ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Paul Guastalla*, Thomas Bachelot*, Isabelle Ray-Coquard*
* Centre Léon-Bérard, 28, rue Laennec, 69008 Lyon
E-mail : guastall@lyon.fnclcc.fr
bachelot@lyon.fnclcc.fr
ray-coquard@lyon.fnclcc.fr
Les cancers du sein sont les cancers les plus fréquents chez la
femme, ils sont en inquiétante augmentation dans les pays
économiquement développés. Des progrès thérapeutiques considérables
ont été réalisés durant les quatre dernières décennies grâce à de
meilleures techniques opératoires, une radiothérapie plus
sophistiquée et, surtout, à l’hormonothérapie et à la
chimiothérapie. Malgré cela, plus de 40 % des malades en
meurent et d’autres progrès sont nécessaires. Les découvertes
biologiques sont également considérables dans le domaine de la
carcinogenèse : en particulier, les cyclo-oxygénases et leurs
produits, les prostaglandines, ont fait l’objet de nombreux travaux
attestant, à côté de leur action bien connue dans les processus
inflammatoires, de leur rôle essentiel dans les cancers mammaires.
Les inhibiteurs des cyclo-oxygénases sont des anti-inflammatoires
largement diffusés dont on peut espérer un rôle thérapeutique
original. Le celecoxib, un anti-Cox2 qui a déjà démontré une
efficacité antinéoplasique dans la prévention des polypes de la
polypose colique familiale, est maintenant en cours d’investigation
dans les cancers du sein. Nous rapportons ci-après les travaux
ayant conduit à ce développement.
Généralités
Les cellules tumorales et les cellules du microenvironnement
tumoral (cellules immunitaires et inflammatoires, macrophages,
cellules dendritiques, polynucléaires, monocytes et lymphocytes)
sécrètent de nombreuses cytokines qui participent à la croissance
cellulaire, à l’invasion tumorale et au potentiel
métastatique : interférons, interleukines, TNF (tumor
necrosis factor), facteurs de transformation cellulaire,
facteurs de croissance, facteurs angiogéniques et prostaglandines.
Les prostaglandines sont synthétisées par la cyclo-oxygénase 1
(Cox1), ubiquitaire dans l’organisme, et la cyclo-oxygénase 2
(Cox2), indétectable dans la plupart des tissus mais induite lors
des processus inflammatoires et tumoraux et lors de l’activation de
certains oncogènes (v-src, v-Ha-ras, HER2/neu, Wnt). Inversement,
le gène répresseur de tumeur p53 inhibe l’expression de Cox2 et la
mutation de p53 la favorise. La prostaglandine E2 (PGE2), retrouvée
à de fortes concentrations dans les tissus tumoraux, est un
médiateur des signaux de transduction qui modulent la croissance et
l’adhésion cellulaires, l’apoptose et la néo-angiogenèse. Les
anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) inhibent la sécrétion de
prostaglandines en bloquant l’activité enzymatique des
cyclo-oxygénases, ce qui leur confère un rôle anticancéreux
(d’autres voies peuvent également être empruntées par les AINS).
Les coxibs, que leur taille moléculaire volumineuse empêche de
pénétrer dans le site actif étroit de Cox1, inhibent sélectivement
la Cox2. Les coxibs, surtout le celecoxib, sont mieux tolérés que
les AINS classiques.
Les prostaglandines, synthétisées par la Cox1 constitutionnelle,
ont un rôle physiologique fondamental : action vasodilatatrice
au niveau de la muqueuse gastrique la protégeant contre la
sécrétion acide, action vasodilatatrice rénale nécessaire à la
filtration glomérulaire, action bronchodilatatrice et action
agrégante des plaquettes par le thromboxane A2 ou inhibante de
l’agrégation par les prostacyclines ; la toxicité des AINS
résulte principalement de l’inhibition de ces fonctions
physiologiques. En théorie, une inhibition spécifique de la Cox2
devrait être dénuée de toxicité. En pratique, des effets
secondaires sont possibles, d’une part, parce que la Cox2 est
présente constitutionnellement dans certains tissus (le cerveau et
les reins et, d’autre part, parce que la sélectivité des molécules
utilisées en thérapeutique n’est pas parfaite.
La sélectivité des anti-Cox peut être étudiée biochimiquement
in vitro, sur l’activité enzymatique du sang total, ou par
l’étude clinique des effets secondaires, notamment la recherche
endoscopique d’ulcère gastroduodénal. Elle est exprimée par le
rapport des capacités d’inhibition Cox2/Cox1 : le meloxicam
est de 3 à 77 fois plus sélectif pour la Cox2 que la Cox1, le
milesumide de 5 à 16, le celecoxib 375 (par inhibition d’enzymes
recombinants humains) et le rofecoxib plus de 800 fois (sur
lignées cellulaires) [1]. On distingue trois groupes de
médicaments, ceux inhibant surtout la Cox1 (aspirine, indométacine,
ibuprofène), ceux actifs de façon égale sur Cox1 et Cox2
(diclofénac, naproxène) et ceux qui inhibent préférentiellement la
Cox2 : meloxicam et coxibs (celecoxib, rofecoxib) [2, 3].
L’effet clinique des AINS et des coxibs dépend de multiples
facteurs : de la molécule utilisée, de la dose, de la durée du
traitement, de la concentration des Cox dans les tissus et du
métabolisme des prostaglandines particulièrement complexe et qui
différe selon les tissus ; ces multiples paramètres expliquent
la variabilité des effets thérapeutiques et des toxicités observés.
Pour une revue des molécules inhibitrices des Cox voir Dannhardt
[4].
Données épidémiologiques
Les études épidémiologiques suggèrent un effet anticancéreux des
AINS dans le cancer du sein. Dans les indications rhumatologiques,
l’utilisation des AINS s’accompagne d’une réduction de risque de
différents cancers, notamment du cancer du sein [5, 6].
