ARTICLE
Auteur(s) : S. Gidenne1, J.-F.
Vigezzi1, H. Delacour1, J.
Damiano2, Y. Clerc1
1 Service de biochimie, sgidenne@free.fr
2 Service de médecine, Hôpital d’instruction des
armées du Val-de-Grâce, 74, boulevard Port Royal
75005 Paris
Article reçu le 16 octobre 2002, accepté le
11 décembre 2002
Il y a 10 ans on pouvait penser que la mesure directe du
calcium ionisé par électrode sélective allait rapidement supplanter
celle du calcium total [1]. Or il n’en est rien à l’heure actuelle
et l’immense majorité des laboratoires d’analyse en sont restés au
dosage du calcium total. Par exemple en 2001, sur
870 laboratoires ayant participé au contrôle national de
qualité de gazométrie 01GAZ1 incluant le calcium ionisé, seuls
156 laboratoires ont été pris en compte pour ce paramètre.
Inversement, la même année, ils étaient 3 713 pour le calcium
total (campagne 01BIO2). C’est pourquoi il nous paraît utile de
rappeler les dangers de l’estimation par calcul du calcium ionisé à
partir du calcium total (ou de la correction de la calcémie totale)
et de souligner l’intérêt de la mesure directe de cet ion par
électrode sélective alors qu’une méthode internationale vient
d’être proposée et qu’un parc très satisfaisant d’analyseurs est à
la disposition du biologiste.
Rappels biochimiques
Rôle physiologique
Quatre-vingt-dix-neuf pour cent du stock calcique est localisé
dans le squelette, ce qui représente une masse voisine de 1 kg
pour un adulte pesant 70 kg. Le reste, soit 1 %, est
présent dans le liquide extracellulaire. Le calcium relaie de
nombreuses actions hormonales en tant que second messager et sa
présence est indispensable au fonctionnement de multiples
transporteurs membranaires et enzymes. Il joue de ce fait un rôle
capital dans des processus aussi essentiels que la croissance, la
multiplication et la différenciation cellulaires, la coagulation
sanguine, la conduction nerveuse, la transmission neuro-musculaire
et la contraction musculaire. On sait depuis 1935 que la fraction
biologiquement active du calcium est la forme ionisée
(Ca2 + ) [2].
Différentes fractions sanguines
Une faible fraction du calcium osseux s’échange quotidiennement
avec le compartiment extracellulaire, en particulier avec le
plasma, contribuant au maintien stable de la calcémie. Dans le
sang, le calcium circule sous différentes formes (figure 1). Près de
40 % du calcium total (1 mmol/L en moyenne) est fixé aux
protéines plasmatiques, c’est le calcium non ultrafiltrable. Les
trois-quarts sont liés à l’albumine et un quart aux globulines dont
le rôle ne doit pas être oublié. Il existe une compétition entre le
calcium et les protons vis-à-vis des groupements carboxylés des
protéines et principalement l’albumine. Le logarithme de la
concentration du calcium ionisé est une fonction linéaire du pH
entre 7,20 et 7,60. In vitro, la pente est de – 0,24
pour le plasma et – 0,22 pour le sang total,
in vivo elle est de – 0,21 chez le sujet
normal [3, 4]. Une acidose aiguë augmente la fraction de calcium
ionisé et cette propriété peut être mise à profit pour faire céder
une crise de tétanie en provoquant une acidose respiratoire. Si
cette situation se prolonge, la concentration en calcium ionisé se
normalise par baisse de la calcémie totale après l’intervention des
hormones calciotropes : la parathormone et le métabolite actif
de la vitamine D (1,25 dihydroxy-vitamine D ou calcitriol). À
l’inverse, une alcalose aiguë diminue la fraction ionisée (tableau I).
