ARTICLE
Auteur(s) : K. Bach-Ngohou, A. Bettembourg, D. Le Carrer,
D. Masson, M. Denis
Laboratoire de biochimie spécialisée, Centre hospitalier
universitaire Hôtel-Dieu, Nantes
kalyane.bach @chu-nantes.fr
Article reçu le 5 mars 2004, accepté le 27 avril
2004
La dénutrition est un déficit d’apport nutritionnel
principalement quantitatif, entraînant un bilan énergétique négatif
ne répondant pas aux besoins métaboliques de l’organisme. Elle est
à différencier de la malnutrition qui associe à la fois un déficit
quantitatif et qualitatif. La dénutrition touche 30 à 50 % des
patients hospitalisés et représente une cause importante des
complications rencontrées en cours d’hospitalisation (infections,
retards de cicatrisation) [1, 2]. Elle est ainsi responsable d’une
augmentation de la morbi-mortalité, de la durée moyenne
d’hospitalisation et par conséquent, de son coût [1, 2], d’où la
nécessité d’une prise en charge précoce et adaptée. Cette dernière
approche de santé publique, encore trop largement ignorée des pays
européens, se situe au centre des préoccupations économiques et
sanitaires des États-Unis et du Canada où les économies résultant
d’une prise en charge nutritionnelle précoce sont estimées à
3 milliards de dollars par an [3, 4].
Parmi les conséquences de la dénutrition, la fonte des réserves
protéiques entraîne une réduction de la masse maigre musculaire,
diminuant ainsi l’autonomie des patients, en particulier celle des
personnes âgées, et provoquant une hypotrophie des muscles
respiratoires [5, 6]. De même, le ralentissement de la synthèse des
protéines cutanées est à l’origine d’un défaut de cicatrisation,
voire de la survenue d’escarres [1, 2, 5, 7]. Enfin, elle entraîne
une dépression des fonctions du système immunitaire et favorise les
infections [8, 9]. On observe ainsi dix fois plus d’infections chez
les sujets dénutris [10]. Le patient hospitalisé, fragilisé par la
maladie et dénutri, du fait de facteurs psychologiques et
physiques, entre alors dans le cercle vicieux des interactions
négatives de la dénutrition et de la maladie. C’est pourquoi la
mise en place d’un dépistage systématique et précoce de la
dénutrition chez les patients à risque ou hospitalisés est
indispensable, permettant d’instaurer une assistance nutritionnelle
précoce et mieux adaptée. Son but est non seulement de restaurer la
masse musculaire du patient dénutri mais aussi d’améliorer
rapidement son état clinique et ainsi de réduire la fréquence des
complications et la durée d’hospitalisation [1-3].
Le diagnostic de la dénutrition et son traitement constituent l’un
des objectifs du Programme national nutrition et santé (PNNS) [11].
En 2002, le Comité national d’alimentation et de nutrition des
établissements de santé (CNANES) a été créé et les CLAN (Comité de
liaison en alimentation nutrition) ont été mis en place au niveau
local pour coordonner ses recommandations au niveau des
établissements de santé publics ou privés.
Le dépistage de la dénutrition est clinico-biologique. Il passe
par des mesures anthropométriques (poids, indice de masse
corporelle) mais aussi par la détermination de paramètres
biochimiques. Ceux-ci présentent un intérêt particulier dans le
dépistage de la dénutrition infraclinique de populations à risque
pour lesquelles un dépistage anthropométrique est difficile à
effectuer (personnes âgées, brûlés, patients opérés,
hémodialysés).
Physiopathologie de la dénutrition
La dénutrition peut résulter de deux mécanismes différents [12]
(tableau I).
