ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Marc Lupoglazoff1, 2,
Isabelle Denjoy2, 3
1 Service de Cardiopédiatrie, Hôpital
Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris
Tél. : 01 40 03 21 89 – Fax :
01 40 03 24 70
2 Inserm UR 582, Institut de Myologie, Groupe
hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47 bd de l’Hôpital,
75013 Paris
3 Service de Cardiologie, Hôpital Lariboisière,
2 rue Ambroise-Paré, 75010 Paris
Le syndrome du QT long congénital (SQTL), cliniquement et
génétiquement hétérogène, se caractérise par un allongement de
l’intervalle QT sur l’électrocardiogramme de surface (ECG) (figure 1),
associé à un risque élevé de survenue de troubles du rythme
ventriculaire graves (torsades de pointes ou TdP), fibrillation
ventriculaire) pouvant entraîner syncopes et mort subite (figure 2) [1].
Six gènes ont été jusqu’à présent identifiés et codent dans la
majorité des cas pour des sous-unités de canaux ioniques
cardiaques : deux sous-unités α de canaux potassiques
(KCNQ1 pour LQT1, HERG = KCNH2 pour
LQT2), la sous-unité α du canal sodique (SCN5A pour LQT3),
deux sous-unités régulatrices de canaux potassiques (KCNE1
pour LQT5 régulant KCNQ1 et KCNE2 régulant
KCNH2) [2, 3]. Des mutations dans le gène de l’ankyrine B
sont associées à la forme LQT4 [4] (tableau 1). La durée du potentiel d’action
d’une cellule ventriculaire dépend des flux sodiques et potassiques
(figure 3).
Une augmentation du courant sodique pendant la phase 0 (en cas de
mutation dans SCN5A) ou une diminution du courant potassique
pendant la phase 3 (par exemple mutation dans KCNQ1 ou
HERG) induit une augmentation de la durée du potentiel
d’action, ce qui se traduit par un allongement de l’intervalle QT
sur l’ECG.
Tableau 1. Les différentes formes
génétiques de SQTL et les courants ioniques concernés : QT
long (gènes identifiés)
|
Formes |
Gènes |
Chromosomes |
Courant |
|
LQT1 |
KCNQ1 |
llpl5.5 |
Iks |
|
LQT2 |
KCNH2 |
7q35-36 |
Ikr |
|
LQT3 |
SCN5A |
3p21-24 |
Ina |
|
LQT4 |
Ankyrine B |
4q25-27 |
|
|
LQT5 |
KCNE1 |
21q22.1-22 |
Iks |
|
LQT6 |
KCNE2 |
21q22.1-22 |
Ikr |
L’identification de mutations dans l’un de ces gènes chez les
sujets suspects de SQTL permet de confirmer le diagnostic et
d’identifier dans ces familles les sujets susceptibles de
développer des complications rythmiques graves. En clinique, il
reste à identifier des paramètres diagnostiques plus sensibles que
l’allongement de l’intervalle QT sur l’ECG et à mieux évaluer le
pronostic de la maladie grâce à l’étude de la relation
phénotype-génotype. Des études récentes sur des populations
génotypées permettent d’amorcer une stratification du risque
individuel de syncopes et de mort subite [5, 6].
Épidémiologie
Ce syndrome est l’une des causes fréquentes de syncopes et de
morts subites de l’enfant et du jeune adulte. La prévalence
génétique est actuellement estimée à 1/5 000 individus
[3]. À côté des formes congénitales de SQTL, il existe des formes
dites acquises, découvertes lors de désordres hydro-électrolytiques
ou de l’administration de substances pharmacologiques connues pour
allonger l’intervalle QT telles que les anti-arythmiques des
classes Ia et III, les psychotropes, les anti-histaminiques,
les macrolides (tableau 2) [3].
Cependant, il est possible que ces formes ne soient qu’une
expression d’une anomalie génétique mineure chez certains sujets
apparemment sains qui, à l’occasion de la prise de médicaments
prolongeant la repolarisation ventriculaire, démasquerait une forme
congénitale.
Tableau 2. Médicaments contre-indiqués, déconseillés ou à
utiliser avec précaution dans le syndrome du QT long congénital.
D’après Lupoglazoff [3]
|
Les médicaments contre-indiqués sont ceux pour lesquels des
torsades de pointes, avec une forte imputabilité, ont pu être
documentées. Les médicaments déconseillés ou à utiliser avec
précaution sont des substances qui ne sont pas
électrophysiologiquement neutres : pour des raisons
pharmacodynamiques ou du fait de leur appartenance à une famille ou
une classe thérapeutique, il est préférable de les éviter ou de ne
les prescrire que sous stricte surveillance électrocardiographique.
