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25 e CONGRÈS DE LA BIOELECTROMAGNETICS SOCIETY (BEMS)* Hawaï, 22‐27 juin 2003 Excellentia ante omnia


Environnement, Risques & Santé. Volume 2, Numéro 4, 243-5, Juillet 2003, Compte rendu de Congrès



Auteur(s) : Dr Jacques Lambrozo, Service des études médicales d‘EDF et du Gaz de France, Paris .

ARTICLE

Auteur(s) : Dr Jacques Lambrozo

Service des études médicales d'EDF et du Gaz de France, Paris 

Ce demi-jubilé a été accompagné par une série de manifestations annexes qui ont, entre autres, permis de retracer le passé de la société avec ses anciens présidents et les lauréats du prix d'Arsonval. Il a regroupé plus de 350 participants, ce qui est un succès, car les deux précédentes sessions n'avaient réuni qu'environ 200 participants.

La tendance déjà notée l'année précédente s'est confirmée avec plus des deux tiers des présentations orales et des posters consacrés aux radiofréquences, le tiers restant étant dévolu aux très basses fréquences (ELF - Extremely Low Frequency) et aux applications thérapeutiques de différentes fréquences d'ondes électromagnétiques. 

Avec les présentations orales et celles des posters, des séances de synthèse rassemblaient la majorité des participants toutes fréquences confondues, compte tenu de leur intérêt et de la notoriété des intervenants. 

n C'est L. Anderson (Battelle PNNL, Bioelectromagnetics section) qui a introduit la leçon inaugurale en faisant justement le point sur les acquis tirés des études animales pour les deux gammes de fréquences (ELF et radio-fréquences). 

La présentation se situait dans un contexte particulier, si l'on se souvient que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), lors de son expertise en juin 2001, avait considéré que les études animales apportaient une « inadéquate évidence », position que ne partageait pas Anderson, qui en avait lui-même conduit, et des plus contributives. 

Il a, dans un premier temps, présenté les avantages de ce type d'études (contrôle de l'environnement, connaissance précise de l'exposition, même si la dose n'est pas connue, permettant de tester expérimentalement des hypothèses en disposant des plus récentes méthodes biologiques, de conduire des études prospectives et de disposer, si l'on s'en donne les moyens, d'une puissance statistique convenable), et les limites (essentiellement la difficulté de l'extrapolation à l'homme du fait des différences physiologiques, des dosimétries différentes du fait de la géométrie corporelle, et des expositions plus complexes car elles incluent les facteurs chimiques et les rayonnements ionisants).

En matière de carcinogenèse spontanée, les études de Mac Cormick, de Mandeville, de Yasui et de Rannug sont toutes négatives. 

Pour les études de promotion ou de co-promotion la majorité des résultats sont négatifs et les effets qui ont été observés sont généralement modestes et surtout non reproductibles par d'autres équipes (Lösher1 non répliqué par Anderson). 

Les études sur la reproduction et sur le développement sont aussi négatives pour les mammifères, mais avec quelques résultats contradictoires chez les non- mammifères (poulet). En matière de comportement, les résultats observés sont imputables pour l'essentiel à la perception du champ électrique par les animaux, ce qui ne permet pas leur extrapolation à l'homme. Une mention doit être faite pour les études ayant montré un effet analgésique (l'escargot, puis la souris) sur lequel nous reviendrons. 

Pour finir, L. Anderson a repris à son compte, pour ce qui est des études animales, la conclusion du rapport de l'Académie des sciences datant de 1996 et qu'il considère comme encore valide et validée, en faisant cependant une exception, à la suite des travaux allemands, quant à un effet possible sur les cancers de la mamelle. 

n La seconde conférence était donnée par M. Repacholi, responsable du projet RI (rayonnements ionisants) et RNI (rayonnements non-ionisants) à l'OMS à Genève. 

Après avoir présenté le projet EMF (Electromagnetic Fields), M. Repacholi a donné quelques dates importantes :
- un congrès en 2004 sur la sensibilité de l'enfant aux RNI ; 
- la fin du programme ELF par la publication en 2005 d'un volume de la collection Environmental Health Criteria ; 
- le projet radiofréquences dont le terme est en 2007, avec une expertise collective de l'International Agency for Research on Cancer (IARC) en 2005. 

