ARTICLE
Auteur(s) :, Corinne Vigouroux1,2,*, Bruno
Donadille1, Jocelyne Magré1, Véronique
Béréziat1, Olivier Lascols1,3, Jacqueline
Capeau1,2
1Faculté de médecine Saint-Antoine, Université Pierre
et Marie Curie, INSERM U402, 27, rue Chaligny, 75 571 Paris Cedex
12
2Service de biochimie et hormonologie, Hôpital Tenon, 4,
rue de la Chine, 75970 Paris Cedex 20
3Laboratoire de biologie moléculaire, Fédération de
biochimie, Hôpital Saint-Antoine, 184, rue du Faubourg
Saint-Antoine, 75012 Paris
Les lamines A et C sont des protéines de la famille des filaments
intermédiaires codées par le gène LMNA (sur le chromosome 1q), qui
s’exprime dans tous les tissus différenciés. Avec les lamines de
type B, de structure proche mais issues d’un gène distinct, elles
tapissent la face interne de l’enveloppe nucléaire des cellules en
un réseau filamentaire, la lamina. Ces protéines ont un rôle
structural important pour le noyau, dont elles permettent de
maintenir la forme en interphase. Lors de la mitose, elles se
dépolymérisent, permettant la dislocation du noyau, puis se
ré-assemblent pour structurer les noyaux des cellules filles. Le
réseau de la lamina a un rôle d’ancrage pour d’autres protéines
nucléaires de la membrane interne, et s’associe également aux
histones chromatiniennes, permettant à l’hétérochromatine de se
positionner en périphérie du noyau. Enfin, de par leur liaison aux
pores nucléaires, les lamines participent aussi au trafic
moléculaire entre le cytoplasme et le noyau. En dehors de ce rôle
architectural pour le noyau, il apparaît actuellement que les
lamines A et C influencent l’expression de certains gènes en se
liant à des facteurs transcriptionnels, et pourraient aussi
interférer avec certaines voies de signalisation cellulaire [1] ((
Fig. 1 )).
Les laminopathies: un ensemble hétérogène de pathologies
La première maladie identifiée comme étant liée aux mutations du
gène LMNA est la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss [2]. Cette
découverte de l’équipe de Gisèle Bonne et Ketty Schwartz à
l’Institut de Myologie de la Salpêrtrière à Paris, a fait suite à
une analyse de liaison génétique sur l’ensemble du génome dans des
familles affectées. Des mutations, le plus souvent hétérozygotes,
réparties sur l’ensemble du gène, de type différents
(substitutions, délétions ou insertions avec ou sans décalage du
cadre de lecture, altérations des processus d’excision-épissage des
transcrits…), sont responsables de la maladie, généralement
transmise sur le mode autosomal dominant. Parfois ces mutations
atteignent les deux allèles du gène, avec une transmission
autosomale récessive, ou apparaissent de novo, expliquant les
formes sporadiques. Les altérations d’un partenaire des lamines
A/C, l’émerine, protéine intégrale de la membrane nucléaire
interne, avaient déjà été montrées à l’origine de la même
myopathie, transmise sur le mode récessif lié au sexe. La
dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss est caractérisée par
l’apparition progressive d’un déficit musculaire débutant aux
parties proximales des membres, qui s’accompagne de contractures
musculaires et tendineuses, d’une atrophie musculaire et de
troubles conductifs cardiaques.
