ARTICLE
Depuis les travaux de Landsteiner et Popper sur la mise en évidence
du rôle du poliovirus dans le développement de la poliomyélite
antérieure aiguë [1], et compte tenu de leur aire de répartition
sans frontières, les Enterovirus figurent parmi les agents
pathogènes humains les plus étudiés. La famille des
Picornaviridae (virus à ARN monocaténaire de polarité
positive, non enveloppés) a subi depuis quelques années
diverses modifications [2]. En effet, les avancées de la biologie
moléculaire, en particulier de l'amplification génique in
vitro (PCR) et du séquençage, ont permis de découvrir
de nouveaux virus apparentés aux Picornaviridae, et de définir
de nouveaux groupes phylogénétiques. Ainsi, les genres Kobuvirus,
Teschovirus, Erbovirus et Parechovirus ont été
ajoutés aux cinq genres initiaux que sont les Enterovirus,
les Rhinovirus, les Aphtovirus, les Cardiovirus et
les Hepatovirus, au sein de la famille des Picornaviridae
[3]. Les Teschovirus et Erbovirus correspondent à
des virus déjà connus sous un autre nom, les entérovirus
porcins et le virus de la rhinite équine de type B [3]. Parallèlement,
le prototype du genre Kobuvirus est le virus Aïchi récemment
identifié [4], et le genre Parechovirus regroupe des virus
renommés (Echovirus 22 et 23 devenant respectivement
Parechovirus humains de types 1 et 2) et le Parechovirus
humain de type 3 en cours de caractérisation [Ito et al.,
non publié] (tableau
1). L'assignation du virus Ljungan nouvellement identifié [5]
au genre Parechovirus semble actuellement remise en cause sur la
base de récentes données moléculaires [6]. Néanmoins,
cette nouvelle classification a été proposée et validée
en 1999 par le Comité International de Taxonomie Virale (International
Committee on Virus Taxonomy, ou ICVT) en raison des nombreuses observations
appuyées par les données moléculaires obtenues au
cours de la dernière décennie soulevant la question de la
réelle apparentée des Echovirus 22 et 23 aux
Enterovirus [7, 8]. Cette revue se propose de résumer les
caractéristiques biologiques et moléculaires des Parechovirus,
ainsi que l'épidémiologie et le diagnostic des infections
auxquelles ils sont associés.
Caractérisation
En 1956, une épidémie de diarrhées estivales a permis
l'isolement de deux virus entériques, alors apparentés au
genre Enterovirus, et en particulier au sous-genre echovirus
(enteric cytopathic human orphan virus) [9]. Dès leur identification,
ces virus, alors appelés echovirus de sérotypes 22
(souche Harris) et 23 (souche Williamson), ont présenté
des propriétés de croissance nettement distinctes de celles
des autres Echovirus. Les difficultés rencontrées
lors de leurs passages en culture cellulaire, une adaptation aux cellules
de rein de singe, et un effet cytopathique incomplet, restreint à
certaines parties de la culture utilisée, ou bien encore la disparition
du noyau des cellules infectées observées en microscopie
électronique, ont attiré l'attention des virologistes sur
ces Echovirus particuliers [10]. Leur extraordinaire adaptation
aux cellules HRT18 (cellules de tumeur rectales humaines) a été
observée, alors que seulement trois autres Echovirus (E16,
31 et 33) et trois coxsackievirus (CA3, 19 et 21) ont été
capables de produire un léger effet cytopathique sur cette lignée
cellulaire [11]. Les études ultérieures ont mis en évidence
d'autres spécificités telles qu'une structure secondaire
de l'ARN génomique différente de celle proposée pour
les Enterovirus [12], ou l'incapacité de réaliser
l'inhibition de la synthèse protéique cellulaire par le
biais du clivage de la sous-unité p220 du facteur d'initiation
de traduction eucaryotique eIF4-G, effet caractéristique d'une
infection à Enterovirus "classique" [13]. Enfin, des essais
d'hybridation moléculaire à l'aide de différentes
sondes d'ADNc balayant le groupe des Enterovirus se sont révélés
infructueux [14]. Tous ces résultats ont étayé l'hypothèse
selon laquelle ces Echovirus 22 et 23 différaient des
Echovirus "classiques". Par la suite, les apports de la biologie
moléculaire, et en particulier du séquençage d'acides
nucléiques, ont permis de déterminer les génomes
complets de ces souches d'Echovirus 22 et 23. Les résultats
obtenus ont confirmé les différences observées par
rapport aux Enterovirus "classiques", suggérant alors que
les Echovirus 22 et 23 étaient tous deux phylogénétiquement
proches et qu'ils formaient un nouveau genre au sein des Picornaviridae
[7, 15, 16]. L'analyse moléculaire des régions 5' non codantes
(5'NC) et des protéines structurales VP1 et VP3 du virus Ljungan,
isolé de chauve-souris, ont également permis de rapprocher
ce nouveau pathogène du genre Parechovirus [5], alors que
l'analyse de sa protéine 2A remet en cause cette parenté
[6].