Il est également revenu sur des points pratiques : 

n En matière de résultats épidémiologiques, il n'est pas exclu que les données positives observées soient en relation avec un biais de sélection des cas et/ou des témoins, susceptible d'en rendre compte ou liées au rôle des transitoires ou à tout autre mécanisme, ce qui exclut la reconnaissance de la causalité au moins à ce stade. 

n Un autre objectif est d'aboutir à une harmonisation des valeurs limites d'exposition qui doivent être fondées sur la « science », afin de rassurer le public sur leur qualité, tandis qu'une politique de précaution peut reposer sur des bases différentes pour prendre en compte les préoccupations du public2.

n Lors de la session consacrée aux effets in vitro, sur une dizaine de présentations, une seule était consacrée aux très basses fréquences (M. Simkó). En exposant des cellules mononuclées à des niveaux de champ de 100 µT – 50 Hz pendant 45 minutes ou 24 heures, il a recherché un effet de stress cellulaire apprécié à travers la production de radicaux libres (SODM - Superoxide Dismutase -, oxyde nitrique et interleukine IL-1β). Il disposait de deux témoins positifs (TPA - Triphobol Acetate - et chaleur : 40 °C). Une évaluation de la SODM (mais pas de l'oxyde nitrique) était observée de façon significative après 35 minutes d'exposition et comparable à celle induite par les protéines de choc thermique et par le TPA. En revanche, l'administration conjointe de TPA et du champ magnétique (CM) n'entraîne pas d'effet potentialisateur. 

Pour l'auteur, ce résultat, s'il venait à être confirmé, pourrait fournir une clé rendant compte d'effets sur l'ADN tels qu'ils ont été par exemple présentés par H.W. Ruediger dans le cadre du projet REFLEX avec, il faut le noter, une spécificité de la réponse selon le type cellulaire considéré, et donc intervenir dans les mécanismes de carcinogenèse. Cependant, nous nous situons à des niveaux d'expositions particulièrement élevés et les données de la littérature ne font pas apparaître, mais il est vrai avec d'autres protocoles, d'élévation des radicaux libres, comme par exemple Brugère chez le rongeur, ou de modifications patentes et régulièrement reproductibles des protéines de choc thermique. 

n La session consacrée aux études épidémiologiques était introduite par une synthèse méthodologique de M. Feychting sur les données issues des études publiées recherchant une association avec le risque de tumeur cérébrale en cas d'exposition aux téléphones mobiles. Elle avait retenu les études de Hardell (1999 et 2002) et celles de Miskat, Inskip, Johanssen et Huvinen. 

Plusieurs réserves ont été formulées et avant tout le risque d'erreur de classification des exposés, car l'appréciation de l'exposition repose sur les contrats privés de souscription d'abonnements, ce qui ne prend en compte ni les contrats souscrits au plan professionnel ni les utilisateurs effectifs et réguliers de ces contrats qui peuvent, par exemple, être des enfants. 

Par ailleurs, la latence est généralement trop courte pour des tumeurs dont nous ignorons tout de l'histoire naturelle mais qui doivent se développer avec une latence supérieure aux 2 à 3 années d'enregistrements. Une période de surveillance de l'ordre de 10 ans serait sûrement plus adéquate. Enfin le biais de remémoration (recall bias) chez les sujets présentant une tumeur cérébrale peut conduire à une surestimation de l'exposition. 

Il reste que la majorité des études conduites jusqu'à présent, avec leurs limites, ne montrent pas d'augmentation patente du risque de tumeur cérébrale et qu'à court terme on n'assiste pas à une modification patente de l'incidence des gliomes depuis 1987 (Lönn, soumis pour publication). 

E. Cardis du CIRC a présenté le protocole détaillé de l'étude « Interphone » qui doit être terminée à la fin de cette année. L. Kheifets a abordé le sujet aussi épineux que controversé de la réalisation d'études épidémiologiques autour de stations de base3 (mobile base stations). Le point de départ de sa réflexion était la montée des préoccupations du public, avec plusieurs centaines de courriers reçus quotidiennement à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'investigation de clusters autour des stations de base et des émetteurs radios est difficile et les études conduites chez le volontaire qui ne peuvent déceler des effets rares, ni prendre en compte des effets retardés n'autorisent pas toujours une extrapolation aisée à la population générale. Après avoir passé en revue toutes les difficultés inhérentes à ce type d'étude, dont il n'est pas démontré qu'elles soient d'ailleurs réalisables en pratique, elle concluait prudemment : « Epidemiology can uniquely contribute », ce qui ne sera pas de nature à produire des résultats valides, aisément interprétables et acceptés par tous. 