Des mutations hétérozygotes du gène LMNA ont ensuite été
découvertes dans deux autres maladies, une forme de cardiomyopathie
dilatée (DCM-CD) [3] et une forme de dystrophie musculaire des
ceintures (LGMD1B) [4]. Ces maladies partagent avec la dystrophie
musculaire d’Emery-Dreifuss l’existence de troubles de la
conduction cardiaques, qui vont de la bradycardie sinusale ou de
l’allongement de l’intervalle PR à l’ECG aux troubles les plus
sévères de la conduction, exposant au risque de mort subite et
nécessitant la pose d’un pace-maker ou d’un défibrillateur. Cette
atteinte cardiaque initiale, qui peut aussi prendre la forme
d’arythmies supra-ventriculaires, évolue à long terme vers
l’insuffisance cardiaque. Il est actuellement estimé que les
mutations de la lamine A/C seraient responsables de la moitié des
cas de toutes les formes de cardiomyopathies héréditaires
familiales : LMNA est donc un gène d’importance majeure en
cardiologie [5]. Les troubles musculaires cardiaques et/ou
squelettiques sont certainement l’expression d’une même anomalie
musculaire, puisque dans une même famille, pour des sujets porteurs
de la même mutation, on peut observer l’une ou l’autre de ces
atteintes [6].
L’implication du même gène dans une maladie phénotypiquement
très différente, la lipodystrophie familiale partielle de Dunnigan
(FPLD), a été montrée au début de l’année 2000, également grâce à
une approche positionnelle [7, 8]. Contrairement à la dystrophie
musculaire d’Emery-Dreifuss, seules quelques mutations, toutes
hétérozygotes, de type faux-sens, atteignant le domaine globulaire
C-terminal de la protéine (dans la grande majorité des cas au
niveau du codon 482), sont responsables de ce syndrome, qui se
transmet de façon autosomale dominante. Le tableau clinique et
biologique se constitue progressivement après la puberté,
contrairement aux dystrophies musculaires dues aux mutations LMNA,
qui s’expriment dès l’enfance. Il comporte principalement des
anomalies de répartition corporelle du tissu adipeux avec
lipoatrophie des membres et accumulation facio-tronculaire des
graisses (( Fig. 2 )) , une
insulino-résistance sévère avec des troubles de la tolérance au
glucose évoluant vers le diabète, une hypertriglycéridémie majeure
exposant au risque de pancréatite aiguë et une stéatose hépatique
pouvant conduire à la cirrhose. La pénétrance de la maladie est
presque totale mais la sévérité est variable. En particulier, les
femmes sont en général plus sévèrement affectées : d’une part
leurs altérations métaboliques sont plus marquées, et d’autre part
l’hyperandrogénie, très souvent associée à ce syndrome, comme à
toutes les situations d’insulino-résistance majeure, rend leur
phénotype encore plus androïde [9–11]. Un syndrome des ovaires
polykystiques avec hyperandrogénie sévère peut d’ailleurs être au
premier plan de la symptomatologie [12].
Un nouveau degré de complexité dans la description des relations
génotype-phénotype liées aux altérations du gène LMNA est atteint
en 2002 lorsque l’équipe de Nicolas Lévy à Marseille montre que
l’une des formes de neuropathie axonale autosomique récessive de
Charcot-Marie-Tooth (de type 2B1) est due à la mutation homozygote
R298C du gène des lamines A/C [13]. La maladie s’exprime
cliniquement dès l’enfance, avec à la fois une fatigabilité et une
atrophie musculaires distales aux quatre membres avec aréflexie, et
une raréfaction des fibres axonales myélinisées en histologie. En
dehors de cette forme classique, sans atteinte musculaire
proximale, la coexistence d’une origine myogène et neurogène aux
déficits moteurs, ainsi que l’association à des cardiomyopathies, a
été montrée chez plusieurs patients atteints de mutations LMNA
hétérozygotes.
Mais la surprise probablement la plus importante dans ce domaine
est venue de la découverte des mutations LMNA dans plusieurs
syndromes dits « de vieillissement accéléré ». La
responsabilité des altérations du gène LMNA a d’abord été montrée
dans la dysplasie acro-mandibulaire [14]. Cette maladie autosomale
récessive, dont les signes se développent dans l’enfance, est
caractérisée par un retard de croissance post-natal, des anomalies
cranio-faciales, des malformations osseuses et des anomalies
cutanées à type de zones papuleuses d’hypo- et hyperpigmentation.