Structure
En termes de morphologie et de propriétés physicochimiques,
les paréchovirus diffèrent très peu des Enterovirus
(tableau 2), si ce n'est une apparence plus "aplatie". La particule
virale, dont le diamètre moyen avoisine les 27 nm (contre
24 à 30 nm pour les Enterovirus), est formée
d'une capside à symétrie icosaédrique, sans enveloppe
lipido-protéique [15]. La migration en gel d'acrylamide des protéines
d'un Parechovirus de type 1 a mis en évidence un profil
différent de ceux connus pour les Enterovirus [7]. L'analyse
des protéines obtenues, en comparaison avec celles des autres picornavirus,
a permis de mettre en évidence une protéine de 30,5 kDa
(VP1) et une protéine de 30 kDa (VP3). Un troisième
peptide de 38 kDa, sans analogue apparent parmi les autres picornavirus,
se révéla, après analyse de sa séquence nucléotidique,
être un assemblage de VP4 et VP2, VP2 portant le site de clivage
VP4/VP2 retrouvé chez les Enterovirus. Ces observations
suggèrent que, pour ces virus, comme cela fut également
observé pour le virus Aïchi (genre Kobuvirus) ou le
virus de l'hépatite A (Hepatovirus), le clivage de VP0 en
VP4 et VP2 pendant la phase finale de maturation de la capside ne devait
pas avoir lieu [4, 7]. Notons qu'une région de la VP2 des Parechovirus
présente une courte boucle E-F plus proche de celle du virus de
la fièvre aphteuse (Aphtovirus) que de celle des Enterovirus
[17]. Ce raccourcissement des boucles (E-F, G-H) ou des feuillets beta
(D-E, E-F et H-I) de la protéine de capside VP1, ainsi que la présence
de seulement trois protéines de capside (VP0, VP3 et VP1) contre
4 pour les autres Picornaviridae (VP1-VP4) pourrait expliquer l'aspect
moins sphérique des Parechovirus [18, 19]. Une autre caractéristique
des Parechovirus est la présence d'une extension de 30 nucléotides
dans la partie N-terminale de la région codant la protéine
VP3, en comparaison avec cette même région chez les autres
Picornavirus [19].
Organisation génomique
Les Parechovirus, comme tous les Picornaviridae, ont un
génome à ARN monocaténaire de polarité positive
(figure 1). Cet ARN génomique se découpe en
trois régions aux propriétés plus ou moins bien connues
de nos jours : 1) une région 5' non codante (5'NC) d'environ
710 nucléotides de long, 2) un unique cadre ouvert de lecture
codant une unique polyprotéine virale, et 3) une région
3' non codante (3'NC) [18]. La taille moyenne de l'ARN génomique
des Parechovirus est de 7 340 nucléotides de long,
en excluant la queue poly-adénylée, ce qui l'apparente aux
Enterovirus et aux Rhinovirus. Cependant, la composition
en bases (taux de G + C de 39 %, 42 % pour le virus
Ljungan) est nettement plus proche de celle des Rhinovirus (G + C = 41 %)
ou des Hepatovirus (G + C = 38 %) que de celle des
Enterovirus (G + C = 46 %) (tableau
2) [15].