Tableau
I. Variation des fractions plasmatiques du calcium en
fonction de l’équilibre acido-basique
|
|
Calcium lié
aux protéines
|
Calcium
ionisé
|
Calcium total
|
|
Acidose aiguë
|
diminué
|
augmenté
|
normal
|
|
Acidose chronique
|
diminué
|
normal
|
diminué
|
|
Alcalose aiguë
|
augmenté
|
diminué
|
normal
|
|
Alcalose chronique
|
augmenté
|
normal
|
augmenté
|
Les 60 % restants (1,26 à 1,52 mmol/L) sont dits
ultrafiltrables. Un cinquième est complexé par différents
anions : citrates, phosphates, lactates, bicarbonates,
oxalates, acétates, acides gras. Le reste existe sous la forme
ionisée, seule responsable de l’activité biologique et de la
régulation parathyroïdienne mais, la force ionique du plasma étant
de 0,16 mol/kg en moyenne, son coefficient d’activité n’est
que de 0,34 [5]. Tout se passe comme si la fraction ionisée
active ne représentait que 15 % du calcium total
plasmatique.
Ainsi les seules situations où la valeur du calcium total possède
une efficacité clinique sont celles où l’équilibre de ces
différentes formes n’est pas modifié. Dans le cas contraire, la
mesure directe du calcium ionisé s’impose alors, mais en l’absence
d’appareillage disponible, de nombreuses formules de correction du
calcium total ont été proposées dans le passé pour y remédier.
Estimation par calcul du calcium ionisé à partir du calcium
total
Dosage du calcium total
Le prélèvement doit être fait à jeun car l’augmentation de la
calcémie en période post-prandiale peut atteindre 0,15 mmol/L
(0,08 mmol/L en moyenne) chez les sujets sains, voire plus
chez les sujets présentant une « hyper-absorption »
intestinale du calcium [6]. Il faut également souligner que
l’exercice musculaire et la stase veineuse peuvent majorer la
calcémie.
Le calcium total est principalement dosé par des techniques
colorimétriques à l’ortho-crésol-phtaléine, au bleu de méthyle
thymol ou à l’arsenazo III (82 % des laboratoires selon les
annales du contrôle national de qualité n° 21), plus rarement
par réflectométrie (12 %), ou par électrode sélective après
acidification (2 %). La spectrophotométrie d’émission ou
d’absorption atomique sont devenues des techniques anecdotiques
(0,3 % des utilisateurs pour chacunes) bien que cette dernière
soit la méthode de référence.
Avec les techniques courantes les valeurs de référence
s’échelonnent de 2,25 à 2,60 mmol/L chez l’adulte.
Les formules d’estimation
Le tableau II en regroupe les
principales, certaines ne prennent en compte que les protides
totaux [7, 8], d’autres uniquement l’albuminémie [8-13] ou encore
le rapport albuminémie/protidémie. Des formules plus complexes
intégrant l’albumine plasmatique, le taux de globulines et le pH
[14], la kaliémie [1], voire le trou anionique [15, 16] ont même
été proposées. La commercialisation des analyseurs mesurant de
façon fiable le calcium ionisé date du début des années 1980, ce
qui permet de comprendre l’ancienneté des formules proposées. Leur
grande diversité montre qu’aucune ne s’est imposée, ce qui n’est
pas une preuve d’efficacité, et les plus utilisées semblent être
les formules de Parfitt [8]. À l’exception de leurs inventeurs,
rares sont les auteurs qui constatent une bonne corrélation entre
la calcémie ionisée et les formules de calcul. Certains auteurs se
satisfont de ne retrouver que 11 % de faux négatifs
(Ca++ calculé normal alors que le
Ca++ mesuré est augmenté) chez
31 insuffisants rénaux [17]. Mais leur formule est complexe et
fait intervenir en outre les constantes d’affinité du calcium
ionisé à l’albumine et aux globulines. Ils attribuent ces bons
résultats au type d’électrode employé, qui selon eux est plus
stable et plus robuste que celles utilisées lors des études
précédentes. De même une bonne corrélation entre mesure et calcul
du Ca++ a pu être retrouvée au cours de certaines
études [18]. En y intégrant le pH, la corrélation a pu être
améliorée [18]. D’autres prennent en compte les concentrations de
calcium total, de globulines et d’albumine dans une formule cubique
complexe et peu utilisable en routine [19].