Il existe également une insulino-résistance, une
hypertriglycéridémie, une baisse du HDL-cholestérol, et une
lipodystrophie, bien étudiée par l’équipe de Garg aux
Etats-Unis : les dysplasies acro-mandibulaires avec
lipodystrophie partielle, ressemblant à celle retrouvée dans le
syndrome de Dunnigan, sont dues à la mutation homozygote LMNA R527H
[15] tandis que dans les formes avec lipoatrophie généralisée, un
patient est porteur de mutations touchant les deux allèles du gène
de la métallo-protéinase à zinc ZMPSTE24, impliquée dans la
maturation de la pré-lamine A en lamine A [16].
La forme la plus grave des syndromes de vieillissement accélérés
est la progéria de Hutchinson-Gilford [17, 18]. Les enfants
atteints (représentant environ un individu sur 8 millions) n’ont
pas de symptômes particuliers à la naissance, mais développent en
quelques mois les signes caractéristiques de la maladie :
retard de croissance sévère, alopécie, hypoplasie faciale,
ostéoporose généralisée, atteinte dégénérative des cartilages et
ostéolyse, en particulier claviculaire et phalangienne. Une
lipoatrophie généralisée s’installe progressivement, ainsi qu’une
atteinte pseudo-sclérodermiforme de la peau. Même si l’apparence
physique des enfants atteints de progéria rappelle celle de
vieillards, cette maladie ne reproduit que partiellement les
caractéristiques du vieillissement normal : en effet, ni la
susceptibilité aux cancers, ni l’altération cognitive, ni le
développement de cataractes ne font partie du tableau clinique dans
la progéria, qui est ainsi parfois désignée comme un syndrome
progéroïde « segmentaire ». S’il est clairement établi
que la cause principale de mortalité précoce de ces enfants, qui
ont une espérance de vie moyenne de moins de 14 ans, est
l’athérosclérose et ses complications cardiovasculaires, peu
d’études métaboliques ont été rapportées. L’atteinte vasculaire
ressemble à celle des sujets âgés, avec des plaques d’athérome
atteignant les artères coronaires, l’aorte, parfois le système
vertébral et carotidien, des calcifications valvulaires cardiaques
[19]. Une fibrose interstitielle diffuse du myocarde a été
rapportée. Une insulino-résistance, un diabète, une baisse du
HDL-cholestérol ont été décrits, mais n’ont pas fait l’objet
d’études systématiques. Dans la grande majorité des cas, la
substitution hétérozygote d’une cytosine en thymine au codon 608 du
gène LMNA, qui ne prédit pourtant pas de modification de la
séquence protéique, est à l’origine de la maladie ; il a été
montré qu’elle active partiellement un site d’épissage anormal,
conduisant à la synthèse d’une lamine A amputée de ses 50 acides
aminés C-terminaux, tandis que l’isoforme C n’est pas affectée.
Cette mutation apparaît de novo (c’est-à-dire qu’elle est absente
chez les parents) et explique le caractère sporadique de la plupart
des cas rapportés. Néanmoins, une publication récente fait état
d’une mutation LMNA homozygote K542N à l’origine de plusieurs cas
de progéria dans une famille consanguine où les parents,
hétérozygotes, restent asymptomatiques [20]. La dysplasie
acro-mandibulaire et la forme autosomale récessive de la progéria
pourraient donc représenter des formes de gravité variable de la
même maladie, liée à une altération de la partie C-terminale de
l’ensemble du pool des lamines A et C.
