ARTICLE
Auteur(s) : Maty Ba Diao
Laboratoire national de l’élevage et de recherches vétérinaires,
Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra), BP 3120, Dakar,
Sénégal
<mbadiao@sentoo.sn>
La problématique de l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) en
Afrique de l’Ouest a fait l’objet de plusieurs publications [1-7]
qui montrent bien son importance dans les villes. Les productions
urbaines et périurbaines représentent, en effet, un enjeu important
en termes de sécurité alimentaire, de création d’emplois et de
revenus et en termes d’environnement. L’AUP permet la création
d’emplois et la formation de revenus au profit de plusieurs acteurs
des filières agricoles périurbaines [3]. Cela est particulièrement
visible pour les populations les plus démunies qui trouvent ainsi
des occasions pour sécuriser leurs moyens d’existence et leur
bien-être social. L’AUP constitue également une véritable occasion
d’investissement et de création de richesses pour certains
opérateurs économiques des villes ayant accumulé un capital
financier dans d’autres secteurs. En outre, des quantités
appréciables de produits agricoles de haute valeur nutritive sont
générées et sont destinées à l’autoconsommation et à
l’approvisionnement des marchés [8]. L’assainissement de la ville
par la valorisation des déchets pour l’agriculture et
l’alimentation animale constitue une fonction spécifique de l’AUP
qui participe à l’amélioration du cadre de vie dans les espaces
urbains.
Malgré ces fonctions importantes, la pratique de l’agriculture
en ville et dans sa périphérie soulève beaucoup d’inquiétudes liées
à l’environnement, la santé publique et à la viabilité des systèmes
de production [1, 5, 9]. Dans la réalité, l’altération de
l’environnement urbain et périurbain liée à la pratique de l’AUP
(utilisation des pesticides, pollution et dégradation des
ressources naturelles, bruits, odeurs...) constitue l’impact le
plus visible. Par conséquent, la « légitimité de l’AUP »
reste encore à conquérir pour amener les politiques, notamment
celles de planification et d’aménagement du territoire, à prendre
en compte les activités agricoles dans la planification urbaine
[3]. Le souci de bien informer et de donner les instruments
nécessaires pour une bonne planification urbaine intégrant les
productions agricoles justifie le regain d’intérêt observé ces
dernières années, notamment dans le milieu des chercheurs et de
certaines ONG. Leur préoccupation est de donner aux politiques des
éléments pour la définition d’une stratégie de développement du
périurbain.
La présente étude1 fait la synthèse
des connaissances sur la situation de l’AUP dans la région de
Dakar. Elle a pour objectif d’analyser la diversité des systèmes de
production périurbains, leur impact économique et environnemental,
leurs principales contraintes et l’influence des politiques et des
projets d’appui. Elle se fonde sur une revue de la bibliographie et
sur des enquêtes rapides « à dire d’acteurs » menées dans
la région de Dakar en 2002.
1 Étude réalisée en 2002 dans
le cadre d’une action de recherche-développement financée par le
Conseil ouest- et centre-africain pour la recherche et le
développement agricoles (Coraf). L’objectif était de préparer un
projet régional visant à renforcer la durabilité économique et
écologique de l’agriculture urbaine et périurbaine pour trois
villes d’Afrique francophone : Dakar, Yaoundé et Cotonou. Les
institutions partenaires sont l’Isra (Sénégal), l’Irad (Cameroun)
et l’Inrab (Bénin) ainsi que le Cirad-Flhor qui assure la
coordination.
Caractéristiques de la zone urbaine et périurbaine de
Dakar
L’agglomération de Dakar fait partie de la région naturelle des
Niayes située dans la partie nord-ouest du Sénégal, comprenant la
frange côtière et son arrière-pays immédiat qui s’étend de Dakar à
Saint Louis (figure 1). Les
Niayes offrent un paysage particulier comprenant des dépressions et
des dunes reposant sur une nappe peu profonde, avec une
hydrographie jadis riche en lacs et points d’eau, qui a permis le
développement d’une végétation luxuriante sous ces latitudes
sahéliennes (photo 1). Les
précipitations sont peu abondantes et dépassent rarement
500 mm dans la région de Dakar. Mais la zone bénéficie d’un
microclimat particulier car, si le Sénégal, dans sa majeure partie,
bénéficie d’un climat tropical sahélien, celui de la zone des
Niayes est de type subcanarien, caractérisé par l’alizé boréal
maritime. Lorsque ce vent soufflant du secteur Nord (NNW-NNE) est
dominant, soit de décembre à mai, les températures sont
relativement fraîches et de faibles amplitudes (19-22 °C en
moyenne), l’humidité est élevée et constante, et ce, au moment où
les régions intérieures sont soumises au vent chaud et sec de
l’harmattan (30-40 °C). La non-dépendance à la variabilité
climatique pour la satisfaction des besoins en eau des cultures,
quelle que soit la saison, est due aux potentialités hydriques. La
bonne réserve en eaux souterraines permet d’irriguer au moins
13 000 de ses 36 000 hectares de terres arables
[3].
La région de Dakar compte une population estimée à 2,4 millions
d’habitants, dont 50 % sont âgés de moins de 18 ans [10].
Elle concentre 24 % de la population nationale sur 0,3 %
du territoire. La croissance démographique (4 %) s’explique à
la fois par les forts taux de natalité, mais aussi et surtout par
les flux migratoires venant, d’une part, de l’intérieur du pays
dont Dakar accueille 45 % du total et, d’autre part, des États
riverains, suscités à la fois par le développement économique de
Dakar et les conditions naturelles favorables aux activités
agricoles [11]. Cette forte concentration humaine pose des
problèmes d’approvisionnement alimentaire de la population [8].
Pourtant, Dakar et sa périphérie bénéficient d’une longue
tradition agricole de productions maraîchères, fruitières et
ornementales, ainsi que de petit élevage, tant pour
l’autoconsommation que pour la commercialisation sur les marchés
urbains [4, 12, 13]. L’horticulture y a connu ses débuts en 1903
avec le jardin de Hann [3]. Concernant l’élevage, les premières
migrations importantes d’éleveurs vers les Niayes de Dakar
remonteraient vers 1915 [12]. Si « traditionnellement »,
on pouvait distinguer les cultures vivrières des cultures de rente,
la situation qui prévaut actuellement rend cette distinction
caduque : ces cultures ont peu à peu cédé la place aux
cultures spéculatives telles que les cultures horticoles. Dans le
droit fil de cette logique marchande, les systèmes pastoraux ont
connu une évolution certes plus lente, mais très voisine. La zone
périurbaine de Dakar fournit des produits animaux finis (œufs,
poulets de chair, lait), grâce à des techniques d’élevage de plus
en plus modernes.
La modernisation des outils de production a bénéficié de
l’intervention d’une multitude de programmes de
recherche-développement et de projets d’appui aux producteurs. Les
résultats inégaux de ces actions et la variété des contraintes
biologiques, techniques et socio-économiques se sont traduits par
une diversité des produits et des structures de production.