Les études épidémiologiques proprement dites n'ont pas fait l'objet de la présentation de résultats importants en dehors d'une communication de M. Feychting qui a étudié l'exposition professionnelle (à partir d'une matrice emploi – exposition) comme un risque potentiel vis-à-vis de la survenue d'affections neuro-dégénératives. Des conclusions fondées sur la mortalité d'une cohorte de 4 812 646 sujets suivis de 1980 à 1995, il ressort qu'une exposition supérieure ou égale à 0,5 µT est associée à un doublement du risque de mortalité pour maladie d'Alzheimer pour les hommes. En revanche, aucune association n'était retrouvée, ni pour la sclérose latérale amyotrophique, ni pour la maladie de Parkinson, ni pour la sclérose en plaques. 

Un poster de l'Electric Power Research Institute (EPRI) est revenu sur le risque de pathologie cardiovasculaire associé avec l'exposition aux CEM. On se souvient que le travail de D.A. Savitz publié en 1999 avait été réfuté par la publication plus complète de J. Sahl en 2002. Ici ont été considérées l'artérite des membres inférieurs, l'arythmie, la coronarite chronique et l'athérosclérose sans faire apparaître d'association dans aucune de ces pathologies. Il est donc peu probable qu'il faille encore accorder du crédit à cette hypothèse qui est désormais doublement réfutée.

L'étude japonaise de M. Kabuto n'a pas encore été acceptée par un journal après avoir été refusée, notamment, par le New England Journal of Medecine, par le Lancet et par un journal d'épidémiologie. 

L'étude de l'EPRI (financée également en partie par EDF) sur le taux de rechute d'enfants atteints et traités pour une LLA (leucémie lymphoblastique aiguë) dans les trois ans suivant le diagnostic et en rémission n'est pas arrivée à son terme. Les principales données d'exposition ont fait l'objet d'un poster. Ce sont environ 438 familles qui ont accepté de participer et la moyenne géométrique de l'exposition semble, pour les familles qui n'ont pas déménagé, le meilleur indice quant à la stabilité du niveau d'exposition sur les trois ans que dure l'étude. En revanche, pour les familles qui ont quitté leur domicile initial (environ 20 %), la corrélation entre les mesures de la première année et des années suivantes n'est pas bonne. Le niveau d'exposition moyen apprécié, donc, à travers le time weighted average était plus élevé en ville que dans les banlieues et à la campagne. Il était également plus élevé en cas de résidence en appartement et en cas de mobilité géographique. On ne peut s'empêcher de penser, avant même que les résultats soient connus, qu'ils risquent de soulever la question de la mobilité en relation avec le risque de leucémie ; l'étude de M. Mc Bride, quoique travaillant sur des hypothèses différentes, avait déjà retrouvé une association avec le nombre de déménagements et reposait indirectement la question de l'hypothèse virale comme à Seallafield. 

Un autre travail sur les expositions a été présenté par U. Forssen qui travaille dans l'équipe de M. Feychting. Une matrice emploi – exposition a été établie sur 49 métiers communément effectués par des femmes (80 %), à partir de 471 volontaires. Les sept métiers qui génèrent des expositions moyennes supérieures à 0,25 µT sont : caissière, employée de magasin, hôtesse de l'air, assistante dentaire, cuisinière, employée des postes et serveuse, soit 9 % de la population. 

Nous n'avons pas eu en revanche beaucoup d'explications sur les facteurs générant cette répartition, ni par ailleurs de réponse à la question posée sur le niveau d'exposition des couturières dans la confection, qui avait été signalé par E. Sobel comme le poste le plus exposé chez les femmes sur le plan professionnel. 

n Parmi les études biologiques conduites in vivo, la mélatonine a occupé un espace encore appréciable avec trois présentations. 

