ARTICLE
Auteur(s) :, Stéphane Donnadieu*
Unité d’évaluation et de traitement de la douleur, hôpital
européen Georges Pompidou, 20 rue Leblanc, 75015 Paris
Les douleurs postopératoires se rangent en trois catégories selon
leur durée :
- – les douleurs aiguës postopératoires précoces de
décroissance rapide, dépassant rarement les 5 premiers jours.
Leur mécanisme est essentiellement nociceptif, lié à l’abord
chirurgical,
- – les douleurs persistantes au-delà de la période
postopératoire immédiate, pouvant atteindre plusieurs semaines,
mais ne perdurant pas au-delà du troisième mois. Les séquelles
ostéoarticulaires en représentent une part importante,
- – les douleurs chroniques présentes depuis au moins
trois mois, dont la description peut être très différente de la
douleur postopératoire initiale. Leur retentissement émotionnel est
souvent important, avec risque d’autonomisation de cette douleur
comme maladie à part entière. Une participation neuropathique est
fréquemment retrouvée, de même qu’un terrain favorisant.
La chirurgie cardiovasculaire est pourvoyeuse de ces trois types de
douleurs [1]. Étant donné les grandes différences dans les voies
d’abord et les techniques chirurgicales, seules les douleurs liées
à la chirurgie cardiaque sont abordées dans cet article.
Douleurs précoces
Mécanismes
La principale incision pratiquée en chirurgie cardiaque reste la
sternotomie, qui induit des douleurs d’origines osseuse,
articulaire et musculaire. Les douleurs osseuses sont provoquées
par des fractures de côtes favorisées par l’ostéoporose. Très
douloureuses, entravant la ventilation et la kinésithérapie
précoce, elles sont diagnostiquées par la palpation d’un point
douloureux exquis, parfois la perception d’un craquement à la
pression. Les signes sont parfois difficiles à mettre en évidence
sur une radiographie pratiquée « au lit ». Les
contraintes appliquées aux cartilages chondrocostaux par les
écarteurs se traduisent au niveau de la paroi thoracique antérieure
au maximum par des luxations chondrocostales, facilement palpables
en parasternal, mais le plus souvent uniquement par des douleurs
bien localisées. Cette souffrance positionnelle se rencontre aussi
sur les articulations costovertébrales, entraînant des dorsalgies
avec parfois des irradiations basses empruntant le trajet des nerfs
articulaires postérieurs, d’autant plus qu’il existe une
hypertrophie dégénérative de ces massifs articulaires ( (figure 1) ).
Les douleurs myofasciales sont fréquentes, touchant aussi bien
la paroi antérieure que postérieure ainsi que la région scapulaire.
Les muscles impliqués sont le pectoral, les dentelés, le trapèze,
l’élévateur de la scapula, le rhomboïde. Ces muscles sont
douloureux et contractés à la palpation. Le mécanisme des douleurs
myofasciales est complexe : arc réflexe segmentaire déclenché
par les influx nociceptifs, hyperalgésie secondaire, acidose locale
des muscles impliqués dans le geste opératoire.
Les drains médiastinaux et pleuraux participent aux douleurs
postopératoires précoces, entraînant des douleurs postérieures
augmentées par les mouvements ventilatoires amples et par la toux.
Une traction sur les fils d’attache de ces drains est une source de
douleur facilement évitable par une meilleure fixation.
Les douleurs thoraciques postopératoires précoces peuvent être
le premier signe d’une complication : épanchement
péricardique, pleural, pneumopathie, embolie pulmonaire, infection
pariétale, œsophagite dont le traitement est à la fois étiologique
et symptomatique.
Évaluation
Après chirurgie cardiaque, les opérés sont dirigés directement en
réanimation ou en salle de surveillance post-interventionnelle
(SSPI). Si le patient est extubé et conscient, l’évaluation de la
douleur se fait par une méthode d’auto-évaluation, utilisant soit
une réglette (Échelle Visuelle Analogique, EVA), soit plus souvent
une échelle numérique simple (0 = absence de douleur, 10 = douleur
maximale imaginable). Les valeurs doivent être notées sur la
pancarte de surveillance comme tout autre paramètre vital, à
intervalles réguliers et après chaque administration d’antalgique.