Tableau
II. Exemples de formules d’estimation de la calcémie
ionisée ou de correction de la calcémie totale
|
Formules
|
Références
|
|
Formules d’estimation de la concentration plasmatique
en calcium ionisé
|
|
|
[(6 × Ca tot) – (prot/3)]/(prot + 6)
|
[7]
|
|
[(6,25 × Ca tot) –
(prot × 3/8)]/(prot + 6,5)
|
[7]
|
|
0,50 × [ Ca tot – prot –
K + ((4K × Ca tot) + (prot – Ca
tot + K)2)0,5 ]
|
[2]
|
|
0,5155 (Ca tot) – 0,0052 (alb) – 0,0075
(TA) + 0,0080 (H+) + 0,0021
|
[15]
|
|
Formules de correction de la calcémie totale
|
|
|
Ca tot + 0,0176 × (34 – alb)
|
[9]
|
|
Ca tot + 0,0227 × (46 – alb)
|
[10]
|
|
Ca tot + 0,0246 × (40,4 – alb)
|
[11]
|
|
Ca tot + [(40 – alb)/40]
|
[8]
|
|
Ca tot/[0,55 + (prot/160)]
|
[8]
|
Ca tot : calcium total en mmol/L ; prot :
protides totaux en g/L ; alb : albumine en g/L ;
K+ : potassium en mmol/L ; TA : trou
anionique en mmo/L ; H+ : protons en
mmol/L.
Les limites des formules d’estimation
Un grand nombre d’auteurs les soulignent et selon
Siggaard-Andersen, le calcul de la calcémie ionisée est entaché,
dans le meilleur des cas, d’une erreur deux fois plus élevée que sa
mesure directe [20].
Erreurs dues à la liaison variable avec l’albumine
La quantité de calcium fixée par l’albumine varie dans de larges
proportions selon les individus. Dans une série de 62 sujets
souffrant de pathologies diverses, la quantité de calcium fixé par
gramme d’albumine a été évaluée à 0,025 mmole avec des
variations du simple au sextuple selon l’individu [21].
Erreurs analytiques
Chaque élément intégré dans la formule de correction apporte
aussi son erreur analytique. Le dosage de l’albumine est
particulièrement médiocre : 6,8 à 7,4 % de coefficient de
variation toutes techniques selon les derniers contrôles nationaux
de qualité contre 3 à 4,2 % pour le dosage des protéines
totales. De plus, il est perturbé par certaines situations
pathologiques. Ainsi, un état inflammatoire provoque une
surestimation de l’albuminémie mesurée par le vert de bromocrésol
(BCG) [22]. Le sérum des patients hémodialysés contiendrait un
ligand capable d’entrer en compétition avec le calcium vis-à-vis du
rouge de bromocrésol (BCP) ce qui aurait pour conséquence de
minorer l’albuminémie [23]. Ainsi, chez le patients dialysés, les
écarts peuvent être importants, compris entre 5 à 16 g/L selon
que l’albuminémie est dosée avec le BCG ou le BCP [24].
Impossibilité de tenir compte de toutes les pathologies ou de
leur traitement
Un grand nombre de pathologies bouleversent l’équilibre des
différentes formes du calcium et aucune formule ne peut en pratique
tenir compte de tous les facteurs perturbateurs. Elles ne prennent
en compte, le plus souvent, que l’albuminémie ou la protidémie et
le pH. Aucune d’entre elles n’intègre des éléments habituellement
mineurs mais qui peuvent être majorés par la pathologie. Une étude
déjà ancienne, mais portant sur 1 213 sujets atteints de
désordres du métabolisme phosphocalcique, montrait une discordance
entre la mesure directe du calcium ionisé et son estimation par une
formule de correction intégrant l’albumine dans 18 % des cas
[25].
Cas de l’insuffisance rénale
Au cours des atteintes de la fonction rénale surviennent des
hypercalcémies comme des hypocalcémies. Certaines sont liées à des
troubles de la fonction parathyroïdienne ou du métabolisme de la
vitamine D. L’insuffisance rénale chronique évolue vers l’acidose
avec l’augmentation des concentrations plasmatiques en protons, en
phosphates et en sulfates. D’autres agents complexants tels que les
oxalates ou les lactates peuvent voir leur concentration augmenter.
