cours de la DNU.
L’administration d’IPP au cours de la DNU a un meilleur rapport
coût/efficacité quand des produits génériques sont utilisés. Ces
données suggèrent aussi que seule une minorité de symptômes sont
expliqués par des anomalies de la sécrétion gastrique acide.
Références
1. Talley NJ, Meineche-Scmidt V, Pare P, Duckworth
M, Raisanen P, Pap A, et al. Efficacy of omeprazole in
functional dyspepsia : double blind, randomized,
placebo-controlled trials (the Bond and Opera studies). Aliment
Pharmacol Ther 1998 ; 12 : 1055-65.
2. Wong WM, Wong BC, Hung WK, Yee YK, Yip AW, Szeto
ML, et al. Double blind, randomised, placebo controlled
study of four weeks of lansoprazole for the treatment of functional
dyspepsia in Chinese patients. Gut 2002 ; 51 :
502-6.
3. Meineche-Scmidt V, Christensen E. Which
dyspepsia patients will benefit from omeprazole treatment ?
analysis of a Danish multicenter trial. Am J Gastroenterol
2000 ; 95 : 2777-83.
4. Bytzer P, Hansen JM, Rune S, Bonnevie O,
Breinstrup H, Funch-Jensen P, et al. Identifying responders
to acid suppression in dyspepsia using a random starting day trial.
Aliment Pharmacol Ther 2000 ; 14 : 1485-94.
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