Principaux systèmes de production urbains et périurbains
Plusieurs critères ont été utilisés pour définir les systèmes de
production (tableau 1). Il s’agit
de l’origine des exploitants, du statut foncier dominant, de la
localisation de la zone de production, des conditions de production
(surfaces, techniques, accès aux marchés, etc.) et des spéculations
dans lesquelles l’exploitant est engagé.
Tableau 1. Principaux systèmes de
production de la zone urbaine et périurbaine de Dakar (synthèse M.
Ba Diao d’après [3, 5, 14, 16, 17, 20, 22, 23]).
Table 1. Urban and periurban production systems in
Dakar.
|
Caractéristiques
|
| Systèmes de
production |
Nombre
exploitants |
Origine exploitants
|
Statut foncier dominant
|
Zone de production
|
Conditions de production
|
Spéculations
|
| Systèmes
périurbains de production horticole paysanne |
2 735 |
Migrants du
Sénégal et sous-région |
Location,
métayage |
Dépressions et
vallées asséchées |
Petites
surfaces (moins 1 ha), peu d’intrants ; exhaure et
arrosage manuels |
Cultures
diversifiées mais légumes-feuilles (60 % des surfaces) |
| Systèmes
périurbains de production horticole entrepreneuriale |
205 |
Ville :
commerçants, fonctionnaires, industriels, etc. |
Titre foncier
ou bail (99 ans) de l’État |
Zones dunaires
à sol dior dominant |
Exhaure et
irrigation mécaniques ; système de goutte à goutte ;
forte utilisation de main- d’œuvre féminine pour la récolte et le
conditionnement |
Moins de
diversification ; cultures d’exportation (haricot,
tomate) |
| Systèmes
périurbains de production avicole |
Nombre non
déterminé mais 250 spécialisés |
Ville :
commerçants, fonctionnaires, industriels, etc. |
Permis
d’occuper, ou bail (99 ans) de l’État |
Zones dunaires
à sol dior dominant |
Superficies
exploitées très réduites, 200 m2 à
2 000 m2, forte utilisation de produits
vétérinaires |
Pondeuses et
poulets de chair ; production d’œufs à couver (OAC) |
| Systèmes
urbains de production maraîchère |
300 |
Migrants de
Guinée et Sérères bassin arachidier |
Prêt, location,
métayage |
Zone de
bas-fonds en ville |
500 à
2 500 m2 de superficie ; utilisation des
eaux usées ; très peu d’intrants ; marché de
proximité |
1 dizaine
de spéculations, mais laitue, tomate et piment, dominants |
| Élevages
urbains Aviculture |
-
|
Jeunes sans
emploi |
-
|
Toits ou cours
des maisons |
Petits
effectifs : 100-200 poulets ; confinement des
animaux |
Poulets de
chair : activité temporaire pendant les fêtes |
| Élevage
ovin |
Présence dans
47 % des maisons |
Chômeurs,
femmes au foyer, retraités |
-
|
|
Petits
effectifs : 1-5 têtes, coût de production élevé, forte
autoconsommation |
Moutons pour
les fêtes religieuses et cérémonies familiales |
|
Floriculture |
410 |
Migrants du
bassin arachidier |
Occupation
sans droits |
Espaces vides
le long des routes et dans les nouvelles cités |
Production en
miniature : 20-50 m2
De rares professionnels |
Fleurs de
jardin, fleurs coupées, plantes ornementales |
Systèmes périurbains de production horticole paysanne
Ces systèmes dominants sont mis en œuvre par 93 % des
exploitations recensées [14] dont la taille est inférieure à
1 hectare (84 % exploitent moins de 0,5 hectare).
Cette exiguïté empêche les rotations, rendant inefficace la
phytoprotection malgré les fréquences parfois élevées des
traitements chimiques. Les équipements sont sommaires et
l’utilisation des intrants, notamment des fertilisants, est
minimale. Le mode de faire-valoir indirect est dominant (location,
métayage), ce qui s’explique par une forte présence de migrants.
Les cultures, qui s’étalent sur toute l’année, sont très
diversifiées (photo
2) et essentiellement destinées à l’approvisionnement des
marchés locaux. Les producteurs sont en majorité analphabètes et
peu formés techniquement [15]. Cela représente un frein à la
modernisation, à l’appropriation de nouvelles technologies, à la
capacité de créer et de gérer des organisations de producteurs pour
la défense de leurs intérêts et à la formalisation de leurs
relations avec les fournisseurs et les clients.
Systèmes périurbains de production horticole
entrepreneuriale
Ils constituent 7 % des exploitations horticoles, mais
détiennent plus de 70 % des terres de la zone [14]. Ce sont
des exploitations privées ou à caractère associatif dont les
particularités sont la forte présence de populations d’origine
citadine (commerçants, fonctionnaires, industriels), l’emploi de
main-d’œuvre salariée et la forte mécanisation.
Parmi elles, se trouvent des exploitations spécialisées, dont la
taille dépasse souvent 50 hectares et dont le niveau
d’investissement peut dépasser 100 millions de FCFA2. La destination principale de la production
est l’exportation. Les spéculations sont très peu
diversifiées : lors de la campagne 1999-2000, le haricot et la
tomate ont constitué 80 % des exportations horticoles du
Sénégal [15]. La main-d’œuvre féminine en provenance des villages
environnants est largement utilisée pour la récolte et le
conditionnement des produits. Ces producteurs essayent de plus en
plus de maîtriser l’ensemble de la chaîne production-exportation
pour la totalité des produits afin de s’assurer de leur qualité et
de leur traçabilité.
2 655,96 FCFA = 1 euro.
Systèmes périurbains de production avicole intensive
L’aviculture est une activité professionnelle secondaire pour la
majorité des producteurs [16]. Les propriétaires résident souvent à
Dakar et sont en général très peu présents dans les exploitations,
qui sont de taille réduite (200 m2). L’aviculture
est associée à d’autres productions agricoles, notamment
l’arboriculture fruitière qui bénéficie ainsi de matière organique
(fiente de volaille).
L’aviculture spécialisée est pratiquée par 250 producteurs
d’origine citadine [5]. Parmi ces producteurs, on dénombre quelques
entreprises industrielles dont certaines intègrent la production
d’aliments, d’œufs à couver et de poussins.
L’aviculture intensive bénéficie de l’appui d’une filière bien
structurée, surtout en amont, avec l’existence de tous les maillons
de la chaîne (accouveurs, provendiers, distributeurs de matériel,
techniciens, organisations de producteurs, etc.), aussi bien au
niveau de la production de poulets de chair qu’au niveau des
élevages de ponte. La tendance est à la professionnalisation des
élevages, du fait de l’émergence d’une nouvelle catégorie
d’éleveurs instruits, de leur organisation à travers plusieurs
associations (Unia, Union nationale des industriels de
l’aviculture ; AAD, Association des aviculteurs de Dakar,
Avidak, Association des femmes avicultrices de Dakar ; ASCOPA,
Association des commerçants de produits avicoles ; Cotavi,
Collectif des techniciens avicoles), de leur regroupement au sein
d’une fédération (la Fafa, Fédération des acteurs de la filière
avicole) et de leur participation à des foires agricoles nationales
et internationales (Dakar, Abidjan, Rennes, etc.). Cependant,
l’élevage de poulet de chair souffre aujourd’hui de la concurrence
des cuisses et ailes de volaille importées de l’Union européenne.