A) Médicaments cardiovasculaires
1) Antiarythmiques de classe I
– Contre-indiqués : quinidine
(Cardioquine®, Longacor®,
Quinidurule®, Sérécor®), disopyramide
(Rythmodan®, Isorythm®)
– Déconseillés : cibenzoline (Cipralan®,
Exacor®), flécaïnide (Flécaïne®), propafénone
(Rythmol®), aprindine (Fiboran®)
2) Antiarythmiques de classes III
– Contre-indiqués : amiodarone
(Cordarone®, Corbionax®), sotalol
(Sotalex®), ibutilide (Corvert®)
3) Inhibiteurs calciques
– Contre-indiqué : bépridil
(Cordium®)
4) Diurétiques
– Contre-indiqués : tous les diurétiques
hypokaliémiants
5) Vasodilatateurs cérébraux
– Contre-indiqués : dérivés de la vincamine
(Vinca®, Voncafor®, Rhéobral®,
Vincarutine®)
B) Psychotropes
– Contre-indiqués : les neuroleptiques :
chlorpromazine (Largactil®), dropéridol
(Droleptan®), halopéridol (Haldol®),
sultopride (Barnétil®), thioridazine
(Melleril®), pimozide (Orap®), rispéridone
(Risperdal®) et les antidépresseurs : imipramine
(Tofranil®), désipramine (Perlofran®),
amitriptyline (Laroxyl®, Elavil®), doxepine
(Quitaxon®), maprotiline (Ludiomil®),
fluoxétine (Prozac®)
– Déconseillés : tous les médicaments de la famille
des phénothiazines, des butyrophénones, des benzamides, des
imipraminiques, le lithium.
C) Anti-infectieux
– Contre-indiqués : érythromycine
(Erythrocine®, Abboticine®,
Propiocine®, Ery®), clarythromycine
(Zeclar®, Naxy®), spiramycine
(Rovamycine®, Rodogyl®), amphotéricine B
(Fungizone®, Amphocycline®), triméthoprime
sulfaméthoxazole (Bactrim®, Eusaprim®),
amantadine (Mantadix), pentamidine (Pentacarinal®),
sparfloxacine (Zagam®), chloroquine
(Nivaquine®, Halofantrine (Halfan®), les
azolés : kétoconazole (Nizoral®), miconazole
(Daktarin®), itraconazole (Sporanox®)
– Déconseillés : les médicaments de la classe des
macrolides et les autres antipaludéens : quinine
(Quinimax®, Quinoforme®), méfloquine
(Lariam®), amodiaquine (Flavoquine®)
D) Anti-allergiques
– Déconseillés : Les autres antihistaminiques H1
non anticholinergiques : cétirizine (Zyrtec®,
Virlix®), laratidine (Clarityne®), oxatomide
(Tinset®), les antihistaminiques
anticholinergiques : hydroxyzine (Atarax®),
cyproheptadine (Périactine®, prométhazine
(Phénergan®), dexchlorphéniramine
(Polaramine®), alimémazine (Théralène®),
carboxinamine (Allergafond®), buclizine
(Aphilan®), bromphéniramine (Dimégan®),
méquitazine (Primalan®), isothipendyl
(Istamyl®), doxylamine (Méréprine®,
Donormyl®), les produits classés dans les
« décongestionnants » qui contiennent des
antihistaminiques. Attention aux associations entre les
antihistaminiques et les dérivés azolés.
E) Autres classes thérapeutiques
– Contre-indiqués : doxorubicine
(Adriblastine®), cisapride (Prépulsid®)
– Déconseillés : sildénafil (Viagra®),
Héxaquine® qui contient de la quinine, les laxatifs
irritants, notamment en association avec les dérivés azolés, le
dompéridone (Motilium®), les antimigraineux :
sumatriptan (Imigrane®), les antimitotiques :
tamoxifène (Nolvadex®, Kessar®).
|
Dans la population française, les mutations dans le gène
KCNQ1 sont les plus fréquentes et concernent
approximativement 60 % des familles génotypées. Les mutations
dans KCNH2 représentent environ 35 % des familles
génotypées (tableau 3). Le gène
SCN5A, qui correspond à la forme LQT3 rare (seulement
5 % des familles génotypées), est également impliqué dans le
syndrome de Brugada [7] et dans la maladie de Lenègre (troubles de
conduction auriculo-ventriculaires familiaux) [8, 9]. Parfois, la
même mutation est associée à un phénotype différent chez les
membres d’une même famille. Ainsi, il a été décrit l’association
d’un syndrome de Brugada et de LQT3 pour une même mutation
familiale dans SCN5A [10], ou l’association d’un syndrome de
Brugada dans une partie de la famille et de troubles de la
conduction dans une autre (figure 4) [11]. Ces
différents phénotypes peuvent s’expliquer par des conséquences
électrophysiologiques différentes sur la cellule cardiaque. Par
exemple, un gain de fonction au niveau du canal sodique
(augmentation du courant sodique entrant) peut être responsable
d’un phénotype LQT3 alors qu’une perte de fonction (diminution du
courant sodique) entraînera un phénotype de Brugada ou de maladie
de Lenègre.
