Auteur(s) : N. Braham-Jmili1, A.
Ltaief2, H. Ghorbel3, H. Omri4, T.
Mahjoub1, Y. Braham3, F. Bahri2,
L. Jemni2, A. Hedhili3, M.
Kortas1
1 Laboratoire d’hématologie, CHU Farhat Hached,
Sousse, jmilinejia@yahoo.fr
2 Service de médecine interne et maladie
infectieuse, CHU Farhat Hached, Sousse
3 Laboratoire de toxicologie-Camu, Tunis
4 Service d’hématologie, Clinique CHU, Farhat
Hached, Sousse, Tunisie
Depuis quelques années, de nouvelles méthodes de dosage de la
vitamine B12 sont développées. Seules les méthodes immunologiques
sont satisfaisantes sur le plan sensibilité et spécificité [1]. Ces
dernières techniques sont très coûteuses et peu disponibles, en
plus les normes varient d’une technique à une autre. Les anémies
mégaloblastiques par carence en vitamine B12 sont fréquemment
diagnostiquées en Tunisie et constituent une cause habituelle des
anémies macrocytaires arégénératives. Dans notre hôpital, en
l’absence de dosages vitaminiques en routine, le diagnostic de ces
carences est essentiellement hématologique et une ponction de
moelle est inévitable pour poser le diagnostic qui sera confirmé ou
exclu par le test thérapeutique et l’évolution de l’état du malade
sous un traitement vitaminique prescrit d’une façon plus ou moins
systématique.
Dans ce travail nous avons voulu valider la concordance des
résultats du dosage de la vitamine B12 sérique obtenus par la
méthode immuno-enzymatique micro-particulaire (MEIA, Réactif Abbott
(IMx B12)), avec les signes clinicobiologiques d’une carence
vitaminique.
Les prélèvements étudiés proviennent de 76 patients âgés de
21 à 83 ans, d’âge moyen 44 ans et répartis en
58 hommes et 18 femmes. Tous ces patients présentaient
une anémie macrocytaire arégénérative. La concordance des
classements des patients a été analysée à l’aide du coefficient
kappa. Les résultats obtenus à partir des 76 cas de carences
suspectées ont été dans un premier temps classés selon les normes
proposées par le fabricant : basse, plage indéterminée,
normale et élevée. Ensuite, un jugement a été établi en tenant
compte des fiches cliniques, de l’analyse des dossiers cliniques et
essentiellement de la réponse au traitement à la vitamine B12. Le
tableau hématologique est caractérisé par une anémie
(hémoglobine : 4 à 9,6 g/dL), macrocytaire (VGM :
100 à 130 fl), arégénérative (réticulocytes : 11 500
à 74 300 /mm3). La thrombopénie est constante
(plaquettes : 25 000 à
114 000 /mm3). Le taux de leucocytes variait
de 1 200 à 13 400 /mm3. Une leucopénie
est observée dans 62 cas.
Le tableau I illustre le classement des
résultats obtenus des taux sériques de vitamine B12 en fonction des
normes du fabricant et en fonction de l’âge du patient. Parmi les
76 patients ayant une anémie macrocytaire, 41 avaient un
taux bas de vitamine B12.
Dans le but d’optimiser la qualité de nos résultats nous étions
ramenés à revoir les dossiers cliniques des 76 patients
étudiés à la recherche d’autres éléments diagnostiques ainsi que
les signes clinicobiologiques d’évolution. Un myélogramme réalisé
lors de l’admission des patients anémiques a évoqué le diagnostic
d’une anémie mégaloblastique dans 53 des 76 cas.
Tous les sujets présentant une anémie mégaloblastique ont suivi
une épreuve thérapeutique à la vitamine B12. Des fiches d’évolution
ont été établies au laboratoire pour la surveillance de
l’observance du traitement à la vitamine B12 et aux folates par
l’évaluation des paramètres hématologiques. On a noté une réponse
hématologique sous vitamine B12 dans 50 des 53 cas avec
seulement 3 cas de réponse à l’épreuve thérapeutique au
folate. La technique MEIA déclare carencés 39 patients parmi
les 50 présentant une anémie mégaloblastique par carence en
vitamine B12, avec 17 cas dans la tranche d’âge 70 à
80 ans alors que les patients les plus jeunes
(< 50 ans), sont classés dans la plage indéterminée
(9 cas) ou même normaux (2 cas). La carence en vitamine
B12 est fréquente chez le sujet âgé, souvent sous-estimée ou
méconnue et découverte au stade tardif de l’anémie macrocytaire. Il
est important de connaître les particularités gériatriques des
causes des carence en vitamine B12 chez le sujet âgé, au
premier rang desquelles on trouve les malabsorptions vitaminiques.
Selon Herbert [2] la détermination des taux sériques de vitamine
B12 dans une population de sujets âgés de plus de 50 ans, a
révélé environ 5 % de valeurs basses.
Dans les 23/76 cas restants le myélogramme est non concluant.
L’analyse des dossiers cliniques a montré : 4 cas de
syndromes myélodysplasiques, 2 cas de carences mixtes et
1 cas de myélofibrose. Dans 13 cas, il s’agit de sujets
supplémentés et/ou transfusés avant d’être adressés à
l’hématologiste rendant ainsi le dosage inutile.
Il y a cohérence des résultats de la vitamine B12 sérique
avec les signes clinicobiologiques d’une carence pour
74 patients sur les 76. Les résultats statistiques montrent un
accord de classement satisfaisant : coefficient
kappa = 0,96. Plusieurs séries ont illustré les
difficultés à diagnostiquer ou exclure une carence en vitamine B12
à partir du seul dosage de la vitamine B12 sérique [1, 3,
4].
D’après nos résultats pour tous les patients anémiques qui
présentent un taux bas de vitamine B12 par la technique MEIA une
supplémentation vitaminique est indispensable et le myélogramme est
inutile dans ce cas. En revanche, une concentration normale ou dans
la plage indéterminée doit être interprétée avec prudence ; en
fonction de l’âge et en association avec les signes cliniques, il
est préférable dans ces cas et pour éviter le risque de traiter
inutilement les patients avec incertitude diagnostique de faire
appel à d’autres marqueurs, holotranscobalamines [1] ou les
métabolites intermédiaires de la vitamine B12 ; l’acide
méthylmalonique et l’homocystéine [3, 4].
Remerciements. Les auteurs expriment leur
gratitude au professeur H. Ghannem (Service d’épidémiologie, CHU
Farhat Hached, Sousse) qui a bien voulu assurer le traitement
statistique des résultats.
Références
1. Frement S, Bieber S, Dauendorffer JN, et
al. Évaluation du dosage de la vitamine B12 par la technique de
la vitamine B12 par la tehnique Cedia Boehringer sur un Hitachi
911. Immunoanal Biol Spec 1998 ; 13 : 43-8.
2. Herbert V. Dont ignore low serum cobalamin
(vitamin B12) levels. Arch intern Med 1988 ; 148 :
1705-7.
3. Duche JC. Dosage plasmatique de la vitamine B12
sur l’ACS 180 Bayer diagnostics. Comparaison avec un dosage
radio-isotopique. Ann Biol Clin 2001 ; 59 :
617-21.
4. Wattine J, Berteau P, Hacini J. Diagnostiquer ou
exclure une carence en vitamine B12. Ann Biol Clin
2002 ; 60 : 238-40.
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