La région 5' non codante (5'NC) des Picornaviridae est impliquée
dans la régulation de divers processus du cycle viral tels que
la réplication du génome (information portée notamment
par la région dite en "feuille de trèfle" chez les Enterovirus)
ou la traduction du cadre ouvert de lecture en une polyprotéine
(information portée par la région supportant la fixation
des ribosomes, appelée site d'entrée du ribosome ou IRES
pour internal ribosome entry site ; ou RLP pour ribosome
landing pad) (figure 1). De ce fait, cette région a
fait l'objet de nombreuses études, qui ont également permis
de décrire des mutations directement impliquées dans le
tropisme ou la pathogénicité virale [20, 21]. La région
5'NC des Picornaviridae montre une structure secondaire et même
tertiaire extrêmement complexe, permettant de classer ces virus
selon deux entités : le groupe des Aphtovirus et des
Cardiovirus d'une part, et le groupe des Enterovirus et
Rhinovirus d'autre part [17]. Proches, mais néanmoins différents
des Cardiovirus, les Hepatovirus ont été proposés
comme de possibles représentants d'un troisième groupe de
structure de cette région 5'NC [18]. Chez les Parechovirus,
la région 5'NC s'étend jusqu'au nucléotide 709 pour
les Parechovirus humains de types 1 et 2, et jusqu'au nucléotide
699 pour le Parecho virus humain de type 3 ; elle présente
plus d'identités de séquence et de structure avec la région
5'NC des Cardiovirus et des Aphtovirus qu'avec celle des
Enterovirus et des Rhinovirus (figure 1) [19]. Le
virus Ljungan, quant à lui, possède une région 5'NC
partageant 52 % d'identité avec le virus Mengo, un Cardiovirus
[5]. Toutefois, si la fonctionnalité de cette structure est encore
méconnue chez les Parechovirus, elle ne semble pas présenter
de similitudes avec celle des Cardiovirus et des Aphtovirus.
En effet, certains domaines essentiels de la structure IRES des Cardiovirus
et des Aphtovirus, tels que les domaines H et L de l'IRES, décrits
comme responsables de la liaison IRES-PTB (polypyrimidine-tract binding
protein), ne sont pas indispensables aux Parechovirus [22].
Le cadre ouvert de lecture des Parechovirus débute avec
un codon initiateur situé en position 710-712 (Parechovirus
humain de types 1 et 2) ou 700 (Parechovirus humain de type 3),
et code une polyprotéine de 2 180 kDa (tableau
2) [15]. Les analyses de séquences de la polyprotéine
ont permis de mettre en évidence le découpage caractéristique
des Picornaviridae, à savoir trois précurseurs :
P1 (donnant les protéines structurales VP1, VP3, et VP2, VP4 pour
les genres Enterovirus, Rhinovirus, Cardiovirus,
Aphtovirus et Erbovirus, VP0 pour les Parechovirus,
Hepatovirus et Kobuvirus), P2 et P3 (donnant les protéines
non structurales 2A, 2B, 2C, et 3A, 3B, 3C, 3D, respectivement) (figures
1 et 2). La caractérisation des protéines non structurales
3Dpol (ARN polymérase-ARN dépendante), 3B, 3C, a été
aisément réalisée, compte tenu de leur forte identité
de séquence avec les séquences correspondantes d'autres
Picornaviridae. En revanche, les protéines 2A, 2B et 3A
montrent de telles divergences que leur caractérisation s'est révélée
plus délicate [18, 19]. Il est intéressant de noter que
la région codant cette protéine virale 2A, ainsi que la
région codant la protéine L décrite chez les Cardiovirus
et les Aphtovirus sont extrêmement variables selon les Picornaviridae.
