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Étude de la concordance entre les taux sériques de la vitamine B12 et les signes clinicobiologiques d’une carence


Publiée dans la revue : Annales de Biologie Clinique. Septembre 2003. Volume 61Numéro 5,

Auteur(s) : N. Braham-Jmili, A. Ltaief, H. Ghorbel, H. Omri, T. Mahjoub, Y. Braham, F. Bahri, L. Jemni, A. Hedhili, M. Kortas

Auteur(s) : N. Braham-Jmili1, A. Ltaief2, H. Ghorbel3, H. Omri4, T. Mahjoub1, Y. Braham3, F. Bahri2, L. Jemni2, A. Hedhili3, M. Kortas1

1 Laboratoire d’hématologie, CHU Farhat Hached, Sousse, jmilinejia@yahoo.fr
2 Service de médecine interne et maladie infectieuse, CHU Farhat Hached, Sousse
3 Laboratoire de toxicologie-Camu, Tunis
4 Service d’hématologie, Clinique CHU, Farhat Hached, Sousse, Tunisie

Depuis quelques années, de nouvelles méthodes de dosage de la vitamine B12 sont développées. Seules les méthodes immunologiques sont satisfaisantes sur le plan sensibilité et spécificité [1]. Ces dernières techniques sont très coûteuses et peu disponibles, en plus les normes varient d’une technique à une autre. Les anémies mégaloblastiques par carence en vitamine B12 sont fréquemment diagnostiquées en Tunisie et constituent une cause habituelle des anémies macrocytaires arégénératives. Dans notre hôpital, en l’absence de dosages vitaminiques en routine, le diagnostic de ces carences est essentiellement hématologique et une ponction de moelle est inévitable pour poser le diagnostic qui sera confirmé ou exclu par le test thérapeutique et l’évolution de l’état du malade sous un traitement vitaminique prescrit d’une façon plus ou moins systématique.
Dans ce travail nous avons voulu valider la concordance des résultats du dosage de la vitamine B12 sérique obtenus par la méthode immuno-enzymatique micro-particulaire (MEIA, Réactif Abbott (IMx B12)), avec les signes clinicobiologiques d’une carence vitaminique.
Les prélèvements étudiés proviennent de 76 patients âgés de 21 à 83 ans, d’âge moyen 44 ans et répartis en 58 hommes et 18 femmes. Tous ces patients présentaient une anémie macrocytaire arégénérative. La concordance des classements des patients a été analysée à l’aide du coefficient kappa. Les résultats obtenus à partir des 76 cas de carences suspectées ont été dans un premier temps classés selon les normes proposées par le fabricant : basse, plage indéterminée, normale et élevée. Ensuite, un jugement a été établi en tenant compte des fiches cliniques, de l’analyse des dossiers cliniques et essentiellement de la réponse au traitement à la vitamine B12. Le tableau hématologique est caractérisé par une anémie (hémoglobine : 4 à 9,6 g/dL), macrocytaire (VGM : 100 à 130 fl), arégénérative (réticulocytes : 11 500 à 74 300 /mm3). La thrombopénie est constante (plaquettes : 25 000 à 114 000 /mm3). Le taux de leucocytes variait de 1 200 à 13 400 /mm3. Une leucopénie est observée dans 62 cas.
Le tableau I illustre le classement des résultats obtenus des taux sériques de vitamine B12 en fonction des normes du fabricant et en fonction de l’âge du patient. Parmi les 76 patients ayant une anémie macrocytaire, 41 avaient un taux bas de vitamine B12.
Dans le but d’optimiser la qualité de nos résultats nous étions ramenés à revoir les dossiers cliniques des 76 patients étudiés à la recherche d’autres éléments diagnostiques ainsi que les signes clinicobiologiques d’évolution. Un myélogramme réalisé lors de l’admission des patients anémiques a évoqué le diagnostic d’une anémie mégaloblastique dans 53 des 76 cas.
Tous les sujets présentant une anémie mégaloblastique ont suivi une épreuve thérapeutique à la vitamine B12. Des fiches d’évolution ont été établies au laboratoire pour la surveillance de l’observance du traitement à la vitamine B12 et aux folates par l’évaluation des paramètres hématologiques. On a noté une réponse hématologique sous vitamine B12 dans 50 des 53 cas avec seulement 3 cas de réponse à l’épreuve thérapeutique au folate. La technique MEIA déclare carencés 39 patients parmi les 50 présentant une anémie mégaloblastique par carence en vitamine B12, avec 17 cas dans la tranche d’âge 70 à 80 ans alors que les patients les plus jeunes (< 50 ans), sont classés dans la plage indéterminée (9 cas) ou même normaux (2 cas). La carence en vitamine B12 est fréquente chez le sujet âgé, souvent sous-estimée ou méconnue et découverte au stade tardif de l’anémie macrocytaire. Il est important de connaître les particularités gériatriques des causes des carence en vitamine B12 chez le sujet âgé, au premier rang desquelles on trouve les malabsorptions vitaminiques. Selon Herbert [2] la détermination des taux sériques de vitamine B12 dans une population de sujets âgés de plus de 50 ans, a révélé environ 5 % de valeurs basses.
Dans les 23/76 cas restants le myélogramme est non concluant. L’analyse des dossiers cliniques a montré : 4 cas de syndromes myélodysplasiques, 2 cas de carences mixtes et 1 cas de myélofibrose. Dans 13 cas, il s’agit de sujets supplémentés et/ou transfusés avant d’être adressés à l’hématologiste rendant ainsi le dosage inutile.
Il y a cohérence des résultats de la vitamine B12 sérique avec les signes clinicobiologiques d’une carence pour 74 patients sur les 76. Les résultats statistiques montrent un accord de classement satisfaisant : coefficient kappa = 0,96. Plusieurs séries ont illustré les difficultés à diagnostiquer ou exclure une carence en vitamine B12 à partir du seul dosage de la vitamine B12 sérique [1, 3, 4].
D’après nos résultats pour tous les patients anémiques qui présentent un taux bas de vitamine B12 par la technique MEIA une supplémentation vitaminique est indispensable et le myélogramme est inutile dans ce cas. En revanche, une concentration normale ou dans la plage indéterminée doit être interprétée avec prudence ; en fonction de l’âge et en association avec les signes cliniques, il est préférable dans ces cas et pour éviter le risque de traiter inutilement les patients avec incertitude diagnostique de faire appel à d’autres marqueurs, holotranscobalamines [1] ou les métabolites intermédiaires de la vitamine B12 ; l’acide méthylmalonique et l’homocystéine [3, 4].

Remerciements. Les auteurs expriment leur gratitude au professeur H. Ghannem (Service d’épidémiologie, CHU Farhat Hached, Sousse) qui a bien voulu assurer le traitement statistique des résultats.

Références

1. Frement S, Bieber S, Dauendorffer JN, et al. Évaluation du dosage de la vitamine B12 par la technique de la vitamine B12 par la tehnique Cedia Boehringer sur un Hitachi 911. Immunoanal Biol Spec 1998 ; 13 : 43-8.

2. Herbert V. Dont ignore low serum cobalamin (vitamin B12) levels. Arch intern Med 1988 ; 148 : 1705-7.

3. Duche JC. Dosage plasmatique de la vitamine B12 sur l’ACS 180 Bayer diagnostics. Comparaison avec un dosage radio-isotopique. Ann Biol Clin 2001 ; 59 : 617-21.

4. Wattine J, Berteau P, Hacini J. Diagnostiquer ou exclure une carence en vitamine B12. Ann Biol Clin 2002 ; 60 : 238-40.


 

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