Ainsi, les différentes études réalisées chez l’hémodialysé
concluent à la nette supériorité de la mesure directe du calcium
ionisé par rapport à celle du calcium total pour l’exploration du
statut calcique [16, 26]. Cependant, chez les sujets insuffisants
chroniques stables, les causes majeures d’hypercalcémie sont
l’hémoconcentration et l’hypophosphorémie. Chez ces patients, le
pourcentage de calcium ionisé est le même que chez les témoins et
il ne varie pas en fin de dialyse en dépit d’une légère
augmentation de 0,09 unités pH. Le dosage direct du calcium
ionisé est donc préconisé, mais en cas d’impossibilité technique,
une simple division de la calcémie totale par 2 permettrait
d’apprécier de façon plus fine sa valeur que l’application de
certaines formules de calcul [26].
Myélome multiple
Cette affection provoque une hypercalcémie car les ostéoclastes
stimulés par les cytokines des cellules myélomateuses ou induites
par leurs effets sur le stroma médullaire (interleukine 6 ou IL6,
tumor necrosis factor ou TNFβ) détruisent la structure
osseuse. L’expertise du biologiste est ici indispensable. La valeur
du calcium total, associée aux critères suivants :
hémoglobinémie, concentration sanguine et urinaire de
l’immunoglobuline monoclonale, aspect osseux, est à la base de la
classification de Salmon et Durie ; classification des
myélomes en trois stades, universellement adoptée et dont
l’objectif est d’évaluer la masse tumorale. C’est bien ici le
calcium total, reflet de l’ostéolyse, qui doit être pris en compte
comme critère : s’il dépasse 120 mg/L (3 mmol/L) il
s’agit d’un stade III.
En revanche, pour évaluer l’hypercalcémie génératrice de graves
désordres fonctionnels chez un tiers des patients [27] et pour
décider d’un traitement hypocalcémiant, il est essentiel de
s’appuyer sur un dosage direct du calcium ionisé.
D’une part, nous avons vu combien les estimations par calcul sont
hasardeuses et, d’autre part, dans quelques cas, un calcium total
très augmenté peut coexister avec une concentration normale en
calcium ionisé. C’est en 1948 que la possibilité d’une liaison
accrue de calcium par certaines protéines monoclonales fut pour la
première fois évoquée [28]. Cette hypothèse ne fut prouvée que
30 années plus tard pour un myélome à IgG monoclonale [29],
puis par d’autres auteurs [30-41]. Une douzaine de cas seulement
ont été rapportés en 25 ans mais ce nombre est certainement
sous-estimé : les différentes études menées, dans le cas du
myélome, laissent penser qu’une fausse hypercalcémie est retrouvée
chez 2 à 7 % des patients [29-32]. Pour illustrer ces propos
reprenons l’exemple décrit par Ladenson et Mc Donald en 1979 [33].
Il s’agissait d’un sujet atteint de myélome à IgG λ sans signes
cliniques d’hypercalcémie apparents et dont les valeurs biologiques
sont reproduites dans le tableau III.
Cet exemple illustre parfaitement les imperfections des formules de
calcul, mais également les insuffisances du dosage du calcium total
dans certaines situations pathologiques.
Tableau
III. Valeurs biologiques d’entrée d’un patient
présentant un myélome, lors de deux admissions [33]
|
Ca++
(mmol/L)
|
Ca total
(mmol/L)
|
Protéines
(g/L)
|
Albumine
(g/L)
|
pH
|
Ca
corrigé(1)
avec
l’albuminémie
|
Ca
corrigé(1)
avec la
protidémie
|
|
1,13
|
3,30
|
107
|
29
|
7,40
|
3,58
|
2,70
|
|
1,14
|
2,78
|
74
|
28
|
7,40
|
2,81
|
2,74
|
(1) selon la formule de Parfitt.
Le site de liaison du calcium a été localisé au niveau du
frament Fab de la protéine monoclonale [31, 37]. Par ailleurs, il
semble que les différents polymères d’une IgA monoclonale puissent
fixer dans certains cas le calcium avec une affinité très
supérieure à celle de l’albumine [40]. Enfin, certaines méthodes de
dosage du calcium total peuvent être faussées par la présence d’une
immunoglobuline monoclonale hyperfixante. Sont concernées par ce
phénomène, les méthodes colorimétriques qui reposent sur une
réaction directe du calcium avec un complexon, sans acidification
préalable. Dans ce cas, l’immunoglobuline monoclonale entre en
compétition avec le complexon et minore la calcémie.