La méta-analyse de 14 études (tableaux 1
et 2) [7] montre une réduction du
risque de cancer du sein de 18 % chez les malades prenant
des AINS (RR = 0,82
[IC 95 % = 0,75-0,89]). Pour les 6 études de
cohorte, le risque relatif est de 0,78 tous AINS confondus
[IC 95 % = 0,62-0,99] et de 0,79 pour
l’aspirine [IC 95 % = 0,59-1,06]. Pour les 8
études cas-témoins, la réduction de risque est de 13 % tous
AINS confondus (RR = 0,87
[IC 95 % = 0,84-0,91]) et pour l’aspirine
(RR = 0,70 [IC 95 % = 0,61-0,81]). Si
la population générale est témoin, le RR sous AINS est de 0,79
[IC 95 % : 0,72-0,86] ; cependant, si les
témoins sont porteurs de cancer, il n’est pas mis en évidence
d’effet avantageux (RR = 0,96
[IC 95 % = 0,89-1,03]). L’effet est corrélé à
la durée du traitement, il ne semble pas être corrélé à la dose
[7].
Tableau 1. Études épidémiologiques
de cohortes. D’après Khuder et Mutgi [7]
|
Auteur |
AINS |
Effectifs |
Nb cas observés |
Risque relatif |
IC 95 % |
|
Friedman, 1980 |
Aspirine, |
143 574 |
2 |
0,20 |
0,05-0,80 |
|
|
Indométhacine |
|
12 |
0,50 |
0,28-0,88 |
|
Paganini-Hill, 1989 |
Aspirine |
13 987 |
68 |
0,96 |
0,75-1,21 |
|
Thun, 1993 |
Aspirine |
635 031 |
– |
0,94 |
0,80-1,10 |
|
Schreinemachers, 1994 |
Aspirine |
12 668 |
79 |
0,70 |
0,50-0,96 |
|
Egan, 1996 |
Aspirine |
89 528 |
2 414 |
1,01 |
0,80-1,27 |
|
Harris, 1999 |
Aspirine |
32 505 |
76 |
0,60 |
0,47-0,77 |
|
|
Acétaminophène |
|
36 |
0,84 |
0,60-1,18 |
|
|
Ibuprofène |
|
37 |
0,51 |
0,36-0,72 |
|
Johnson* |
AINS |
27 616 |
938 |
1,01 |
0,83-1,25 |
|
|
Aspirine |
(post-ménopause) |
|
0,71 |
0,58-0,87 |
AINS : anti-inflammatoire non stéroïdien ;
IC95 % : intervalle de confiance 95 %.
*Cette étude a été rapportée après la publication de la
méta-analyse de Khuder.
Tableau 2. Études
épidémiologiques cas-témoins. D’après Khuder et Mutgi [7]
|
Auteur |
Nb
cas |
AINS |
Population témoin |
Risque rélatif |
IC 95 % |
|
Sharpe, 2000 |
5 882 |
AINS |
Générale |
0,90 |
0,84-0,97 |
|
Cotterchio, 2000 |
2 681 |
AINS |
Générale |
0,74 |
0,65-0,85 |
|
Langman, 2000 |
3 105 |
AINS |
Cancer |
1,00 |
0,92-1,09 |
|
Coogan, 1999 |
6 558 |
AINS |
Cancer |
0,80 |
0,70-1,00 |
|
|
|
|
Non cancer |
0,70 |
0,60-0,90 |
|
|
|
Aspirine |
Cancer |
0,70 |
0,60-0,90 |
|
|
|
|
Non cancer |
0,70 |
0,50-0,80 |
|
Neugut, 1998 |
252 |
Aspirine |
Non cancer |
0,80 |
0,35-1,80 |
|
Harris, 1996 |
106 |
AINS |
Générale |
0,66 |
0,52-0,83 |
|
|
|
Aspirine |
Générale |
0,69 |
0,46-0,99 |
|
|
|
Ibuprofène |
Générale |
0,57 |
0,36-0,91 |
|
Roenberg, 1995 |
4 485 |
AINS |
Cancer |
0,90 |
0,60-1,20 |
|
|
|
|
Non cancer |
0,80 |
0,60-1,00 |
|
Harris, 1995 |
744 |
AINS |
Cancer |
0,96 |
0,67-1,39 |
|
|
|
|
Non cancer |
0,81 |
0,63-1,03 |
AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens ;
IC95 % = intervalle de confiance 95 %.
Cette méta-analyse suggère un effet préventif faible du cancer
du sein par les AINS, mais l’interprétation doit être prudente en
raison d’un certain nombre de biais possibles signalés par les
auteurs : biais de publication, de sélection des populations
et de l’information recueillie ; de plus, aucun effet n’est
observé quand la population témoin est cancéreuse. A
contrario, la surexpression de Cox2 dans les tumeurs du sein
n’étant pas particulièrement fréquente, les résultats des études
épidémiologiques sont moins facilement démonstratifs. De plus, les
AINS pourraient prévenir le cancer du sein par d’autres effets
qu’une inhibition des Cox : baisse de la synthèse des
estrogènes par inhibition hypophysaire ou baisse de la fixation des
estrogènes sur les récepteurs hormonaux, effets connus en
expérimentation animale.
Données expérimentales et animales
Données biologiques et animales
• Prostaglandines
Des études anciennes ont montré, dans les tumeurs mammaires
spontanées du rat, surtout les tumeurs les plus agressives et
métastatiques, des taux élevés de PGE2 [8], ce qui a récemment été
attribué à un taux élevé de Cox2, lui-même corrélé au potentiel
métastatique tumoral [9]. Les tumeurs les plus agressives possèdent
un récepteur à forte affinité pour PGE2 qui joue un rôle
fonctionnel déterminant dans le pouvoir métastasiant ;
plusieurs molécules pharmaceutiques pourraient avoir un intérêt
clinique car elles peuvent se lier compétitivement à ce récepteur
et bloquer la synthèse d’AMP cyclique dépendant de PGE2 ; à
l’inverse, l’indométhacine, qui diminue chez l’animal le potentiel
métastatique, entraîne en réaction une augmentation du taux du
récepteur de PGE2 [10]. Enfin, in vitro, en présence
d’epidermal growth factor (EGF), PGE2 stimule la croissance
des cellules épithéliales mammaires de souris Balb/c [11]. L’étude
de lignées cellulaires tumorales confirme la présence de PGE2,
surtout dans les lignées les plus invasives alors que les
fibroblastes du stroma tumoral pourraient être source importante de
PGE2 sous l’influence de médiateurs de l’inflammation [12].