Concernant la protéine 2A, la variabilité observée
chez les Parechovirus est telle qu'il devient difficile de lui
assigner une fonction précise [19]. La protéine 2A des Parechovirus
ne montre aucune des propriétés décrites pour les
autres Picornaviridae. Tout d'abord, elle ne possède pas
d'activité catalytique (ne clive pas les précurseurs P1-P2/3)
[23]. Le clivage P1-P2/3 serait, comme dans le cas des Hepatovirus
et des Kobuvirus, le fait de la protéase 3Cpro [4]. Enfin,
une des caractéristiques majeure des Parechovirus est l'absence
d'inhibition de la synthèse protéique cellulaire induite
par la protéase 2A comme chez les autres Picornaviridae
[12]. La variabilité génétique de cette protéine
2A est également à la base des controverses relatives à
l'appartenance des virus Ljungan au genre Parechovirus. En effet,
la protéine 2A de ces virus se décompose en deux régions,
2A1 et 2A2 ; 2A1 se révélant proche de la protéine
2A des Cardio-, Tescho-, Erbo- et Aphtovirus,
2A2 se révélant plus proche des Parechovirus, des
Kobuvirus et du virus de l'encéphalomyélite aviaire
[6]. Les premières analyses du génome des Parechovirus
ont laissé supposer l'existence d'un court peptide de 12 acides
aminés localisé en 5' de la polyprotéine et pouvant
être assimilé à la protéine L des Aphtovirus
et Cardiovirus [15]. Cependant, la région correspondant
à cette protéine L a été localisée
au sein même du peptide VP0, démontrant ainsi que le génome
des Parechovirus ne portait pas de région L [7]. La protéine
2C des Parechovirus est fortement apparentée aux Picornaviridae,
sans que les motifs cre (cis-acting replication element),
impliqués, tout comme les régions 5' et 3' NC, dans la régulation
de la réplication du génome viral n'aient été
décrits [24].
Les flèches en gris indiquent les sites de clivages protéolytiques
reconnus par la protéase 3Cpro.
La région 3' non codante (3'NC) des Parechovirus compte
90 nucléotides (contre 60 à 300 pour les autres Picornaviridae).
Toutefois, son rôle précis et son fonctionnement n'est à
ce jour pas décrit [18, 19]. Sur la base des données connues
concernant les autres Picornaviridae, elle pourrait être
impliquée dans des processus de régulation de la réplication
de l'ARN viral ou bien dans le contrôle de l'infectivité
des virus [18, 19]. Toutefois, compte tenu de la spécificité
du génome des Parechovirus, ces fonctions restent à
démontrer.
Antigénicité
Comme pour la plupart des virus non enveloppés, les protéines
de capside portent les sites responsables de l'attachement des virus au
récepteur membranaire de leur(s) cellules(s) cible. Concernant
les Parechovirus, ainsi que les virus Ljungan, la protéine
VP1 porte deux motifs RGD (arginine-glycine-aspartate), l'un en son extrémité
N-terminale, l'autre en son extrémité C-terminale, excepté
chez le Parechovirus humain de type 3 [Ito et al.,
non publié]. Par ailleurs, les Parechovirus se distinguent
des autres Picornaviridae par la présence d'un motif RGD
localisé dans la région N-terminale de la protéine
de capside VP0. Cet épitope s'est avéré le plus immunoantigénique
des trois motifs RGD, et remarquablement conservé dans le genre
Parechovirus. Toutefois, les virus Ljungan ne portent pas ce motif
RGD en VP0, caractéristique également favorable à
leur exclusion du genre Parechovirus [6]. Ces particularités
distinguent encore les Parechovirus, mais l'existence de ces motifs
RGD indique que leur récepteur fait partie de la super-famille
des intégrines cellulaires (alphavbeta1 et/ou
alphavbeta3 -intégrines) [25, 26], tout
comme les Aphtovirus [27] et le coxsackievirus A9 [28]. Cette observation
peut expliquer pourquoi des réactions croisées peuvent survenir
entre les Parechovirus et le coxsackievirus A9 lors de tests de
séroneutralisation en diagnostic. A la différence du coxsackievirus
A9, lors de l'adhésion d'un Parechovirus à son récepteur,
une délétion de ces motifs RGD bloque l'entrée du
virus dans sa cellule cible [25]. Notons que les très fortes similitudes
observées pour les protéines de capside (VP1 notamment)
du virus Ljungan avec le Parechovirus humain de type 1 laissent
supposer que ce virus "animal" pourrait reconnaître les récepteurs
humains de son proche parent [5, 6].