Tableau 3. Caractéristiques cliniques des formes communes de
SQTL (données personnelles, Inserm U582) [3]
|
Caractéristiques cliniques |
LQT1 |
LQT2 |
LQT3 |
|
Gène muté |
KCNQ1(KvLQT1) |
KCNH2 (HERG) |
SCN5A |
|
Courant altéré |
Iks |
Ikr |
INa |
|
Prévalence en France (%) |
62 |
32 |
6 |
|
QTc moyen (ms) |
470 ± 29 |
480 ± 21 |
505 ± 35 |
|
Événements cardiaques survenant à l’exercice ou lors d’un stress
émotionnel (%) |
96 |
65 |
40 |
|
Déclenchement à l’exercice |
+ + + |
+ |
+ / – |
|
Modes de déclenchement spécifique |
Natation |
Bruit fort |
Repos |
|
Événements cardiaques avant 10 ans (%) |
40 |
16 |
2 |
|
Événements cardiaques avant 40 ans (%) |
63 |
46 |
18 |
| Âge
médian au 1er événement cardiaque |
9 |
12 |
16 |
|
Efficacité du traitement bêtabloquant préventif |
+ + + |
+ + |
+ (?) |
Critère phénotypique : allongement de l’intervalle QT
Le phénotype du SQTL est caractérisé par un allongement de
l’intervalle QT sur l’ECG qui est classiquement mesuré dans les
dérivations D2 ou V5 de l’ECG. Une durée de QT corrigée (QTc) par
la fréquence cardiaque, selon la formule de Bazett
(QTc = QT/√RR précédent) > 440 ms, est
associée à une forte probabilité de SQTL [5, 12]. Néanmoins, le QTc
varie d’un moment à l’autre chez un même individu et on ne peut
éliminer formellement le diagnostic de SQTL en cas d’ECG normal
dans un contexte clinique évocateur. Ainsi Vincent a montré qu’il
existe un chevauchement important des intervalles QTc chez les
sujets sains et chez les sujets génétiquement atteints, avec des
valeurs de QTc < 440 ms chez 12 % des
patients génétiquement atteints (12 % pour LQT1, 17 %
pour LQT2 et 5 % pour LQT3) [12] (figure 5).
Autres anomalies ECG
Plusieurs auteurs ont relevé l’association d’une bradycardie
sinusale au SQTL [13]. Cette association est retrouvée dans environ
25 % des cas, particulièrement chez les sujets jeunes ou ayant
une mutation dans LQT3 et semble liée au risque de morbi-mortalité.
Elle attire plus souvent l’attention chez l’enfant qui a
normalement une fréquence plus rapide que l’adulte [5]. Le bloc
auriculo-ventriculaire (BAV) compliquant un SQTL a un pronostic
plus péjoratif. L’existence de BAV 2/1 dans le SQTL est le plus
souvent rapportée chez le nourrisson et l’enfant [14, 15]. Il
s’agit, dans la majorité des cas, d’un BAV
« fonctionnel », c’est-à-dire induit par une
repolarisation trop longue avec une fréquence sinusale
comparativement trop rapide et une onde P qui survient pendant la
période réfractaire ventriculaire [15].
Critères cliniques de Schwartz
Les difficultés diagnostiques ont amené à proposer un score de
probabilité du diagnostic de SQTL chez un individu donné [16].
Cette définition intègre des données électrocardiographiques ainsi
que des éléments de l’histoire clinique (tableau 4). Ce score, en donnant trop de
« poids » à l’allongement de l’intervalle QT, ne permet
pas de classer correctement les sujets asymptomatiques dont
l’intervalle QT est peu augmenté : il existe encore 20 %
de faux négatifs lorsque l’on utilise comme référence le diagnostic
génétique [16]. C’est pourquoi nous avons établi d’autres critères
diagnostiques moins spécifiques mais plus sensibles, validés a
posteriori par une étude génétique. Ainsi le diagnostic de SQTL
est probable si au moins l’un des critères suivants est
présent : 1) QTc > 460 ms ; 2)
QTc > 440 ms et bradycardie ou morphologie
anormale de l’onde T ; 3) syncope ou torsades de pointes dans
une famille de QT long [3, 17]. Ces critères diagnostiques
permettent de réduire le taux de faux négatifs à 5-10 %
[3].
Tableau 4. Critères diagnostiques du syndrome du QT long
congénital. D’après Schwartz et al. [16]
| Données électrocardiographiques* |
Points |
| – QTc (formule de Bazett) |
|
| > 480 ms |
3 |
| 460-470 ms |
2 |
| 450 (sujet masculin) ms |
1 |
| – Torsades de pointes |
2 |
| – Alternance de l’onde T |
1 |
| – Crochetage de l’onde T dans
3 dérivations |
1 |
| – Fréquence cardiaque basse pour l’âge
(< 2 percentile) |
0,5 |
| Histoire clinique |
|
| – Syncope (un seul critère) |
|
| survenant à l’effort et/ou l’émotion |
2 |
| en dehors de l’effort ou l’émotion |
1 |
| – Surdité congénitale |
0,5 |
| Histoire familiale (un même sujet n’est
compté qu’une fois) |
|
| – Membres de la famille avec un QT long
congénital |
1 |
| – Mort subite inexpliquée chez des sujets
de < 30 ans parmi les membres du 1er
ou 2e degré de la famille |
0,5 |
Score inférieur à 1 = faible probabilité de QT long
congénital.
Score de 2 à 3 = QT long congénital possible.
Plus de 4 = forte probabilité de QT long congénital.
* En l’absence de tout médicament ou désordre ionique connu
pour modifier l’ECG..