Tableau I. Étiologies des
dénutritions.
| Dénutrition exogène |
Carence d'apport |
Anorexie mentale (paradoxalement PréAlb N ou
augmentée) |
| Cancer (dysphagie) |
| Malnutrition |
| Malabsorptions (maladies intestinales ou
insuffisance pancréatique exocrine) |
| Dénutrition endogène |
Maladies inflammatoires |
Maladies infectieuses |
| Cancers |
| Maladies auto-immunes |
| Vascularites |
| Fuites |
Cutanées |
Escarres |
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Troubles trophiques |
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Ulcères variqueux |
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Brûlures |
| Rénales |
Néphroses |
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Hémodialyse |
| Intestinales |
Lymphangiectasies |
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Entérites (augmentation perméabilité de la membrane de
l’entérocyte) |
|
Syndrome post-radique |
| Défaut de synthèse |
Insuffisance hépatocellulaire |
Cirrhose |
|
Carcinome hépatocellulaire |
Alb : albumine ; PréAlb : préalbumine ;
CRP : protéine C-réactive ; Oroso :
orosomucoïde ; N : normale.
La dénutrition exogène
La dénutrition est dans ce cas due à une insuffisance des
apports protéino-caloriques alimentaires, souvent associée à une
carence en nutriments spécifiques (vitamines, oligo-éléments). Elle
peut également être secondaire à une malabsorption liée à une
pathologie intestinale ou à une insuffisance pancréatique exocrine.
Dans les déficits d’apports, les réserves énergétiques mobilisées
proviennent de la masse maigre musculaire [13]. L’évolution peut se
faire de façon chronique ou aiguë. Les termes de marasme et de
kwashiorkor, correspondant aux situations extrêmes de ces deux
définitions, restent cependant spécifiques des syndromes rencontrés
chez les enfants dénutris dans les pays en voie de développement
[5]. Dans les pays industrialisés, la dénutrition par déficit
d’apport est fréquemment observée chez les personnes âgées, mais
également dans de nombreuses pathologies (malabsorption, anorexie
mentale).
La dénutrition endogène
La dénutrition est ici la conséquence d’une augmentation des
besoins nutritionnels avec hyper-catabolisme azoté, d’une fuite
protéique (cutanée, rénale ou digestive) ou d’une insuffisance
hépato-cellulaire. La dénutrition endogène par augmentation des
besoins est le fait d’un hyper-métabolisme avec un déficit
protéique, responsable d’une perte rapide de masse musculaire. Les
étiologies les plus fréquentes sont les maladies inflammatoires
(infection chronique, cancer), mais aussi les brûlures étendues
ainsi que certaines situations rencontrées chez les patients
hospitalisés (intervention chirurgicale, radio- et
chimiothérapie).
Les deux types de dénutrition ne s’opposent pas et sont souvent
associées. Si la dénutrition est exogène par carence d’apport, elle
facilitera une infection qui provoquera à son tour une dénutrition
endogène qui, aggravant la malnutrition, donc le déficit
immunitaire, nuira à la guérison de l’infection [12].
Il est important de préciser que la dénutrition peut également
toucher les sujets obèses. Il peut s’agir dans ce cas soit d’une
dénutrition de type exogène par restriction alimentaire exagérée
(régime amaigrissant), soit d’une dénutrition endogène. Dans les
deux cas, cette dénutrition aboutit à une perte de masse musculaire
maigre, pouvant être révélée par une diminution des compétences
musculaires (fatigabilité anormale) [13].
Évaluation clinique de la dénutrition
Dépistage anthropométrique de la dénutrition
Le dépistage de la dénutrition doit faire partie de tout examen
clinique. L’interrogatoire doit reprendre toute l’anamnèse
pondérale, précisant le caractère ancien ou récent, lent ou rapide
de la perte de poids [14-16]. Cependant, son interprétation reste
délicate car elle peut aussi bien traduire une perte de masse
musculaire involontaire qu’une perte volontaire de masse grasse au
cours d’un régime amaigrissant.
L’examen clinique doit comporter une mesure du poids du patient,
en tenant compte de la présence éventuelle d’œdèmes ou d’une
déshydratation qui peuvent respectivement masquer ou accentuer la
perte de poids. Celle-ci sera significative si elle est supérieure
à 5 % en un mois, modérée au-dessus de 10 % et sévère
au-dessus de 20 % [14-17]. La mesure de la taille couplée à
celle du poids permet le calcul de l’index de corpulence de
Quetelet ou indice de masse corporelle (IMC) (tableau IIa) : si l’IMC est compris
entre 20 et 18,5 le patient présente un risque de dénutrition,
entre 18,5 et 13 la dénutrition est modérée, si l’index est
inférieur à 13, la dénutrition est sévère et doit être prise en
charge rapidement, le pronostic vital étant alors en jeu [18,
19].