Certains travaux récents mettent l’accent sur les associations
de phénotypes entre les différentes maladies liées aux mutations de
la lamine A/C. Ainsi, l’association lipodystrophie partielle –
dystrophie musculaire et/ou cardiomyopathie dilatée a été liée à
plusieurs mutations faux-sens [21, 22]. Nous avons récemment montré
que même les patients atteints du syndrome de Dunnigan lié à une
mutation faux-sens au codon 482, considérée comme pathognomonique
de la maladie, pouvaient en fait présenter des signes musculaires
évocateurs de dystrophie musculaire des ceintures, de sévérité
variable [23]. Plusieurs patients porteurs de mutations LMNA, et
présentant certains signes pouvant faire évoquer un syndrome de
vieillissement accéléré, sans que les critères diagnostiques de la
dysplasie acro-mandibulaire ni de la progéria ne soient réunis, ont
été également décrits. Ainsi, nous avons attiré l’attention sur le
cas d’un patient présentant l’association lipoatrophie généralisée,
diabète insulino-résistant, papules leucomélanodermiques
disséminées, stéatose hépatique et cardiomyopathie avec
calcifications valvulaires, et porteur d’une mutation LMNA
hétérozygote faux sens R133L apparue de novo [24]. Sous la
dénomination discutable de « syndrome de Werner
atypique », Chen et al. ont décrit d’autres patients, dont
deux portaient la même altération LMNA R133L [25] ; enfin
trois nouvelles mutations hétérozygotes faux-sens ont été
rapportées à des syndromes de vieillissement accélérés atypiques
[26]. Dans toutes ces observations, les patients présentent une
dysmorphie, un retard de croissance, une lipodystrophie et/ou des
signes osseux ou cutanés qui évoquent un syndrome progéroïde, mais,
lorsqu’ils sont recherchés, on trouve aussi très fréquemment les
troubles métaboliques à type d’insulino-résistance, de dyslipidémie
(hypertriglycéridémie, HDL-cholestérol bas), caractéristiques du
syndrome de Dunnigan, et de toutes les lipodystrophies en général.
Enfin, l’atteinte des ongles à type de leuconychie (ongles blancs)
décrite dans une famille porteuse de la mutation LMNA hétérozygote
E33D, avec l’association neuropathie axonale, dystrophie
musculaire, troubles de la conduction et/ou du rythme cardiaque,
pourrait se rapprocher des altérations de la peau et des phanères
observées dans la progéria et la dysplasie acro-mandibulaire
[27].
L’ensemble de ces observations suggèrent fortement que ces
maladies liées aux mutations de la lamine A/C représentent un
continuum pathologique, avec des expressions tissulaires
spécifiques plus ou moins marquées. L’exemple d’une famille
porteuse de la mutation hétérozygote E358K, s’exprimant chez les
membres atteints aussi bien sous la forme d’une dystrophie
musculaire d’Emery-Dreifuss de sévérité très variable que d’une
dystrophie musculaire des ceintures avec lipodystrophie partielle
et hypoplasie de la partie médiane de la face [28], est évocatrice.
Il est donc justifié de désigner ces maladies par le terme général
de « laminopathies » (tableau 1( Tableau 1 ),( figure 3 )). En
conséquence, il faut penser à faire séquencer le gène LMNA devant
ces tableaux cliniques assez divers, et a contrario savoir
rechercher chacun des signes évocateurs de l’un ou l’autre de ces
syndromes chez tout patient porteur de mutation du gène LMNA,
quelle qu’elle soit. En particulier, les troubles de la conduction
et/ou du rythme cardiaque, qui pourraient conduire à la mort
subite, doivent être dépistés efficacement.