Aucune modification des taux sériques de mélatonine n'est observée chez des rats Sprague-Dawley exposés à des radiofréquences (1 439 MHz TDMA - Time Division Multiple Access ; SAR - Specific Absorption Rate - au niveau cérébral : 7,5 W/kg). Une approche indirecte a étudié le rythme locomoteur circadien de rats albinos Wistar exposés selon les trois axes du CM à un niveau de 30 µT en montrant une avance de phase variable selon l'axe d'exposition mais il n'y a pas eu de dosages de mélatonine. 

L'étude de Y. Touitou4 sur les travailleurs chroniquement exposés à un CM au plan professionnel et résidentiel et comparés à des témoins n'a montré aucune modification des niveaux de mélatonine, même dans le sous-groupe des sujets les plus exposés. Il est désormais probable que l'hypothèse de la mélatonine, au moins pour les champs de très basse fréquence, soit délaissée comme tentative d'explication mécanistique. 

Dans la même session des études in vivo, baptisées in vivo veritas par un intervenant, l'étude de l'effet promoteur a fait l'objet d'un travail à la méthodologie très originale. Présenté par A. Ushiyama, il consistait à créer une fenêtre au niveau du crâne pour étudier la perméabilité vasculaire, la mobilité des leucocytes et l'angiogenèse au niveau des tumeurs gliales implantées chez des souris mâles (SCID - Severe Combined Immuno-Deficiency -), exposées à 0,3 mT et 3 mT et comparées à un groupe de souris-témoins. Les taux de cytokines (IL-1b et TNF-a) étaient aussi dosés dans le sérum. Il ne ressort pas de modification chez les exposés en dehors d'une tendance à l'augmentation du nombre de leucocytes adhérents à l'endothélium. 

Enfin, une série de travaux ont été consacrés à un phénomène intriguant l'analgésie induite par un champ magnétique. Des travaux précédents5 effectués sur l'escargot par l'équipe de F.S. Prato au Canada (14 communications orales et/ou posters) avaient montré que des champs pulsés pouvaient induire une analgésie à la chaleur. Cette fois, l'expérimentation conduite chez l'homme sur 23 sujets (± 200 µT ; 0 – 500 Hz) a montré des seuils différents (et plus bas) chez les femmes que chez les hommes. Il s'agit du premier travail qui montre un tel effet chez l'homme. Une autre expérimentation a montré, à l'inverse, que l'atténuation du champ magnétique (une heure par jour pendant 10 jours consécutifs, l'animal étant placé dans une boîte en µ-métal) induit une analgésie (allongement de la latence nociceptive) qui est supprimée par un antagoniste des opiacés (la naloxone, utilisée en thérapeutique en cas d'overdose morphinique). 

Il ressort que ces données, apparemment contradictoires, sont sinon expliquées du moins dépendantes des caractéristiques de l'exposition, de la durée et de sa répétition, de la présence ou non de lumière. Enfin, parmi les nombreuses inconnues qui persistent avant d'envisager une application thérapeutique antalgique, il convient notamment de savoir s'il convient d'exposer tout le corps ou si l'exposition limitée du système nerveux central serait suffisante. 

Des perspectives qui sont prometteuses et permettent de sortir de la recherche d'un effet délétère sans qu'un mécanisme au moins probable ne vienne à l'appui de la démonstration.

1 D'ailleurs un poster présenté par son équipe rendait compte des différences dans la réplication, du fait de l'utilisation de souches génétiquement différentes de rats Sprague-Dawley.
2 Il y a là une contradiction de fait, car si les valeurs limites sont bel et bien fondées, il n'y a pas de raison « d'en faire plus » et de quitter le terrain des données scientifiques validées pour s'aventurer dans une politique de précaution aux contours mal définis. 
3 Un poster présenté (mais non affiché) par Santini, Seigne, Danze et Le Ruz présentait quelques données sur les symptômes fonctionnels d'un groupe de 530 sujets, mais sans marqueur objectif et sans comparaison à une population témoin. 
4 Également publié dans Am J Physiol Regul Integr Comp Physiology 2003 ; 284 : R1529-35.
5 Les premiers travaux avaient été lancés par M. Kavaliers et K.P. Ossenkop dès 1985.


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