Le contrôle de la douleur est une des conditions de sortie de SSPI.
Lorsque le patient est encore sous l’effet de l’anesthésie,
l’évaluation est essentiellement comportementale : aspect du
visage, manifestation d’agitation, profil hémodynamique. Il
n’existe pas encore d’outil parfaitement validé de mesure de la
douleur chez ces patients. La sédation est poursuivie jusqu’au
réchauffement du patient et à l’obtention d’une hémodynamique
stable. L’apparition de la douleur est prévenue par
l’administration de morphine sous-cutanée ou intraveineuse
(IV).
Moyens antalgiques
Le soulagement de la douleur postopératoire ne se limite pas à la
prescription de médicaments antalgiques. Il comprend également les
moyens non médicamenteux que sont le confort de l’opéré par une
bonne installation, un positionnement sans tension des sondes et
drains, et la mobilisation indolore précoce.
Trois méthodes sont pratiquées pour l’antalgie médicamenteuse
postopératoire :
- – l’administration d’antalgiques par voie intraveineuse
et particulièrement l’autoadministration de morphine par
voie IV,
- – l’administration régionale d’anesthésiques
locaux,
- – l’antalgie par voie périmédullaire.
L’antalgie par voie IV est la plus commune. Elle associe
des antalgiques non morphiniques (paracétamol injectable, Néfopam,
Acupan®) à des morphiniques. Lorsque le patient est
maintenu sédaté pour ventilation mécanique, les morphiniques les
plus utilisés sont le sufentanil et la morphine. Toutefois
l’emploi, tout comme au bloc opératoire, d’un morphinique
rapidement métabolisé comme le rémifentanyl (Ultiva®),
est proposé par certaines équipes en veillant à un relais précoce
par la morphine pour éviter un état hyperalgique. Lorsque le
patient est conscient, en ventilation spontanée, la méthode de
choix est l’autoadministration de morphine (PCA) dont les réglages
habituels sont des bolus de 1 mg toutes les 5 minutes. La
PCA est débutée après une « titration » en morphine
permettant d’atteindre un taux de morphine suffisant pour obtenir
une antalgie qui sera ensuite auto-entretenue.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) injectables
utilisés dans ce cadre sont le kétoprofène (Profénid®)
pour les AINS non sélectifs et le parécoxib (Dynastat®)
pour les AINS inhibiteurs sélectifs de la cox-2. Leur emploi après
chirurgie cardiaque doit être très prudent du fait d’effets
délétères possibles sur la fonction rénale d’un patient à
l’hémodynamique instable.
L’administration régionale d’anesthésiques locaux est très utile
car n’ayant que peu de retentissement sympathicolytique et
permettant de réduire les morphiniques par voie systémique. Les
deux techniques les plus employées sont les blocs intercostaux
réalisés en fin d’intervention et le bloc paravertébral avec mise
en place d’un cathéter qui peut être placé chirurgicalement en fin
d’intervention. Ce dernier bloc est particulièrement indiqué en cas
de thoracotomie latérale. Le bloc intrapleural n’est plus
recommandé du fait de la présence des drains thoraciques modifiant
la résorption des anesthésiques locaux. L’anesthésique local
maintenant le plus répandu est la ropivacaïne
(Naropeine® à 0,2 %) de longue durée d’action
(8 heures) et peu cardiotoxique aux posologies
habituelles.
L’antalgie par voie périmédullaire correspond à l’administration
de morphine intrathécale directement dans le liquide
céphalorachidien à la dose de 0,5-1 mg, procurant une antalgie
d’environ 20 heures. Les effets secondaires sont une
dépression respiratoire tardive (après la
12e heure) et une rétention d’urines, qui sont de
peu de conséquences pour les patients séjournant en réanimation.
Des nausées et un prurit peuvent également survenir.