• Cyclo-oxygénases
Chez le rat, la Cox2 est détectée dans les cellules
carcinomateuses des tumeurs mammaires chimio-induites [13-15], dans
les lignées cellulaires exprimant l’oncogène Wnt1 [16] ainsi que
dans les tumeurs mammaires des souris transgéniques Wnt1 [17] ou
transfectées par d’autres oncogènes tels que MMTV-ras, C3(1)
SV40 large T antigen, MMTV-neu et WAPT-antigen [Kavanaugh C, AACR
2001].
Des concentrations importantes de Cox2 sont présentes dans les
tumeurs mammaires de souris surexprimant HER2, ce qui est à
rapprocher des données cliniques (voir plus loin). Par contre, il
n’a pas été retrouvé de corrélation entre l’expression de Cox2 et
le taux de récepteurs hormonaux dans différents modèles de tumeurs
mammaires de souris [Kavanaugh C, AACR 2001].
Contrairement à la polypose familiale, on ne dispose pas pour le
cancer du sein de modèle animal expérimental déficitaire en gène de
la Cox2. Cependant, chez la souris, la transfection du gène humain
de Cox2 lié au promoteur MMTV (murine mammary tumor virus)
entraîne, spécifiquement dans les glandes mammaires, la
transcription du gène, un taux élevé de Cox2, une forte activité
enzymatique et une accumulation des produits de cette activité
(PGE2, 6-kéto-PGF1a, PGD2, PGF2a). Cette expression, induite au
moment du développement des glandes mammaires, devient très élevée
pendant la gestation pour être maximale pendant la lactation tout
en disparaissant rapidement après le sevrage ; les souris
vierges ne développent pas d’anomalies histologiques mammaires.
Avec la répétition des périodes de gravidité se développent
progressivement dans les glandes mammaires des foyers d’hyperplasie
atypique, de dysplasie et de carcinome invasif et
métastatique ; simultanément, on observe une baisse des
protéines pro-apoptotiques Bax et Bcl-x(L) et une augmentation de
la protéine anti-apoptotique Bcl2 évoquant une inhibition de
l’apoptose, inhibition confirmée par mesure de la terminal
nucleotidyl transferase. La carcinogenèse mammaire se constate
dans trois générations successives de souris transfectées
impliquant Cox2, la protection par l’indométhacine impliquant les
prostaglandines. Ces résultats témoignent du rôle direct de la Cox2
dans la carcinogenèse mammaire par dérégulation de l’apoptose
cellulaire [18]. La souris transfectée avec un gène humain de Cox2
est par ailleurs un excellent modèle pour l’étude de molécules à
visée thérapeutique.
Par ailleurs, une alimentation riche en acides gras poly-insaturés
(PUFA) provoque, chez le rat, la synthèse de Cox2 dans les glandes
mammaires, ce qui pourrait expliquer partiellement l’effet
carcinogène des PUFA [19].
• Cyclo-oxygénases et HER2/neu
Chez la souris, des concentrations élevées de Cox2 sont
détectées dans les cancers mammaires surexprimant HER2/neu.
Expérimentalement, HER2/neu entraîne la transformation maligne des
cellules épithéliales mammaires et les souris transgéniques
HER2/neu développent des tumeurs mammaires dont la prolifération
est inhibée par des anticorps anti-HER2. Dans les cellules
épithéliales mammaires transformées par HER2/neu, on constate une
activation de la voie Ras qui active Raf1 (mitogen-activated
protein kinase ou MAP KKK) puis MEK (MAPKK) et la MAP kinase
(ERK) qui interagit avec les sites de transcription AP-1
(activator protein-1 ou facteur de transcription) et PEA3 de
l’ADN pour activer, via l’élément de réponse AMP
cyclique-dépendant, le promoteur de Cox2 ; le résultat de
cette cascade d’activations est la transcription du gène de Cox2,
une forte concentration de son ARNm, de sa protéine Cox2 et de PGE2
[20].
De plus, la transfection d’HER2 dans la lignée cellulaire MCF7
induit l’expression de Cox2 [21].
On sait que l’activation de MAP kinase entraîne également
l’activation par phosphorylation du récepteur d’estradiol (RE) et
de AIB1, un des coactivateurs de RE [22], ce qui explique en partie
la résistance au tamoxifène observée en cas de surexpression de
HER2/neu. Ces données confèrent un solide rationnel pour
l’association thérapeutique d’un inhibiteur de l’aromatase et d’un
inhibiteur de Cox2.
• Cyclo-oxygénases et récepteurs hormonaux
La lignée cellulaire estrogéno-dépendante MCF7 exprime fortement
Cox1 et de façon marginale Cox2, alors que la lignée MDA-MB-231,
estrogéno-indépendante très invasive et au fort potentiel
métastatique, exprime faiblement Cox1 et fortement Cox2, l’ARMm de
Cox2 et PGE2. Ces observations suggèrent que l’expression de Cox2
pourrait être influencée par le statut hormonal tumoral [23]. Au
contraire, l’étude de différents modèles de souris transgéniques
montre l’absence de corrélation entre Cox2 et la présence de
récepteurs hormonaux [Kavanaugh C. abstract 796, AACR-NCI-EORTC
2001].
• Cox2 et RANKL (receptor activator for nuclear
factor-κB ligand)
Après injection chez la souris de la lignée cellulaire humaine
de cancer mammaire MDA-MB-231, on observe une sévère ostéolyse
tibiale et fémorale et, dans les métastases osseuses, une
surexpression de Cox2 et du ligand de l’activateur du récepteur
nuclear factor κB ou NFκB (RANKL). En culture, Cox2 induit
la production de PGE2 responsable de la résorption osseuse par un
mécanisme impliquant les MAP kinases et NFκB ; cette activité
est inhibée par l’indométhacine [24] ; in vivo, les
cellules du stroma médullaire osseux, voisines des cellules
métastatiques à l’origine de la destruction des travées osseuses,
expriment Cox2 en immunohistochimie [25].