Selon nos propres enquêtes menées en janvier 2002, près de
50 % des élevages auraient cessé toute activité depuis l’an
2000.
Systèmes urbains de production maraîchère
À l’intérieur de la ville, la population a développé une
stratégie locale de production maraîchère qui s’est traduite par
l’utilisation des eaux usées brutes [17]. L’usage des eaux usées
présente, d’après les producteurs, plusieurs avantages : il
diminue les quantités de fertilisants minéraux, raccourcit le cycle
des cultures (gain d’une semaine pour la laitue), améliore le
développement végétatif et augmente les rendements [18]. Au-delà de
la mise à disposition de fertilisants, l’utilisation des eaux
résiduaires réduit les besoins en pesticides et herbicides
[19].
Ces maraîchers exploitent des domaines relativement petits, de
500 m2 à 2 500 m2, à l’aide de
petit matériel agricole de binage, de désherbage, d’émondage, de
sarclage et de repiquage [17-18]. Parmi eux, on compte beaucoup de
migrants du bassin arachidier et de Guinée. Ils cultivent des
espèces locales, bon marché, pour les consommateurs à moindre
revenu. Les légumes récoltés suivent un circuit de
commercialisation de proximité [17]. Malgré la petitesse des
superficies, les cultures sont très diversifiées. Une dizaine de
spéculations sont notées mais la laitue, la tomate et le piment
sont les plus cultivées [18]. Les deux premières spéculations sont
des espèces susceptibles d’être consommées crues, ce qui accroît
les risques sanitaires liés à l’utilisation des eaux usées
brutes.
Sur le plan foncier, la situation de ces maraîchers est assez
précaire. En effet, les terres leur sont prêtées, louées ou données
en métayage. Ils risquent d’en perdre l’usage à tout moment, ce qui
explique que les investissements se limitent souvent à la
mobilisation de la ressource « eau ».
Élevages urbains
L’urbanisation et les problèmes qu’elle pose pour l’entretien
des animaux n’ont pas dissuadé les citadins d’élever des animaux
dans leurs maisons. Au contraire, on assiste à une expansion de
l’élevage d’ovins et de volailles à la faveur de la croissance des
villes et de l’accroissement du chômage (statistiques de la
direction de l’Élevage).
L’aviculture dans la ville de Dakar est une activité temporaire de
production de poulets de chair [16]. Les propriétaires sont en
majorité des jeunes sans emploi qui gèrent de petits élevages
urbains de poulets destinés aux fêtes religieuses (Korité,
Tamkharit, Noël, etc.). Les propriétaires s’occupent eux-mêmes de
leur élevage qui est leur seule activité professionnelle. Les
effectifs de volaille sont très réduits (de 100 à 200 unités
par bande), en fonction de l’espace disponible dans la maison, des
moyens financiers et des possibilités d’écoulement des produits.
Ces élevages résistent mieux à la concurrence des cuisses de
poulets importés que les systèmes périurbains avicoles intensifs,
car ils produisent seulement en période de forte demande et ils
s’appuient sur un réseau commercial de proximité, avec fidélisation
de la clientèle.
L’élevage de mouton à Dakar est un phénomène social de grande
importance. Près d’une maison sur deux (47 %) possède un
élevage de mouton [20]. Les principaux éleveurs sont les chômeurs,
les retraités, les femmes au foyer, les commerçants et les
salariés. Tous les membres de la famille (hommes, femmes, enfants)
participent à l’entretien des animaux. Cet élevage tire son
existence de croyances culturelles ou religieuses. La principale
motivation est l’autoconsommation lors des fêtes religieuses
(63,1 %) et la Tabaski 3 est le moment privilégié de déstockage
(42 % des abattages). Le mode d’élevage est plus intensif
qu’en milieu rural, avec la construction de bergeries, l’achat
d’aliments de bétail et de produits vétérinaires et l’amélioration
génétique par introduction de races plus performantes que le
Peul-peul sénégalais. Mais le coût d’entretien d’un mouton est très
élevé (41 700 FCFA/an) et la divagation pratiquée par
certains autour des marchés est une stratégie de réduction des
frais d’alimentation. De plus, l’exiguïté de l’habitat pose des
problèmes de santé des animaux (mauvais éclairage, mauvaise
ventilation, atmosphère confinée) et réduit fortement leur
productivité [20].
Une dynamique de professionnalisation est en train de prendre
forme autour des élevages ovins dont la destination première des
produits est le marché dakarois. Une association les regroupant est
née. Le but est la création d’un élevage d’élite autour de races en
provenance de la sous-région africaine (Touabire, Bali-bali,
Ladune) grâce à un entretien rigoureux en matière d’alimentation et
de santé.
3 Tabaski : fête
du mouton ou Aïd el Kébir.
Autres systèmes de production
Il existe d’autres types de production de moindre importance du
fait d’un nombre plus faible d’exploitations ou de par les
superficies concernées.
• Les systèmes de production laitière sont dominés par
l’exploitation d’espèces bovines et caprines de races locales
(photo 3)
[21, 22]. Actuellement, d’après nos enquêtes menées janvier 2002,
l’élevage laitier intensif ne concerne que 11 exploitations
dans la région de Dakar. Ce sont des systèmes de production très
précaires, en raison des problèmes d’espace et d’alimentation.
• La floriculture est pratiquée par 410 exploitants recensés en
zone urbaine et périurbaine de Dakar [14]. Les caractéristiques
dominantes sont le squatting des terres le long des axes
routiers et dans les cités résidentielles, la production en
miniature et la faiblesse des investissements. Beaucoup
d’horticulteurs n’ont aucune formation initiale et la technicité
est souvent acquise grâce à une longue pratique sur le terrain [3,
23].
• La technique de micro-jardin ou (maraîchage hors-sol) est
caractérisée par la culture dans des contenants préfabriqués
(caissons, petites tables en bois, bassines, etc.) recouverts d’une
gaine plastique et contenant de l’eau enrichie de macro- et
d’oligo-éléments minéraux et un substrat solide inerte de
composition diverse : gravillon, balle de riz, coque
d’arachide [24]. Ce système de production est récent et en phase
d’expansion dans la ville de Dakar. Il est surtout mis en œuvre par
des femmes et des jeunes.
• Les autres systèmes de production sont l’aviculture familiale
périurbaine (reposant sur l’élevage en divagation de poules et de
poulets de races locales) [25] et la culture pluviale [5, 12].