Tableau II. Critères
d’interprétation des marqueurs et index cliniques de
dénutrition.
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a – Critères anthropométriques
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Détermination |
Non dénutris |
Seuil de risque de
dénutrition |
Dénutrition
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Modérée |
Sévère |
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Perte de poids (% sur 1 mois) |
Pesée régulière |
< 5 % |
10 % |
10-20 % |
> 20 % |
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Indice de Quetelet (indice de masse
corporelle = IMC) |
IMC = masse (kg)/taille (m)2 |
20-25 |
18,5-20 |
13-18,5 |
< 13 |
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b – Évaluation subjective de l’état
nutritionnel (index de Detsky)
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A |
B |
C |
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Question 1 : Historique du poids |
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Poids
actuel ___________ kg Taille _______ cm Poids
il y a 6 mois _________ kg |
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Perte de poids dans les 6 derniers
mois _______ kg ________ % |
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Évolution du poids dans les 2 dernières semaines : Stable
□ Prise de poids □ Perte de poids □ |
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Question 2 : Prise alimentaire suffisante ? |
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Modifications de la prise : Oui □ Non □ |
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| Si
oui, depuis _______ semaines |
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Solide, mais :
Insuffisante □ Liquide □ |
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Très hypocalorique □ Jeûne □ |
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Question 3 : Symptômes digestifs persistants depuis plus
de 2 semaines ? |
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Aucun □ Anorexie □ Nausées □ Vomissements □ Diarrhée □ |
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Question 4 : Conséquences fonctionnelles de la perte de
poids ? |
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Activités : Normales □ Perturbées □ ,
depuis ______ semaines |
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Degré d’activité : Presque normal □ Quelques
activités □ Ambulatoire □ Alité □ |
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Question 5 : Besoins nutritionnels augmentés par une maladie
causale ? |
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Diagnostic principal : |
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Dépense énergétique attendue : Normale □ Un peu
augmentée □ Moyennement □ Très
augmentée □ |
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Question 6 : Signes cliniques de dénutrition ?
(coter 0 = normal, 1 = léger,
2 = net, 3 = très augmenté) |
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Perte de masse grasse sous-cutanée (pli tricipital) :
________ |
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Fonte musculaire (quadriceps, deltoïde) : ________ |
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Déshydratation : _______ |
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Œdèmes : chevilles ________ lombaires ________ |
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Ascite : ________ |
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→ Corriger le poids du fait de la
déshydratation □ du fait de l’œdème □ |
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Évaluation subjective globale : une note globale est attribuée
subjectivement au vu de l’ensemble des critères de la grille |
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A = absence de dénutrition |
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B = dénutrition modérée ou potentielle |
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C = dénutrition sévère |
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Évaluation des conséquences fonctionnelles de la
dénutrition
L’examen clinique doit comprendre une recherche des signes
fonctionnels d’accompagnement tels que des douleurs abdominales,
une dysphagie, des diarrhées et une modification de l’appétit
[14-16, 20]. Il doit aussi comporter l’inspection et la palpation
des réserves adipeuses (bras, cuisses, abdomen), la mesure des plis
cutanés (quadricipital, tricipital) et la recherche d’autres signes
cliniques évocateurs d’une dénutrition : pâleur, troubles
trophiques, atteinte des muqueuses. Tous ces paramètres ont été
réunis par Detzky et al. dans son score d’évaluation
clinique de l’état nutritionnel [21] (tableau
IIb). En fonction de la réponse à six questions simples,
ces auteurs proposent de classer les patients en trois
catégories : A – non dénutris,
B – dénutrition modérée ou potentielle,
C – dénutrition sévère.
Évaluation biochimique de la dénutrition
Alors que la surveillance anthropométrique est systématiquement
effectuée dans les services de néonatalogie et les maternités, elle
est moins appliquée chez les grands enfants et les adultes. Cette
surveillance est également difficile à mettre en place pour les
patients à mobilité réduite (réanimation, brûlés) en raison d’un
matériel de pesée parfois mal adapté ou insuffisamment contrôlé.