L’autre technique d’antalgie périmédullaire est la péridurale
thoracique réalisée par ponction d’un espace entre T4 et T6 et
introduction d’un cathéter dans l’espace péridural pour une
antalgie prolongée par l’administration d’anesthésiques locaux.
Cette technique est la plus efficace pour la réduction des douleurs
postopératoires après thoracotomie. Elle pose néanmoins le risque
d’hématome périmédullaire chez un patient ayant des troubles de la
coagulation (anticoagulation, thrombopénie).
Quelques patients restent hyperalgiques en postopératoire malgré
une antalgie a priori bien conduite. Outre la présence d’une
complication à rechercher systématiquement, il existe des facteurs
favorisants : douleur préopératoire intense et prolongée,
prise antérieure d’opiacés, addiction à des stupéfiants ou au
cannabis, pathologie psychiatrique. Le médicament de choix est
alors la kétamine (Kétalar®), anesthésique général
dissociatif utilisé pour son effet bloqueur de la transmission de
la douleur à des doses beaucoup plus réduites que pour l’anesthésie
générale (0,3 mg/kg par voie intraveineuse et administration
continue de 2 mg/kg/j). La kétamine à cette posologie n’a pas
de retentissement hémodynamique particulier. La surveillance porte
essentiellement sur l’apparition d’hallucinations.
En dehors de toute hypotension, l’administration de clonidine
(Catapressan®) est utile pour réduire un état
d’agitation ou atténuer des frissons intenses (300
μg/24 heures en continu).
La cryoanalgésie des nerfs intercostaux a été une méthode
recommandée dès 1976 pour diminuer la douleur
post-thoracotomie, principalement en chirurgie pulmonaire.
L’application d’une température de -75 °C à l’extrémité d’une
aiguille positionnée par le chirurgien en fin d’intervention au
contact des nerfs intercostaux laissait supposer un blocage durable
de la conduction nerveuse sans lésion neurologique irréversible,
source de désafférentation. Les résultats ont été contradictoires
[2] et cette méthode est maintenant abandonnée.
La douleur lors de pansements et de l’ablation des drains
thoraciques peut être importante et représente une cause d’anxiété
chez nombre d’opérés. L’obtention du statut de médicament par le
mélange équimoléculaire d’oxygène et de protoxyde d’azote (MEOPA,
Kalinox®, Médimix®) et la possibilité de son
administration en inhalation dans le cadre d’un protocole
infirmier, sans présence médicale à proximité immédiate, permet la
réalisation quasi sans douleur de ces gestes. Son usage est donc à
développer dans les services de chirurgie après une courte
formation des personnels amenés à manipuler ce mélange gazeux
médicinal. Pour certains patients, une prémédication à base
d’anxiolytique et de morphine à action rapide par voie orale
(Actiskénan®, Sevredol®) est donnée trois
quarts d’heure avant le geste.
Douleurs persistantes
Les causes infectieuses sont exceptionnellement responsables de
douleurs prolongées. L’observation de la cicatrice et des téguments
adjacents, la recherche de signes cliniques d’infection, les bilans
biologiques (numération formule sanguine, protéine réactive C)
ainsi que les examens d’imagerie permettent d’en faire rapidement
le diagnostic, guidé éventuellement par des prélèvements
bactériologiques dirigés.
Les douleurs ostéoarticulaires sont beaucoup plus fréquentes. La
constatation d’une consolidation insuffisante de la sternotomie
peut en expliquer certaines. Au niveau des deuxième et troisième
cartilages, une douleur parasternale spontanée et provoquée par la
palpation réalise le syndrome de Tietze. Une injection loco dolenti
d’anesthésiques locaux et de corticoïdes en est le traitement. La (
figure 1 )
résume l’ensemble des causes de douleurs pariétales après
thoracotomie.
Une douleur de l’épaule peut évoluer vers un syndrome d’épaule
douloureuse bloquée, d’étiologie imprécise, évoluant sur plusieurs
mois, dont la meilleure prise en charge semble être la prescription
d’antalgiques puissants pour permettre une kinésithérapie
précoce.