En conclusion, l’AUP est pratiquée par des exploitants aux
profils très divers dont le niveau moyen d’éducation est plus élevé
qu’en campagne. Elle est dominée par des productions périssables
(fruits et légumes, lait, œufs). Elle est, de ce fait,
complémentaire à l’agriculture rurale qui fournit à la ville des
produits dont la conservation est plus longue (céréales, bétail sur
pied, légumes tropicaux). En outre, la proximité de la ville se
traduit par une dépendance inférieure par rapport aux commerçants,
par des coûts de transport plus réduits et par l’accès plus facile
aux facteurs de production (intrants, appui technique). Toutefois,
l’accès aux ressources naturelles (eau, terre) y est plus
contraignant.
Avantages de l’agriculture urbaine et périurbaine
Contribution à l’approvisionnement alimentaire
Les données chiffrées (tableau 2) sur la contribution des productions
périurbaines dans l’approvisionnement de Dakar en produits
alimentaires proviennent d’estimations des structures techniques
(direction de l’Horticulture, direction de l’Élevage, etc.) et
d’études thématiques limitées dans le temps et l’espace.
Tableau 2. Impacts positifs des
activités agricoles et d’élevage dans la zone urbaine et
périurbaine de Dakar (synthèse M. Ba Diao d’après [4, 5, 15, 20,
27, 29]).
Table 2. Positive impacts of urban and periurban
activities in Dakar.
|
Secteurs |
Production |
Part dans la consommation de Dakar |
Part dans la production nationale |
Emplois créés |
|
Maraîchage |
35 000-40 000 tonnes |
60 % |
25 % |
15 000 |
|
Arboriculture |
400 tonnes |
ND |
4 % |
|
|
Aviculture |
|
|
|
|
|
ufs |
178 millions d’unités |
100 % |
70 % |
10 000 |
|
Poulets |
7 822 tonnes |
ND |
47 % |
|
|
Élevage ovin |
40 700 têtes (Tabaski) |
19 % |
ND |
ND |
ND : données non disponibles.
Deuxième région maraîchère après Thiès, la région périurbaine de
Dakar produit annuellement 35 000 à 40 000 tonnes de
légumes (moyenne des années 1995 à 2000), représentant le quart de
la production nationale [15]. Mais, depuis le début des années
1990, on observe une relative stagnation des productions due à la
dégradation et à la raréfaction des ressources [4]. La production
maraîchère continue néanmoins de participer fortement à la
consommation des ménages. En effet, la production locale couvre 60
% de la consommation globale de légumes de Dakar : 65 000
tonnes par an, soit 35 kg/habitant/an [15].
L’aviculture industrielle représente 33 % de l’effectif
national en volaille. La production de poussins d’un jour (près de
6 millions en 2001) permet d’assurer 95 % des besoins
nationaux [26]. Le pays est autosuffisant en œufs de consommation
grâce à une production de 254 millions d’unités par an et
75 % des besoins en viande de volaille étaient couverts
jusqu’en 2000, année d’application du TEC (Tarif extérieur commun)
au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
L’aviculture participe à la reconnaissance de la filière
sénégalaise dans la sous-région africaine :
250 000 poussins et 517 880 unités d’œufs à
couver (OAC) ont été exportés dans la sous-région en
2001 [26]. L’importation massive de sous-produits de la
transformation avicole venant d’Europe (cuisses, ailes et divers)
remet aujourd’hui en cause ces performances et est à l’origine de
nombre de protestations de la part des professionnels du secteur
[27].
La production laitière dans la région de Dakar s’élève à
2 millions de litres par an [28] fournissant ainsi moins de
5 % de la consommation en lait de Dakar, qui s’élève à
27 L/habitant/an [29]. La situation ne s’est pas beaucoup
améliorée depuis 1993, époque où l’on importait 98 % des
besoins de consommation en lait et produits laitiers de Dakar [30].
Le lait d’origine rurale, en excédent pendant la saison des pluies,
n’atteint pas Dakar à cause du déficit des systèmes de collecte et
de transformation dans les zones de production.
La production périurbaine de viande rouge représenterait 5 %
des 50 000 à 60 000 tonnes de viande issue de
l’abattage contrôlé. La majeure partie de la viande provient des
élevages pastoraux et agropastoraux de l’intérieur du pays.
L’élevage ovin à Dakar couvre 19 % des besoins en moutons de
Tabaski [20].
Contribution à la résorption du sous-emploi
L’agriculture urbaine et périurbaine est socialement très
importante. Les activités de production, de transformation et de
commercialisation offrent des possibilités d’emploi pour une masse
importante de la population urbaine en situation de chômage
chronique et de ruraux en migration saisonnière. L’AUP a permis de
créer plus de 30 000 emplois directs ou indirects, dont
15 000 en horticulture et 10 000 en aviculture [5, 27].
L’exemple de la vallée de Pikine est très révélateur de la
contribution de l’AUP à la lutte contre le sous-emploi et la
pauvreté. En effet, sur une superficie de 42,24 hectares,
384 exploitations polarisant 830 personnes ont été
recensées [17].
En dehors des activités agricoles, sont recensés les fournisseurs
d’intrants, de matériel agricole. La commercialisation des produits
et leur transformation dans la restauration de rue emploient
beaucoup de femmes qui y voient une source importante de revenus.
Malgré leur importance, tous ces emplois indirects sont difficiles
à dénombrer.
Contribution à l’aménagement urbain et périurbain
L’horticulture urbaine (maraîchage et floriculture) permet de
conserver des espaces verts au sein de l’espace bâti. La grande
Niayes de Pikine est considérée comme le poumon vert de
l’agglomération dakaroise, étant le seul espace non bâti de
dimension significative de la ville. En outre, elle a une valeur
écologique réelle. Elle recèle des richesses végétales et fauniques
non négligeables pour le maintien de la biodiversité [31]. Elle est
même déclarée d’utilité publique par l’État en vue de son
aménagement à des fins conservatoires [32]. Les différentes
facettes de sa fonction environnementale mettent en évidence que
son exploitation à des fins agricoles et sa protection peuvent
contribuer au maintien de l’équilibre écologique de la région dans
son ensemble.
Contribution au recyclage des déchets
La modernisation et l’intensification des systèmes de production
induisent une plus forte utilisation d’intrants. Les producteurs
essayent de répondre à cette demande par le recyclage de différents
types de déchets [3]. En milieu périurbain, la plupart des petits
maraîchers possèdent également des animaux ; ils peuvent donc
valoriser le fumier et les sous-produits de maraîchage. Les
activités de tri et de tamisage des déchets urbains emploient
plusieurs personnes dans certains quartiers de Dakar (Croisement
Cambérène) et à la décharge publique de Yeumbeul, d’après nos
propres observations. Le produit obtenu est utilisé dans le
maraîchage et la floriculture. Pour fertiliser leurs parcelles, les
horticulteurs valorisent également les déchets des abattoirs. En
ville, l’élevage ovin valorise les rebuts provenant de la vente de
détail des légumes (notamment manioc et chou) dans les marchés de
quartier. Les ateliers de transformation artisanale du poisson
rejettent des déchets (arêtes et écailles) utilisés comme engrais
organique. La litière de filao, source de matière organique, est un
atout pour l’agriculture. Elle est utilisée par les fleuristes en
compost en association avec la fumure animale.