Les résultats sont également difficiles à interpréter chez certains
patients dont les variations de poids peuvent être importantes d’un
jour à l’autre (œdèmes des hémodialysés chroniques par
exemple).
Pour évaluer la dénutrition chez ces patients, les marqueurs
biologiques apportent des arguments quantitatifs plus
reproductibles et plus sensibles que les mesures anthropométriques,
et ceci d’autant plus que les balances médicales ne sont pas
soumises à des contrôles de qualité aussi rigoureux que les
automates d’immuno-analyses.
Marqueurs de la dénutrition
Le marqueur idéal (tableau IIIa)
doit répondre à plusieurs critères, le plus important étant de
dépendre essentiellement de l’état nutritionnel et de mettre en
évidence de façon précoce une faible variation de celui-ci. Pour
cela, il doit avoir une demi-vie courte et être peu sensible à des
facteurs non nutritionnels.
Tableau III. Marqueurs
biochimiques de la dénutrition.
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a – Marqueurs de dénutrition proprement
dite
|
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Valeurs normales (adultes) |
Demi-vie |
Autres facteurs influençant sa concentration
plasmatique
|
Intérêt dans la dénutrition |
Albumine 69 kDa
Synthèse hépatique
Catabolisme : digestif 20 %, rein 15 %,
Foie, macrophages, cellules mononuclées |
40-50 g/L |
20 j |
Abaissée en cas de :
– insuffisance hépatique
– inflammation
– syndrome néphrotique
– gastro-entéropathie exsudative
– brûlures étendues
– hémodilution
– sujets âgés
Augmentée en cas de :
– hémoconcentration
– perfusion d’albumine |
Bon marqueur de dénutrition chronique
Bon marqueur pronostique global |
Préalbumine (transthyrétine)
55 kDa
Synthèse : hépatique
Catabolisme : macrophages, rein |
0,2-0,4 g/L |
2 j |
Abaissée en cas de :
– insuffisance hépatique
Augmentée en cas de :
– insuffisance rénale chronique
– hyperandrogénie
– traitement par des corticoïdes
– anorexie mentale
– hypothyroïdie |
Bon marqueur de dénutrition précoce |
RBP (retinol binding protein)
21 kDa
Synthèse : hépatique
Catabolisme : uniquement rénal |
30-70 mg/L |
12 h |
Abaissée en cas de :
– hypovitaminose A
– néphropathie tubulaire
– hyperparathyroïdie
– cancer colorectal
– insuffisance hépatique
Augmentée en cas de :
– insuffisance rénale chronique
– stéatose |
Bon marqueur de dénutrition précoce mais trop grande
sensibilité
à l’insuffisance rénale |
Transferrine
90 kDa
Synthèse : hépatique
Catabolisme : digestif, macrophages |
2,0-3,0 g/L |
8 j |
Abaissée en cas de :
– infections chroniques
– maladies inflammatoires
– insuffisances hépatiques
– fuite glomérulaire, gastro-intestinale ou cutanée
Augmentée en cas de :
– carence martiale
– imprégnation œstrogénique :
grossesse, pilule |
Non conseillé : manque de spécificité |
Somatomédine
(IGF-1)
7 650 kDa
Synthèse : hépatique |
70-385 ng/ml |
6 h |
Variations en fonction de :
– âge
– sexe
Abaissée si :
– insuffisance hypophysaire
– insuffisance hépatique
Augmentée si :
– acromégalie |
Peu utilisé : dosage uniquement par RIA disponible seulement
dans certains laboratoires spécialisés |
Apolipoprotéine AI
28 kDa
Synthèse : hépatique, intestinal
Catabolisme : en partie rénal |
1,2-2,2 g/L |
4 j |
Abaissée :
– insuffisance hépatique
– dans certaines dyslipidémies |
Utilisé quand préalbumine
non interprétable |
|
b – Marqueurs biochimiques de l’inflammation |
|
Valeurs
normales |
Demi-vie |
Intérêt dans la dénutrition
|
CRP
Marqueur d’inflammation aiguë
135 kDa |
< 3 mg/L |
6 h |
Demi-vie trop
courte pour refléter correctement une dénutrition endogène |
Orosomucoïde
44 kDa
Marqueur d’inflammation chronique |
0,5-1,0 g/L |
2 à
3 j |
Bon marqueur
de dénutrition endogène
Bonne corrélation avec les protéines
de la dénutrition (demi-vie longue) |
RIA : radio immuno assay.