Une algodystrophie du membre supérieur est possible avec d’abord
une phase inflammatoire, suivie d’une phase d’enraidissement,
principalement au niveau de l’articulation scapulo-humérale. La
scintigraphie osseuse à des temps précoces et tardifs et l’IRM
aident à poser le diagnostic. Le traitement est semblable à celui
de l’épaule douloureuse bloquée mais comprend en plus la
prescription de calcitonine.
Les douleurs myofasciales siègent principalement au niveau des
muscles dorsaux paravertébraux et des trapèzes. Une contracture
douloureuse est constatée à leur palpation. Des injections peu
profondes de faibles volumes d’anesthésiques locaux dans les zones
musculaires douloureuses peuvent améliorer les douleurs en y
ajoutant des benzodiazépines myorelaxantes. La physiothérapie, bien
que d’efficacité non démontrée, est souvent utilisée. L’acupuncture
peut également être préconisée ( (figure 2) ).
Douleurs chroniques
Épidémiologie
La douleur chronique après chirurgie cardiaque se définit comme une
douleur intéressant le site chirurgical, différente de la douleur
préopératoire, survenant dans des délais variables et persistant
plus de trois mois.
Sur un groupe de 349 opérés en chirurgie cardiaque [3],
28 % des opérés se plaignaient un an après l’opération d’une
douleur thoracique. Cette douleur était qualifiée de modérée pour
30 % d’entre eux (score sur l’échelle visuelle analogique
(EVA ≥ 30) et de forte (EVA ≥ 55) pour 4 %.
Sur le suivi d’une cohorte de 1080 opérés en chirurgie
cardiaque, Brice [4] rapportait une prévalence de douleurs pour
39,3 % des opérés au 28e mois. La douleur
pouvait intéresser le thorax mais également être associée à une
douleur du membre inférieur, siège du prélèvement d’un greffon
saphène.
La possibilité de survenue d’une douleur chronique, du fait de
sa fréquence, fait partie de l’information du futur opéré.
Étiologies
Les douleurs neuropathiques représentent la majorité des douleurs
chroniques après thoracotomie [5]. Leur mécanisme principal est une
lésion nerveuse intercostale par section, contusion, coagulation,
induisant, par un phénomène de désafférentation, une
hyperexcitabilité neuronale faite d’activités exagérées tant
spontanées qu’induites. Avec le temps, ces phénomènes s’étendent au
niveau médullaire et probablement central. Le diagnostic repose sur
des signes cliniques très évocateurs. À l’interrogatoire, le
patient se plaint de douleurs sur le trajet de la cicatrice, et
dans son prolongement antérieur de douleurs continues à type de
« brûlures, de picotements », avec des douleurs plus
intenses qualifiées « de décharges électriques, parfois en
éclair » spontanées ou déclenchées par un simple frôlement.
Une sensation de « gonflement » dans la région
sous-mammaire est souvent rapportée.
L’examen de la sensibilité superficielle dans le territoire
douloureux, par comparaison avec le côté non opéré, montre une
allodynie (douleur induite par un stimulus non douloureux), une
hyperpathie (douleur intense provoquée par un faible stimulus
nociceptif) dans une zone où la sensibilité discriminative est
fortement diminuée. Ces douleurs seraient plus fréquentes en cas de
pontage utilisant l’artère mammaire interne par rapport à
l’utilisation d’un greffon saphène [6].
Toute autre est la douleur du névrome, diagnostiqué sur la
palpation d’un point très douloureux, limité, sur le trajet de la
cicatrice. La responsabilité des fils métalliques de la contention
sternale est souvent évoquée par les patients qui voient sur la
radiographie thoracique les « pointes » de ces fils
auxquels il est tentant de rattacher l’origine des douleurs. Toute
décision d’ablation des fils doit être précédée d’un test
d’infiltration aux anesthésiques locaux et d’une discussion avec
l’opérateur sur l’opportunité de cette réintervention. Bien que non
publiés, les résultats en paraissent décevants et l’ablation doit
s’insérer dans un traitement plus large de la douleur
chronique.