Dakar rejette à la mer 66 000 m3 d’eaux usées
collectées par jour [17]. Ces eaux pourraient aider à combler le
déficit en eau d’arrosage de Dakar, si un traitement approprié leur
était appliqué avant toute utilisation.
Inconvénients de l’agriculture urbaine et périurbaine
Les impacts négatifs de l’AUP sont les plus visibles et
conduisent le plus souvent à la perception défavorable qu’elle
suscite de la part des habitants de la ville. L’utilisation de
déchets (notamment les eaux usées) et de pesticides, les déjections
animales, la divagation des animaux sont autant de sources de
problèmes pour les populations et l’environnement citadin.
Impacts sur la santé humaine
L’utilisation de déchets solides ou liquides en agriculture
urbaine comporte des risques importants pour la santé humaine. Une
prudence accrue est de rigueur dans le cas d’utilisation de déchets
sur les cultures maraîchères dont les feuilles sont consommées,
étant donné que certains métaux, comme le cadmium, s’accumulent
préférentiellement dans les parties foliaires [19]. Des virus, des
bactéries, des protozoaires et des helminthes pathogènes passent
dans les excréta des personnes infectées et se retrouvent dans les
eaux usées. Ils peuvent être transmis soit par voie orale (par la
consommation de légumes contaminés), soit par la peau (dans le cas
des ankylostomes et des schistosomes) [17, 19]. Les eaux usées
utilisées à Dakar, contiennent de fortes concentrations de
coliformes fécaux (CF), 4 à 100 fois plus élevées que les
normes OMS de réutilisation des eaux usées, situées à
1 000 CF/mL [17].
Les pesticides utilisés sont d’une grande diversité :
122 noms commerciaux ont été répertoriés dans la zone des
Niayes [9]. Ils constituent un grave risque pour la santé des
populations (intoxication aiguë ou effets de doses cumulatives).
Cependant, les risques sont d’autant plus grands que plusieurs
produits utilisés, notamment des organochlorés, sont prohibés et,
néanmoins, utilisés dans la clandestinité. Parmi ces produits qu’on
qualifie de polluants organiques persistants (POP), on peut
remarquer l’heptachlore, le kelthane, califol/dicofol DD poudre
(DDT) et la dieldrine [9].
Impacts sur l’environnement
L’usage abusif des pesticides entraîne également des dommages
sur l’environnement (pollution des nappes phréatiques et des sols).
Les résultats d’études à Dakar montrent que la concentration
moyenne de matière active spécifique dépasse largement la norme de
référence (0,1 µg/L). Les concentrations moyennes de résidus
dans la nappe notamment pour le malathion, le chlopyrifos-méthyle
et le chlopyrifos-éthyle sont souvent 30 à 700 fois supérieurs
à la norme [9]. Or, ces produits présentent des toxicités assez
importantes et sont classés respectivement par l’OMS et la FAO en
classe III (assez dangereux) pour le malathion et en classe II
(dangereux) pour les insecticides chlorpyrifos-éthyle et
chlorpyrifos-méthyle. Toutefois, la présence de ces produits à
durée de vie très courte dans les milieux, traduit une pollution
ponctuelle de la nappe phréatique consécutive à une utilisation
répétée de ces substances dans le milieu [9].
Les fortes doses d’engrais minéraux et organiques utilisées dans
les champs et la concentration des déchets des élevages intensifs
favorisent la pollution des eaux de surface par les nitrates et
même la contamination des eaux souterraines.
Enfin, la dégradation des espaces verts dans les villes est
souvent l’œuvre d’animaux en divagation.
Obstacles au développement de l’AUP
La stagnation des productions (cas des légumes), voire leur
diminution (cas des poulets de chair) sont des signes de la
vulnérabilité des filières agricoles périurbaines dans les Niayes.
Elles sont la conséquence de nombreuses contraintes.
Situation foncière peu sécurisante
Le statut foncier dans la région des Niayes est très précaire,
ce qui freine le développement agricole sur plusieurs points [15].
Pour les gros opérateurs, le faible développement du marché foncier
limite la taille des entreprises, ce qui réduit les possibilités
d’économies d’échelle et de rationalisation des entreprises et
limite la compétitivité des produits. Les difficultés d’acquisition
de la propriété des terres en propriété privée limitent aussi
l’accès au crédit, faute de pouvoir recourir à la garantie
hypothécaire. Elles ont aussi un impact négatif sur les
investissements. Elles obligent enfin les exportateurs à travailler
avec une multitude de petits planteurs, ce qui complique leurs
opérations de planification des productions et limite leur contrôle
des itinéraires techniques.
La pression démographique s’exerçant sur la zone des Niayes
renforce les difficultés d’accès au foncier pour l’agriculture
périurbaine. Dakar est une agglomération en chantier permanent. Les
zones les plus basses, donc inondables (Pikine, Thiaroye et
Cambérène) sont quotidiennement remblayées à des fins de
construction. La superficie disponible pour l’AUP a ainsi baissé de
6 % entre 1985 et 1993 pour les fruits et légumes [33].
Ressources hydriques mal gérées
D’après la Sonees (Société nationale d’exploitation des eaux du
Sénégal), Dakar et sa région sont approvisionnés en eau potable
pour près de 70 % par l’exploitation d’aquifères réparties le
long de la presqu’île, le reste provenant du lac de Guiers. Malgré
la diversité et l’abondance des différentes ressources hydriques
utilisées, l’approvisionnement de Dakar est caractérisé par un
important déficit de l’ordre de
100 000 m3/jour à
162 000 m3 en période de pointe [34]. Cette
situation résulte du déficit pluviométrique qui ne permet plus une
recharge correcte des nappes et de l’accroissement de la population
qui provoque une surexploitation. Plusieurs ressources ont été
ainsi utilisées de manière excessive à des fins agricoles et
d’alimentation en eau potable. Au problème de déficit structurel,
s’ajoute le retard de modernisation de l’irrigation qui provoque un
gaspillage des ressources hydriques et un surcoût de production
important [34]. Les systèmes d’exhaure et d’irrigation restent
rudimentaires pour la plupart des producteurs horticoles. Même si
de nouvelles technologies simples et plus économes en eau (comme le
goutte-à-goutte et l’exhaure mécanisée) sont progressivement
adoptées, nos observations ont montré que la mauvaise gestion de
l’eau a déjà des impacts négatifs sur le milieu (salinisation des
nappes, tarissements des puits, etc.).