• Cox2 et MDR1
La comparaison d’épithélium mammaire normal et de la lignée MCF7
exprimant le gène MDR1 (multidrug resistance) et sa
glycoprotéine Pgp170 de résistance à la chimiothérapie montre une
forte corrélation de Cox2 à Pgp 170, aux sous-unités PKC
(protein kinase C) et AP1 et aux gènes c-Jun1 et c-Fos. Cela est interprété comme l’activation
de c-Jun par la PGE2 produite par la Cox2, qui entraîne à son tour
l’induction de PKC et la transcription de MDR [26]. Les inhibiteurs
de Cox2 pourraient être des facteurs de réversion de la résistance
MDR.
1 Le produit de c-jun est un
composant du complexe de transcription AP1.
Données thérapeutiques chez l’animal
• Facteurs alimentaires
Le resveratrol (trans-3,4’,5-trihydroxydistilbène), présent dans
les fruits, inhibe l’activation du facteur nucléaire κB, prévient
le cancer mammaire du rat induit par DMBA et supprime l’expression
de Cox2 (et de la métalloprotéase 9). In vitro, il
inhibe NFκB et la phase S cellulaire dans la lignée humaine MCF7
[27]. Il inhibe l’induction de Cox2 par le phorbol-ester (PMA) dans
les celules mammaires humaines en empêchant l’activation de la
protéine kinase C par PMA et l’activation du promoteur de Cox2 par
c-Jun. Enfin, il bloque l’activation d’AP1 [28].
Par ailleurs, une alimentation riche en acides gras n-3 réduit les
taux de Cox1 et Cox2 des tumeurs induites par NMU chez le rat
[13].
• Anti-inflammatoires non stéroïdiens et celecoxib
L’inhibition par les AINS de la croissance des tumeurs
transplantées chez le rat a très tôt été rapportée à une baisse de
production de prostaglandines et non à un effet antitumoral direct
[29, 30].
Une alimentation riche en acides gras ω-6 stimule la croissance et
les métastases des xénogreffes tumorales de la lignée humaine
estrogéno-indépendante MDA-MB-435 ; cet effet est réduit par
l’indométhacine, inhibiteur de la cyclo-oxygénase [31].
L’inhibition sélective de Cox2 par les AINS et les coxibs a un
effet préventif sur la carcinogenèse mammaire expérimentale chez le
rat (tableau 3) ; le type
d’alimentation de l’animal et le moment où est introduit l’AINS
modulent cet effet préventif. Dans les cancers avérés du rat
induits par DMBA, les AINS, l’ibuprofène et le celecoxib réduisent
le volume tumoral, montrant un effet thérapeutique potentiel ;
le celecoxib réduit le volume tumoral dans 90 % des cas après
6 semaines de traitement [15, 30, 32] et apparaît plus actif
que l’ibuprofène [33]. Par ailleurs, le celecoxib pourrait avoir un
effet antitumoral indépendant de la voie des cyclo-oxygénases
[34].
Tableau 3. Prévention de la
carcinogenèse* mammaire chez le rat par les anti-inflammatoires non
stéroïdiens (AINS).
D’après Howe et al. [65]
|
Auteur |
Carcinogène |
AINS |
Effet observé |
|
Carter, 1983 |
DMBA |
Indométhacine |
Réduction d’incidence et de 54 % de la multiplicité
tumorale |
|
McCormick, 1983 |
MNU |
Flurbiprofène |
Réduction d’incidence et de multiplicité tumorale |
|
McCormick, 1985 |
DMBA |
Indométhacine |
Réduction tumorale bénigne et maligne |
|
Abou-el-Ela, 1989 |
DMBA |
Indométhacine |
Pas
d’inhibition |
|
Carter, 1989 |
DMBA |
Indométhacine |
Inhibition de la tumorigenèse |
|
Noguchi, 1991 |
DMBA |
Indométhacine |
Réduction d’incidence et de multiplicité tumorale (61 %) |
|
Kitagawa, 1994 |
DMBA |
Piroxicam |
Pas
d’inhibition |
|
Matsunaga, 1998 |
MNU |
Nabumetone |
Réduction d’incidence et de multiplicité tumorale |
|
Suzui, 1997 |
PhIP |
Aspirine |
Inhibition de multiplicité tumorale (44 %) |
|
Mori, 1999 |
PhIP |
Aspirine |
Inhibition de multiplicité tumorale |
|
Nakatsugi, 2000 |
PhIP |
Nimésulide |
Réduction d’incidence (28 %) et de multiplicité tumorale
(54 %) |
|
Harris, 2000 |
DMBA |
Celecoxib |
Réduction d’incidence (68 %) et de multiplicité tumorale
(86 %) |
| Lu,
2002 |
MNU |
Celecoxib |
Réduction d’incidence (20 %) et de multiplicité tumorale |
|
Abou-Issa, 2001 |
DMBA |
Celecoxib |
Réduction d’incidence, de multiplicité et de volume tumoral |
*Dans certains cas, les animaux sont soumis à une alimentation
riche en PUFA.
DIMBA = diméthylbenzanthracène (per os) ;
PhIP = phénylimidazopyridine ;
MNU = méthylnitroso-urée (intrapéritonéal).
Chez la souris, l’administration intrapéritonéale d’un
anti-Cox2, le SC236, ou d’indométhacine réduit le volume des
tumeurs mammaires implantées et le nombre de métastases
pulmonaires ; la densité des microvaisseaux est réduite alors
que l’apoptose cellulaire est restaurée, ce qui concorde avec la
diminution de la production de VEGF (vascular epidermal growth
factor) et l’augmentation de l’apoptose observées in
vitro par l’inhibition de la cyclo-oxygénase [35].