La préalbumine est le marqueur protéique qui présente ces
caractéristiques et son intérêt dans le diagnostic biologique d’une
dénutrition débutante est actuellement indiscutable [22]. Son
dosage, couplé à celui d’une protéine de demi-vie longue,
l’albumine, mettant en évidence une dénutrition chronique, permet
le dépistage et la prise en charge précoce d’une dénutrition.
Le mécanisme de la diminution de la préalbumine dans la
dénutrition est différent selon qu’il s’agit d’une dénutrition
exogène ou endogène, ces deux types de dénutrition pouvant
fréquemment être associés [12].
Dans la dénutrition exogène (carence d’apport, malabsorption), une
carence énergétique et en acides aminés entraîne un blocage de la
synthèse hépatique de certaines protéines, en fonction de l’acide
aminé limitant carencé. La concentration de la préalbumine,
protéine riche en tryptophane, diminue très rapidement lors d’une
carence en cet acide aminé essentiel [23].
Dans la dénutrition endogène (maladie inflammatoire), le mécanisme
de la diminution de la préalbumine est différent : sa
variation post-inflammatoire est liée à l’action transcriptionnelle
de cytokines, notamment de l’IL-6, l’IL-1 et du TNFα qui
réorientent la synthèse hépatique de nombreuses protéines en
favorisant celle des protéines de l’inflammation au détriment de
celle de la nutrition comme la préalbumine et l’albumine
[24-26].
D’autres marqueurs protéiques peuvent être utilisés, telles la
retinol binding protein (RBP) ou la transferrine, mais leurs
variations très dépendantes de l’état rénal pour la première et du
métabolisme du fer pour la seconde limitent leur utilisation dans
l’appréciation du statut nutritionnel [27].
L’IGF-1 (insuline like growth factor-1) ou somatomédine C
constitue un marqueur nutritionnel aussi sensible que la
préalbumine [28]. Son dosage, essentiellement réalisé par technique
IRMA (immunoradiometric assay), est limité à certains
laboratoires spécialisés, ce qui restreint son utilisation en tant
que marqueur nutritionnel en pratique clinique courante.
Importance des protéines de l’inflammation
Un syndrome inflammatoire entraîne un état d’hyper-catabolisme
azoté avec dénutrition endogène. Dans cette situation, les besoins
sont supérieurs à ceux nécessaires au métabolisme de base
(× 1,2). La baisse des protéines de la nutrition est
proportionnelle à l’intensité du syndrome inflammatoire. Il est
donc nécessaire de doser une protéine de l’inflammation (tableau IIIb). C’est ainsi qu’une élévation
de 25 mg/L de CRP est associée à une baisse de 1 g/L
d’albumine [29].
La protéine C-réactive (CRP), avec une demi-vie de 6 heures,
rend compte d’une inflammation aiguë, alors que l’orosomucoïde
(alpha 1- glycoprotéine acide) est plutôt le témoin d’un processus
plus long, voire chronique, sa demi-vie étant de 2 à
3 jours.
Pour interpréter un bilan nutritionnel, l’orosomucoïde semble plus
adaptée que la CRP car sa réponse est plus stable dans le temps et
mieux corrélée avec les variations des protéines de la nutrition
[23]. Son dosage, associé à ceux de l’albumine et de la
préalbumine, permet de différencier une dénutrition exogène
(carence d’apport avec orosomucoïde normale) d’une dénutrition
endogène (maladies inflammatoires avec orosomucoïde élevée).