Ainsi, Ladenson et al. rapportent pour un myélome à IgG
lambda des valeurs de calcémies très discordantes selon la méthode
de dosage utilisée : pour un calcium ionisé de
1,30 mmol/L, le calcium total passe de 2,70 mmol/L s’il
est dosé par réaction directe avec l’orthocrésolphtaléine à
3,50 mmol/L s’il est dosé par spectrophotométrie d’absorption
atomique [33].
Outre les cas particuliers rapportés précédemment, d’autres
pathologies ou situations nécessitent des dosages directs du
calcium ionisé. C’est le cas des déséquilibres acidobasiques quelle
qu’en soit l’étiologie, les dysfonctionnements parathyroïdiens,
l’insuffisance cardiaque, les grands brûlés, les transfusions ou
perfusions de liquides citratés.
Dosage direct du calcium ionisé
Actuellement, le dosage du calcium ionisé par électrode
sélective est fiable à condition de respecter certaines
précautions.
Prélèvement
Le prélèvement peut être veineux, artériel ou capillaire mais
doit être strictement anaérobie afin d’éviter toute augmentation du
pH par perte de gaz carbonique. En cas de dosage différé, il
convient de le placer à + 4 °C afin de limiter la
glycolyse à partir des globules rouges sanguins et éviter ainsi la
formation de lactates responsables de l’acidification du spécimen.
Une fois centrifugés, plasma et sérum peuvent être conservés
4 heures à température ambiante, 24 heures
à + 4 °C et plusieurs mois à – 18 °C
[42].
Il est préférable de travailler sur tube sec sans gel séparateur
[43], mais il faudra attendre une coagulation complète et ne le
déboucher qu’au moment du dosage, ce qui est peu compatible avec
l’urgence et impose pratiquement le remplissage d’un tube
supplémentaire. Le prélèvement sur anticoagulant non chélateur est
donc plus répandu, les plus appropriés étant l’héparinate de sodium
ou de lithium. Le récipient peut être soit une seringue de
gazométrie avec mesure sur sang total, soit un tube classique avec
mesure sur sang total ou plasma selon l’appareillage. Il faut noter
que l’héparine peut aussi légèrement chélater du calcium :
1 unité par millilitre de sang diminue le calcium ionisé de
0,01 mmol/L. Il est donc préférable que l’héparine soit
« compensée » en calcium, c’est-à-dire prééquilibrée avec
une solution titrant 1,25 mmol/L de calcium. Seringues et
tubes doivent être remplis à leur capacité nominale pour respecter
la proportion héparine/sang et minimiser ce risque de chélation.
Une héparine sèche est préférable à la forme liquide pour éviter
toute dilution de l’échantillon, une « présentation »
judicieuse étant l’imprégnation d’un disque poreux servant
d’agitateur au sein de la seringue. L’emploi d’un piège à
micro-caillots est recommandé, particulièrement si l’analyseur est
à système jetable.
En résumé, pour le dosage du calcium ionisé, le sang doit être
prélevé le matin à jeun dans un tube hépariné, une seringue ou un
capillaire avec les mêmes précautions que pour la mesure du pH et
des gaz du sang. Le plus souvent, le matériel de prélèvement
utilisé est le même que celui des gaz du sang.
La technique de référence de l’IFCC
Dans le passé, de nombreux auteurs avaient pu regretter
l’absence de consensus international sur une méthode et des étalons
de référence. Cette lacune a été comblée en 2000 par
l’International federation of clinical chemistry and laboratory
medicine [5]. Nous en résumons ci-après les principaux points
(figure 2).
La membrane sélective est en polychlorure de vinyle imprégné d’une
substance électroactive aux ions calcium. Son indice de sélectivité
vis-à-vis des cations (Mg++ , Na+,
K+, NH4+, Zn++ ) doit être
tel que l’erreur possible sur le Ca++ ne dépasse
pas 1 %. Un fil d’argent recouvert de chlorure d’argent est
immergé dans la solution de référence interne qui contient du
chlorure de calcium. L’électrode de référence externe est au
calomel. Une solution saturée de chlorure de potassium assure le
contact électrique entre l’électrode de référence et l’échantillon
par un dispositif en « T ». Le choix du chlorure de
potassium, dont chaque ion présente la même mobilité, vise à
minimiser le potentiel de jonction parasite.