Diagnostic génétique
La biologie moléculaire est devenue l’une des méthodes de
référence pour confirmer le diagnostic de SQTL, avec certaines
limitations. Cette analyse génétique s’effectue à partir d’une
prise de sang chez le propositus, premier sujet diagnostiqué
dans une famille, après avoir obtenu son consentement écrit et
donné une information éclairée. Dans une famille donnée, lorsque la
mutation est connue, on peut effectuer chez les autres membres de
la famille un prélèvement buccal (face intérieure de la joue) sur
un écouvillon sec stérile contenant un peu de sérum physiologique
puis conservé à température ambiante. Cette procédure est très
appréciable pour les enfants, et tout particulièrement les
nourrissons. Ensuite, les prélèvements seront adressés aux centres
agréés pour réaliser un diagnostic de biologie moléculaire (CHU
Pitié-Salpêtrière Paris, CHU Nantes et CHU Lyon). Le savoir-faire
et la technologie nécessaire ne sont pas disponibles dans tous les
pays, ni même partout en France. Par ailleurs, l’hétérogénéité
génétique et allélique observée dans le SQTL ainsi que la grande
taille de ces gènes rendent difficile le diagnostic génétique
automatisé et rapide. Jusqu’à récemment, le criblage de ces gènes
était effectué par la technique électrophorétique d’analyse de
conformation des ADN simples brins (SSCP) suivi de l’identification
des anomalies par séquençage. Par cette technique, le génotype
n’est établi que dans un tiers des cas dans les séries américaines
[18] et beaucoup plus largement (60 à 70 %) dans les séries
européennes [3, 19, 20]. Comparativement aux séries américaines, le
criblage génétique en France a été depuis longtemps plus complet
avec, par exemple, une analyse des parties C- et N-terminales de
KCNQ1 et KCNH2, ce qui en soi diminue le nombre de
faux négatifs [17, 21]. De plus, une nouvelle technique de
détection de mutation a été développée, la chromatographie liquide
à haute performance en condition partiellement dénaturante (dHPLC
ou denaturing high performance liquid chromatography), afin
d’augmenter la sensibilité et d’automatiser le criblage.
Différentes formes génétiques
Dans sa forme habituelle, le SQTL est une maladie de
transmission autosomique dominante, donc un individu donné dans une
famille atteinte de SQTL a une chance sur deux d’être génétiquement
atteint. De même, un sujet atteint a une chance sur deux de
transmettre à sa descendance l’anomalie génétique. Depuis
10 ans, ce raisonnement simple, mendélien monogénique, s’est
compliqué par l’existence de plusieurs gènes impliqués, qui
pouvaient même chez certains patients coexister (double, voire
triple mutations) entraînant des formes sévères de SQTL. Des formes
homozygotes graves ont également été décrites.
Mutations homozygotes : phénotype sévère
Les mutations homozygotes dans les canaux ioniques et les
doubles mutations (dans le même gène ou sur deux gènes différents
du SQTL) sont rares mais associées à des phénotypes sévères.
– Mutations homozygotes dans KCNQ1 et
KCNE1
Le premier cas rapporté de SQTL était en fait une observation de
syndrome de Jervell-Lange et Nielsen (JLN) qui associe une surdité
bilatérale totale et un allongement marqué de l’intervalle QT, de
fréquentes syncopes et risque élevé de mort subite. Ce syndrome a
un mode de transmission autosomique récessif. La biologie
moléculaire a permis de rapporter le JLN à des mutations
homozygotes dans KCNQ1 ou dans KCNE1. Parfois,
l’association de deux mutations différentes (hétérozygotes
composites) dans KCNQ1 peut donner un phénotype de JLN. Par
hybridation in situ chez la souris, nous avons montré que
KCNQ1, comme KCNE1, était exprimé dans les cellules
marginales de la strie vasculaire. Ainsi, les mêmes canaux
KCNQ1 et KCNE1, qui sous-tendent le courant Iks,
interviennent à la fois dans la régulation de l’endolymphe de
l’oreille interne, expliquant ainsi la surdité du JLN, et dans
l’activité électrique cardiaque, expliquant la forme sévère de SQTL
[22]. Le pronostic rythmique de ce syndrome est réputé mauvais mais
des données sur des séries importantes manquaient. Dans une étude
coopérative à laquelle nous avons participé, 136 patients
atteints de JLN venant de 99 familles ont été regroupés. Dans
90 % des cas, ils étaient symptomatiques (syncopes, arrêts
cardiaques et morts subites) avec un âge de survenue très jeune
(3,2 ± 3,8 ans). Après l’âge de 15 ans, seuls
4 % étaient asymptomatiques, et, dès l’âge de 8 ans,
90 % étaient déjà symptomatiques. Les facteurs déclenchants
des événements cardiaques sont toujours adrénergique-dépendants
(42 % émotion, 41 % effort). Le traitement préventif par
les bêtabloquants n’était pas totalement efficace pour ces patients
puisque plus de la moitié a récidivé et 25 % sont décédés sous
traitement. Parmi les 99 propositus, seuls 35 %
étaient génotypés : il s’agissait toujours en grande majorité
de mutations dans KCNQ1 ou plus rarement dans KCNE1,
confirmant les premières études génétiques. Dans notre expérience,
les patients atteints de JLN sont bradycardes, avec des QTc très
allongés sans BAV documenté lors des enregistrements Holter
effectués initialement ou séquentiellement durant le suivi.
Il existe des mutations homozygotes dans KCNQ1 sans
surdité. Priori avait décrit le cas d’un enfant de 9 ans
symptomatique à l’effort avec une audition normale dont les deux
parents étaient génétiquement hétérozygotes pour la mutation et
cliniquement asymptomatiques [19]. Nous avons confirmé ces données
dans deux de nos familles consanguines.