Le profil nutritionnel
Le profil nutritionnel associe un marqueur de l’inflammation,
l’orosomucoïde, et deux marqueurs de la dénutrition, l’albumine et
la préalbumine [27]. Cette association est alors très informative
sur l’origine exogène ou endogène de la dénutrition.
La technique de référence pour le dosage de ces protéines est
l’immunonéphélémétrie [30] pour laquelle toutes les trousses
disponibles sont standardisées selon la calibration de l’IFCC
(International federation for clinical chemistry, étalon
international CRM470) [31]. Cette standardisation est obligatoire
pour tous les dosages néphélémétriques et turbidimétriques des
14 principales protéines plasmatiques. Dans le cas de
l’albumine, les techniques colorimétriques (vert de bromocrésol)
sont à proscrire car sujettes à de trop nombreuses interférences.
De même, l’électrophorèse des protéines du sérum ne permet qu’une
approche semi-quantitative de l’albumine, calculée à partir d’un
pourcentage de la protidémie. Elle ne doit donc pas être utilisée
dans ce contexte en raison de son imprécision.
Les critères de choix des différents paramètres représentés sur le
profil nutritionnel, sont la demi-vie et la cinétique de la
protéine afin de mieux appréhender les différents stades de la
dénutrition. Les résultats sont exprimés en pourcentages de la
médiane, en fonction de l’âge et du sexe du patient. Ils sont
présentés sous forme graphique, permettant de diagnostiquer les
deux types de dénutrition débutante ou chronique et de surveiller
l’efficacité de la prise en charge nutritionnelle [27].
En l’absence de syndrome inflammatoire (orosomucoïde normale), la
diminution isolée de la préalbumine traduit un stade de dénutrition
débutante (figure
1a) alors que la diminution concomittante de l’albumine (%
albumine = % préalbumine × 1,3 environ) met en
évidence une dénutrition chronique (figure 1b).
En présence d’inflammation (orosomucoïde augmentée), ce sont les
variations relatives de l’albumine et de l’orosomucoïde qui
permettent de différencier une dénutrition endogène isolée (maladie
inflammatoire) (figure
1c) d’une dénutrition « mixte » associant une
dénutrition endogène et exogène qui amplifie la diminution des
protéines nutritionnelles (inflammation et carence d’apport
concomitante) (figure
1d) [27]. Lorsque l’inflammation est isolée, le pourcentage
d’albumine reste en général supérieur ou égal à 60 % alors
qu’il est significativement plus bas en cas de dénutrition exogène
surajoutée.
Le profil nutritionnel permet également la surveillance de
l’efficacité d’une prise en charge nutritionnelle, que la nutrition
soit orale, entérale ou parentérale. La normalisation de la
concentration de la préalbumine s’effectue en 4 à 7 jours
(elle reste interprétable même en cas de perfusion d’albumine) et
celle de l’albumine en 3 semaines environ [27].
Dans certaines pathologies, la préalbumine est un mauvais marqueur
de la dénutrition et doit être remplacée par un autre paramètre.
C’est le cas de l’anorexie mentale où l’hyperandrogénie associée
est responsable d’une augmentation de la préalbumine pouvant
fausser son interprétation. La RBP doit dans ce cas être préférée à
la préalbumine (figure
1e). Chez les insuffisants rénaux le choix doit plutôt se
porter sur l’apolipoprotéine AI (demi-vie de 4 jours),
marqueur nutritionnel aussi fiable que la préalbumine ou la RBP,
mais indépendant de la fonction glomérulaire [32]. En se référant à
la dernière nomenclature des actes de biologie médicale, éditée en
janvier 2004 par la CNAM, chaque dosage de protéine sérique est
coté B35. Le profil protéique n’étant pas inscrit à la
nomenclature, son prix revient à la somme des 3 paramètres
proposés, soit B105. À titre indicatif, une prescription de
somatomédine ou d’apoAI sont respectivement cotés B100 et B20, ces
derniers paramètres sont cependant très peu demandés dans le cadre
d’une dénutrition.