Les étapes précoces d'une infection à Picornaviridae
au sein de la cellule cible sont encore peu connues et représentent
un champ d'investigations en plein essor. Il a été démontré
que les Rhinovirus pouvaient utiliser la voie d'endocytose clathrin-dépendante,
alors que le poliovirus relargue son génome directement par l'intermédiaire
de son récepteur. Une autre voie possible d'internalisation du
virus a été récemment décrite pour d'autres
Enterovirus tels que les Echovirus 1 et 11 qui utilisent
le récepteur CD55 (DAF, decay accelerating factor) et les
radeaux lipidiques (structures riches en cholesterol) ou lipid rafts
[29]. En 2001, l'étude réalisée par Joki-Korpela
et al. démontra que le Parechovirus humain de type
1 utilisait lui aussi la voie d'internalisation clathrine-dépendante,
à l'instar des Rhinovirus [25].
Epidémiologie des infections à Parechovirus
Les représentants de la famille des Picornaviridae sont
responsables d'infections plus ou moins sévères chez l'homme,
les genres Enterovirus et Rhinovirus renfermant les représentants
les plus fréquemment impliqués en pathologie humaine. A
l'image des Enterovirus, les Parechovirus sont des agents
pathogènes largement présents dans toutes les régions
du monde [30, 31]. Leur mode de transmission principal est fécal-oral
(via des objets, aliments liquides ou solides souillés par
la salive ou par les matières fécales), ce qui explique
une prévalence élevée des infections pendant la petite
enfance, notamment dans les pays à bas niveau socio-économique
et d'hygiène. Chez les Parechovirus, il a été
rapporté que plus de 60 % des infections surviennent avant
l'âge d'un an, contre 17 % pour les Enterovirus [31].
Cette infection est différée à l'adolescence dans
les pays industrialisés, 97 % des infections à Parechovirus
survenant avant l'âge de quinze ans [31]. La proportion d'adultes
séropositifs vis-à-vis du Parechovirus de type 1
est de 97 %, alors que seulement 30 % présentent des
anticorps anti-échovirus 30, l'un des Enterovirus les plus
répandus [30]. Ces données semblent donc indiquer un très
fort pourcentage d'infections asymptomatiques du Parechovirus de
type 1. Toutefois, la question peut se poser de savoir si la réponse
immune vis-à-vis des échovirus 30 s'avère aussi
efficace que celle mise en place lors d'infections à Parechovirus.
La voie aérienne peut également intervenir dans la transmission
de certains sérotypes ayant un tropisme respiratoire [30]. Les
infections à Enterovirus peuvent être sporadiques,
mais elles évoluent volontiers sur un mode épidémique
durant les périodes estivo-automnales. La transmission nosocomiale
ou les infections périnatales ont également été
rapportées, notamment pour les coxsackievirus B et échovirus
11 [31]. Des cas d'infections nosocomiales à Parechovirus
ont également été rapportés chez des enfants
âgés de 1 à 13 mois présentant des symptômes
gastro-entériques ou respiratoires [32]. Les Enterovirus
et les Parechovirus sont responsables de manifestations cliniques
très variées. Cependant, les Enterovirus sont fréquemment
associés à des cas de méningites aseptiques, des
éruptions cutanées, des encéphalites, ou encore des
gastro-entérites, alors que les Parechovirus sont eux, essentiellement
responsables de gastro-entérites et d'infections respiratoires.