Manque de compétitivité des produits
Une contrainte majeure de l’AUP est la compétitivité des
produits par rapport à ceux qui sont importés de l’extérieur du
pays. Les facteurs déterminants de cette compétitivité incluent les
coûts de production et de commercialisation très élevés, ainsi que
des niveaux de qualité hygiénique parfois insuffisants et des
difficultés d’acceptabilité des produits par les consommateurs [3,
35]. Les coûts élevés des facteurs de production essentiels sur
place ainsi que la diminution des taxes à l’importation font que
les produits importés tels que les produits avicoles sont
relativement plus accessibles que les produits locaux
(1 200 FCFA/kg de cuisse de poulet importé contre
1 700 FCFA/kg de poulet local sur les marchés au détail
selon nos propres enquêtes ; en 1997, les prix sur le marché
étaient comparables, 1 300 à 1 400 FCFA/kg [36]). De
plus, certains produits importés bénéficient de meilleures
garanties sanitaires (cas du lait UHT) et parfois d’une meilleure
capacité de conservation (cas de l’oignon). La distribution des
intrants se fait dans un environnement non normalisé prenant peu en
compte les risques de santé publique. Les règles d’utilisation des
pesticides et des médicaments, en particulier les temps d’attente
avant la mise à la consommation, ne sont pas respectées [9, 37].
Peu d’éléments permettent cependant d’affirmer que tous les
produits importés possèdent une meilleure réputation que les
produits locaux auprès des consommateurs dakarois.
Sur le marché de l’exportation, les productions horticoles
sénégalaises sont concurrencées par celles d’autres pays africains.
Mais surtout, les niveaux de qualité ne correspondent pas toujours
aux standards requis sur le marché international [23, 38].
Contraintes institutionnelles
La multiplicité et le cloisonnement des organismes intervenants,
le manque d’information, de formation et d’organisation des
acteurs, qui arrivent difficilement à influencer les décisions,
sont des freins à une reconnaissance effective de l’AUP et à sa
plus grande valorisation [33, 39].
Les études réalisées sur les filières économiques révèlent une
répartition inéquitable des richesses produites par l’exploitation
des ressources entre les acteurs situés aux différents segments de
ces filières. L’isolement et le manque d’information de certains
(producteurs) face à la position d’oligopole des autres
(intermédiaires, commerçants) concentrent la valeur ajoutée par ces
activités entre les mains des seconds. Cela est particulièrement
vrai dans la filière maraîchère [3, 38].
Contraintes financières (crédit)
De façon générale, le secteur bancaire n’est pas assez
spécialisé pour travailler avec le secteur agricole et encore moins
en zone périurbaine. L’insuffisance des capacités d’analyse des
dossiers présentés ainsi que la rigidité des conditions
d’attribution des lignes de crédit expliquent le faible niveau du
recours au crédit bancaire. Les investissements se font le plus
souvent sur fonds propres [12, 15].
Perspectives d’amélioration
Face à ces contraintes, de nombreuses actions sont entreprises
depuis quelques années. Toutefois, elles sont, pour la plupart,
assez récentes et leurs effets sont encore peu visibles sur
l’ensemble des filières horticoles et animales.
Recherche-développement
L’agriculture urbaine et périurbaine a fait, pendant plusieurs
décennies, l’objet d’investigations sectorielles qui ont été le
fait de programmes de recherche-développement organisés sur un mode
disciplinaire par différentes institutions nationales ou
internationales (Institut sénégalais de recherches agricoles,
Isra ; Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ucad ;
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour
le développement, Cirad ; Environnement développement africain
Tiers monde, Enda ; Groupe de recherche et d’échanges
technologiques, Gret). Les principaux résultats obtenus ont permis
des avancées appréciables dans la mise au point de techniques de
production performantes, comme en atteste l’importante production
d’itinéraires et de référentiels techniques, l’établissement de
banques de données et de systèmes de suivi des filières, la
production de semences, plants, vaccins, le traitement des eaux
usées, etc. Ces recherches ont également permis le renforcement
d’une expertise reconnue tant au niveau national que sous-régional.
Mais les réponses apportées restent trop cloisonnées et ne sont pas
assez adaptées à la réalité. Dans un espace où les stratégies
techniques, économiques, sociales et politiques des acteurs sont
interconnectées, les opérations d’appui doivent adopter une
démarche participative de recherche/développement, en partenariat
avec les structures et les acteurs. Des tentatives récentes
d’intégration des activités entre différentes institutions (projet
horticulture-élevage avec l’Isra, l’Ucad, l’International
Trypanotolerance Centre – ITC Banjul, en cours depuis
1998 ; projet Agriculture-environnement avec le Gret, l’Isra
et l’Enda, démarré en novembre 2002, et le projet Niayes avec
l’Enda, la Coopération suisse et la direction de l’Aménagement du
Territoire démarré en juillet 2003) montrent l’intérêt d’une telle
approche.
Gestion de l’écosystème
Un certain nombre d’initiatives sont actuellement en cours et
regroupent plusieurs acteurs pour la gestion de l’équilibre de
l’écosystème des Niayes.
Les services des Eaux et Forêts, en collaboration avec l’Isra et
avec l’appui de partenaires au développement (Coopération
canadienne), mènent sans relâche depuis plusieurs années des
actions de fixation de dunes. Les arbres de première génération ont
permis de stabiliser le cordon littoral et de protéger les zones de
production des Niayes. Toutefois, la durabilité de ces acquis est
menacée par la pression anthropique et les difficultés de
régénération des plantations.
Le Paep (Projet d’appui à l’entreprenariat paysan), à travers son
volet maraîcher, forme les paysans, vulgarise des systèmes
d’irrigation économes en eau (goutte à goutte) et appuie les
organisations de producteurs en matière d’infrastructures de
stockage. Il développe en collaboration avec le ministère de
l’Hydraulique un programme de suivi de l’évolution de la nappe dans
les Niayes et appuie la création d’un cadre de concertation pour sa
gestion intégrée [40].
L’Enda, à travers ses départements Pronat et Rup, tente de
promouvoir l’agriculture biologique, le traitement et l’utilisation
à des fins agricoles des eaux usées, et encourage actuellement la
réhabilitation de l’environnement de certains écosystèmes
fragilisés par le reboisement et la lutte contre la
salinisation.
L’Institut africain de gestion urbaine (IAGU) anime un réseau sur
l’agriculture urbaine et essaie de créer des cadres de concertation
sur différents thèmes tels que le traitement et le recyclage des
eaux usées à des fins agricoles, le genre et l’agriculture
urbaine.
Gestion de la qualité
Le domaine de la qualité sanitaire des aliments n’a été
sérieusement envisagé que sur les produits de la pêche qui sont
exportés vers l’Europe. Mais l’expansion de certaines filières
agricoles telles que l’horticulture et l’aviculture et la prise de
conscience de la nécessité d’assurer la protection de la santé des
consommateurs et d’améliorer sensiblement le niveau des
exportations, ont conduit les autorités sénégalaises à s’intéresser
à la qualité sanitaire de certains produits alimentaires [15, 37].
La mise en place de la Fondation Ceres Locustox (contrôle
phytosanitaire des produits horticoles), l’organisation d’un
laboratoire de diagnostic en pathologie aviaire et de contrôle de
santé animale à l’Isra, la création d’un laboratoire d’analyse des
eaux à l’Ucad, participent à cette stratégie d’amélioration de la
qualité.