L’IFCC recommande trois étalons primaires aqueux titrés à 0,40,
1,25 et 2,50 mmol/L, de composition soigneusement définie et
dont la force ionique est égale à celle du plasma
(0,16 mol/kg). Elle formule aussi des recommandations précises
pour la préparation des étalons secondaires et d’échantillons de
contrôle certifiés. Les résultats doivent être exprimés en molarité
(mmol/L).
Tout le système doit être thermostaté à + 37 °C,
d’autres caractéristiques étant en outre spécifiées :
sensibilité, temps de réponse, stabilité, performances du
voltmètre, etc.
La nécessité d’opérer sur des prélèvements strictement anaérobies,
principalement avec des analyseurs type gaz du sang, le caractère
d’urgences technique et clinique expliquent la faible popularité de
ce dosage et le recours fréquent à des approximations calculées.
D’ores et déjà, la campagne 01GAZ1 traduit une qualité
encourageante avec des coefficients de variation tout appareil de
3,76 à 4,20 % et qui devraient s’améliorer dans le futur avec
la mise en application du consensus international.
Le parc actuel des analyseurs disponibles en France
Dès 1988 le parc des appareils disponibles présentait des
caractéristiques très satisfaisantes selon une étude
interlaboratoire de la Société française de biologie clinique
[44].
Actuellement la plupart sont d’abord des analyseurs de gazométrie
qui proposent en outre, la co-oxymétrie, les électrolytes, les
lactates voire le glucose et d’autres substrats. Un certain nombre
ont récemment fait l’objet d’une description exhaustive [45]. Parmi
les appareils permettant la mesure du calcium ionisé, seuls deux
systèmes sont dédiés essentiellement aux ISE : version Mercury
8® (Société Nova Biomedical) et Konelab
30 I® et 60 I® (Société Thermo
Clinical Labsystems Kone). Sur ces analyseurs, il est possible de
corriger la valeur du calcium mesuré en la ramenant à pH
7,40 afin de pallier au non-respect des conditions
d’anaérobiose. Mais le biologiste doit garder à l’esprit que
l’algorithme peut être inadapté aux malades présentant des troubles
acido-basiques aigus, respiratoires (pente de – 0,17) ou
métaboliques (pente de – 0,39) [3]. De plus, quand le pH
diffère chroniquement de 7,40, c’est bien le Ca ionisé mesuré qui
est signifiant et non le Ca ionisé corrigé, et il convient donc de
communiquer systématiquement les deux types de résultats au
clinicien [1].
Les modules de mesure des électrolytes et du Ca++
par électrodes sélectives (ISE), isolés ou intégrés au sein d’un
analyseur multiparamétrique, sont plus rares. Quant aux appareils
uniquement dédiés au calcium ionisé, ils ne sont plus
commercialisés.
Conclusion
La mesure du calcium ionisé plasmatique reste le paramètre de
choix pour le diagnostic d’une hypocalcémie ou d’une hypercalcémie.
Cependant, pour des raisons techniques et économiques, la
détermination de la calcémie totale reste l’examen le plus souvent
prescrit pour diagnostiquer un trouble de l’équilibre calcique. Le
résultat du dosage du calcium total est lié à de nombreux
paramètres (ions divalents, pH, albuminémie, protéinémie)
expliquant les écarts fréquents retrouvés entre calcium total et
calcium ionisé. En l’absence d’anomalies des protéines sanguines et
du pH extracellulaire, une variation de la concentration en calcium
ionisé peut être détectée de manière fiable par le dosage de la
calcémie totale.
Les formules d’estimation du calcium ionisé ou de correction de la
calcémie totale ne résolvent qu’en partie ce problème et parfois ne
peuvent dispenser du dosage de la fraction ionisée. Certaines
circonstances, au cours desquelles il peut exister une discordance
entre calcémie totale et calcémie ionisée, devraient justifier de
la mesure du calcium ionisé :
– modification de l’équilibre acido-basique (insuffisance rénale,
hyperventilation…) ;
– modification de l’albuminémie (brûlés, syndrome néphrotique,
malabsorption, affections malignes…) ;
– modification de la concentration sérique des globulines
(myélomes) ;
– modification de la concentration sériques des bicarbonates, des
lactates, des citrates, d’acétate (transfusions de sang citraté
massives ou répétées…).
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