Évaluation
L’évaluation de la douleur chronique nécessite beaucoup plus qu’une
simple réglette de mesure de l’intensité de la douleur. En effet,
la douleur chronique comporte toujours des composantes cognitives
et émotionnelles dont l’appréciation peut se faire par l’emploi
d’autoquestionnaires comme le « questionnaire de la douleur de
l’hôpital Saint-Antoine », des questionnaires d’anxiété et de
dépression et des indicateurs de qualité de vie [7]. Cette
évaluation ressemble à une expertise multidisciplinaire où le
concours d’un psychiatre ou d’un psychologue est souvent
indispensable.
Traitements
Une douleur chronique peut rarement être soulagée par une seule
prescription thérapeutique du fait des retentissements
psychologiques induits, principalement à type d’anxiété et de
dépression. Cette douleur peut avoir également des conséquences
professionnelles, sociales et personnelles, qui aggravent encore le
handicap induit par la douleur et qui sont à considérer chacune
attentivement. De plus les différents mécanismes peuvent
s’intriquer, impliquant des traitements spécifiques différents [8].
Techniques antalgiques
Parmi les diverses techniques antalgiques se trouvent :
- – les infiltrations d’anesthésiques locaux. Leur
principale indication est le névrome. L’infiltration après
application prolongée sous un pansement occlusif de crème
anesthésique EMLA®, utilise des anesthésiques locaux
(lidocaïne : Xylocaïne®, ropivacaïne :
Naropeine®) associés à 50 mg
d’Hydrocortancyl®. Une nouvelle infiltration est parfois
répétée quelques semaines plus tard ;
- – la stimulation électrique transcutanée. Elle consiste
en l’application d’un courant formé d’ondes biphasiques sur un
territoire douloureux à visée antalgique. Les électrodes sont
placées sur le métamère ou le tronc nerveux intéressé. Les zones
d’allodynie et d’anesthésie sont à éviter. Le placement doit être
effectué au plus près du nerf intercostal à stimuler. La
prescription de la location de l’appareil, pour être prise en
charge, doit être rédigée par une structure d’évaluation et de
traitement de la douleur. Les séances durent environ deux fois deux
heures par jour. La stimulation électrique transcutanée représente
un traitement non médicamenteux des douleurs neuropathiques dont le
rapport bénéfice-risque est très favorable ;
- – les médicaments antalgiques. La composante
neuropathique des douleurs chroniques est peu sensible aux
différents antalgiques, y compris les opiacés. Toutefois ces
derniers peuvent être testés, principalement le tramadol
(Topalgic®, Contramal®). Les morphiniques
forts, dits du palier III (sulfate de morphine :
Skénan®, Moscontin®, oxycodone :
Oxycontin®) montrent une efficacité chez 30 %
environ des patients. Leur prescription est
« contractuelle » avec le patient, ce qui signifie que
l’absence d’amélioration objective de la douleur ou de la qualité
de vie doit faire cesser cette prescription ;
- – les médicaments coantalgiques. Ils sont plus efficaces
et sont représentés par les antidépresseurs et les
anticonvulsivants. Les antidépresseurs tricycliques ont démontré
une action antalgique supérieure à celle des antidépresseurs mixtes
inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et noradrénaline. Les
doses des tricycliques sont inférieures à celles utilisées dans un
but de normalisation de l’humeur. La fréquence des effets
secondaires oblige à initier le traitement par des doses faibles et
à augmenter progressivement (de V à XXX gouttes de
Laroxyl® par jour par exemple). L’anticonvulsivant le
plus prescrit actuellement, mais en dehors de son AMM, est la
gabapentine (Neurontin®). Sa tolérance semble supérieure
aux autres produits de cette classe. Il est débuté à une dose de
400 mg par jour pour atteindre progressivement la dose
efficace à déterminer individuellement (jusqu’à 3 g/j). Le
clonazépam (Rivotril®) est également employé dans cette
indication et présente, de plus, un effet anxiolytique.
Les psychothérapies
La douleur corporelle provoque par sa chronicité un
surinvestissement de l’image mentale de la région endolorie.