Crédit
L’État, par l’intermédiaire de ses partenaires extérieurs,
essaye d’adapter le crédit à la situation sociale de tous les
acteurs des filières, et principalement à celle des producteurs les
plus démunis. Outre la Caisse nationale de crédit agricole du
Sénégal (CNCAS), des institutions mutualistes telles que l’Alliance
du crédit et de l’épargne pour la production (Acep) et les Caisses
populaires d’épargne et de crédit (CPEC) s’engagent désormais dans
ce domaine. Le Projet de promotion des petites et moyennes
entreprises horticoles (PPMEH) en a pris la mesure et propose un
volet mutualisation pour accompagner ses opérations de crédit.
D’autres initiatives sont mises en œuvre par le Projet de promotion
des entreprises agricoles (PPEA) et le Projet de modernisation et
d’intensification agricole (PMIA). Mais le crédit mutualiste, qui
semble être une bonne option pour le petit paysannat, est peu
approprié pour les entrepreneurs de taille plus importante
[15].
Conseil agricole
L’Ancar (Agence nationale de conseil agricole et rural), en
activité depuis 2001, constitue une réponse au problème du déficit
de formation des producteurs. Mais l’Ancar s’adresse principalement
aux petits producteurs. Rien n’est réellement prévu pour les
grandes entreprises horticoles et pastorales. De plus, le fait que
les formations doivent, à terme, être payées par les bénéficiaires,
représentera probablement un frein à l’accès aux services pour le
petit paysannat.
Gestion de l’information économique
Un opérateur de services privé, Manobi, « l’Extranet
d’information sur les prix des produits agricoles et de la
mer » est né en 2001. Le projet permet de combler un déficit
en informations sensibles sur les prix locaux et les prix à
l’exportation destinés aux producteurs et aux exportateurs des
produits maraîchers et de la pêche. Les producteurs ont accueilli
ce produit avec beaucoup d’enthousiasme, même si ce service n’est
accessible qu’à des acteurs possédant un niveau d’éducation solide.
Dans le futur, l’augmentation du nombre d’abonnés devrait permettre
de réduire les tarifs d’abonnement à Manobi et à la Sonatel
(Société nationale de télécommunications) jugés pour le moment
prohibitifs par certains acteurs.
Conclusion
L’agriculture urbaine et périurbaine à Dakar est caractérisée
par une grande diversité des spéculations végétales et animales.
Elle permet de satisfaire en partie les besoins alimentaires de la
capitale, participe à la génération de revenus directs et
indirects, à la résorption du chômage et au recyclage des déchets
urbains.
Cependant, après avoir joué un rôle moteur pour le développement
de cette agriculture, la ville de Dakar est progressivement devenue
sa principale concurrente. Autour de Dakar, les Niayes enregistrent
un recul des espaces cultivés, alors que le remblayage des cuvettes
et la vente des parcelles pour usage d’habitation se fait à un
rythme qui peut donner des inquiétudes quant à la viabilité du
système agricole urbain. L’évolution de la démographie, fruit d’une
forte natalité et des flux migratoires, renchérit le coût de la
terre et encourage ainsi une forte spéculation foncière.
Pourtant, le maintien d’un équilibre entre urbanisation et
agriculture peut exister à condition que les autorités concernées
puissent prendre conscience de l’importance de l’agriculture
urbaine et périurbaine dans l’amélioration de la qualité de la vie
urbaine et dans l’approvisionnement de Dakar en aliments de haute
valeur nutritionnelle. Il est absolument nécessaire que l’ensemble
des acteurs sur le terrain aient une démarche intégrée et concertée
non seulement pour l’amélioration des performances des systèmes de
production, la réduction des nuisances et risques sanitaires, mais
également pour la prise en compte des productions horticoles et
d’élevage dans les schémas d’aménagement urbains n
Remerciements
Cette étude a bénéficié de l’appui financier du Coraf (Conseil
ouest-africain pour la recherche et le développement agricole) et
de la coordination de Paule Moustier du Cirad-Flhor (département
Fruits, légumes et horticulture du Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le développement).
L’auteur remercie Youga Niang de l’Isra et Éric Thys de l’Institut
de médecine tropicale de Belgique pour la lecture critique de cet
article.
Références
1. Akinbamijo OO, Fall ST, Smith OB, éds.
Advances in crop-livestock integration in West African
cities. Dakar : ITC/ISRA/CRDI, 2002 ; 213 p.
2. Centrès JM. L’élevage et l’agriculture en zones
urbaines et périurbaines à Bamako et à Bobo-Dioulasso. Cah
Agric 1996 ; 5 : 373-81.
3. Fall ST, Fall AS, éds. Cités horticoles en
sursis ? L’agriculture urbaine dans les grandes Niayes du
Sénégal. Ottawa : CRDI, 2001 ; 140 p.
4. Mbaye A. Production de légumes à Dakar :
importance, contraintes et potentialités. In : Smith OB, éd.
Urban Agriculture in West Africa, Contributing to Food Security
and Urban Sanitation. Ottawa : IDRC, 1999 :
56-66.
5. Mbaye A, Moustier P. Market-oriented urban
agricultural production in Dakar. In : Bakker N, Dubbeling M,
Gndel S, Sabel-Koschella U, de Zeeuw H, éds. Growing Cities,
Growing Food - Urban Agriculture on the Policy Agenda.
Hambourg : DSE/ZEL, 2000 : 235-56.
6. Moustier P, Mbaye A, De Bon H, Guérin H, Pagès J,
eds. Agriculture périurbaine en Afrique subsaharienne. Cirad
Colloques. Montpellier : Cirad Éditions, 1999 ;
276 p.
7. Moustier P, Pagès J. Le périurbain en
Afrique : une agriculture en marge ? Econ Rurale
1997 ; 241 : 48-55.
8. Seck PA, Ba A, Dia I, Diouf S, Guiro A, Wane O.
L’approvisionnement et la distribution alimentaires de Dakar.
Partie 1 : Étude de cas. Document de travail N.CS/07-97.
Séminaire sous-régional FAO-ISRA « Approvisionnement et
distribution alimentaires des villes de l’Afrique
francophone », Dakar, 14-18 avril 1997. Dakar : FAO,
1997 ; 149 p. + annexes.
9. Cissé I. Utilisation des pesticides dans le
système de production horticole dans la zone des Niayes : les
produits et leurs impacts sur la nappe phréatique. Dakar, Thèse
doctorat 3e cycle, Ucad, 2000, 230 p.
10. Direction de la Prévision et de la Statistique
(DPS). Statistiques sur la population sénégalaise.
Dakar : DPS, 2002 ; 17 p.
11. Institut sénégalais de recherches agricoles
(Isra). Plan stratégique de l’ISRA. Zone des Niayes.
Dakar : Isra-CDH, 1997 ; 75 p.
12. Ba Diao M. Les systèmes d’élevage dans la
région des Niayes au Sénégal. I. L’élevage traditionnel. Études
et documents Isra. Dakar : Isra, 1991 ; 4 :
29 p.