Tableau 1 Les laminopathies
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Dénomination du syndrome
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Principales caractéristiques cliniques et biologiques
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Mutations LMNA en cause
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Dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss (EDMD)
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Contractures (chevilles, coudes, nuque)
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Nombreuses mutations différentes réparties tout au long du gène,
majoritairement hétérozygotes de type faux-sens
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Déficit musculaire et amyotrophie des membres
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Troubles de la conduction cardiaque constants à l’âge adulte
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Dystrophie musculaire des ceintures (LGMD type 1B)
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Déficit musculaire prédominant aux ceintures
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Contractures absentes ou tardives
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Troubles de la conduction cardiaque fréquents à l’âge adulte
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Cardiomyopathie dilatée avec troubles conductifs (DCM-CD)
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Troubles de la conduction et/ou du rythme cardiaques
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Cardiomyopathie dilatée
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Insuffisance cardiaque
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Neuropathie axonale de Charcot-Marie-Tooth (CMT type 2B1)
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Déficit musculaire et amyotrophie distales avec aréflexie
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R298C homozygote
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Vitesse de conduction nerveuse normale ou peu diminuée
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Dégénérescence axonale
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Lipodystrophie partielle familiale de Dunnigan (FPLD)
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Lipodystrophie partielle d’apparition post-pubertaire avec
lipoatrophie des membres et du tronc et accumulation
facio-tronculaire des graisses
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Principalement mutations hétérozygotes faux-sens au codon 482
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Insulino-résistance, hypertriglycéridémie, stéatose hépatique
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Dysplasie acro-mandibulaire (MAD)
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Retard de croissance post-natal
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R527H homozygote
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Hypoplasie mandibulaire et claviculaire, ostéolyse distale, retard
de fermeture des fontanelles, limitations articulaires
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Papules cutanées hypo- et hyperpigmentées
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Lipodystrophie, insulino-résistance, hypertriglycéridémie
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Progéria de Hutchinson-Gilford (HGPS)
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Retard de croissance post-natal
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Principalement G608G (GGC -> GGT), rarement G608S hétérozygotes;
K542N homozygote
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Micrognatie, ostéodysplasie généralisée
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Alopécie, aspect sclérodermiforme de la peau
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Lipoatrophie généralisée
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Athérosclérose précoce
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Laminopathies et risque cardio-vasculaire
La question du risque cardio-vasculaire dans les laminopathies est
également très importante. Les troubles métaboliques associées aux
lipodystrophies en général, et à la lipodystrophie de Dunnigan en
particulier, représentent clairement des facteurs de risque
cardio-vasculaires. Les patients atteints de la lipodystrophie de
Dunnigan, même s’ils ne sont pas encore diabétiques, présentent dès
la période post-pubertaire une augmentation significative des
concentrations circulantes d’insuline, de triglycérides, d’acides
gras libres, de CRP, ainsi qu’une diminution significative des
concentrations de HDL-cholestérol, de leptine et d’adiponectine
[11]. Néanmoins, leur concentrations plasmatiques de fibrinogène et
de PAI-1 ne seraient pas modifiées, contrairement à ce qui est
observé dans le syndrome métabolique « banal », mais le
nombre de patients étudiés reste faible [11]. II faut également
noter que la leptinémie et l’adiponectinémie sont moins abaissés
dans cette forme de lipodystrophie partielle que dans les
lipoatrophies généralisées d’autres causes [29]. Les altérations
métaboliques du syndrome de Dunnigan sont plus marquées chez les
femmes que chez les hommes. Une association avec une hypertension
artérielle est possible également [30]. En accord avec ces
résultats, le risque d’athéromatose (coronaropathies surtout, mais
aussi accidents vasculaires cérébraux, atteintes vasculaires
périphériques) est très augmenté chez ces patients [31]. Comparés à
des apparentés non affectés, les patients porteurs de mutations
LMNA au codon 482 ont un risque relatif de 6 de présenter une
atteinte coronarienne symptomatique avant l’âge de 55 ans.
Concernant les autres laminopathies, si l’athéromatose accélérée
est bien documentée dans la progéria, où elle est la cause
essentielle de mortalité, elle n’a pas fait l’objet d’étude
systématique dans la dysplasie acro-mandibulaire ni dans les autres
syndromes progéroïdes segmentaires atypiques. Il semble bien que la
lipodystrophie, l’insulino-résistance, l’hypertriglycéridémie, la
baisse du HDL-cholestérol, soient présents dans tous ces syndromes,
mais on manque d’études systématiques en raison de la rareté de ces
maladies. Quoi qu’il en soit, l’extrême sévérité de
l’athérosclérose dans la progéria suggère que d’autres mécanismes
interviennent pour altérer spécifiquement la paroi artérielle [19].