Les index biologiques et clinico-biologiques de la
dénutrition
L’index recommandé par le CLAN du CHU de Nantes est un index
clinico-biologique, l’index de Buzby ou NRI (nutrition risq
index, tableau IV), combinant un
marqueur clinique (le poids) et un marqueur biologique
(l’albumine). La dénutrition est modérée pour une valeur située
entre 83,5 et 97,5 et sévère en dessous de 83,5, exigeant alors une
prise en charge rapide et adaptée du patient [16, 33].
Le PINI (pronostic inflammatory and nutritional index) est
un index biologique proposé par Ingenbleek (tableau IV) [34]. Il prend en compte pour son
calcul, deux marqueurs de l’état nutritionnel (l’albumine et la
préalbumine) et deux marqueurs de l’inflammation (orosomucoïde et
CRP). Il constitue un réel indice de morbidité permettant
l’appréciation d’un risque vital lié à la coexistence d’une
dénutrition et d’un état inflammatoire. Tandis qu’un rapport
inférieur à 1 n’est lié à aucun risque, toute valeur
supérieure à 31 met en jeu le pronostic vital du patient [14,
34]. Cependant, l’interprétation du résultat de cet index est
délicate en raison des variations importantes et rapides de la CRP.
Le PINI est plutôt utilisé dans les services où les patients
présentent fréquemment des inflammations aiguës (réanimation,
cancérologie).
Tableau IV. Critères
d’interprétation des marqueurs et index clinico-biologiques de la
dénutrition.
| 0,3 g/L |
< 0,3 g/L |
|
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|
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|
|
Modérée |
Sévère |
| NRI
(Buzby) |
= 1,519 × Alb
(g/L) + 0,417 × poids (% poids idéal) |
> 97,5 |
97,5 |
83,5-97,5 |
< 83,5 |
|
PINI |
= Oroso (mg/L) × CRP (mg/L)/
Alb (g/L) × PréAlb (mg/L) |
< 1 |
Faible
2-10
Élevé
21-30 |
Moyen
11-20
Risque vital
> 31 |
IR : insuffisance rénale ; PINI : pronostic
inflammatory and nutritional index ; NRI :
nutrition risq index(index de Buzby).
Conclusion
Le diagnostic de la dénutrition et l’évaluation de sa gravité
reposent essentiellement sur un examen clinique rigoureux et sur le
calcul de l’IMC. Les marqueurs biochimiques (albumine et
préalbumine) présentent un réel intérêt dans le dépistage de la
dénutrition et le suivi de la prise en charge nutritionnelle. Ces
marqueurs sont particulièrement utiles lorsque les paramètres
anthropométriques (pesée du patient, mesure de la taille) sont
délicats à obtenir, notamment chez les sujets à mobilité réduite
(personnes âgées, tétraplégiques, grands brûlés). La présentation
des résultats sous forme de profil nutritionnel et inflammatoire
semble bien adaptée au dépistage et au suivi de la prise en charge
nutritionnelle. Cependant, l’interprétation de ces profils doit
toujours rester extrêmement prudente et ne doit se concevoir que
rapportée à un patient donné dans une situation clinique bien
précise.
Le traitement précoce de la dénutrition est complémentaire du
traitement de la maladie causale. Il améliore le pronostic en
réduisant la morbi-mortalité et la durée d’hospitalisation du
patient. Cette prise en charge nutritionnelle précoce est une
priorité sanitaire et économique aux États-Unis et au Canada depuis
de nombreuses années. La commission américaine des soins
hospitaliers JCAHO (joint commission on accreditation of
healthcare organization) recommande le dépistage de la
dénutrition chez tous les patients dès les premières heures de leur
hospitalisation [3, 22]. En France, le Programme national nutrition
santé a été lancé en 2001 sur cinq ans (2001-2005) par le ministère
de la Santé. Ce programme fixe comme objectif général
l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population en
agissant sur l’un de ses déterminants majeurs : la nutrition
[11].
Références
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|
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Détermination |
Non dénutris |
Risque de dénutrition |
Dénutrition |
|
Albumine |
Néphélémétrie |
> 38 g/L |
35-38 g/L |
< 35 g/L |
|
Préalbumine |
Néphélémétrie |
Pas d’IR > 0,2 g/L |
0,2 g/L |
< 0,2 g/L |
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IR
> 0,3 g/L
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