Les atteintes neurologiques ou cardiaques, bien que décrites,
semblent moins fréquentes (tableau 3) [19, 32-34]. Les infections
du système nerveux central à Parechovirus apparaissent
plus rares que celles liées aux Enterovirus. Toutefois,
des cas de paralysies flasques aiguës [35], de méningites
aseptiques et d'encéphalites [36], ou encore d'encéphalomyélites
[37] associés au Parechovirus humain de type 1 ont été
décrits. Ces observations récentes confirment que, bien
que génétiquement différents des Enterovirus,
les Parechovirus sont responsables de symptômes relativement
proches de ceux causés par les Enterovirus, avec une répartition
saisonnière à l'image de ces mêmes Enterovirus.
En Suède, l'incidence des myocardites fut statistiquement corrélée
au cycle de vie des chauve-souris, animal ayant permis l'isolation du
virus Ljungan sans qu'aucune pathologie associée n'ait été
rapportée [5]. Devant la proximité des séquences
des protéines de capside du virus Ljungan et du Parechovirus
humain de type 1, il n'est dès lors pas exclu que ce virus Ljungan
puisse infecter l'homme (via le même récepteur cellulaire)
[6].
Diagnostic d'une infection à Parechovirus
Il ressort de ces études que le diagnostic spécifique d'une
infection à Parechovirus doit être pris en compte
afin de ne pas sous-estimer leur rôle et de ne pas compromettre
la prise en charge thérapeutique des patients. Toutefois, un tel
diagnostic implique une bonne connaissance de ces virus puisque des procédures
spécifiques doivent être utilisées. En effet, le diagnostic
d'une infection à Enterovirus fait appel à des techniques
de culture cellulaire couplées à une identification réalisée
à l'aide de tests de neutralisation avec des sérums spécifiques
de chaque sérotype [38]. Bien que ces techniques soient les procédures
de référence [39], elles n'en demeurent pas moins longues
et fastidieuses (environ 5 à 8 jours pour l'isolement et le
typage d'un Enterovirus). Dans le cas des Parechovirus,
la prise en compte de leur cycle viral particulier (notamment leur croissance
très lente en culture cellulaire) fait que l'isolement et le typage
d'un Parechovirus peut durer de 10 à 15 jours. Ces
délais sont incompatibles avec un diagnostic en temps réel
de telles infections [40]. Enfin, dans certains cas, l'isolement d'un
Parechovirus implique une mise en uvre méthodologique spécifique.
En effet, il peut s'avérer nécessaire de recourir à
des lignées cellulaires particulières plus sensibles à
l'infection à Parechovirus que les cellules utilisées
avec les Enterovirus, rendant le diagnostic spécifique encore
plus délicat [41]. Grâce aux récents développements
de la biologie moléculaire et à l'extension des données
disponibles concernant les Parechovirus, des techniques de RT-PCR
spécifiques des Parechovirus ont dû être mises au
point. En effet, si la détection de séquences d'acides nucléiques
par RT-PCR spécifique des Enterovirus est couramment utilisée
pour le typage moléculaire des Enterovirus, les divergences
moléculaires observées entre Enterovirus et Parechovirus
ne permettent pas la détection de ces derniers [42, 43]. Dès
lors, il s'est révélé indispensable de développer
des outils appropriés permettant de rendre un diagnostic fiable
et rapide (moins de 48 heures) d'une infection à Parechovirus
[42, 43]. Ces techniques ont été développées
sur la base des séquences génomiques disponibles dans les
banques de données, afin de dessiner des couples d'amorces n'amplifiant
que les Parechovirus, et dont les cibles sont généralement
les régions 5'NC ou les gènes de capsides (VP1, VP2 ou VP3)
[42]. Si l'amplification de la région 5'NC s'est révélée
suffisamment sensible pour être appliquée directement à
des prélèvements biologiques, la détection spécifique
des régions VP1, VP2 ou VP3 manque parfois d'une telle sensibilité.