Enfin, le polymorphisme H566H du gène LMNA (séquence CAC remplacée
par CAT) au niveau du dernier codon commun entre les lamines C et
A, est associé à une augmentation de l’index de masse corporelle,
du pourcentage de graisses corporelles, du rapport taille/hanche et
du taux de leptine chez les aborigènes canadiens [30, 32]. Il est
également significativement associé à une augmentation des
concentrations circulantes d’insuline, de triglycérides, de
cholestérol total et à une diminution du HDL-cholestérol dans une
étude japonaise [33], tandis que dans une population d’Amish
américains, ce polymorphisme est lié à une augmentation des
triglycérides, une baisse du HDL-cholestérol et un risque accru de
syndrome métabolique [34].
Les laminopathies : éléments de physiopathologie
Comment expliquer que des mutations dans le même gène peuvent
altérer de façon si diverse les tissus de l’organisme ? Depuis
les premières descriptions des laminopathies, de nombreuses équipes
ont tenté de mieux comprendre la physiologie des lamines
nucléaires, dont on connaissait surtout jusqu’alors le rôle
structural au sein du noyau de toutes les cellules différenciées.
Les isoformes A et C des lamines, issues du gène LMNA, partagent
leur 566 premiers acides aminés ; les six derniers résidus de
la lamine C proviennent d’un épissage alternatif du gène, tandis
que l’isoforme A, plus longue, est synthétisée sous la forme d’un
précurseur de 664 résidus. La maturation de la prélamine A en
lamine A consiste en une farnésylation C-terminale suivie d’une
double protéolyse faisant intervenir la métallo-protéase à zinc
ZMPSTE24, conduisant à l’obtention d’une forme mature de 646 acides
aminés. Les isoformes A et C partagent donc une courte tête
N-terminale, un domaine central organisé en hélices alpha
permettant la polymérisation des lamines, et la majeure partie du
domaine C-terminal. La partie centrale du domaine C-terminal,
organisée en feuillets bêta, a une structure rappelant celle des
immunoglobulines, suggérant son implication dans des liaisons
protéines-protéines et protéines-ADN [35, 36]. Plusieurs études
récentes ont mis en évidence les interactions des lamines A/C avec
de nombreux partenaires [1]. Ces diverses molécules peuvent être
classées en plusieurs groupes fonctionnels, intervenant : 1)
dans l’architecture du noyau cellulaire (protéines intégrales de la
membrane nucléaire dont l’émerine ; actine nucléaire), 2) dans
l’organisation de la chromatine (les lamines A/C lient l’ADN et
certaines protéines chromatiniennes), 3) dans la régulation de
l’expression des gènes. Ainsi, il a été montré, par exemple, que
les lamines A/C lient la protéine du rétinoblastome (Rb), impliquée
dans le cycle cellulaire, et la protègent de la dégradation
[37] ; elles lient également le facteur transcriptionnel
SREBP1 (sterol regulatory element binding protein 1), qui
intervient dans la différenciation adipocytaire [38]. Enfin, des
protéines importantes dans de nombreuses voies de signalisation,
comme la sérine-thréonine kinase PKC alpha ou une lipoxygénase
lient la lamine A/C, qui pourrait donc intervenir dans la
transduction de signaux cellulaires, en particulier médiés par des
lipides.
Les études des fibroblastes de peau en culture primaire, issus
des patients atteints des diverses formes de laminopathies ont
montré des anomalies de la forme des noyaux, de la localisation des
lamines et de leurs partenaires protéiques, une fragilisation de
l’enveloppe nucléaire ainsi qu’une perte de l’hétérochromatine
périphérique [14, 17, 18, 24, 25, 39, 40] (( Fig. 4 )). Le
pourcentage de cellules affectées est plus ou moins important selon
la pathologie et selon que la mutation affecte un seul ou les deux
allèles du gène, mais le type d’anomalies paraît similaire. Dans
les fibroblastes des patients atteints de progéria, ces défauts
s’aggravent avec le vieillissement de la culture cellulaire et sont
corrélés avec l’accumulation progressive de la lamine mutante [41].