– Mutations homozygotes dans HERG
Dans la littérature, il existe deux observations différentes de
formes sévères de SQTL comportant un BAV 2/1 associé à une
mutation homozygote dans HERG [23, 24]. Le phénotype
comportait un allongement majeur de l’intervalle QT
(QTc = 580 ms), un BAV 2/1 fonctionnel et des
troubles du rythme ventriculaire polymorphes mal tolérés. L’enfant
a été traité avec succès par bêtabloquant et stimulation
cardiaque.
– Mutation homozygote dans SCN5A
Nous avons décrit la première mutation LQT3 à l’état homozygote
chez un enfant symptomatique ayant des troubles de conduction
auriculo-ventriculaire [15]. Cette mutation dans la partie
C-terminale n’affecte pas la formation du canal sodique mais
modifie son fonctionnement. Aucune autre mutation homozygote dans
SCN5A n’a été décrite. De plus, une absence de canal sodique
ne semble pas compatible avec la vie. Nous avons observé in
vitro, par des expériences de transfection, que le courant
résiduel sodique était plus important avec les canaux homozygotes
comparé aux canaux hétérozygotes ou aux canaux normaux,
conformément aux phénotypes observés dans cette famille. Ainsi, le
propositus avait un phénotype plus sévère (puisqu’il a fait
une perte de connaissance et qu’il a sur l’ECG un allongement
majeur de l’intervalle QTc avec un BAV 2/1), probablement en
rapport avec les effets électrophysiologiques de la mutation qui
sont plus importants chez lui.
Double mutation dans le SQTL
Deux mutations dans KCNQ1 ont été retrouvées dans
10/190 familles génotypées. Elles existent à l’état
homozygotes chez le propositus et à l’hétat hétérozygote
chez les parents et dans la fratrie. Nous avons également retrouvé
dans trois familles deux mutations provenant chacune d’un gène
différent (HERG et KCNQ1) coexistant chez le
propositus et existant à l’état isolé chez les parents. Tous
ces cas index présentaient des formes sévères de SQTL avec un QTc
très allongé (> 500 ms) et des syncopes nombreuses et
précoces. On estime qu’il existe deux mutations dans les familles
de SQTL dans 5 à 10 % des cas, chiffres confirmés par d’autres
équipes s’occupant de SQTL.
Mutations hétérozygotes dans les familles avec un
propositus homozygote : phénotype moins sévère
– Mutations hétérozygotes dans KCNQ1
Le phénotype est le plus souvent modéré avec des sujets
asymptomatiques dont l’intervalle QTc est peu allongé ou parfois
même normal. Dans notre expérience, le phénotype des sujets
hétérozygotes des familles JLN est modéré, car tous sont
asymptomatiques. Par contre, les intervalles QTc sont variables. Ce
groupe de patients reste exposé à un risque élevé en cas de prise
de médicaments prolongeant la repolarisation ventriculaire et
favorisant les TDP (tableau 2).
– Mutations hétérozygotes dans HERG
Dans le cas de la mutation dans HERG, les parents et les
enfants hétérozygotes avaient un phénotype normal [24]. Ils étaient
tous asymptomatiques avec des intervalles QTc normaux. Par contre,
la mutation retrouvée dans une grande famille chez
60 individus était associée à une hétérogénéité phénotypique
avec des individus génétiquement atteints asymptomatiques (25/60,
soit 42 %) avec un QTc discrètement allongé en moyenne
(452 ± 34 ms) et d’autres ayant présenté des
syncopes (35/60, soit 58 %) qui avaient un QTc allongé en
moyenne (500 ± 59 ms) significativement différent.
Curieusement, les parents et les enfants des propositus
homozygotes étaient asymptomatiques avec des QTc normaux (420, 436,
441 ms), comme dans le cas rapporté dans la forme LQT3
[15].
– Mutation hétérozygote dans SCN5A
En cas de mutation hétérozygote dans SCN5A, l’allèle
normal et l’allèle muté coexistent chez le même patient. Les sujets
hétérozygotes pour la mutation dans la partie C-terminale que nous
avons rapportée ont un phénotype quasiment normal [15], alors que
les autres patients LQT3 hétérozygotes ont souvent des phénotypes
électrocardiographiques sévères (QTc très allongés mais sans
trouble de conduction) [5], même si l’on sait qu’il n’existe pas de
corrélation entre les effets de la mutation sur le courant sodique
et la durée de l’intervalle QT dans la littérature. Le rôle de
SCN5A dans la conduction cardiaque a été récemment montré
par une équipe française dans deux familles ayant un trouble
conductif progressif héréditaire et des mutations dans SCN5A
[8, 9]. Dans ces deux publications, le ralentissement de la
conduction avait été retrouvé pour tous les systèmes de conduction
avec des épisodes de bradycardie sinusale, des intervalles PR et
QRS allongés mais sans allongement de l’intervalle QTc.
Aspects diagnostiques des relations
phénotype-génotype
L’identification de la mutation responsable du SQTL chez le
propositus permet de détecter l’anomalie génétique chez
d’autres membres de la famille potentiellement exposés à un risque
de syncope ou de mort subite. Tout individu atteint génétiquement
est susceptible de développer des troubles du rythme ventriculaire
graves à l’occasion de la prise d’un médicament modifiant la
repolarisation ventriculaire, même si l’intervalle QTc n’est que
modérément allongé. Dans les familles avec peu d’événements
cardiaques, la pénétrance du SQTL n’est que de 25 % [25].