La lignée cellulaire tumorale C3L5, issue d’une tumeur mammaire
spontanée de souris, exprime de fortes concentrations d’ARNm de
Cox2 et de sa protéine ainsi que de PGE2 ; l’indométhacine et,
surtout, l’inhibiteur sélectif de Cox2, le NS398, retardent la
progression des tumeurs implantées de C3L5 en inhibant la migration
cellulaire, le pouvoir d’invasion et la néo-angiotensine ;
l’administration de prostaglandines ne corrige que partiellement
cette inhibition, laissant supposer des processus indépendants des
prostaglandines [36].
• Cox2 et gène ras
L’expression de Cox2 est absente dans la lignée cellulaire
épithéliale mammaire humaine récepteurs-négatifs MCF10A mais, dans
cette même lignée transfectée avec un gène ras muté, Cox2 est
surexprimée. Ce résultat est à rapprocher de la présence
constitutive et inductive de Cox2 dans les lignées tumorales très
invasives MDA-MB-231 et Hs578T qui possèdent respectivement une
mutation des gène Ki-ras et H-ras et sécrètent de fortes quantités
de PGE2 alors que les lignées MDA-MB-435 et SK-BR-3, peu
prolifératives, expriment très peu Cox2 et produisent de faibles
quantités de PGE2. Les auteurs suggèrent que seules les tumeurs du
sein avec mutation du gène ras pourraient bénéficier des anti-Cox2
[37].
• Celecoxib et gène HER2/neu
Chez la souris, le celecoxib réduit l’incidence des tumeurs
mammaires induites par HER2/neu (MMTV/neu) et inhibe la production
de PGE2 [38].
Une potentialisation thérapeutique celecoxib-anti-HER2 peut être
raisonnablement envisagée et les résultats thérapeutiques
expérimentaux du cancer colique méritent d’être rappelés :
– La souris APCMin/+ développe des polypes intestinaux
dans 100 % des cas ; le sulindac, à la dose de
20 mg/kg, réduit le nombre moyen de polypes de 70 % alors
qu’il est sans effet à la dose de 5 mg/kg. L’EKI569 est un
inhibiteur irréversible du récepteur d’EGF qui réduit le nombre
moyen de polypes de 87 % par rapport aux témoins ; le
sulindac, à la dose de 5 mg/kg, potentialise l’EKI569,
réduisant de 96 % le nombre des polypes et prévenant
totalement le développement de polypes chez plus de la moitié des
animaux [39].
– La lignée tumorale colique HCA7 qui exprime HER2/neu est, in
vitro et in vivo, inhibée par l’Herceptin® ou
le celecoxib ; l’association Herceptin®-celecoxib a
un effet additif qui inhibe presque complètement la croissance
tumorale [40].
L’extrapolation de ces résultats dans les cancer du sein
surexprimant HER2/neu (version tronquée de l’EGF) laisse entrevoir
un avantage thérapeutique de l’association
celecoxib-Herceptin®.
Par ailleurs la croissance tumorale de la lignée mammaire MCF7
transfectée avec HER2/neu est inhibée par un anti-Cox2 de puissance
équivalente au celecoxib, le SC236 (Searle), ainsi que par le
docétaxel ; l’association in vitro de SC236 et de
docétaxel a un effet synergique [Witters L, abstract 1686, Asco
2001].
Données cliniques
Prostaglandines
Le rôle pronostique des prostaglandines était connu dans le
cancer du sein, avant même la découverte des cyclo-oxygénases,
aussi bien pour PGE2 que pour d’autres prostaglandines (PGE1, PGE2,
PGF2α, PGF1α) ainsi que le thromboxane (TXB2) ; un taux élevé
de prostaglandines est corrélé à la densité des cellules tumorales
et à leur capacité d’adhésion, au grade tumoral, à la négativité
des récepteurs stéroïdiens ; il a été proposé comme un
marqueur métastatique potentiel [41-44] ; le taux de PGE2 est
retrouvé plus élevé dans les tumeurs de malades présentant des
métastases osseuses [45].
Cyclo-oxygénases
• Expression de Cox2 dans les cancers du sein
Plusieurs équipes ont étudié l’expression des cyclo-oxygénases
dans les cancers du sein et nous rapportons les résultats des
principales études publiées (par ordre chronologique).
Dans 13 cancers du sein, Cox2 est retrouvée par RT-PCR (reverse
transcriptase polymerase chain reaction) dans le tissu
carcinomateux sans expression dans le tissu mammaire normal ;
l’intensité de l’expression est corrélée à la densité cellulaire
[46].
Sur 44 tumeurs du sein étudiées par immunoblot et
immunohistochimie, une expression de Cox1 est présente dans 30 cas
et une très forte concentration de Cox2 dans deux cas ; Cox1
est localisée dans les cellules du stroma et n’est pas retrouvée
dans les cellules tumorales ; Cox2 est présente
préférentiellement dans les cellules tumorales mais également dans
les cellules normales voisines [47].
De même, dans 21 cas, Cox2 est révélée par RT-PCR dans le tissu
carcinomateux sans expression dans le tissu mammaire normal ;
son expression dans le tissu tumoral est hétérogène et fortement
corrélée à la densité cellulaire [48].
Par immunohistochimie, Cox2 est exprimée dans 16 des
18 tumeurs mammaires étudiées (88 %). Le marquage est
variable : 5 à 70 % des cellules tumorales sont marquées
sans marquage des cellules normales ; il est plus intense dans
les tumeurs bien ou modérément différenciées que dans les
indifférenciées ; celui des cellules endothéliales des
néovaisseaux est observé dans plus de 50 % des cas. À la
différence de Cox2, il est observé un marquage de Cox1 aussi bien
dans les cellules néoplasiques que dans les cellules normales
[49].
Sur 42 cancers du sein, 37 présentent une expression
immunohistochimique de Cox2 (88 %) ; le degré
d’expression est corrélé à la taille tumorale et l’expression dans
les ganglions est corrélée à celle de la tumeur mammaire (20 cas
sur 23, r = 0,4, p = 0,03) [Arun B, abstract
1781, Asco 2001].