Un retentissement des mutations des lamines A/C sur la localisation
de l’émerine a parfois été montré par transfection dans
certains types cellulaires [42]. De plus, les cellules
fibroblastiques issues des souris invalidées pour le gène LMNA, qui
développent une atteinte neuro-musculaire et cardiaque sévère, ont
à la fois les anomalies nucléaires retrouvées dans les cellules de
patients et une localisation anormale de l’émerine dans le
cytoplasme. De façon intéressante, dans ces cellules, la
localisation ectopique de l’émerine est réversée par la
surexpression de lamines sauvages ou R482W (mutation
caractéristique du syndrome de Dunnigan), mais pas par la
surexpression des formes mutées L85R, N195K ni L530P, formes
retrouvées dans des laminopathies à phénotype essentiellement
musculaire [42, 43]. Etant donné que les mutations du gène de
l’émerine conduisent chez l’homme à la forme récessive liée à l’X
de la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss, ces observations
suggèrent que l’altération de la liaison de la lamine A/C avec
l’émerine pourrait être déterminante dans les laminopathies à
expression clinique musculaire. Dans ces formes de laminopathies,
l’hypothèse d’une moindre résistance au stress mécanique des noyaux
des myocytes est également avancée. En effet, certaines mutations
responsables des laminopathies musculaires et cardiaques engendrent
une perte de la structure tridimensionnelle normale des lamines,
selon des études de modélisation ou cristallisation moléculaires
[35, 36]. De plus, le défaut quantitatif en lamines A/C (mutation
Q6X avec codon stop très précoce), qui fragilise l’enveloppe
nucléaire, conduit à une cardiopathie dilatée ou une myopathie
d’Emery-Dreifuss. Une étude récente des fibroblastes murins
déficients en lamines A/C a bien montré leur inaptitude à répondre
correctement au stress mécanique, induisant d’une part des
déformations nucléaires anormales et d’autre part un excès
d’apoptose et de nécrose cellulaires [44].
Une autre hypothèse physiopathologique est celle de l’altération
des interactions des lamines mutées avec des facteurs
transcriptionnels impliqués dans la régulation de gènes
tissu-spécifiques. En effet, la substitution de l’arginine en
position 482, mutation la plus fréquemment en cause dans le
syndrome de Dunnigan, modifie la charge d’un résidu exposé à la
surface du domaine C-terminal [35, 36] et affaiblit ses
interactions avec l’ADN et avec SREBP1 [38, 45]. De plus,
l’hétérochromatine, dont la position au sein du noyau conditionne
l’activité transcriptionnelle des gènes, et dont l’organisation
subit des changements dynamiques au cours de la différenciation des
tissus, est délocalisée et fragmentée dans les cellules porteuses
de lamines A/C mutées [46, 47]. D’autres composants de
l’architecture nucléo-cytoplasmique, comme les filaments de
desmine, sont désorganisés dans les fibroblastes dépourvus de
lamine A/C, ce qui pourrait perturber les échanges entre le
cytoplasme et le noyau au niveau des pores nucléaires [46].
Les lamines A/C interviennent donc probablement dans la
croissance, la différenciation et la sénescence des tissus
d’origine mésenchymateuse (muscles, os, cartilage, derme, tissu
adipeux). La meilleure connaissance de leurs mécanismes d’action
moléculaire pourra peut-être permettre une meilleure compréhension
des multiples présentations cliniques des laminopathies.
Remerciements
Les auteurs remercient Yves Chrétien pour sa précieuse contribution
à l’élaboration des figures.
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