Priori a confirmé les limites des critères cliniques, décrits dans
la classification de Schwartz en 1993, pour l’identification de
patients atteints de ce syndrome : seulement 38 % des
patients atteints génétiquement avaient pu être identifiés sur ces
critères cliniques. Les scores diagnostiques utilisés en pratique
courante ont une sensibilité insuffisante, surtout en cas
d’histoire clinique atypique. C’est pourquoi l’ensemble des équipes
travaillant sur le sujet ont développé des critères paracliniques à
l’aide d’examens couramment utilisés en cardiologie, comme le
Holter et l’épreuve d’effort pour améliorer la détection de cette
maladie.
Histoire clinique et modes de déclenchement
Le mode de déclenchement des événements rythmiques varie en
fonction du défaut génétique. En effet, le plus souvent, la syncope
ou l’arrêt cardiaque en cas de LQT1 survient au cours d’un effort,
particulièrement dans un contexte émotionnel (natation). Les
patients LQT2 ont des syncopes ou des troubles du rythme plutôt
lors d’une stimulation auditive ou à l’émotion, ou lors d’un réveil
nocturne. Une étude collaborative internationale sur
670 patients génotypés, tous symptomatiques (syncope, mort
subite ou arrêt cardiaque) a montré que les patients LQT1 sont
symptomatiques principalement à l’effort (68 %), les patients
LQT2 à l’émotion (51 %) ou lors du sommeil (34 %) et les
patients LQT3 durant le repos ou le sommeil (53 %) [26].
Morphologie de l’onde T
– Étude de la morphologie à l’ECG
L’analyse morphologique de l’onde T sur l’ECG de sujets
génétiquement identifiés montre des aspects morphologiques assez
spécifiques pour les trois principaux gènes connus [18, 27]. Dans
la forme LQT3, l’intervalle QTc est très allongé avec une onde T
tardive et de grande amplitude (figure 6) [3]. Dans la
forme LQT2, l’onde T est de faible amplitude. Dans la forme LQT1,
qui est la plus fréquente, la morphologie de l’onde T est
monophasique avec une base élargie, sensiblement normale, ce qui
rend son diagnostic plus difficile. Ces données ont été précisées à
partir de 300 patients génotypés, avec 10 aspects
« typiques » selon la forme de SQTL [18]. Cette étude
avait correctement « classé » 88 % des patients LQT1
et LQT2 et seulement 65 % des patients LQT3, en raison d’une
similitude morphologique, non soupçonnée avec certains aspects de
LQT1. Enfin, l’analyse de l’ensemble des tracés ECG des membres
d’une même famille améliore la sensibilité et la spécificité pour
un patient donné.
– Morphologie de l’onde T au Holter
Les anomalies de durée et de morphologie de la repolarisation
ventriculaire font partie des critères diagnostiques de ce syndrome
[16]. Nous avons montré que l’analyse du Holter-ECG était très
contributive dans la détection d’anomalies de l’onde T chez des
patients suspects de SQTL, que ces anomalies de l’onde T « en
double bosse » présentes sur une dérivation à des fréquences
cardiaques plus rapides orientent vers une mutation dans
HERG, en particulier si elles sont associées à une inversion
de l’onde T dans l’autre dérivation du Holter [28]. Cet examen
permet d’améliorer la sensibilité de détection des formes LQT2 par
rapport à l’ECG de repos.
Intérêt de l’épreuve d’effort
L’épreuve d’effort permet d’étudier la fonction chronotrope et
la dynamique de la repolarisation ventriculaire rapportées comme
anormales dans le SQTL. Des données initiales de Vincent ont
rapporté une fonction chronotrope altérée avec une fréquence
cardiaque de repos plus basse, et des fréquences au cours de
l’effort modéré et maximal significativement plus basses dans un
groupe non génotypé de patients SQTL par rapport à un groupe témoin
d’enfants normaux. La fonction chronotrope était diminuée lors de
l’exercice, chez les patients LQT1, alors qu’elle était normale
chez les patients LQT2 [29]. Lors de l’épreuve d’effort et
pendant la phrase de récupération, l’intervalle QT a un
comportement anormal chez les patients SQTL, avec un intervalle QT
qui s’allonge paradoxalement et une adaptation anormale aux
variations de fréquence cardiaque. Les patients LQT1 ont une
augmentation de l’intervalle QT après l’exercice, contrairement aux
patients LQT2 qui ont un raccourcissement marqué de l’intervalle QT
à l’exercice [13, 29]. Néanmoins, l’interprétation des épreuves
d’effort est sujet à caution en routine car, aux fréquences
cardiaques les plus rapides, la fin de l’onde T est difficile à
apprécier.
Aspects pronostiques des relations
phénotype-génotype
Pronostic en fonction du gène en cause, du sexe et de la
durée de QTc
La survenue des symptômes dépend de l’âge, du sexe, de la durée
du QTc et du génotype. L’âge du premier événement clinique est plus
précoce chez les garçons que chez les filles mais, après l’âge de
15 ans, les femmes restent plus symptomatiques que les hommes.
Priori a récemment proposé une stratification du risque de premier
événement cardiaque avant l’âge de 40 ans à partir d’une
population italienne génotypée de 647 patients avec SQTL [6].