Dans 20 carcinomes mammaires dont 16 carcinomes canalaires
infiltrants ou CCI (5 bien différenciés, 8 moyennement
différenciés, 3 peu différenciés), 1 carcinome lobulaire infiltrant
(CLI) et 3 carcinomes canalaires in situ (CCIS) étudiés par
immunohistochimie, 56 % des cancers invasifs expriment Cox2,
le plus souvent diffusément avec une intensité modérée ou
forte ; le marquage est rarement multifocal. Une expression de
Cox2 est présente dans 80 % des carcinomes in
situ ; elle est semblable dans le carcinome invasif et le
CCIS adjacent, sauf dans un cas où elle est plus forte dans le
CCIS ; dans le seul cas d’analyse de tissu mammaire normal il
n’y a pas d’expression de Cox2 ; dans de rares cas, une
expression significative de Cox2 est présente dans les lobules et
les canaux normaux périnéoplasiques [50]. Les auteurs remarquent
l’existence d’un gradient d’expression de Cox2, absente dans le
sein normal, modérée dans les tissus normaux adjacents au cancer et
forte dans les cellules carcinomateuses, suggérant l’implication de
Cox2 dans la carcinogenèse.
Cox2 est exprimée par immunohistochimie dans le cytoplasme des
cellules tumorales de 8 cancers canalaires invasifs sur 46 ;
l’expression de Cox2 est corrélée en analyse univariée à une survie
détériorée (p = 0,03 sur 26 malades avec un suivi minimum
de 24 mois), à la présence de métastases ganglionnaires
(p = 0,03), à l’index apoptotique (p = 0,03), à
l’expression de sialyl-Tn2
(p = 0,02) et à la densité des microvaisseaux détectés
par l’antigène anti-FVII (p = 0,03) ; il n’y a pas
de corrélation avec l’âge, le grade, l’index mitotique, le taux des
récepteurs hormonaux, p53, c-erbB2, MIB1 et TGFα. Dans 19 cas,
l’analyse a été possible par western blot, les 8 cas positifs
pour Cox2 étaient également positifs par immunohistochimie. Dans
les deux cas où du tissu normal a pu être analysé, il n’a pas été
décelé d’expression de Cox2 dans les cellules du stroma
(fibroblastes ou cellules endothéliales). Ces données mettent en
avant le rôle de Cox2 dans l’apoptose cellulaire, l’angiogenèse et
l’envahissement ganglionnaire et suggèrent que son expression
pourrait être un événement tardif plutôt qu’un événement précoce de
la carcinogenèse mammaire [51].
La valeur pronostique de la Cox2 détectée par immunohistochimie a
été étudiée chez 1 576 malades finlandaises avec un suivi
médian de 6,8 ans, 57 % des malades de plus de
50 ans ayant reçu du tamoxifène en adjuvant et 37 % des
moins de 50 ans une chimiothérapie. La réaction immunochimique
est négative dans 8,4 % des tumeurs, faible dans 54,2 %,
modérée dans 32,4 % et forte dans 5 %. Une forte
positivité cytoplasmique de Cox2 est retrouvée dans les seules
cellules cancéreuses, les cellules du stroma étant non marquées ou
marquées faiblement. La survie à 5 ans est de 83 %
lorsque la concentration tumorale de Cox2 est faible, 73 %
quand elle est forte ou modérée (p < 0,0001). La
concentration de Cox2 est corrélée aux facteurs pronostiques
usuels : grande taille tumorale, envahissement ganglionnaire
axillaire, grade histologique élevé, négativité des récepteurs
hormonaux, fort indice de prolifération, mutation de p53 et
surexpression de HER2. Bien qu’elle n’ait pas de valeur pronostique
indépendante, elle présente un intérêt dans certains sous-groupes
exprimant des facteurs biologiques de bon pronostic : la
survie est significativement détériorée (p < 0,0001)
quand Cox2 est fortement exprimée dans les tumeurs ER+,
les tumeurs qui ne surexpriment pas HER2, qui ne présentent pas
d’anomalie de P53 ou avec un taux bas de Ki67 [52].
L’étude de 21 carcinomes du sein et des tissus normaux avoisinants
montre une forte corrélation entre les taux de Cox2 et de PCNA
(proliferating cell nuclear antigen) dans le tissu cancéreux
mais non dans le tissu normal (r = 0,79,
p = 0,00002), ce qui implique Cox2 dans la prolifération
tumorale [Kirkpatrick KL, abstract 3090, Asco 2001]. Sur un nombre
plus important de tumeurs (40 cancers du sein), deux fois plus de
copies d’ARNm de Cox2 sont retrouvées dans les tissus normaux que
dans les tissus tumoraux (p = 0,001) et la concentration
plus élevée de Cox2 dans le tissu normal suggère un effet
carcinogène paracrine [53].
L’expression immunohistochimique de Cox2 est détectée dans le
cytoplasme des cellules tumorales de 43 % des cancers du sein
invasifs étudiés (18/42) et de 62 % des CCIS (10/16) ;
dans 81 % des cas où Cox2 est surexprimée, on retrouve une
expression dans le tissu mammaire normal adjacent mais en foyer et
moins intensément. L’analyse en PCR met en évidence Cox2 dans les
cellules tumorales et le tissu sain dans les 9 cas étudiés par
cette méthode [21].
Dans une autre étude, Cox2 est révélée par immunohistochimie dans
80 % de 86 tumeurs mammaires sans corrélation significative
avec les récepteurs hormonaux, Ki67, HER2/neu, la taille tumorale,
le grade, le statut ganglionnaire et l’invasion vasculaire. D’après
ces résultats, on peut présumer un effet thérapeutique additif des
inhibiteurs de Cox2 aux autres traitements [Davies G L, abstract
174, Asco 2002].
L’étude immunohistochimique de 57 carcinomes mammaires conservés
en paraffine montre la présence de Cox2 dans le tissu invasif avec
une intensité modérée à forte dans 40 cas (70 %) et dans la
composante intracanalaire quand elle est présente dans 17 cas sur
27 (63 %). Il n’est pas mis en évidence de corrélation entre
l’expression de Cox2 et HER2/neu ou p53. Après un suivi médian de
86 mois, 5 rechutes ont été observées dont 4 exprimaient
Cox2 et bcl2 dans la tumeur primitive [Lobocki C, abstract 3617,
Asco 2003].