À un certain stade de chronicité, même lorsqu’il y a
l’expression d’une véritable douleur corporelle, il y a toujours
une symptomatologie psychique de la douleur physique,
principalement faite d’anxiété et de dépression. Selon la
personnalité du patient, il peut lui être proposé, au besoin après
un avis spécialisé pris lors d’un consultation conjointe entre le
somaticien et le psychiatre, une psychothérapie telle qu’une
relaxation d’inspiration analytique ou corporelle, une
psychothérapie verbale de soutien basée sur la réassurance du
patient ou une prise en charge de type comportemental.
Les interventions sociales
Le retentissement de la douleur chronique a un impact important sur
la vie professionnelle des patients. Les conflits avec les
organismes sociaux sont également fréquents. La complexité de
certains dossiers ne peut être résolue que par l’intervention d’une
assistante sociale qui précisera les différents intervenants à
contacter. La diminution de la douleur passe souvent par la
reconnaissance de la douleur endurée et du handicap généré par
celle-ci.
Prévention de la douleur chronique postopératoire
Des nombreux travaux tendant à déterminer les facteurs prédictifs
de survenue d’une douleur, il est apparu que l’existence d’une
forte douleur antérieure, voire même d’une « souffrance »
au sens le plus large, la notion d’une addiction à des stupéfiants
et le contrôle insuffisant de la douleur postopératoire immédiate
ont un rôle favorisant. Les incisions a minima, de plus en plus
pratiquées en chirurgie devraient participer à la diminution des
douleurs postopératoires. L’anesthésie péridurale thoracique
pratiquée avant l’incision paraît supérieure à l’antalgie par
morphine en autoadministration intraveineuse, mais ces résultats ne
sont pas confirmés par d’autres équipes [9]. L’administration
per-anesthésique, à faibles doses de kétamine
(Kétalar®), antagoniste du glutamate, est en cours
d’étude pour réduire les phénomènes d’hypersensibilité.
Conclusion
La constatation de douleurs fréquentes et intenses après chirurgie
cardiaque justifie une information du patient sur leur survenue
possible, une antalgie postopératoire efficace et personnalisée
afin de réduire la survenue de douleurs chroniques dont la prise en
charge doit être la plus précoce possible pour prévenir leur
transformation en pathologie neuropsychique autonome.
Références
1 Gravlee G, Rauck R. Pain management in cardiothoracic
surgery. Lippincott, 1993 ; 220 p.
2 Roxburgh JC, Markland CG, Ross BA,
Kerr WF. Role of cryoanalgesia in the control of pain after
thoracotomy. Thorax 1987 ; 42 : 292-5.
3 Meyerson J, Thelin S, Gordth T,
Karlsten R. The incidence of chronic post-sternotomy pain
after cardiac surgery – a prospective study. Acta Anaesthesiol
Scand 2001 ; 45 : 927-8.
4 Bruce J, Drury N, Poobalan AS, Jeffrey R,
Smith WC, Chambers WA. The prevalence of chronic chest
and leg pain following cardiac surgery : a historical cohort
study. Pain 2003 ; 104 : 265-73.
5 Sullivan M, Spertus J. Chest pain : cause and
consequence of coronary artery bypass grafting. Pain 2001 ;
92 : 1-3.
6 Rogers ML, Duffy JP. Surgical aspects of chronic
post-thoracotomy pain. Eur J Cardiothorac Surg 2000 ;
18 : 711-6.
7 Bruce J, Poobalan AS, Smith WC,
Chambers WA. Quantitative assessment of chronic postsurgical
painusing the McGill pain Questionnaire. Clin J Pain 2004 ;
20 : 70-5.
8 Perttunen K, Tasmuth T, Kalso E. Chronic pain
after thoracic surgery : a follow-up study. Acta Anaesthesiol
Scand 1999 ; 43 : 563-7.
9 Ho SC, Royse A, Penberty A, McRae R.
Persistant pain after cardiac surgery : an audit of high
thoracic epidural and primary opioid analgesia therapies. Anesth
Anal 2002 ; 95 : 820-3.
|