13. Bellot JM, Denis JP. Dakar dans les prés de
Sangalkam. L’influence de Dakar sur la proche campagne : cas
de la communauté rurale de Sangalkam. La péri-urbanisation dans les
pays tropicaux. Espaces tropicaux, n° 1. Talence :
Ceget-CNRS, 1989 ; 76 p.
14. Direction de l’Agriculture (DA). Recensement
de l’horticulture périurbaine 99/2000. Dakar : Direction
de l’Agriculture, 2001 ; 154 p.
15. Niang I, Stinghlamber G. Étude pour un
programme de développement du secteur horticole au Sénégal. Rapport
final. Dakar : Cabinet JEXCO, 2001 ;
71 p. + annexes.
16. Arbelot B, Foucher H, Dayon JF, Missohou A.
Typologie des aviculteurs dans la zone du Cap-Vert au Sénégal.
Rev Elev Med Vet Pays Trop 1997 ; 50 : 75-83.
17. Gaye M, Niang S. Épuration des eaux usées et
l’agriculture urbaine. Dakar : Enda Éditions, 2002 ;
354 p.
18. Institut africain de gestion urbaine (IAGU).
Utilisation des eaux usées dans l’agriculture urbaine en Afrique
de l’Ouest. Étude de cas de la ville de Dakar. Projet de
recherche consultation pour le développement durable de
l’agriculture urbaine en Afrique de l’Ouest. Dakar :
IAGU/RADI, 2001 ; 49 p.
19. Niang S. Utilisation des eaux usées domestiques
en maraîchage périurbain à Dakar (Sénégal). Sécheresse
1996 ; 3 : 217-23.
20. Diedhiou M. Le mouton à Dakar :
production, commercialisation à la Tabaski. Dakar, Thèse
médecine vétérinaire, EISMV, 1995, 151 p.
21. Ba Diao M. Facteurs de variation de la
production laitière des caprins en milieu peul. In : Lebbie
SHB, Rey B, éds. Small Ruminant research and Development in
Africa. Small Ruminant Research Network Workshop. Addis
Ababa : ILCA/CTA, 1997 : 117-29.
22. Ba Diao M. L’élevage laitier en zone périurbaine
de Dakar. Situation et perspectives. In : Moustier P, Mbaye A,
De Bon H, Guérin H, Pagès J, éds. Agriculture périurbaine en
Afrique subsaharienne. Cirad Colloques. Montpellier :
Cirad Éditions, 1999 : 149-57.
23. Regroupement des professionnels de
l’horticulture ornementale (Reproh). Projet d’appui à la
formation et à l’installation des producteurs de fleurs.
Dakar : Reproh, 1997 ;
38 p. + annexes.
24. LO C. Rapport préliminaire sur l’introduction
de technologie de micro-jardins en zone urbaine et périurbaine.
Dakar : Isra-CDH, 2000 ; 13 p.
25. Mandiamy D. Productivité des poulets dans les
conditions d’élevage familiales en zone périurbaine de Dakar
(Sénégal). Dakar, Mémoire de DEA de biologie animale, Ucad,
2002, 92 p.
26. Direction de l’Élevage (DIREL). Statistiques
2001 sur la filière avicole moderne. Dakar : Ministère de
l’Agriculture et de l’Élevage, 2002 ; 10 p.
27. Union nationale des industriels de l’aviculture
(Unia). Note d’argumentation pour l’érection de mesures
additionnelles de sauvegarde de la filière avicole contre le
dumping sur les importations de sous-produits de viande de
volaille. Note à l’attention de M. le ministre de l’Économie, des
Finances et du Plan. Dakar : Unia, 2000 ;
10 p.
28. Direction de l’Élevage (DIREL). Production
nationale et consommation de lait. Dakar : Ministère de
l’Agriculture et de l’èlevage, 2000 ; 5 p.
29. Ba Diao M. Urban-rural linkages for animal
products supply in Dakar. International Conference “Rural-Urban
Encounters : Managing the Environment of the Peri-Urban
Interface”. London : Development Planning Unit, University
College London, 2001 ; 10 p.
30. Metzger R, Centres JM, Thomas L, Lambert JC.
L’approvisionnement des villes africaines en lait et produits
laitiers : un potentiel pour le développement rural.
Études FAO, Production et santé animales. Rome : FAO,
1995 ; 124 : 101 p.
31. Mbengue A. Concept de réserve de biosphère et
gestion intégrée des milieux urbains : cas de la ville de
Dakar. Réunion du Groupe urbain Mab Unesco. Dakar :
Direction de l’Aménagement du Territoire, 2000 ;
27 p.
32. Union mondiale pour l’environnement (UICN).
Inventaire et caractérisation de la Niaye de Dakar.
Dakar : UICN ; Réseau zones humides Sénégal ;
Commission Niayes ; Programme triennal de gestion des zones
humides, 1993 ; 34 p. + annexes.
33. Seck PA. L’agriculture périurbaine dakaroise.
Les enjeux de son suivi. In : Moustier P, Mbaye A, De Bon H,
Guérin H, Pagès J, éds. Agriculture périurbaine en Afrique
subsaharienne. Cirad Colloques. Montpellier : Cirad
Éditions, 1999 : 141-7.
34. Mbaye A, De Bon H, Pagès J. Vers une gestion
concertée des ressources naturelles en zone périurbaine. Le cas de
la région de Dakar. In : Moustier P, Mbaye A, De Bon H, Guérin
H, Pagès J, éds. Agriculture périurbaine en Afrique
subsaharienne. Cirad Colloques. Montpellier : Cirad
Éditions, 1999 : 125-39.
35. Ba Diao M. Place de l’élevage dans le système
de production. Projet CRDI Horticulture-Élevage en zone
périurbaine. Dakar : Isra, 1999 ; 12 p.
36. Ndiaye VG, Ngom JL, Ndaw AK. Étude
d’opportunités sur les potentialités de la filière avicole
sénégalaise dans le cadre du développement du secteur
agro-industriel au Sénégal. Rapport final. Dakar : Cabinet
PMC/ONUDI/MDA, 1998 ; 96 p.
37. Cardinale E, Tall F, Ndiaye M, Fall S. Des
poulets sains pour le consommateur sénégalais. Améliorations
significatives de la qualité sanitaire de la viande de volaille.
Afr Agric 2002 ; 303 : 57-9.
38. Ndao YN. Analyse de la filière d’exportation
des produits horticoles sénégalais : aspects liés à la
commercialisation. Thiès, Mémoire d’ingénieur agronome, option
Économie rurale, Ensa, 1998, 91 p.
39. Conseil supérieur des ressources naturelles et
de l’environnement (Consere). Plan national d’action pour
l’environnement. Dakar : Ministère de l’Environnement et
de la Protection de la Nature, 1997 ; 158 p.
40. Projet d’appui à l’entreprenariat paysan (Paep).
Compte rendu de l’atelier national de concertation sur la
gestion intégrée de la ressource en eau souterraine dans la zone
des Niayes. Dakar : Paep ; MAE ; MJEHP,
2002 ; 12 p. + annexes.
|