Toutefois, ces régions correspondent aux sites antigéniques
et sont unanimement reconnues comme les cibles optimales d'un typage moléculaire
au sein des Picornaviridae [18]. C'est pourquoi de telles procédures
sont développées afin d'assurer un typage moléculaire
des souches isolées, ou bien encore en vue d'en déterminer
le génome complet [41]. Ces techniques de biologie moléculaire,
dont la sensibilité est supérieure à celle des techniques
classiques de mise en culture, permettent aujourd'hui de détecter
des agents pathogènes dans des prélèvements ne permettant
pas l'isolement viral. Ainsi, une étude menée au laboratoire,
en collaboration avec le Centre national de référence pour
les Enterovirus, nous a permis de mettre en évidence la
présence de séquences génomiques de Parechovirus
de type 1 dans le liquide céphalorachidien (LCR) d'un enfant atteint
d'une encéphalomyélite, et dont seuls les prélèvements
de selles ont permis l'isolement de la souche en 17 jours [36]. Il
est aujourd'hui certains que les atteintes nerveuses à Parechovirus
sont plus fréquentes que précédemment supposé,
d'autant qu'avant cette étude, aucune détection n'avait
été positive à partir d'un LCR [36]. Les apports
de la biologie moléculaire dans l'étude des infections à
Parechovirus est considérable puisque, dans le cas de l'infection
expérimentale d'une chauve-souris avec le virus Ljungan, la recherche
du génome viral dans des biopsies permet la détection de
l'ARN viral 4 semaines après l'infection alors que la mise
en évidence de protéines virales par des techniques d'immunofluorescence
dans ces prélèvements PCR-positifs est faiblement positive,
voire négative quelques jours seulement après l'infection
[5, 6]. Enfin, l'utilisation des techniques de biologie moléculaire
dans l'étude de la diversité génétique des
Parechovirus, et par extension des Picornaviridae, a très
récemment trouvé un écho supplémentaire
puisque les virus Ljungan jusqu'alors assimilés au genre Parechovirus
ont été proposés comme les prototypes d'un nouveau
genre au sein des Picornaviridae, et qu'une souche de Parechovirus
humain de type 3 est en cours de caractérisation (figure
3). Au laboratoire, nous avons également isolé une souche
neurotrope de Parechovirus humain, la souche Bahrain [37]. L'analyse
phylogénétique de cette souche a révélé
une très forte identité de séquence avec les Parechovirus
humains de type 1 au niveau de la protéine de capside VP1 (figure
3A), mais une identité de séquence plus importante vis-à-vis
de la souche de type 3 lorsque les régions 5'NC (non montré)
et 3Dpol sont analysées (figure
3B). Ces différents travaux mettent en évidence la très
grande variabilité génétique des Parechovirus
et donc des Picornaviridae.
CONCLUSION
Les Parechovirus sont des agents pathogènes communs, ubiquitaires,
responsables d'infections dont les manifestations cliniques diffèrent
peu de celles observées lors des infections à Enterovirus.
L'incidence des infections des très jeunes enfants (60 à
70 % des cas diagnostiqués sont âgés de moins
de 1 an) est comparable à celle des Enterovirus. Dès
lors, un diagnostic différentiel de ces agents pathogènes
s'est avéré indispensable et a été mis en
place sur la base des récentes données issues de la biologie
moléculaire. De nombreuses études sont encore nécessaires
afin de lever certaines zones d'ombre existant dans les mécanismes
physiopathologiques liés à une infection à Parechovirus.
Toutefois, leur rôle en pathologie humaine ne doit pas être
sous-estimé, et un diagnostic spécifique doit être
envisagé si nécessaire. Enfin, les données accumulées
sur ces Parechovirus constituent une source d'information précieuse
pour la compréhension des mécanismes physiopathogéniques
des infections liées aux Picornaviridae.
Remerciements
Nous souhaitons remercier particulièrement Monique Ballandras,
Christelle Déléage et Rémy Tcheng pour leur aide
précieuse dans les travaux originaux réalisés au
laboratoire.
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