La population à plus haut risque (> 50 %) comprend les
patients de sexe masculin LQT3, les patients LQT1 et LQT2, dont la
durée de QTc est supérieure à 500 ms. La population à plus
faible risque (< 30 %) comprend les patients LQT2 de
sexe masculin et les patients LQT1 avec
QTc < 500 ms (tableau 5). À la différence de la grossesse,
le post-partum est associé à une augmentation du risque de
symptômes [30]. Aussi, il est recommandé de poursuivre le
traitement bêtabloquant durant la grossesse et le post-partum chez
les patientes ayant un SQTL. Une étude clinique sur le pronostic du
SQTL chez les apparentés du premier degré a été réalisée à partir
du registre international sur 211 propositus, leurs
parents (n = 422) et 369 frères et sœurs [31]. Cette
étude rétrospective sans diagnostic génétique retrouve comme
facteur essentiel de mauvais pronostic pour les parents la durée du
QTc et le sexe féminin et, pour la fratrie, uniquement la durée de
QTc. La sévérité clinique du propositus n’a pas d’influence
sur celle des apparentés. Les formes les plus graves semblent être
celles qui sont précocement symptomatiques, surtout dans
l’enfance.
Tableau 5. Stratification du risque
d’un premier événement cardiaque avant 40 ans et en l’absence
de traitement en fonction du sexe, de l’allongement de l’intervalle
QTc et du génotype. D’après Priori [6]
Risque élevé (> 50 %)
Patients LQT1, LQT2 avec
QTc > 500 ms
Patients de sexe masculin LQT3 avec
QTc > 500 ms |
Risque intermédiaire (30 à 49 %)
Patientes de sexe féminin LQT3, avec
QTc > 500 ms
Patientes LQT2 et patients LQT3 (féminin et
masculin)
avec QTc < 500 ms |
Risque faible (< 30 %)
Patients LQT1 et LQT2 sexe masculin avec
QTc < 500 ms |
L’influence du génotype sur la survenue des événements
cardiaques graves a été étudiée chez 38 familles génotypées
(n = 541). L’incidence des événements cardiaques est plus
importante dans les groupes LQT1 et LQT2 que dans le groupe LQT3 et
augmente avec la valeur de l’espace QTc, indépendamment du
génotype. La mortalité cardiaque est comparable dans les trois
groupes mais la létalité des événements est plus élevée dans le
groupe LQT3 [5]. Ainsi, dans les formes LQTl et LQT2, les patients
sont plus souvent symptomatiques mais meurent moins, alors que,
dans la forme LQT3, ils sont moins symptomatiques mais le risque
mortel à chaque syncope est plus important [5].
Le siège de la mutation dans le gène est probablement l’un
des éléments du pronostic
Un taux plus élevé de morts subites et de symptômes a été noté
en cas de mutation dans les domaines transmembranaires du gène
KCNQ1 [17]. Le phénotype était moins sévère en cas de
mutation dans la partie C-terminale : moins de syncopes et de
morts subites. Ces données ont été retrouvées également en cas de
mutations dans HERG [21, 32].
Les données génétiques confrontées aux données du phénotype ont
permis d’améliorer le diagnostic et la compréhension de ce
syndrome. Néanmoins, en clinique, la correspondance
génotype-phénotype n’est pas toujours parfaite. Un certain nombre
de facteurs modulent cette relation : l’existence d’autres
canaux ioniques, des gènes modificateurs, des processus de
régulation, l’activité du système nerveux autonome, le milieu
électrolytique sérique, voire l’hétérogénéité dans la répartition
des canaux ioniques à travers le myocarde. Ainsi, en clinique,
pourquoi une même mutation dans deux familles différentes est
associée à un pronostic très différent (données
personnelles) ? Pourquoi, dans une même famille, tous les
individus génétiquement atteints n’ont pas le même phénotype
syndromique (figure 4) ?
Pourquoi des mutations dans deux gènes différents (KCNQ1 et
SCN5A) peuvent donner des morphotypes
électrocardiographiques semblables (figure 6) ?
Enfin, pourquoi certaines TDP s’arrêtent spontanément (figure 7) alors que
d’autres dégénèrent en fibrillation ventriculaire (figure 8) ?
Prise en charge du SQTL
Prise en charge diagnostique
Propositus cas index
Le propositus doit être parfaitement documenté avec une
anamnèse très détaillée concernant la perte de connaissance, son
mode de survenue, les facteurs déclenchants, la prise éventuelle de
médicaments (tableau 2). Il faut
obtenir un ECG en 12 dérivations de bonne qualité et, si
possible, un enregistrement Holter-ECG avant tout traitement. Ces
éléments permettent, non seulement de poser le diagnostic clinique,
mais également d’orienter le généticien vers tel ou tel gène en
fonction des circonstances de survenue, de l’histoire familiale, de
l’aspect morphologique de l’onde T.
La famille du propositus
La fratrie et les parents du propositus doivent être vus
en consultation multidisciplinaire pour reprendre l’anamnèse de
chacun, leur faire un ECG, complété au moindre doute par un Holter
(figures 9 et
10). Le SQTL
étant une maladie autosomique dominante le plus souvent, la moitié
des membres de chaque famille a un risque d’être atteinte de SQTL.
Par ailleurs, ces données sont également informatives pour le
propositus et pour l’orientation génétique.
Lors de la consultation multidisciplinaire, le propositus et
les membres de la famille seront prélevés pour une analyse de l’ADN
après recueil écrit de leur consentement éclairé.