Chez 47 patientes, l’étude par RT-PCR montre une expression de
Cox2 dans 67 % des ganglions envahis, 60 % des tumeurs
mammaires, 25 % des tissus normaux au voisinage des tumeurs et
14 % des tissus témoins de patientes opérées de lésion
bénigne. Il y a une corrélation significative de la transcription
de l’ARNm de Cox2 et la progression depuis le tissu normal témoin,
normal voisin des tumeurs, carcinomateux et métastatique
(r = 0,8, p = 0,05). L’expression de Cox1 est
par contre identique dans tous les tissus [54].
Vingt-cinq cancers du sein sans envahissement ganglionnaire
(N–) et 20 N+ ont été étudiés par
immunohistochimie, 14 des 25 N– exprimaient Cox2
(56 %) et 6 des 20 N+ (30 %). Dans la
composante intracanalaire, l’expression est retrouvée dans
58 % des cas ; Cox2 est exprimée dans le tissu normal
voisin 6 fois sur les 22 tumeurs N– (27 %) et
10 fois sur les 20 N+ (50 %). Elle est plus
souvent exprimée dans les petites tumeurs (p = 0,03) et
les tumeurs tubuleuses (80 % des cas) ; il n’a pas été
trouvé de corrélation entre son expression dans les ganglions et le
grade tumoral, les récepteurs d’estradiol ou de progestérone,
l’expression de HER2/neu [Shoher A, abstract 102, Asco 2003].
On constate, dans ces résultats, des discordances. Plusieurs
explications sont possibles :
– des méthodologies expérimentales différentes ;
– la difficulté de caractériser une protéine très labile comme
Cox2 ;
– l’absence de méthode de dosage validée, notamment
immunohistochimique ;
– des cibles de dosage différentes : recherche d’ARNm ou de
la protéine, présence de l’un n’étant pas forcément synonyme de la
présence de l’autre ;
– une possible variabilité des tumeurs mammaires examinées.
De ces résultats fragmentaires, on peut cependant retenir
que :
– Cox2 est exprimée plus ou moins intensément dans les cellules
tumorales invasives ;
– elle est présente aussi dans la composante intracanalaire, dans
certaines cellules du stroma adjacentes aux cellules tumorales et
dans les cellules néoendothéliales ;
– plus la tumeur avance en stade, plus forte est l’expression de
Cox2 ;
– l’expression de Cox2 est corrélée au pronostic.
2 STn est un type d’antigène de
mucine.
• Cox2 et récepteurs hormonaux
La plupart des études portant sur ce point montrent l’absence de
corrélation entre Cox2 et la présence de récepteurs hormonaux.
• Cyclo-oxygénase et aromatase
Le mauvais pronostic associé à l’expression de Cox2 dans les
tumeurs ER+ [52] doit être rapproché de la régulation,
par PGE2, de l’expression de l’aromatase dont la fonction est de
synthétiser l’estradiol à partir de l’androstènedione. On sait que,
dans l’endométriose, les prostaglandines stimulent dans le stroma
la synthèse d’aromatase [55, 56]. Dans le cancer du sein, dans 58
cas sur 102 tumeurs, l’aromatase est exprimée dans les cellules
carcinomateuses, graisseuses et endothéliales en forte corrélation
avec l’expression immunohistochimique de Cox2
(p < 0,0001) [57] ; plus précisément, il existe
une corrélation linéaire entre le gène CYP19 de l’aromatase et les
cyclo-oxygénases 1 et 2 : le promoteur II du gène CYP19 est
activé par l’AMP cyclique et PGE2 augmente le taux d’AMP cyclique
intracellulaire [48, 58]. L’EGF, le TGFβ (tumor growth factor
β) et le TPA (tetradecanoyl phorbol acetate) entraînent
dans les cellules graisseuses du stroma une forte induction de Cox2
et, 24 heures plus tard, par voie paracrine, une sécrétion
d’aromatase. Dans les cellules tumorales des lignées MCF7 et
MDA-MB-231, les mêmes facteurs induisent l’aromatase par action
autocrine [59]. Par ailleurs, la PGE2 produite par les fibroblastes
du tissu mammaire normal stimule l’activité de l’aromatase
via l’IL6 [60].
Ces données suggèrent que la PGE2 produite par la Cox2 accroît,
par induction de l’aromatase, la production d’estrogène dans le
micro-environnement tumoral. Les conséquences thérapeutiques
potentielles sont immédiates.
Cependant, les premiers résultats du traitement par anti-aromatase
de 102 malades n’ont pas mis en évidence de corrélation entre la
réponse tumorale et l’expression de Cox2 (anticorps polyclonal), ni
la concentration d’aromatase intratumorale (contrairement aux
résultats observés dans les xénogreffes de MCF7 chez la souris
nude). La plupart des malades de cette modeste série étaient
traitées en deuxième ligne (13 % de réponse objective et
44 % de stabilité au-delà de 6 mois), ce qui pourrait
expliquer l’absence de corrélation avec l’expression de Cox2
[57].
• Cyclo-oxygénase et HER2/neu
La surexpression de Cox2 est retrouvée par immunoblot dans 14
cancers du sein sur 15 surexprimant HER2/neu contre 4 cas
seulement sur 14 tumeurs ne surexprimant pas HER2/neu
(p = 0,0005). Les cellules transformées par HER2/neu
expriment fortement l’ARNm et la protéine de Cox2 et produisent 10
fois plus de prostaglandine PGE2. La surexpression de PEA3 quand
HER2/neu est surexprimé rend plausible une activation de Cox2 par
HER2/neu via la voie Ras, mécanisme identique à celui décrit
sur les lignées cellulaires de tumeurs mammaires de la souris (cf.
infra) : HER2/neu active, par la voie Ras ERK (extra
cellular related kinase), les p38 MAP kinases et c-Jun
N-terminal kinase (JNK), ce qui détermine la transcription de Cox2
via l’élément de réponse AMP cyclique-dépendant [20].