Traitements préventifs
Les bêtabloquants
Le traitement de référence dans la prévention des TDP sont les
bêtabloquants qui doivent être prescrits à tous les patients
symptomatiques [33]. En effet, il y a une vingtaine d’années, la
mortalité rythmique spontanée était considérable, de l’ordre de
70 % à 10 ans, survenant habituellement dans les 2 ou
3 premières décennies. L’utilisation du traitement
bêtabloquant à partir des années 1975-80 a permis de diminuer d’un
facteur 10 cette mortalité. Une étude rétrospective
multicentrique avec un suivi de plus de 5 ans
(n = 900) a analysé l’effet du traitement bêtabloquant
seul sur la prévention des récidives d’événements cardiaques [34].
Les patients symptomatiques avaient un risque spontané d’événements
cardiaques graves six fois supérieur comparés aux patients
asymptomatiques, malgré le traitement bêtabloquant. Néanmoins, dans
ce groupe de patients, il existait des interruptions inopinées de
traitement et des posologies insuffisantes de bêtabloquants. Dans
notre expérience, le pourcentage de récidives sous traitement par
nadolol à la posologie de 50 mg/m2/j est nettement
inférieur. Il n’y a pas malheureusement dans la littérature d’étude
comparative sur l’efficacité et la tolérance des différents
bêtabloquants dans la prévention des événements cardiaques du SQTL.
Cette efficacité remarquable des bêtabloquants dans la prévention
de la mort subite est probablement à moduler en fonction du
génotype. L’effet bénéfique attendu des bêtabloquants à partir de
données cliniques et expérimentales nous a appris que ce traitement
s’adresse avant tout aux patients LQT1 [35] (figure 11), à certains
patients LQT2 mais qu’il est probablement peu adapté aux patients
LQT3. Ainsi, l’algorithme proposé avant la connaissance du
diagnostic génétique qui recommande pour un patient symptomatique
le traitement bêtabloquant seul doit être rediscuté au vu du
génotype (figure 12) [3]. Il est
probable que, chez un patient LQT3 symptomatique, l’indication d’un
défibrillateur implantable sera retenue comme traitement de
première intention, encore que toutes les mutations SCN5A ne
sont probablement pas toutes associées à des phénotypes sévères
[15, 26].
Le stimulateur cardiaque
La stimulation cardiaque est parfois proposée en association aux
bêtabloquants lorsque ceux-ci sont mal tolérés (bradycardies,
troubles conductifs induits) ou ne peuvent être prescrits à une
posologie suffisante [33]. Bien qu’elle diminue la fréquence des
syncopes et morts subites, elle doit rester associée aux
bêtabloquants pour prévenir les récidives. Ainsi, les formes LQT1
sont certainement celles qui sont le mieux contrôlées par un simple
traitement par les bêtabloquants, alors que les formes LQT2
nécessitent parfois l’association bêtabloquants et stimulation
cardiaque (figure 13). Les autres
indications de la stimulation cardiaque également retenues sont les
contre-indications aux bêtabloquants comme l’asthme sévère ou
certaines maladies métaboliques ou vasculaires.
Le défibrillateur automatique implantable (DAI)
C’est dans les formes qui « échappent » au traitement
bêtabloquant et probablement pour les formes LQT3 que le DAI trouve
sa place (figure 14). Le terme
échappement suppose une observance parfaite du traitement et une
posologie suffisante. Contrairement aux États-Unis, il est rare de
poser l’indication en France d’un DAI lorsque le traitement
bêtabloquant est bien conduit et respecté. Les DAI ne sont pas
justifiés pour toute la population des SQTL mais il existera
probablement dans l’avenir des indications plus gène-spécifiques,
en particulier pour les formes LQT3 ou dépendant du mode de
déclenchement de l’événement cardiaque [26, 34].
Mesures préventives associées
Dans tous les cas de SQTL confirmé ou supposé, des mesures de
prévention doivent être prises :
• le dépistage et la mise en route d’un traitement bêtabloquant
de tous les sujets génétiquement atteints symptomatiques (ou non),
a fortiori les sujets jeunes ;
• la prévention des circonstances favorisant la survenue des TDP
(hypokaliémie, etc.) [36] ;
• la contre-indication de la compétition sportive ;
• l’exclusion de tout traitement médicamenteux pouvant allonger
la durée de l’intervalle QT [3] (tableau 2).
Conclusion
Le SQTL est une maladie rare mais grave dont la connaissance a
largement profité des progrès de la biologie moléculaire.
L’identification des gènes responsables du SQTL a permis des
avancées importantes dans la compréhension de l’électrophysiologie
cellulaire cardiaque. L’hétérogénéité génétique observée dans le
SQTL correspond majoritairement à la diversité des canaux ioniques
cardiaques impliqués dans la genèse du potentiel d’action. Pour
faciliter et orienter le diagnostic du SQTL par la biologie
moléculaire, différents paramètres peuvent être retenus, en dehors
de la mesure de l’intervalle QT, comme par exemple le mode de
déclenchement des événements cardiaques. La difficulté clinique
reste l’appréciation du risque de mort subite pour un individu
présymptomatique, génétiquement atteint. Actuellement, dans la
mesure où il existe un traitement préventif efficace et bien
toléré, les patients génétiquement atteints sont traités
préventivement par les bêtabloquants.
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