Dans la série de 58 tumeurs déjà rapportée ci-dessus [21], il n’a
pas été trouvé de corrélation entre l’expression de Cox2 et
l’amplification d’HER2, mais les auteurs estiment qu’une activation
post-transcriptionnelle d’HER2 est possible et que le niveau
d’expression d’HER2 ne reflète pas forcément sa capacité
d’induction de Cox2. Ces données rendent rationnelle l’association
d’un inhibiteur de Cox2 et d’un anti-HER2/neu dans le cancer du
sein.
• Cyclo-oxygénase, VEGF et angiogenèse
Dans 40 cancers du sein [53], la forte corrélation observée
entre les taux d’ARNm de Cox2 et de VEGF (r = 0,5528,
p = 0,0076) implique Cox2 dans l’angiogenèse. Les
mécanismes par lesquels Cox2 contribue à la néoangiogenèse tumorale
ne sont pas parfaitement élucidés et font intervenir le thromboxane
A2, l’oxyde nitrique synthétase et le récepteur d’adhésion
cellulaire αVβ3 intégrine [61].
L’effet anti-angiogénique de faibles doses de chimiothérapie
associée au celecoxib (vinblastine ou cyclophosphamide) est en
cours d’évaluation [Stempack D, abstract 19, AACR-NCI-EORTC
2001].
• Cyclo-oxygénase et PPAR
Les AINS sont capables d’activer la transcription de leur propre
enzyme cible, notamment Cox2 (mais pas Cox1) via
l’activation de PPARγ (peroxisome proliferator-activated
receptor gamma). Les PPAR sont des récepteurs de la
superfamille des récepteurs stéroïdiens qui modulent la
transcription de gènes contenant des éléments de réponse du
proliférateur de peroxisome [62].
Une intéressante constatation est la corrélation négative observée
entre l’expression de Cox2 et la dérépression du récepteur gamma
activé du proliférateur de peroxisome γ (PPARγ) dont le ligand est
la prostaglandine J2 (PGJ2) : les tumeurs exprimant fortement
Cox2, l’ARNm de Cox2 et PGE2 ont une faible expression de PPARγ, de
l’ARNm de PPARγ et de PGJ2 [54]. Ces altérations, qui sont plus
marquées dans les cancers métastasés, ont un intérêt thérapeutique
potentiel : l’association d’un inhibiteur de Cox2 et d’un
agoniste de PPARγ pourrait avoir un effet synergique [63].
• Cox2 et agents anti-microtubules
Les agents anticancéreux interférant avec les microtubules
cellulaires (taxol, colchicine, nocodazole, vinblastine,
vincristine, 17-β-estradiol, 2-méthoxyestradiol) stimulent la
transcription de Cox2 en favorisant la liaison du facteur de
transcription AP1 à l’élément de réponse de l’AMP cyclique du
promoteur de Cox2 déclenchant ERK, JNK et MAPK ; les
inhibiteurs de MAPK kinase bloquent cette induction de Cox2 [64].
L’association d’un anti-Cox2 et des antitubulines est rationnelle,
notamment l’association avec un taxane.
Conclusion
Les travaux rapportés ci-dessus montrent l’implication de Cox2
et de la PGE2 dans la carcinogenèse mammaire. Même si ses
mécanismes pathogéniques restent incomplètement compris,
l’expression de Cox2 favorise la prolifération tumorale en inhibant
l’apoptose, en stimulant la néo-angiogenèse et en favorisant le
pouvoir invasif et métastasiant des cellules malignes. L’effet
préventif des AINS révélé par les études épidémiologiques suggère
un rôle direct des cyclooxygénases dans la genèse des cancers du
sein. Des recommandations alimentaires sont également envisageables
pour la population générale.
Cox2 est fréquemment exprimée dans les cancers du sein, ce qui est
un facteur de mauvais pronostic, et ses inhibiteurs devraient être
avantageux en cas de surexpression de HER2/neu, de mutation du gène
ras ou de résistance MDR ; ils pourraient être potentialisés
par des anticorps anti-HER2/neu, anti-EGF ou anti-VEGF, ou bien par
un inhibiteur de RANKL ou un agoniste de PPARγ ; leur
association à un inhibiteur de l’aromatase ou à des agents
anticancéreux interférant avec les microtubules cellulaires
(taxanes, vinorelbine, vincristine, etc.) paraît logique.
Les interrogations et les inconnues restent cependant
nombreuses : faut-il réserver les AINS ou les anti-Cox aux
tumeurs exprimant Cox2 ? L’administration d’un anti-Cox2 ne
risque-t-elle pas d’entraîner une activité préférentielle de Cox1,
entravant le bénéfice potentiel du traitement ? Quelle est la
durée optimale d’administration ? Quelle est la tolérance au
long cours des coxibs, mieux tolérés que les AINS mais non
totalement dénués d’effets secondaires ? Quel est le rôle
carcinologique de la fonction peroxydase des cyclo-oxygénases,
fonction non inhibée par les AINS ?
Cependant, les indices sont suffisamment cohérents pour proposer
une utilisation thérapeutique des inhibiteurs de Cox2 dans les
cancers du sein : les coxibs, en premier lieu le celecoxib,
plus sélectifs et mieux tolérés que les AINS, sont les molécules de
choix. Des essais thérapeutiques sont en cours ou projetés avec le
celecoxib en prévention primaire dans des populations de femmes à
risque de cancer du sein (risque familial ou risque génétique), en
prévention secondaire après chirurgie de lésions précancéreuses
(carcinome in situ, canalaire ou lobulaire), en situation
adjuvante en association avec une anti-aromatase stéroïdienne,
l’exemestane, ou une chimiothérapie antitubuline, en utilisation
séquentielle après le traitement adjuvant, en situation
métastatique associé à une hormonothérapie (anti-aromatase) ou une
chimiothérapie antitubuline ou, enfin, en néoadjuvant associé à
l’exemestane avec étude biologique de l’aromatase
intratumorale. n
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